‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme]Chapitre 6 sur 90 · PR · texte numérisé non relu

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29 Les Canadiens de Frontière,

général de ceux des Anglo-américains.

Le colon américain de sang anglais ou allemand, naturellement froid et flegmatique, calcule à tête reposée un plan de ferme; il s'occupe sans vivacité, mais sans relâche, de tout ce qui tend à sa création, ou à son perfectionnement. Si, comme quelques voyageurs lui en font le reproche, il devient paresseux, ce n'est qu'après avoir acquis ce qu'il a projetté, ce qu’il considère comme nécessaire ou suffisant.

Le Français, au contraire, avec son activité pétulante et inquiète, entreprend par passion, par engoûment, un prejet dont il n’a calculé ni les frais, ni les obstacles; et il arrive souvent qu'après avoir commencé et défait, corrigé et changé, après s'être tourmenté l'esprit de désirs et de craintes, il finit par se dégouter ét par tout abandonner.

e colon américain, lent et taciturne, ne se lève. pas ile très grand matin ; mais une fois levé, il passe la journée entière à une suite non interrompue de travaux utiles, ... Si Je temps est beau, il sort et laboure, coupe des arbres, fait des clôtures, &c. ; si le temps est mauvais, il inventorie la maison, la grange, les étables, raccommode les portes, les fenêtres, les serrures, pose des clous, construit des tables ou des chaises, et s'occupe sans cesse à rendre son habitation sûre, commode et propre,

Le colon français se lève matin, ne fût-ce que pour s'en vanter; il délibère avec sa femme sur ce qu’il fera, il prend ses avis; ce serait miracle qu'ils fussent toujours d'accord: la femme commente, contrôle, conteste ; le mari insiste ou cède, se fâche ou se décourage: tantôt la maison lui devient à charge, et il prend son fusil, va à la chasse ou en voyage, ou causer avec ses voisins. Tantôt il reste chez lui, et passe le temps à causer de bonne humeur, ou à quereller et gronder. Les voisins font des visites ou en rendent ; voisiner et causer sont pour des Français un besoin d'habitude si impérieux, que sur tuute la frontière de la Louisiane et du Canada, l’on ne saurait citer un colon de cette nation, établi hors de la portée et de la vue d’un autre.

Avec la causerie et le perpétuel caquet domestique, le Français évapore scs idées, les soumet à la contradiction, suscite autour de lui des tracasseries féminines, des médisancrs ct 5 querelle de voisins, et finit par avoir gaspillé son temp: ::1: és'iatsutiles à lui et à sa famille. L'on croit que ces déiails sont des bagatelles; mais ils sont l'emploi du temps; et le temps, comme l'a dit FraANKk11N, est l’étoffe dont nous fabriquons la vie, Il faut j'te cette dissipation morale ct physique ait une efficacité particuière à rendre l'esprit superficiel: car ayant plusieurs fois quexisnné des Canadiens de frontière sur des distances de lieux ct de .ciny:, sur des mesures de grandeur ou de capacité, j'ai trouvé qu'en générai ils n’avaient pas d’idécs nettes ct précises ;

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Tribunal de Londres. 93

qu'ils recevaient les sersations sans les réfléchir ; enfin qu'ils ne savaient faire aucun calcul un peu compliqué, “Il } a, me di- 6 saient-ils, d'ici à tel endroit, la distance de deux fumées de pipe ; 4 l'on peut, ou l'on ne peut pas y arviver entre deux soleils, &c."” (Vornev, Tableau du, Climat ot du Sol des Etats-Unis, 1821.)

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