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XLV1II

Dabo legem nieam in visceribus eorum, et in corde eorum scribam eam.

Jerem. xxxi, 33.

Sacrificium salutare est attendere mandatis. Eccli. xxxv, 2.

Computrescct jugum h fade olei. Isaiœ.

Vœ vobis, viri impii, qui de reliquistis legem Domini altissimi. Eccli. xli, 11.

Altiorate ne quœsieris... sed quœprœcepit tibi DE\js,illa cogita semper. Eccli. m, 22.

Hic liber mandatorum Dei, et lex quœ est in œlernum : omnes qui tenent eam pervenient ad vitam; qui autem dereliquerunt eam, in mortem. Baruch. îv, 1.

Irritum fecistis mandatum Dei propter tradiliones vestras. Matth. xv, 6.

Si vis ad vitam ingredi, serva mandata. Matth. xix, 17.

Irritum facitis prceceptuniDEi, ut tradilionem vestram servetis. Marc, vu, 9.

Euntes, docete omnes génies... docentes eos servare omnia quœcumque mandavi vobis. Matth. xxvin, 19.

Hoc fac, et vives. Luc. x, 28.

M agis ter bone, quid boni faciam ut hab eam vitam œternam? qui dixit ei... Si vis ad vitam ingredi, serva mandata. Matth. xix, 1G.

ATo?i veni solvere legem, sed adimplere. Matth, v, 17.

Jugum meum suave est et omis meum levé. Matth. xi, 50.

Non enim auditores legis justi sunt apud Deum ; sed factores legis justificabuntur. Rom. n, 13.

Prœcipio tibi coràm Deo, qui vicificat omnia, et Christo Jesu... ut serves mandatum sine macula, irreprehensibile.

I Tim. vi, 13.

Qui scrvat mandata, ejus, in illo manct, et ipse in eo. 1 Joaii. ni, 21.

Jlœc est charitas Dei, ut mandata ejus

son conseil; il lui a donné, de plus, ses commandements et ses préceptes.

Si vous voulez observer les commandements, ils vous conserveront.

Celui qui croit en Dieu est attentif à ce qu'il ordonne-

Oh ! si vous vous fussiez appliqué à mes préceptes ! votre paix serait abondante comme un fleuve.

J'imprimerai ma loi dans leurs (Mitrailles, et je l'écrirai dans leur cœur.

C'est un sacrifice salutaire que d'être attentif à garder les commandements (et de s<? retirer de toute iniquité).

Son joug, qui vous accablait, s'est amolli par l'huile (de la grâce).

Malheur à vous, hommes impies, qui avez abandonné la loi du Dieu trèshaut.

Ne recherchez point ce qui est audessus de vous; mais pensez toujours à ce que Dieu vous a commandé.

C'est ici la loi des commandements de Dieu et cette loi subsiste éternellement : tous ceux qui la gardent arriveront à la vie, et ceux qui l'abandonnent tomberont dans la mort.

Vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par vos traditions.

Si vous voulez entrer en la vie, gardez les commandements.

Vous détruisez le commandement de Dieu pour garder votre tradition.

Allez, et instruisez tous les peuples en leur apprenant toutes les choses que je vous ai recommandées.

Faites cela, et vous vivrez.

« Bon maître, qu'ai-je de bon à faire pour obtenir la vie éternelle?» Jésus lui répondit : « Si vous voulez parvenir à la vie, gardez les commandements. » ,

Ne pensez pas que je sois venu détruire la loi ; je suis venu l'accomplir.

Mon joug est doux , et mon fardeau léger.

Ce ne sont point ceux qui écoutent la loi qui sont justes, mais ceux qui la gardent.

Je vous ordonne devant Dieu, qui fait vivre tout ce qui vit, et devant Jésus- Christ, de garder les préceptes, sans tache et sans reproche.

Celui qui garde les commandements de Dieu demeure en Dieu, et Dieu en lui.

L'amour que nous avons pour Dieu

custodiamus : et mandata ejus gravia consiste à garder ses commandements non sunt. I Joan. v, 3. et ses commandements ne sont point pé-

nibles.

In hoc scimus quoniam cognovimus Ce qui nous fait savoir que nous le eum, si mandata ejus observemus. Ibid. connaissons, c'est si nous gardons ses il, 3. commandements.

Qui dicit se nosse eum, et mandata Celui qui dit qu'il le connaît, et qui ejus non custodit, mendax est, et in hoc ne garde pas ses commandements, est veritas non est. Ibid. nr, 4. un menteur, et la ve'rité n'est point en

lui.

Qui offendit in uno factus est omnium Celui qui viole la loi en un seul point reus. Jacob, il, 10. est coupable comme l'ayant violée tout

entière.

Qui habet mandata mea et servat ea, Celui qui a mes commandements et qui ille est qui diligit me. Joan. xiv, 2i. les garde, c'est celui-là qui m'aime.

EXEMPLES DE L'ANCIEN-TESTAMENT

[Adam]. — Adam le premier a reçu de Dieu un commandement, et le premier l'a violé. Sur quoi l'on pourrait faire bien des questions que ce n'est pas ici le lieu de développer. Par exemple, pourquoi Dieu imposa une loi à celui qu'il avait établi pour commander à tous les animaux et pour être comme le roi de toutes les créatures ; comment ce premier homme , doué de tant de sagesse et dont l'esprit était éclairé de si belles lumières, se laissa persuader de violer le commandement de son Créateur, qu'il reconnaissait pour l'auteur de sa vie, et qui l'avait menacé de la mort en cas de désobéissance; et comment enfin ce commandement violé a été la cause de la perte de toute sa postérité , et de tous les maux qui depuis ont inondé la terre. -*- Laissons toutes ces questions pour répondre seulement à la première. Dieu donna une loi à Adam pour lui apprendre qu'il avait un souverain de qui il dépendait et à qui il devait obéir; outre que , Dieu voulant qu'il méritât le bonheur éternel pour lequel il l'avait créé, il ne le pouvait mériter par un moyen plus juste et plus conforme à son état que par la soumission aux ordres de son souverain. Mais la punition que Dieu tire de la rébellion de ce premier homme , qui était le chef-d'œuvre de ses mains, montre quels châtiments doivent attendre ceux qui auront l'audace et la témérité de violer les lois et les commandements de ce Dieu vengeur.

[Abraham]. — Comme Adam est le premier qui par l'exemple de sa désobéissance a porté les hommes à violer les lois du Seigneur, Abraham est proposé aux hommes comme le premier et le plus illustre modèle de l'obéissance due au souverain Maître de l'univers. En effet, il n'y en a point, o-irès le Fils de Dieu , dont la fidélité ait été éprouvée par de plus rudes commandements. Il reçut l'ordre de quitter son pays et le lieu d<1 sa naissance, pour aller s'établir dans un autre qui était pour lui un exil,- et il obéit sans réplique. Il se soumit à La !<>i do. In. circoncision, que Dieu lui

ordonna de commencer par lui-même. Enfin, ce qui a signalé l'obci^sance de ce saint patriarche, ce qui a attiré toutes les bénédictions du Ciel sur lui et sur sa postérité , c'est de s'être tenu prêt à obéir à Dieu dans la chose qui lui devait être la plus rude et la plus sensible , celle de faire un sacrifice de son propre fils, l'espérance de la nombreuse postérité que Dieu même lui avait promise par le moyen de ce même fils. Il n'écouta point là-dessus les sentiments de la nature , et ne s'arrêta point à la contradiction apparente qu'il voyait entre le commandement et la promesse. Les lois que Dieu a depuis faites à tous les hommes n'ont rien de si rude, à beaucoup près.

[Moïse]. — Ce grand homme , dont Dieu se servit pour délivrer son peuple de la captivité de l'Egypte , porte le nom de législateur parce que ce fut lui qui intima l'ancienne Loi à ce peuple indocile qui ne se conduisait que par la crainte. Aussi cette loi fut-elle donnée sur le mont Sinaï , dont la vue effroyable des éclairs qui en sortaient , le bruit terrible des tonnerres et le son effrayant des trompettes qui retentissaient de toutes parts, empêchaient le peuple d'approcher. Ce fut ainsi que Dieu publia les dix commandements qui sont contenus dans cette loi , et qui seront jusqu'à la fin des siècles la règle de notre vie , en sorte qu'on ne les peut violer sans commettre un crime et se rendre coupable de rébellion contre la divine Majesté. On ne peut douter que Moïse, qui fut choisi de Dieu pour être le héraut de cette loi, .n'en ait été aussi le plus fidèle observateur: car, s'il obéit aux ordres particuliers que Dieu lui donna , comme d'aller trouver Pharaon, de conduire son peuple à travers les flots de la mer Rouge , et à d'autres commandements semblables, où il eut besoin de la plus ferme et de la plus constante résolution, il faut croire que, Dieu s'étant servi de lui pour faire garder sa loi aux autres, il fut aussi le plus fidèle à la garder lui-même, puisqu'il punit ensuite si rigoureusement ceux qui la violèrent , et qu'il n'y a menaces qu'il n'ait faites et malédictions qu'il n'ait fulminées contre ceux qui la violeront.

[Autres exemples]. — Il serait inutile de ramasser ici une multitude d'exemples, soit de ceux qui ont observé fidèlement la loi de Dieu, soit de ceux qui ont été sévèrement punis pour l'avoir violée, puisque tous les justes de l'Ancien-Testament n'ont mérité ce nom , et ne l'ont été effectivement, que pour avoir été exacts observateurs de la loi, et que tous les crimes qui ont été commis depuis la naissance du monde n'ont été que des infractions à la loi naturelle ou à la loi écrite ; comme les bénédictions et toutes les faveurs temporelles et spirituelles, dont Dieu a comblé les anciens patriarches et les prophètes , ont été des récompenses de leur fidélité en ce point. Mais je ne puis omettre trois personnes qui ont été plus religieux observateurs de la loi de Dieu, et à qui l'Ecriture donne cet éloge plus particulièrement.

PARAC7RAPHÎÎ TROISIÈME. Î47

Le premier est le saint homme Job. Quoique placé sous la loi de nature, il est appelé juste et craignant Dieu; et lui-même, dans la plainte qu'il fait à Dieu dans l'amertume de son cœur, le prend à témoin de son innocence. Ce qui fait qu'Origène dit de lui qu'il a observé toute la loi , avant même que la loi fût portée : Ante legem et extra legem, adimplevil omnia.

Le second est le saint roi David, à qui le texte sacré rend ce témoigage : Inverti David, virum secundùm cor meum, qui faciet omnes volontates meas (Act. xiii, 22). Ce grand roi s'oublia pourtant une fois en commettant un adultère et un homicide, crimes expressément défendus par la loi : mais sa pénitence est aussi connue que ses crimes, qu'il répara par une infinité d'actions de justice, jusque-là qu'il n'y eût aucun de ses psaumes où il ne parle de sa fidélité à observer la loi de Dieu, et le 118e est tout entier sur ce sujet.

Le troisième enfin est Tobie, à qui l'Écriture rend pareillement ce glorieux témoignage, d'avoir observé avec une fidélité inviolable la loi de Dieu dès son enfance, et de s'être distingué par-là entre tous ceux de sa nation, puisque, étant du nombre des captifs, ni les menaces d'un puissant roi, ni l'exemple de ses compatriotes, ni les reproches de sa femme, ne purent jamais le détourner de son devoir et de l'obéissance qu'il devait à Dieu : ce qu'il recommanda ensuite à son fils comme le plus précieux héri tage qu'il lui pût laisser.

EXEMPLES DU NOUVEAU TESTAMENT

[Jésus-Christ]. — Le Fils de Dieu, Sauveur du monde, est l'auteur de la nouvelle loi, qui n'a rien changé dans le décalogue, et ce qu'il y a ajouté a été pour faire observer chaque commandement dans une plus haute perfection, en donnant plus d'étendue au précepte de la charité, et retranchant jusqu'à la racine et à la source de ce qui pourrait causer une criminelle infraction à la loi. Il est vrai qu'il a déchargé les chrétiens de toutes les cérémonies légales et des autres observances qui étaient bonnes et saintes en ce temps-là, mais qui, n'étant que des ligures, devaient cesser sitôt que la vérité aurait paru. Pour nous porter à nous soumettre à ce qui était essentiel dans la loi ancienne pour la conduite de notre vie, le Fils de Dieu s'y est voulu assujettir lui-même : Non veni solvcre legem, sed adimplcre. De sorte que son exemple ne doit pas moins avoir de force sur nos esprits que les commandements qu'il a autorisés et renouvelés. C'est ce qu'il dit à S. Jean - Baptiste, en se présentant à lui pour recevoir son baptême : Dccet nos implere omnem juslitiam. Ces paroles ne peuvent signifier autre chose, sinon : Comme je suis venu pour être le législateur des lois saintes et parfaites, qui sont celles do l'Évangile, j'en veux dttSâl être l'observateur; et en cela j'accomplirai toute la justice, laquelle ne consiste

que dans l'observation de ces lois, quepesonne n'observera sans être juste et parfait.

[Les saints]. — A l'exemple de Jésus-Christ il faudrait joindre celui de tous les saints de la nouvelle loi, puisque la véritable sainteté consiste à observer les lois et les commandements de Dieu, et que ceux-là ont été les plus saints qui les ont observés le plus parfaitement. C'est ce que signifie le nom de justes, que l'Evangile leur donne, comme à S. Josepb, au saint vieillard Siméon, et à quelques autres; et toutes les fois qu'il est parlé des justes dans l'Écriture, il faut entendre ceux qui ont été fidèles à observer les lois et les commandements du Seigneur.

Constitue legislatorem super eos, ut sciant gentes quoniam homines sunl (Ps. 9). C'est, ce me semble, un beau sens que l'on peut donner à ces paroles de David : — Il considère cette liberté effrénée des païens qui les faisait vivre sans loi et sans dépendance. Dans cet état, il faut qu'ils se croient ou des dieux ou des bêtes, Dieu est trop grand pour être réglé par une loi supérieure, la bête est trop stupide pour être réglée par une obéissance raisonnable. Quiconque veut vivre sans loi s'élève ou s'abaisse à l'un de ces degrés, et dans tous les deux il n'est point homme. Mais, grand Dieu! envoyez leur un législateur qui les place dans leur véritable rang, et qui, leur faisant voir qu'ils ne sont pas des bêtes, puisqu'ils ont la raison pour être conduits, qu'ils ne sont pas non plus des dieux, parce qu'ils ont trop de faiblesse pour se conduire eux - mêmes, leur apprenne par conséquent qu'ils sont hommes libres, à la vérité, mais libres avec une loi : Constitue legislatorem super eos. (Mascaron, dans une de ses Oraisons funèbres) .

Quicumque lotam legem servaverit, offendat autem in uno, factus est omnium reus (Jacob, n). Quiconque, ayant gardé toute la loi, la viole en un seul point est coupable comme s'il l'avait violée tout entière. La sainteté chrétienne doit se former de la pratique et de l'observation de toute la loi. C'est ce qu© l'on doit conclure des paroles de cet apôtre, qui ne se contente pas de dire qu'on est coupable de l'infraction de toute la loi pour en avoir violé un seul article : mais il le prouve. Celui, dit - il, qui a dit Ne commettez point d'adultère, dit aussi Ne tuez point. Si vous tuez, quoique vous ne commettiez point d'adultère, vous êtes violateurs de la loi. Ces paroles prouvent qu'un chrétien ne peut choisir une loi particulière, mais que toutes ensemble doivent former sa sainteté. Nonqju'il faillo entendre ces paroles en ce sens que celui qui, n'étant pas adultère, est homicide soit aussi coupable que celui qui est tout ensemble homicide et adultère, c'est-à-dire que celui qui ne pèche que contre une loi soit en effet transgresseur de'chacune en particulier : ce n'est point là le sens de l'Apôtre, mais bien qu'en violant une seule loi on est trangresseur de toute

la loi, ou à cause qu'en violant cette loi toute seule on est dans la dispositions de violer toutes les autres, ou parce qu'en la transgressant toute seule on pèche contre la charité, d'où dépend toute la loi et les prophètes, et On est ainsi en quelque façon transgresseur de toute la loi.

FM, serva mandata, et vives, et legem quasi pupillam oculi (Prov. vu). Le Sage ne pouvait nous exprimer plus vivement avec quel soin nous devons garder la loi de Dieu que de la comparer à la prunelle de l'œil, qui est la chose du monde que nous conservons avec le plus de soin, parce qu'elle peut être facilement blessée, et toutes les blessures en sont dangereuses, pour être infiniment délicates. C'est pourquoi la nature a eu soin de l'entourer, afin delà défendre. On peut dire la même chose de la loi de Dieu , qu'il est facile de violer, parce que, pour cela, il ne faut qu'une pensée, qu'un regard, qu'un acte de la volonté, quoiqu'il ne passe point au-dehors; et d'ailleurs, il vaudrait mieux s'arracher les yeux, comme parle le Sauveur, que souffrir qu'ils nous scandalisent par la vue de quelque objet qui nous porte à violer la loi de Dieu.

Prœceptum Domini lucidum, illuminants oc ulos (Ps. 18). — La loi de Dieu et les préceptes qu'elle contient ne peuvent être mieux comparés qu'à un flambeau qui nous éclaire et qui nous conduit parmi les ténèbres de cette vie, parce que c'est par ce moyen que nous découvrons les pièges qu'on nous tend et les embûches qu'on nous dresse. Dans la voie par laquelle nous marchons durant cette nuit obscure, c'est-à-dire dans l'ignorance de ce qui est bien ou mal et dans le danger de prendre l'un pour l'autre, nous découvrons, à la faveur de ce flambeau, la route qu'il faut suivre, les écucils qu'il faut éviter. Nous jugeons ce qui est bien par la conformité avec cette loi, et nous connaissons ce qui est mal quand il y est contraire. De manière que, comme la loi du péché, ainsi que parle l'Apôtre, nous aveugle ou nous met un voile devant les yeux pour nous empêcher de discerner le bien d'avec le mal, la Loi de Dieu, tout au contraire,. nous ouvre les yeux, et nous éclaire pour découvrir les précipices qui nous environnent, et par ce moyen nous empêche d'y tomber. C'est pourquoi le môme prophète royal l'appelle encore une lumière et un flambeau qui conduit nos pas: Lucernapedibusmeis verbum tuum.

§ vi.

Pensées et passages des SS. Pères.

Non erat undè se homo habere Dominum cogitaret, nisi et aliquid ei juberetur et aliquid prohiberetur. August. in Gènes.

Conforta me, Domine, ut possim; da quod jubés, et jubé quod vis. Id. Conf. 10, 19.

Deus non impossibilia jubet, sed jubendo monet et facere quod possis, et petere quod non possis. August. De nature et gratiâ, 43.

Sicut obedienlia secundi hominis eb prœdicabilior quia factus est obediens usquè ad mortem, ila inobedienlia primi hominis eb detestabilior qub factus est inobediens usquè ad morlcm: Id. Civit.

Dei. 14.

Ubi magna est inobedientiœ pœnaproposita, et res à Creatore facilis imperata, quisnam satls explicet quantum malum sit non obedire inre facili, et tantœ potestalis imperio, et tanto terrenti supplicio? Id- Ibid.

Si quis unum mandatum custodiat et aliud prœvaricatur, nihil ei prodest.

August. De parad.

Non est amicus recti quandb, si fieri posset, mallet id quod rectum est non juberi. Id. in Ps. 66.

Mandata in nova lege facta sunt pau- <iorat faciliora, feliciora. August.

Prœcepta dominica et multa,sunt et unum : multa per diversitatem operis, unum in ratione dilectionis. Id. Homil.

19 in Evang.

Data est hominibus conscripta lex, non quia in cordibus scripta non erat, sed quia tu fugitivus eras cordis lui: ab illâ comprehcnderis, it ad te ipsum revocaris. August. in Ps. 57.

Nulla est anima, quamvïs perw-rsa

L'homme n'aurait pas eu sujet de croire qu'il eût un souverain au-dessus de lui, si on ne lui eût commandé et défendu quelque chose.

Seigneur, donnez-moi la force d'accomplir ce que vous commandez, et commandez alors tout ce qui vous plaira.

Dieu ne commande point de choses impossibles : mais, en commandant, il vous avertit de faire de votre part ce qui est en votre pouvoir, et de lui demander ce qui n'y est pas.

Comme l'obéissance du second Adam a été d'autant plus louable, qu'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, de même la désobéissance du premier a été d'autant plus blâmable et plus criminelle qu'il a été désobéissant jusques à mériter d'être puni de mort.

Voyant qu'on a menacé la désobéissance d'un si grand châtiment, et que ce que le Créateur commandait était si facile à exécuter, qui peut dire quel mal c'est de désobéir en une chose si aisée, après un commandement fait avec une telle autorité, et sous peine d'un si redoutable châtiment?

Si quelqu'un observe un des commandements, et est prévaricateur dans un autre, l'observation du premier ne lui servira de rien.

Celui-là n'aime pas le bien, qui, pouvant le faire, aimerait mieux qu'il ne lui fût pas ordonné de faire ce qui est juste.

Dans la nouvelle loi, les préceptes sont devenus moins nombreux, plus faciles, plus avantageux.

Les préceptes du Seigneur sont en nombre et ne font qu'un seul : plusieurs par rapport à la diversité des choses, et un seul dans la charité, racine d'où ils naissent tous.

On a donné aux hommes une loi écrite, non qu'elle ne fût déjà gravée dans leurs cœurs, mais parce qu'on se cache à son propre cœur, et qu'on s'enfuit devant elle : elle nous arrête, et nous rappelle à nous-mêmes.

Il n'y a point d'homme si méchant et si

quœ tamen ratiocinari possit, in cujus conscientiâ non loquatur Deus. Quis enim in cordibus hominum scripsit legem naturalem, nisi Deus? Id. De serm.

in monte, 15 .

Manu formatons nostri, in ipsis cordibus nostris verilas scripsit : Quod tibi non vis fieri, alteri non feceris. Hœc, et antequam lex daretur, nemo ignorare permissus est, ut esset undè judicarentur et quibus non esset data lex. August. in Ps. 5 7.

Mandatis Dei rectis atque arduis humana non contemperatur infirmitas, nisi preveniens ejus adjuvet charitas. Id. inPs. 118, serm. 5.

Si aliquid jusserit Deus quod secundùm homines videatur injustum, justum credatur et fiât, cujus voluntas est sola vera justilia. August. De singul.

cleric. 16.

Mquo jure mandatur omnibus, nullus ab hoc imperio liber est. Hieron. Epist. ad Celantiam.

In quovis proposito, in quovis gradu, œquale peccatum est vel prohibita admitlere vel jussa non facere. Id. Epist.

Non prœcepisset hoc qui bonus et justus est, nisi etiam facultatem qua id faceremus fuisset largitus. Basil. Regul. brev.

Exsecramur blasphemiam eorum qui dicunt aliquid komini a Deo esse prœceptum ut mandata Dei, non a singulis, sed ab omnibus in commune possent servari. Hieron. symb. (ad Damasum).

Ad naturam obsequii prior est volluntas imperantis quam ulilitas obsequentis. Tertull.

Si quis dixerit Dei prœcepta, homini etiam justificalo et sub gratiâ constitua, esse ad observandum impossibilia, anathema sit. Concil. Trid. Can. 18.

Jugum meum suave est et onus meum levé, ait Dominus : et nos, è contra, gravia efficimus quœ ille levia consliluit, et quœ ille suavia posuit nos facimus amara peccando. Chrysost. De compunct.

cordis.

Deus jussit, et audes interrogarc si le-

abandonné, pourvu qu'il puisse raisonner, à qui Dieu ne parle au fond de la conscience : car qui a écrit au fond du cœur humain la loi naturelle, si ce n'est Dieu même?

C'est la vérité même qui a écrit dans nos cœurs, par la main du Créateur, cette loi : ne faites point à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit a vousmême. Avant que cette loi fût intimée, il n'était permis à personue de l'ignorer, et elle suffisait pour condamner ceux-mêmes qui n'ont pas reçu la loi. .

L'infirmité humaine n'est pas d'ellemême assez droite pour observer les commandements de Dieu, également justes et difficiles, si elle n'est aidée et prévenue par la charité du Seigneur.

Si Dieu commande quelque chose qui semble injuste au jugement des hommes, il faut croire cette chose juste et l'exécuter : car sa volonté seule est la véritable justice.

Les commandements sont faits pour tout le monde., et personne n'en est exempt.

Quelque chose qu'on vous propose, et en quelque degré de perfection que ce soit, le péché est égal ou d'agir contre ce qui est ordonné, ou d'omettre ce qui est commandé.

Celui qui est essentiellement bon et juste ne nous aurait pas commandé telle chose, s'il ne nous avait donné la force et le moyen de l'exécuter.

Nous avons en exécration le blasphème de ceux qui disent que Dieu, à la vérité, a fait des commandements à l'homme, mais que ces commandements ne peuvent être gardés de chacun en particulier, que c'est seulement afin qu'ils puissent être gardés de tous en commun.

Il est de nature de l'obéissance que la volonté de celui qui commande passe avant l'intérêt de celui qui obéit.

Si quelqu'un ose dire qu'il est impossible à un homme même justifié et maintenu en grâce, de garder les commandements de Dieu, qu'il soit anathèmo.

Mon joug est doux, et mon fardeau léger, dit le Seigneur; et nous au contraire, nous rendons rude et pesant ce qu'il a fait léger, et ce qu'il a fait dottl et agréable, nous le rendons amer en péchant.

Dieu commande, et vous osez deman-

gcm implere est possibile I Id. Ilomil. 8 der s'il est possible d'accomplir sa loi ad popul. Anlioch.

Juste nobis instat prœcepto qui prœcurrit auxilio. Léo, serm. 16 De pass Doinini.

Lex Dei lex semper, lex ad omnes, à cujus observatione nulla potest esse eocemptio, Guill. Parisiensis.

Naturœ lege homo scire compellitur, sive pravum sive rectum sit quod operatur. Greg. in cap. 27 Jobi.

Tune decalogi mandata perficimus cùm quatuor libros Evangelii custodimus. Id. Homil. 16 in Evang.

Gravia mandata non sunt electis, quia, dùm œternœ vitœ gloriam magno desiderio appetunt, prœcepta evangelica gratanter ferunt. là. V, in Reg,

Le Fils de Dif.u est en droit de nous presser d'accomplir ses préceptes, après qu'il nou9 en a donné le moyen par sa grâce.

La loi de Dieu est une loi éternelle, qui oblige tout le monde, et qui n'admet, ni ne peut admettre d'exemption.

L'homme doit savoir par la loi naturelle si ce qu'il fait estïuen ou mal.

Nous observons les préceptes du déca logue lorsque nous observons les quatre livres de l'Évangile.

Les commandement ne sont pas difficiles pour les prédestinés, parce que, aspirant à la gloire éternelle, ils se soumettent volontiers aux préceptes évangéliques.

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Loi et commandement]. — Quelque indifférence que l'on mette entre la loi et le commandement, il est contant que l'un et l'autre doivent être faits par une autorité légitime, et avoir pour but de conduire nos actions à une iîn louable, honnête et conforme à la raison, soit en nous excitant à faire une chose par voie d'empire et de commandement, soit en nous interdisant l'usage d'une autre par le pouvoir d'établir et d'ordonner des peines et des récompenses

[Du Décalogue]. — Lo mot de Dêcalogue signifie une loi qui comprend dix commandements, les plus excellents, les plus justes et les plus conformes à l'équité naturelle qui puissent être au monde, soit que nous considérions leur auteur, qui est Dieu même ; soit l'excellence de leur fin, puisqu'ils ont pour but, non un bien caduc et périssable, mais un bonheur éternel; soit enfin que nous envisagions les choses qu'ils contiennent, puisqu'il n'y a ni vertu qui n'y soit commandée, ni vice qui n'y soit défendu. S. Augustin dit que c'est l'abrégé de toutes les lois. (Quœst. 401, sup. Exod).

En cfle.t, quoique Dieu eût fait plusieurs commandements aux Israélites, nous voyons néanmoins qu'il se contenta de donner à Moïse les deux

tables qu'on appelle les tables de la loi, et qu'il ordonna de les mettre dans l'arche pour être, dans tous les siècles à venir, les témoins de sa volonté. Ainsi, si l'on examine les choses exactement, on verra que tous les autres commandements sont renfermés dans les dix de ces deux tables ; de même, ceux-ci sont compris dans ceux de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain, dans lesquels, comme Jésus - Christ l'enseigne, toute la loi et les prophètes sont renfermés. Il faut seulement remarquer que, lorsque Dieu a donné à Moïse sa loi, il ne lui a pas tant donné une lumière nouvelle pour la conduite des hommes qu'il n'a rétabli et rendu plus éclatante celle qu'il avait imprimée dans leur âme, et qui était obscurcie par la corruption invétérée de leur cœur ; de peur que, entendant dire que la loi de Moïse est abolie, on ne s'imagine qu'on n'est plus obligé d'observer les commandements de ces deux tables. Car il est certain que ce qui oblige d'obéir à ces commandements, ce n'est pas qu'ils aient été donnés par Moïse, mais c'est qu'ils sont comme imprimés naturellement dans le cœur de tous les hommes, et que le Fils de Dieu les a lui-même confirmés et expliqués dans l'Évangile.

[Pourquoi Dieu a donné celle loi]. — Dieu en créant le monde, imprima au cœur des hommes une loi naturelle, c'est-à-dire une lumière et une connaissance par laquelle son instinct naturel lui dicte ce qu'il doit faire; depuis, considérant que le penchant au péché et l'habitude qu'ils en avaient prise avaient comme effacé de leur cœur cette loi, et que la malice de plusieurs leur faisait feindre de l'ignorer, afin de justifier sa conduite devant le monde, il résolut, par sa bonté, de leur en mettre une devant les yeux qui les obligeât, par un nouveau titre, d'observer ce qui d'abord avait été écrit dans leur cœur, Or, cette loi, qu'il a ainsi donnée aux hommes par Moïse, est divisée en deux tables, par rapport à la diversité de son objet, qui est Dieu et le prochain, parce que son but est de sauver l'homme en lui faisant rendre à Dieu et au prochain ce qu'il leur doit. Dans la première est contenu tout ce que nous devons à Dieu; dans la seconde, la manière dont nous devons nous gouverner avec le prochain.

[De la loi éternelle, naturelle, divine, etc]. — Quoique cette loi, comprise et renfermée dans ces dix commandements, s'appelle communément la loi ancienne, la loi écrite, ou la loi de Moïse, on l'exprime encore par d'autres noms qui signifient la même chose, et qui nous en font seulement concevoir l'excellence. Car on l'appelle quelquefois loi naturelle, en tant qu'elle est connue de tout homme raisonnable, et qu'il n'y a point de peuple si barbare, qui, parla seule lumière delà raison, ne connaisse ce qui est bien ou mal fait; d'autrefois on lui donne le nom de loi éternelle, quoiqu'elle nV;i soit qu'un rayon et une participation. C'est ainsi qu'en parle le Prophète Royal: Signalum eslsuper nos lumen vullûs lui ; et quelques philosophes païens sont demeurés d'accord qu'il n'y avait point de lui Jusfc

•25 i COMMANDEMENTS DE DIEU.

raisonnable qui ne tirât point son origine de la loi éternelle, qui est dans Dieu môme. Cette loi, de plus, s'appelle divine, positive et écrite, parce que Dieu, qui en est véritablement l'auteur, ne s'est pas contenté de l'intimer de paroles, mais l'a écrite de son doigt, comme parlent les SS. Pères, et elle est passée jusqu'à nous après avoir été renouvelée, ratifiée et confirmée par Jésus- CinusT, le nouveau législateur.

[Différence de la loi nouvelle et de l'ancienne]. — S. Thomas (12, Quœst. 98, art. 1) dit qu'il est constant et indubitable que l'ancienne loi était bonne, et l'Apôtre dit qu'elle est sainte et que ses préceptes sont saints, bons et justes, outre qu'elle était très-conformée à la droite raison, puisqu'elle réprimait la concupiscence et défendait les péchés qui sont manifestement contraires à la droite raison. Mais elle était imparfaite en ce qu'elle n'était pas de foi suffisante, et capable de conduire les sujets qu'elle gouvernait à leur dernière lin, parce qu'elle ne leur conférait pas la grâce, sans laquelle on ne peut obtenir la béatitude éternelle, et cette grâce était réservée à la loi de Jésus-Christ. De sorte que cette ancienne loi défendait le péché, mais n'avait pas droit de l'effacer, ce privilège étant réservé au sang de Jésus-Christ ou à sa grâce. Donc, comme la loi ancienne, par la défense qu'elle faisait du péché, opérait quelque chose pour l'acquisition de la félicité éternelle, c'est en cela qu'elle était bonne: mais, parce qu'elle ne conférait pas la grâce, c'est en cela qu'elle était imparfaite, selon l'Apôtre. Voilà ce qu'en dit S. Thomas.

[Préceptes affirmatifs et négatifs]. — Il est bon, en cette matière, de ne pas oublier la différence qu'il y a entre les préceptes affirmatifs, qui ordonnent de faire une chose, et ceux qu'on appellent négatifs, qui défendent de la faire. Ceux-ci obligent toujours, en tout temps, en toutes les rencontres. Par exemple, le précepte qui défend de prendre le bien d'autrui, ou de médire de son prochain, est pour toujours. Au lieu que les préceptes affirmatifs, par exemple, de faire l'aumône ou d'exercer quelque œuvre de charité, n'obligent qu'en certaines circonstances et en certaines rencontres. Mais il arrive assez souvent que le négatif est renfermé dans l'affirmatif, par exemple le commandement que nous avons d'aimer notre prochain nous oblige en môme temps de ne le haïr jamais.

[Précepte et conseil]. — En pariant des commandements de Dieu, il est toutà-fait nécessaire de ne les pas confondre avec les conseils, afin de ne pas outrer les vérités qu'on avance. La différence s'en peut aisément remarquer par la seule signification des termes, puisqu'il n'y a personne qui ne conçoive assez que commander et conseiller sont deux choses tout-à-fait différentes : car celui qui commande veut absolument que la chose se fasse, au lieu que celui qui la conseille seulement, laisse la liberté de la faire ou de l'omettre: outre que ce que Dieu commande, et dont il fait un précepte

absolu, est moins parfait et plus facile à exécuter que ce qu'il conseille simplement ; que le conseil est d'un tout autre mérite, et sera tout autrement récompensé. — Mais voici trois choses qui nous feront connaître si une chose est de précepte ou seulement de conseil. La première, lorsque l'Écriture use du mot de commander, parce que cette expression d'autorité marque une nécessité précise d'obéir. La seconde, quand elle menace de l'enfer, parce que cette condamnation marque une infraction formelle à la loi. La troisième, quand l'exécution est ordonnée à tous absolument et indifféremment, parce que c'est la marque d'une obligation constante et indispensable.

[La loi nous est connue]. — Tout le monde le sait, afin qu'une loi oblige ceux qui y sont soumis à l'observer, elle doit être connue, en sorte qu'on ne puisse point prétexter qu'on l'a ignorée : car il serait injuste de punir une personne pour n'avoir pas obéi à la volonté d'un souverain qu'elle n'a pu connaître. De sorte qu'il est constant que nulle loi n'a la force de lier et d'obliger, si elle n'est suffisamment publiée, et que la promulgation de la loi est du moins une condition nécessaire sans laquelle elle n'a point de pouvoir. C'est pourquoi Dieu, qui a voulu être obéi de ses créatures, n'a pas manqué de faire connaître ses volontés à l'homme en quelque état qu'il ait été. Dans l'état de nature, il a imprimé la loi naturelle au fond de son âme. Avec quelle cérémonie n'a-t-il point fait publier l'ancienne loi qu'il a donnée à son peuple ! Celle de l'Evangile a été portée et prêchée par tout le monde; et les nations barbares qui n'en ont point ouï parler, ont pour règle de leur conduite la loi naturelle, qu'elles ne peuvent ignorer sans une stupidité qui les rende incapables de raison. C'est pourquoi, tous les hommes sont obligés d'observer la loi divine, prise en général.

Il faut distinguer ces préceptes naturels en trois ordres. Il y en a de primitifs et d'universels, dont la connaissance se tire du sens que les termes seuls présentent à notre esprit; tel que celui-ci: // ne faut pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit. Il y en a d'autres qui ne sont pas d'une si vaste étendue qu'on infère immédiatement des précédents, comme des conclusions de leurs principes ; tels que les préceptes du Décalogue. Il y en a enfin qu'on infère à la vérité des mêmes premiers principes, mais par des conséquences plus éloignées et plus obscures, et par de longs raisonnements. Pour les préceptes du premier ordre, il est constant qu'il n'y a personne qui ait l'usage de raison qui les puisse ignorer, puisque la nature les a profondément gravés dans nos cœurs : comme on ne peut douter de ce principe spéculatif, que le tout est plus grand que sa partie. Pour ceux du second ordre, c'est l'opinion commune, et celle de S. Thomas, que quelqu'un pourrait, du moins pour un peu de temps, en avoir une ignorance invincible et involontaire, mais non pas pour une durée de temps fort considérable (2-2, 0-04, art. 4-G), parce qu'il n'est pas po>-

2$fi COMMANDEMENTS DB DIEU.

sible, quand le vice n'a point obscurci la raison, qu'on ne vienne enfin à tirer la conséquence naturelle et nécessaire du principe que l'on connaît évidemment : par exemple, qu'il ne faut ni outrager personne, ni lui ravir son bien, quand on sait qu'il ne faut pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît. Pour les préceptes du troisième rang, il est aisé et même ordinaire de voir des personnes dans une ignorance invincible, parce que, sans instruction ou sans une grande pénétration, il est difficile de voir toutes les conséquences si éloignées des premiers principes, qu'on ne tire que par de longs raisonnements.

[Nécessité de garder les commandements]. — Rien n'est plus capable de convaincre de l'obligation de garder les commandements de Dieu que la nécessité de les observer pour être sauvé : Si vis ad vilam ingredi, serva mandata. Et on ne peut trop insister sur cette vérité, parce qu'il se trouve encore aujourd'hui des gens assez impies et assez aveuglés pour soutenir que, soit que les commandements de Dieu soient faciles ou difficiles à observer, l'observation n'en est pas nécessaire au salut. Ce qui renverse toutes les maximes du christianisme et tous les fondements de la religion. En effet, quoiqu'un homme, avant que d'accomplir toutes les œuvres de la loi, puisse être justifié et devenir bon d'impie qu'il était auparavant, il n'est pas possible néanmoins que celui qui a l'usage de la raison puisse quitter son impiété et devenir juste, s'il n'est dans la disposition de garder tous les commandements de Dieu.

[Ils ne sont pas impossibles]. — C'est une étrange illusion que celle de certains hérétiques, que le salut est impossible à quelques-uns, et qu'il y a des commandements de Dieu que Ton ne peut observer. On sait bien que le paralytique ne peut combattre, ni un mort marcher, si on ne rend la santé à l'un et la vie à l'autre : ainsi sans doute, un pécheur ou un infidèle ne peut accomplir la loi de Dieu, s'il n'a rien pour cela que sa nature malade et son franc-arbitre, sans secours ; mais, si Dieu est toujours prêt à lui donner sa grâce, comme il ne la refuse jamais, du moins quand on l'en sollicite et qu'on la lui demande, qu'est-ce qu'il y a d'impossible en cela? C'est pourquoi, dès-lors que Dieu nous oblige à observer sa loi, il faut conclure que l'observation n'en est pas impossible. La justice et la bonté de Dieu ne peuvent permettre qu'il nous oblige à rien au-dessus de nos forces.

[La loi de Dieu supérieure à tout]. — La loi de Dieu ne souffre point de comparaison avec celle des hommes ; et dès que celle des hommes choque l'intérêt de la religion et la blesse, nous en sommes dispensés par un titre plus ancien et plus juste, puisqu'il vient de Dieu, à qui nous sommes obligés, avant de l'être aux hommes.

§ VI

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[La loi nouvelle est douce]. — S. Pierre, parlant de l'ancienne loi, l'appelait un joug, non pas un joug léger et doux, comme celui de Jésus-Christ, mais tellement pesant, disait-il, -que ni nos pères ni nous ne l'avons pu porter. Vous vous récriez quelquefois, chrétiens, sur la multitude de vos obligations : que serait-ce si vous vous trouviez encore assujettis à toutes ces cérémonies dont la loi de Moïse faisait autant de préceptes, et dont l'usage est aboli dans le christianisme? que diriez-vous de tant d'observances et de pratiques différentes? Il fallait dompter par-là l'indocilité des Juifs, et tenir ces esprits grossiers et intraitables dans la dépendance et la contrainte. Aussi était-ce un temps de servitude, et Dieu, souverain seigneur et maître absolu de toutes choses, gouvernait alors son peuple beaucoup plus par la crainte que par l'amour. Mais, vous que j'ai rassemblés dans le sein de mon royaume, poursuit le Seigneur, ce n'est ni par la terreur des menaces, ni par la violence des coups que je veux vous forcer de vous tourner vers moi; ce n'est ni par la rigueur ni par le nombre de mes commandements. Ce n'est pas tant un fardeau dont je vous ai imposé en vous la donnant, cette loi nouvelle, qu'un fardeau que je vous délivre en faisant cesser la loi que Moïse, mon serviteur, avait reçue sur la montagne. Dans cette loi, si étendue par ses devoirs, et non moins rigoureuse dans ses châtiments, j'étais pour les autres un juge plein de sévérité; je serai pour vous un père plein de douceur. J'ai exercé sur eux tout mon empire : j'exercerai envers vous toute ma miséricorde, soit en abrégeant ma loi, soit en vous la facilitant par une grâce plus abondante.

Merveilleux effets de la grâce! Plus on veut faire pour Dieu, plus on trouve de forces; plus le poids dont on se charge paraît dur et accablant, plus il devient aisé à porter, parce que, moins on s'épargne soi-même, plus Dieu répand libéralement sa grâce, et qu'il n'est rien dans une vie chrétienne de si rigoureux que la grâce ne puisse adoucir. Il est vrai que la loi de Jésus-Chiust est plus parfaite que les autres : mais en est-elle pour cela plus difficile? Non : car au degré de perfection où la loi nous appelle répond une égale mesure de grufces pour nous aider à y parvenir.

Dieu ne nous a pas donné sa loi pour la négliger, comme il ne vous en recommande pas aussi l'observation pour ne vous en point récompenser. Souverain législateur et seigneur, il pouvait vous demander une obéissance parfaite, sans autre fruit pour vous que de rendre à son souverain domaine, l'hommage qui lui est dû; et vous-mêmes, touchés de ses bienfaits, vous t. n. 17

devriez vous soumettre à ses ordres, sans autre dessein que de iui marquer votre reconnaissance; et il sait combien notre propre intérêt nous anime. Il y a eu tout l'égard que vous pouvez atiendre d'un maître également libéral et puissant. Tous ses trésors vous sont ouverts, et tous ses trésors sont à vous, pour peu que vous vous fassiez de violence afin de garder la loi qu'il vous a donnée. (Le P. Giroust, Averti).

[Môme siijel]. — La loi de Dieu n'est pas une loi qui nous charge, ni qui opprime ou affaiblisse notre liberté; au contraire, elle la perfectionne et la conserve : d'où vient que l'apôtre S. Jacques nomme cette loi de Dieu une loi de parfaite liberté : Qui perspexerit in legem perfectam libcrlalis et permanseril in eà. G'est-à-dire que, nous soumettant au joug de cette loi, nous expérimenterons la vérité que Jésus-Gurist nous enseigne, qui est que, pour être véritablement libre, il faut prendre son joug, qui est doux et agréable, qui donne un parfait repos à nos âmes. Il semble que ce soit un paradoxe de dire qu'un fardeau allège et qu'un joug donne la liberté et le repos : c'est néanmoins une vérité avouée par tous ceux qui ont voulu en faire l'épreuve. Voilà, mes frères, dit S. Augustin, la différence qu'il y a entre le joug de Jésus-Christ et le joug des autres maîtres, quels qu'ils soient : Alia sarcina premit te, Christi sarcina sublevat le ; alla sarcina pondus habet, Christi sarcina pennas liabet (Augustin., Ps. 39). Les autres charges nous abaissent, nous accablent, mais celle de Jésus-Christ, qui est la loi qu'il nous impose, nous élève et nous soutient; les autres fardeaux ont de la pesanteur, celui du joug de Jésus-Christ a des ailes : Christi sarcina pennas habet. Si vous ôtez les ailes à un oiseau, il semble que vous le déchargez : cependant il est vrai que vous le mettez dans un état où il ne peut plus s'élever, et il se sent bien plus pesant que lorsqu'il avait ses ailes. Rendez-lui la charge que vous lui avez ôtée, c'est-dire ses ailes, il se trouvera plus léger et il volera : Redeat onus, et volât. Voilà quel est le fardeau de la loi de Dieu. Comme l'oiseau qui n'a point d'ailes paraît plus déchargé, et néanmoins est plus pesant, puisqu'il »e peut plus s'élever de terre, ainsi l'âme qui a secoué le joug de la loi de Dieu semble plus déchargée que celle qui est sous le joug : cependant il est constant qu'elle est plus appesantie, plus accablée, plus attachée à la terre par ses convoitises; et au contraire celle qui porle le joug de JÉsus-CniusT est élevée par son propre fardeau : Christi sarcina pennas habet.

Vous vous trompez, pécheurs, lorsque, devenus idolâtres de votre liberté, ou pour mieux dire de votre libertinage, vous secouez le joug de la loi de Dieu, et dites que vous ne servirez pas : Confretjisli juijum meum et dixisli : Non serviam. 11 n'est point de créature indépendante; vous servirez malgré vous : si vous ne servez pas Dieu, vous servirez le démon; si vous ne voulez pas porter le joug de Jésus-Christ, il faudra prendre celui du monde; si vous n'êtes p 18 sous la loi de la grâce, vous gémirez sous la loi du péché. Ne savez-vous pas, dit l'Apôtre, que vous demeurez

esclaves de celui à qui vous obéissez? An ncscitis quia servi estis ejus cui obedilis, sioepeccatiad morlem, sive obeditionis ad justitiam ? Oui, en vérité, nous le savons et nous le sentons, et il n'est point de pécheur si idolâtre de ses passions qui ne soit contraint d'avouer qu'il connaît par son expérience le déplorable état où s'engagent ceux qui abandonnent la loi de Dieu. (Le P. Texier, Dominicale, 7e Dim. ap. la Pent.).

[Malédiction contre les violateurs]. — Comme ceux qui marchent dans la voie des commandements de Dieu y trouvent non - seulement leur véritable gloire, mais encore la protection singulière de Dieu sur leur personne, sur leur famille et sur leurs biens, que Dieu promet de bénir et de multiplier, tout au contraire, à moins de démentir l'Ecriture-Sainte, il faut avouer que le mépris habituel de la loi de Dieu, cette infraction à ses commandements, attire toute sorte de malédictions sur ceux qui en sont coupables. Il faut que cette juste menace de Dieu s'accomplisse. Si vous refusez d'obéir à la voix du Seigneur, vous attirerez sur vous toutes ces terribles malédictions. Vous serez maudit en vos biens, maudit en vos enfants, maudit aux champs, maudit à la ville, etc. Maledicli qui déclinant à mandatis luis. (Ps. 118).

Le Fils de Dieu même nous assure que quiconque dit qu'il a la charité, et qui né garde point ses commandements, est un imposteur : Qui dicit se nôsse eum, el mandata ejus non custodit, mendax est. Et ailleurs : « Si vous voulez montrer que vous m'aimez, gardez mes commandements : Si diligitis me, mandata mea servate. » Sans cette exacte obéissance, quelques bonnes œuvres que nous fassions, Dieu nous regarde comme des rebelles et comme ses ennemis. C'est donc mal à propos que ces personnes se persuadent que Dieu couronnera les présents d'un ennemi, et qu'il recevra le tribut de quelques aumônes, et de quelques jeûnes ou de quelques prières, de ceux qui refusent de lui payer le principal tribut qu'il demande, qui est celui de leur amour et de leur cœur, lequel ne peut être à Dieu s'il ne lui est obéissant et s'il ne garde sa loi et ses commandements. {Le même) .

[Les vrais observateurs sont rares]. — In lege Domini voluntas ejus (Ps. Ier). Voilà la dévotion solide, qui consiste dans cette sainte résolution de mourir plutôt que de violer la loi de Dieu. Mais qu'il y en a peu parmi nous dans cet état, qui est cependant d'une nécessité absolue pour être sauvé! Si nous examinons bien notre cœur, nous trouverons que notre volonté n'est pas dans la loi de Dieu, mais plutôt dans la loi de nos propres passions, dans ia loi de la chair, dans la loi du monde. La loi de Dieu défend la vengeance; la loi du monde la commande; la loi de Dieu défend la mollesse, l'adultère, la luxure; la loi de la chair y porte et y engage ceux qui la suivent. La loi de Dieu défend le larcin et l'usure : avare et usurier public, qui, par des contrats usuraircs, par des concussion», par mille

sortes d'injustices, enlèves l'héritage de la veuve et de l'orphelin, où est ta volonté? La loi de Dieu défend les excès de bouche, les débauches, les ivrogneries : où est votre volonté, voluptueux qui n'avez point d'autre dieu que votre ventre, et qui cherchez, par toutes sortes de voies, la satisfaction de vos sens? Poursuivez cet examen, et vous trouverez que votre volonté n'est point attachée, comme elle devrait, à la loi de Dieu, mais engagée malheureusement dans les vanités et les pompes du siècle, dans les désirs et les passions déréglées de la chair. (Texier, ibid.).

[Le devoir du chrétien]. — Le devoir le plus essentiel du chrétien c'est de connaître, de retenir, d'aimer et de praliquer exactement les commandements du Seigneur. C'était la disposition du Prophète, quand il demandait à Dieu V intelligence de sa loi, ou quand il lui disait qu'elle était présente non-seulement à sa mémoire, mais quelle était cachée dans le fond de son cœur ; et tantôt, enfin, que son âme a gardé les témoignages de sa loi, et les a aimés très - ardemment. Mais qui croirait qu'il y a des chrétiens qui ne sont point instruits de la loi de Dieu, qui ne la connaissent point, et qui refusent de la connaître, parce qu'ils ne veulent point s'y soumettre? d'autres qui s'en occupent si peu, qu'elle n'est jamais présente à'ieur esprit? plusieurs qui, au lieu de l'aimer, n'ont que de l'aversion pour elle, parce qu'elle les contraint dans leurs inclinations qu'ils veulent suivre absolument? une infinité qui, bien loin de vivre dans l'obéissance à la loi de Dieu, vivent dans une rébellion continuelle à ses ordres? Que chacun s'examine et rentre en soi-même, pour approfondir s'il n'ignore pas entièrement la loi du Seigneur, ou s'il ne la viole pas tous les jours malgré ses propres lumières : car tout le mal que nous faisons vient ou de ce que nous ignorons es que nous devons savoir, ou de ce qu'approuvant le bien, nous ne laissons pas de commettre le mal.

Au lieu d'avoir cette charité qui consiste dans l'observation des commandements de Dieu (Hœc est char lias Dei ut mandata ejus custodiamus) , nous en accomplissons quelques-uns et nous transgressons les autres : comme si la transgression d'un seul ne nous rendait pas coupables de la transgression de tous! Assez soumis pour obéir au Seigneur dans les choses que le cœur ne réclame point, mais toujours disposés à la révolte s'il exige de nous le sacrifice de la passion favorite. En quoi nous sommes aussi coupables que Saûl, qui, malgré l'ordre quïl avait reçu du Seigneur de marcher contre les Amalécites, de les tailler en pièces, de passer tout au fil de l'épée, sans faire grâce à aucun des ennemis, épargna le roi des Amalécites, et mérita, par cette réserve, d'attirer sur lui la colère et la vengeance de Dieu. (Monmorel).

[La loi facile à l'amour]. — La loi de Dieu nous paraît-elle difficile : c'est que nous avons peu d'amour. La loi de Dieu est douce, en tout ce qu'elle contient, à celui dont le cœur est plein de charité. L'amour, dit S. Jean,

consiste à garder ses commandements, et ses commandements ne sont point pénibles. Ils ne sont point pénibles quand l'amour les fait garder : s'ils vous paraissent pénibles, c'est que votre cœur est plein de l'amour du monde et de vous-même, et vide de l'amour de Dieu. S. Augustin fait parler le Seigneur, et lui met dans la bouche ces paroles et ces plaintes, qui sont si raisonnables.: L'avarice commande les choses les plus dures; voyez ce que j'ordonne, et faites-en la comparaison; l'avarice commande de passer les mers, d'aller dans les pays inconnus, de s'exposer à mille périls; l'avarice est obéie, toutes mes lois sont rejetées. N'est-il pas honteux que le monde ait plus d'autorité que Dieu? qu'on oppose de continuelles difficultés quand c'est Dieu qui parle, qu'on en surmonte tous les jours de plus considérables quand il est question de plaire au monde?

C'est un principe général : dans tout ce que Dieu ordonne, ce qu'il demande en premier lieu, c'est le cœur. Dieu vous commande-t-il de faire l'aumône? il veut que vous la fassiez de cœur, et il vous déclare qu'il aime celui qui donne avec joie. Dieu nous demande-t-il des œuvres, des hommages extérieurs, des témoignages de noire dépendance : il nous fait 3ntendre que, si ces œuvres ne partent du cœur, il nous rejettera avec ce peuple hypocrite qui l'honore des lèvres, pendant que son cœur est trèséloigné de lui. Ceux-là donc déplaisent à Dieu qui désavouent de cœur les actions qu'ils sont obligés de faire par des raisons de bienséance ou d'autres considérations humaines. Ceux-là n'obéissent pas comme ils doivent à ses lois qui obéissent en murmurant, avec chagrin et avec défiance. C'était le défaut du peuple juif, qui a tant de fois irrité Dieu par ses défiances et par ses murmures. J'entends le Seigneur qui s'en plaint d'une manière si touchante : Jusqu'à quand ce peuple impie et ingrat murmurerat-il contre moi? (Xum. 10). Et vous savez comment ce peuple en a été châtié et quelle rigueur Dieu a exercé contre lui. (Lambert, Discours ecclésiast.).

[Obéissance entière]. — S. Augustin se fait un adversaire qui lui objecte l'injustice apparente qui se trouve dans le commandement que Dieu fit à Adam. Il y avait, dit l'impie qui trouve à redire au précepte que Dieu lui imposa, il y avait dans le paradis terrestre un arbre , et cet arbre était ou bon ou mauvais : s'il était bon , pourquoi Dieu défCndait-il à Adam de manger de son fruit? et s'il était mauvais, que faisait-il dans le paradis ? Si arbor bona est, quarè non tango ? si mala, quid facit in paradiso? « Cet arbre, mon frère, était bon, mais il n'était pas permis d'en manger, répond S. Augustin. Te obedieniem volo , je veux être obéi. » C'est la réponse que Dieu fait à toutes nos demandés sur cet article. Te obedientem volo. Je suis 1<1 tout, et tu «>s le néant; je suis le souverain, et tu es une créature : Deus sum} et tu fumus. Voilà toutes les raisons qu'on doit rendre dans le christianisme. Dieu est le maître, et vous êtes le serviteur. 1' dit « Je le veux, » et vous n'avez point, dit Tertullicn, d'autre raison à

demander à Dieu. Quid vis? Deus prœcepil ; c'est un Dieu qui commando, rendez-vous à un Dieu qui parle, et qui ne veut point qu'on lui demande de raison, comme lui-même n'a point coutume d'en rendre : Sit pro ralione volunlas.

JYobis curiosilale non est opus post Christum, nec inquisitioîie post Evangclium, dit Tertullien. Depuis que la loi de Dieu a parlé , il ne nous est plus permis de chercher, de demander, et de nous informer davantage, parce que c'est un Homme-DiEu qui nous a imposé cette loi. En effet, dans toutes les questions naturelles , ou de morale ou de droit , peut-on aller plus avant que le premier principe ? Or, ce premier principe , c'est la volonté de Dieu ; c'est donc la dernière raison et la première règle ; et l'on ne peut aller plus avant. Dans la politique, quand le souverain a donné un arrêt, et qu'il a ajouté au bas « Car tel est notre plaisir, » il n'y a plus à représenter, il faut obéir, et la raison est la volonté. (Anonyme.)

[Volonté de Dieu]. — La première et la plus puissante raison qui nous oblige à garder la loi et les commandements de Dieu, c'est de considérer que Dieu même en est l'auteur : car, quoique, selon le témoignage de l'Apôtre , la loi ancienne ait été donnée par les anges , on ne peut néanmoins douter que ce ne soit Dieu même qui en soit l'auteur : non-seulement les paroles du législateur sont une preuve incontestable de cette vérité ; elle est encore confirmée par un nombre presque infini de passages . de l'Écriture. Mais , de plus , il n'y a personne qui n'expérimente en soimême que Dieu a gravé dans son cœur une loi secrète qui lui fait discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais , ce qui est honnête de ce qui est honteux, ce qui est juste de ce qui est injuste. Comme donc cette loi n'est de sa nature en rien différente de celle qui a été écrite, on ne peut douter que Dieu ne soit l'auteur de cette loi écrite , comme il l'est de cette loi naturelle.

La pensée donc que c'est Dieu qui est l'auteur de cette loi est trèspuissante pour persuader qu'on y peut obéir : car, d'une part, on ne peut douter de sa sagesse et de sa justice dans ce qu'il ordonne , et de l'autre on doit être persuadé qu'on ne peut se soustraire au pouvoir absolu qu'il a de punir notre désobéissance. Aussi voyons-nous que, lorsque Dieu recommande à son peuple par ses prophètes de garder sa loi, il leur représente toujours qu'il est leur seigneur et leur Dieu. C'est ce qui paraît par ces premières paroles du Décalogue : Je suis le Seigneur votre Dieu; et par celles-ci du prophète Malachie : Si je suis voire Seigneur, où est la crainte que vous me devez ?

Il ne faut pas omettre ici une chose qui fait voir la grandeur de la miséricorde de Dieu et la plénitude des richesses de sa bonté envers les hommes : qui est que, bien qu'il eût pu nous obliger de le servir et de le glorifier sans espérance d'aucune récompense , néanmoins il a tellement

joint notre propre utilité à sa gloire , qu'il a voulu que ce qui servirait à sa gloire nous fût aussi utile et avantageux. C'est ce que le prophète n'a pas manqué de marquer par ces paroles : Il y a de grandes récompenses pour ceux qui gardent ses commandements. Car non-seulement Dieu promet à ceux qui les gardent de les bénir et de les rendre heureux dans ce monde , en les remplissant de toutes sortes de biens ; mais il leur promet encore une grande récompense dans le ciel, et une mesure pressée, tassée, et qui se répandra par-dessus. (Caléch. du Concile de Trente),

[L'homme obéit à Dieu librement], — Tertullien remarque qu'il- y a cette différence entre la création de l'homme et la production du reste de l'univers, que les autres créatures ont été faites par une voix du commandement , fiât, pour montrer que ces créatures portaient , par la manière même de leur création , le caractère de leur dépendance; au lieu qu'il fît l'homme de ses propres mains, sans y employer de commandement ni aucune parole impérieuse , pour montrer la liberté qu'il avait en lui-même et le domaine qu'il devait avoir sur le reste de l'univers. Mais, si Dieu n'usa pas de ce commandement en le créant, il s'en servit après l'avoir créé ; et, pour essayer sa première fidélité , il lui défendit de manger du fruit de vie. Ce fut pour lui dire qu'il ne lui avait donné sa liberté et son empire qu'afîn qu'il obéit plus glorieusement à ses lois. ( Biroat , Panégyrique de S. Maur.)

[Les créatures insensibles]. — N'avez-vous jamais vu la mer en courroux, poussant les flots contre le rivage, et semblant ne vouloir plus faire qu'un élément de l'eau et de la terre ? Mais , comme si elle lisait la loi de Dieu écrite sur le sable , et comme se repentant de sa hardiesse et de sa témérité, elle se retire et n'avance pas seulement d'un pas au-delà des limites que Dieu lui a prescrites. Ut divinas leges, dit Tertullien, lanto magis homo custodiret, quanta etiam illas elementa servâssent. Eh ! d'où vient que nous n'apprenons pas, par cet exemple, à obéir à Dieu, cet élément étant si prompt à exécuter ses ordres , quoiqu'il soit insensible ? Tempes laies, dit S. Jérôme, verbum Dei faciunt , et lu non facis? Les tempêtes obéissent à Dieu ; la mer, nonobstant ses fougues, s'arrête au lieu que Dieu lui a marqué ; tous les éléments ont , comme dit le prophète , une obéissance exacte pour tous ses ordres : Exquisila in omnes volunlales ejus (Ps. 110) : et l'homme seul, qui est le plus obligé de rendre obéissance à Dieu, la lui refuse ! La mer rompt l'impétuosité de sa furie , et l'homme ne pourra arrêter les saillies de son cœur ! Les éléments se font violence pour exécuter les ordres de leur Créateur, et l'homme, à cette haute voix qui remue tout, demeure immobile ! (Reina, Serm, 3.)

[Il faut garder tous 1rs commandements]. — Quelle idée doit-on avoir de ces

20 i COMMANDEMENTS DE DIEU.

geos dont la vie est m<'lée de bien et de mal , et qui se flattent que le mal est excusé et justifie par le bien qu'ils font? car, quand ils ne seraient coupables que d'un seul péché , et qu'ils observeraient toute la loi de Dieu, à ce péché près, cette seule loi négligée et violée aura toujours plus de force devant Dieu que toutes leurs vertus et leurs bonnes œuvres. Car tant s'en faut que le bien qu'ils font excuse leurs péchés, que leurs péchés au contraire , quand il n'y en aurait qu'un seul , gâte et corrompt tout le bien qu'ils font; et l'on peut dire de ce péché ce qu'on a dit autrefois d'un ancien capitaine qui fit mourir un homme sage parce qu'il avait pris la liberté de lui remontrer qu'il ne devait pas exiger ni souffrir qu'on lui rendît les honneurs divins : cette action est le crime éternel d'Alexandre, parce qu'on l'opposera toujours à toutes les autres et qu'elle obscurcira éternellement la réputation de ses victoires: Crimen œternum Alexandrie quod nulla virlus } nulla bellorum félicitas redimit. Vous me dites qu'il n'y a rien de si honnête, de si obligeant ni de si charitable que ce jeune homme : mais il est certain qu'il a un méchant commerce. Il n'est rien de si dévot que cette femme , on la voit souvent dans les hôpitaux et dans les prisons ; mais , avec tout cela , elle est un peu sujette à la médisance , et ne s'en corrige point. Vous me dites que cet officier est un homme d'exemple, d'une grande probité et intégrité, qu'il rend justice exactement à tout le monde : tout cela va bien jusque-là, mais vous ne dites pas qu'il ne pardonne jamais à ceux qui l'ont offensé; il n'en faut pas davantage pour rendre inutile tout le bien qu'il fait. Ce n'est pas assez de garder un précepte, il faut les garder tous. (Essais de morale.)

[Les grands du monde]. — Le prophète Jérémic, affligé de voir qu'il n'y avait personne parmi le peuple de Jérusalem qui ne violât impunément la loi de Dieu, ayant trouvé que les magistrats y étaient injustes, les marchands usuriers, les pauvres même impatients et envieux, se résolut enfin de s'adresser aux grands et aux puissants de l'Etat, croyant sans doute que, plus ils avaient reçu de Dieu, plus ils seraient soumis à ses ordres. Ibo ad optimales. Mais hélas! qu'il fut trompé dans son espérance ! Et eccè hi magis confregerunl jugum. Il trouva qu'ils avaient encore secoué le joug avec plus de liberté. Je crains qu'en cherchant parmi les grands la soumission, que je ne trouve pas parmi le peuple pour les commandements de Dieu et de l'Eglise, je la trouve encore moins parmi eux , parce qu'ils s'imaginent qu'un des privilèges de leur condition c'est de les mettre au-dessus de toutes les lois , et que tout ce qui les borne ou les contraint est un attentat à leur rang et à leur puissance. Le peuple, qui ose peu de chose, ne se tire souvent delà règle qu'en tremblant; mais les grands , n'ayant rien qui les arrête , rompent hardiment tous les liens dont la religion voudrait retenir leurs inclinations et réduire à l'obéissance leur convoitise ; Ruperunt vincula. (Fromentières , Sermon sur la Purification.)

[Les commandements sont justes]. — Dieu , n'enseignant que la vérité , ne commande aussi rien qui ne soit juste et bon. S'il nous commande d'aimer Dieu, est-il rien de plus juste, et n'est-ce pas un grand bonheur pour l'homme de pouvoir aimer Dieu ? S'il nous commande d'aimer notre prochain, n'est-il pas juste qu'un frère aime son frère? S'il nous défend la vengeance, n'est-ce pas avec justice? Les membres du corps mystique de Jésus-Christ doivent-ils avoir moins d'amour que les membres du corps naturel ? Un bras ferait-il du mal à l'autre ? Une main qui aurait reçu quelque plaie de l'autre se vengerait-elle? Enfin, Dieu nous défend le mal, et, nous commandant de faire le bien, peut-il nous faire des commandements plus justes? Mais la nature répugne à pardonner à un ennemi, à faire du bien à ceux qui sont offensés ? Si la nature était bien réglée, elle n'aurait pas ces répugnances, qui lui viennent du péché. Abraham ne balança point lorsque Dieu lui commanda de lui sacrifier son fils ; il obéit sans répugnance , sans murmure et sans plainte , parce qu'il savait que Dieu est juste dans tout ce qu'il commande. Mais quel bonheur et quelle félicité ne promet-il pas à ceux qui lui seront fidèles ?

L'hommage légitime et indispensable que nous devons rendre à Dieu , c'est une exacte observation de sa loi. « Voulez - vous entrer dans la vie , observez les commandements : Si vis ad vilam ingredi , serva mandata. » C'est par là que Dieu trouve la double fin qu'il a eue en créant des êtres raisonnables, capables de le connaître, de le servir et de l'honorer : puisque son intention a été de les rendre heureux eux-mêmes , et en même temps d'en tirer une gloire extérieure qui , sans rien ajouter à la félicité essentielle qu'il trouve en lui-même , ne laisse pas de la rendre plus parfaite. Ce Dieu de grandeur et de majesté se répand tout entier dans une âme fidèle par l'effusion de sa grâce, et les hommes qui sont l'objet de l'amour et de la complaisance de Dieu sont les fidèles observateurs de sa loi , qui lui rendent , autant qu'ils peuvent , le tribut de leur soumission et de leur obéissance ; qui emploient pour lui tout ce qu'ils ont reçu de lui, et qui consacrent à son service tous les biens qu'ils tiennent de sa libéralité.

On se trompe quand on s'imagine que c'est perdre la liberté que de se soumettre à Dieu en observant ses commandements. Il est aisé de faire voir que la volonté de l'homme n'est jamais plus libre que lorsqu'elle est soumise à la volonté de Dieu : Volunlas nunquam est magis libéra qnàm cùm est magis ancilla , dit S. Augustin. Dans la nature, les choses ne sont jamais dans un état plus doux que lorsqu'elles sont dans l'ordre. Le corps n'est jamais plus tranquille que lorsqu'il est soumis à l'empire de L'âme , parce que c'est l'ordre du corps d'être inférieur à l'âme; et, dèslors qu'il voudra sortir de cette dépendance, il ne sera plus libre, mais dans un état violent. Ainsi, l'âme n'est jamais plus tranquille que lorsqu'elle est plus soumise à Dieu, parce que c'est l'ordre de l'âme d'être assujettie à Dieu, et, si elle ne veut pas être dans un état inquiet et violent,

elle n'a qu'à ne sortir jamais de cette soumission et de cette dépendance , en s'attachant inviolablement à l'observation de la loi. Voluntas nostra vaga, inslabilis, mqmeia, dit S. Prosper : La volonté de l'homme est inconstante, vague et inquiète ; elle ne peut être fixée ni en repos que par la loi de Dieu, qui la met dans Tordre. Qu'appellent- on mettre un homme en liberté dans le monde ? n'est-ce pas le tirer de prison, et le délivrer de la captivité ? La loi de Dieu fait cela : elle délivre un pécheur de la captivité où ses passions le tenaient. (Anonyme.)

[C'est un joug léger]. — Le Fils de Dieu , qui regarde ses préceptes et ses lois comme un joug, nous assure en même temps qu'il est léger. Ne méprisez point le soin de votre salut, comme s'il était aisé de s'en mettre en possession , car il faut se charger d'un joug pour y parvenir ; mais ne vous laissez point rebuter pour les difficultés, comme si elles étaient insurmontables, car c'est un joug léger. La grâce, qui régénère rame, rend les préceptes doux et faciles. Et comme les vapeurs et les exhalaisons, toutes pesantes qu'elles sont, s'élèvent facilement à la moyenne région de l'air, lorsque le soleil les attire , il n'y a que les parties les plus grossières qui retombent ; ainsi les affections que le Saint-Esprit anime s'élèvent au ciel et s'attachent à Dieu; la grâce rétablit tous les jours nos forces qui déchoient ; et comme le démon présente continuellement de nouveaux instruments du péché , l'esprit de Dieu fournit de son côté de nouveaux secours qui soutiennent l'âme et la rendent victorieuse. (Traité de la Conscience.)

Ah ! que les lois du monde, du démon et de nos passions exigent de nous des choses bien plus rudes et plus pénibles! Que le joug que ces cruels maîtres nous imposent est bien plus dur et plus pesant que celui de Dieu! Voyez ce qu'anciennement le démon a exigé des idolâtres, dans le détestable culte qu'il s'est fait rendre. Il les a obligés à lui immoler leurs propres enfants et à verser eux-mêmes le sang de ces victimes innocentes sur les autels, ou à les livrer à des prêtres plus inhumains que des tigres, qui les jetaient en leur présence dans des flammes ardentes. Cependant, avec quelle promptitude et quelle aveugle soumission des rois mêmes ontils observé ces lois barbares, malgré les tendresses de la nature! À-t-on jamais vu, dans les peuples qui ont adoré le vrai Dieu, une obéissance à ses lois semblable à celle que ces infidèles ont rendue à des lois si tyranniques et si cruelles? Voyez encore ce que le monde fait endurrr à ceux qui font profession de le suivre. Que de peines, de chagrins, et d'inquiétudes leur causent-elles ! que d'alarmes et de soupçons ! que de contrainte, et de violence ! Combien de fois faut-il qu'ils trahissent leurs sentiments et combattent leurs plus secrètes inclinations ! Combien faut- il qu'ils courent de risques et de hasards ! qu'ils éprouvent de veilles et de lassitudes ! qu'ils essuient d'injures et de rebuts, pour acquérir ou pour ne pas perdre les bonnes grâces "d'un grand seigneur! Cependant, avec quelle volonté se soumet-on à des lois si dures! Avec quelle ardeur embrasse-t-on

les choses les plus pénibles qu'elles imposent ! Allègue-t-on, pour s'en dispenser, sa faiblesse et son impuissance, comme on fait à l'égard des choses prescrites par la loi de Dieu, pour peu qu'on les trouve amères à son goût ? Enfin, voyez quel pouvoir ont sur nous les lois tyranniques de nos passions. Que demandent-elles, que ceux qui s'en sont rendus esclaves ne soient prêts de leur accorder? Ne dit-on pas tous les jours à l'ambition, à l'avarice, à l'amour profane: quid me vis fa cerel . Fallût-il fouler aux pieds les lois les plus inviolables de la raison et de la nature, fallût-il remplir de sang et de carnage sa patrie, exposer sa vie et sa liberté à mille périls, entreprendre les choses les plus difficiles et endurer les plus fâcheuses, on ne craint ni ces peines, ni ces dangers pour contenter les désirs des passions dont on est possédé. Bon Dieu! quel renversement, quel désordre, que votre légitime autorité soit moins reconnue que celle de tous les tyrans ! (De la Font, Entreliens é celés, pour le Carême).

[S'examiner souvent]. — S. Jacques nous avertit que ce ne sont pas ceux qui auron t écouté la loi qui seront justifiés devant Dieu, mais ceux qui l'auront pratiquée. C'est pourquoi il ajoute que ceux qui l'écoutent et qui ne l'observent pas ressemblent à un homme qui, en passant, se regarde dans un miroir, sans faire aucune attention aux taches qui sont sur son visage : voulant dire par-là que la loi de Dieu doit être le miroir dans lequel nous nous regardons, non en passant et avec négligence, pour oublier aussitôt ce que nous sommes, mais comme font les femmes, qui ont presque toujours leur miroir devant elles et s'y regardent à tout moment. Et c'est, dit S. Grégoire, la raison pour laquelle Moïse ordonna que ce grand vaisseau plein d'eau, qui devait être à l'entrée du tabernacle, où les prêtres devaient se laver, fût composé de miroirs d'airain dont se servaient les femmes qui demeuraient à l'entrée du tabernacle, afin qu'en se lavant ils se regardassent et se souvinssent d'effacer les ordures qu'ils remarquaient sur leurs personnes, et qu'il n'y eût rien en eux qui fût indigne de la majesté de Dieu. (Ifomil. 17, in Evang.). Ce saint pape dit que ces miroirs étaient la figure des divins préceptes, dans lesquels les âmes saintes se doivent incessamment considérer, afin de découvrir les défauts qui pourraient insensiblement se glisser dans leurs actions. {Morale chrétienne surle Pater).

[Il y a peu de fidèles]. — Où sont maintenant observés les commandements de Dieu, et par qui? Attachons-nous à quelques points généraux et plus importants. Est-ce parmi le grand nombre que sont exactement suivies les règles les plus inviolables de la pudeur et de l'honnêteté chrétienne? Quelle innocence dans les pensées? Quelle pureté dans les sentiments ? Quelle modestie dans les paroles? Quelle retenue dans les actions ? Où la trouverons-nous désormais, cette belle vertu? Chez les petits? mais c'est là que le vice domine, avec d'autan I. plus d'empire qu'il se trouve souvent secondé par l'intérêt. L'intérêt triomphe de tout; et, quand une fois il persuade 1p

crime, il y a peu de résolutions si bien affermies qui tiennent longtemps contre une si dangereuse tentation. Chez les grands? tout y inspire la mollesse : tant de parures, tant d'habillements immodestes, l'oisiveté, la bonne chère, le jeu, les compagnies, les spectacles! Dans les conditions médiocres ? il est vrai qu'on y a vu plus longtemps de la régularité et de l'ordre; mais peu à peu la contagion a gagné par tout. (Le P. Giroust, Avenl).

[Illusions]. — Souvent, pour défendre ses vices et se fortifier dans ses erreurs, on donne aux paroles de la loi un faux sens; et, comme si la souveraine Vérité pouvait se tromper ou tromper les autres, on met tout en usage pour faire combattre la loi contre la loi même. Le juste l'étudié avec une grande droiture d'intention, pour voir les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes : la vanité des grandeurs du monde, la fausseté de ses espérances, la fourberie de ses promesses ; et, comme il la cherche avec une grande simplicité de cœur, il se remplit de ses lumières : Qui quœril legem replebilur ab eâ. (Eccli. 32). Mais le libertin, qui la veut accommoder à ses passions, n'en prend qu'une occasion de chute et de scandale : Qui insidiosè agit scandalizabilur in eâ. C'est là cependant le caractère des gens du monde, de vouloir tout réduire à leur sens, d'examiner d'un air crilique les vérités de la religion, ou souvent même d'en négliger l'étude, pendant qu'on est habile en une infinité d'autres choses. {Dictionnaire moral).

Pour accomplir parfaitement la loi divine, il faut se convaincre fortement que Dieu en est l'auteur. J'ai reconnu, Seigneur, dit le prophète royal, que vous avez fondé, de toute éternité, les témoignages de votre sainte et irrévocable volonté déclarée aux hommes dans les articles de la loi: Inilio cognovi, de testimoniis tuis, quia in œlernum fundasti ea. Car, lorsqu'on est véritablement persuadé de ce grand principe de la religion, il répand, pour ainsi parler, sur tout le cours de notre vie une exactitude respectueuse à observer la loi de Dieu dans toutes les occasions qui s'en présentent. Les hommes retranchent de cette loi ce qui leur plaît; ils l'expliquent selon leurs intérêts, leurs passions; ils font prendre à cette loi inflexible, dit S. Augustin, les plis tortueux de leurs désirs déréglés, mais, Seigneur, votre loi divine demeure toujours droite, pendant que nous nous efforçons de la fléchir, et de la tourner selon nos inclinations corrompues. Le souverain juge, qui est le seul interprète de la loi, nous jugera et nous condamnera par la loi même : alors disparaîtront tous ces adoucissements, toutes ces dispenses injustes, tous ces faux prétextes dont on se sert pour colorer les transgressions de la loi; et les pécheurs seront les premiers à reconnaître l'équité de cette loi qui les condamnera : Juslus es, Domine, et rectum judicium tuum. (Anonyme).

PRÉPARATION A LA COMMUNION Bonne et mauvaise communion; — fréquente communion, etc.

Nous ne parlerons ici du sacrement de l'Eucharistie qu'en tant qu'il est reçu par les fidèles, ce qui s'appelle proprement Communion; et nous réservons pour le tome des mystères qui regardent le Fils de Dieu ce que nous avons recueilli sur son institution et son excellence, sur la présence réelle du corps et du sang du Sauveur, sur V amour qu'il nous y témoigne et sur la grandeur du présent qu'il a fait aux hommes. J'ai cru en devoir user de la sorte dans un sujet si ample, et qui peut fournir de matière à plusieurs discours. Ainsi, nous n'avons placé sous le présent titre que ce qui peut nous porter à recevoir dignement le Fils de Dieu : la préparation qu'il y faut apporter, soit nécessaire, soit de bienséance; les défauts qu'il faut éviter ; les sentiments que nous devons exciter en nous-mêmes en possédant ce riche trésor ; l'outrage qu'on fait à ce Dieu immolé pour noire amour en le recevant indignement ; le fréquent usage de la Communion et le fruit que nous en devons retirer : en un mot, tout ce qui peut aider à faire une bonne et sainte Communion.

Ce qu'il y a à remarquer pour ceux qui se serviront de ce recueil, c'est que, entre tant d'auteurs qui ont parlé de ce sujet, chacun à leur manière et par rapport à leur profession, théologiens, casuisles, conlroversisles, catéchistes, livres spirituels et sermonnaires, je n'ai choisi que les plus connus, et ce que j'y ai trouvé de plus propre pour la chaire, sans descendre dans un détail trop particulier, ni aux pratiques pour bien communier , lesquelles sont arbitraires, et aussi différentes qu'il y a de personnes qui communient.

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Desseins et Plans.

Trois considérations nous peuvent infiniment aider à faire une bonne et fructueuse communion, et nous instruisent en même temps de la manière dont il f.iut s'y prendre.

1°. Nous recevons un Dieu saint, la sainteté même: il faut donc approcher de ce divin sacrement avec une conscience pure et exempte de tout péché mortel. C'est une disposition absolument nécessaire, et l'on peut s'étendre sur les moyens qu'il faut employer pour cela : savoir, un examen sérieux de toutes ses actions, une confession exacte de ses péchés, une douleur sincère d'avoir offensé la divine Majesté, avec une résolution ferme de quitter le péché et l'affection qu'on y avait.

2°. C'est une majesté infinie qui daigne bien venir à nous et dans nous-mêmes: il faut donc le recevoir avec humilité et avec les sentiments du plus profond respect, à l'exemple du centurion de l'Évangile, dont l'Église a retenu les paroles: Domine, non sum dignus ut intres sub teetnm meum. Les motifs qui peuvent exciter ces sentiments se prennent de la grandeur de celui qui se donne à nous, et de notre bassesse, de notre indignité, laquelle serait capable de nous éloigner éternellement de ce sacrement, si Jésus ne nous commandait d'en approcher, sous peine d'encourir sa disgrâce et de n'avoir jamais de part à son royaume, comme il en menaça S. Pierre.

3°. Nous recevons, dans la communion, un Dieu libéral, qui vient à nous pour nous combler de biens, autant qu'il nous trouvera capables de les recevoir : il faut donc y apporter de notre part des actions de grâces, des sentiments de reconnaissance; lui offrir et lui donner réciproquement ce que nous savons qu'il souhaite de nous avec plus de passion : notre cœur, notre amour, la victoire sur nos vices et nos passions. Surtout, comme il est dans la disposition de répandre sur nous toutes ses faveurs, il ne faut pas manquer de lui demander ce qu'il juge lui-même nous être le plus nécessaire, et ce qui peut contribuer à nous rendre plus parfaits et plus agréables à ses yeux.

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