Georges Pérouze, V Impression m Braille
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culières d'en être beaucoup plus avide. N'ayant pas pour se distraire le spectacle du monde extérieur, privé de ce merveilleux agent d'information qu'est la vue, c'est la pensée écrite ou parlée qui demeure sa ressource suprême. Le livre devra donc tenir dans sa vie intérieure une très grande place. Il l'aimera plus encore que ne l'aime le clairvoyant, parce qu'il lui devra davantage. Il en accueillera aussi les pensées ou les rêves avec une attention plus rétléchie, car la cécité même a développé en lui une grande force de méditation et de concentration.
C'est, d'ailleurs, un fait d'expérience que les aveugles aiment passionnément la lecture. « Tout ce qui s'adresse à l'imagination, écrit M. de la Sizeranne, a un singulier attrait pour eux; les récits historiques, les voyages et les œuvres purement littéraires enthousiasment, je crois, beaucoup plus l'écolier aveugle que l'écolier clairvoyant. Dans nos écoles spéciales, les cours d'histoire, de géographie et de litté-
rature sont suivis par les élèves un peu intelligents avec un entrain remarquable. Les aveugles ont une passion pour la lecture faite à haute voix, et je nie souviens que nous aurions commis des bassesses auprès de nos maîtres d'étude chargés de nous faire le jeudi et le dimanche une heure de lecture réglementaire, pour obtenir d'eux qu'ils n'entendissent pas sonner l'horloge. Surtout lorsque nous lisions dans Thiers la campagne d'Italie ou celle de France, quand nous étions au cœur de la Jérusalem délivrée, de Cinnaoxx de Briiannicus, on aurait entendu voler une mouche, et, sauf quelques imbéciles qui dormaient paisiblement, tout le monde était captivé. Un maître d'étude qui lit bien fait tout ce qu'il veut des écoliers aveugles; il a en son pouvoir un philtre puissant dont rien ne saurait rompre le charme '. » Écoutons un autre aveugle nous dire le
I. Maurice de la Sizeranne, Les Aveugles pur un Aveugle , p. :i4-:](i. •• Lorsque, à l'Institut dos jeunes Aveugles, on sait Les Aventures du Capitaine Hatteras, les enfants étaient
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magnifique rôle que peuvent tenir la poésie et la musique dans la vie de ceux qui sont privés de la lumière du jour : « L'art, sous les deux formes où il se laisse goûter pleinement par lui, est encore pour l'aveugle une consolation et un soutien précieux. La cécité qui survient jette souvent l'homme dans une prostration qui semble désespérée. Pour les âmes les plus délicates, les plus cultivées et les mieux trempées, parmi les planches de salut qui peuvent s'offrir, l'art est peut-être l'une des moins fragiles. Oui dira tout le réconfort qu'y ont puisé des hommes comme Milton, comme Augustin Thierry qui se dévouait au beau non moins qu'au vrai? l. » Et M. Villey joint à ces noms
halelants d'émotion; pendant quelque temps, du moins, ils échappaient à eux-mêmes. Les aveugles qui ont entendu lire Robinson Crusoë y pensent sans cesse; ils s'en vont au milieu des océans, à travers les îles désertes, et trouvent dans leurs rêveries des satisfactions que la vie leur a refusées. » Maxime du Camp. La Charité privée à Paris, p. 314.