LETTHRS KT SIGNES DE PONCTUATION
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ALPHABET DRAILLE.
* Les gros points représentant les caractères sont en relief; les petits points ne servent ici qu'à indiquer la position relative des gros dans chaque groupe de six.
L'Œ uvre de Louis Braille. 3(J
trous, à l'aide d'un poinçon, dans d'épaisses feuilles de papier. « Que fais-tu done là, lui demandait-on, avec les picotages? »
Il était en train, avec ses picotages, de doter les aveugles d'un alphabet. Ce qu'il formait au revers du papier que foulait son poinçon, c'étaient d'innombrables points saillants, disposés et groupés en des combinaisons diverses, dont chacune était un signe. Des points : toute l'innovation, toute la découverte tient en ce seul mot. Louis Braille — c'était le nom du jeune aveugle — rompait résolument avec la tradition; il abandonnait l'alphabet vulgaire, il en créait un de toutes pièces, et, dans ce nouvel alphabet, il substituait le point à la ligne. Celle-ci, nous l'avons vu, est appropriée à l'œil, mais pas du tout au doigt qui s'embarrasse facilement dans ses contours, s'ils sont trop petits, ou s'attarde à les parcourir, s'ils sont trop grands. Le doigt, au contraire, perçoit très aisément le point, même s'il est lin et rapproché d'autres points. C'est un fait
d'expérience que, sans doute, les aveugles seuls pouvaient être amenés à constater et qui échappait aux claivoyanls. C'est pourquoi, tandis que ces derniers s'immobilisaient, pour ainsi dire, sur l'alphabet vulgaire, il appartenait à un aveugle de trouver et d'imposer le vrai et Tunique système, celui de l'alphabet en points.
A vrai dire, cette idée féconde avait été suggérée à Louis Braille par un homme ingénieux. En 1819, Charles Barbier, officier d'artillerie, avait imaginé pour les aveugles un jeu de signes absolument nouveau. Il combinait des points de manière à former trente-six signes; mais ces signes avaient cette particularité de représenter des sons et non des lettres ; d'autre part, ils étaient trop grands pour que le doigt les perçût rapidement. Aussi l'écriture nocturne de Barbier — c'est ainsi qu'il appelait son système — ne fut-elle pratiquée que peu de temps; mais on peut dire qu'il av;iil indiqué la voie en abandonnant l'alphabet
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vulgaire et en remplaçant la ligne par lepoinl. Le premier mérite de Louis Braille fut de suivre eette voie, de comprendre qu'elle était la bonne et l'unique; le second fut d'imaginer un alphabet très simple, très pratique et complet.
Ce n'était pas chose facile, et l'on conçoit qu'une telle invention ait coûté de longues veilles à son auteur, de longues méditations solitaires sous les arbres de son village et d'innombrables picotages. Il fallait prendre un assez grand nombre de points pour en tirer des combinaisons variées et capables de fournir tous les signes nécessaires. Cependant, ce nombre devait être restreint, sous peine d'excéder le « champ visuel » du doigt. Braille adopta un maximum de six points rangés sur deux lignes, trois en hauteur, deux en largeur. Ainsi naquit, en 1825, l'alphabet qui porte son nom.
Les six points peuvent fournir soixante-trois combinaisons, à l'aide desquelles on représente tous les signes alphabétiques : lettres, accents,
ponctuations; tous les chiffres; les signes algébriques; les caractères musicaux et des signes sténographiques. En un mot, le système de Braille se prête également à la lecture et à Técriture des paroles, de la musique, des chiffres et de la sténographie.
Chemin faisant, le jeune inventeur imaginait un appareil, vrai chef-d'œuvre de simplicité pratique, à l'aide duquel l'aveugle forme ses signes composés de points avec autant de sûreté que le clairvoyant trace ses caractères formés de lignes.
« Cet appareil, qui est une tablette à écrire, se compose d'une plaque de zinc (format jn-8°) de Om. 002 d'épaisseur, creusée horizontalement de sillons perpendiculaires de vingt-cinq dix-millièmes de largeur. Cette plaque est bordée par un châssis de bois ou de zinc qui y esl fixé par des charnières; les deux montants du châssis sont percés de trous correspondant aux sillons de huit en huit; dans ces trous s'engagent les goujons d'un guide, formé par
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TABLETTE ET POINÇON POUH L'ÉCRITUKE BHAILLE.
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une lame de cuivre percée régulièrement de deux rangées horizontales de rectangles allongés dans le sens vertical; chaque rectangle, dans sa hauteur, enferme trois sillons, soit 0 m. 0075; dans sa largeur, il peut contenir deux points l'un à côté de l'autre, ce qui permet de faire six points par rectangle. Une feuille de papier un peu fort, comme du papier à dessin, est placée sur la plaque sillonnée; le châssis et des pique-papier la maintiennent l. »
Chaque signe est marqué isolément dans un des rectangles du guide, à l'aide d'un poinçon qui s'empreint dans le papier et forme au revers un relief. Pour déplacer le guide, on le soulève et on le traîne légèrement jusqu'à ce que les goujons viennent s'engager dans les trous situés au-dessous de la ligne qu'on a achevée. Comme les signes s'écrivent en creux, ils doivent être formés à l'envers, de droite à
1. Maurice de l.v Sizruannk, Les Aveugles par un Aveugle, p. 120, 127.
gauche, afin que le relief puisse être lu de gauche à droite; en d'autres termes, il faut placer à droite du rectangle le point ou les points qui doivent se trouver à gauche pour la lecture. Cette complication est beaucoup moins redoutable qu'elle ne le semble aux débutants ; on arrive vite à se rappeler la disposition des caractères dans le sens où ils doivent èlre écrits, aussi bien que dans celui où ils sont lus 1.
Il va sans dire que la découverte de \ alentin Haiiy, V impression en relief, était tout aussi applicable à l'alphabet de Braille qu'aux caractères vulgaires. Il suffisait de remplacer ceuxci par des caractères en points saillants; mais on voit l'immense progrès que réalisait cette innovation. Pour Louis Braille comme pour Valentin Haùy, c'est bien toujours le même principe, celui du livre en relief lisible par le toucher; toute la différence — el elle était