DE 4 VALACHIE ET DE LA MOLDAVIE
Vers le seizième siècle, les deux pravinces de Valachic ct de Moldavie se soumirent aux Turcs par capitulation. En conséquence, elles furent régies par des hospodars indigènes, auxquels la Porte, dans ses frmans, donna le titre de vayvode, mot slavan synonyme de prince. Flatté de la soumission volontaire de ces principautés, le gauvernement ottoman actroya à leurs hospodars des prérogatives considérables. Leur rang fut mis au-dessus de celui des pachas à trois queues; il égalait la dignité de gauverneur où vice-roi de Bagdad. À leurs nominations, ils obtenaient du sultan une audience solennelle; ils plantaient trois queues devant la porte de leur palais; les jours de cérémonie, ils portaient une espèce de pelisse d'étiquette, nommée capanilza, qu'aucun pacha n'avait droit de porter, et qui était réscrvée aux vice-rois de Bagdad et aux khans de Crimée® [ls faisaient leur entrée dans leur capitale précédés de deux peiks et de deux s0luks, espèce de satellites attachés dans les grandes pompes à la garde personnelle du Sultan. Ils jouissaicnt ainsi des distinctions les plus honorebles.
Les principautés étaient dites détachées par la chancellerie ottomane, parcequ’elles payaient un tribut déterminé et séparé de celui que devaient les autres provinces de l'empire ottoman. Mais toutes ces prérogatives regardaient les hospodars ainsi que le divan du pays, c'est-à dire le sénat, farmé par les boyards ou seigneurs indigènes. Le peuple de la Valachie et de la Moldavie était esclave de ces seigneurs dans toute la force du mot, cet ne possédait aucun privilégce, aucun droit, Cependant la Porte trouva bientôt, dans les discordes continuelles des principaux boyards, un prétexte de reprendre une partic des droits qu’elle leur avait conférés. A la merci du caprice des sultans, environnées des places frontières sur la rive droit du Danube et sur leur
>ropre territoire, menacées par les forteresses de Chotzim, de
ender, d’Akermann, d'Okzacoff ct de Kil-Bouroun, ces deux malheureuses provinces devinrent la proie d'une foule de spolia- {eurs. Un khan de la Crimée, un mizza ou seigneur tartare, un pacha commandant de l’une des places fortes, appuyé d’une pétition de quelques boyards intrigants, pouvait, sur une simple calomnie, faire déposer les hospodars, et même leur ôter la vie. Les ministres de la Porte, non moins rapaces que les khans et les pachas, tantôt partageaient avec les accusateurs les biens de l’hospodar disgracié ct les dons de son successeur, ct tantôt s'appropriaient seuls les dépouilles de la victime.
En 1716, le drogman de la Porte, Nicolas Maurocordato, profitant le Ja disgrâce de l'hospodar indigène Brankovan, réussit
14 De la Valachie el de la Moldavie,
à se faire nommer à sa place, et fut le premier Grec qui obtint cette dignité.
Les Moldaves et les Valaques, plongés dans les ténèbres les
lus épaisses, n'offraient nulle édacation, nul commerce, nulle industrie, mais une absence totale de civilization, La neuvième partic des terres était en friche; on ignorait jusqu'aux premiers élémens de l'économie rurale, Les hospodars grecs civilisèrent les deux principautés. Nicholas Maurocordato fonda en Valachie une imprimerie et une école publique, où l'on enseignait le slavon, le grec littéral et le latin. Son frère Constantin Maurocordato fut le bienfaiteur des paysans valaques ; il les affranchit duservage le plus monstrueux qui ait jamais existé, et il introduisit dans le pays la culture du blé de Turquie, qui est devenu leur principale ou plutôt leur unique nourriture. Les hospodars grecs qui succédèrent aux Maurocordato rendirent aussi de grands services aux nations valaque ct moldave; ils firent traduire dans le dialecte du pays la Bible, le saints Evangiles, les Psaumes, la liturgie, et tout ce qui concerne le rituel de l’église d'Orient. Sous l’hospodar Alexandre Ypsilanty, un boyard indigène de Valachie, nommé Tennaquitza Vakaresky, rédigea le premier une grammaire, et régularisa le patois de sun pays.
Les hospudars grecs Alexandre Ypsilanty, Grégoire Ghika, Charles Callimachy, et Jean Caradza, furent les législateurs de la Valachie et de la Moldavie. Ces provinces suivent encore aujourd'hui les codes que ces princes firent imprimer, et qui, rédigés d'après celui de Justinien, renferment aussi les coutumes non écrites qui avaient auparavant force de lois, bien qu'elles fussent incértaines, iuterprétées à volonté, et souvent contradictoires.
Les hospodars grecs, malgré les divers moyens qu'ils possédaient pour faire face aux cabales de leurs rivaux succombaicnt souvent à leurs attaques, et ne pouvaient vivre que dans la crainte surtout depuis les guerres désastreuses de la Turquie avec la Russie et l'Autriche, Un nouveau grand-visir, un nouveau favori du sultan, trouvaient, pout renverser les hospodars, une arme toujours sûre en les accusant de trahison. Calomniés comme partisans, tantôt de l'Autriche, et tantôt de la Russie, ces princes infortunés éprouvaient le courroux du sultan, perdaient leur place et leur bien; rarement même terminaient-ils leurs jours d’une manière naturelle. Lesdeux principautés furent mises sous la protection de la Russie par les traités de Canardza, de Jassy et de Bucharest. Mais quoiqu'elles fussent ainsi délivrées de l'influence de voisins puissants, tels que les khans de Crimée, les sultans tartares de Boudzak et de Cavouchan,les pachas d’Ismaïlow, de Bender, de Chotzim, d'Oczakoff et de Kil-Bouroun, toutefois elles avaient à souffrir dés véxations continuelles des garnisons des places frontières sur le Danube, et surtout
qui obtint
\ébres les rce, nulle neuvième premiers vilisèrent en Valaelsnait le n Mauroaffranchit introduivenu leur lars grecs e grands traduire les Psaulise d’Oard indiédigea le A y Se e Ghika, teurs de core auqui, rédioutumeEs qu'elles bntradic-
s possémbaicnt a crainte la Rvsfavori te arme comme princes ent leur s jours mises u7a, de livrées rimée, d'Isburoun, les des surtout
De la Valachie et de la Moldarie. 15
de cet essaim de néwocians turcs, accapareurs privilégiés (nom més capanlys) qui faisaient le monapole de toutes les denrées produites par les deux provinces. La protection cle la Russie et la surveillance exercée par se consuls ne pouvaient empêcher ces abus, qui s'introduisaient sous différentes formes et sons dos prétextes spécieux. D'après une convention confirmée par un édit autographe du grand-seigneur, le gouvernement des hospodars devait durer sept uns. Pendant cet intervalle, leur personne était inviolable et les traités avec la Russie ne permettaient pas de les destitucravant unexamen rigoureux de leur cane duite, examen que faisnient les deux puissances cantractantes.
Malgré ces clauses, les hospodars Grégoire Ghika et Con:tantin Chantzéry furent assissinés en pleine paix: Mavrojény et Alexandre Ypsilanty eureut la tête tranchée; Nicholas Caradza, Constantin Mourouzy, Alexandre Maurocordato, Ttléko Soutzoet Alexandre Mourouzy furent arbitrairement destitués, Le ministère ottoman avait toujours la ressource de forcer les hospodars secrètement et par menaces, à donner leur démission comme volontaire. C’est ainsi que Jean Caradza, persécuté par Halet, favori de Mahmoud, fut obligé d’abdiquer oficiellement, et de se réfugier en Europe pour éviter la mort.
Mais de tous les maux qui pesaicnt et qui pèsent encore sur les deux pravinces, le plus sensible et le plus accablant était ce reste odieux de dreit féodal que l'humanité de Constantin Maurocordato n'a pas été à même d’extirper. Ce droit consiste en corvées gratuites auxquelles chaque paysan est tenn ponr le service des seigneurs propriétaires. Les corvées ne duivent être que de onze jours par année; mais elles deviennent infiniment plus onéreuses par l'énormité des abns que se permettent les seisneurs indigènes à l’égard des malheureux cultivateurs. Ces onze jours se multiphent jusqu’au nombre de quarante, de cinquante et au-delà, de manière que les paysans n’ont pas la faculté de labourer leurs terres. Les hospodars redressaieni sauvent ces abus ; mais les scigneurs, par mille ruses, arrachaicnt aux paysans des contrats dont les articles stipulaient cetteangmentation de service. Outre ces abus ruineux, il existe encore une multitude de priviléges qui font retomber sur les cultivateurs tout le poids des impôts, tandis que des classes nombreuses de laïques et d'ecclésiastiques jouissent de plus ou moins grandes immunités,
Comme les deux principautés de Valachie et de Moldavie pouvaient échoir à tout Fanariote qui savait assez bien les langues orientales et le français pour 1levenir interprète de la Porte, les intrigues d'une si grande quantité d'aspirans devenaient pareillement funestes aux hospodars en place, et, par conséquent elles influaient sur le sort: des provinces. Les VYpsilanty, les Mourouzy, les Soutzo, les Caradza, avant de deviair princes,
De la Valachie et de la Moldavie.
étaient grands-postelniks, ou premiers ministres des hospodars de Valachie ct de Moldavie. Le gouvernement ture, ainsi que les nations grecque, valaque et moldave, ne donnaient le titre de prince qu'aux hospodars ; leurs enfans s'appellaient bci-sudès où fils du prince ; mais cette distinction n° appartenait jainais à leurs petits-fils: ceux-ci n'étaicnt que simples boyards ou seigneurs.
Quelque éphémère que fût la domination des hospodars, toutefois les provinces qui leur étaient soumises servaient de refuge à tous les Grecs persécutés par les Turcs dans les autres parties de l'empire ottoman. Une multitude de Macédoniens, de Thraces, d'Épirotes, de Fhessaliens, exererçaicnt divres métiers dans ces provinces toutes chrétiennes; d'autres formaient des relations commerciales avec l'Allemagne, et surtout âvec la ville de Leipsick; la plupart s'enrichissaient par leur industrie rurale, eu cultivant à titre de fermiers les terres fertiles des boyards indigènes.
Les lycées de Jassy et de Bucharest, capitales des deux pro: vinces, étaient bien organisés: on y enseignait le grec, le latin, l'allemand, le français, les sciences naturelles et la philosophic. Outre ces lycées, il y avait aussi des écoles secondaires dans les chefs-lieux de chaque district. L'imprimerie de J'assy était assez bien assortie ; et ans les dernières années, on avait fondé à Bucharest un théâtre, sur lequel on représentait des tragédies et des comédics françaises, ou des pièces traduites en grec. Les étrangers de quelque naiion, de quelque religion qu'ils fussent, | étaient favorablement accucillis. Le mérite obtenait l'estime ;
un homme industrieux et doué de quelque talent était sur de ré«
ussir, La langue grecque avait été presque généralement adop-
| tée; et, à l'exception du bas peuple, tous les habitans l’entendaient : la haute classe surtout parlait le grec avec une grande pureté; plusieurs boyards se distinguèrent même par des écrits en grec ancien ou littéral, En Valachie, les Brankovan, les Nestor, les Kimpinian, les Philipesko et les Golesko ; en Moldavie, les Stourdza, les Paskan, les Kisnovan, les
Balsonk et les Dragustzy, ne le cédaient pas, en fait de lit-
térature grecque ancicnne, aux Grecs les plus instruits.—
Les femmes de plusieurs boyards de ces provinces étaient on
des princesses ou des nobles grecques ; plusieurs Grecs aussi
À. épousaient les filles des scigneurs du pays. Cette amnlgame po- L' lissait les hautes classes des deux principantés, et y introduisait | les mœurs, les vsages et la langue de la Grèce. D'un autre côté, les armées russes et autrichiennes qui occupèrent ces contrées à plusieurs reprises y apportèrent les manières européennes, le lue et les beaux-arts. ‘Toute la haute société apprit le français ct l'allemand. La danse et la musique devinrent des articles
Les Canadiens de Fruntière, 17
d'éducation. On voyait même, chez les boyards les plus riches,
es hospodars rss des institutrices allemandes et françaises. Cependant on remar-
Irc, ainsi que n
aient le titre M quait dans ces provinces la frivolité à côté de la politesse, et le ent bcé-sudés k relâchement des mœurs à côté de l’urbanité, . .,
nait jainais à À ar boyards ou 1
FE LES CANADIENS DE FRONTIERE, aicnt de re- IS les autres acédoniens, divres mérmaicnt des vec la ville stric rurale, boyards in-