‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 18 sur 55 · X. — Du fruit que nous devons retirer de la communion · texte numérisé non relu

X. — Du fruit que nous devons retirer de la communion

On peut rapporter tous ces fruits à un seul , la sainteté : car la fin du Fils de Dieu en se communiquant à nous dans ce sacrement est de nous sanctifier. Or cette sainteté consiste :

1°. Dans la pureté de l'âme, comme l'enseigne S. Thomas; c'est-àdire dans l'éloignement du péché et de toute affection déréglée aux choses de la terre : et c'est à quoi ce sacrement nous porte, et où un chrétien peut parvenir par son moyen ;

2°. Dans une union ferme et constante avec Dieu, c'est-à-dire l'attachement à son service et à toutes ses volontés. Or c'est par le bon usage de l'Eucharistie que l'on peut acquérir cet état.

XI. — Sur l'Evangile dans l'octave du Saint-Sacrement : Homo quidam fecit cœnam magnam.

1°. Ce festin est véritablement grand. — 1. Par rapport à celui qui l'a préparé, et qui nous y invite. — 2. Pour la multitude des conviés : Vocavit mullos. — 3. A raison des mets qu'on y sert , qui sont le corps et le sang d'un Dieu.

2°. Le malheur de ceux qui s'en excusent: Amen dico vobis , nemo virorum illorum gustabit cœnam meam.

XII. — Il y a trois sortes de personnes qui ne reçoivent point les grâces et les bénédictions que Dieu nous destine dans le festin de l'Eucharistie :

Les premiers sont ceux qui s'en approchent rarement, et qui se privent eux-mêmes des fruits qu'ils en pourraient retirer par des communions plus fréquentes.

Les seconds sont ceux qui n'en approchent pas avec la robe nuptiale,

c'est-à-dire en état de grâce; et qui, bien loin d'y recevoir des grâces, y trouvent leur condamnation.

Les troisièmes, ceux qui s'en approchent avec tiédeur, et qui conservent l'affection et l'attachement à des péchés véniels d'habitude , et en matière dangereuse.

XIII. — On peut aussi considérer dans les deux points d'un discours : 1°. La charité immense du Fils de Dieu, qui invite tout le monde à ce grand festin ; 2°. L'indifférence criminelle de ceux qui refusent de s'y trouver.

XIV. — Sur la fréquente communion. Les faux prétextes qui nous en éloignent.

Premier : On s'en éloigne sous un faux prétexte de piété et de respect envers ce divin sacrement; mais au fond c'est par une véritable indévotion.

Second : Une plus grande préparation , mais en effet c'est par un véritable libertinage.

Troisième : Affaires et occupations nécessaires ; mais au vrai c'est une négligence insupportable de son salut.

XV. — Deux sortes de gens s'éloignent de la communion, par deux sortes d'abus, qu'on peut réfuter dans les deux parties d'un discours.

Les premiers sont les pécheurs qui s'en jugent indignes, mais qui, au lieu de s'efforcer de se rendre dignes d'en approcher, s'en retirent pour persévérer dans leurs désordres et de crainte d'être obligés de quitter leurs mauvaises habitudes.

Les seconds sont ceux qui s'en abstiennent parce qu'ils n'en deviennent pas meilleurs : et il faut leur faire voir que le véritable moyen de le devenir est de s'en approcher souvent avec la préparation nécessaire, comme au contraire c'est devenir pire que de s'en éloigner ou de la différer un temps trop considérable.

XVII. — On peut renfermer ce qu'il y a de plus important sur le sujet de la fréquente communion dans le retour de ces deux propositions : 1°. que la vraie piété nous porte à communier souvent; 2°. que la fréquente communion nourrit et affermit la vraie piété.

1°. Quoiqu'on ne puisse blâmer qu'on s'abstienne quelquefois de communier par respect, selon S. Augustin , cependant la confiance et la charité sont préférables à ce respect : et il semble que ce point doive être hors de toute contestation, puisque la véritable piété nous porte à ce fréquent usage. En effet , la véritable piété peut se considérer par rapport à trois choses qui portent les chrétiens aux bonnes actions : — 1. A l'esprit de pénitence : car le Fils de Diku ne se comporte pas autrement aujour-

<Thui envers les pécheurs, qu'il faisait lorsqu'il vivait sur la terre : or, il invitait les pécheurs pénitents, il conversait avec eux; et, loin de les rehuter, il mangeait à leur table; — 2. L'esprit de religion nous porte aussi à communier souvent, puisque par-là on honore Dieu; et le respect consiste à s'en approcher dignement ; — 3. L'esprit de la charité et de l'amcur de Dieu nous y porte, parce que cet amour tend à l'union la plus étroite.

2°. Afin d'affermir la véritable piété, trois choses sont nécessaires :

— 1. Il faut un engagement qui nous y porte; — 2. Il faut un motif; — 3. Il faut un moyen. Or, ces trois choses se trouvent dans l'usage fréquent de la communion.

XVII. — Les motifs qui doivent nous porter à communier souvent: 1°. ftous devons communier souvent, parce que le Fils de Dieu luimême nous y invite ; et l'on peut dire que c'a été son dessein en donnant son corps aux hommes comme une nourriture;

2°. Nous devons communier souvent , parce que l'Église nous y exhorte : on sait assez quelle était la pratique des premiers chrétiens , et comme l'Église s'est déclarée sur ce point dans le concile de Trente;

3°. Nous devons communier souvent, parce que notre besoin et notre propre intérêt nous en pressent.

XVIII. — En présupposant toujours qu'il ne faut point séparer ces deux choses, communier souvent et communier dignement, on peut avancer ces deux propositions, pour sujet et pour partage d'un discours.

Première : Que la principale cause des communions indignes est qu'elles sont trop rares: — 1. Parce qu'on laisse fortifier les habitudes dans le péché ; — 2. Qu'on marque évidemment par cette conduite qu'on ne veut pas changer de vie ; — 3. Qu'il y a danger de ne s'examiner pas assez exactement, et ensuite de faire une mauvaise confession, qui rendrait la communion sacrilège.

Seconde : Qu'il est aisé de communier dignement en communiant souvent : — 1. Parce qu'en communiant souvent on s'unit davantage à Dieu;

— 2. Qu'on fait de bonnes actions ponr s'y disposer; — 3. Qu'une communion sert de disposition à une autre; — 4. Parce qu'on reçoit des faveurs, pour conserver la grâce et pour acquérir de nouveaux mérites , qui nous rendent plus dignes d'approcher de la sainte Table.

XIX. — On peut prendre pour sujet d'un discours de réfuter et détruire trois autres prétextes que quelques-uns allèguent pour se dispenser de communier souvent:

Le pn.'inier, « Je ne suis pas digne d'approcher du Saint des Saints. » Il est aisé de réfuter ce prétexte : car il s'ensuivrait qu'il no faudrait jamais communier : car quand en serez-vous digne? etc.

Le second : L'abus que plusieurs font des communions fréquentes. Mais quand cela serait, est-ce une excuse raisonnable pour se priver d'un bien, parce que plusieurs en abusent ?

Le troisième n'a pas plus de fondement que les deux autres: savoir que c'est une coutume qui s'est introduite depuis peu et ignorée de nos pères, qui étaient aussi gens de bien que nous. Il est aisé de réfuter ce prétexte, et de montrer tout le contraire.

XX. — On peut aussi partager cette matière (de la fréquente communion) en deux points :

1°. Que c'est une sainte pratique et un conseil infiniment utile, de communier souvent et dignement;

2°. Que tous les prétextes qu'on apporte ordinairement pour s'en dispenser, sont vains et frivoles;

Les preuves du premier point sont prises des effets de la nourriture, qui sont : — 1. De conserver la vie; — 2. De donner la force et la vigueur;

3. De nous faire croître en se changeant en notre propre substance.

Conclure de-là qu'il faut donc prendre souvent l'Eucharistie, nourriture des âmes.

Les preuves du second point sont de réfuter en particulier les prétextes qui sont assez connus, et que nous avons déjà rapportés.

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