II. — Sur les dispositions pour bien communier
1°. C'est une nouriture: et, par conséquent, pour la prendre, il faut être vivant, puisque la nourriture dans la bouche d'un mort ne fait que s'y corrompre et le corrompre lui-même. 11 faut vivre de la vie de la grâce : le précepte que nous en avons y est exprès, et les menaces qu'on nous fait,
si nous la recevons en état de mort, sont terribles. C'est le sacrement des vivants, et non pas des morts;
2°. Il faut avoir faim pour recevoir cette divine nourriture, c'est-à-dire en avoir un grand désir, si nous voulons qu'elle nous profite; et nous devons témoigner un empressement de recevoir le Fils de Dieu, égal à celui qu'il a de se donner à nous : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum.
3°. Il faut prendre souvent cette nourriture céleste et divine pour entretenir la vie de nos âmes, comme on use souvent de la nourriture matérielle pour conserver la vie du corps.
III. — Le Fils de Dieu donne lui-même à son corps, dans ce divin Sacrement, le nom de pain, pour nous marquer les deux principaux effets qu'il a sur nos âmes , par rapport à ceux du pain matériel et ordinaire sur nos corps.
Le premier est de nous conserver la vie. C'est pourquoi il s'appelle panis vilœ et panis vivus. Il augmente et conserve la vie de la grâce, et la donne même en certains cas, et enfin il nous donne droit à la vie éternelle.
Le second, c'est de nous fortifier et de nous soutenir. C'est pourquoi l'Ecriture en parle en ces termes : Robur panis , panis conforlans. Ce pain céleste soutient l'âme dans ses faiblesses et ses défaillances, lui donne la force pour résister à tous ses ennemis, le monde, la chair et le démon.
IV. — Sur les qualités de Celui que nous recevons dans la communion. 1°. — Nous devons le recevoir comme notre Médiateur et notre Sauveur : il faut lui préparer les voies ;
2°. — Comme notre Médecin qui nous doit guérir ; il faut lui découvrir nos misères ; 3°. — Comme notre Juge, qu'il faut gagner, etc.
V. — Sur la préparation que l'on doit apporter pour communier dignement, en faisant voir, dans la lre partie, les motifs qui nous y obligent, et dans la 2°, quelle doit être en particulier cette préparation.
1°. Le premier motif est pris de la dignité de Celui qui vient à nous. Car ce n'est pas seulement un prince de la terre , mais le souverain de la terre et du ciel. Dieu ne s'est jamais communique aux hommes, qu'il n'ait demandé comme une condition nécessaire que les hommes se préparassent à le recevoir, comme dans l'Incarnation. — Le second motif est la manière dont il se donne à nous , comme une nourriture pour faire avec nous une même chose par la plus étroite de toutes les unions. Il faut donc mettre du rapport entre ces deux termes, Dieu et l'homme: ce qui ne se peut faire que par la sainteté. — Le troisième est la fin pour laquelle il vient à nous, qui est de nous communiquer par lui-même ses dons et ses grâces.
Or, jamais Dieu n'a accordé de faveur extraordinaire aux hommes qu'il n'ait voulu qu'ils se disposassent de leur part à la recevoir; à plus forte raison veut-il qu'on le fasse pour recevoir ce divin sacrement, qui est le plus excellent de tous les dons qu'il ait faits aux hommes.
2°. La meilleure disposition que nous puissions apporter à le recevoir, c'est d'imiter la manière dont il se donne à nous. Voyez, pour cela, ce qu'il fait dans le Cénacle pour instituer ce sacrement. Mais on peut réduire ces dispositions à deux principales. La première, à l'exemption de toute souillure mortelle, représentée par le lavement des pieds : il faut laver ses péchés dans le sacrement de pénitence. La seconde est de bienséance, et consiste dans les actes et dans la pratique des vertus que nous pouvons exercer avant d'approcher de cet auguste mystère : savoir, d'un ardent désir de le recevoir, d'une profonde humilité,- de confiance et d'amour, etc.
VI. 10. L'idée d'une bonne communion dans la réception que les disciples du Sauveur lui firent à son entrée dans Jérusalem , peu de jours
avant sa Passion.
2o —L'idée d'une communion indigne et sacrilège dans la réception que lui font les pharisiens. {C'est le dessein de Bourdaloue dans le sermon pour le Dim, des Rameaux.)
VU. — Sur l'accueil que nous devons faire au Fils de Dieu en le recevant en nous; ,
lo. En quoi consiste cet accueil? A peu près comme celui que Ion ferait à un ami que nous chérissons tendrement, et qui a essuyé mille fatigues et mille travaux pour venir nous rendre visite:— 1. Lui marquer la joie de le voir : mais quel accueil froid la plupart des chrétiens font-ils au Fils de Dieu , et avec quelle indifférence le reçoivent-ils ! - 2. Embrasser tendrement celui qui s'unit si intimement à nous dans ce mystère; et après avoir examiné l'étroite union que le Fils de Dieu contracle avec nous, nous unir à lui par une ardente charité. -3. Faire de cœur ce que l'on fait à ses amis par pur compliment; lui faire offre de nous-mêmes et de tout ce que nous avons. En un mot , comme il se donne tout a nous , nous donner entièrement à lui.
30. Les avantages qui nous reviendront de ce bon accueil que nous lui aurons fait, si nous savons bien ménager les heureux moments de sa présence : - 1. On peut faire des progrès admirables dans son amilie, en faisant sa cour à ce prince du ciel et de la terre. - 2. C'est le temps le plus favorable pour obtenir de lui des grâces et des bienfaits. - 3. L est alors que nous pouvons plus particulièrement ménager et assurer 1 affaire de notre salut.