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L'AUTRE UN VOLUME ÉGALEMENT EN RELIEF

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La conscience de faire du bien sera pour les auteurs une véritable joie intérieure et la meilleure des récompenses. « Vous ne pouviez rien réapprendre ni rien faire, écrivait Mgr. Baunard à un copiste de l'Association Valentin Hauy, qui m'allât plus au cœur que cette transcription, par vous, de mon livre Le Vieillard en caractères poinçonnés, pour la Bibliothèque des

l'Association Valentin Hauy sa Chronique de la Quinzaine. Dans un discours prononcé à l'assemblée générale de l'Association Valentin Ilaiïy du 29 avril 1913, M. le comte d'Haussonville, après avoir dit la surprise et l'admiration qu'il avait éprouvées en visitant la Bibliothèque Braille, ajoutait : « Votre bibliothèque s'accroîtra, je dirai qu'elle doit s'accroître. Il me semble qu<î ce serait pour quiconque écrit, publie quelque chose, comme un devoir de vous envoyer un exemplaire. Pour moi je me suis permis de vous envoyer immédiatement un livre que vous n'avez pas, et si je publie encore quelques volumes, — je crains que cela ne m'arrive, — certainement je n'en publierai pas un seul sans vous l'envoyer. 11 me semble que de même qu'il y a un dépôt légal et que les éditeurs sont obligés d'envoyer un volume au ministère de l'Intérieur de tout ce qu'ils publient, de même quiconque tieut une plume devrait se faire un devoir de vous donner un exemplaire. Je communiquerai cette idée à quelques-uns de mes confrères. »

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aveugles. J'en ai été touché jusqu'aux larmes... Qu'il soit donné à un ouvrage de moi d'apporter à ces pauvres aveugles cette lumière de la Vie montante et de son ascension vers la vie éternelle, c'est le plus grand honneur et bonheur que j'aie pu rêver pour ce livre, sans oser y aspirer. Nulle traduction en langue étrangère n'aura pour moi le prix de celle-là, ni aucune des très nombreuses lettres qui me sont venues des lecteurs du Vieillard ne m'aura apporté Témotion de la vôtre. Soyez-en donc, Monsieur, remercié par moi, mais surtout béni de Dieu, le Sauveur et l'Ami de ces infortunés dont il daignait toucher les yeux de sa main compatissante et guérissante! Votre bonne lettre m'est arrivée le jour même où je célébrais dans mon village le jubilé de ma soixantième année de sacerdoce. Nul bouquet de fête ne pouvait m'agréer davantage ni n'exhalai! ce parfum de délicate charité !... »

Joie pour les lecteurs aveugles, joie pour les auteurs, c'est encore de la joie, la plus saine el

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la meilleure, que la Bibliothèque Braille rend au centuple à tous les copistes bénévoles en échange de leur travail. On en pourrait ciler d'innombrables témoignages. C'est un vieillard de quatre-vingts ans qui écrit à l'Association Valentin Hauy : « Je veux rester votre fidèle collaborateur tant que je pourrai tenir un poinçon. Je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pouvoir que bien peu. Je me suis demandé bien des fois si les aveugles seraient en état de lire ce que je leur donnais en copie, souvent bien défectueuse; votre bulletin m'a redonné cœur à l'ouvrage en me prouvant que je pouvais être utile encore à de pauvres déshérités. Je vous remercie de m'avoir fait du bien à moi aussi. » Même constatation, chez beaucoup d'autres, du bien qu'ils retirent de leur travail. L'un d'eux ne va-t-il pas jusqu'à prétendre que la paix de son ménage y a gagné? « Vous n'avez pas à me remercier, dit-il humblement et plaisamment, en apportant ses copies, cela m'amuse et, de plus, depuis que j'ai cette occupation,

ma femme trouve que je suis plus aimable. Vous voyez que j'y ai tout avantage. »

Ceux à qui l'âge ne permet plus des occupations actives et qui se sentaient attristés par une oisiveté forcée, répètent souvent qu'ils sont très heureux depuis qu'ils copient en Braille. « J'ai fait là, dit l'un d'eux, une merveilleuse découverte, sur laquelle je n'avais pas compté pour employer si agréablement mes dernières forces. » « Les longues soirées d'hiver, écrit une copiste que la maladie retient presque toujours chez elle, ne m'effraient plus depuis qu'elles sont charmées par le travail que je fais pour les aveugles. » Et cette autre enfin: « J'avais bien la pensée d'être utile, en me demandant toutefois si je rendais un réel service, mais depuis que j'apporte moi-même mes transcriptions et que je suis en contact avec les aveugles, quand je les vois agissant, accomplissant chacun leur travail (manipulation de fiches, 1300 environ, vérification et classement des volumes, réception (h^ copistes et pre-

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mières leçons de Braille), je suis aussi touchée qu'édifiée de leur énergie et ma vie en est loute transformée. Les diticultés que nous rencontrons, nous, voyants, ne sont rien à côté de celles que ces chers aveugles surmontent tous les jours avec tant de volonté. Je suis heureuse de ce que je vois dans cette maison, et ce travail de copie, que je trouvais déjà très intéressant, je le fais avec tout mon cœur. »

Le faire avec tout son cœur! Échapper à l'ennui et aux remords que les heures vides traînent à leur remorque et penser à la joie que tous ces petits coups de poinçon monotones apporteront à tant d'aveugles! Sentir que le fruit de son travail est là tout proche et certain, que cette humble et obscure charité, qui se dépense silencieusement, le soir, à la lueur de la lampe, n'ira point, comme tant de théories prétentieuses, se perdre dans les nuages, qu'elle ne renouvellera pas le monde, sans doute, mais qu'elle illuminera pour quelque temps une longue et inexorable nuit! Ce ne sont pas les

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rèves des sociologues qui soulagent ceux qui soutirent, ce sont tous les mille dévouements qui se hâtent sans bruit vers des misères concrètes, que Ton voit et que Ton sent. Toutes les améliorations, tous les progrès ne sont que la somme de ces infiniment petits, multipliés et dispersés à travers l'immense foule de maux et d'infortunes, petits par leur obscurité même et leur but tout proche, grands et précieux parle sentiment qui les inspire. Leurs auteurs ne savent que trop tout ce qui reste de souffrances en dehors de leurs prises; ils savent aussi que ce n'est pas une raison pour ignorer celles qui se trouvent sur leur route. S'ils ne peuvent faire qu'il n'y ait plus de malheureux dans le monde, ils pensent qu'il vaut tout de môme la peine de tenter qu'il y en ait moins. Et c'est bien, comme on l'a vu, l'allégement d'une lourde épreuve, ce sont des heures de distraction et de joie pour de nombreux aveugles que les copistes apportent à l'Association Valentin Ilaûy avec le gros livre blanc qu'ils viennent

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de transcrire. Ils ignorent ceux qui le liront et

ces derniers ne connaîtront jamais la main compatissante qui le leur donne; mais cet anonymat lui-même n'est-il pas une des marques de la vraie charité, qui n'attend point de récompense et qui ne veut être connue que de Dieu seul? Ainsi, par la vertu bienfaisante de ce livre blanc, il y aura dans le monde un peu moins de tristesse, un peu plus de bonheur. Qui donc ne s'estimerait pas satisfait d'un tel résultat? Oui donc oserait le juger trop mince? En ces temps surtout, où les deuils, où les souffrances physiques et morales s'accumulent, qui pourrait mépriser le plus petit acte charitable, comme s'il devait se perdre dans un océan de douleurs? La guerre augmente brusquement et par centaines le nombre des infortunés qui ne reverront plus la lumière du jour et qui appelleront d'autant plus avidement cette lumière intérieure, cette lumière céleste que Milton invoquait magnifiquement. Vous tous qui travaillez à transcrire les livres blancs, c'est de

cette lumière que vous donnerez à ceux qui ont sacrifié l'autre pour le salut de la France. Donnez leur en toujours davantage; mettez, comme dit Milton, des jeux à leurs âmes pour qu'elles voient toujours plus haut et toujours plus clair. Redoublez votre zèle et propagez-le autour de vous : déjà des mutilés de la guerre vous imitent et se mettent à l'œuvre pour leurs frères d'armes. Vous savez la joyeuse reconnaissance que tant de lecteurs sentent monter vers vous du fond de leurs ténèbres; vous savez aussi ce que vous pouvez gagner vous-même, par votre humble et patient travail, de satisfaction intime, de réconfort, de sérénité.

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