‹ La Bibliothèque des AveuglesChapitre 3 sur 16 · Cf. Commandant Barazer, Conseils aux personnes <]iii · texte numérisé non relu

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ont perdu la vue.

L'Œuvre de Louis lira il le. 45

énorme — venait de ce qu'en ITttf», Valentin Hai'iy imprimait son premier ouvrage en relief avec des caractères qui ne convenaient qu'aux clairvoyants, et qu'en 1825, Braille apportait aux aveugles un ensemble de caractères appropriés à leurs besoins. Dans l'histoire de leur développement intellectuel, ces deux dates sont à retenir. On se tromperait cependant si Ton croyait que l'alphabet Braille fut adopté immédiatement et d'enthousiasme. Comme beaucoup d'autres découvertes, il eut à lutter contre la routine, contre le poids mort des habitudes prises. L'opposition vint des professeurs et directeurs d'écoles spéciales qui, le plus souvent, étaient des voyants. Ne lisant pas avec leurs doigts, ils étaient incapables d'expérimenter par eux-mêmes les inappréciables mérites du Braille. Ils ne pouvaient pas se mettre à la place de leurs élèves. Ceux-ci, au contraire, s'adonnèrent avec ardeur à l'étude du nouveau système, malgré les prescriptions des règlements. En classe, en récréation,

petits et grands lisaient à lVnvi loul ce qu'ils rencontraient, écrivaient avec frénésie de gros livres en relief. Le Braille circulait en cachette entre les doigts avides. « Le Braille, c'est comme la scarlatine », disait un opposant avec mélancolie, en constatant l'irrésistible propagation du fléau... La lutte fut longue. Le premier livre en Braille ne date que de 1837. C'est une histoire de France en trois volumes, imprimée par les élèves de l'Institution des jeunes Aveugles. Quelques autres livres suivirent; mais ce n'est qu'en 1852 que fut définitivement et officiellement installée la première imprimerie Braille, et que la nouvelle méthode fut adoptée à l'exclusion de toute autre. Aujourd'hui, elle est presque universellement pratiquée; aucune autre n'a jamais surgi qui ail pu lui faire sérieusement concurrence. Le seul système qu'on lui oppose encore, le « point de New-York », est, d'ailleurs, issu d'elle1.

1. Il faut noter, toutefois, que l'alphabet Moon, qui n'est que l'alphabet vulgaire très simplifie, est encore

L'Gùwre de Louis Braille. 47

Mais, dira-ton, peut-être, en admettant que l'alphabel Braille possède d'immenses avantages sur l'alphabet vulgaire pour la lecture tactile, il n'en est pas moins vrai que celle-ci restera notablement intérieure à la lecture visuelle. En d'autres termes, un lecteur aveugle, même avec le Braille, n'acquerra jamais l'aisance ni la rapidité d'un clairvoyant ; le plaisir et le profit intellectuel qu'il pourra tirer de ses livres en seront donc fort amoindris. Ces livres, vous les avez améliorés; mais c'est le lecteur lui-même que vous n'avez pas changé, et vous ne ferez jamais que les doigts d'un aveugle lisent comme les yeux d'un clairvoyant. Ceux-

employé en Angleterre, mais seulement par des aveugles tard venus à la cécité, qui reculent devant l'apprentissage d'un système nouveau. — 11 va de soi, que pour correspondre avec des clairvoyants ig-uorant l'alphabet Braille, les aveugles ont dû conserver l'usage de l'alphabet vulgaire. On a inventé de nombreux appareils pour leur permettre de tracer les caractères ordinaires. Tout ce que nous voulons dire, c'est que pour leur usage personnel, pour lire, pour sinstruire, pour développer leur culture intellectuelle, c'est au système Braille qu'ils ont recours.

ci, dit-on, percevraient en moyenne dix lettres

à la fois; or, le doigt n'en recouvre qu'une,

A cela nous répondrons que la supériorité des yeux est incontestable, mais qu'il n'en faut pas conclure que les doigts, munis d'un alphabet qui leur convienne, sont de médiocres instruments. « Sans doute, constate M. Pierre Villey, l'aveugle ne connaît pas la merveilleuse rapidité de la lecture par les yeux qui permet de parcourir cinq cents mots et plus à la minute, de dévorer les pages, mais il n'en est plus réduit à épeler comme les enfants; c'est une lecture suffisante pour être tout à fait agréable à voix basse; souvent même elle est très supportable à voix haute. Beaucoup lisent de cent à cent-vingt mots à la minute. J'en sais un qui dépasse deux cents mots, c'est-à-dire que son débit est très sensiblement plus rapide que celui des orateurs, qui rarement excède centcinquante à cent-soixante mots f. »

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