Maxime du Camp, ouvrage cité, p
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cinquantaine d'ouvrages, formant environ 120 volumes, constituaient à peu près tout ce qui était imprimé en français. C'étaient en majorité des ouvrages élémentaires : grammaire, arithmétique, géométrie, histoire, géographie, recueils de morceaux choisis1 (vers et prose), un « choix » de La Fontaine, YArl Poétique et quelques livres de piété. Comment s'en étonnerait-on si Ton songe que le catéchisme que les clairvoyants achètent pour quelques centimes était coté 5 fr. 50 sur les cata-
1. Le premier de ces recueils, publié en 1858. se compose de deux gros volumes in-4°, l'un de 103 pages pour les vers, l'autre de 72 pages pour la prose. Le volume de vers renferme 24 extraits. Il débute par la Manière de lire les vers, de François de Neufchàteau. Viennent ensuite des stances de Malherbe, le Trône de Dieu, de Chapelain, des extraits de Corneille, de Molière, cinq fables de La Fontaine, des extraits de Boileau. de Racine, une poésie de J.-B. Rousseau. Voltaire ferme le cycle avec des fragments de la Henriade, de Zaïre et de Mahomet. Le volume de prose, de saint Vincent de Paul à Villemain. renferme 30 extraits. On peut juger quel commerce intime avec les classiques ces deux volumes pouvaient procurer aux élèves ayant des goûts littéraires.
74 Lia 'Bibliothèque des Aveugles.
logues spéciaux d'ouvrages en Braille, et qu'une tragédie classique, que l'on peut avoir pour 0 fr. 25 dans l'édition populaire, ne vaudrait pas moins de 6 francs pour les aveugles?
Ainsi Braille avait bien inventé le livre de l'aveugle; mais ce livre faisait défaut. Il fallait trouver un moyen de le multiplier et de le répandre ; c'était le problème qui restait à résoudre; on va voir de quelle manière l'Association Valentin Haûy le résolut.
COMMENT ON IMPRIME LES LIVRES EN BRAILLE A l'association VALENTIN HAUY.
L'Œuvre de l'Association Valentin Haùy.
Lorsqu'en 1883, M. Maurice de la Sizeranne réunit les premiers éléments de Y Association Valentin Haiiy pour le bien des Aveugles, une de ses premières préoccupations fut de créer à l'usage de ces derniers une bibliothèque. Il parvint à rassembler, pour les leur prêter gratuitement, une centaine de volumes provenant des Institutions d'aveugles ou de dons particuliers. C'était un début bien modeste. On ne pouvait pas s'en tenir là; mais, pour accroître un si humble dépôt, il ne fallait pas songer à acheter des livres. On a vu qu'il y en avait peu, et qu'ils
coûtaient fort cher. Même avec de grandes ressources pécuniaires, il eût donc été impossible d'en acquérir un nombre suffisant.
L'Association Valentin Haûy est comme toutes les œuvres de bienfaisance : elle ne prétend pas plus qu'elles avoir trouvé d'autres moyens de vivre que de faire appel à la charité du public; elle a usé de ce moyen. Mais faire appel à la charité des autres, ce n'est pas seulement leur demander de l'argent, c'est aussi leur demander de payer de leur personne, de s'intéresser activementà l'OEuvre, de lui donner, quand ils le peuvent, un peu de leur temps, de leur intelligence et de leur cœur. L'Association Valentin Haûy n'a jamais négligé de solliciter ces ressources morales, ce concours des bonnes volontés, qui n'est pas moins important que les contributions pécuniaires, et elle s'en est toujours bien trouvée. C'est en appliquant cette méthode qu'elle a pu faire, notamment, de sa bibliothèque ce qu'elle est aujourd'hui. Voici ce qu'elle a dit en substance au public.
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« Les aveugles aiment la lecture; ils n'ont pas de livres ; faites-en pour eux. Nous ne vous demandons pas de fonder des imprimeries à grands frais, de nous apporter de l'argent pour quelque vaste entreprise. Achetez seulement une tablette et un poinçon Braille avec quelques mains de papier; apprenez le maniement de cette tablette, qui est facile. Les aveugles s'en servent pour écrire leur correspondance, prendre des notes, tenir leurs comptes; pourquoi ne vous en serviriez-vous pas pour leur transcrire en Braille les livres qui leur manquent? Puisque les livres imprimés coûtent trop cher, donnez-nous des livres manuscrits qui ne coûteront rien. A vous seulement ils coûteront un peu de vos loisirs. C'est, d'ailleurs, un travail qui peut se quitter et se reprendre à volonté. On l'interrompt sans qu'il en soutire. Additionnez tous les moments perdus de votre journée, vous obtiendrez une somme de temps très respectable, que vous pourrez très utilement employer. Sans doute, il en faudra beaucoup
pour transcrire tout un ouvrage, mais si d'autres suivent votre exemple, si votre nombre s'accroît sans cesse, vous arriverez à produire une vraie bibliothèque. Faites de la propagande, recrutez les bonnes volontés, amenez-nous chaque année un nouveau contingent de copistes; tout ce travail, toutes ces heures de « picotage », qui prises isolément sembleraient peu de chose, fourniront en se totalisant des milliers de volumes. Humble et pauvre à ses débuts, la bibliothèquegrandira, s'épanouira ; etce qif aucune invention n'avait pu faire, la charité le fera. Les aveugles auront enfin leurs livres blancs. » Cette idée dun recours à la bonne volonté du public, un aveugle éminent, le docteur Armitage, l'avaitdéjà conrueet avait commencé de l'appliquer en Angleterre. M. Maurice de la Sizeranne eut le mérite delà reprendre el de la faire abondamment fructifier. Le chaleureux appel del'Association Valentin Ilai'iy futentendu et n'a pas cessé de l'être. Les quelques personnes qui, au début, se mirent à l'œuvre avec
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leur tablette et leur poinçon, ont vu, chaque année, leurs rangs s'accroître. Elles étaient d'abord une dizaine au plus; en 1895, elles étaient GO, en 1910, elles étaient 1 500, et elles sont aujourd'hui 2 800. Cette progression rapide et continue sur un espace de vingt années montre bien qu'il ne s'agit pas d'un engouement passager, d'une simple mode. Elle a nécessité la création d'un service spécial, le bureau des copistes, qui n'est pas l'un des moins actifs de l'Association Valentin Haùy. C'est de ce bureau, situé au même étage que la Bibliothèque, que celle-ci s'alimente; c'est là que prend naissance le livre blanc.
La salle n'est pas moins animée, à certaines heures, que celle où se pressent les aveugles qui viennent chercher leurs livres. Quatre ou cinq dames sont assises autour d'une grande table et rédigent d'activés correspondances ; trois autres, les correctrices, donnent des leçons de Braille à des débutants ou revisent leurs premiers essais. Voici une dame âgée qui se
présente avec un léger accent étranger. C'est une néophyte. Elle a su que Ton copiait des livres pour les aveugles ; elle vient s'informer et offrir ses services. Elle demande qu'on lu1 indique un ouvrage à transcrire. A ce mot d'ouvrage on s'inquiète. On lui explique adroitement qu'il vaut mieux débuter par quelque chose de court, un conte, un article de revue; car les copistes nouveaux risquent de commettre des erreurs. Il est d'usage qu'ils envoient quelques essais à corriger avant d'entreprendre une œuvre de longue haleine. Plus tard, elle choisira un livre à sa convenance, car la clientèle des lecteurs est extrêmement variée : enfants, ouvriers, étudiants, médecins, professeurs, prêtres, etc., tous les besoins et tous les goûts sont représentés. C'est ainsi que, récemment, un jeune aveugle, qui prépare un examen, demandait le texte latin des Commentaires de César.
La dame se retire, munie des instructions rédigées pour les copistes, et voici qu'un
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ménage l'ait son entrée dans la salle. C'est une jeune femme très élégante qui amène son mari* Le mari se tait, la jeune femme explique. Ils vont partir pour la campagne, ils auront des loisirs, ils voudraient les employer à transcrire des livres en Braille. Alors on s'asseoit à une petite table auprès d'une des correctrices aveugles. Celle ci, inlassablement, recommence la démonstration qu'elle vient d'achever à l'instant pour un jeune écolier en vacances et qui sera suivie de beaucoup d'autres avant que la journée ne s'achève. Elle donne un tableau de l'alphabet Braille, elle explique les positions des points et comment les dix. premiers signes de a à j, augmentés chacun d'un seul point, engendrent les dix suivants de k, à /, etc. Elle assujettit sa feuille de papier sur la tablette et elle poinçonne de droite à gauche sous les yeux de ses élèves; puis elle leur tend l'appareil et les invite à marquer à leur tour quelques signes. Le mari écoute et s'applique, consciencieux et docile; la jeune femme, plus distraite, laisse
errer ses regards curieux à travers la salle. Bientôt la démonstration s'achève; on remet aux nouveaux copistes la feuille des instructions, et le mari disparaît dans le sillage de sa femme.
C'est maintenant une mère de famille avec un jeune garçon et deux sœurs de douze et quinze ans. Celles-ci apportent leurs essais, les premiers, deux immenses feuilles de papier couvertes de points jusqu'aux bords; il ne reste plus la place d'en piquer un seul. Deux correctrices s'emparent du travail, tandis que toute la famille, un peu anxieuse, attend le verdict. Il se fait un silence prolongé, trop prolongé, qui cause un certain malaise. En vain les correctrices promènent leurs doigts sur ces pages; elles les tournent et les retournent dans tous les sens et finissent par avouer qu'elles n'y perçoivent aucun mot intelligible. On s'étonne, on s'explique et Ton finit par découvrir que les deux jeunes débutantes se sont trompées d'alphabet; elles ont pris celui de la lecture et non
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celui de récriture; elles onl marqué les signes comme ils se lisent et non comme ils s'écrivent ; de sorte que tout est à l'envers. C'est une erreur réparable; elles reviendront bientôtavec de nouveaux essais presque impeccables, et elles deviendront de très bonnes fournisseuses delà Bibliothèque. Elles copieront des ouvrages ou des revues pour les enfants; de leurs doigts agiles elles feront de la gaieté et de la lumière pour ces petits qui vivent dans les ténèbres; elles sauront déjà, toules jeunes qu'elles sont, qu'il y a de par le monde de grandes tristesses, qu'en donnant un peu de soi-même, on crée parfois beaucoup de bonheur, que le plus léger de nos sacrifices, celui d'une heure de plaisir, peut fructifier au centuple et produire une surabondance de joie. N'y a-t-il pas, à la Bibliothèque, plusieurs volumes de la Semaine de Suzelle copiés par deux enfants de six et huit ans?
Entre temps, les correctrices examinent des essais envoyés de la province, puis elles font
part de leurs critiques à Tune des secrétaires qui en prend note pour les transmettre aux intéressés. Certaines de ces copies sont bonnes ; on n'y relève que des fautes légères; d'autres sont franchement mauvaises. Mme X... confond beaucoup de lettres, 17 avec le, le / avec Fit, etc.; elle efface trop souvent des points en les écrasant, et récrit par dessus, ce qui rend la lecture très difficile; elle place le trait d'union pour couper les mots au commencement des lignes; elle oublie des lettres; elle écrit trop loin à la fin des lignes et parfois même, faute de place, supprime la dernière lettre. La personne qui note ces observations pousse un soupir; elle s'afflige en pensant à toutes les choses désagréables qu'elle va écrire à Mme X. . . C'est par correspondance que tout se traite avec les copistes de province, premières leçons, corrections, renseignements de toutes sortes, choix de volumes à transcrire. Cela nécessite un énorme travail, un échange annuel de près de 4000 lettres. .
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La marche à suivre est la même pour tous. Dès qu'une personne offre son concours, on lui l'ait remplir un questionnaire sur lequel elle inscrit son nom, son adresse et le genre d'ouvrage qu'elle veut transcrire. L'on connaît ainsi ses goûts et Ton s'y conformera dans le choix des transcriptions qu'on lui demandera de faire. Après la période des débuts et des essais, le copiste apporte ou expédie son premier volume. Il ne transcrit jamais que les ouvrages qu'on lui indique, sinon il courrait le risque d'entreprendre un travail déjà fait par d'autres. Pour éviter ces doubles emplois, il suffit de se reporter au catalogue sur fiches de la bibliothèque, dont on parlera plus loin. Si l'on y trouve le titre d'un ouvrage proposé par un copiste, on saura qu'il ne faut pas le lui laisser transcrire. En outre, une série de fiches, classées par ordre alphabétique des noms d'auteurs, donne les litres d'ouvrages à copier, avec indication du prix et de l'éditeur, pour renseigner les copistes qui voudraient les
acheter eux-mêmes. Ces fiches et le catalogue sont tenus avec le plus grand soin, et, grâce à cette méthode précise, le bureau de copie ne commet presque jamais d'erreurs.
Tous les volumes envoyés par les copistes sont lus avant d'être acceptés. Si le travail est trop mauvais pour être d'un usage quelconque, ce qui est rare, on évite d'en encombrer inutilement la bibliothèque; on le fait recommencer ou on le supprime. S'il contient des fautes peu importantes, qui n'entravent pas la lecture, on le reçoit. Les copistes sont avertis de leurs erreurs afin de ne pas les renouveler '.
1. On demande parfois pourquoi l'Association Yalentin Haiïy n'insiste pas davantage pour que ses copistes emploient les machines à écrire le Braille. Notons que, jusqu'à ces dernières années, il n'y en avait que d'assez lourdes et encombrantes, pesant environ 4 à 5 kilos et mesurant 0 m. 30 de largeur sur 0 m. 20 de hauteur. Il en existe maintenant une petite, la marque anglaise Stainsby-Wayne, qui donne satisfaction à la plupart des copistes qui s'en servent. On ne peut cependant l'emporter aussi aisément dans ses moindres déplacements qu'une simple tablette Braille. D'autre part, certains copistes trouvent déjà cette dernière coûteuse (une dizaine de
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Ces copistes diffèrent beaucoup par la qualité et la quantité de leur travail. Un grand nombre d'entre eux, déjà expérimentés, transcrivent avec soin et sans faute; d'autres sont encore novices, ou négligents ou distraits. Certains font preuve d'une assiduité remarquable. Il en est un qui ne craignit pas d'entreprendre, à lui tout seul, la transcription du grand ouvrage de Sorel, L'Europe et la Révolution française. Elle ne comprend pas moins de 114 volumes qui furent copiés en trois ans. Au même copiste infatigable, on dut ensuite YHisloire de la Monarchie de Juillet, par Thureau- Dangin, qui produisit 90 volumes. Mais il y a
francs). Que sera-ce si on leur propose d'acheter une machine? Enfin, si l'écriture à la machine est incontestablement plus rapide et plus régulière que l'écriture au poinçon, elle n'est nullement exempte des malfaçons les plus habituelles et les plus gênantes qu'on rencontre dans les livres manuscrits et qui sont les points en trop ou en moins, les lettres confondues et mises les unes pour les autres. Tous ces défauts, en effet, existent aussi bien dans les livres écrits à la machine que dans les livres écrits au poinçon, puisqu'ils viennent des distractions des copistes.
ceux qui ne disposent que d'un temps très limité; il y a ceux qui manquent de persévérance et qui abandonnent l'ouvrage commencé. Pour réveiller leur zèle, on leur envoie des lettres de rappel. Les uns ne répondent pas, d'autres s'excusent et font des promesses qui ne sont pas toujours tenues. Dans les années 1913 et 1914, environ 500 copistes donnaient un volume Braille par an, 100 copistes un volume par mois, soit 12 par an, et 20 copistes 20à2o volumes paran. Chaque année, d'ailleurs, le nombre des bonnes volontés augmente et aussi celui des livres. Pour 1913, on a compté 178 recrues et 2 -45-4 nouveaux volumes.
Les copistes sont de tous les âges. Nous avons cité de très jeunes enfants. Mettons en regard une généreuse femme, morte à quatrevingt-cinq ans, dont la vieillesse n'avait jamais ralenti l'activité. Aux derniers jours de sa vie elle pensait encore à la transcription qu'elle avait tantàcœur defairepourseschersaveuglesetelle obtenait de sa sœur la promesse d'achever
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l'œuvre interrompue. D'autres à peine moins âgés travaillent avec le même zèle. Les hommes, naturellement, sont en minorité, mais on apprécie particulièrement leur travail. Le rapport pour 1911 nous dit « qu'ils sont plus soigneux, plus méthodiques, plus persévérants et peut-être moins nerveux; qu'ils apportent une netteté et un soin très grands à leur écriture ». Il n'est pas indifférent de remarquer que ces compliments leur sont décernés par une femme. On trouve parmi eux des officiers en retraite , quelques-uns môme en activité, des prêtres de province, des curés de campagne, d'anciens magistrats.
Notons, enfin, que les recrues viennent aussi de l'étranger et, parfois même, de très loin. Une jeune fille qui signe : une copiste d'outremer qui aime les aveugles, écrit de Buenos- Ayres : « Votre très généreux appel en faveur des aveugles m'a suggéré la pensée de réserver chaque jour une heure à l'œuvre charitable et noble de laquelle vous faites partie ».
Quand le volume nouvellement transcrit a été accepté par les correcteurs, on l'envoie à la reliure. Le travail se fait au siège même de l'Association Valentin Haùy. C'est un aveugle et sa femme qui en sont spécialement chargés. Ils terminent en moyenne une centaine de livres par mois. On colle sur le plat du volume une étiquette portant en Braille son titre et son numéro1; puis il va prendre sa place sur les rayons de la bibliothèque. Le voilà prêt maintenant pour sa longue et bienfaisante carrière.
Outre le travail de première copie, il existe un service de seconde copie. On retranscrit, d'une part, certains ouvrages dont il est nécessaire de posséder plusieurs exemplaires parce qu'ils sont plus fréquemment demandés par les lecteurs, et, d'autre part, les volumes dont le relief, en s'aplatissant,a rendu la lecture moins facile ou moins agréable. Cet aplatissement du
1. Sur la première page de chaque livre est également collé cet avertissement en Braille : « 11 est hygiénique de se laver les mains avant et après la lecture ».
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relief, causé par le frottement du doigt, se produit au bout d'un temps qui varie suivant l'usage qu'on a fait du livre1. Le service de
1. Ce serait une grande erreur de penser que les points dont sont formés les caractères Braille s'effacent et disparaissent facilement. Produits sur un papier un peu résistant, sans qu'il soit pourtant d'une grande épaisseur, ces points sont encore très lisibles après des centaines et des centaines de lectures. Voici un volume qui peut-être a été lu un millier de fois : le cartonnage est extrêmement fatigué; il a dû être réparé, renouvelé plusieurs fois; les tranches sont usées, certaines fe,uilles coupées par le fil du brochage; mais les points restent encore tangibles. D'ailleurs, cela s'explique si l'on observe que, pour lire, le doigt ne fait qu'effleurer le relief. Seuls les lecteurs débutants appuient, frottent leurs doigts, croyant ainsi mieux sentir; mais ce sont les alphabets, les méthodes ou exercices de lecture qu'ils effacent, et dès qu'ils commencent à lire couramment dans les livres, ils n'appuient presque plus. Les premières fois que des caractères manuscrits sont lus, il se produit peut-être comme une sorte de tassement du papier, mais après ce premier foulement du gaufrage, le point prend en quelque sorte son niveau normal et ne s'émousse plus ensuite que d'une manière presque insensible sous l'action de la peau du doigt.
11 est bien évident que si, avec l'ongle, on gratte les points, on les détruit. De même, si l'on met sous presse une feuille isolée, les points se trouvent effacés, mais il faut la volonté d'efîacer. Un cahier, à plus forte raison
seconde copie est assuré non plus par des personnes bénévoles, mais par des aveugles rétribués. Quand un livre, en effet, a déjà été transcrit en Braille, il peut être recopié par un aveugle qui lit de la main gauche pendant qu'il écrit de la main droite. Une soixantaine d'aveugles, à Paris et en province, sont occupés à ce travail.
Voilà l'histoire de la plupart des livres qui composent aujourd'hui la Bibliothèque Braille à l'Association Valentin Haùy. Le nombre de ceux qui sont imprimés est relativement faible; la grande majorité ont été transcrits à la main. Remplacer l'imprimeur, qu'il fallait payer très cher, par le copiste bénévole, telle fut, avons-nous dit, l'idée mise en pratique par M. Maurice de la Sizeranne. L'idée était féconde, puisqu'elle a produit, à l'heure actuelle, la bibliothèque de livres en relief la plus considérable, et de beaucoup, qu'il y ait
un volume, peut résister, les toutes premières pages exceptées, à de multiples pressions d'ensemble.
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dans le monde entier. On a vu ses débuts modestes. En 1895, elleavait déjà 1 100 volumes ; en 1906, 15 000; en 1910, 25 000; elle en compte aujourd'hui 50 000 qui représentent environ 12000 ouvrages. Nous savons comment elle a pris naissance; voyons maintenant ce qu'elle est et comment elle fonctionne.
Le local a été construit en petits étages, comme les bibliothèques modernes, afin que tous les volumes soient, sans échelle, à portée de la main, ce qui économise du temps. Comme ces volumes occupent un certain espace, on a dû multiplier les rayons qui, par suile, sont assez rapprochés. De nombreux et étroits passages sont aménagés entre eux; mais les bibliothécaires, tous aveugles, y circulent sans aucune gêne. Des listes en Braille, fixées à l'entrée de ces passages, dans le couloir central, indiquent le contenu des rayons. Il est, d'ailleurs, fort rare que le bibliothécaire en chef, qui connaît à fond son dépôt, ait besoin de le consulter.
Le catalogue est fait sur fiches et en Braille par le personnel aveugle. Les fiches, rangées par ordre alphabétique des noms d'auteurs, indiquent sous ces noms le titre de l'ouvrage et son numéro de classement. Le catalogue est manipulé et consulté aussi aisément par les aveugles que les catalogues en caractères vulgaires par les clairvoyants. Il a été reproduit en volumes Braille à l'usage des lecteurs. On en a ainsi un certain nombre d'exemplaires qui peuvent leur être prêtés. Ceux qui veulent l'acquérir ont la faculté de le faire transcrire. Il a fourni A volumes de plus de 100 pages chacun, auxquels viennent s'ajouter des suppléments au fur et à mesure des besoins. On a également entrepris un catalogue en volumes Braille par matières, dont il existe déjà deux séries : romans et nouvelles, histoire et questions historiques. Ces deux séries ont été reproduites en caractères vulgaires.
Les livres sont écrits sur du papier assez épais, mais souple et résistant, qui conserve
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Técriture 1res longtemps. Ils ont de 100 à 120 feuillets. Le format généralement adopté est Tin-80. Toutefois un certain nombre d'ouvrages, et notamment les dictionnaires, sont de format in-i°.
On a vu que l'invention du Braille avait atténué, mais non supprimé l'un des inconvénients des caractères vulgaires en relief : la grosseur des volumes et leur faible contenance. On a recours, pour y remédier, à divers systèmes. Nous ne ferons que mentionner l'interligne et l'interpoint, qui s'emploient surtout pour les livres imprimés l. Mais il est un procédé très couramment employé pour l'écriture en Braille et qui réduit d'un quart la grosseur des volumes. C'est l'abrégé orthographique, imaginé par M. Maurice de la Sizeranne en 1882. Comme il comporte des règles invariables, tous ceux qui le pratiquent doivent l'écrire de la même
1. Les périodiques édités par l'Association Valentin Hauy, le Louis Braille et la Bévue Braille, sont imprimés en interpoint.
manière. Il consiste à contracter en un on plusieurs signes, pris parmi ceux de l'alphabet Braille qui représentent à l'ordinaire une ponctuation ou des chiffres, certains groupes de lettres comme ch, cr, ch\ tt\ etc., ou certaines expressions courantes comme parce que, pour ainsi dire, quelquefois, toujours, etc. Il s'est répandu très vite, grâce à sa grande simplicité ; la plupart des aveugles en font maintenant usage. Les deux tiers des livres de la Bibliothèque Braille sont transcrits selon ce système. Il en résulte une économie de temps pour le copiste et de place pour la Bibliothèque. Néanmoins il faudra toujours des livres en toutes lettres pour les lecteurs enfants, ou peu instruits, ou novices.
Nons avons déjà signalé la composition très variée de la Bibliothèque. Il est naturel que les romans, comme partout, y tiennent une place prépondérante. C'est un des genres préférés des lecteurs et des copistes. Aussi le nombre en est-il déjà considérable et les dernières
L'Association Valent in Haùyt {M
nouveautés viennent 1res vile le grossir. On y relève les œuvres de Balzacj Barrés, Bazin, Louis Bertrand, Bordeaux, Bourget; Conan Doyle, Fenimore Cooper, Coppée, Alphonse et ErnesL Daudet, Dickens, Dumas père, Zénaïde Fleuriot, Henri Gréville, Kipling, Lavedan, Lichtenberger, Loti, (J. Ohnet, Bod, George Sand, Sandeau, Scott, Sinkiewiez, Theuriet, Léon de Tinseau, Tolstoï, Tourgucnietï, etc.
Les enfants ne sont pas oubliés. Les œuvres de Jules Verne, de la comtesse de Ségur, de Danrit, de Mayne-Beid, etc., sont largement représentées à la Bibliothèque.
Elle renferme également de nombreux récits de voyages et presque autant de volumes d'histoire que de romans, depuis les œuvres d'Hérodote, de Thucydide, de César, de Salluste jusqu'à celles de Taine, Lavisse, Vandal, Houssaye, Ilanotaux, Lenôtre. On y trouve encore tous les classiques du théâtre antique et moderne et beaucoup d'auteurs dramatiques contemporains, presque tous les poètes
français des diverses époques et les œuvres des grands critiques, Sainte-Beuve, Taine, Brunetière, Lemaitre, Faguet....
Les langues mortes ou étrangères fournissent aussi quelque appoint. La bibliothèque possède une certaine quantité d'auteurs latins dans leur texte original, la Divine Comédie en italien, quelques pièces de Shakespeare et des romans en anglais, divers ouvrages allemands et espagnols1.
Beaucoup de copistes et beaucoup d'aveugles ayant une prédilection marquée pour les livres religieux, ceux-ci sont assez abondants. On trouve à la Bibliothèque une transcription de la Bible, des œuvres choisies des Pères latins, de saint Bernard, Y Introduction à la vie dévote
1. Les livres en latin ou en langues étrangères ont été très demandés, depuis quelques temps, par des lecteurs aveugles désireux d'étudier ces langues. Aussi a-t-on accepté avec gratitude l'offre faite par certains copistes de transcrire des vocabulaires, des grammaires et des méthodes. D'autres se sont astreints à copier le bréviaire pour des prêtres aveugles.
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de saint François de Sales, les sermons et conférences des grands orateurs de la chaire, les monographies des saints les plus connus, etc. L'histoire religieuse, la philosophie et la controverse religieuses sont également représentées. Citons l'Histoire des variations des églises protestantes, de Bossuet; Orpheus et V Évangile de Mgr. BatilYol; L'Église naissante et le Catholicisme, du môme ; La Vie vaut-elle la peine de vivre? de Hurrell-Mallock; Science et religion, de Boutroux.
Les livres scientifiques augmentent d'année en année. C'est ainsi qu'en 1910 la Bibliothèque s'est enrichie d'ouvrages tels que Science et Méthode, de Henri Poincaré; La Phgsique moderne, de Lucien Poincaré; Physiologie philosophique, du docteur Paulesco, etc. On lit dans le rapport pour 1913 : « Signalons un travail très important accompli par un de nos copistes les plus compétents. Il s'agit d'un tableau représentant en Braille tous les signes de mathématique et d'algèbre, qui permettra
désormais d'entreprendre des transcriptions inabordables jusqu'à présent. Nous avons déjà , grâce à ce tableau , le chapitre sur l'acoustique de Branly et nous comptons avoir un jour en entier son Cours élémentaire de Physique. »
Nous mentionnerons enfin la bibliothèque musicale, qui forme une seclion très importante, ayant son personnel spécial. Elle est très riche en musique proprement dite, le système Braille se prêtant excellemment à la notation musicale. On y trouve beaucoup de musique de piano, de chant, d'orgue, etc., des méthodes pour divers instruments, des solfèges, des traités d'harmonie. En 1910, par exemple, la Bibliothèque acquérait des mélodies de Chausson, de Eauré, de Goquard... les sonates pour piano et violon de Haydn, pour violoncelle et piano de Beethoven, des trios pour violon, violoncelle et piano de Beethoven, de César Franck, etc. Elle renferme, en outre, une abondante musicographie, histoires de la
UN PIANISTE AVEUGLE DECHIFFRE DE LA MAIN GAUCHE LA PARTITION EN P.ELIEF ET JOUE DE LA MAIN DROITE.
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musique, biographies de compositeurs illustres, travaux de critique musicale1.
On nous pardonnera cette énumération un peu sèche, qui seule peut donner une idée tangible des immenses ressources intellectuelles et artistiques accumulées à la Bibliothèque de l'Association Valentin Haùy. Ces ressources, il ne suffisait pas de les réunir; il fallait encore organiser tout un service pour en faire bénéficier les aveugles.
Cette organisation varie selon que les lecteurs habitent Paris ou la province. On a vu que les premiers viennent ou envoient chercher leurs livres à la Bibliothèque tous les mercredis. Chacun d'eux doit déposer un cautionnement de 5 francs qui est toujours inférieur à la valeur des volumes prêtés. Les aveugles indigents trouvent sans peine quelque personne charitable ou quelque membre de
1. Sauf la musicographie, les œuvres formant la section musicale ne sont pas comprises dans les 50 000 volumes qui constituent actuellement la Bibliothèque Braille.
l'Association Valentin Haiiy qui le verse pour eux. Tout lecteur remet, en outre, un bon de 5 centimes par volume et par semaine, ou par quinzaine, s'il s'agit de musique, exception faite pour la première semaine ou quinzaine d'emprunt, qui est gratuite. On achète ces bons au secrétariat et on les donne au bibliothécaire, mais les lecteurs gênés en reçoivent d'avance et gratuitement une provision. Des fiches au nom des lecteurs indiquent l'auteur et le titre des livres prêtés, ainsi que la date du prêt. Nul ne peut conserver sans autorisation spéciale les livres ou les morceaux de musique plus de deux mois. Quand un volume est rendu, on vérifie la date de sa sortie et Ton annule la fiche. Un bibliothécaire est chargé des fiches des livres, un autre des fiches de musique. Le jeudi, on peut lire à la salle de lecture, mais il y vient peu de monde.
Distribuer les livres aux aveugles de Paris était chose aisée, mais l'Association Valentin Haûy ne pouvait se désintéresser des nombreux
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aveugles de province ou de l'étranger. C'eût été limiter singulièrement le champ d'action de sa bibliothèque. Elle a donc créé pour cette catégorie de lecteurs un service d'envois individuels et des bibliothèques circulantes.
Les expéditions individuelles ont lieu deux fois par semaine, le lundi et le vendredi. Préalablement, les lecteurs ont fait une liste des ouvrages qu'ils désirent et l'ont adressée au bibliothécaire en chef. Cette liste doit être assez longue, une vingtaine de titres, car beaucoup des livres demandés peuvent être sortis. Ces colis sont de 3, 5 ou 10 kilos, ces derniers les plus nombreux. Il en part non seulement pour la province, mais pour la Suisse, l'Angleterre, la Belgique, l'Autriche, l'Espagne, la Russie, le Canada, etc. Le port est à la charge des lecteurs ; aussi le prêt des livres est-il gratuit. Comme la Bibliothèque doit payer les frais pour l'aller, le lecteur la rembourse en « bons de colis » qu'il peut se procurer à L'avance, ce qui lui évite la peine
d'envoyer chaque fois le prix du port. On l'ait, d'ailleurs, un certain nombre d'envois gratuits ou semi-gratuits à des aveugles nécessiteux ou isolés.
Les envois, comme les prêts faits à Paris, sont contrôlés par un système de fiches en Braille portant les noms des lecteurs, les titres et la cote des volumes, la date de l'expédition.
Bien que l'Administration des Postes ait accordé aux papiers écrits en points saillants un tarif privilégié, les frais de transport des livres en Braille, dont 8 ou 10 sont nécessaires pour la transcription d'un seul volume en noir, constituent encore pour beaucoup d'aveugles une lourde dépense. C'est pour répondre aux besoins du grand nombre de lecteurs qui ne peuvent y faire face que l'Association Valentin Haiïy a organisé un service de bibliothèque circulante. A l'heure actuelle, 72 dépots, alimentés par autant de caisses circulantes, ont été établis, dont 9 à Paris et dans la banlieue, 62 en province, et un à Bruxelles. Les
L'Association Valenlin Haut/. L05
localités où se trouvent ces dépôts ont été choisies en raison non de leur importance, mais du nombre de lecteurs qui y résident.
« Une caisse contenant 30 volumes est envoyée dans Tune de ces villes où elle reste trois mois. Une personne de bonne volonté accepte la charge de ce dépôt, dont elle est responsable. C'est généralement un aveugle. Les lecteurs n'ont qu'à se rendre chez le dépositaire ou envoyer prendre les livres qui sont mis gratuitement à leur disposition. Au bout de trois mois, la caisse passe à un autre dépôt pour être remplacée par la suivante. Elle circule ainsi successivement dans une série de dépôts et revient à la Bibliothèque Braille au bout d'environ deux ans. Le transport de ces caisses est entièrement à la charge de la Bibliothèque.
« Les volumes choisis sont aussi variés que possible pour répondre à tous les besoins, car ils circulent dans des milieux très divers. Parmi ces dépôts, un service spécial est ins-
lOt) La Bibliothèque des Aveugles.
titué pour les écoles et asiles d'enfants, car les ouvrages doivent être alors choisis plus particulièrement.
« Les caisses sont toutes établies sur le même modèle, la fermeture en est simple et solide, et les poignées les rendent transportables. L'intérieur est divisé en quatre compartiments, de façon qu'en plaçant la caisse sur l'un des côtés (position normale), un livre n'ait à supporter tout au plus que le poids de 6 volumes, afin d'éviter l'écrasement des points. Elles sont construites de manière à pouvoir servir de bibliothèques, les compartiments faisant rayons. Sur la paroi intérieure du couvercle, est vissée une feuille de celluloïd portant en points la liste des volumes contenus dans la caisse1. » Ce modèle simple et pratique a été adopté à l'étranger.
On a établi pour le service de la bibliothèque circulante, comme pour les autres services, un
1. Jacqueline Thévenin, La Bibliothèque Braille, article publié dans le Bibliographe moderne. 1910. n"s i-3.