Cieorges PéRûuze, L'Impression en Braille
PRESSE A IMPRIMER LES LIVRES BRAILLE EN CARACTÈRES MOBILES INTERPOINTS, USITÉE A L' ASSOCIATION VALENTIN HAÏ ï .
La Pénurie des « Livres hittites ». 01
principales. La plus ancienne se trouve à l'Institution nationale des jeunes Aveugles. Elle est très bien organisée, richement dotée, et dépend du ministère de l'Intérieur. Imprimer des livres pour les besoins de renseignement de cette institution est son but spécial, et elle ne met en vente que le surplus de sa production. La seconde imprimerie est celle de la Communauté des Sœurs aveugles de Saint- Paul1. La troisième est celle de l'Association Valentin Haûy.
1. Cf. Maurice de la Sizeranne, Les Sœurs aveugles, 2e partie, livre II. chapitre vu : L'Imprimerie des livres blancs, L'auteur décrit, dans ce chapitre, avec une grande clarté, les phases successives de l'impression en Braille. Tout le travail, à la maison des Sœurs aveugles, est exécuté par des religieuses aveugles. 11 comprend deux parties : la composition et l'impression ou tirage. La composition peut se faire de deux manières : typographique ou stéréotypique. Pour la composition typographique, on se sert de caractères mobiles, en alliage de plomb, qui ont la forme de petits dominos épais et portent sur Tune des extrémités les points du signe Braille. La compositrice aveugle lit, de sa main gauche, le texte préalablement écrit en Braille, et, de sa main droite, va puiser à coup sur. dans les casses, les caractères dont elle a besoin. On
A supposer même que Ion parvînt à diminuer très sensiblement le prix des livres en Braille et à multiplier leur nombre, il serait encore bien difficile, sinon impossible, aux aveugles de se constituer une bibliothèque assez riche pour le développement de leur culture intellectuelle. Une première raison, qui
opère de même pour la composition de la musique. Pour la composition stéréotypique. on produit « les caractères un à un sur des feuilles doubles de cuivre ou de zinc placées sur une tablette Braille; celle-ci construite spécialement pour cet usage est toute en acier. C'est en frappant avec un marteau sur un poinçon d'acier qu'on repousse cbaque point; » — le même travail se fait aujourd'hui avec une machine — « la page ainsi écrite, d'abord au recto, ensuite au verso, est retirée de la tablette, puis dédoublée et ouverte un peu comme une coquille d'huître, le pli du zinc formant charnière. Après avoir été dûment vérifié, corrigé, le stéréotype ou cliché est prêt pour l'impression : il n'y aura plus qu'à introduire entre les deux parois de l'huître, c'est-à-dire entre les deux feuilles de zinc, la feuille de papier, et à passer sur le rouleau de la presse, ce qui constitue le tirage. » Le tirage se fait sur un papier qu'on a trempé la veille dans un baquet plein d'eau et qu'on ;i laisse s'égoutter ensuite. Après ce tirage, on procède au séchage : les feuilles sont étendues sur des Mis de fer, comme le linge d'une lessive.
La Pénurie des « Livres blancs ». <>i>
leur est commune avec les clairvoyants, c'est que la dépense serait encore trop lourde pour le modeste budget du plus grand nombre. Ils gagnent même beaucoup moins, en général, que les clairvoyants, et leur vie, de toute faeon, est plus coûteuse. Une autre raison leur est particulière : c'est qu'un ouvrage en relief occupe environ soixante fois autant de place que le môme ouvrage en noir et remplit à lui seul tout un rayon d'étagère. Si l'on prend comme exemple Le Tour de France par deux enfants, de Bruno, on verra que « le volume en noir de 300 pages, tout cartonné, mesure 18 centimètres de long sur 11 de large et 17 millimètres d'épaisseur, et pèse 370 grammes. Le môme ouvrage en Braille forme un total de près de 1000 grandes pages, mesurant 29 centimètres de longueur sur 22 de largeur et ces 1 000 pages , sans aucune reliure , pèsent environ 5 kilos... La plus modeste bibliothèque Braille nécessite une pièce réservée à cet usage, et les personnes qui ont les
moyens de s'offrir un pareil luxe sont plutôt rares ''. »
Les bienfaits et les joies de la lecture sembleraient donc interdits à l'aveugle. La question serait insoluble. Dira-t-on que cette question insoluble n'est, en somme, que secondaire et qu'on devrait s'estimer heureux de pouvoir assurer l'instruction de l'aveugle, le mettre à même de gagner sa vie, qu'on obtient ainsi l'essentiel et que le reste n'est que du superflu ? Ce serait oublier que l'homme ne vit pas seulement de pain. Gela n'est pas moins vrai pour l'aveugle que pour le clairvoyant. Croire que les joies de l'esprit lui sont moins nécessaires qu'à d'autres, c'est encore obéir à ce préjugé qui fait de lui un être à part, condamné par son infirmité même à une infériorité non seulement physique, mais intellectuelle. La vérité, c'est qu'il n'est pas moins capable de culture que le clairvoyant el qu'il a dos raisons parti-