EXEMPLES ET FIGURES DE L'ÉCRITURE
[L'endan'is^meût des JuifsJ. — Il n'est rien de si difficile que de convertir un savant quand il est engagé dans Terreur. De tous les juifs il semble que les scribes devaient être les plus prompts à suivre le Messie. Il était facile de le reconnaître par l'accomplissement des prophéties, qui paraissait visiblement en sa personne : cependant, comme ils avaient expliqué à la lettre les passages de l'Ecriture qui parlaient de sa grandeur, de sa noblesse, de sa puissance, de ses forces, de son royaume, et qu'ils s'étaient formé une idée toute grossière de sa venue, il leur fut impossible de le reconnaître dans un état si différent de celui sous lequel ils se L'étaient représenté ; l'éclat de ses miracles, la sainteté de sa vie, les marques de sa divinité, ne purent balancer dans ces esprits obstinés cette bassesse adorable qui leur déplaisait dans le Fils de Dieu, et qu'ils ne pouvaient accorder avec la qualité de Messie. Telle est ordinairement la destinée malheureuse des hommes distingués par leur science et prévenus par de fausses maximes. — Le grand S. Denys fut sans doute un des plus rares génies de son siècle ; mais le malheur de sa naissance l'avait engagé dans les ténèbres du paganisme. Il était du nombre de ces faux sages dont parle l'Apôtre, qui, ayant connu Dieu, ne l'avaient pas glorifié comme Dieu; qui, s' étant contentés d'une connaissance spéculative de cet Etre souverain, sans l'accompagner d'un culte légitime et raisonnable, s'étaient malheureusement évanouis dans leurs pensées ; qui, s'applaudissant de la réputation d'une fausse prudence, qu'une vaine science leur avait acquise dans l'esprit des peuples, étaient devenus les plus insensés des hommes en se disant les plus sages, parce que, après s'être élevés jusqu'à la connaissance du Créateur, ils en avaient confondu l'idée avec celle des plus misérables créatures; plus aveugles de s'être représenté un Dieu éternel, incorruptible, sous la figure des plus vils animaux, que s'ils étaient demeurés dans l'ignorance grossière des peuples, dont ils avaient corrompu la simplicité et l'innocence. C'est dans ce goût que S. Paul nous représente les philosophes d'Athènes et de Rome, au 1er chap. de l'Epître aux Romains. A la vérité, S.Denys ne tomba pas dans ces excès monstrueux, où Dieu, par une juste punition, abandonna ces esprits superbes, dit l'Apôtre, mais on ne peut disconvenir que, jusqu'au temps de sa conversion, il n'ait été infecté des superstitions du paganisme, et celui que nous honorons maintenant serait le sujet de nos larmes si Dieu ne s'était servi du plus savant des Apôtres pour convertir un des plus sublimes génies de son temps.
T. XVII. o
[JephthéJ. — Nous lisons, au livre des Juges, que Jephthé, qui était né d'une femme prostituée, mais cependant habile et vaillant capitaine, ayant demeuré quelque temps dans la terre de Thob, où une nombreuse troupe de vagabonds et de voleurs l'avaient choisi pour leur chef, quitta enfin ce mauvais parti, et ne voulut plus se servir désormais de l'expérience qu'il avait acquise avec eux dans les armes que pour les combattre avec plus de force et de succès, quand il se vit à la tête du peuple de Dieu. — Je trouve une application assez naturelle de ce trait de l'Ecriture au saint dont je parle. Denys était l'un des chefs et des juges de l'Aréopage, parfaitement instruit des superstitieuses cérémonies des païens et de tout ce qui regardait le culte des faux dieux. Il eut le malheur de naître dans une terre et d'une mère idolâtres, que l'Ecriture regarde comme une prostituée, dont les enfants sont exclus de l'héritage qui n'est dû qu'à ceux qui sont légitimes. Des peuples qui, ravissant au vrai Dieu le culte qu'ils lui devaient afin de transporter leur adoration aux idoles, peuvent ajuste titre passer pour des voleurs, l'avaient mis à leur tête pour décider tous les différends de la religion et du barreau. Mais enfin, l'heureux moment étant venu où il a reconnu qu'il soutenait un mauvais parti, il ne l'a, ce semble, quitté que pour l'attaquer avec plus de force, et se servir de son expérience pour le détruire avec succès. De sénateur de l'Aréopage il fut établi évêque : toujours supérieur et toujours juge, mais bien différent de lui-même; toujours agissant avec beaucoup d'érudition et de zèle, mais ne soutenant plus les mêmes opinions ni le même parti : au contraire, ne se servant de ses grands talents que pour faire de plus nombreuses conquêtes à celui dont il les avait reçus, et n'ayant été élevé dans le sein de l'idolâtrie que pour en connaître mieux l'extravagance, et faire revenir avec plus d'avantage ces peuples de leur égarement.
[S. Paul]. — S. Denys, quoique l'un des plus éclairés d'entre les sénateurs d'Athènes, ne laissait pas d'être un aveugle, et l'orgueil de la science lui avait rendu propre une certaine ignorance qui accompagne ordinairement les savants superbes. Il connaissait, ce semble, toutes choses, et cependant il ne connaissait ni Dieu ni lui-même. En quoi je trouve son heureux sort tout différent de celui de S. Paul, ce grand persécuteur de l'Eglise, devenu depuis un grand apôtre : car la lumière, frappant de son éclat les yeux de celui-ci, le fit devenir aveugle pour le rendre fidèle ; mais Denys, par une rencontre plus favorable, fut éclairé par les ténèbres, et commença à entrevoir la véritable lumière par l'obscurité même. Pendant que Denys était enseveli dans les ombres du paganisme, le Fils de Dieu vivait sur la terre, et pensait à réconcilier les pécheurs avec son Père en expirant sur la croix ; et, quand le temps qu'il avait pris pour un si grand dessein fut arrivé, Denys, se trouvant dans la ville d'Héliopolis, surpris tout-à-coup des ténèbres qui se répandirent sur
la terre contre les lois de la nature, cette obscurité même commençant à l'éclairer, il s'écria : Aut auctor nnturir patitur. aut mundi machina dissol- ' vitur. Ce fut ainsi que lVuvs, à la faveur des ténèbres, commença à sortir des ténèbres de l'erreur et du péché : il sortit de l'une par cette obscurité générale, il doit sortir de l'autre à la prédication de S. Paul.
[Les enfauts dans la fournaise]. — Ce prodige qui arriva en faveur des trois enfants de Babylone est étonnant : mais celui que Dieu fit en faveur de saint Denys n'est pas moins considérable. Un ange, qui se trouva au milieu de ces trois enfants, rafraîchit la fournaise, et changeant le feu en fraîcheur, convia ces saints Israélites à louer Dieu et à lui chanter un cantique. S. Denys ayant été jeté par les bourreaux dans une fournaise ardente, elle devint pour ce grand saint un oratoire et un temple ; le feu, obéissant aux ordres du Seigneur, n'osa brûler un seul cheveu de notre saint, et n'eut pas même le pouvoir de noircir son vêtement; il n'avait d'activité et de force que pour fondre les chaînes dont on l'avait chargé. C'était ainsi que S. Laurent, par une constance invincible, triomphait en quelque manière du feu, en se moquant des tyrans pendant que sa chair se fondait. Ce saint diacre ne triompha qu'en partie puisque, conservant sa foi entière^ son corps était tout rôti, mais Denys triomphe doublement du feu. et dans son âme et dans son corps. Il entre avec intrépidité dans la fournaise, mais en même temps Dieu rend son corps invulnérable, et il y reste sans aucune lésion ; et, comme la fournaise des trois enfants fut un lieu de rafraîchissement pour eux par la présence d'un ange, la fournaise de Denys fut pour lui un paradis, par l'assistance que le Saint- Esprit donna à ce grand saint au milieu de ses ardeurs.
[les écrits de S. Denys]. — Il n'est point hors de propos de faire ici mention des ouvrages du grand S. Denys, sur lesquels il y a eu tant de disputes entre les savants. Il est vrai que ce qui a fait doutera plusieurs qu'ils fussent de ce grand saint c'est que ces chefs-d'œuvre de science n'ont paru que dans le troisième ou le quatrième siècle ; et c'est là la meilleure raison qu'objectent les savants qui révoquent ce fait en doute, s'efforçant, sur cette seule circonstance, d'ôter à notre saint la gloire de les avoir composés, quoiqu'ils ne puissent d'ailleurs les attribuer raisonnablement à aucun auteur des siècles suivants. Mais, si Ton considère avec attention la qualité de ces écrits, la manière nette et éloquente dont l'Auteur traite nos plus hauts mystères, il n'y a point de doute que cet ouvrage ne soit facilement rendu à notre saint, étant assez visible, par la sublimité des choses qn'il traite, qu'il n'appartenait qu'à lui, comme disciple de cet apôtre qui avait été ravi jusqu'au troisième ciel, de traiter des matières si hautes. Ce sentiment est le plus universellement reçu. Que si l'on m'objecte que ces écrits ont paru trop tard, je réponds qu'ils sont en cela semblables à quelques fleuves qui, ayant coulé longtemps dans des canaux sou-
terrains, sont venus tout à coup à paraître sur la terre, mais n'en ont pas moins, dans la suite, fertilisé les terres où ils ont coulé. Et, de plus, combien voyons- nous d'ouvrages qui ont paru des siècles après la mort de leurs auteurs, comme ceux d'Aristote et de plusieurs qu'il serait en. nuyeux de raconter, et qui appartiennent plus proprement à une histoire qu'à notre sujet?
[S. Jean-Baptiste]. — C'est une tradition aussiancienne que la mort de notre saint, que, après avoir été décapité, son corps se leva sur ses pieds, et, prenant sa tête entre ses mains, la porta jusqu'au lieu où est à présent la ville qui porta son nom, ce qui acheva la conversion de presque tout le peuple. Nous avons trois grands hommes qui ont été décapités en trois villes capitales. S. Jean-Baptiste fut décollé à Jérusalem, S. Paul à Rome, S. Denys à Paris. La tête du premier jeta du sang, comme demandant vengeance du crime d'Hérode et d'Hérodiade, qui la porta dans un bassin. La tête du second jeta du lait, et nt trois bonds, d'où jaillirent trois fontaines, parce qu'il devait, après sa mort, nourrir l'Eglise du lait de sa céleste doctrine. Le troisième, marchant encore après son trépas, si toutefois il était mort, porta sa tête au lieu qu'il choisit pour y établir sa demeure, et pour y être honoré comme protecteur de la France .
APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE
Deus, quidixit detenebris lucem splendescere (II Cor. vi). — Jésus-Christ se sert des ténèbres que sa mort a répandues sur la terre pour remplir l'esprit de S. Denys des clartés divines. Les ténèbres extérieures lui firent connaître les ténèbres intérieures de son âme , et, en éclairant son esprit, le conduisirent par degrés à la connaissance de Dieu, puisque, venant à joindre les réflexions que sa raison lui fit faire, à la vue de cette éclipse extraordinaire, avec les connaissances qu'il reçut par la prédication de S. Paul, il reconnut qu'il ne s'était pas trompé dans le pressentiment qu'il avait eu de la mort de Jésus-Christ. Ainsi, la raison éclairée prépara son esprit à la foi. Mais ne pensez pas que S. Denys, dans sa conversion, n'ait reçu qu'une lumière commune : S. Paullui communiqua toute la science qu'il avait puisée dans le troisième ciel et dans l'école du Sauveur. Il y a cette différence entre la science des hommes et celle de Dieu, que la science des hommes est superbe et pénible, au lieu que la science de Dieu est humble etdouce. S. Denys perdit dans sa conversion toute cette science superbe et épineuse des philosophes, et il fut rempli
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de la science humble et douce de Jésus-Christ. La science dont il fut rempli ne demeura pas oisive dans son âme : en éclairant son esprit elle régla son cœur. Elle l'ut un flambeau qui éclaira toute l'Eglise naissante» et dont les rayons sont parvenus jusqu'à nous.
Qmdam viri, ajhœrentes et (Paulo), erediderunt ; in pneus et Dionysius Areoptnjita, et mulier Domine ùamaris. (Act. xvn). — Quand S. Paul prêcha dans l'Aréopage , l'assemblée était nombreuse ; l'Apôtre parlait à tous, et leur annonçait la voie du ciel : Dieu leur apprenait les moyens de salut par la bouche de ce héraut évangélique. La lumière de la foi luisait à tous, mais tous n'obéissaient pas à l'Evangile : Denys, une femme de qualité et quelques autres, en fort petit nombre, tel sera toujours le troupeau à qui le Seigneur a promis le royaume des cieux. On prêche, on annonce, pour ainsi dire, sur les toits, les vérités de la religion; on ne cache à personne la loi de Jésus-Christ et la sainteté de sa morale; on court en foule pour entendre la parole de Dieu : riches, pauvres, gens de qualité, magistrats, officiers, tous se trouvent du moins quelquefois dans ces assemblées des fidèles où l'on annonce la parole de vérité: rien de plus édifiant, rien de plus consolant, que ce concours d'auditeurs. Les conversions répondent-elles à la foule? On aurait de la peine à compter tous ceux qui assistent aux sermons, mais on compte aisément ceux qui se convertissent : Denys, Damaris', et quelques autres avec eux, rien de plus facile à supputer. Denys était du nombre des magistrats ; Damaris était une dame de distinction; c'est ainsi que, pour confondre ces âmes sourdes à la voix de la grâce, Dieu veut «toujours qu'il y ait des âmes dociles et fidèles dans tous les états. S. Paul annonce l'Evangile à tout l'Aréopage ; près de cinq cents magistrats de ce célèbre et fameux tribunal écoutent tranquillement la parole de Dieu ; tous admirent le prédicateur, un seul se rend à la sollicitation de la grâce. Ainsi, dans une ville, la voix de Dieu se fait entendre à tous les grands, à tout le peuple ; ainsi, dans une communauté, on a tous les mêmes règles, tous entendent la même morale, tous ont les mêmes exemples : et cette divine semence produitelle le centuple dans tous? Mon Dieu, que cela prouve bien sensiblement le petit nombre des élus : Pauci electi!
Etsi decem millia pœdagogorum habcatis, sed non multos patres (I Cor. iv). — Quoique tous les martyrs soient nos pères, et que le sang qu'ils ont répandu soit le germe sacré qui nous a fait naître dans l'Eglise, il y en a néanmoins auxquels nous avons plus d'obligation qu'aux autres, et qui peuvent plus justement se vanter de nous avoir engendrés à Jésus-Christ, soit parce qu'ils nous ont prêché l'Evangile, soit parce qu'ils nous ont animés par leurs exemples, soit parce qu'ils ont perdu la vie du corps pour nous donner celle de la grâce. Or, entre tous ces grands hommes, je n'en vois point qui puisse plus légitimement «retendre à cette qualité
glorieuse que S. Denys, puisqu'il est l'apôtre de la France, que sa vocation renferme la nôtre, et que, préférant la ville de Paris à celle d'Athènes, il fut notre premier prédicateur et notre premier évêque.
Perdant sapientiam sapientium, et prudentiam prudentium reprobabo (I Cor. i). — Si jamais cette parole menaçante du Seigneur s'est trouvée véritable, c'a été, assurément, dans la conversion de Denys l'Aréopagite, opérée par la prédication de S. Paul. Paul étranger et inconnu, Paul également méprisé des stoïciens et des épicuriens, avec lesquels il vient de conférer, mais inutilement, est l'instrument dont Dieu se sert pour inspirer la croyance des vérités les plus incroyables à un philosophe, à un juge, à un homme élevé dans le sein de l'idolâtrie, abandonné à la mollesse et à la corruption des Grecs, considéré et respecté dans une ville où était comme renfermé tout le raffinement de la sagesse et de la superstition païennes. Quel rapport, dit Tertullien, entre un philosophe et un chrétien, entre Athènes et Jérusalem, entre un disciple de la Grèce et un écolier du ciel ? Celui-là ne travaille qu'à se perfectionner par la science, celui-ci fait profession de ne savoir que Jésus crucifié. Celui-là se remplit de mille erreurs, et en ajoute toujours de nouvelles aux anciennes, pour se faire une vaine réputation dans le monde : celui-ci, reconnaissant la faiblesse de son esprit, se dépouille, pour se soumettre à la vérité première, de toutes les conjectures et de toutes les préventions humaines. Enfin, celui-là, enivré de l'estime de soi-même, entêté de faire valoir ses sentiments et de les soutenir, regarde comme un joug insupportable la direction d' autrui, et, s'imaginant trouver par ses études et par ses veilles de quoi se rendre habile, veut toujours s'ériger en maître, sans s'humilier par la qualité de disciple : celui-ci, tout au contraire, persuadé de son incapacité et de son ignorance, principalement dans les choses de la religion, et sachant la grande différence qu'il y a entre ce qui lui vient de Dieu et ce qui lui vient des hommes, efface de son esprit toutes les idées défectueuses et mauvaises que les sciences profanes avaient pu y laisser.
Tanquàm aurum in fornace probavit illos (Sap. m). — Le grand S. Denys, dont l'Eglise célèbre aujourd'hui le triomphe, avait donné des preuves de la solidité de son génie lorsqu'il ajouta foi aux incroyables mystères que S. Paul annonçait dans Athènes, et qui éblouirent les yeux des autres juges de l'Aréopage sans les ébranler. Il avait fait voir la fidélité de son coeur en obéissant à la grâce de sa vocation, en abandonnant pour ce sujet les charges dont il était pourvu, et qui lui faisaient tenir un des premiers rangs dans la Grèce. Il avait montré sa force et son courage en entreprenant de grands voyages pour porter l'Evangile et le nom de Jésus-Christ à divers peuples. Il avait, enfin, donné des preuves convaincantes de son apostolat dans l'établissement de l'Eglise de cette
capitale de la France. Mais Dieu, qui veut porter Denys au plus haut comble de la charité, qui est de mettre son âme pour ses frères, veut éprouver la charité de Denys comme l'or dans la fournaise : il permet qu'il soit jeté dans un four ardent, duquel il sortit cependant sans aucune douleur : Umquàm aurum in fornace probavit eos.
Libmtiisùnè impendam. et snperimpendor ipse, pro animabus vestris (II Cor. xn). — Il me semble que ces paroles que l'Apôtre adressait autrefois aux Corinthiens après le dénombrement de mille travaux glorieux qu'il avait entrepris pour rétablissement de l'Evangile, peuvent être mises avec beaucoup de fondement dans la bouche du grand S. Denys; il me semble, dis-je, que, touché de notre vénération pour sa mémoire, et de ce grand concours de peuple qui vient rendre ses hommages à son glorieux protecteur, il nous dit, comme le saint Apôtre : J'ai employé mes veilles, mes sueurs, ma vie et mon sang, pour votre conversion ; mais je suis encore prêt à employer tout le pouvoir que j'ai acquis auprès de Dieu, pour attirer ses bénédictions sur vous. Il y a des saints qui semblent être nés pour le salut de tous les hommes ; il y en a d'autres dont le zèle a surtout éclaté dans quelques provinces particulières pendant leur vie, mais dont les reliques ont été transportées en d'autres lieux après leur mort : comme si Dieu avait voulu enrichir les uns des fruits de leurs travaux, et répandre les secours de leur intercession sur les autres. Enfin, il y en a qui, pendant leur vie et après leur mort, se sont attachés comme des anges tutélaires à quelque royaume qu'ils ont pris sous leur protection. S, Denys a été de ce nombre à l'égard de la France : vivant et mourant, combattant sur la terre et triomphant dans le ciel, il s'est dévoué à notre perfection. Libentissimè impendam, et superimpendar ipse pro onimobus vestris.
Takquâm aurum in fornace probavit illoa (Sap. m, 6). — Si les trois enfants hébreux eurent le bonheur de voir une quatrième personne avec eux dans la fournaise, qui ressemblait à un fils de l'homme, l'avantage de S. Denys est incomparablement plus grand : il voit sa fournaise changée en un paradis où il trouve le Fils de Dieu même, en sa propre personne, auquel, tout ravi d'une si grande faveur, il dit : Et Me eris mecum, t) bone .'l-l ! La belle et salutaire leçon que nous Sait cet illustre apôtre de la France ! Il nous montre que, quand la Providence nous éprouvera parle feu des tribulations et des adversités de cette vie, nous ne devons rien craindre, parce que Dieu est toujours avec nous. Noli timere, nous dit-il, par son prophète Isaïe, ehm ambulaveris in igné: tecum ero et non comburerù, W flamma mm ardebit in te. C'est-à-dire que nous devons regarder cette perte de biens, cette disgrâce, ce revers de fortune, non pas comme un sujet de chagrin ni une marque de la colère de Dieu contre nous, mais plutôt comme une occasion que Dieu nous donne de lui
témoigner notre fidélité et notre amour. C'est une fournaise, je l'accorde, mais c'est une fournaise plus à souhaiter qu'à craindre, puisque nous y devons trouver le Fils de Dieu même. C'est dans ce feu que nous quitterons l'amour du siècle et cette paix trompeuse que nous trouvons dans les créatures. C'est laque nous perdrons cette attache criminelle aux plaisirs du monde, cette fumée des honneurs, qui remplit de ténèbres nos esprits ; là enfin nous serons intimement unis au Sauveur par la pratique des vertus les plus sublimes, dont il nous a donné sur la croix de si grands exemples.