Histoire du Canada
efficacement à la paix, que si l‘on se hâtait de leur rendre la li. berté”. s
Le gouverneur n‘eut rien à repliquer à un discours si mesuré et si judicieux. Il trouvait mème un grand avantage à laisser faire aux Hurons les premières avances pour la paix. Ï répondit donc à celui qui venait de lui parler avec tant de sagesse, qu'il approuyait fort ses raisons, et qu'après tout la paix était beaucoup plus leur affaire que la sienne, Cependant, ayant su que le P. Bré. beuf voulait profiter de cette ocçasion pour retourner à son église, pour les besoins de laquelle il était descendu à Québec, et oùil menait deux nouveaux missionnaires, il jugea à propos, pour ne les point laisser exposés aux malheurs arrivés aux PP. Jogues et Bressani, de leur donner une escorte capable de les garantir de toute insulte.
Il firent en effet le voyage sans aucun accident, et à leur arrivée aux Hurons, il fut résolu dans un grand conseil, de renvoyer les deux prisonniers iroquois à M. de Montmagny. Ce gouverpeur avait déjà donné la liberté à celui que les Algenquins lui avaient remis, -et les cantons, pour montrer combien ils étaient disposés à la paix, lui avaient renvoyé Couture, ce Français qui s'était laissé prendre avec le P. Jogues. Il avait été accompagné. du même prisonnier iroquois renvoyé par M. de Montmagny,.et de députés munis de pleins pouvoirs tels que le gouverneur-géné-. ral les, avait demandés.
Aussitôt qu’on eût appris. l'arrivée des uns et des autres aux.
Trois-Rivières, M. de Montmagny s‘y rendit, et après les avoir bien régalés, il leur marqua.le jour auquel'il leur donnerait audi-. ence.. Ce jour venu, le gouverneur parut. dans la place du fort. des Trois-Rivigres qu’il avait fait couvrir de voiles de barques, et s‘assit dans un fauteuil, ayant à ses côtés, M. de. Champflours et le P. Vimond,. et sur les.aîles plusieurs-officiets et les principaux babitans de la colonie. Les députés iroquois,.au nombre de cinq, s’assirent à ses-pieds, sur une natte. Il choisirent cette place pour marquer plus de-respect à Ononthio qu'ils. n’appellèrent jamais autrement que leur père.
Les Algonquins, les Montagnais, les Attikamèsues, et quelques autres, sauvages de la mème iangue, étaient vis-a-vis; les Hurons demeurèrent mêlés avec les Français. Tout le milieu de la place était vide, afin qu‘on pût faire les évolutions nécessaires. car chez les sauvages, ces audiences sont des espèces de comédies, où l’on exprime par des gestes bisarres des choses souvent très sensées, et où la bouffonaerie des contorsions couvre le sérieux de la chose,
Les Iroquois avaient apporté dix-sept colliers, qui étaient autant de paroles, c'est à dire de propositions qu’ils avaient à faire, Pour les exposer à la vue de tout le monde, ils firent planter, deux piquets et tendre une corde de traverse sur laquelle. ils les suspendirent, Quand tout le monde fut placé, l’orateur des cantoits
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Histoire du Canada. 207 se leva, prit un collier, et le présentant au gouverneur-général: 6 Ononthio, lui dit-il, prète l’oreifle à ma voix: HE à Iroquois parlent par ma bouche. Mon cœur ne nourrit pas de mauvais sentimens; toutes mes intentions sont droites. Oublions nos chants de guerre; que toutes nos chansons soient des chansons d'allégresse”.
Aussitôt il se mit à chanter, ses collègues marquant la mesure avec leur #é, qu'ils tiraient en cadence 4 fond de leur poitrine, et tout en chantant, il se promenait à grands pas, et gesticulait d’une manière tout à fait comique. Enfin reprenant an air plus composé, il détacha un second collier, et continua ainsi son discours: |
‘ Le collier que je te présente, mon père, te remercie d’avoir donné la vie à mon frère. Tu las sauvé de la dent de Y’Algonquin. Mais comment as-tu pu le laisser partir seul? Si son canot eût tourné, qui l’eût aidé à le relever? S'il se fût noyé ou qu'il eût péri par quelque autre accident, tu n‘aurais aucune nouvelle de la paix; et peut-être eusses-tu rejetté sur nous, une faute qu’il n‘eut fallu imputer qu‘à toi”.
En achevant ces mots, il replaça le collier sur la corde, en prit un autre, et après l'avoir attaché au bras de Couture, il se tourne de nouveau vers le gouverneur, en disunt:
Mon père, ce collier te ramène ton sujet; mais je me suis bien gardé de lui dire; Mon neveu, prends un canot, et retourne-ten dans ton pays. Je n'aurais pu être + mn jusqu’à ce que j'eusse des nouvelles sûres de son arrivée. Mon frère que tu nous a renvoyé a beaucoup souffert et couru bien des risques. 11 lui fallait porter seul son paquet, toute la journée, trainer son canot dans les rapides, être toujours en garde contre les surprises.— Encore si on l‘eût aidé à passer les endroits difliciles. En vérité, mon père, je ne sais où tu avais l'esprit de renvoyer ainsi un de tes enfans seul et sans secours. Je n‘en ai.pas agi de mème à l’égard de ton sujet; je lui ai dit: ons, mon neveu, suis-moi, je veux Le rendre à ta famille, au péril de ma vie”.
Tout ce discours fut accompagné d’une pantomime continuelle et variée, pour mettre le sens des choses sous les yeux mêmes des spectateurs. Les autres colliers avaient rapport a la paix dont la conclusion était le but de l'ambassade. L'un applanissait les chemins, l’autre rendait la navigation libre; un autre enterrait les haches sanglantes. Il y en avait qui représentaient les festins qui suivraient la paix, et les visites amicales qu’on se ferait mutuellement: ceux-ci exprimaient l'alliance entre toutes les tribus; ceuxlà, le dessein qu’on avait toujours eu de renvoyer les PP. J qques et Bressani, et l‘impatience qu‘on avait de les revoir, ainsi que le bon accueil qu'on se proposait de leur faire. Le discours, ou plutôt la pantomime dura trois heures, et la séance fut terminée par une espèce de fête qui se pass: en chants, en danses et en festins.
LES FEUILLES, &e.
Toure la magaiiioue de la nature, dans les beaux jours de l'été, n’égale pas la douceur et le charme des beaux jours du printems. L'air est calme, le ciel pur; et la terre pénétrée par la chaleur vivifiante sort de l’engourdissement où elle était plongée, L'hiver est l’image de la mort, et le deuil de la nature; le printems lui succède; il rend la vie et le mouvement à la terre engourdie; l'œil fatigué du triste spectacle des frimats, se repose avec délices sur la verdure naissante; l'âme se sent doucement agitée de plaisir et d'espérance; je ne sais quoi d’intime et de délicieux se mêle à nos sensations; nous nous identifions à tout ce qui nous environne; nous reprenons une nouvelle existence, et, semblables aux germes précieux que développent les sucs nourriciers, nous aspirons à longs traits le nectar de la vie.
Les fleurs ne paraissent point encore. Les feuilles se moñtrent seules, et verdissent aux rayons de la lumière; la jeune branche, naguère enfermée sous des écailles nombreuses, repousse ses enveloppes, s'allonge et déploie son feuillage; la plumule délicate perce le sein de la terre, et de blanche qu’elle était d‘abord, devient verdâtre, et passe insensiblement au vert le plus vif, Les feuilles ouvrent le cercle de la végétation; elles n’ont point communément le brillant coloris des fleurs et leurs doux parfums, mais elles sont plus durables, et forment la parure ordinaire des végétaux. La main libérale de la nature les multiplie à l'infini, et les renouvelle sans cesse; leur couleur, amie de l’œil, repose la vue, : et leurs exhalaisons répandent dans l’atmosphère une délicieuse et.salutaire fraicheur.
Sans avoir d’ailleurs aucune connaissance en histoire naturelle, il n’est personne qui, du premier coup d’œil, ne distingue parfaitement les feuilles sur le végétal; et cependant nulle partie n’est plus variable par sa forme, ses dimensions, son attache, sa disposition et ses parties accessoires. D’où dépend donc cette extrême facilité de les reconnaître? de la multiplicité mème de leurs attributs, Toutes ont quelques traits qui les distinguent des autres organes, En général, elles sont une sorte d‘expansion mince du sommet de la racine, ou de l‘écorce de la tige, ou de celle des rameaux. Elles ont deux surfaces distinctes; l‘une regarde le ciel, l‘autre la terre; tantôt elles forment des rosettes au sommet des tiges; plus communément elles recouvrent les branches, les rameaux et les tiges que le tems n%« point trop endurcis. Les feuilles des sapins sont fines, pointues, roides, distinctes les unes des autres, et ressemblent a des épingles vertes; celles de quelques asperges, aussi fines, mais plus souples et réunies en faisceaux, ressemblent à des houppes délicates; celles de plusieurs sensitives, nombreuses et divi-
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Les Feuilles, &c, 209
panaches qui flottent au gré du vent, celles de plusieurs palmiers s'étendent au sommet des stipes en vastes et immobiles purasols. Les feuilles de chaque espèce affectent une forme diférente; elles offrent des cœurs, des ellipses, des ovales, des losanges, des lances, des flèches, des hallebardes, des boucliers, des mains, des langues des aîles étendues, des cornets, des coupes, des grillages, &c. &c.; et non seulement elles varient d'espèce à espèce, mais quelquefois dans la même espèce et dans le même individu; ainsi duns une multitude de plantes herbacées, les feuilles qui partent de lu racine sont très larges et très étoflées, et celles des tiges et des rameaux sont d‘autant plus petites qu’elles sont plus voisines des sommités, Ces différences dans les feuilles d‘un mème individu ne s'arrêtent as aux dimensions; elles touchent aux formes et aux couleurs. es feuilles du mûrier à papier, bel arbre du Japon et des îles de la mer du Sud, sont en cœur au sommet des branches; mais celles qui décorent les rejetons inférieurs sont divisées en trois lobes.
Les feuilles servent quelquefois de support aux fleurs, comme dans le ruscus; elles servent aussi quelquefois de muins ax tiges grimpantes, en se roulant fortement autour des corps grèles qu’el-
es rencontrent, comme on l‘observe dans l'œillet et dans plusieurs autres plantes,
Dans nos climats tempérés, c'est au printems que les feuilles des arbres et des herbes commencent à poindre; les unes s’échappent des enveloppes de la graine, les autres des écailles de boutons, Quelquefois les fleurs les dévancent telle sont celles de beaucoup d'arbres fruitiers, des saules, du daphne mexereum, &c.; cependant, plus communément les fleurs ne paraissent qu'après les feuilles; et même quelquefois les chaleurs de l'été ont consumé les feuilles, lorsque les fleurs sortent à peine de leurs envelop-
pes. Mais dans les climats brulants situés entre les deux tropi-
ques, la végétation ne reprend sa vigueur, et les feuilles ne se développent que pendant la froide saison, si toutefois on peut appeller une saison froide, l’époque où les rayons du soleil suspendent un peu leur activité dévorante, et ne consument plus tout ce qui végète à la surface de la terre, La, durant les étés, les végétaux épuisés par la transpiration trop abondante, et ne pouvant pomper dans une atmosphère enflammée et dans un sol aride, les fluides nécessaires à leur développement, périssent desséchés, ou demeurent dans un état d‘engourdissement comparable à celui de nos arbres durant les rigueurs de l'hiver, Si l’on apperçoit encore quelque verdure, c'est le triste éclat des arbres toujours verts dont les feuilles résineuses soutiennent longtems, sans se détacher, les feux de la zone torride et les froids des pôles; c‘est ‘éclat non moins triste de certaines plantes dont les tiges et les feuilles épaisses et charnues ne transpirent presque point, et retiennent dans leur tissu cellulaire une humidité conservatrice.
Tom. IL. No. 6, 15
210 Le Langage des Fleurs.
Ces plantes succulentes, attachées sur les rochers les plus stériles, et soumises à l’actjon redoutable des rayons du soleil, ne se dessèchent point.
Si l’on considère que les plantes d'espèces semblables, placées dans la même exposition, se couvrent de feuilles presque toutes à la mème époque, et qu'au contraire la feuillnison dans les espèces différentes s'opère à des époques souvent très-éloignées, quoique tout soit égal d'ailleurs, on conclura nécessairement que chaque espèce a besoin, pour se développer, d‘une température particulière. En effet, Apanson a démontré, par de très bonnes observations, que toutes choses égales, le nombre des degrés de chaleur nécessaires pour opérer la déraloppernent des feuilles, des fleurs et des fruits d’une plante, est le mème, soit dans les années hâtives, soit dans les années tardives. De plus, on sait c'e les graines ne germent qu’à une certaine température nocessaue à chaque espèce; on pourrait donc fixer, d‘une maniere exacte, l‘poque à laquelle il convient de semer des grires. il sulirait pour cela d‘examiner les rapports naturels de la ccrmination et de la feuillaison: cfétait le but que s'était proposé Linne’x, dens les observations qu'il fit pendant les trois années 1750, 1751 et 1752, dans dix-sept provinces de la Suède. Il trouva que le bouleau était l'arbre le plus propre à indiquer le tems de semer l‘orge, et il conclut, avec raison, que l’époque de la feuillaison d'autres arbres pourrait également servir de règle pour ensemencer. On
sent que cette idée, mise en pratique, serait bien supérieure à l‘aveugle routine que suivent nos cultivateurs; au lieu de choisir, pour confier leurs graines à la terre, des époques fixes dans l’année, par cela mème souvent peu favorables, ils consulteraient la nature elle-même, en se A a sur la température. Il faudrait
donc, comme le proposait Linnée, dresser dans chaque pays, un Calendrier de Flore, contenant des observations comparatives sur la germination et la feuillaison. Mais ce travail ne peut être exécuté que par des hommes accoutumés à observer; et quand on voit jusqu’a quel point les cultivateurs sont esclaves de leurs habitudes, on conçoit qu'il n‘aurait d‘autre utilité que de prouver encore ee qu‘on ne sait déjà que trop, que chez les hommes ignorants les préjugés sont plus puissants que la raison.