LES POISSONS D'AVRIL
Chanson, sur l‘Air, De la Pipe de Tabac.
Un jeune homme auprès d’une femme, Lui répétait dans son transport:
6 Ah, Je te jure sur mon âme .
‘ De t’adorer jusqu’à la mort.”
Je t'aime aussi, lui dit la belle,
Mais de grâce point de babil;
Serment de tendresse éternelle
Est bien un vrai Poisson d'Avril,
Un'vieux barbon, glacé par l’âge, Cajolait filette un beau jour:
“ Ah! cesse enfin d’être sauvage, 6. Et partage mon tendre amour.” Non, répond la beauté sévère, Dont le coup-d’œil était subtil, Vous pourriez fort bien 4 Cythére, Me donner un Poisson d’Avril.
Ivre d’encens et de suffrages, Un Poète écrit sans repos; |
Il est content de ses ouvrages, Dont il-ne voit pas les défauts; Le Public les voit à sa place; J'entends le Sifllet incivil éscise É< Un Auteur ne peut sans grimace Avaler ce Poisson d’Avil.
Je veux à tous rendre justice,
Dit le Rédacteur d’un Journal;
Sur chaque Acteur, sur chaque Actrice, Je promets d’être impartial.
C’est à qui grossira la liste;
Mais de la Seine jusqu’au Nil,
Ah! qui sait mieux qu’un Journaliste, Nous donner des Poissons d'Avril!
Sonnet. 187
La vertu de femme jolie, Ds : La fidélité d’un mari; D'un Poëte la modestie, l; et en ef- La sincérité d’un ami, porte sims. D'un Crésus l'esprit et ln grâce, D'un fût le courage viril, DPISTE, La probité d’un homme en place, Bon Dieu! que de Poissons d'Avril!
Un plaideur pour très peu de chose Croit s'assurer d’un prompt succès:
L’avoué promet gain de cause,
Et puis se chargeant du procès, Prend frais de cour, gros honoraire; Mais loin d’en dérouler le fil, Traîne, intrigue, embrouille l'affaire:
C’est encore un Poisson d'Avril,
D'un vain jargon fesant parade, :
Un docteur de la faculté,
Promet à son pauvre malade Qu'il va lui rendre la santé.
Le malheureux le laisse faire,
Ne se doutant pas du péril;
Le médecin le met en terre ;:
C’est le dernier Poisson d'Avril,