I IV
Passages et pensées des SS. Pères et autres.
Eloges que quelques SS. Pères font de S. Denys l' Aréopagite .
Avis cœlestis. Chrysost, IV Sacerd.
Antiquus venerandusque pater et doctor.
Gregor. homil. 34 de dragma perdit*.
Celebemmus rerum divinarurn mystes.
Anastasius Sinaita.
Sandissimus et in theologiâ prœstantis ■ simus. Damasc. De fide orthod. 12.
Vertex theologorum. Id, 3
Sandissimus et eloqucuiissimus Dionysius. Id. Orat. de fidelibus defunct.
Divinis rébus abundans profundusque Dionysim. Id. Tract, de iis qui in iide quiescunt.
Magnus angélus. Andréas Gretensis.
Magnus Dionysius. Id.
Generusus et germanus aquilœ pullus.
Id.
Magnus Dionysius. (GeArale consilium sic eum appellat, et reliqui Patres qui de eo loquuntur).
C'est un oiseau céleste (pour la sublimité de sa doctrine).
Père ancien et digne de vénération, et célèbre docteur.
Le très-célèbre interprète des mystères divins.
Le très-saint et très-excellent théologien.
Le plus élevé des théologiens.
Le très-saint et très-éloquent Denys.
Denys homme d'une profonde doctrine et qui abonde en la connaissance des choses divines.
C'est un ange du premier ordre.
Le grand Denys.
C'est un aiglon généreux et véritable.
Le grand Denys. (C'est ainsi qu'il est appelé dans un concile général, »n que les SS. Pères en parlent).
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Passages qui peuvent lui être plus particulièrement appliqués.
Tolie martyrum certamina, tulisti coronas. tolie crwiatus, tulisti beatitudines. Âmbros. \\ in LuoaJn.
Son tàm heatum Paulum exùtimo quint raptus sit in tertium cœlum, quàm eum censeo beatum propter .vincuta. Chrysost. in
Nihil est aqui' praclarum atque vincula pati prnpter Deum; vinctum esse pr opter Christian prceclarius est quùm esse apostolum, quàm esse doctorem, quàm esse evangelistam. Id. ibid.
Si quis Cl/risti amore uriiu) , novit vim vinculorum, et maluerU esse vinctus pronier Christum quàm habitare cœlos. Ibid.
Mihi optabilius est maté pati pro Christo quàm honomri pro Christo : hœe est gloria, quo' omnia exuperat. Ibid.
Nihii ad amplificondum ei latiùi diffundendam reliyionem aptius marlyrio generoti tutcepto, pr opter insignem vim tàm ardui rperis ad bonum prœlucentis. Clem.
R. C inst. 5 ad o.
Morte martyrum re/igio defensa, cumulata fides, Ecclesia roborata est; vicerunt mortui, victi persecutores sunt. Ambros.
ïuit. lidel.
Pretiosa mors est quœ émit immortalitatem pretuj tutsonguinit, quœ aecepit coronam de consummatione virtutis. Gypr.
Epist. ad martyr.
Retirer un martyr du combat, c'est le truster de la victoire ; l'arracher aux supplices, o'esl te priver de son bonheur.
s. 1*11111 élevé au troisième ciel me parait moins heureux dans ce ravissement que dans les chaînes ei dans l'obscurité des cachots.
Rien n'est comparable aux fers qu'on porte pour l'amour d'un Dieu. Il est plus glorieux d'être lié pour Jésus-Christ que d'être un apôtre, un docteur, un évangéliste.
Quand on aime véritablement Jésus, qu'on brûle de son amour, on connaît la douceur des chaînes, et on aime mieux être dans les fers pour la gloire du Seigneur que d'habiter les deux.
J'aime mieux souffrir le mal et les injures pour Jésus-Christ que d'être comblé d'honneur pour l'amour de lui : il u > a point de gloire comparable à celle-
Rien de plus propre à augmenter la religion, rien de plus capable de l'étendre, qu'un généreux martyre , car il faut un courage supérieur pour une entreprise si difficile.
La mort des martyrs est la défense de la religion, le comble de la foi, le rempart de l'Eglise : ils ont vaincu en mourant, ils ont triomphé de leurs bourreaux.
La mort de celui qui meurt de la sorte est précieuse, puisqu'on versant son sang, elle lui acquiert l'immortalité, et une couronne qu'on n'accorde qu'à une vertu consommée.
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[La conversion des savants]. — Les Pères conviennent qu'il a toujours été plus difficile de convertir des savants que des gens puissants et constitués en dignité, et cela principalement pour trois raisons. — La première est que la science a coutume d'enfler le cœur, et que ceux qui en ont s'estiment autant élevés au-dessus du reste des hommes que les hommes en général le sont au-dessus des autres animaux. Cette vanité ne paraît que trop dans les mœurs et dans les écrits des anciens philosophes. Comment donc ceux qui s'appelaient les maîtres du monde, et qui ne voulaient pas être contredits dans leurs sentiments, se seraient- ils soumis à être disciples des apôtres, hommes sans lettres? Socrate ne dit-il pas, chez Platon, qu'il était né pour enseigner la vérité et pour reprendre les autres : si quelqu'un donc lui eût voulu faire des leçons, ne lui aurait-il pas dit : Je suis né pour en faire, et non pas pour en recevoir? — La seconde raison qui rend difficile la conversion des hommes de lettres et des savants du monde, c'est que les divins mystères de la religion paraissent incroyahles à ceux qui sont imbus des principes et des maximes de la philosophie païenne : non pas qu'ils soient contraires à la raison, mais parce qu'ils sont tellement au-dessus d'elle, qu'ils semblent lui être opposés. C'est pour cela que S. Paul parlant aux Athéniens de la résurrection des morts, ils le regardèrent comme un insensé ; ils comptaient entre les fables et mettaient au rang des métamorphoses un Dieu fait homme ; un Dieu en trois personnes leur paraissait plus fabuleux qu'un Géryon à trois corps et un Janus à deux visages. — La troisième raison est qu'ils abusent des dons naturels et des lumières même de la raison : de sorte, comme dit l'Apôtre, qu'ils sont inexcusables, parce qu'au lieu de glorifier Dieu qu'ils pouvaient connaître parles créatures, ils les adoraient au lieu du Créateur ; et s'adonnaient à des vices abominables, qui éteignaient en eux tout sentiment de piété : Propter quod, tradidit illos Deus in reprobum sensum. (Rom. 1)1 — Toutes ces oppositions se trouvaient dans la personne de S.Denys. Il était puissant en autorité, un des premiers magistrats du souverain tribunal d'Athènes, et il avait encore l'autre opposition presque insurmontable en ce qu'il était l'un des savants hommes
de la Grèce. Ainsi, on peut regarder sa conversion comme un miracle de la grâce.
[Election de S. Denys à la grâce"]. — Nous présupposons que nulle perfection naturelle, de corps ou d'esprit, ne peut mériter aucun don surnaturel, et que tout ce qui est purement dans l'ordre de la nature n'est nullement capable d'attirer ce qui est dans l'ordre de la grâce par voie de mérite ou de simple disposition, comme il a été défini autrefois dans les conciles contre les pélagiens. Nous pouvons cependant avancer que Dieu a souvent égard aux qualités naturelles de ceux qu'il destine à des emplois surnaturels. La grâce non-seulement ne détruit point la nature, mais elle la perfectionne, selon le fond et la capacité qu'elle y rencontre, l'élevant à un état plus parfait. C'est ainsi que les anges, dit S. Thomas, ont été ornés de la grâce et de la gloire selon la mesure de leurs perfections naturelles. Quand donc Dieu donne des avantages de corps et d'esprit aux uns plus qu'aux autres, il semble que la raison est qu'il s'en veut servir plus utilement pour sa gloire, comme nous le voyons dans S. Paul, qui fut appelé à l'apostolat par une voie si extraordinaire, afin, ce semble, qu'il employât son naturel tout de feu, ardent, entreprenant, pour établir plus fermement l'Evangile parmi les nations. Je ne prétends pas assurer que Dieu s'oblige toujours à en user de la sorte, étant certain qu'il peut opérer de grandes choses par les instruments les plus faibles, et qu'il peut tirer des pierres même des enfants d'Abraham. Mais il est assez vraisemblable que, Dieu ayant résolu de se servir de S. Denys pour de très-hautes entreprises, il disposa tellement sa naissance, son tempérament, son naturel, ses inclinations, et les autres dons que la nature avait mis en lui, que, la grâce y survenant, elle put facilement perfectionner cet excellent naturel en travaillant sur un si riche fond : et de là vint que cet esprit sublime et amateur de la vérité ne rejeta pas brusquement la doctrine de S. Paul, quoique contraire, ce semble, à toutes les lumières de la raison ; mais il l'examina, et, n'y trouvant rien qui ne fût digne d'être cru, il ne ferma point les yeux à la lumière de l'Evangile.
[S. Paul appelé à cette conversion]. -— Quand le Sauveur eut résolu de faire paraître la lumière de l'Evangile aux Grecs, il pouvait éclairer, toucher, instruire Denys par lui-même ; il pouvait mettre dans son esprit les premiers principes de la religion, les premières semences de la foi : mais, comme il s'était servi d'Ananias pour expliquer à Paul ses volontés et lui intimer ses ordres, il se servit aussi de Paul pour apprendre à Denys ce qu'il fallait qu'il sût : Dieu voulant garder dans l'ordre de la grâce, pour la conversion des hommes, ce qui s'observe, selon le rapport de S. Denys même, parmi les anges, où les hiérarchies supérieures font part de leurs lumières aux inférieures, et leur signifient les ordres de Dieu pour les
communiquer aux hommes. Une autre raison que l'on peut donner de ce que Dieu n'a pas voulu immédiatement convertir par lui-même Denys, et plusieurs autres savants, c'est que de cette manière cela n'eût fait que nourrir leur orgueil : c'est pourquoi il a voulu les humilier en les instruisant par le ministère d'autres hommes sans crédit, sans pouvoir, sans réputation, et leur persuader par ce même moyen des mystères si relevés au-dessus des sens et de la raison, qu'ils passaient chez tous les savants pour des contes ridicules et des fables qui ne méritaient pas qu'on y ajoutât aucune foi ; Quia in Dei sapientiâ non cognovit mundus per sapientiam Deum, placuit Deo per stultitiam prœdicationis salvos facere credentes (II Cor. i). — Ce furent là principalement les raisons pour lesquelles Dieu, dès le premier siècle de l'Eglise, travailla par le ministère des Apôtres à la conversion de quelques savants et puissants du siècle, entre lesquels on peut dire que S. Denys a le plus paru, puisqu'il était un des premiers de l'Aréopage, tribunal en si grande réputation, et l'un des plus habiles dans la philosophie et les lettres profanes ; qu'il avait un esprit vaste et pénétrant, comme il le montra bien par cette exclamation qu'il fit sur l'éclipsé qui parut à la mort du Fils de Dieu. C'est pour de telles personnes, consommées dans les sciences et en grande autorité, qu'il est écrit : « Je perdrai la sagesse des sages, et j'anéantirai la prudence de ceux qui paraissent en avoir le plus : Perdam sapientiam sapientinm, et prudentiam prudentium reprobabo . » C'est pour humilier ces savants que Dieu se sert des plus grossiers et des plus ignorants en apparence pour les convertir.
[Avantages que la théologie tire des écrits de S. Denys]. — On peut dire avec justice que la divine Providence avait jeté les yeux sur le grand S. Denys, qui était déjà nommé parmi les siens le Théologien àcausejde sa profonde érudition, pour en faire le maître des théologiens après les Apôtres : car tout est admirable en lui, sa doctrine, son style, son éloquence ; il a expliqué nos plus hauts mystères d'une manière toute divine, et avec des termes proportionnés à leur majesté. Personne n'a jamais mieux parlé que lui de la nature de Dieu, de ses perfections, de ses opérations, de son essence, de la distinction des personnes et de leur procession, de l'incarnation du Verbe et de ses grandeurs, de l'amour divin, de ses profusions, de ses effets et de ses propriétés. Personne n'a décrit avec plus d'ordre les hiérarohies des anges, leur diversité, leurs fonctions, et tout ce qui appartient à ces célestes intelligences. Personne n'a pénétré aussi avant dans les significations mystérieuses des sacrements de l'Eglise, ni démontré plus clairement la fin et le but de ses diverses cérémonies. Personne n'a distingué plus clairement les ordres qui composent la hiérarchie ecclésiastique. Personne n'a plus divinement interprété les saintes Ecritures, surtout dans les endroits les plus difficiles à entendre.
Jamais homiuo n'a parlé plus éminemment des perfections de Dieu, de ce qu'il opère dans le ciel et dans les âmes des saints ; et je ne sais si nous ne pouvons pas le nommer un cinquième évangéliste, puisqu'il a suppléé à ce que les autres avaient omis dans leurs Evangiles. Ils nous décrivent, à la vérité, ce qu'un Dieu Sauveur a fait sur la terre pendant sa vie mortelle; mais ilsnenous disent presque rien de ce que Dieu est en lui-même, de ce qu'il fait dans le ciel et comment il est adoré des anges. Ce sont des mystères cachés, dont cependant la connaissance nous était nécessaire. Qu'a fait la divine Providence ? elle a suscité S. Denys pour nous en donner l'explication. S. Bernard, parlant des Apôtres, rapporte les différentes sources où ils ont puisé leur science : Joannes in corde, Thomas in latere, Petrus in si nu Pétris, Paulus in tertio cœlo ; mais nous pouvons dire que Denys a puisé dans ces quatre sources, et que, s' attachant principalement à la doctrine de son maître, il a reçu de lui., par réflexion, toutes les sciences qu'il avait acquises. S. Paul a tiré la science du ciel, et il l'a communiquée à son disciple Denys, pour en faire un prédicateur achevé.
[Trois dons de Dieu]. — Dieu s'est servi de trois sortes de moyens pour établir l'Evangile dans le monde : des miracles, pour convertir les peuples ; de la science, pour convaincre les philosophes; du courage et de la constance, pour triomphe/ des tyrans. Comme la providence avait choisi Denys pour convertir les nations, pour confondre les faux sages et pour surmonter les tyrans en prêchant son Evangile, il l'enrichit de ces trois dons, de miracle, de science et de force, qui lui étaient nécessaires pour accomplir les desseins de Dieu sur lui ; mais il emploie tous ces dons pour le salut de nos âmes : Superimpendar ipse pro animabus -. Il parut bien qu'il avait la puissance des miracles, lorsque, entrant dans les temples des faux dieux, il en renversa les idoles par sa seule présence, et lorsque, après avoir rompu ces idoles visibles, il brisa encore les invisibles restées au fond des cœurs par les énormes dérèglements qui régnaient dans le monde. Ne se montra-t-il pas un vrai disciple de S. Paul lorsque, éclairé d'une science toute divine, il triompha de la science diabolique dont les prêtres des idoles étaient aveuglés, et qu'il apprit à des philosophes vains et superstitieux à mépriser les sciences profanes pour ne s'attacher qu'à celle de Jésus Crucifié ? Ne parut-il pas un digne imitateur du Fils de Dieu triomphant de la mort même dans les tourments, puisqu'il parut devant les tribunaux des tyrans sans s'ébranler ; lorsqu'il conserve une pleine tranquillité à l'aspect des bourreaux et des supplices, et que, envoyé comme une brebis au milieu des loups, non-seulement il n'en est pas dévoré, mais il change même ces loups en brebis, par la conversion des persécuteurs et des bourreaux '.
4 6 «AINT DENTS.
§ vi.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
| Naissance et éducation de S. Denys]. — Denys vint au monde huit ou neuf mois après la naissance du Sauveur. Il fut élevé avec soin dans toutes les sciences et les superstitions du paganisme. Il étudia dans cette fameuse ville où se rendaient de toutes les parties du monde, les plus beaux esprits, parce que c'était l'université la plus célèbre de toute la Grèce. Toutes les sciences et les beaux-arts y fleurissaient, surtout la philosophie et l'astronomie. Denys s'y rendit habile dans la philosophie et dans la connaissance des astres ; il fit même un voyage à Héliopolis pour se perfectionner dans les mathématiques. Ce fut dans cette ville qu'il vit cette éclipse miraculeuse du soleil qui arriva à la mort du Sauveur. Denys comprit d'abord que cette éclipse était surnaturelle, et c'est ce qui l'obligea, étonné de ce prodigieux phénomène, de s'écrier : « Ou le Dieu de la nature souffre, ou toute la machine du monde va se dissoudre. » De retour à Athènes, il s'y distingua par sa sagesse, par son éloquence et par son bel esprit. On l'honora des premières charges, sans avoir égard à son âge peu avancé, et dans peu de temps il se vit l'un des permiers juges de l'Aréopage. C'était le tribunal le plus célèbre de la Grèce, on peut même dire de tout l'univers. L'histoire vante en mille endroits l'intégrité de ceux qui le composaient ; les Romains eux-mêmes en avaient une si haute opinion, qu'ils renvoyaient beaucoup de causes ambiguës à sa décision, et se faisaient un honneur d'être reçus dans ce corps si renommé. Cet auguste et fameux tribunal était dans toute sa splendeur lorsque S. Paul vint à Athènes. Cette ville était alors la ville du monde la plus célèbre par les sciences qui s'y enseignaient et par le concours des écoliers et des maîtres. C'était comme l'académie générale de toutes les belles connaissances, et S. Paul ne pouvait choisir un plus beau théâtre pour y annoncer l'Evangile, ni un lieu où l'on fût plus curieux de choses nouvelles, surtout en matière de religion : car les sciences profanes ont cela de particulier, que ceux que en sont le plus enflés, s'estimant être des dieux, sont en même temps très-avides
de connaître tous les autres dieux qui sont invoqués chez les différentes nations de l'univers. (Le P. Croiset).
[Denys i-onverti par S. Paul] . — Denys fut la conquête de S. Paul, et un si excellent disciple méritait d'avoir un si illustre maître. Ce triomphe ne pouvait être remporté sur l'idolâtrie que par l'apôtre destiné particulièrement de Dieu pour la conversion des gentils. Athènes en était le siège, aussi bien que des sciences. L'impiété y régnait avec la philosophie : celle qui la devait détruire lui prêtait ses armes pour se conserver. Elle enseignait secrètement qu'il n'y a qu'un Dieu, mais elle souffrait publiquement le culte de plusieurs divinités ; elle se réservait quelque lumière, et elle laissait le peuple dans les ténèbres. La mort de Socrate, puni comme un athée parce qu'il|enseignait l'unité d'un Dieu, fermait encore la bouche à ceux qui avaient ses sentiments. Les sages observaient le culte populaire dans la religion, et tâchaient de faire des mystères des fables les plus ridicules. S. Paul, venant porter l'Evangile dans cette région des ténèbres, disputait tous les jours contre les Epicuriens et les Stoïciens. Ceux-là, qui niaient l'immortalité de l'âme, niaient le principe de toute religion, et pouvaient se réfuter d'eux-mêmes; leur nom les rendait odieux, et ils n'avaient pas la même créance parmi le peuple que les disciples de Zenon. L'austérité de vie dont ceux-ci faisaient profession les rendait plus vulnérables ; mais l'orgueil de leurs maximes ne les rendait pas moins ennemis de l'Evangile. Le bruit des disputes et de la prédication de S. Paul fut porté aux juges de l'Aréopage. Ils le citèrent à leur tribunal, et il leur rendit compte de la doctrine qu'il prêchait par un discours admirable. Il en tira l'exorde de l'inscription d'un autel qu'il avait trouvé dans la ville, conçue en ces paroles : Au dieu inconnu ; ou aux dieux inconnus de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe: car les Athéniens, ne se contentant pas d'adorer les idoles connues dans leur pays, avaient voulu ériger un autel à celles qu'ils ne connaissaient point, comme s'ils eussent craint de n'être pas assez abominables dans leurs superstitions. Des auditeurs de l'apôtre, les uns ne comprirent rien aux vérités qu'il annonçait, les autres s'en moquèrent en l'entendant parler de la résurrection des morts ; quelques-uns aussi le remirent à une autre fois, et peu, entre lesquels était Denys, reçurent l'Evangile. Il était des plus considérables de l'Aréopage, et par sa science et par son intégrité.Entendant l'Apôtre parler de la mort du Fils de Dieu, il se souvint d'une éclipse extraordinaire qu'il avait remarqué étant à Héliopolis, ce qui lui avait fait dire, comme nous l'avons remarqué, que le Dieu de la nature souffrait, ou que le monde allait s'anéantir. Ce grand homme confessa dés lors une vérité sans la connaître, mais il l'entendit et la crut depuis par la prédication de l'Apôtre. (Godeau).
[Denjs avant sa conversion.] — S. Denys, avant sa conversion, fut puissant
dans le monde et savant dans les lettres humaines; tellement qu'en lui se rencontraient tous les obstacles desquels nous avons parlé ailleurs. Mais il n'y a rien d'impossible à Dieu, qui voulut en même temps faire triompher l'ignominie de la croix de la gloire d'un grand sénateur de la première ville delà Grèce, et la doctrine évangélique de la sagesse mondaine de l'un des plus savants de son siècle. Denys n'était pas un homme du commun ; c'était un des douze sénateurs de l'Aréopage, ce sénat si célèbre, qui gouvernait la république d'Athènes avec autorité, et aux décisions duquel plusieurs peuples étrangers rapportaient leurs affaires les plus difficiles. Il était donc puissant, riche en biens, d'une rare érudition, grand orateur, grand philosophe, grand jurisconsulte, grand politique.il avait voyagé en Egypte, et il s'y trouva au moment de la mort de N.-S., étudiant alors l'astronomie. Peut-être que l'on a pris sujet du récit que lui-même a fait de cette prodigieuse éclipse, de lui attribuer les paroles que nous avons déjà rapportées en un autre endroit : ce qu'il ne peut avoir dit que par une inspiration divine : car, n'ayant encore nulle connaissance d'un Dieu incarné, il ne pouvait s'imaginer qu'un Dieu fût capable de souffrir ; mais parce que d'ailleurs il était grand philosophe et qu'il voyait l'ordre de la nature tout renversé dans ces deux astres desquels la machine du monde dépend, il conjectura que Dieu, qui en était l'auteur, souffrait, ce qu'il savait cependant être impossible, ou que l'univers allait s'anéantir. Cet homme donc, si illustre et en dignité et en savoir, se laissa cependant persuader à la première prédication de S. Paul, et fut presque le seul, entre tant d'autres savants de diverses sectes qui entendirent les mêmes choses que lui, qui se rendit à la vérité. (Le P. Duneau.)
| S. Denys évèque. j — Denys étant parfaitement instruit, S. Paul le baptisa, et le forma avec soin comme un de ses plus chers disciples. Il lui fit part de toutes les lumières surnaturelles qu'il avait puisées lui-même dans leur source, durant son ravissement au troisième ciel, et en fit un des plus éclairés et des plus habiles maîtres de la vie mystique. On croit que S. Denys accompagna S. Paul dans ses voyages, durant trois ans. Le nombre des fidèles croissant tous les jours, le saint apôtre trouva à propos de consacrer notre saint évêque d'Athènes. Il crut ne pouvoir confier le soin de cette nouvelle Eglise à un plus habile pasteur qu'à ce nouveau chrétien, qu'il avait rendu maître aussitôt que disciple. Formé donc par un tel maître, il est aisé de comprendre quelle fut sa conduite, son zèle et sa vertu dans l'épiscopat. Jamais évêque ne ressembla plus aux premiers apôtres. Sa vie fut une vive image de la leur : même innocence, même patience, même ferveur. Dieu ayant éclairé par un don singulier cet esprit naturellement sublime et pénétrant, Denys devint un des plus grands docteurs et des plus habiles maîtres de la vie spirituelle. Les communications intimes qu'il avait avec Dieu, un don éminent de con-
templation. une science toute divine, tout cela parait visiblement dans son livre admirable de la Hiérarchie ecclésiastiqve, dans celui des Noms divins, et dans ses autres ouvrages. Sa conduite était réglée sur ces lumières, et Ton vit bien, dans le gouvernement de l'Eglise d'Athènes, que c'était l'Esprit de Dieu qui dirigeait ce saint prélat. On ne vit jamais une charité plus étendue et plus ardente, un zèle plus généreux et plus universel, un amour plus pur pour le Fils de Dieu. (Croiset.)
| Ses œuvres saintes |. — Le premier théâtre du zèle de S. Denys fut la ville d'Athènes, où la divine Providence l'avait fait naître ; ce fut là le premier objet de la compassion qu'il avait pour ceux de sa nation, engagés comme lui dans les erreurs du paganisme. Vous le représenterai -je consacré par S. Paul, évèque de cette célèbre république, cultivant avec des soins et des travaux incroyables les semences de la foi que ce grand apôtre y avait jetées parmi les épines, dont cette malheureuse ville était environnée, détruisant les fausses subtilités des sophistes, découvrant la vanité des déclamateurs, confondant l'orgueil des philosophes, dissipant l'ignorance des peuples, joignant l'austérité dévie à l'ardeur de son zèle; purifiant les lumières d'une science profane par les occupations d'une vie apostolique; jetant les fondements de la foi sur les ruines de l'idolâtrie ; plantant la croix du Fils de Dieu sur le débris des idoles renversées, et partout érigeant des trophées à l'Eglise? (Essais de Panégyriques.)
(Denys eu France]. — S.Denys, après avoir établi l'Eglise d'Athènes, qui était déjà nombreuse, après avoir affermi la foi des nouveaux fidèles, et pourvu d'un pasteur savant et zélé cette Eglise naissante, ayant entendu dire que S. Jean l'Evangéiiste avait eu la liberté de sortir de l'île de Pathmos, où il avait été relégué pour la foi, et qu'il était revenu à Ephèse, vint le trouver, et, après plusieurs conférences qu'ils eurent ensemble, ce saint apôtre, lui ayant fait connaître l'extrême besoin qu'avaient les plus grandes parties de l'Europe d'ouvriers apostoliques, lui inspira le dessein de venir à Rome s'offrir au pape S. Clément pour cette importante mission. Notre saint, après avoir donné Publius, qui avait été converti par S. Paul, pour évêque aux fidèles d'Athènes, après l'avoir instruit de l'état de cette Eglise, et après l'avoir consacré, partit pour Rome, accompagné de Rustique prêtre, et d'Eleuthère diacre, les deux fidèles compagnons de ses voyages et de ses travaux. Notre saint fut reçu de S. Clément avec cette charité qui unit si étroitement le cœur des hommes apostoliques ; et, après avoir déclaré son dessein à ce saint pontife, il le pria de lui déterminer le lieu de sa mission. Le saint Pape, éclairé par le même esprit et animé du même zèle, l'envoya dans les Gaules, où le paganisme semblait régner avec plus d'empire, à l'abri de la grossière ignorance dans laquelle les peuples vivaient. Denys s'y rendit t, xvii. 4
avec ses compagnons et quelques autres savants ouvriers, que le pape lui avait donnés pour travailler à cette vigne en friche, et prêcher l'Evangile à cette nation. (Croiset.)
jDenys à Paris]. — Notre saint ayant reçu ordre de S. Clément d'aller travailler à la conversion des Gaules, l'ardeur qu'il avait d'amplifier le règne de Jésus-Christ le fit partir au plus tôt. L'idolâtrie triomphait dans ce vaste pays, et les peuples étaient tellement ensevelis dans l'ignorance, qu'ils avaient besoin d'un tel ouvrier pour les en tirer, pour défricher cette malheureuse région. Il était alors âgé de près de cent ans ; mais la grâce suppléait en lui au défaut de la jeunesse que ce travail semblait exiger. Il se met en chemin, accompagné de Rustique etd'Eleuthère, l'un prêtre et l'autre diacre. Après avoir annoncé l'Evangile dans sa route à plusieurs peuples, il arrive enfin à Paris, où il prêcha avec tant de véhémence la vérité de l'Evangile, et la prouva par tant de prodiges, qu'un grand nombre de personnes quittèrent le culte des faux dieux pour suivre cette nouvelle lumière et embrasser la foi. La vie du prédicateur ne convainquait pas moins que ses paroles toutes de feu, et ceux qui la considéraient de près, jugeaient qu'elle était un témoignage suffisant de la vérité qu'il annonçait. La face de Paris changea bientôt, et d'une cité superstitieuse et infidèle elle devint une ville religieuse, juste et tranquille. Ceux qui calomniaient la doctrine du prédicateur ne pouvaient calomnier ses mœurs, ni celles de ses disciples. Le changement qui paraissait dans la ville ne pouvait être que l'effet d'une puissance divine, qui s'est servi de l'Aréopagite Denys pour éclairer la capitale d'un royaume qui porte maintenant le nom de très-chrétien. 0 France! te ravirons-nous la gloire d'avoir eu ce même S. Denys pour apôtre? Non, Chrétiens ; nos pères convertis à la foi par son ministère, les idoles abattues par ses propres mains dans la ville d'Arles, les fondements de l'église épiscopale posés dans la capitale de ce royaume, sont des actions trop glorieuses à S. Denys l'Aréopagite pour lui en disputer l'honneur, et trop chères à ses enfants pour ne pas leur en renouveler le souvenir. Montagne célèbre, arrosée du sang de ce généreux défenseur de la foi, temples augustes établis sous son glorieux nom, cendres de nos rois ensevelies au pied de ses reliques, solennité de ces jours consacrés depuis tant de siècles à son honneur, vous lui rendez pour nous une reconnaissance publique des bienfaits dont nous lui sommes redevables, et vous faites à sa gloire un plus magnifique éloge que tous les autres. Mais, lorsque je pense m' arrêter à cette foule de merveilles que l'ardente charité de S. Denys présente à mon esprit, le terrible appareil que je vois sur cet amphithéâtre me presse de vous représenter les tourments qu'on lui fit souffrir, et enfin sa mort glorieuse. [Essais de Panégyriques.)
[S. Denys emprisonné]. — Le gouverneur, frappé des plaintes qu'on lui
portait de toutes parts contre les chrétiens, ordonne qu'on arrête leurs chefs. Od Be saisit aussitôt do S. Denys, de Rustique et d'Eleuthère ; on les conduit chez Fescenninus, qui ayant mis d'abord tout en œuvre, pros et menaces, pour attirer ou intimider Denys et ses compagnons, et n'ayant non jra^ne sur eux, les fait jeter dans un cachot, leur faisant mettre de grosses pierres sur les jambes et sur les bras, pour commencer par ce supplice à éprouver leur constance. Ils ne furent pas longtemps en cet état : le tyran se les fit amener, et, voyant par la généreuse réponse de S. Denys qu'il ne gagnerait rien sur leur esprit, il les fit déchirer à coups de fouets armés de pointes de fer. C'était sans doute un spectacle digne des yeux des anges de voir notre vénérable Denys, âgé de près de cent six ans, chanter les louanges de Dieu pendant ce cruel supplice. Le gouverneur, étonné du courage de S. Denys, résolut de lui faire souffrir de plus cruels supplices. Il ordonne de le ramener, et, n'ayant pu ébranler son courage, il le fait déchirer avec des peignes de fer et coucher sur un gril ardent, comme le saint martyr Laurent, sans que ce cruel tourment puisse lasser sa patience. Il fut exposé aux lions comme S. Ignace, et si ces furieux animaux, qu'on avait fait jeûner exprès depuis quelques jours, n'osèrent toucher ce saint apôtre, ils ne laissèrent pas d'abord d'étonner son courage. La cruauté du tyran ne fut pas assouvie de si peu de chose : il fit attacher notre saint à une croix, comme S. Pierre, et de cette chaire de douleur il ne laissait pas de prêcher l'Evangile, avec un merveilleux étonnement des assistants, et il leur apprit, par cette action, que la mort même n'était point capable de lui imposer silence. La barbarie de ce gouverneur se lassant plus tôt de tourmenter ce grand saint que lui de souffrir, il le condamna à avoir la tête tranchée, ce qui fut aussitôt exécuté. {Eloges historiques).
[Réflexions sur son martyre]. — S'est-il jamais rencontré plus de tourments et plus de morts pour attaquer tout ensemble un martyr? Les flammes ne le devaient-elles pas consumer, si la puissance de Dieu ne l'eût réservé pour triompher des autres supplices? Les bêtes farouches ne le devaient-elles pas dévorer, si le Ciel n'eût voulu multiplier sa mort pour faire admirer son courage ? La croix, qui est aussi cruelle que honteuse, ne devait-elle pas achever ce que tant d'autres supplices avaient inutilement essayé? Et si le Sauveur n'eût voulu confondre les bourreaux par une foule de prodiges, n'eût-il pas permis que le saint martyr eût perdu la vie dans le même genre de tourment où il avait perdu la sienne ? Mais, si vous ne jugez pas que ces supplices doivent passer pour des morts, et si vous ne croyez pas .qu'un martyr l'ait endurée autant de fois qu'il a été étendu sur un gril, exposé aux lions, attaché à la croix, avouez au moins que son désir eût été de mourir autant de fois qu'il souffrit de différents tourments. Représentez-vous un martyr couvert de plaies, dont la chair est à demi consumée par les flammes, qui a peut-être reçu quelque coup
de dent des lions, qui a les pieds percés des clous dont il a été attaché à la croix : ne faut-il pas avouer que toute la gloire des conquérants doit céder à celle de notre saint apôtre, que les plus hauts faits de tous les héros du monde disparaissent à la vue des éclatantes victoires de ce grand saint, puisqu'il a mérité autant de triomphes qu'il a surmonté de tyrans et souffert de supplices ? (Le P. Senault).
[Dévotion à S. Denys]. — C'est à nous maintenant de témoigner à ce grand saint une humble reconnaissance pour les obligations presque infinies que nous lui avons. Non-seulement il a annoncé le premier l'Evangile en ce royaume, mais il Ta souvent défendu des courses des infidèles et des invasions des peuples barbares. Il a souvent combattu pour les rois de France, et les a fait triompher de leurs ennemis, dans des occasions quelquefois les plus désespérées, et c'est par reconnaissance que plusieurs d'entre eux ont consacré à l'honneur de ce saint les plus riches dépouilles de leurs ennemis, et ont voulu être enterrés au pied de ses reliques. Faites attention à la grandeur de ce bienfait, d'avoir reçu la lumière de l'Evangile parle ministère de ce grand saint, et quel malheur au contraire ce nous serait si nous n'étions pas nés et régénérés à la faveur de cette lumière qu'il nous est venu apporter aux dépens de sa vie. Qu'un tel bienfait ne sorte donc jamais de notre mémoire, et, dans tous les doutes qui nous pourront arriver, dans toutes les tentations d'infidélités que nous pourrons avoir, recourons à notre apôtre ; mettons-nous de nouveau sous sa protection, si nous voulons obtenir par son moyen de nouvelles grâces.
Que nous reste-t-il donc à vous dire, sinon que, pour imiter parfaitement ce grand saint, nous devons vivre conformément à la foi qu'il nous a annoncée ; que nous devons faire des oeuvres dignes de notre vocation ; que nous devons accomplir parfaitement l'œuvre de la foi, comme dit S. Paul? Car enfin nous glorifierons-nous d'avoir la foi, si nous ne la confirmons par nos œuvres. La preuve la plus convaincante de la foi, aussi bien que de la charité, ce sont les œuvres. Que nous peut servir de nous montrer fidèles en notre profession, et infidèles en nos mœurs ? Pour être véritablement fidèle , il faut, comme S. Denys, porter sa tête entre ses mains, c'est-à-dire prouver sa foi par ses actions, puisque la foi, selon S. Jacques, est morte sans les œuvres ; et c'est ce que dit le prophète David en d'autres termes, que son âme est toujours entre ses mains, et que c'est ce qui lui fait observer la loi de Dieu. C'est de cette manière que nous pouvons imiter le grand S. Denys, et ce n'est qu'en l'imitant selon notre vocation que nous pouvons espérer d'être protégés par son intercession, et de participer à la gloire immortelle qu'il s'est acquise par ses éclatantes vertus et par sa généreuse mort. (Le P. Duneau).
Apôtre et Évangéliste.
AVERTISSEMENT
On s'aperçoit assez que, dans le dessein que je me suis proposé, S. Matthieu n'est pas au rang qu'il devrait occuper parmi les sujets de Panégyriques. Je l'aurais mis en sa place, au premier tome, qui contient ceux dont il est parlé dans V Ecriture, si je n'avais été obligé, ne pouvant parler de tous, de faire choix de ceux que l'on prêche plus communément; mais, comme on m'a remontré que, nonobstant la saison peu propre aux sermons en laquelle on célèbre sa fête, il y a, en France et ailleurs, plusieurs églises ou l'on en fait l'éloge, j'ai crv. réparer cette omission en fournissant des matériaux pour en faire le panégyrique, au jour où t 'Eglise enfo.it la solennité.
Je ne suis pas même en peine de trouver ces matériaux ; car, sans toucher à ce qui lui est commun avec les autres Apôtres, sa vocation tout extraordinaire, la promptitude admirable avec laquelle il y a répondu, le saint Evangile qu'il a composé le premier, et ou il a si bien exposé les préceptes de la morale du Fils de Dieu, et ce que de bons auteurs nous ont appris sur sa mission et sur la cause de sa mort ; voilà des traits assez distincts qui font son caractère particulier, et qui ouvrent un assez beau champ pour s'étendre et faire un beau et utile panégyrique.
Desseins et Plans.
I. — Jésus vidit hominem sedentem in telonio, Matthœum nomine ; et ai. illi: Sequereme. Et surgens secutus est eww(Matth. ix). — Ce sont les paro les de S. Matthieu lui-même, qui, dans un esprit de reconnaissance, rapporte la grande miséricorde que Jésus exerça envers lui, et apprend à tous les siècles le miracle de sa conversion et sa vocation à l'Apostolat. Ce fut là sans doute un des plus admirables effets de la puissance de Jésus-Christ ; il ne dit que deux paroles, il les adresse à un homme qui ne le connaît point, qui, bien loin d'être disposé à l'écouter est tout occupé de soins et de pensées entièrement contraires au dessein de Dieu sur lui. Cependant la grâce cachée dans les paroles et dans les regards de Jésus- Christ le change en un moment : cette grâce victorieuse des cœurs, qui depuis changea S. Paul de lion en agneau, fit alors d'un pécheur un saint, d'un usurier et même d'un docteur d'usure, comme l'appelle S. Chrysostôme, Doctorem fœnoris, elle enfitun apôtre et un évangéliste. — Sur quoi il est bon de remarquer que, pour la conversion des pécheurs ordinaires, Dieu se sert des grâces communes; mais lorsqu'il veut convertir de grands pécheurs et en faire des modèles de sainteté et de pénitence, il se sert de grâces extraordinaires. C'est ainsi qu'il en usa à l'égard de Ste Marie Madeleine, de S. Paul, de S. Augustin, etde plusieurs autres pécheurs célèbres, dont la conversion sera le sujet de la joie éternelle de l'Eglise, pour remplir toutes les âmes pénitentes d'espérance et de consolation. Mais il faut avouer que la force de cette grâce divine, qui change les cœurs en un moment, parut avec un éclat singulier dans la conversion de S. Matthieu, puisqu'elle le fit passer tout d'un coup de l'état du péché à celui de la grâce, de l'avarice à la pauvreté évangélique, de la banque à l'apostolat.
1°. La grâce fait, dans S. Matthieu, d'un grand pécheur un grand saint.
2° D'un homme possédé par une insatiable avarice elle fait un disciple et un imitateur de la pauvreté de Jésus-Christ.
3° Enfin, d'un publicain elle fait un apôtre. (Biront).
II. — Nonveni vocare justos, sed peccat ores (Matth. ix). — S. Matthieu,
qui rapporte ces paroles de Jésus-Christ, avait fait une heureuse épreuve de leur vérité : il avait été pécheur par profession et par état, et le Sauveur l'avait appeléà la pénitence, il l'avait même converti dans l'exerciœ de son emploi, qui était la source de tous ses péchés, et du comptoir du publicain il l'avait fait passer à la gloire de l'Apostolat. S. Augustin, expliquant ces paroles si consolantes pour les pécheurs, dit que le Fils de Dieu n'est pas venu pour appeler les justes qui croient être justes, les justes présomptueux et pleins de complaisance pour leurs fausses vertus, tel qu'était ce pharisien de l'Evangile qui loin de s'humilier devant Dieu, faisait le dénombrement de ses bonnes œuvres ; mais que le Sauveur du monde est venu pour appeler les pécheurs humbles, qui se confondent en secret à la vue de leurs désordres, tel qu'était cet humble publicain que Jésus-Christ oppose, dans la parabole, à ce pharisien superbe. Cet heureux publicain fut le glorieux S. Matthieu, en qui nous pouvons considérer:
1°. Sa vocation à la pénitence.
2°. La fidélité avec laquelle il répondit à la grâce de sa vocation:
Ce seront les deux parties de ce discours. {Essais de Panégyriques).
III. — A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris. Cette œuvre est de la main de Dieu, et elle est admirable à nos jeux. (Ps. 100) : — Quoique Dieu soit l'auteur de toutes les conversions, il y en a de si surprenantes et accompagnées de circonstances si extraordinaires, que le doigt de Dieu y paraît plus visiblement imprimé que dans les autres. Celle de S. Matthieu est de ce nombre ; et, quand on considère cet homme dans son comptoir, au milieu de son argent et dans l'exercice actuel d'une profession qui attache si fort le cœur à la terre, quand on le voit abandonner ses richesses, son emploi, ses engagements, ses espérances, pour suivre Jésus-Christ à la première parole, on ne peut s'empêcher de s'écrier avec le prophète : A Domino factum est istud, il n'y a que Dieu qui puisse opérer une semblable merveille. Quoiqu'il soit de l'essence de Dieu d'avoir une puissance absolue sur toutes choses, il a cependant voulu laisser l'homme, qu'il aime d'un amour infini, dans la liberté pleine et entière de vouloir ou de ne pas vouloir ceci ou cela, afin qu'il eût, aidé de la grâce, tout le mérite ou le démérite de ses bonnes ou de ses mauvaises actions. Cet égard et cet amour de Dieu pour les hommes fut le principe de la conversion de S. Matthieu, dans lequel nous pouvons considérer deux choses :
1°. La force de la parole du Fils de Dieu, qui, par une douce violence, mais sans aucune nécessité ni contrainte, attire S. Matthieu à sa suite.
2°. La prompte obéissance de ce publicain, qui, bien que d'une avidité
insatiable pour le lucre, quitte tout sans balancer, pour embrasser un état de vie pauvre et méprisable, à la suite du Sauveur.
Ce sont deux choses admirables, qui feront le partage de ce discours, Videte vim vocantis ; discite obedientiam vocati.
IV. — Chm transiret indè Jésus, vidit hominem sedentem in telonio, Matthœum nomine ; et ait Mi : Sequere me. Et relictis omnibus , secutus est eum (Matth. ix). — S'il s'est jamais trouvé un grand exemple de foi pour obéir à la voix du Sauveur, jusqu'à le suivre en quittant tout, nous le rencontrons sans doute dans la vocation admirable de S. Matthieu. Il entend cette voix divine au travers du bruit et du tumulte des affaires du siècle ; il la suit malgré les attaches et les liens des intérêts les plus engageants. Il donne d'abord ces deux témoignages de la plus sublime sainteté, de congédier toutes ses pensées pour n'étudier que les ordres du Sauveur, et de quitter tous ses emplois pour n'en prendre plus d'autre que celui de lui obéir. N'est-ce pas là l'idée d'un parfait disciple de Jésus-Christ, et l'Eglise nous pouvait-elle proposer un#plus digne objet de nos respects ou un plus rare modèle de nos actions, afin que nous vissions, dans les louanges que nous lui devons, l'obligation et les moyens que nous avons de l'imiter ? Pour seconder ses intentions, et joindre, comme elle prétend, notre utilité à la gloire de ce grand saint, je montrerai :
1°. Les difficultés que pouvait avoir S. Matthieu à écouter Jésus- Christ, dans l'embarras et le trouble qu'apportent les richesses et les intérêts du siècle.
2°. Le courage de S. Matthieu à surmonter tous ces obstacles, et l'étroite obligation que nous avons de l'imiter.
V. — On peut considérer S. Matthieu sous trois regards différents:
1°. En qualité à' Ev ange liste, qui, écrivant le premier l'histoire du Sauveur du monde, a tellement circonstancié toutes les vertus et tous les miracles, qu'il n'a rien omis de ce qui pouvait servir à l'instruction et à l'édification de l'Eglise.
2°. Comme Apôtre, qui, parcourant de grands pays pour y porter la foi, a attiré à la connaissance du Sauveur un nombre presque infini de peuples idolâtres et barbares.
3°. Comme Martyr, qui, non content d'avoir éclairé plusieurs royaumes de la lumière de la foi, a souffert la mort, avec des circonstances toutes singulières, pour l'établissement de cette même foi.
VI. — .\ on erubeseo Fcangelium (Rom. i) ou bien: Cujus laus est m Evangelio (II Cor. vin). — On peut faire voir :-- 1°. Que S. Matthieu a suivi et pratiqué l'Evangile avant de le connaître et d'en avoir entendu parler, puisqu'il a tout quitté à la première parole du Sauveur, et a renoncé à tous les biens de la terre, qui est la principale maxime de l'Evangile, comprenant toutes les autres.
H°. Qu'il a écrit l'Evangile le premier, comme témoin de toutes les paroles et de toutes les actions du Fils de Dieu, et qu'ensuite il l'a prêché avec les autres Apôtres, qui n'ont annoncé aux peuples que ce qui était compris dans l'Evangile qu'il a écrit et publié.
3°. Qu'il l'a défendu par l'effusion de son sang, en donnant sa vie par un glorieux martyre.
Les Sources.
S. Chrysologue a trois sermons sur S. Matthieu, et il a mis en un beau jour tout ce qu'en dit l'Evangile.
Le V. Bède a deux homélies sur le même saint. Dans la première, il loue son humilité, et explique ce que c'est que de suivre Jésus-Christ. Sequere me. Dans la seconde , il marque le progrès que le saint fit en la grâce, après avoir été appelé à la suite de son maître, et console les pécheurs par l'espérance d'obtenir miséricorde s'ils veulent véritablement se convertir.
S. Pierre Damien a fait trois sermons sur ce sujet. Dans le premier, il fait l'éloge de ce qu'il j a de recommandable en ce grand Apôtre; dans le second il répète à peu près la même chose ; dans le troisième, il console les pécheurs pénitents.
S. Thomas a un sermon où il parle de la bonté et de la miséricorde de Dieu envers le pécheur, ensuite de la sainteté de cet apôtre et de l'aveuglement des pharisiens, qui murmurèrent de ce que le Sauveur mangeait avec les publicains.
S. Bonaventure, Sermons sur les saints, en a deux sur S. Matthieu. Dans le premier, il fait voir que la conversion de S. Matthieu a été parfaite, et ce qui est nécessaire pour faire une véritable pénitence. Dans le second, il prend pour texte ces paroles de Jérémie : Convertisti me, et egi pœnitentiam ; et s'étend sur les motifs de faire pénitence.
S. Laurent Justinien a aussi un sermon, où il admire la conversion de ce publicain et la profondeur des jugements de Dieu.
Denys-le- Chartreux a trois sermons : le premier sur la fête de ce Saint, inproprio sanctorum; le second sur l'évangile de la fête du saint; dans le troisième, il expose les faveurs que le Fils de Dieu lui a faites.
Guillaume de Paris, deux sermons. Dans le premier, il fait l'éloge du saint en style de prédicateur. Dans le second, il parle de sa vocation et de quelle manière le Fils de Dieu l'invita à le suivre.
Albert-le-Grand, dans un sermon sur ce même sujet, prend pour texte : Non veni vocare justos, sed peccatores.
Thaulère, dans un sermon sur la vocation de notre saint, marque six choses en quoi nous pouvons, à son exemple, suivre Jésus-Christ. Sequere me.
Le P. Nouet, Vie de Jésus-Christ dans ses saints, a une méditation pour le jour de la fête de S. Matthieu, où il ne parle que de son martyre.
Lambert parle de la vocation et de la prompte obéissance du saint, dans une longue homélie sur l'évangile du jour de la fête.
Biroat, Panégyriques.
Le P. Sénault, de l'Oratoire.
Le P. Duneau, Panégyriques des saints.
Verjus, dans un tome de Panégyriques imprimés sous son nom.
Essais de Panégyriques : trois desseins ou abrégés de sermons sur ce sujet.
Passages, exemples, figures et applications de l'Écriture.
Cùm transiret indè Jésus vidit hominem Jésus, sortant de là, vit en passant un sedentem in telonio, Matthœum nomine. Et homme qui était assis au bureau des ml illi : Sequere me. Et surgens secuttts impôts, nommé Matthieu, auquel il dit : est eum. Matth. r\, 9. Suivez-moi. Il se leva aussitôt et le sui-
vit.
Non veni vocare justos, sed peccatores. Ce ne sont pas les justes mais les pé- Ibid. 13 cheurs que je suis venu appeler à la pé-
nitence.
A Domino factum est illud, et est mira- C'est un ouvrage de la main du Sei- Uile inorulis nostris, Ps. 100. gneur, qui paraît admirable à nos yeux.
Htrc mutalio dexttrv excelsi. Ps. 7C>. I thangemeni est l'ouvrage dp lu
droite du Très-Haut.
Qui cvacemat dicitias mûris et f'œnore, Celui qui amasse de grandes richesses liberali in pauperes congregat eas. Prov. par des usures >l par des intérêts, les xxvni. 8. amasse pour un homme qui aéra libéral
envers les pauvres.
Conturbat ilomum suam qui sectatur avn- L'avare met le trouble dans sa mairfttam. Prov. x\ . 87. son.
Qmàm difficile qui pecunias habeni in Qu'il est difficile que ceux qui possè* reynum Dei intrabunt ! Lucae xvni, 84. dent de grandes richesses entrent dans
le royaume de Dieu.
H>diè si vocem ejus audieritis, nolit» oh- Si vous entendez aujourd'hui la voix dur are corda oestra. Ps, '. i. du Seigneur, prenez garde à ne pas en-
durcir vos cœurs.
Qmt vohmt dimtes fieri incidunt in renia? Ceux qui veulent devenir riches tomtionetn, et in laqueum dinboli, et desideriit lient dans la tentation et dans le piège du multa xnutilia et nociva, quœ mergunt démon, et en divers désirs inutiles et komines ininteritum et perditionem. ITim. pernicieux, qui précipitent les hommes vi. T. dans l'abîme de la perdition el de la
damnation.
Radix omnium malorum est cupiditas L'amour des biens de la terre est la quarn quidam appelantes erraverunt à fide, racine de tous les maux, et quelques-uns et inxeruerunt t* dolorièus tnuitis. Ibid. eu étant possédés, se sont égarés de la
foi et se sont embarrassés dans une infinité d'afflictions et de peines.
Opus fac erangelistce. II Tim. îv. 5. Accomplissez le ministère d'un évan-
géliste.
Non erubesco Erangelium. Rom. i, 16. Je ne rougis point de l'Evangile.
Cujus laus est in Evangelio pev omnes II est devenu célèbre dans toutes les Ecdesia*. II Cor. vin, 18. Eglises par l'Evangile qu'il a écrit.
In Cbristo Jesu per Evange/ium ego vos C'est moi qui vous ai engendrés en genuL 1 Cor. iv, 15. Jésus-Christ par l'Evangile.
dte pauper clamavit, et Dominus exau- Ce pauvre a prié, et le Seigneur l'a durit eum, Ps. 32. exaucé.