‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 2 sur 55 · PB · texte numérisé non relu

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profession : Hdèle de nom, vous faites voir le contraire par vos actions. Vous avez renoncé au démon et à sis œuvres; et votre obligation A. laquelle Dieu, les hommes, les anges ont souscrit, est gardée dans le ciel. Renoncez non-seulement de paroles , mais par vos actions el par votre manière de vivre.

Personne ne peut vraiment être appelé chrétien, sinon celui qui se rend, autant qu'il est en son pouvoir, semblable à Jksus-Ciirist.

Le Baptême, est la mort de tous les crimes et la vie de toutes les vertus.

Vous avez fait, en recevant le Baptême, une profession publique de renoncer au siècle, à ses pompes et à ses vanités! et cela devant plusieurs témoins , prêtres, ministres, et en présence des esprits cébstes.

Si vous êtes véritablement chrétien, imitez Jêsus-Christ vraiDiF.u: ne portez pas un nom vide, mais remplissez un si grand et si glorieux nom par des œuvres qui vous en rendent dignes.

Dans le Baptême, tous les péchés, soit l'originel , que nous avons contracté par notre naissance, soit ceux que nous avons commis par notre volonté propre , sont tellement remis et effacés, qu'il nous remet dans la pureté et l'innocence, où nous savons qu'Adam fut créé.

Par le Baptême nous avons reçu les prémices de l'esprit et le commencement d'une vie nouvelle , de sorte que c'est une régénération, un sceau authentique, une sauvegarde et une lumière pour nous conduire.

Qui est-ce, entre les fidèles, qui peut ignorer que le Baptême est la vie de toutes les vertus, la mort de tous les vices, une naissance pour l'immortalité, l'acquisition du royaume du ciel, un port assuré pour l'innocence , où tous les péchés font naufrage.

Nos , pisciculi , in aquâ nascinuir, nec Nous sommes comme des poissons, aliter quam in aquâ permanendo salvi qui prenons naissance dans l'eau, et qui sumus Tertull. De Baptismo. ne pouvons nous sauver autrement qu en

demeurant dans l'eau (de la pénitence).

Nous ne sommes censés vivre que depuis que nous avons reçu la vit; au Baptême : car c'est de la foi que vit le juste.

On ne peut connaître par d'autres marques qu'un homme est chrétien que par l'amendement de ses anciens vices.

Baptismus est per quem primitias spiritûs accepimus et principium alterius vitœ, ut sit nobis regeneratio, et sigillum, et custodia, et illuminatio.

Joan. Damasc. iv, Sentent.

Quis fidelium nesciat Baptisma virtu»

ium esse vitam , criminum mortem , nativitatem immorialem, cœlestis regni comparationem , innocentiœ portum , peccatorum naufragium ? Optatus contra Parmenianum.

Ab hâc fide vita nostra censetur :

juslus enim ex fide vivit. Id. De monogam.

Christiani non sunt aliundè noscibiles nisi de emendalione viiiorum pristinorum. Id. ad Scapul. i.

Dùm sacramenfum Baptismi impenditur corpori, corpus consecratur immortalitati. là. De Baptismo.

In Baptismo, rex, sacerdos, propheta efficimur. Chrysost. Homil. 3, in Epist. ad Corinth.

Exhibe vires {christiane) , fortiter dimica, considéra pactum , conditionem attende, militiam nosce, pactum quod spopondisti, conditionem quâ acccssisti, militiam eux nomen dedisli. Verè delicatus es miles, si put a s teposse sinepugnâ vincere, sine certamine triumphare. Tertull. Serui. de Martyr.

Christus baptizatus est, non mundari volens, sed mundare aquas , ut, ablulœ per carnem Christi, quœ peccatum non cognovit , Baptismatis vim haberent.

Ambros. n, in Luc.

Religionis mysterium ingressus es :

répète quod interrogatus sis, recognosce quid responderis. Renunliâsti diabolo et opérions ejus , renuntiâsti mundo et luxuriœ ejus et voluplatibus ejus : non est fallere , non est negare. Id. De iis qui initiantur.

Tenetur vox tua, non in tumulo mortuorum, sed in libro vivenlium. Id., ibid.

Memor esto sermonis tui, et nunquam excidat tuœ séries caulionis. Id., ibid.

Per aquam Baptismi transitus est de peccalo ad vitam, de culpâ ad gratiam, de inquinamento ad sanclifteationem ; qui per hanc aquam transit non moritur, sed exsurgit. Ambros. De Sacram.

(sive quis alius auct.)

Ma piscina in figura fuit , ut credas quod in fontem Baptismatis vis divina descendat. Id. De iis qui initiantur.

Agnosce, ô christiane, dignilatemtuam et, divinœ consors faclus naturœ , noli in jiristiuam vilitatem degeneri conversatione redire. Mémento cujus capitis et crjus corporis sis membrum; reminiscerc quia, erutus de potestate tenebrarum, translalus es in Dei lumen et regnum. Léo, Serai, de Nativ.

Christus originem quam sumpsit in utero virginis posait in fonte Baplisma- Hi. Id. Sein:. 1 De Niiiv.

Lorsque l'on applique sur le corps le sacrement de Baptême , ce corps est consacré à l'immortalité.

Par le Baptême le chrétien devient roi, prêtre, prophète tout, ensemble.

O chrétien, employez ici tout ce que vous avez de forces; combattez généreusement : considérez l'accord que vous avez fait et à quelle condition vous vous êtes engagé; connaissez en quel genre de milice vous vous êtes enrôlé. Vous êtes un soldat bien délicat, si vous croyez pouvoir vaincre sans combattre, et triompher sans être entré dans la mêlée.

Jésus-Christ a été baptisé, non pour être nettoyé de quelque souillure , mais pour purifier les eaux, afin que, purifiées elles-mêmes par la chair pure et innocente du Sauveur, elles reçussent la vertu de sanctifier dans le Baptême.

Vous êtes entré dans les mystères de la religion : repassez dans votre esprit les demandes qu'on vous a faites, et ce que vous y avez répondu. Vous avez renoncé au démon et à ses œuvres, au monde et à ses plaisirs : il n'y a plus moyen de s'en dédire, ou d'user de fourberie.

On tient votre parole, et elle est écrite, non dans le tombeau des morts, mais dans le livre des vivants.

Souvenez-vous de garder votre parole, et de n'oublier jamais l'étendue de votre promesse.

En passant par les eaux du Baptême, on passe de la mort du péché à la vie de la grâce, et des souillures à la sanctification de l'àme; celui qui passe par ces eaux salutaires ne meurt point éternellement, mais ressuscite pour la gloire.

La piscine a été une figure pour nous faciliter la croyance qu'une vertu toute divine descend sur les fonts du Baptême.

Reconnaissez, ô chrétien, la noblesse de votre élévation, et, devenu participant d'une nature toute divine, ne retournez point à votre ancienne bassesse, par une vie qui dégénère du rang où vous êtes élevé. Souvenez-vous de quel chef et de quel corps vous êtes le membre ; souvenez-vous qu'ayant été retiré de la puissance des ténèbres, vous avez été transféré à la lumière et au royaume de Dieu.

Jksus-Ciirist a attaché aux fonts bapli. maux la naissance qu'il a prise dans le seiu de sa bienheureuse Mère.

Chrittus dédit aquœ quod dédit Matri; obumbratio Spimtus-SAncti, quœ ftcit ut Maria parcret Salvatorem, facit ul regeneret unda credenlem.

Id. ihid.

Quo Spiritu de intemeralœ M a tris visceribns nascitur Chris tus , hoc de sanctœ Ecclesiœ utero nascitur christianus. id. ibid.

Nihil in hâc vitâ lex Christi non adjuvat, quin potius accusât, quod, sub lege positi, contra legem omnia faciainus. Salviau. 9.

Omninb nihil prodest nomen habere sanctum sine moribus, quia vita a professione discordans abrogat illustris tituli honorem, per indignorum actuum vilitatem : cùm utiquè hoc ipso magts per nomen sacra tissimum reisimus qui a sancto nomine discrepamus. Id. m De provid.

Christiani a Christo nomen acceperunt, et operosum est, ut, sicut sunt hœredes nominis, ità sint imitatores virtulis. Bernard. Sentent,

Antè omnia , scientes quia hanc aquam ■scilicet Baptismi) nec effundere licet nec rursùs haurire. Zeno Veron. lnvit.

1 ad font.

Cùm omnium aquarum natura sit talis, ut, cùm in profundum susceperit vivos, evomat mortuos, aqua nostra suscipit mortuos et evomit vivos , ex animalibus veros homines facios , ex hominibus in angelos transiluros. Id.

ad Neoph. post Baptism. Serm. 2.

Quis illa pacta cuslodit ad quœ se in Baplismo volunlariè obligavit ? Renuntiâsti diabolo, et ecce solum diabolum sequeris; renuntiâsti omnibus pompis <>jus , et ecce solùm mundi pompis inlcndis. Bonavent. Serm. 16 de S. SLcphan.

per Baptismatis sacramenlum Spirivus-Sancti factus es lemplum. Noli lantum habilalorem vravis de te rt'tibus tjfugare, et diaboli iterùm te sub~

Jésus a communiqué à l'eau le privilège qu'il a donné à sa Mère : le Saint- Ksprit, qui lui servit d'ombre et qui lui donna la vertu de concevoir le Sauveur, fait que l'eau régénère celui qui a la foi.

Par la même vertu du Saint - Esprit par laquelle JÉsrs- Christ est sorti du sein de sa très -pure Mère , par la même vertu le chrétien naît du sein de l'Église.

La loi de Jésus-Christ (que nous avon9 embrassée par le Baptême) ne nous sert de rien sans une sainte vie , mais plutôt elle est une juste condamnation pour nous qui, soumis à une loi si sainte, faisons tout le contraire.

11 ne sert de rien de porter un nom si saint, si l'on ne mène une vie sainte, parce que la vie qui ne répond pas à notre profession nous rend indignes d'un si glorieux titre , par la bassesse et Tindignité des actions que nous commettons : un nom si saint nous rend plus coupables , lorsque nous nou9 montrons si peu dignes de le porter.

Les chrétiens ont tiré leur nom de Jésus- Christ, et c'est une grande charge qu'ils ont à soutenir: héritiers de son nom, ils doivent aussi imiter sa vie et ses vertus.

Il faut être persuadé , sur toutes choses , que , comme il n'est pas permis de répandre l'eau du Baptême (sur des sujets indignes et mal disposés), il n'est pas non plus licite de la puiser une seconde fois (et de réitérer ce sacrement).

C'est le propre de toutes les eaux, que ceux qu'elles reçoivent vivants dans leurs abîmes , elles les rejettent morts : l'eau du Baptême, par un effet contraire, nous reçoit morts et nous rend vivants; d'êtres grossiers elle nous rend hommes véritables, et hommes qui doivent se transformer en anges.

Qui est-ce qui observe le pacte qu'il a fait avec Dieu, et la condition à laquelle il s'est volontairement obligé par le Baptême? Vous avez renoncé au démon, et c'est lui seul que vous suivez ; vous avez renoncé à ses pompes et à ses vanités, et vous ne recherchez que la pompe mondaine.

Par le sacrement du Baptême , vous êtt>s devenu le temple du Salnt-Esprit.

Trônez garde de chasser un tel hôte de chez vous par vos désordres, et de vous

jicere servituti , quia pretium tuum assujettir une seconde fois à la eeiYitucle

sanguis est Christi. Léo, Serm. 2 in du démon : car le prix dont vous avez

Nativ. été racheté est le propre saug de Jésus- Christ.

An ad hoc chrislianus factus est, ut Vous êtes-vous fait chrétien afin de

in sœculo floreres'l August. Prœstat. in briller et de prospérer dans le siècle? enarrat. 2.

Tibi esse chrisiianum scimus omni Être chrétien, nous savons que cette

gloriâ gloriosius, et omni sublimilate qualité est au-dessus de toute gloire,

sublimius. Id. Epist. 96. qu'aucune grandeur n'en approche.

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Définition!. — Quoique les docteurs donnent plusieurs définitions du Baptême, il n'y en a point de plus propre et de plus naturelle que celle qui se tire des paroles de Notre-Seigneur même dans S. Jean, et de celles de S. Paul dans l'Épître aux Éphésiens. Car lorsque Notre-Seigneur dit : Si un homme ne renaît de l'eau et de l'esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu, et S. Paul, parlant de l'Église, qu'elle est purifiée par le Baptême de l'eau, par la parole de vie ; ils nous donnent lieu de définir le Baptême : « Le sacrement de la régénération, qui se fait dans l'eau par la vertu de la parole. » Ce qui fait dire à S. Augustin, que la parole jointe à l'élément, fait le sacrement.

[Différents noms]. — Les SS. Pères ont usé de différentes expressions pour marquer ce sacrement. S. Augustin l'appelle le Sacrement de la foi, parce que ceux qui le reçoivent y font profession de la foi chrétienne. D'autres l'ont appelé le Sacrement d'illumination, parce qu'on y est éclairé des lumières de la foi. S. Chrysostômc, dans l'exhortation aux nouveaux baptisés, l'appelle tantôt le Sacrement de la purification, et tantôt le Sacrement de la sépulture de Jésus-Christ; quelquefois le sacrement par lequel nous sommes entrés sur Jésus-Christ, et d'autres fois le Sacrement de la croix de Jésus-Christ : en quoi il a suivi S. Paul, qui donne lieu dans son Épître aux Romains à toutes ces expressions.

Ce sacrement étant nécessaire à tout le mondo pour obtenir la vie éternelle, rien ne pouvait être plus propre pour être la matière que l'eau, p tree qu'elle est commune et qu'on peut en avoir facilement partout; on second lieu, parce qu'elle marque parfaitement l'effet du Baptême, puisque, de même que l'eau nettoyé les taches du corps, 5e 3 1 aussi parla g

2f> BAPTÊME.

du Baptême que sont effacées les lâches que l'âme a contractée: par le péché.

[Quand il a été institué]. — S. Thomas (3° part., quest. 66e. art. 2) dit que le Baptême, en tant que sacrement, a été institué lorsque Jésus-Christ fut baptisé par son précurseur S. Jean, comme S. Augustin nous l'enseigne; car alors le Baptême reçut la vertu de produire son effet et de conférer la grâce, quoiqu'il n'ait été nécessaire aux hommes, de nécessité de salut, qu'après la passion et la résurrection de Jésus-Christ, soit parce que, dans la passion de Jésus-Christ, tous les sacrements de l'ancienne loi et leurs cérémonies ont été terminés et accomplis, et que le Baptême et les autres sacrements de la loi nouvelle leur ont succédé; soit parce que, par le Baptême l'homme est rendu conforme non-seulement à la pacsion do Jésus-Christ, en tant qu'il meurt au péché, mais encore à la résurrection, en tant que par le Baptême l'homme commence à vivre de la vie nouvelle de la justice.

[Le Baptême traite d'alliance]. — Le Baptême est un traité d'alliance que nous faisons avec Dieu, par lequel nous ratifions celui que Notre-Seigneur a fait pour nous sur la croix. C'est ce que nous apprenons des Pères de l'Eglise, et particulièrement de S. Grégoire de Nazianzc dans le discours qu'il a fait sur ce sacrement. « Le Baptême, dit-il, est un pacte que nous faisons avec Dieu de mener une seconde vie, dans un état plus pur et plus parfait. » C'est ce qui nous a été représenté en figure dans le premier traité que Dieu fit avec le peuple juif, par l'entremise de Moïse, et qui est appelé le premier, l'Ancien- Testament, c'est-à-dire la première ou l'ancienne Alliance.

[Marque et caractère]. — Lorsque Dieu institua la circoncision, voici ce qu'il dit à Abraham : « J'établirai mon pacte par une alliance éternelle entre moi et vous, et ceux qui descendront de vous : et par-là vous me reconnaîtrez pour votre Dieu, vous et vos descendants, et je vous reconnaîtrai pour mon peuple. » Or, ce que les Juifs faisaient par la circoncision, nous le faisons par notre baptême. La circoncision était une marque par laquelle ils se retranchaient et se séparaient pour toujours de la société des gentils, et, renonçant au culte des idoles, protestaient tacitement de ne vouloir désormais adorer que le seul vrai Dieu; et Dieu, réciproquement, leur promettait de les reconnaître pour son peuple, de les protéger contre leurs ennemis, et de veiller sur eux par une particulière providence. Le baptême est particulièrement l'alliance spirituelle que nous faisons avec lui, par laquelle nous nous donnons entièrement à lui, et lui de son côté tout à nous : dc«orte qu'il imprime un caractère ineffaçable dans l'âme du chrétien, qui se consacre à Dieu d'une façon particulière. Ce caractère est le caractère d'enfant de Dieu et de brebis de Jésus-Chuist :

caractère d'honneur et de gloire dans le ciel pour les chrétiens prédestinés qui en auront rempli avec fidélité les devoirs pendant leur vie; mais caractère de confusion, d'ignominie et de désespoir dans l'enfer pour les chrétiens réprouvés.

Comme le texte sacré nous assure que, par le Baptême, nous devenons les enfants adoptifs de Dieu, pour bien concevoir cette éminente dignité, il faut remarquer qu'il y a trois différences entre l'adoption divine et l'adoption humaine, dans les lieux où elle est en usage. — La première : l'adoption humaine ne met aucune qualité réelle et physique dans celui qui est adopté, et ne fait aucun changement dans sa personne; au lieu que l'adoption divine renferme l'infusion de la grâce sanctifiante et delà charité, qui nous attache le Saint-Esprit, lequel est lui-même le don du Très- Haut. — La seconde est que l'adoption humaine n'est introduite parmi les hommes que pour remédier aux désavantages de la fortune, et pour suppléer au défaut de la stérilité du père : Adoplio in remedium fortunée ; mais l'adoption divine procède de l'excès de la bonté de Dieu : de manière que cette adoption ne regarde pas le soulagement de celui qui adopte, mais le bien et le bonheur de celui qui est adopté. — La troisième différence enfin est que, dans l'adoption humaine, le fils ne peut succéder au père que le père ne soit mort, parce que les héritages de la terre sont si bornés et de si peu de valeur qu'ils ne peuvent suffire à l'un et à l'autre : mais l'adoption divine ne demande point de succession, parce que c'est une participation d'un bien infini. — Voilà le bienfait de cette adoption que le chrétien reçoit du Père éternel dans le Baptême.

[Trois sortes de baplêmes]. — Outre le baptême ordinaire de l'Eglise, qui s'opère par l'eau et l'esprit, il y a deux autres baptêmes, dont parle S. Thomas (art. 11e de la question 66e) : l'un de sang, qui est le martyre, et l'autre d'amour et de charité. Ce saint docteur le prouve par l'autorité des Pères et par des exemples de l'Écriture. Il suffit de savoir que ces deux derniers suppléent au défaut du premier, supposé qu'on ne le puisse recevoir, et produisent la grâce et la rémission de tous les péchés; mais, n'étant point sacrements, ils n'impriment point ce caractère; et, comme ils sont contenus dans le baptême d'eau et d'esprit, cela fait qu'il n'y a qu'un seul baptême sacrement.

[La Sainte Trinilé]. — Lorsque le Fils de Dieu a institué ce sacrement, il a voulu qu'il se fit au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et que toutes les personnes fussent nommées lorsqu'il s'agirait de faire un chrétien; en sorte que, si l'une était omise, le sacrement serait nul et de nul effet. C'est pourquoi il a été ordonné, dans divers Conciles, que ceux qui auraient été baptisés par différents hérétiques, qui avaient des sentiments contraires à ceux de l'Église catholique touchant kf Sainte TiuNiTÉ,ct qui, agissant conformément à leurs erreurs, usaient do certaines formule^ dif-

28 b apte mi:.

érentes do celles des orthodoxes, seraient rebaptisés : parce que toute la Sainte Trinité intervient en ce mystère, et que le Père, le Fils et le Saint- Esprit veulent unanimement, et d'un commun accord, avoir part à notre régénération spirituelle, comme au commencement du monde tous trois indivisiblcment coopérèrent à notre première création.

[Dispositions nécessaires]. — Outre le désir de recevoir le Baptême que doivent avoir les personnes raisonnables qui le demandent, la foi leur est nécessaire. C'est ce que le Sauveur nous enseigne par ces paroles : Qui crediderit et baptizalus fuerit, hic salvus erit. De plus, ce désir et cette foi doivent encore être accompagnés du regret de tous leurs péchés passés, et de la résolution de n'en plus commettre à l'avenir. C'est pourquoi celui qui demande le Baptême, et qui en même temps n'est pas dans la volonté de quitter ses habitudes criminelles, ne doit point être admis à ce sacrement. Que si quelqu'un le recevait sans cette disposition, il ne laisserait pas d'en recevoir le caractère, pourvu qu'en le recevant selon les formes, et avec les cérémonies de l'Eglise, il eût dessein de se soumettre à ce que l'Église fait en administrant ce sacrement : mais il n'en recevrait pas le principal effet, qui est la justification.

[Les effets du Baptême]. — La théologie, avec S. Thomas, reconnaît quatre principaux effets du Baptême. — 1. La rémission de tous les péchés, de l'originel et de l'actuel, du mortel et du véniel, dans les adultes qui le reçoivent, quant à la coulpe qui rend l'âme l'objet de la haine de Dieu. — 2. La rémission de ces mêmes péchés quant à la peine qui leur est due. — 3. L'infusion de la grâce habituelle et sanctifiante, avec les dons du Saint-Esprit et les autres vertus qui l'accompagnent. — 4. L'impression du noble caractère dont l'âme est marquée pour distinguer le fidèle de l'infidèle. Nous comprenons ordinairement tons ces bienfaits sous le nom de Filiation divine, ou d'adoption des enfants de Dieu : car c'est principalement dans ce mystère que s'accomplit la parole de S. Jean : Dédit eis po testaient filios Dei fieri. (Ces effets du Baptême sont expliqués plus au long dans le Catéchisme du Concile de Trente, lorsqu'il parle de ce sacrement).

[La concupiscence], — Il faut reconnaître avec le Concile de Trente, que la concupiscence demeure dans les personnes baptisées; mais elle n'est pas proprement péché. Car, comme dit S. Augustin, la coulpe de la concupiscence est remise dans les enfants baptisés, quoique cette même concupiscence leur soit laissée pour les exercer. Or, la concupiscence qui vient du péché n'est autre chose qu'un penchant et un mouvement de l'âme vers le bien sensible, qui n'est point proprement péché, lorsqu'il n'est pas accompagné du consentement de la volonté, ou de négligence. Ainsi, lorsque S. Paul dit : Je n'aurais point connu les mauvais désirs de la concupiscence, si la loi ne m'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs; il n'a

pas voulu marquer par ces paroles la concupiscence en elle - même, mais le vice de la volonté. •

[Cérémonies du Baptême] . — Il est bon de remarquer les cérémonies du baptême, parce qu'il n'y en a aucune qui n'exprime l'obligation que nous avons de nous sanctifier, et de vivre ensuite en véritables chrétiens. — 1°. On interroge d'abord le catéchumène ou l'enfant dans la personne des parrains: Que demande-t-il? Et il répond qu'il demande la foi et d'être reçu dans l'Église, pour avoir un jour la vie éternelle. On lui répond que, pour être sauvé et pour vivre dans la foi, il faut garder les commandements de Dieu et de l'Eglise ; et il promet de le faire; — 2°. On imprime la marque du chrétien, qui est le signe de la croix, sur son front et sur son cœur, pour lui apprendre que ses sentiments et ses aetions doivent être conformes à la loi d'un Dieu crucifié ; — 3°. On lui met du sel bénit dans la bouche, pour lui dire qu'il doit renoncer aux fausses maximes de la sagesse charnelle et ne goûter que les vérités que la sagesse du ciel lui enseignera; — 4°. On touche avec la salive ses oreilles et ses narines, pour signifier que ses oreilles doivent être ouvertes pour entendre la parole de Dieu, et qu'il doit mener une vie si exemplaire, qu'on puisse dire de lui qu'il est la bonne odeur de Jésus-Christ; — 5°. On lui applique l'onction du chrême sur la poitrine ; sur les épaules et sur la tête, pour lui faire part de l'onction du Saint-Esprit, comme à un généreux athlète, qui doit combattre les ennemis de Dieu et qui doit préparer ses épaules à porter le doux joug de sa loi; — 6°. On emploie les exorcismes et les malédictions de l'Église contre le démon, afin de le chasser et de l'éloigner pour jamais du cœur de ce chrétien, et que Jésus-Christ seul le possède tout entier; — 7°. Il est revêtu d'une robe blanche, pour marquer l'innocence qu'il a reçue, et qu'il doit s'efforcer de conserver, en se dépouillant du vieil homme pour se revêtir du nouveau; — 8°. On lui met un cierge allumé à la main, pour être la figure du flambeau de cette foi vive qu'il doit toujours conserver ardente, par le feu de la charité, accompagnée de l'éclat du bon exemple; — 9°. Mais surtout remarquez qu'on ne donne point le baptême à ce catéchumène ou à cet enfant, et qu'on ne lui ouvre point la porte de l'Église, qu'il n'ait, à la face des autels, renoncé au démon, à la chair, au monde et à ses pompes. Qu'il y a de belles réflexions morales à faire sur tout cela !

[Promesses du Baptême]. — S. Thomas et plusieurs théologiens, et même quelques conciles, après S. Augustin, appellent les promesses que l'on fait au baptême des vœux: et c'est aujourd'hui un langage commun, auquel on ne doit pas s'opposer, comme ont fait quelques savants docteurs, poussés par un bon zèle contre les hérétiques des derniers siècles, qui, pour combattre et anéantir les vœux monastiques, ont tellement élevé ceux du baptême qu'ils ont soutenu que c'étaient les seuls qui fussent dans La reli-

gion chrétienne, et que les autres étaient des abus et des superstitions, qui ne distinguaient point l'état des religieux du commun des fidèles. Pour éviter ces deux extrémités, il faut tomber d'accord que les promesses que l'on fait à Dieu au baptême peuvent s'appeler des vœux, mais non pas avec la même rigueur que ceux des religieux; que c'est une sainte dévotion de les ratifier ou de les renouveler souvent, comme des promesses faites à Dieu, selon la louable coutume introduite depuis quelque temps, mais que c'est une erreur de les confondre avec ceux que l'on fait dans la profession religieuse, et de croire qu'il n'y en a point de plus parfaits. Car si le vœu, selon S. Thomas, est une consécration de l'homme au service de son Créateur, il est constant que la consécration que les religieux font d'euxmêmes est plus entière, plus étendue, en un mot plus parfaite, que celle du commun des chrétiens, puisque les promesses qu'ils font à Dieu les obligent à une toute autre renonciation que les autres, lesquels ne sont obligés qu'à une renonciation de cœur aux richesses, aux pompes et aux plaisirs du monde, au lieu que les religieux s'engagent à s'en détacher d'effet et.de volonté; sans parler des autres différences que les théologiens trouvent dans la nature de ces deux sortes de vœux. De manière que c'est une erreur de dire que les promesses des personnes religieuses ne les engagent point à de nouveaux devoirs, ni à des lois particulières, outre celles du baptême.

[Observation]. — L'opinion de quelques docteurs, que les Apôtres, en administrant ce sacrement, se contentaient de dire: « Je le baptise au nom de Jésus-Christ, » n'est pas communément reçue, n'étant appuyée que sur des raisons peu solides. Ce qui lui pourrait donner quelque sorte de probabilité, c'est ce qui est dit aux Actes des Apôtres que quelques-uns furent baptisés au nom de Jésus-Christ: Jussit eos baplizari in nomine Domini Jesu. A quoi ces mêmes docteurs ajoutent que ce qui obligeait les Apôtres et les premiers disciples de parler de la sorte, c'était de rendre plus célèbre ce saint et adorable nom, que les ennemis de la religion chrétienne s'efforçaient de décrier et de rendre méprisable : qu'ils n'eussent pu le faire cependant sans une dispense particulière de Jésus-Christ même; mais ce n'est qu'une conjecture assez faible, puisqu'il n'en est fait nulle mention. Je laisse les raisons dont les autres docteurs réfutent solidement cette opinion, pour répondre, après eux, que, quand il est dit aux Actes des Apôtres, que quelques-uns furent baptisés au nom de Jésus-Christ, cela veut dire du baptême institué par Jésus-Christ, pour le distinguer de celui que S. Jean avait conféré, et que quelques iidèles avaient déjà reçu.

[Les effets du baptême]. — Le baptême efface les taches de l'amc, ce qui est signifié par l'eau, qui nettoie les ordures du corps ; mais, comme ce n'est pas le seul ni le plus noble effet de ce sacrement, les paroles qui en sont

la forme marquent qu'il lie heureusement celui qui le reçoit aux trois Personnes de l'adorable Trinité, d'une manière et d'une relation toute particulière, exprimée en ces paroles : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : de sorte qu'il nous fait les enfants adopiifs du Père, les membres vivants de Jésus-Christ son Fils, les temples et le sanctuaire du Saint-Esprit.

1°. Dieu nous a choisis entre tant d'infidèles qu'il a laissés dans le paganisme, lesquels l'eussent mieux servi et qui lui eussent rendu plus de gloire que nous ne lui en rendrons jamais : nous ne devons donc pas en être ingrats en vivant en païens; — 2°. Il nous a sanctifiés en nous faisant chrétiens : nous ne devons donc pas nous souiller tout de nouveau par les actions criminelles et honteuses ; — 3°. Nous avons reçu la foi et la connaissance du vrai Dieu et des mystères du christianisme : nous devons donc en pratiquer les vérités; — 4°. Dieu nous a faits en même temps l'objet de son amour et de sa complaisance, en nous adoptant pour ses enfants : nous ne devons donc pas irriter sa colère par nos péchés ; — 5°. Enfin, il nous a donné droit à l'héritage du ciel : nous ne devons donc pas y renoncer, mais travailler à le mériter et à l'acquérir.

§ vi.

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[Souvenir de ce bienfait]. — Quiconque aura lu avec soin les Épîtrcs de S. Paul reconnaîtra en même temps l'importance de rappeler aux fidèles le souvenir du bienfait incomparable d'avoir été appelés au christianisme et d'avoir reçu l'adoption divine par le moyen du Baptême, pour les exciter, à vivre en chrétiens et à soutenir par la sainteté de leur vie la gloire de cette nouvelle naissance. Ce grand apôtre, pour rendre rccommandables les effets tout divins que produit ce sacrement, qui est, selon lui, l'image de la mort, de la sépulture et de la résurrection de Jésus-Christ, dont il veut que toute notre vie soit une vive expression, non-seulement nous en renouvelle souvent la mémoire, mais il n'en parle qu'en des termes pleins de majesté et tout remplis de l'esprit de Dieu. Il semble même qu'il ne trouve rien de plus puissant pour animer les fidèles à faire réilcxion sur eux-mêmes, et à considérer avec attention si leur vie et leurs mœurs sont [elles ([ne doivent être celles de personnes qui font profession d'être de véritables chrétiens; mais surtout pour admirer la bonté inlinic de Dieu, qui a bien voulu, par un pur effet de sa miséricorde, présenter aux hommes, qui en étaient si indignes, un don au^i divin cl aussi précieux que celui

du Bnptêmc, et faire concevoir à ceux qui en sont honorés combien leur vie doit être pure et éloignée de tout crime. Car, par ce moyen, ils verront clairement que l'état du christianisme, dont ils font profession, demande d'eux qu'ils passent chaque jour de leur vie dans les mêmes sentiments de piété et de religion que s'ils avaient reçu ce jour-là la grâce du Baptême. (Catéchisme du Concile de Trente, 29 Partie).

[Y correspondre]. — Tâchons de conserver la naissance illustre que nous avons reçue par notre Baptême. Si un roi de la terre vous avait trouvé pauvre et mendiant, et vous avait tout d'un coup adopté pour son fils, vous ne penseriez plus à votre misère passée ni à la bassesse de votre cabane, quoique d'ailleurs il n'y ait pas une fort grande différence entre ces deux choses. Ne pensez donc plus à votre première condition, puisque l'état où vous avez été appelés est sans comparaison plus illustre que la dignité royale : car celui qui nous a appelés est le Seigneur des anges, et les biens qu'il nous destine ne sont pas seulement au-dessus de toutes paroles, mais même au-delà de toute pensée. Il ne vous fait point passer de la terre à la terre, comme ce roi pourrait faire; mais il vous élève de la terre au ciel et d'une vie mortelle à une gloire et à une vie immortelle et ineffable, qui ne sera bien connue de nous que lorsque nous la posséderons. Comment donc, étant admis au partage de ces grands biens, nous souvenons-nous encore des richesses de la terre, et comment nous amusons-nous encore à des fantômes, et à des images vaines ? Quelle excuse vous restera- t-il, ou plutôt quelle punition ne souffrirez-vous point, si, après avoir reçu une si grande grâce, vous ne retournez au premier état d'où vous étiez si heureusement sorti? Vous ne serez pas puni simplement comme un homme qui pèche, mais comme un enfant de Dieu qui lui est rebelle; et Téminence de la dignité à laquelle vous étiez élevé ne servira qu'à faire croître votre supplice. (Sermon 12e de S. Chrysostôme, sur S. Matthieu).

[Les promesses]. — Il est vrai qu'un chrétien, qui a été enseveli avec Jésus- Christ par le Baptême, et qui a reçu par ce sacrement une vie nouvelle, dont l'Esprit du même Jésus-Christ est l'âme et le principe, doit être mort au monde, à ses biens, à ses honneurs, à ses affaires et à ses plaisirs; mais il suffit, pour satisfaire à ses devoirs, qu'il y renonce par la disposition de son cœur; et, bien qu'il lui soit permis d'en conserver la possession et l'usage, il doit néanmoins en être tellement dégagé, par un sentiment intérieur, qu'il soit pauvre dans l'abondance, chaste dans le mariage, tempérant dans la bonne chère, et appliqué à Dieu dans le commerce que la nécessité de sa condition l'oblige d'avoir avec les hommes. (L'abbé de la Trappe, De la sainteté et des devoirs de la vie monastique , 3).

Pour s'acquitter des obligations que nous avons contractées au Baptême, il faut faire ce que dit S. Grégoire lorsqu'il fait le portrait d'un véritable

chrétien, en disant que c'est celui qui renonce aux voluptés des sens, qui foule aux pieds tous les désirs et toutes les inclinations terrestres par l'observation d'une discipline sainte, qui n'écoute rien de ce qui lui est inspiré par le sang et par la chair, et qui souffre sans peine tout ce qui combat et qui peut détruire une vie charnelle : Qui, renuntians voluptalibus carnis, cuncta sua desideria per cœlestis disciplina? custodiam calcat, nil jàm quod caro blandilur libeat, nihil quod carnalem vilam trucidât, spiritus perhorrescat.

Faites un peu d'attention sur ce que vous devez à Dieu en qualité de chrétiens. Vous vous êtes engagés, par le Baptême, à servir uniquement Jésus-Christ, à rendre votre vie conforme à la sienne, à l'imiter, à le suivre en toutes choses, comme un disciple qui s'attache aux sentiments de son maître, comme un enfant qui obéit à la volonté de son père : c'est pour cela que vous avez renoncé au monde, à ses pompes, à ses vanités, à ses plaisirs, que vous avez en même temps déclaré la guerre au démon, comme à un ennemi irréconciliable. Vous êtes-vous acquittés de tous ces devoirs? Avez-vous gardé à Dieu la fidélité que vous lui avez promise? Avez-vous répondu au dessein que vous n'avez pu ignorer qu'il avait sur vous, au choix et à la destination qu'il avait faits de votre personne. N'avezvous écouté en rien la voix de vos passions? Votre cupidité n'a-t-elle point eu de part à votre conduite? L'orgueil, qui domine d'une manière si absolue dans le cœur de tous les hommes, n'a-t-il point agi dans le vôtre? Enfin, avez-vous observé les règles de l'Évangile avec l'exactitude et la religion d'un serviteur fidèle? (Le même, Conférences).

[La dignité du chrétien]. — Qu'est-ce qu'un chrétien? C'est un homme qui a un rapport particulier avec Dieu, dont il devient le fils par le Baptême. Quoi de plus élevé, quoi de plus grand ! Ce que Jésus -Christ est par nature, le chrétien l'est par l'adoption. Il reçoit, par la régénération spirituelle, la ressemblance de ce que le Verbe reçoit par la génération éternelle. lYous avons reçu, dit S. Paui, l'esprit des enfants d'adoption, en vertu duquel nous osons appeler Dieu notre Père, comme étant véritables enfants de Dieu et ses héritiers. « La naissance de Jésus-Christ dans Marie, dit S. Augustin, est le modèle de notre renaissance qui se fait par le Baptême. Elle3 ont le même principe, qui est le Saint - Esprit : l'une se fait dans le sein de Marie, qui est vierge et mère, et l'autre se fait dans le sein de l'Église, qui est pure et féconde. Le terme de la première est le Christ, c'est-à-dire un Homme -Dieu; le terme de la seconde est un chrétien, c'est-à-dire homme divin. » Dieu, dit S. Jean, pouvait-il pousser son amour et notre re plus loin que de faire que nous soyons véritablement enfants de ? Pouvons -nous pousser notre ingratitude et notre indignité plus loin que de déshonorer cette glorieuse qualité par une conduite également criminelle et honteuse?

Un chrétien est un homme qui a un rapport essentiel à Jésus-Christ.

dont il est un membre par le Baptême : quoi de plus glorieux? Tous les chrétiens, dit S. Paul, ne sont qu'un corps dont Jésus-Christ est le chef, et dont ils deviennent les membres par ce sacrement, qui les unit avec lui par une union très-véritable, puisqu'elle fait un article de foi; très-réelle, puisque le Saint-Esprit en est le principe; union très-intime, puisque nous sommes animés de l'Esprit de Jésus-Christ, nous vivons de la même vie que lui; union enlin sublime, puisque le Sauveur la compare luimême à l'union qu'il a avec son Père : Tu in me, et ego in Mis. De sorte que, comme dit S. Pierre, nous devenons par-là participants de la nature divine. Si Jésus-Curist, qui nous procure tous ces avantages, ne nous en assurait lui-même, pourrions-nous les croire? Mais, si nous les croyons, pouvons-nous n'avoir pas des sentiments élevés, et une conduite conforme à notre croyance?

Un chrétien, par le Baptême, devient temple du Saint-Esprit. Ne savezvous pas, dit l'Apôtre, que vos corps sont les temples du Saint-Esprit, qui réside en vous? Aussi se sert-on des mêmes cérémonies dans le Baptême que dans la consécration des temples : on chasse le démon par l'exorcisme de l'âme de celui qu'on fait chrétien, on le consacre par le chrême, figure de l'onction de la grâce par laquelle le Saint-Esprit se répand dans son cœur; il en prend possession par ce souffle mystérieux du ministre du Baptême: il devient ensuite le principe et l'objet du culte que le fidèle lui rend dans ce temple, par les actes de foi, d'espérance et de charité : c'est cet Esprit-Saint qui prie dans lui, par des gémissements si efficaces. St c'est pour cela qu'elles sont d'un grand mérite, qu'elles nous peuvent donner un droit certain à la possession de Dieu. Dieu pouvait-il honorer l'homme davantage que de le faire enfant de Dieu, membre et frère d'un Homme -Dieu, et temple du Saint-Esprit? Aussi S. Jean nous dit-il que, par le Baptême, nous entrons en société avec le Père et le Fils, et conséquemment avec le Saint-Esprit. Quelle glorieuse société! quelle élévation! quel bonheur! (Le P. Nepveu , Réflexions chrétiennes).

[Seconde naissance]. — Il faut renaître pour entrer dans le royaume de Dieu et pour être mis au nombre de ses fidèles sujets : car nous naissons dans l'esclavage et sous la puissance du démon. Dieu, par sa miséricorde, nous a donné le pouvoir de changer de condition et de devenir ses enfants : mais peut-on le devenir sans une seconde naissance, que ni les désirs de la chair ni la volonté de l'homme ne sauraient donner? Ce qui est né de la chair et du sang ne saurait être que chair et sang, dit Jésus- Christ; et pour devenir esprit il faut naître de l'esprit. Or, nous recevons cette seconde naissance dans le Baptême, où l'esprit de Dieu, par le moyen de quelques paroles et de quelques gouttes d'eau, fait dans une âme ce que ne sauraient faire toutes les eaux de la mer et toutes les forces de la nature. Ensuite, nous pouvons faire croître comme par degrés cette vie surn atu

relie comme la lumière va croissant depuis le lever du soleil jusqu'au jour parfait; et, s'il arrive malheureusement que nous perdions une vie si sainte, nous la pouvons recouver par la pénitence, comme par un second baptême.

La première chose que l'Eglise exige de ceux qui demandent le Baptême est qu'ils promettent de changer de vie, par le triple renoncement qu'elle leur fait faire. « Car, sans une vie chrétienne, dit S. Augustin, le nom de chrétien sera le sujet de notre condamnation. » Ces étoiles qui tomberont à la fin du monde sont les chrétiens, dont on peut dire ce que S. Paul disait des Israélites qu'ils ne l'étaient que selon la chair et non pas selon l'esprit. Tous les chrétiens portent le caractère du Sauveur, mais tous n'en portent pas la ressemblance; tous sont sujets de Jésus-Christ, mais tous ne seront pas les cohéritiers de Jésus-Christ.

Un Souverain-Pontife dit un jour de S. François, voyant son corps tout entier dans le tombeau longtemps après sa mort : « Ce grand saint était comme mort pendant sa vie, et il est comme vivant après sa mort. » Il faut qu'un chrétien, qui par le Baptême doit porter la ressemblance du Fils de Dieu mort et enseveli dans le tombeau, selon S. Paul, un chrétien, dis-je, doit mourir au monde et à soi-même durant tout le cours de sa vie, afin qu'après sa mort il vive éternellement. Nous prenons tant de peines et nous faisons tant de choses pour entretenir la vie sensuelle et la vie civile : une vie sainte et divine, que la profession du christianisme nous oblige de mener, mérite-t-elle moins notre application? La vie naturelle ne nous vient que de l'âme vivante du premier Adam, pour parler le langage de S. Paul, et la vie spirituelle nous vient de l'esprit vivifiant du second : Factus est primus homo Adam in animam vi vente m, novissimus Adam in spiritum vivifteantem. (I Cor. xv, 8). (Le P. Dozennes, La morale de J.-C).

[Imiter J.-C. sainteté du chrétien]. — Nous ne sommes point de véritables chétiens, si nous n'imitons Jésus-Christ, et si nous ne travaillons continuellement à nous rendre semblables à lui. Car enfin, qu'est-ce qu'un chrétien, sinon un disciple de Jésus-Christ, c'est-à-dire un homme qui fait profession de le suivre? « Personne, dit S. Cyprien, ne mérite de porter le nom de chrétien, s'il n'est, autant qu'il le peut, le parfait imitateur de Jésus-Christ : Chrislianus nemo dlcltur reclè, nisi qui Christo moribus, quoàd valet, coœquatur. » C'est pour nous marquer cette obligation, que nous contractons en qualité de chrétiens, que S. Paul nous dit que tous ceux qui sont baptisés sont en même temps revêtus de Jésus-Chist : Quicumque enmin Christo baptizati estis, Chrislum induis Us (Gai. o). C'est pour cela encore qu'on nous oblige, dansJc Baptême, do renoncer au démon et à ses œuvres, au monde et à ses pompes, pour ôter les obstacles qui pourraient nous empêcher de nous unir à JÉsus-Cmusr par un amour sincère et une parfaite imitation. Il ne faut donc pas s'imaginer que quelques

gouttes d'eau qu'on nous verse sur la tête dans le Baptême nous fassent mériter la qualité de chrétiens : cela est nécessaire, mais cela ne suffit pas. (Le P. Nepveu, Esprit du christianisme).

[Honorer sa religion]. — Un homme qui a de'bons sentiments n'oublie pas le caractère noble et distingué qu'il a à soutenir. Une dignité qui l'expose aux yeux du public le soumet aux bienséances qui lui conviennent. Une place honorable dans la maison et dans les bonnes grâces du prince ne lui permet pas de se démentir jusqu'au point de tomber en des bassesses indignes. Quelle que soit la conduite d'un magistrat, il ne saurait presque perdre de vue la robe qui le fait environner de tant de suppliants, qui lui attire tant de marques de respect. L'officier de guerre, dans la tranquillité même de la plus oisive mollesse, ne laissera pas évanouir de son esprit le pouvoir qu'il a de commander. Un titre qui nous sépare des autres, qui nous élève au-dessus d'eux, ne s'efface jamais dans notre pensée, pour nous faire négliger toute la considération qui lui est due, et tous les égards que nous lui devons nous-mêmes. Vous connaissez, chrétiens, la majesté, la sainteté, la grandeur de votre religion : pensez s'il peut y avoir en vous rien de si élevé que le caractère auguste de chrétien et de fidèle. Vous êtes disciples et enfants d'un Dieu qui s'est fait homme, qui répand ses faveurs sur vous, qui vous traite comme ses favoris, qui vous a marqué une place dans son royaume. Je n'ai garde de vous reprocher que vous estimiez rien tant sur la terre que l'honneur de lui appartenir. Si vous faisiez plus de cas d'une dignité méprisable, qui vous assujettit d'autres hommes, que de ce nom précieux qui l'oblige à vous regarder comme son héritier , et comme son frère, je serais forcé de ne plus vous considérer comme chrétiens. Mais, si vous êtes persuadés qu'être chrétien c'est votre plus grande gloire, comment pouvez- vous oublier que vous l'êtes?

Le chrétien est comme une monnaie qui porte l'image de Dieu. Il y a des monnaies de divers métaux, plus ou moins précieux. Il y a des chrétiens d'une sainteté inégale; mais tout chrétien doit montrer les traits de la sainteté de Dieu , comme toute monnaie doit représenter l'image du prince. Sans cette image, il ne reste aux monnaies que leur prix naturel ; point de cours dans le commerce : sans les traits de la sainteté, il ne reste au chrétien que les qualités d'un infidèle ; il dément le caractère de son baptême. Quel rang doit-il tenir sur la terre? Quelle place pourrait-il avoir dans le ciel ?

On était si persuadé, dans les premiers temps de l'Église, de l'obligation, attachée au baptême, de mener une sainte vie, que ceux qui ne voulaient point sitôt rompre leurs attachements le recevaient le plus tard qu'ils pouvaient. « Vous nous pressez, disaient-ils, de nous faire baptiser: pourquoi nous interdire les plaisirs de la vie, dans le temps que nous pouvons les goûter, et que nulle loi ne nous les défend ? Nou savons quelle doit être la régularité d'un fidèle, combien son caractère doit nous éloigner de toute

licence.' Laissez-nous vivre au gré de nos passions, tant qu'il nous est permis de les contenter sans scandale : nous connaissons notre faiblesse, et nous ne voudrions pas déshonorer le nom de chrétien. Il vaut mieux retarder l'honneur qu'on nous veut faire que de vous faire repentir de nous l'avoir fait. Nous voulons soutenir la dignité du baptême par nos vertus, et nous ne sommes pas encore disposés à quitter nos vices. » Le catéchumène risquait son salut par le délai du baptême, plutôt que de s'exposer à vivre mal après l'avoir reçu. Il ne pouvait pas exprimer plus fortement la nécessité d'être saint, dès qu'on est baptisé. Le luxe, la mol^ lesse,les délices, l'amour du monde, lui paraissaient si incompatibles avec la profession de chrétien, qu'il craignait de le devenir, de crainte de hâte** des renoncements indispensables.

Le christianisme est un état où l'on fait profession de sainteté : la sainteté que l'on y professe est marquée dans les commandements de Dieu et dans l'Evangile : elle est par conséquent très-pure et invariable, et tous les fidèles sont obligés de la pratiquer. Cela est incontestable. Quelques fidèles voudraient réduire les préceptes qu'ils ont à observer à un point qui pût convenir aux mondains : ils interprètent, ils adoucissent les maximes sur lesquelles ils doivent régler leur conduite, et leur dessein est d'altérer leurs obligations sans changer leur croyance. Or, je le demande, est-il permis à des particuliers qui ont pris parti dans une condition, dans un état, d'en changer la forme et les principes, d'exiger de ceux qui ont le même engagement qu'ils s'en tiennent à leurs idées? Ou n'est-ce pas aux particuliers à suivre les règlements qu'ils trouvent sagement établis et religieusement observés par leurs semblables? Quel renversement! si un artisan, après avoir embrassé un métier, s'avisait de prescrire à ses compagnons des méthodes différentes de celles des maîtres et contraires à la fin que leur propose leur état ; si un soldat, dès qu'il serait sous les drapeaux, entreprenait de combattre les règles sûres et expérimentées de l'art militaire, et d'en substituer de nouvelles toutes propres à faire périr les armées, etc.

Le chrétien peut être de toute profession, mais dans toute profession il a à honorer sa foi par ses vertus. Pas un moment dans la vie où il puisse, sans blesser son caractère et s'éloigner de sa fin, démentir sa croyance, violer ses lois; point d'affaire où le détour puisse donner atteinto à sa droiture; point de divertissement qui lui permette le dérèglement; point de succès qui puisse déconcerter sa modestie et son humilité; point de peine que sa patience ne doive essuyer sans s'effaroucher. Tout doit se sentir en lui de sa croyance, sa croyance doit dominer sur toute sa conduite, et sur tous ses événements. Les fidèles qui prétendent avoir des ressources aux événements dans les tours injustes d'une industrie intéressée, une équité arbitraire pour le service d'un ami ou pour la ruine d'un ennemi, des égards, des distinctions, des tempéraments selon 1rs

besoins de leurs penchants, ces iidèles savent-ils ce que c'est qu'être chrétien ? ils ne le savent pas : le sont-ils?

Le baptême est un engagement, que nous contractons, auprès de Dieu, de mener une vie pure et sainte : tout ce qu'on en peut dire par rapport à notre conduite, est exprimé par-là. Sans avoir égard aux lois qui nous sont imposées, aux vérités que nous devons croire, aux espérances que nous pouvons concevoir, aux maximes sur lesquelles nous devons nous régler, aux mystères que nous avons à adorer, sans autre considération, sans autre réflexion, dès-là que nous avons le bonheur d'être baptisés, nous avons l'obligation de vivre saintement. Ne promît-on point de récompense à nos vertus, n'y eut-il point de châtiment pour nos crimes, ne fussions-nous point séparés du reste des hommes par les principes de notre croyance et par les cérémonies de notre culte, nous ne pouvons nous dispenser d'étudier et de pratiquer la sainteté, parce que nous avons été régénérés à la grâce par les eaux salutaires du baptême. Nous y avons pris une naissance nouvelle, un corps et un esprit nouveaux ; nous y avons été marqués d'un caractère divin, qui nous soumet à un chef, à un maître, à un père, à qui nous appartenons et qui ne peut nous reconnaître qu'à notre innocence. Tout fidèle sait cela. D'où vient donc qu'il a besoin d'être persuadé en tant de manières qu'il viole son engagement s'il ne s'efforce de devenir saint? Il faut lui rappeler dans l'esprit sa foi, sa loi, son éternité, tous les effets les plus touchants de la justice et de la miséricorde de Dieu, comme s'il était nécessaire de faire ressouvenir un soldat qu'il doit porter les armes et combattre.

Nous ne naissons ni fidèles ni chrétiens sans qu'il en coûte; c'est à nous de devenir chrétiens par notre travail. Le christianisme est comme une science dont il faut étudier les principe-, les règles et les conséquences pour l'acquérir, comme une profession qu'il est nécessaire de pratiquer pour s'y rendre habile. On se plaint quelquefois de ce qu'on n'arrive à la sainteté que par la peine et par une violence constante : on voudrait être naturellement au-dessus des passions et des sentiments humains. Par cette plainte et par ce désir, on déclare que l'on sent l'obligation de se faire des mœurs pures et innocentes : mais en même temps on marque une idée bien basse, bien indigne de la vertu chrétienne. Nous sommes tous très-peu disposés à la sainteté ; nous en avons'.même un grand éloignement ; nous avons à forcer nos inclinations pour y arriver ; sans de rud^s combats, sans une éternelle vigilance, sans une succession de victoires toutes pénibles, toutes fatigantes, nous ne devons pas espérer de l'atteindre : et ce sera à nous un sujet d'étonnement et d'impatience, si l'indolence et l'oisiveté, si le dérèglement même et le vice, ne nous conduisent pas à la sainteté ! llien de si accompli et de si difficile que d'être chrétien. Pécheurs à notre naissance, portés dans la suite de nos années à être toujours pécheurs, prétendons-nous que le hasard, l'indifférence, l'oubli, la cupi-

dite, l'amour du monde, nous rendent saints? Si nous ne le devenons, nous ne le serons jamais. Fiant,nonnascunlur chrisUani,àit S.Jérôme.

Le baptême est comme le sceau de Dieu, par lequel il nous distingue de ceux qui n'ont pas l'honneur de lui appartenir et d'être de sa maison. De quelque manière que soit un cachet, quelque main qui l'imprime, il laisse la même figure sur la cire. Comment connaîtrez-vous à l'empreinte, s'il était d'or, d'argent ou de plomb, s'il a été appliqué par une personne noble ou roturière, savante ou ignorante, vertueuse ou méchante? elle représente toujours la même image et les mêmes traits. Qui que ce soit qui nous marque du sceau de Dieu en nous conférant le baptême, s'il le fait avec les conditions communes et aisées qu'il doit y apporter, nous voilà véritablement baptisés. Si -Dieu nous rend si facile un sacrement qui est comme le fondement de notre salut, pourrions-nous douter du désir qu'il a de notre salut? Pourrions-nous croire qu'il voulût nous refuser les grâces qui doivent soutenir une grâce si inestimable ? C'eût été une grande miséricorde de Dieu de nous favoriser d'un si grand bienfait , quelque choix qu'il eût fait du ministre qu'il eût voulu employer : mais une des plus précieuses faveurs que nous puissions recevoir de lui, il l'a mise entre les mains de toutes sortes de personnes indifféremment, pour la faire tomber sur nous de leurs mains. (Remarques sur divers sujets de religion et de morale).

[Conditions du Baptême]. — Pourquoi pensons-nous, quand on nous a enrôlés dans la milice de Jésus-Christ, qu'on nous ait fait renoncer à Satan et à ses pompes, qu'on nous ait imprimé sur toutes les parties de notre corps le signe de la croix, qu'on nous ait oints de l'huile sacrée, si ce n'est pour nous faire entendre que nous avons cessé d'être au démon pour appartenir à Jésus-Christ, que la joie du siècle n'est point faite pour des chrétiens, que cette vie doit être pour nous une vie de croix et de souffrances, mais que, pour les supporter avec mérite et avec joie, le Seigneur nous donnera la force et l'onction de sa grâce? C'est donc en vain que nous nous scandalisons quand toutes ces choses nous arrivent: ne devons nous pas nous y attendre? Nous a-t-on trompés en nous les dissimulant? C'est à cela que nous sommes appelés : In hoc positi sumus, in hoc vocali eslis. (I ïhessal. 3. — Pétri. 4). (Monmorel, Homélie dans l'octave de l'Ascension).

[La dignité où nous élève le Baptême]. — Un chrétien est dédié et consacré à Dieu par son baptême ; on le tire de l'esclavage du démon pour le faire entrer en possesssion du Seigneur, qui s'en saisit et qui le regarde comme s.»ii. Les chrétiens, dit S. Pierre, sont des personnes que Dieu a choisies pour lui, des gens qui composent une espèce de sacerdoce royal, qui sont prêtres et victimes tout ensemble; une nation sainte, un peuple d'acquisition, pour la couquèto duquel Dieu a répandu jusqu'à la dernière goutte

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de son sang. De plus, le chrétien est saint par l'infusion de la grâce sanctifiante, et, qui plus est, du Saint-Esprit qui en est le principe. Je suppose toutes ces vérités, qui sont incontestables, pour en tirer cette conséquence, que les péchés des chrétiens sont plus griefs que ceux des païens, et par conséquent plus punissables, parce qu'ils sont plus élevés en dignité qu'eux. C'est la raison de l'éloquent Salvien, qui semble avoir triomphé sur cette matière. « Il est constant, dit-il, que plus l'état d'un homme est élevé, plus les fautes qu'il commet sont grandes : Criminosior culpa est M honestior slalus; et plus la personne qui se rend coupable est honorée, plus son péché a de dégrés d'énormité : Si honoralior estpersona peccanlis,peccall quoque major invidia.

Il faut souvent rappeler la mémoire de ce qui s'est fait à notre égard au jour de notre baptême, qui a été celui de notre adoption et de notre régénération spirituelle. Ce jour est passé, mes frères : et qui de vous se représente les engagements que vous avez contractés alors, pour faire par vousmêmes ce qui n'a été fait que par la volonté d'autrui, et promis par une bouche étrangère? C'est une sainte pratique de renouveler souvent ces promesses, pour reprendre l'esprit de religion et pour vous engager entièrement à lui. Quand un enfant est porté sur les fonts, c'est un enfant de ténèbres ; mais, quand il a reçu la grâce du baptême, c'est un enfant de lumière. C'est pourquoi S. Denys appelle ce sacrement un sacrement de lumière : et S. Paul, écrivant aux Ephésiens et voulant faire allusion à ce qui s'est passé au jour de leur baptême, leur dit ces belles paroles : Eratis aliquandô tenebrœ, nunc aulem lux in Domino. Si vous saviez, mes frères, le changement qui s'est fait de vos personnes depuis le jour de votre baptême, vous en seriez surpris: avant que vous fussiez baptisés, vous n'étiez que ténèbres et obscurité, et maintenait que vous avez reçu ce sacrement, vous êtes tout changés, et, intimement unis au Verbe divin, qui est la splendeur substantielle, vous êtes des enfants de lumière. (Joly).

[La vocation du chrétien]. — La vocation du chrétien est une vocation à la sainteté dans le dessein de Dieu, et un engagement à la sainteté dans la conduite de l'homme, par la grâce qui lui a été donnée par son baptême : grâce qui est la source de toutes les bénédictions spirituelles, et qu'on ne compte presque pour rien. Car qui est-ce qui, pour ranimer sa foi languissante, la ramène quelquefois à son origine? Qui est-ce qui, se modérant dans les prospérités de la vie, se souvient que son jour heureux est celui où il devint enfant de Dieu? Qui est-ce qui, pour mieux connaître et punir plus sévèrement les infidélités qu'il a faites à Dieu, rappelle en son esprit ou renouvelle les promesses qu'il lui a faites? Nous portons le nom de chrétien sans réflexion et sans mérite; c'est un avantage que la piété de nos pères nous a procuré, et que nous n'avons pas soutenu par la nôtre; l'innocence que nous y avions reçue n'a duré qu'autant que la faiblesse de l'âge nous a tenus dans l'impuissance de la perdre; les passions se sont

saisies de notre âme; l'esprit du monde a prévalu dès que nous avons été en état de nous conduire, et nous avons cessé d'être fidèles sitôt que nous sommes devenus raisonnables. (Fléchier, Sermon pour le jour de la Toussaint) .

[Baptême chrétien, baptême juif]. — Le baptême des chrétiens est bien différent de celui des Juifs, comme Ta remarqué S. Zenon de Vérone. Le Juif; qui, selon l'Apôtre, a été comme baptisé au passage de la mer Rouge, ne fut point mouillé de son eau; il marcha toujours à pied sec; la terre promise était la fin de son voyage : il la devait avoir continuellement présente. Mais, dans le baptême chrétien, où nous sommes faits enfants de Dieu, on nous lave dans les eaux. Piscine merveilleuse, où tous les objets de la terre paraissent dans une espèce de renversement : on y renonce à la vie du péché, pour ne plus vivre qu'à la vie de la grâce; on y est dépouillé du vieil homme, pour s'y revêtir de l'homme nouveau ; et sans violer son serment, on ne peut plus s'attacher au monde. (Les actions chrétiennes.)

[Le prix du baptême]. — Comme il n'est point de bien en cette vie qui ne soit corrompu par le mélange de quelque défaut, ni de condition si avantageuse qui n'ait quelque disgrâce, je puis dire qu'il nous arrive comme à ceux qui sont riches de naissance : parce qu'ils ne savent pas ce que vaut et ce que coûte le bien, ils sont ordinairement plus prodigues que ceux qui ont fait leur fortune par leur travail. De même, parce qu'on nous a donné la grâce du Baptême sans que nous fussions en état de la demander, et que nous avons trouvé le christianisme sans le chercher, nous n'en connaissons point, ce semble, la valeur, et il y en a bien peu parmi nous qui s'appliquent avec soin à en faire un bon usage.

S. Chrysostôme dit que ce qu'est le sein de la mère pour former le corps d'un enfant, dans sa première naissance, le Baptême l'est, dans la seconde régénération, pour former l'esprit du chrétien. Ou bien, comme dit S. Léon, Jésus-Christ a mis dans les fonts sacrés du Baptême une fécondité admirable, semblable en quelque façon à celle dont le Saint-Esprit a honoré le sein de la bienheureuse Vierge : Christus originem quam sumpsit in utero Virginis posuit in fonte Baplismalis. La fécondité de Marie nous donne un Sauveur, dit ce saint Pape, et la fécondité du baptême nous donne des fidèles destinés au salut; celle-là produit le premier des prédestinés, celle-ci produit les membres du corps mystique de Jésus-Curist , et lui donne des frères : Dédit aquœ quod dédit Matri : obumbralio Spiritus Sancti, quoi fecit ut Maria parercl Salvalorem, facit ut regeneret unda credenlem: quo Spiritu de intemeratœ Matris visceribus nascilur Christus, hoc de Sanctœ Ecclesiœ utero nascilur CJcrislianus. (Serm. de Nativ).

« Croyez-moi, mes frères, dit le même S. Léon, ce don excède tous Lea autres dons, et nous ne pouvons rien concevoir de plus grand que cette

grâce, qui fait que Dieu appelle l'homme son fils, et que l'homme peut prendre la liberté d'appeler Dieu son père : Omnia dona excedit hoc Jonum, ut Deus hominem voccl filium, et homo Deum nominct palrem. » Quel honneur, dit S. Augustin, que l'enfant adopté soit destiné à être où est le Fils unique et naturel, et, quoiquu'il ne lui soit pas égal dans sa divinité, qu'il soit néanmoins son compagnon et son cohéritier dans l'éternité! Quel honneur qu'en vertu de cette adoption il ait part à la même couronne et qu'il possède la même félicité ! Hé Dieu ! qu'il y a peu de chrétiens qui reconnaissent cette grûce, puisqu'il y en a si peu qui connaissent les grandes choses que Dieu a faites en leur faveur quand il les a faits chrétiens! Qu'il y en a peu qui entrent dans les sentiments du grand S. Louis, qui faisait plus d'état de l'honneur qu'il avait reçu ayant été enfant de Dieu par le Baptême, que de la gloire d'être fils de roi et légitime successeur du plus florissant royaume du monde ! Qu'il y a de chrétiens qui pensent, avec des complaisances criminelles, à la noblesse de leur sang et à la gloire de leurs ancêtres, et qui s'abusent même par des généalogies trompeuses ! mais qu'il y en a peu qu!* se souviennent avec joie qu'ils ont l'honneur, en qualité de chrétiens, d'être d'une extraction divine, d'être princes du sang de Jésus-Christ, et enfin d'être ses frères et ses cohéritiers, s'ils veulent, dans sa gloire!

Qu'est-ce qu'être chrétien? Nous l'avons déjà dit: c'est être enfant adoptif de Dieu et membre du corps mystique de Jésus-CiiRisT. Eh quoi! en qualité d'enfants, ne sommes-nous pas obligés à porter sur nous les traits de la ressemblance de notre père ? Imilalores Dei eslote, sicut filii charissimi. En qualité de membres du Fils de Dieu, si nous ne voulons déshonorer notre chef et faire un monstre de son corps mystique, ne devons-nous pas être vivifiés de la vie de sa grâce, et dans toutes nos actions, agir par le ministère de son. esprit ? Qui dicit se in ipso manere débet, sicut Me ambulavil, et ipse ambidare. 0 devoir du christianisme, que tu es mal entendu !

Souvenons-nous que, dans le Baptême, nous avons été faits chrétiens. Or, qu'est-ce, je vous prie, qu'être chrétien? C'est faire profession delà foi et de la loi de Jésus-Christ: en voilà assez pour nous confondre sur cette obligation. Cette foi et cette loi sont toutes saintes; nous faisons profession de vouloir aimer Dieu de tout notre cœur, et le prochain comme nous-mêmes; nous embrassons cette morale pure et élevée que l'Évangile nous enseigne, cette vertu héroïque qui ne donne rien à la chair ni au sang. Vous reconnaissez Jésus-Christ pour votre maître, et vous êtes engagés à suivre sa doctrine: faites réflexion sur les devoirs auxquels cette sainte profession vous oblige, (Le P. Texier, vend, de la JTQscm. de Car.)

[De ceux qui renoncent à la foi]. — Nous lisons dans l'histoire qu'un diacre de l'Église de Cartilage, ayant appris avec beaucoup de douleur, dans la prison où il avait été mis pour ia foi, qu'un jeune chrétien nommé Elpido-

phore, qu'il avait tenu sur les fonts du Baptême, avait malheureusement renoncé au christianisme pour retourner à son ancienne idolâtrie, et ne pouvant pas l'aller trouver, il se persuada qu'au jour de son martyre cet apostat serait dans l'assemblée de ceux qui assisteraient à son suplice, et qu'alors il pourrait lui faire des reproches. Le jour donc de sa mort étant venu, il prit sous son manteau la robe blanche dont il avait revêtu Elpidophoreau jour de son baptême; et, ayant aperçu l'apostat, il lui montra cette robe en lui disant : « Ilœcsunl linleamina quœ le accusabunt, clùm majeslas veniet judicanlis : Voilà, malheureux, voilà, perfide, la robe dont tu fus revêtu, quand tu fus fait enfant de Dieu ! ce sera cette robe qui te fera ton procès, et qui te confondra devant le souverain Juge. » Ces paroles furent prononcées avec tant de force, que ce renégat en fut saisi d'effroi, écumant et hurlant comme un démoniaque. Eh Dieu ! si un homme sur l'échafaud et sur le point de mourir confond si puissamment un pécheur, que sera-ce d'entendre la voix tonnante de Jésus-Christ qui nous reprochera notre ingratitude et notre infidélité ? Que répondrons-nous quand il nous accusera d'avoir violé les serments de notre baptême, et d'avoir foulé aux pieds toutes les grâces de ce sacrement ?

Cette seconde naissance, que le chrétien reçoit dans le Baptême, et par laquelle il devient enfant de Dieu, est un mystère au-dessus de tous les efforts de la raison humaine. Ce n'est pas seulement le docteur de la loi, Nicodème, qui en a été surpris lorsque le Fils de Dieu lui fit cette proposition : Oporlet nasci denuô, il faut naître une seconde fois; ceux-là mêmes que Jésus- Christ a plus particulièrement instruits de cette naissance ont reconnu la difficulté qu'il y avait de bien entendre la grâce que Dieu nous a voulu faire. C'est pour cette raison que S. Augustin, réfléchissant sur le premier chapitre de S. Jean , a observé que le bien-aimé disciple y traite de trois mystères ineffables, qui s'éclaircissent et qui s'autorisent l'un l'autre. Le premier est la génération éternelle du Verbe dans le sein de son Père ; le second est la génération temporelle du Verbe dans le sein de sa Mère ; la troisième est la génération spirituelle que les hommes reçoivent dans les eaux du Baptême. Car S. Jean , prévoyant bien qu'on aurait de la peine à la croire, autorise cette régénération de l'homme par un autre plus difficile : El Verbum caro faclum esl , cl habilavil in nobis : le Verbe a été fait chair, et il a demeuré parmi nous. « Pourquoi vous étonnez-vous , dit sur cela S. Augustin , de ce que les hommes renaissent de Dieu? Considérez que Dieu reçoit une seconde naissance de l'homme : Quid miraris quia homines à Deo nascunlur? allendc ipsum Dkum nalum m hominibus ? »

Vous remarquerez une judicieuse différence que l'Apôtre a mise entre le premier et le second Adam : Faclus csl prunus homo Adam in an/mam viventem, novissimus Adam in spirilum vivificanlcm (I Cor. 1I>). Lorsque le premier Adam fut formé de la terre, l'Écriture nous enseigne qu'il çççul une âme vivante, c'est-à-dire immortelle; mais, quand le second Adam

est venu au monde , non - seulement il est venu au monde avec un esprit vivant pour lui seul, mais encore capable de donner la vie aux autres. « Et voilà le ravissant commerce de la chair et de l'esprit qui s'est fait en la personne de Jésus-Christ, » dit S. Athanase. Le Fils de Dieu a voulu prendre de nous la chair, afin que nous reçussions son esprit.

Pensez-vous quelquefois que la charité que Dieu a répandue dans vos cœurs vous donne la liberté de vous unir intimement à Dieu ? Sommesnous chrétiens tout de bon, c'est-à-dire avec connaissance de notre christianisme? Nous le sommes, parce que nous sommes baptisés, parce que nous entrons dans l'Église, nous assistons au sacrifice de l'autel, nous nous acquittons de certaines cérémonies au-dehors : mais avons -nous un entendement chrétien , une volonté chrétienne ? Pensons-nous , raisonnons-nous en chrétiens ? aimons-nous en chrétiens ?

S. Augustin , dans la Cité de Dieu , remarque , après un auteur profane, que les grands hommes des siècles passés se glorifiaient d'être descendus des dieux , et que cette imagination , toute fausse qu'elle fût, leur était avantageuse : Ut humanus animus, velut divinœ stirpis jîduciam gérons, res magnas aggrediendas prœsumat audaciùs , agat vehementiùs , et ob hoc . impleal ipsâ securilale feliciùs. Ils se flattaient de cette pensée, afin que, leur âme, se tenant assurée d'une naissance divine, eût la hardiesse d'entreprendre de grandes choses, les exécutât avec plus de chaleur, et les accomplît avec d'autant plus de bonheur qu'ils en croyaient le succès infaillible... Vanité, fantôme, illusion, je l'avoue : mais, si cette croyance d'une dignité prétendue et imaginaire a fait tant d'impression dans l'esprit des princes, quel sentiment n'inspirerait pas cette vérité de foi établie dans l'esprit d'un chrétien ! « Je suis enfant de Dieu, et je dois posséder un jour tout le royaume de Dieu.» C'est le motif dont se servaient les Pères et qu'ils suggéraient à ceux qui recevaient le Baptême.

Je me dois souvent demander à moi-même où est ma foi, où est la sainteté de ma vie. Qui est-ce qui a des sentiments dignes du christianisme? qui a cette résolution forte et sincère , constante et généreuse , d'honorer par la sainteté de sa vie Ta filiation divine qu'il a reçue dans le Baptême ? Que de lâcheté! que d'indifférence! que de mépris pour celui que nous devons reconnaître pour notre Père! et qu'il pourrait justement renouveler l'ancienne plainte qu'il faisait par son Prophète : Filios enutrivi et cxallavi, ipsi aulem spreverunl me (Is. 1). Je leur ai donné la vie et la naissance, je les ai élevés jusqu'à la participation de mon être; mais, à mesure qu'ils ont crû, ils n'ont eu pour moi que de la froideur et du mépris. En effet, quelle reconnaissance, quel respect, quelle tendresse, quel empressement avez - vous pour lui plaire ? A quoi pourra- t-il connaître que vous êtes ses enfants ? (Le P. Texier.)

[La concnpiscence après le Baptême]. — Quoique la concupiscence soit comme passée en nature et qu'elle rende le péché si difficile à vaincre, néanmoins

Dieu la laisse dans Fâme des fidèles après le Baptême , pour exercer leur vertu, pour dompter leur orgueil, et pour leur rendre toujours présent le souvenir de leur malheur. Pendant l'heureux état de l'innocence , la vertu était si naturelle à l'homme, qu'elle ne trouvait point de résistance : il faisait le bien avec plaisir, et la grandeur du mérite n'était point mesurée par la difficulté de l'ouvrage; ses passions étaient obéissantes à la raison, ses sens étaient fidèles à l'esprit, et le corps n'avait point d'autres mouve-* ments que ceux de son âme. L'exercice de la piété n'était point encore un combat; la continence et la force n'étaient point contraintes de donner des batailles pour remporter des victoires. Aussi faut -il confesser que, si l'homme avait plus de repos , il avait moins de gloire que nous, et que, s'il goûtait plus de douceur, il n'espérait pas tant de récompense : car maintenant toute notre vie se passe dans l'exercice et dans le combat toutes nos vertus sont austères et toujours environnées d'ennemis. Ainsi, c'est pour combattre que nous nous sommes enrôlés par le Baptême sous les étendards du Fils de Dieu : c'est le chef que nous devons suivre. Mais souvenons - nous que cette inclination au mal , cet ennemi domestique et cette rébellion intérieure que nous éprouvons, sont la matière de nos combats et de nos triomphes. (Le P. Senault, l'homme criminel, XIe discours.)

[Effets du Baptême]. — Si, pour être chrétien, il ne s'agissait que de prononcer les promesses de son baptême; s'il suffisait de s'acquitter extérieurement de quelques devoirs de religion, de croire les vérités révélées, d'acquiescer à tout ce que l'Église catholique propose comme article de foi , de se faire même dans l'idée un devoir de les défendre au péril de sa vie , j'ose dire , Messieurs , que le nombre des vrais chrétiens serait aussi grand qu'il est aujourd'hui petit ; que , quelque étroite que soit la voie du ciel, une infinité de gens y marcheraient; qu'il n'y aurait point de secte ui plus universellement répandue ni plus fidèle à ses obligations que la nôtre. Mais, quand je me représente que cette qualité de chrétien nous engage à des devoirs presque infinis, qu'à proportion de l'excellence de notre grâce on nous demande d'excellentes vertus, je tremble pour vous et pour moi, trouvant dans l'arche de Noé moins d'hommes que d'animaux, dans l'Église moins de véritables fidèles que de faux chrétiens.

Le Baptême, qui nous fait chrétiens, est, dit S. Grégoire de Nazianze, un lien qui nous attache à Jésus-Christ et qui nous rend, avec lui, étrangers sur la terre; un dégagement de notre servitude, où nos chaînes sont rompues, pour nous rétablir dans une vraie liberté ; en un mot , c'est le plus excellent don de Dieu et le plus saint épanchement de sa lumière. Cette grâce du. christianisme reçoit différents noms , par rapport aux différents fruits qu'elle produit. Don : elle nous est donnée indépendamment de nos mérites. Baptême : nos âmes y sont purifiées. Onction : nous y sommes consacrés prêtres et rois. Illumination : une invisible clarté se

-'lG BAPTÊME.

répand dans nos âmes , qui en sont toutes pénétrées. Vêlement incorruptible : notre ignominie et notre nudité sont cachées. Sceau et caractère : nous y appartenons à Dieu, c'est le signe de sa domination sur nous. Quand on confère ce Sacrement, les cieux s'en réjouissent , les anges en célèbrent la solennité avec d'autant plus de joie que la gloire qui nous y est communiquée nous approche d'eux.

Le renouvellement de l'homme s'est fait dans le Baptême, dit S. Grégoire de Nazianze. C'est là que, comme par un déluge universel, tous nos péchés sont noyés ; c'est là que les impuretés et les taches que nous avons contractées par le vice de notre origine nous sont ôtées : et, comme nous sommes composés de deux parties, d'une partie visible et d'une partie invisible , de corps et d'âme , qu'a fait Dieu ? Il a voulu que deux choses dans le Baptême y répondissent : l'eau, qu'on y emploie d'une manière visible et naturelle, et l'esprit, dont la vertu produit son effet d'une manière spirituelle et invisible. Ce que l'eau fait au-dehors, l'esprit le fait au-dedans; l'eau lave le corps, mais l'esprit céleste donne à l'âme les secours dont elle a besoin dans l'état où elle se trouve. (Diction nair moral.)

[Devoirs du christianisme]. — Dans le monde, la plupart des hommes s'imaginent que le christianisme ne consiste qu'en quelques cérémonies extérieures , quon appelle Religion , et que toutes les obligations qu'il impose ne sont point du tout essentielles à la qualité de chrétien. On appelle religion certaines pratiques particulières , dont on se fait une loi de s'acquitter tous les jours , pendant qu'on omet toutes les autres : ce n'est point là une religion, c'est une illusion. Le devoir d'un chrétien, c'est d'exercer toutes les vertus, et celles principalement qui sont nécessaires à son état et à la destruction de ses vices et de ses passions. Vous assistez régulièrement au service divin ; vous communiez tous les mois, vous faites tous les jours quelques aumônes : tout cela est bon. Mais si, avec cela, vous êtes tranquillement vindicatif, ambitieux, envieux, médisant, vous n'avez que le superficiel de la religion. Le dirai -je? vous n'êtes pas un véritable chrétien. On ne fait point précisément ce qu'on est obligé de faire, et l'on veut pourtant se distinguer par tout ce qui fait du bruit; on ne prend les dehors de la religion que pour être plus en droit de réformer les autres; c'est un voile sous lequel le vice repose en sûreté, et sous lequel il veut jouir des privilèges de la vertu. On laisse le capital de la vertu pour les apparences.

Il faut qu'un chrétien considère son état comme un état de mort , qui lui ouvre le chemin du ciel et qui lui ferme celui du monde. Et comme le premier homme, sorti du paradis terrestre, ne put jamais y rentrer, parce que le chérubin que Dieu avait mis à la porte en défendait l'accès; ainsi, par une raison différente, mais par un effet tout semblable, le chrétien, s'étant par son baptême séparé du monde , qui est le paradis de l'homme

terrestre , Dieu ne veut pas qu'il y rentre , ni de pensée ni d'affection , et encore moins par ses actions. Son corps peut bien être sur la terre , mais son âme doit être en Dieu, et ne doit être appliquée qu'à Dieu. Il doit se souvenir de cette parole de l'Apôtre : « Soit que nous vivions, soit que nous mourions, quoi que nous fassions, nous sommes à Dieu. » (Discours chrétiens.)

La première obligation d'un chrétien qui a reçu le Baptême, c'est d'être mort avec Jésus-Christ; c'est-à-dire de se considérer, dans toutes les choses de la terre, comme une personne- morte, qui n'y a plus de part et qui n'en doit plus avoir de sentiment, regardant indifféremment les biens et les maux du monde, et n'en étant jnon plus touché qu'un mort du bien ou du mal qu'on voudrait faire à son corps. C'est pourquoi, il faut considérer , premièrement , combien cette insensibilité à toutes les choses du monde est une haute perfection , et combien il y a peu de personnes qui soient vraiment mortes à tout ce qui n'est point Dieu. Cependant, c'est une perfection à laquelle généralement doivent tendre tous les chrétiens , comme étant essentielle au christianisme , puisque c'est le premier engagement où l'on est entré dans le Baptême, comme S. Paul le marque expressément par ces paroles ; Quicumque baptizati sumus, in morte ipsius baptizati sumus (Rom. 6). On doit donc avoir du moins un vrai désir d'y satisfaire autant qu'on le peut , si on ne le peut pas faire autant qu'on le doit.

Nous avons été ensevelis avec lui par le Baptême, pour mourir au péché, dit l'Apôtre. Ce qui nous apprend, ce semble, que ce n'est pas assez à un chrétien qui a été baptisé, d'être mort avec Jésus - Christ, s'il n'est, de plus , enseveli et renfermé dans le sépulcre avec lui. Or, la différence qu'il y a entre une personne morte et celle qui est dans le sépulcre, c'est que l'une est encore, en quelque sorte, parmi les vivants, et l'autre en est entièrement séparée; que l'une n'a plus de part avec le monde, mais que le monde en a encore avec elle, en ce que l'on s'occupe auprès d'elle pour lui rendre les derniers devoirs ; au lieu que l'autre est tellement retranchée du commerce des hommes, qu'on n'a plus rien à lui faire, et qu'on ne pourrait plus même la regarder sans horreur. Ainsi l'état où doit être une personne baptisée est d'être non-seulement morte au monde, n'ayant aucun sentiment de ses biens et de ses maux, mais encore de vouloir bien que le monde la traite comme une personne morte et déjà dans le tombeau, qu'il a mise en oubli , dont il s'est entièrement séparé, et qu'il a rejetée de lui comme une chose qu'il ne peut souffrir. C'est l'état ou était S. Paul lorqu'il dit que le monde était crucifié pour lui, et qu'il était crucifié pour le monde : Mihi mandas crucifixus est , et ego mundo.

Comme S. Paul dit que si Jés:;s-Christ n'était point ressuscité d'entre les morts, notre foi et notre espérance seraient vaines, nous pouvons dire aussi que ce serait en vain que le Baptême nous aurait donné part à la mort et à la sépulture de Jésus - Christ, s'il ne nous avait aussi don tic

part ù sa résurrection et à sa nouvelle vie. C'est d'où naît la plus grande obligation d'un homme qui a reçu le Baptême, qui ne doit mourir au monde que pour vivre en Dieu; qui ne doit être insensible à toutes les choses temporelles que pour être touché de l'amour des choses éternelles: qui ne doit s'ensevelir avec Jésus - Christ que pour se dérober aux yeux et à la conversation des hommes; qui ne doit abandonner la demeure de la terre que pour habiter dans le ciel en qualité de ressuscité. (De Sainte- Marthe, Traité de piété.)

[Oubli trop général]. — Tout chrétien baptisé est essentiellement obligé de garder toute la loi : c'est ce qui nous fait voir que beaucoup de chrétiens ne satisfont point à leurs engagements , et qu'il y en a un très-grand nombre qui sont assez malheureux pour violer les vœux et les promesses de leur baptême : car ceux qui ne suivent qu'une partie des commandements , et ne font pas difficulté de transgresser plusieurs préceptes , sont manifestement des prévaricateurs. Ensuite , ceux qui ont la témérité d'expliquer la loi de Dieu selon leur sens, qui l'interprètent par rapport à leur intérêt et à leurs inclinations , sont encore évidemment des enfants rebelles , qui agissent directement contre ce qu'ils ont promis. C'est , par exemple , un devoir essentiel de la religion chrétienne de porter la croix et de se mortifier : toutes les cérémonies du Baptême nous font voir de quelle importance il est d'obéir à ce commandement. Vous ne pouvez ignorer que, quand vous avez reçu ce bienfait, le prêtre ne vous ait annoncé en plusieurs manières l'obligation de porter la croix; il vous l'a marquée par les signes et par les cérémonies, en imprimant le signe de la croix sur votre front, et ensuite sur votre poitrine. Est-il nécessaire de vous faire entendre ce que veulent dire ces cérémonies? Si vous voulez encore entendre l'apôtre S. Paul, il vous apprendra que la vie chrétienne est une vie de crucifiement : Qui sunt Chrisli, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis (Galat. 5). Or, il suit de-là qu'il n'y a rien de plus opposé à la sainteté du Baptême , à ses engagements , à la vie chrétienne, que d'aimer les plaisirs, de les rechercher, de vouloir se satisfaire, et d'enflammer la cupidité en lui accordant ce qu'elle désire.

Grand Dieu ! en faisant attention à la miséricorde que vous nous avez faite lorsque vous nous avez marqués de votre sceau et que vous nous avez mis au rang de vos enfants , que nous avons sujet d'entrer dans de grands sentiments de confusion I Vous nous avez fait une grâce dont le prix est inestimable : et cependant nous l'avons presque oubliée ; à peine • y avons-nous pensé ; au lieu que nous aurions dû ne pas passer un seul jour de notre vie sans nous souvenir de vos grandes miséricordes. Combien de jours se sont écoulés sans que nous ayons fait aucune réflexion sur ce que nous étions , et sur ce que nous sommes devenus par la grâce du saint Baptême? Si nous méditons les promesses que nous vous avons faites et les lois que vous nous avez prescrites, nous avons

encore beaucoup plus sujet de nous confondre en votre présence. Les avons-nous tenues , ces promesses ? Avons - nous obéi à vos commandements? Infidèles que nous sommes, nous avons servi celui auquel nous avons renoncé , et notre vie a été une suite continuelle de désobéissances à vos saintes lois. Nous avons donc besoin de considérer nos premiers engagements, pour être convaincus de nos infidélités. Que ferons -nous, Seigneur, pour effacer des fautes si criminelles? Vous nous avez appris qu'il y a un second baptême, que vous avez institué par un excès de miséricorde pour ceux qui ont perdu la grâce du premier. 11 n'y a que le baptême de larmes qui puisse nous rétablir dans l'heureux état d'où nous sommes tombés. (Lambert, Homélie pour la Trinité).

[Égalité entre chrétiens]. — Tous les chrétiens sont égaux en un sens: // n'y a parmi nous, dit l'Apôtre, qu'un corps, qu'un esprit, qu'une même espérance, qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un Baptême. Ce qui doit faire notre principale gloire se trouve également dans tous les chrétiens. S'il y a quelque différence, elle doit être fondée sur les principes de la religion : si un chrétien doit avoir une prérogative au-dessus d'un autre, ce ne peut être que parce qu'il suit avec plus de fidélité les lois de l'Evangile. Le riche qui se conduit suivant les maximes de Jésus-Christ est au-dessus du pauvre, non parce qu'il est riche, mais parce qu'il est fidèle à Jésus-Christ. Le pauvre qui se sanctifie dans son état est infiniment au-dessus du riche qui mène une vie contraire à l'Evangile. En un mot, il n'y a rien de plus grand sur la terre, que le nom de chrétien.

Un chrétien, pour le définir exactement, est un homme qui, ayant été baptisé, prend l'Évangile pour règle de sa conduite et Jésus-Christ pour modèle, qui travaille continuellement à devenir la copie vivante de ce divin original, à en exprimer tous les traits en sa personne, afin, comme dit l'Apôtre, que la vie de Jésus-Christ paraisse dans lui : Ut et vita Jesu manifestetur in corporibus nostris (II Cor. iv, 10) : de sorte qu'en le voyant on croie voir quelque chose de Jésus-Cii. jst, et que ce chrétien puisse dire, avec S. Paul, qu'il vit de la vie de Jésus - Christ, ou plutôt, que Jésus- Christ vit en lui. Yoilà le portrait d'un véritable chrétien : est-ce le vôtre? Vous reconnaissez-vous à ces traits, et pouvez-vous répondre que vous êtes chrétiens? Sondez votre cœur, examinez votre conduite sur cette règle, et puis répondez. (Le P. Nepveu, Esprit du Christianisme).

[Conserver l'innocence baptismale]. — Les chrétiens devraient travailler avec tous les soins imaginables à conserver l'innocence qu'ils ont reçue au Baptême. Mais ce qui est déplorable, c'est que la plupart n'y pensent point. On voit par expérience qu'ils dégénèrent de la pureté de leur divine régénération! presque aussitôt qu'ils atteignent l'usage de raison; et plus ils ont de connaissance, plus l'innocence et la simplicité chrétienne décroissent et diminuent en eux, la malice et le péché prenant tons les jours dan i t. n. 4

BAPTÎÏMî •

leurs âmea de nouveaux accroissements et y jetant de plus profondes racine k. qui doit-on attribuer cette perte de l'innocence baptismale dans les enfants qui manquent de fidélité à Dieu presque aussitôt qu'ils se connaissent? Certes c'est à la corruption du siècle et à la négligence des pères et des mères, par le soin desquels, selon l'ordre de Dieu, la grâce devait se conserver et croître dans ces petites créatures : car, comme les pères et les mères ne vivent pas toujours chrétiennement, mais selon la corruption du siècle, et qu'ils n'ont pas soin de les bien instruire, il ne faut pas s'étonner si leur mauvais exemple fait prendre aux enfants de mauvaises habitudes, et les engage peu à peu dans le vice.

Les infirmités du corps, les maladies,. les douleurs, les mouvements de la concupiscence, nous sont laissés après le baptême, afin de servir de . matière à notre vertu, et que, ayant plus d'occasion de l'exercer, nous puissions acquérir aussi une plus grande gloire et une plus ample recompense dans le ciel. Ce fut cette raison qui fit que Dieu, après avoir délivré les Israélites de la servitude des Égyptiens, Pharaon et toute son armée ayant été submergés dans les eaux de la mer Rouge, ne les fit pas néanmoins entrer aussitôt dans cette terre heureuse et promise; mais il les exerça auparavant par plusieurs et différents événements fâcheux. Et même lorsque, dans la suite, il les eut mis en possession de cette ,terre, il en chassa bien la plupart des nations qui l'habitaient; mais il en laissa quelques-unes qu'ils ne purent détruire, afin qu'étant obligés de leur faire la guerre, ils eussent toujours des occasions d'exercer leur force et leur courage.

[Bonheur des enfants adoplifs de Dieu]. - Si les enfants de Dieu ont cela de commun avec Jésus - Christ, qui est le premier-né de toutes les créatures, que Dieu les a, pour ainsi dire, conçus dès l'éternité par sa pure volonté et par le seul motif de son amour, ils ne lui sont pas moins semblables quant à leur renaissance spirituelle, par la conformité qu'ils out avec lui dans le mystère de son incarnation. Car ee Père tout-puissant et tout sage voulant obliger ceux qu'il adopte pour ses enfants a se rendre conformes à son Fils par l'imitation de ses vertus et de sa sainteté, veut qu'ils renaissent spirituellement, comme il l'a fait naître temporel lement Chacun sait que Jésus-Christ a en deux naissances, l'une éternelle dans le sein de son Père, et l'autre temporelle dans le sein de sa mère. Nous avons aussi deux naissances, l'une naturelle dans le se.n de nos mères, Vautre surnaturelle dans le sein de l'Église : et celle-ci, dit S Augustin, 'appelle, non génération ou naissance simplement, mais régénération ou renaissance, parce que la génération nous tait ennemis de Dmn et esclaves du démon, mais la régénération nous fait chrétiens et enfants de

Ta profession que vous avez faite an baptême, dit S. Éphrem, est écrite dans les registres de l'éternité, et ce sera cette même profcss.on qm ïou,

sera redemandée au jour de votre mort, et représentée au dernier jugement. Car alors on présentera à chacun le sceau de son baptême, pour voir s'il n'aura point été rompu ni violé. On verra si la fidélité sera demeurée entière, si la robe blanche de là première innocence n'aura point été souillée ni déchirée, si l'on n'aura point faussé cette belle protestation qu'on avait si généreusement prononcée, en présence de tant de témoins. Les anges écrivirent cette protestation à l'heure du baptême, et la représenteront à l'heure de la mort. Ainsi, nous aurons devant les yeux toute la conduite de notre vie, nos pensées, nos desseins, nos paroles et nos actions : on confrontera tout cela avec la promesse que nous avons faite et l'on verra si tout se trouvera conforme, et si nous avons été fidèles ou perfides. Cette confrontation, sans doute, sera terrible et pleine de confusion pour plusieurs chrétiens, qui n'ont rien de l'esprit du vrai christianisme, mais dont la vie est toute païenne.

C'est en ce point qu'il y a sujet d'admirer avec quelle magnificence Dieu nous traite, et à quel excès va sa libéralité : nous nous donnons à lui, et nous nous consacrons à son service : hélas! peut-être seulement de parole. Nous lui promettons de l'aimer parfaitement et de lui être fidèles le^reste de nos jours : et lui, se confiant en nous, reçoit notre promesse, et nous récompense, dès le moment de notre baptême, comme si déjà il avait reçu nos services, quoiqu'il voie bien que la plupart ne lui tiendront point parole; et pour une simple promesse, dont il voiUe violement et la rupture à la première occasion, il ne laisse pas de nous faire des largesses réelles et véritables. Il nous donne ses grâces, mais avec une si grande profusion, qu'il n'est pas seulement libéral ou magnifique, mais même prodigue de son amour, de ses trésors et de lui-même; il n'épargne rien pour faire un chrétien, et l'élever à un degré de grandeur incomparable.

Le Baptême est appelé par S. Pacien,"évêque de Barcelone, le Sacrement de la passion de Jésus-Christ, parce qu'en ce sacrement le Fils de Dieu se plaît à répandre tout le mérite de son précieux sang et tout l'abîme de sa divine miséricorde sur les âmes des baptisés : en sorte que, étant toutes plongées et noyées dans cette mer de grâce, elles sont entièrement renouvelées, et reçoivent cette parfaite innocence qui nous est représentée par cette robe blanche que Ton donnait autrefois à chacun des nouveaux baptisés, ensuite de leur baptême. Car l'Église, dans cette cérémonie, leur Taisait entendre, par la bouche de ses ministres, qu'ils doivent tellement régler la conduite de leur vie et veiller si exactement sur leurs paroles et sur leurs actions, qu'ils conservent cette première grâce, par laquelle ils sont renouvelés, et cette innocence baptismale dont ils sont revêtus pure et entière jusqu'au jour du Seigneur, devant le tribunal duquel nous serons obligés de paraître tous. {La morale du Pater).

[JonasJ. — Autrefois Jonas, endormi au fort d'une tempête, fut éveillé

par la voix d'un pilote épordu : « Cujus es tu ? quœ est terra tua? quod opûs, et quô vadis ? De quel pays venez-vous? quelle est votre patrie, votre profession? et où prétendez-vous aller? » Le prophète ne fit point d'autre réponse à une interrogation si peu convenable au temps du danger : « Ser~ ous Dei sinii ego, et Deum cœli ego colo : Je suis le serviteur de Dieu, et j'adore le Dieu du ciel. » Comme s'il eût voulu dire : Ma profession, ma vocation, la fin de mon voyage, se réduit à adorer le Dieu du ciel. Ah I messieurs! permettez-moi de vous faire ici la même demande : Cujus es tu? d'où avez -vous pris votre origine? j'entends votre origine spirituelle. N'est-ce pas du ciel, quand vous avez reçu le Baptême? Songez - vous à y retourner? Quodnam est opus luum? Quelle est donc votre occupation pour cela? Vous êtes chrétiens, vous êtes serviteurs du vrai Dieu, et vous l'adorez : est-ce en esprit et en vérité? (Anonyme).

[Démentir sa foi]. — La plupart des chrétiens démentent leur foi et leur nom par leur conduite. Embarrassés dans les maximes du siècle, ils combattent les maximes de leur foi; plongés dans les désordres, ils déshonorent la sainteté du christianisme, et, enivrés de la cruelle cupidité des choses de la terre, ils étouffent la charité. Gomme personne n'est exempt des obligations du christianisme, il n'est permis à personne d'en retrancher quoi que ce soit : c'est la robe sans couture que les ennemis du Seigneur n'ont pu partager. Mais ce que les bourreaux n'ont osé entreprendre à l'égard de cette robe, les enfants de l'Eglise ont la témérité de le faire à l'égard de cette robe mystique; et je puis dire, avec le [Prophète, que les vérités sont aujourd'hui diminuées parmi les hommes; chacun se donne la liberté d'en faire un partage, selon ses dérèglements et ses passions. (Massillon).

[Les premiers chrétiens]. — Avec la foi des mystères, les vertus les plus éminentes et les pratiques les plus pénibles se sont répandues par toute la terre. Les disciples de Jésus-Christ l'ont suivi dans les voies les plus difficiles : souffrir tout pour la vérité a été parmi eux un exercice ordinaire; et, pour imiter leur Sauveur, ils ont couru aux tourments avec plus d'ardeur que les autres n'ont fait aux délices. On ne peut compter les exemples des riches qui se sont appauvris pour aider les pauvres, ni des pauvres qui ont préféré la pauvreté aux richesses, ni des vierges qui ont imité sur la terre la vie des anges, ni des pasteurs charitables qui se sont faits tout à tous, toujours prêts à donner à leur troupeau non-seulement leurs veilles ot leurs travaux, mais leur propre vie. L'Église n'est pas moins riche en exemples qu'en préceptes, et sa doctrine a paru sainte en produisant une infinité de saints. Dieu, qui sait que les plus fortes vertus naissent parmi les souffrances, l'a fondée par le martyre, et Ta tenue durant trois cents ans dans cet état, sans qu'elle eût un seul moment pour se reposer. (Bossuet, Discours sur l'Histoire, universelle).

[Le baptisé enfant de Dieu]. — Considérez, dit le disciple bien -aimé, jusqu'où Dieu a porté sa bonté à notre égard, et quel amour il nous a témoigné, de vouloir que nous soyons appelés et que nous soyons effectivement les enfants de Dieu : Vide te qualem charitatem dédit nobis Deus, ut filii Dei nominemur et simus (I Joan. ni, 1). Car enfin, n'eût-ce pas toujours été trop pour nous quand il nous aurait seulement permis de prendre cette qualité? Et ne nous aurait-il pas infiniment plus obligés que nous ne méritons si, par une condescendance amoureuse, il avait voulu souffrir que nous l'appellassions notre Père? Mais sa bonté va bien plus loin : car non-seulement il consent qu'on nous appelle ses enfants, Ut filii Dei nominemur, mais il prétend que nous le sommes en effet, Nominemur et simus. Non-seulement il veut qu'on nous en fasse l'honneur au-dehors, mais il veut que nous en recevions toute la gloire et tous les avantages au-dedans. Nous nous glorifions, et nous avons sujet de le faire, dit S. Paul : Gloriamur in spe fdiorum Dei (Rom. 5). Et de quoi, grand Apôtre? De l'espérance des enfants de Dieu. C'est lui, dit S. Jacques, qui, par le mouvement de sa pure volonté, nous a engendrés par la parole de sa vérité : Ipse enim genuit nos verbo veritatis; qui nous a appelés à la lumière, qui a fait passer jusqu'à nous, par le privilège de son adoption, un écoulement de la filiation de son Fils, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures : Ut simus inilium aliquod creaturœ ejus (Jac. 1). Loin donc d'ici les noms pompeux que l'antiquité a donnés à ses héros! Loin ces titres magnifiques de grand, de conquérant, dont on se fait honneur! loin ces rangs distingués ou ces qualités personnelles qui nous attirent l'estime et le respect des hommes! Tout cela, quelque grand et quelque auguste qu'il soit, n'est rien, à beaucoup près, en comparaison de la qualité d'enfant de Dieu : et un homme, quelque pauvre, quelque méprisable qu'il soit par sa naissance et par ses emplois, est infiniment plus grand devant Dieu, dès qu'il est chrétien, que ne l'ont jamais été tous les souverains et tous les empereurs païens, parce que, dit S. Cyrille, « c'est être arrivé au faîte et au plus haut point de la vraie grandeur et de la vraie noblesse, que d'être mis au nombre des enfants de Dieu : Fastigium nobilitatis est inter Filios Dei compulari. »

N'est-il pas étonnant que, le nom de chrétien étant le plus beau et le plus grand des noms, il soit le plus méprise? que la qualité d'enfant de Dieu, que nous avons reçue au Baptême, étant la plus souhaitable, soit celle dont on se soucie le moins? Car enfin, avec quelle ardeur ne se portet-on pas à conserver les autres, et avec quelle fureur n'en soutient-on pas les droits? ne s'allarme-t-on pas quand on nous les conteste? et, pour une ridicule préséance]qu'on nous dispute, des familles entières ne se divisent-elles pas? Mais, hélas! qu'on est tranquille sur ce qui regarde la qualité d'enfant de Dieu! on l'abandonne sans aucune peine à celui qui B*en veut faire honneur. Qu'on soit riche, qu'on soit distingué par sa naissance, qu'on ait de la considération dans le monde, qu'on y soit élevé par un bel

î>4 BAPTÊME.

emploi, c'est ce qu'on fait valoir dans ses titres : mais, pour ce qui est de la grâce du christianisme, de l'adoption divine et de la qualité d'enfant de Dieu, c'est ce que l'on méprise, ou du moins dont on se met peu en peine de faire valoir les avantages, et de remplir les devoirs.

Si je considère le chrétien par rapport à Jésus- Ciimst, je trouve qu'il a l'honneur d'être un de ses membres, sur lequel Jésus a une influence de gloire et de grandeur qui le met au-dessus de toutes choses. Mais, pour concevoir la force de cette vérité, dont S. Paul nous est garant, il faut savoir que Jésus- Christ a deux corps : l'un naturel, qu'il a pris dans le sein de sa sainte Mère; l'autre mystique, qu'il s'est associé, et dont il a voulu être effectivement le chef. Et ainsi, comme par le Baptême nous entrons dans l'Eglise, qui est le corps mystique du Fils de Dieu, pour en être une partie; et que d'ailleurs Jésus-Christ, qui par sa mort a engendré cette Eglise, a voulu en être le chef; ne devons-nous pas inférer que, un chrétien faisant partie de ce tout, nous tenons de près à cet illustre chef, et que chacun en particulier est un de ses membres? Vos autem cslis corpus Chrisli, et membra de membro, dit le grand Apôtre (I Cor. 6). Vous lui êtes tous unis, et cette union que vous avez avec lui, qui vous est si glorieuse, est de telle nature, qu'elle est parfaite et intime. C'est l'effet de la prière que le Fils de Dieu fit à son Père peu de temps avant sa mort : « Je vous demande que ceux qui doivent croire en moi soient en moi et moi en eux, de même que vous êtes en moi et moi en vous, par l'union qui nous lie éternellement. »

Pouvions-nous monter plus haut? et Dieu, après nous avoir unis à son Fils comme des membres à leur chef, pour ne faire qu'une même chose avec lui, pouvait-il nous honorer davantage? Et néanmoins, quelque éclatante que soit cette gloire que nous tirons de cette étroite alliance contractée par le Baptême avec Jésus-Christ, quel avantage en retireronsnous, si nous ne la soutenons par nos bonnes œuvres? On nous appelle chrétiens, et lorsqu'on nous donne ce beau nom, on nous fait entendre que c'est pour nous donner à Jésus-Christ et pour être ses membres ; nous nous en flattons même, et nous regardons cette qualité comme le fondement de toutes les grâces que nous recevons de son infinie miséricorde. Nous sommes à lui, et nous sommes comme divinisés en sa personne : et, avec tout cela, nous nous relâchons dans la pratique de nos devoirs, nous oublions nos obligations les plus essentielles, et sous une vaine espérance nous nous figurons que ce seul nom nous sauvera. Eh ! d'où vient que nous nous trompons ainsi nous-mêmes, et que nous imposons aux autres ? Qu'un homme entre dans notre famille, et qu'il se trouve uni à nous par les liens du sang, nous ne pouvons le souffrir lorsqu'il nous déshonore par sa méchante conduite : et nous croirons que Jésus-Christ, cet illustre chef dont nous sommes les membres, soit moins sensible aux injures qu'il reçoit de nous, et que nous prétendons excuser parce que nous lui appartenons de si près ? Aveugles, qui ne voyons pas

que c'est par-là même que nous sommes plus coupables, que c'est par-là que nous attirons notre réprobation ; en un mot, que la différence qu'il y a entre nos actions et notre qualité, entre notre vie et nos titres, nous rend plus criminels, par le plus grand outrage que nous faisons à Dieu.

« Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ, » écrivait autrefois S. Paul aux Corinthiens, pour leur donner toute l'horreur qu'ils devaient avoir de l'impureté : Nescitis quia corpora veslra membra sunt Christi? Lui arracherez-vous donc ses propres membres, pour les faire devenir les membres d'une prostituée? Disons à peu près la même chose du chrétien qui ne répond pas par sa conduite à la sainteté de la religion qu'il a embrassée par le Baptême. Nous y sommes faits les membres du Fils de Dieu: Nescitis quia membra veslra membra sunt Christi? Les déshonorerez-vous, ces membres ? les profanerez-vous ? les ôterezvous à Jésus-Christ par une vie sensuelle et païenne, pour les consacrer à la volupté? Ah ! quel outrage, mon aimable Sauveur, ne serait-ce pas pour vous et pour nous ? Quelle horrible confusion, de trouver tant de disproportion entre les membres et le chef? Mais oserai -je à l'avenir me faire honneur du glorieux nom de chrétien, quand je me considérerai par rapport à vous, quand j'appliquerai la règle de votre vie sur la corruption de la mienne, quand je concevrai l'excellence de l'état auquel vous m'avez élevé, par votre union, avec la misère et la confusion où mes désordres m'ont jeté?

C'est un autre principe qui donne une nouvelle grandeur au chrétien, qu'outre que nous sommes les membres de Jésus-Christ, nous sommes encore les temples du Saint-Esprit. Et ne croyez pas que je parle seulement de nos âmes. Qui doute que, réconciliées à Dieu par le Baptême, elles ne soient le palais et le sanctuaire du Saint-Esprit ? je parle même du corps du chrétien : ce n'est qu'après le grand Apôtre que j'avance cette vérité: écoutons comme il s'en explique : Est-ce que vous ignorez, dit-il, que votre corps, et les membres qui le composent, sont le temple du Saint-Esprit, qui réside en vous, et que vos yeux, votre langage, vos pieds et vos mains, doivent servir au Saint-Esprit et lui être consacrés ? Nescitis quia membra vestra <em/?/wm swwJSpiiutus-Sancti, qui in vobis est? Et qu'au même moment que nous recevons la grâce du Baptême, qui est comme la forme qui nous fait chrétiens, le Saint-Esprit, qui autrefois ne pouvait demeurer dans l'homme parce qu'il était chair, descend maintenant invisiblcment au-dedans de nous pour y faire son séjour, si-tôt que la consécration en est faite dans l'auguste cérémonie de notre baptême? C'est pour cela que ce sacrement est appelé régénération, rénovation, création, justification; c'est pour cela que S. Augustin a dit que nous sommes faits chrétiens par le même Esprit qui a sanctifié la Sainte Vierge en la rendant Mère de Dieu, et que, comme cette admirable créature a porté un Dieu dans son sein par l'opération du Saint-Esprit, nous devons le por-

ter dans nos corps, que I'Esprit-Saint qui réside en nous a choisis pour ses temples. (Anonyme).

[Autres considérations]. — Ce n'est pas sans sujet que le grand Apôtre s'écrie, parlant aux fidèles: Prenez garde à votre vocation; ou bien: considérez votre vocation: car c'est ce que l'on ne peut assez considérer. Il est vrai que les grandeurs de cette vocation ne paraissent pas à ceux qui regardent les choses par les yeux de la chair. La vie des chrétiens est cachée avec Jksus-Ciimst en Dieu; elle est cachée au monde : car, à l'extérieur, elle est humble, petite, abjecte; elle est cachée avec Jésus-Christ, comme sa vie l'a été, et le monde ne l'a pas connu. C'est pourquoi, dans les premiers siècles, on regardait les chrétiens comme la lie du peuple, gens sans esprit, sans conduite, qui, sous prétexte de biens imaginaires (c'est comme parlaient les infidèles), se privaient malheureusement de toutes les commodités de la vie, et souffraient toutes sortes de maux. Cependant, si tous les artisans apprennent les règles de leur art, et tous les disciples la science que leur enseigne leur maître, à plus forte raison le chrétien doit-il s'instruire de son état et des obligations de son état.

« La connaissance de Jésus-Christ, dit l'éloquent Salvien, ne doit pas être stérile, mais produire un amour effectif, en sorte que le nom de chrétien, sans la pratique de ce qu'il signifie, n'est rien. » (De gub. Dei, m). C'est donc une obligation très-étroite de vivre conformément à ce que le Fils de Dieu nous a enseigné. C'est pourquoi, pendant que tous les peuples étaient étonnés des miracles qu'il faisait, il disait à ses disciples: Mettez, vous autres, mes paroles dans vos^cœurs. » Ces paroles s'adressent aux véritables chrétiens, qui, dans la primitive Église, étaient appelés saints. Je dis véritables chrétiens : car il y en a qui vivent comme s'ils n'avaient aucune connaissance de Dieu et de JÉsus-CnnsT: c'est comme s'exprime cet homme apostolique; et c'est ce que nous avons sujet de dire aujourd'hui à la plupart des chrétiens, à ce peuple qui a vu une grande lumière, appelée par S. Pierre une lumière admirable; à ce peuple éclairé des lumières de la foi, instruit des maximes d'un Homme-DiEU, qui a bien daigné se faire son maître. Et cependant ces chrétiens, si nous jugeons de leur croyance par leurs actions, demeurent assis dans les ténèbres et au milieu des ombres de la mort. Que si on me répond qu'il n'y eut jamais de siècle plus éclairé, que jamais la parole de Dieu n'a été plus commune et ne s'est fait entendre plus loin, on a sujet de se plaindre que les chrétiens se contentent d'une connaissance stérile.

Après la révélation qu'il a plu à Dieu, tout bon et tout miséricordieux, de nous faire des vérités chrétiennes, nous sommes inexcusables si nous ne les connaissons pas; mais quelle terrible attente du jugement de Dieu si, les ayant ignorées, la grâce de notre vocation demeure inutile en nous par les ténèbres volontaires de notre esprit? Malheur à nous qui, dans le plein midi des beaux jours de la grùcc, et lorsque le soleil de justice, s'e-

tant levé, nous environne de toutes parts, marchons encore dans les ténèbres de la mort ! Faut-il que, par notre aveuglement volontaire, les plus grandes grâces de Dieu nous servent de justes sujets d'une plus grande condamnation? Faut-il que le chrétien, qui est élevé à un état tout divin, se ravale jusqu'à être semblable aux bêtes par le péché? Faut-il qu'ayant été honoré de la qualité d'enfant de Dieu et de membre d'un Homme-DiEu, ayant participé à la nature divine, ayant été destiné à une couronne immortelle, il se prive de toutes ces faveurs et de tous ces avantages, par une vie si peu conforme à sa profession et à sa dignité ?

Dans le monde, on réduit le christianisme à ne point tomber dans des péchés honteux, qui ôtent la réputation d'honnête homme, comme sont les péchés d'impureté, d'ivrognerie, d'injustice et autres semblables ; à des pratiques extérieures, à assister aux saints mystères, à entendre quelquefois la parole de Dieu, et enfin à s'acquitter de certains devoirs extérieurs de religion. Toutes ces choses sont bonnes et excellentes, et, bien loin de les improuver, je voudrais pouvoir exhorter tout le monde aies pratiquer: mais la grâce du christianisme ne se réduit pas à ces exercices. Et à quoi donc? demandez- vous. L'apôtre S. Paul nous l'apprend, en nous expliquant la nature et le mystère du Baptême : et il dit que nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ, par le Baptême, pour mourir avec lui, afin que, comme il est ressuscité, nous marchions dans une nouvelle vie, puisqu'il est certain que, si nous sommes entés sur lui (ce sont les paroles de l'Apôtre) par la ressemblance que nous avons eue à sa mort, nous le serons aussi dans sa résurrection. Ces vérités regardent tous les chrétiens, puisque l'Apôtre les applique à tous ceux qui ont été baptisés. Tous ceux donc qui ont reçu le Baptême sont morts au péché; ayant été baptisés dans sa mort, tous ont été ensevelis avec lui, tous ont été entés sur lui. Nous devenons donc un corps avec lui, comme la branche devient une avec l'arbre où elle est entée : voilà la grâce de notre vocation, qui nous est enseignée par le Saint-Esprit même parlant par l'Apôtre. Mais il est rare de trouver des chrétiens qui connaissent la grandeur et les devoirs de cette vocation, et qui se regardent comme une même chose avec Jésus- Christ; car il suit de-là qu'ils doivent vivre comme il a vécu, puisqu'ils doivent être saints dans toute leur conduite, comme celui qui nous y a appelés est saint; qu'ils doivent mener une vie toute rcssuscitée, rechercher les choses qui sont en haut, et non pas ce qui est sur la terre. (Le chrétien inconnu).

Aut muta nomen, aut muta mores, disait un ancien à un soldat lâche qui portait un nom illustre. Changez de nom ou changez de vie; ou cessez de vous appeler chrétien, ou vivez conformément à la dignité du titre que ?00fl portez. Car enfin, pendant que vous n'aurez l'Évangile qu'à la bouche et que votre vie ne répondra point à cette doctrine, vous aurez beau prendre la qualité de disciple du Sauveur: il ne sera point votre maître, ni votre père, ni votre modèle. (Discours moraux).

[Obligations du haplème]. — Tertullicn appelle les obligations que l'on contracte au baptême. « Pondus Baptismi. » J'avoue que sa pensée, au sens qu'il emploie ces paroles, n'était pas conforme au sentiment de l'Église, parer qu'il prétondait par-là nous faire voir les obligations fâcheuses et étroites que nous imposait le Baptême, et, par la vue de ses difficultés, nous persuader de ne le recevoir qu'à la mort. Si Mi Baptismi 'pondus coqnoscerent, forlassè conseculionem limèrent poli as quam dilalionem. J'avoue qu'en cela son sentiment n'était point orthodoxe, puisqu'il autorisait un abus qui se commettait en ce temps-là. Mais j'avoue, d'autre part, qu'il avait, raison en ce qu'il dit que le Baptême est un grand poids: non pas que ce poids soit difficile à porter ; car le Fils de Dieu dit lui-même que son joug est doux; mais parce que l'obligation en est étroite, et qu'il nous accablera un jour de son poids; et, si nous sommes du nombre des réprouvés, il fera notre plus grande confusion. (Bourdaloue).

Il me semble que le Sauveur crie du haut de la croix à tant de mauvais chrétiens, qui portent son nom et qui le prononcent insolemment au milieu de leurs désordres : « Misérables, ne profanez pas davantage le nom que j'ai porté avec tant de gloire; quittez, quittez ce nom, plutôt que de souffrir qu'il soit honteusement profané en vos personnes ! Avec ce nom j'ai défait l'enfer entier, et vous n'avez pas le courage de surmonter une passion; avec ce nom, j'ai humilié les démons et réprimé leur insolence, et vous n'avez pas le courage de résister aux moindres ennemis de votre salut ; avec ce nom je me suis soumis toutes les créatures, et vous en affaiblissez tellement la force, que vous me rendez esclave de vos péchés : Servire me fecislis iniquilatibus veslris. (Fromentières, La Circoncision)

[Le chrétien réprouvé]. — Oui, je confesse, dira ce chrétien infortuné, que je suis coupable, et que la miséricorde du Sauveur, par moi si indignement outragée, ne m'a laissé aucun moyen de me justiiier. Les païens qui ne l'ont point connu, les Juifs qu'il a abandonnés, tant de peuples barbares qui n'ont jamais ouï son nom, pourraient peut-être avoir quelque sorte d'excuse de ce que leur vie n'a pas été sainte : mais moi, qui suis né dans le grand jour du christianisme, moi qui ai été régénéré dans les eaux du Baptême et lavé avec le sang de mon Dieu, moi pour qui il s'est fait homme, pour qui il a pleuré, prié tant de fois, moi pour qui il a souffert des supplices atroces et une mort si cruelle, moi pour qui il a institué des sacremenfs comme autant de sources de grâces et de bénédictions, pour qui il a envoyé son Saint-Esprit, pour qui il a laissé son corps comme une viande céleste, et sa parole pour me servir de règle et de loi, je ne saurais justifier mes dérèglements par aucune ombre de raison. L'ignorance ne me peut servir d'excuse, puisque je ne saurais que trop ce que j'étais obligé de faire. Ce n'est ni par impuissance ni par faiblesse que j'ai péché, ayant eu beaucoup plus de grâces qu'ils n'en fallait pour résister ux tendions. Je pouvais, dans la nécessité, recourir aux remèdes de l'E-

glise; je pouvais trouver des forces dans la prière; je pouvais m'exciter par l'exemple des saints et d'une infinité de personnes de piété. Mais, au lieu de profiter de toutes ces choses, au lieu d'être retenu par tant de considérations si justes et si raisonnables, j'ai lâchement abandonné mon âme au démon, j'ai tâché d'éteindre les lumières de la foi pour pécher plus librement; j'ai renoncé aux espérances de l'immortalité bienheureuse pour jouir des plaisirs de cette vie. (Anonyme).

Le pécheur, non-seulement en qualité d'homme, mais en qualité de chrétien, prononcera assez 'hautement l'arrêt contre lui-même, lorsque, découvrant l'état de son âme, il y trouvera deux choses aussi opposées que le sont une croyance toute sainte et une vie toute criminelle. Qu'est-ce quej'ai cru, et qu'est-ce que j'ai fait? Étais-je chrétien? ne l'étais-je pas? A en juger par les connaissances que j'ai eues, je l'étais; mais à consulter la conduite que j'ai tenue, je ne l'étais pas. Que dis-je, hélas ! je l'étais : le titre de pécheur ne m'avait point dépouillé du saint caractère que j'avais reçu dans mon baptême. La qualité de réprouvé ne me le fait pas même perdre maintenant : je l'ai porté et je le porte encore, mais à ma confusion. J'étais chrétien, mais je l'étais pour trahir l'Évangile et pour déshonorer la foi que je professais, pour déchirer le sein de l'Église où j'avais été formé, pour en profaner les sacrements par de sacrilèges abus, ou pour les abandonner par une impiété affectée ; je l'étais pour vivre en sage politique. Je l'étais, et je le suis toujours : c'est-à-dire que je suis tout à la fois un chrétien et un ennemi de Dieu, un chrétien et un infracteur de sa loi, un chrétien et un vaisseau de colère, un sujet d'abomination. Étaient-ce là les fruits qu'il, fallait attendre d'un nom si saint et si auguste? (Le P. Giroust, Sermon sur le jugement dernier).

[In chrelien doit être mortifié]. — Tous les noms que l'Évangile donne au chrétien montrent assez qu'il est obligé de vivre dans une mortification continuelle de ses sens. Tantôt le chrétien est appelé un homme crucifié, tantôt un homme mort, tantôt un voyageur: en quelque état qu'on le considère, soit dans l'état de crucifié, soit dans l'état de mort, soit dans l'état de voyageur, il est tout visible qu'il ne peut se dispenser de la mortification chrétienne. Un homme crucifié est élevé au-dessus de la terre: il a des yeux, mais il ne voit rien de tout ce qui éblouit les autres ; il a des mains, mais elles sont immobiles; il a un cœur, mais il est insensible. Un homme mort n'a que l'apparence d'un homme, il n'en a ni l'esprit ni le rœur ; il on a le dehors, mais il n'en a pas le dedans. Figure admirable d'un chrétien! Il est élevé au-dessus de la terre, ses sens deviennent insensibles, rien ne le frappe, rien ne le touche ; il n'a que l'apparence et le dehors de l'homme d'Adam; il a le dedans de Jésus-Christ. Enfin, un voyageur qui fait un voyage fort difficile, fort pressé et fort dangereux, ne s'arrête pas à contenter ses sens; il ne s'arrête dans aucun lieu avec plaisir,

et il ne pense qu'à éviter les dangers qui le menacent dans sa course précipitée. (Essais de Sermons pour le Carême).

[Le chrétien mondain]. — Je me sens souvent pressé de m'écrier avec le grand S. Léon pape : « 0 chrétiens, connaissez la dignité à laquelle vous êtes élevés! » Nous sommes obligés de le répéter souvent, la plupart des chrétiens ne savent ce que c'est que d'être chrétien. Que l'on considère ce qui se passe parmi les hommes : on verra généralement, parmi toutes les nations, une sensibilité extrême à l'égard de la qualité que l'on tire de sa naissance; c'est où l'on met le haut point d'honneur, c'est ce dont on se glorifie; on plaide, on donne des combats, on s'expose à tout, pour soutenir cet honneur : mais quelle estime faisons-nous de la qualité glorieuse de chrétien, nous qui, pour parler le langage de l'Ecriture, sommes la race choisie, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis; qui sommes des rois dont la royauté surpasse incomparablement celle des plus grands monarques du monde dont les grandeurs finissent avec la vie, à la différence du royaume des chrétiens, qui n'aura jamais de fin? Insensibilité de la plupart des chrétiens, qui ne sont pas plus touchés de ces grandes et glorieuses qualités, qui nous sont révélées par le Saint-Esprit même, que si c'étaient de pures fables! Que fait-on pour les soutenir dignement, et pour n'en pas dégénérer honteusement, et d'une manière tout-à-fait indigne de l'excellence de votre état? Qu'il serait aisé de mépriser le point d'honneur du monde, si l'on connaissait la véritable gloire de la noblesse chrétienne ! C'est de cette noblesse que le chrétien doit se glorifier, puisqu'il ne doit pas prendre part à la gloire du monde, sa qualité de chrétien l'élevant incomparablement au-dessus. {Le chrétien inconnu) .

Puis-je dire avec sincérité que je suis disciple de Jésus-Chiust? Ce divin Maître me reconnaîtra- t-il pour tel? Porté-je ses livrées? Le monde n'a-t-il pas droit de m'avouer pour sien? Quels sont mes sentiments sur le mépris des honneurs, sur le vide des plaisirs, sur la fragilité des biens créés, sur la victoire des passions, sur toutes les maximes de l'Évangile? On a renoncé en notre nom à toutes les vanités et à toutes les maximes du monde dans notre Baptême : avons-nous ratifié ce contrat solennel et sacré? Notre conduite ne dément- elle pas notre foi? Nos mœurs font-elles l'éloge de notre religion? Nous sommes chrétiens : Jésus-Ciirist est donc notre législateur, notre chef, notre guide : d'où vient que nous avons besoin de faire tant de réflexions pour nous déterminer à le suivre? d'où vient que c'est toujours avec violence, ou du moins avec nonchalance, que nous le suivons? (Croiset, Retraite).

[Le vrai chrétien]. — Un chrétien régénéré dans les eaux du Baptême est

comme planté sur la mort de Jésus-Christ et enté sur la croix : Complanlali simililudini mortis ejus. Mais ce qui se fait de la sorte dans l'ordre de la grâce est bien différent de ce qui se passe dans celui de la nature. Dans la nature, en entant une petite branche sur un sauvageon, on lui fait porter des fruits doux et agréables : et, dans la grâce, un chrétien enté sur la croix, ou la croix dans un chrétien, n'en produit que d'amers. Il n'y a ni fleurs ni fruits en cette vie pour un chrétien ; il n'en peut attendre que dans l'autre : point de plaisir pour lui, il n'y a que des larmes : Beati qui lugent ; point d'abondance ici-bas pour lui : Jésus n'a appelé bienheureux que ceux qui sont pauvres d'esprit et de cœur. (Dictionnaire moral) .

[Renoncer au monde] . — Vous avez renoncé au monde et à ses pompes par votre baptême. C'est une promesse solennelle que vous avez faite à la face des saints autels : votre foi en a été le garant, l'Eglise en est la dépositaire, et vous n'avez été admis et marqué au nombre des fidèles que sur le serment que vous avez prêté, que jamais vous n'aimeriez le monde ni rien qui vienne de lui. Si vous aviez répondu au prêtre, sur les fonts sacrés, que vous vous réserviez encore le droit d'aimer encore tant soit peu le monde et ses maximes, l'Eglise n'aurait eu garde de vous admettre dans son sein, de vous associer à la communion des fidèles, de vous donner la qualité de chrétien, et elle vous eût laissé vivre de la sorte parmi les infidèles, qui n'ont que le monde asservir, qui n'attendent leur récompense que de lui, et qui ne connaissent ni Jésus-Christ ni l'avantage de sa sainte religion. Comme ils ne connaissent que le monde, il leur est permis de n'adorer que lui : et voilà pourquoi les catéchumènes différaient leur baptême jusqu'à la mort, et n'osaient se résoudre, pendant leur vie, à prendre des engagements qu'il est si terrible de violer! Vous êtes donc obligés de le haïr, ce monde, c'est-à-dire de ne pas vous conformer à lui ni à ses déplorables maximes; si vous conservez encore de l'inclination pour ses biens et ses plaisirs, de l'attache à ces objets, si vous suivez encore ses lois, ses usages, ses coutumes, vous violez vos promesses et vous abjurez votre foi. (Massillon, Sermon sur le petit nombre des élus ) .

[La dignité du chrétien]. — Le chrétien est autant au-dessus de l'homme que l'homme est au-dessus de tous les êtres insensibles ou irraisonnables. Tlus qu'un homme : un homme surnaturel, s'il est permis de parler de la sorte, dont toutes les vues, toutes les affections doivent être surnaturelles, comme toutes les vues, toutes les affections de l'homme doivent être raisonnables. Un homme qui n'aurait jamais que des vues et des affections sensuelles et animales ne mériterait pas la qualité d'homme : et un chrétien qui n'a presque jamais que des vues, que des affections humaines et purement raisonnables, ne mérite pas la qualité de chrétien. La foi est la

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lumière surnaturelle du chrétien, comme la raison est la lumière de L'homme. Or, un homme qui ne consulte que sa raison dans toutes ses affaires! qui u'agil que par «les motifs humains, qui n'a en vue que de

s'élever, de s'enrichir, d'acquérir de La gloire, de l'estime, et de l'honneur, suit-il les lumières de la foi? Est-ce la foi qui lui ouvre les yeux pour lui faire voir l'illusion et la vanité du monde? Est-ce la foi qui l'éclairé et qui le conduit dans ses intrigues, dans ses prétentions intéressées, dans la poursuite d'une fortune temporelle, dans la recherche de ses plaisirs? A-t-ilen cela d'autre guide que la raison humaine? A-t-il môme toujours pour guide la raison? Xe l'abandonne- t-il pas en mille rencontres, pour ne suivre que ses sens? À peine cet homme est-il homme: comment serait-il chrétien? (Le P. le Valois, Exhortation sur la présence de Dieu).

BONHEUR ÉTERNEL, PARADIS, DÉSIR DU CIEL, Gloire des bienheureux, etc.

AVERTISSEMENT

Autant ce sujet est ample et commun, autant il est difficile à traiter. Tous ceux qui en ont le mieux parlé avouent que celte gloire est inexprimable, et ceux - là mêmes qui jouissent de ce bonheur ne le peuvent comprendre. Mais, comme une infinité d'auteurs, nonobstant cet aveu, en disent assez pour nous donner une haute idée de cette gloire et nous animer à l'acquérir, son inconipréhensibililé ne m a pas empêché de recueillir ce que f ai trouvé de plus sensible et de plus propre à mettre en œuvre dans un discours sur le Paradis.

Il faut seulement remarquer que, en parlant du ciel et de la gloire du ciel, on ne prétend point parler expressément de la sainteté, qui est le mogen de l'acquérir, ni du soin que nous devons prendre de notre salut, parce que ce sont d'autres sujets, dont nous parlerons ailleurs : quoique plusieurs prédicateurs, dans la fête de Tous les Saints, les joignent ensemble pour rendre leur sermon plus moral, et que d'autres traitent seulement de la sainteté, ou de l'exemple que les saints nous ont donne de travailler pour parvenir à un sem-

blable bonheur. Par quelque endroit qu'on envisage les saints, soit la gloire qu'ils possèdent, soit les moyens qu'ils ont pris pour y arriver, le discours qu'on en fait ne peut manquer d'être édifiant et fructueux, et il est libre d'en user comme on juge à propos ; mais l'étendue de la matière m'a obligé de la partager, et de traiter ces sujets séparément.

Je crois cependant qu'il est nécessaire d'avertir qu'on trouvera dans ces matériaux assez de morale pour empêcher qu'un discours ne soit trop spéculatif, trop thêologique, ou chargé de raisonnements trop abstraits, puisqu'on y traite aussi du désir d'aspirer à ce bonheur, de la pensée du ciel, dont notre esprit devrait être sans cesse occupé, et même des efforts que nous devons faire pour mériter cette récompense, qui sera grande à proportion du travail et du mérite de -chaque bienheureux.

Enfin, comme l'on distingue communément la béatitude en celle qu'on appelle essentielle, qui est le propre de l'âme, et ^accidentelle qui regarde le corps, que Von peut mêler ou séparer selon le dessein qu'on aura pris, nous fournirons assez de matière pour l'une et pour l'autre dans ce recueil.

Desseins et Plans.

I. — yidi lurbam magnam quam dinumerare nemopoterat,etc, etpalmœ in manibus eorum (Apocal. 7). Ces paroles sont consolantes, et c'est par-là que le disciple bien-aimé semble adoucir les maximes sévères de l'Évangile de son Maître : Molli vocali, pauci clecti. Regnum cœlorum vimpalitur. Quàm arda via est quœ ducit ad vilam ! et d'autres semblables. Or, quoique de-là je ne prétende pas conclure qu'il est facile d'aller au ciel et d'augmenter le nombre des bienheureux, puisque l'Evangile semble dire le contraire, je veux du moins vous convaincre que cela n'est pas impossible, et même que cela ne tient qu'à nous, puisque ce disciple a vu dans le ciel une troupe innombrable de saints de tout pa}rs, de tout état et de toute profession. — C'est ce qu'on peut faire voir dans le'premier point; et, dans le second, que nous n'assurerons notre bonheur au ciel qu'à proportion de notre travail sur la terre et de notre sainteté.

Premier Point. — Le libertinage est assez bizarre dans ses sentiments : car la plupart des gens du monde se représentent le ciel si difficile à acquérir, qu'ils désespèrent d'en venir à bout, et se servent de ce prétexte même pour se dispenser d'y travailler; et, lorsqu'on leur dit qu'on peut le mériter par les actions même les plus communes, ils ne peuvent croire que Dieu donne une si grande récompense pour si peu de chose. Il faut

donc montrer, dans ce premier point : — 1°. Qu'il est indispensable d'y travailler, parce que, comme dans le ciel il y a différents degrés de gloire, il y a aussi différents degrés de mérites, et qu'il ne faut pour cela que s'acquitter des devoirs qui sont attachés à notre condition. C'est ce que prouvent ces paroles de l'Evangile : Vidi t urbain magnam quam dinumerare iicmo poterut. Car qui sont ceux que le disciple bien-aimé a vus parmi ces bienheureux? C'est un Abraham à la tête de ceux qui ont gouverné une famille dans la crainte de Dieu, qui ont bien élevé leurs enfants, résolus de les sacrifier plutôt que désobéir aux ordres du Seigneur. C'est un Isaac, qui a tenu la même conduite; un Jacob, qui, par la patience d'un pénible travail et par sa fidélité, s'est rendu ami de Dieu. C'est Joseph, un ministre d'État, qui a administré prudemment les finances d'un grand prince, et qui en a usé pour le bonheur d'un peuple. C'est Josué et Gédéon, des conquérants, qui, des mêmes mains dont ils ont remporté des victoires, se sont ensuite élevés au ciel, en se confondant parmi la foule, pour s'acquitter des devoirs de la religion. Et , en parcourant les principaux des anciens patriarches pour servir de modèle en chaque état, il faut conclure que, pour aller au ciel et être saint, il n'est pas absolument nécessaire de pratiquer de grandes austérités ou de faire de grandes aumônes, mais de remplir les devoirs de l'état auquel Dieu nous a appelés.

2°. Il ne faut pas nous décourager dans cette entreprise, pour nos défauts ou pour nos péchés, ou pour notre naturel : car les saints ont eu leurs défauts, leurs imperfections et leurs obstacles ; mais ils les ont généreusement vaincus, et c'est par la victoire de leurs passions qu'ils ont mérité et emporté le ciel. Si l'Eglise, en cette fête, ne nous mettait devant les yeux que les anachorètes et les martyrs, nous pourrions dire que nous ne pouvons pas nous élever si haut; mais Dieu a mis ce bonheur, et la sainteté qui est le moyen de l'acquérir, plus à portée, et il n'y a personne qui ne puisse y atteindre, puisque ni nos jpéchés passés, ni nos défauts présents, ni nos vices, ni nos passions, ne doivent nous empêcher d'y aspirer.

3°. De plus, Dieu exige-t-il trop de nous s'il nous demande que nous fassions pour le ciel ce que nous faisons pour le monde? Que ne fait point un courtisan pour gagner les bonnes grâces de son prince, un artisan pour gagner sa vie, un marchand pour se mettre à son aise, etc. ? Aussi les réprouvés, au jugement de Dieu, n'apporteront-ils point pour excuse qu'ils n'ont point eu de grâces ni de moyens, ils seraient convaincus qu'il n'a tenu qu'à eux ; mais ils s'accuseront eux-mêmes, en voyant les saints dans la gloire: Nos insensali vitam illorum œstimabamus insaniam, etc. (Sap. v, 4).

Second Point. — Nous n'aurons de droit au ciel, et à la gloire des saints, qu'autant que nous aurons travaillé à acquérir la sainteté, qui est le moyen de l'obtenir. La raison est que le ciel est une récompense qui ne se donne qu'au mérite et à ceux qui ont travaillé. Sur quoi il faut remarquer qu'il

y a des personnes qui n'aspirent pas aux premières places du ciel, qui, sous ce prétexte, ne font rien du tout, mènent une -vie oisive, jouissent de tous les plaisirs, s'imaginant qu'il suffît d'être chrétien pour avoir droit au ciel et à la gloire: c'est un étrange aveuglement, qu'il faut tâcher de guérir : — 1°. En faisant envisager ce que le Fils de Dieu a fait et souffert pour mériter ce bonheur. Sera-t-il donc vrai que nous aurons pour rien ce qui a coûté tant de sueurs, tant de travaux, tant de sang au Sauveur, à qui cette gloire était due par tous le titres imaginables ; — 2°. Il faut considérer ce que les saints ont fait, leurs combats, leurs travaux, leurs pénitences et leurs mortifications: Tu non poleris quod isli et islœ? — 3°. Il faut réfuter ceux qui se retranchent sur l'essentiel et qui se contentent de garder les préceptes, sans se mettre en peine des conseils : c'est ce qui trompe une infinité de personnes, qui n'arrivent pas même à faire ce qui est nécessaire, etc.

II. — On peut en quelque manière exprimer le bonheur des saints dans le ciel, par cette pensée de S. Augustin, qui nous assure que l'amour des choses que nous aurons le plus chéries ou le plus ardemment souhaitées sur la terre sera consommé et perfectionné dans le ciel. Car, sur ce principe ;

1°. Comme ils ont aimé la vérité en ce monde, ils en auront une parfaite connaissance, par la vue de Dieu;

2°. Parce qu'ils ont aimé et recherché la paix, ils jouiront d'une paix inaltérable et éternelle ;

3°. Parce qu'ils se sont efforcés de détruire le corps de péché qui fait partie de nous-mêmes, et qu'ils ont travaillé pour le soumettre à l'esprit, ils auront un corps glorieux, dont tous les sens seront entièrement satisfaits.

Ainsi, il y aura perfection dans l'entendement par la connaissance de la vérité, perfection dans la volonté par la jouissance d'une paix et d'une joie éternelle, perfection dans le corps parles avantages d'une glorieuse résurrection.

III- — L'Evangile nous représente le ciel sous le nom, sous l'idée d'un royaume, pour s'accommoder à notre manière de penser et de juger des choses de ce monde: parce que, dans la possession d'un royaume, sont comprises des richesses immenses, une gloire capable de satisfaire notre ambition, et enfin tous les plaisirs. En sorte que nous ne concevons rien en cette vie de plus grand, de plus glorieux ni de plus agréable. Or sur cette idée;

1°. Le ciel est un royaume dont nous aurons la possession, mais un royaume où toutes les richesses, toute la gloire et tous les plaisirs imaginables se rencontrent: Gloria et diviliœ in domo ejus. (Ps. 3);

00 UKATITUDE.

2°. C'est un royaume de paix : rien n'est capable do troubler la paix dont on y jouit, ni le bonheur qu'on y possède.

3°. C'est un royaume éternel, qui ne sera point sujet aux révolutions de la terre: lkg ni cjus non erit finis. (Luc. 1).

IV. — On peut encore, sous la même idée d'un royaume, qui est le nom que le Fils de Dieu donne le plus ordinairement au bonheur et à la récompense qu'il nous promet, considérer trois choses :

1°. L'assurance de tous les biens qui seront capables de remplir tous nos désirs, et par conséquent de nous rendre parfaitement heureux ;

2°. La beauté du lieu et la charmante compagnie qui rendront ce jour délicieux.

3°. La paix et l'assurance de ne perdre jamais le bonheur dont nous serons une fois en possession.

V. — On peut juger combien sera grande la gloire que Dieu a préparée aux saints dans le ciel par ces trois choses :

La première, qu'elle remplit de grands désirs, tels que ceux du cœur humain, dont la capacité est infinie ;

La seconde, qu'elle couronne de grands travaux, tels que ceux du Fils de Dieu et des saints dont elle est la juste récompense; ,

La troisième, qu'elle est l'effet de la magnificence divine, qui éclate particulièrement dans le ciel: Ibi magnifiais est Dominus. (Is. xxxiii, 21).

VI. — On peut diviser son discours en deux parties, en donnant, dans la première, une idée de la grandeur de la béatitude du ciel, et faisant voir dans la seconde l'insensibilité des hommes pour cet incomparable bonheur.

Première Partie. — On fera juger de la grandeur du bonheur que nous posséderons dans le ciel : — 1°. Parce qu'il est ineffable, et qu'on ne le peut ni exprimer ni concevoir : JYec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit, etc. (I Cor. 2) ; — 2°. Parce que le bien que nous posséderons fait la béatitude de Dieu même ; — 3°. Parce que c'est le dernier effort de la libéralité de Dieu envers les hommes.

Seconde Partie. — Il faut faire voir l'insensibilité que les hommes ont pour le ciel: — 1°. Puisque toutes les misères de cette vie ne sont pas capables de nous faire penser à cet heureux séjour, d'où les maux sont bannis et où se trouve l'affluence de tous les biens ; — 2°. Ni l'inclination naturelle que nous avons d'être heureux, de nous faire prendre les moyens d'arriver au véritable bonheur : nous le cherchons en ce monde, où il ne peut être ; — 3°. Ni les charmes de ce lieu de délices, de nous y faire tourner nos vues et nos désirs.

VII. Comme on peut parler delà béatitude des saints dans le mystère

de la transfiguration, qui en est une image, on y peut aussi trouver trois rapports, qui peuvent faire le partage d'un discours :

1°. Le ciel est le séjour des bienheureux, qui nous est représenté par ]a montagne du Thabor. Et Ton peut s'étendre sur la beauté, les richesses et les délices de cet heureux séjour.

2°. Comme sur le Thabor il paraît transfiguré et découvre un rayon de sa gloire, Dieu la découvrira tout entière dans le ciel par la claire vue de son essence.

3°. On verra dans le ciel l'humanité du Sauveur, qui est comme le vêtement de la Divinité. Ce qui est figuré par ces vêtements transparents, et ce qui fera la plus grande béatitude accidentelle des bienheureux.

VIII. — 1°. Le paradis est un lieu de gloire: mais nous ne pouvons y entrer que par l'humilité, à l'exemple des saints et du Fils de Dieu même, puisque cette gloire est la récompense de son humilité.

2°. C'est un lieu d'abondance, plein de richesses, et qui renferme tous les biens qui peuvent contenter nos désirs : mais le moyen de l'acheter, c'est la pauvreté d'esprit et le détachement de cœur de tous les biens de la terre.

3°. C'est un lieu de plaisirs et de délices : mais où la pénitence qu'on pratique en cette vie, et la mortification des sens et des passions, nous conduisent.

IX. — Notre souverain bonheur dans le ciel est de ressembler à Dieu autant que la créature en est capable, et cette ressemblance consiste en trois traits :

Le premier est la lumière, qui bannit toutes les ténèbres de l'esprit dans ce bienheureux séjour.

Le second est une sainteté parfaite, qui ne souffre aucune tache dans l'âme, et qui nous donnera une parfaite ressemblance avec Dieu.

Le troisième est une joie immuable, qui rendra la volonté et les appétits incapables d'aucune tristesse.

X. — Le bonheur du ciel peut être considéré dans sa nature, dans sa jouissance et dans sa durée :

1°. Dans sa nature, ou dans son essence. C'est un bonheur — véritable, — solide, — universel, — capable de m; us contenter parfaitement.

2°. Dans sa jouissance. Il est sans dégoût et accompagné d'une joie toujours nouvelle.

3°. Sa durée est éternelle et n'aura jamais de fin.

XI. — Trois choses font le bonheur des bienheureux dans le ciel :

1". La grandeur et l'excellence de l'objet qui fait leur béatitude: c'en Dieu : ce que les théologiens apcllent In béatitude objective.

2°. La eapacilé du cœur humain, qui est infini dans ses désirs et que toutes les créatures ne peuvent remplir, mais qui est parfaitement content dans la jouissance de Dieu.

3°. Le goût et la réflexion que les bienheureux font sur l'état où ils se trouvent. (4e Sermon de Joly sur le Paradis).

XII. — On peut tourner ce dessein d'une autre manière : savoir, par trois considérations, qui nous feront concevoir une haute idée du bonheur dont on jouit dans le ciel :

La première est de l'étendue du cœur humain, qui doit être parfaitement rempli: c'est le sujet qui doit être bienheureux.

La seconde est la nature du bien qui le doit remplir, qui est Dieu même, qui fait la béatitude de l'homme dans cet heureux état.

La troisième est la manière dont il sera rempli de Dieu; savoir, en le voyant tel qu'il est et en l'aimant éternellement. (Carême du P. Texier, second Dimanche) .

XIII. — Ces paroles de S. Bernard peuvent faire le sujet et le partage d'un discours, sur le bonheur qu'on possédera dans le ciel: Deus eril ralioni plenitudo lucis, voluntati glenitudo pacis, memoriœ conlinuatio œternilatis. Primum faciet verilas Deus, secundum charitas Deus, tertium summa potestas Deus.

1°. Dieu éclairera Yentendement de l'homme, et l'élèvera par la lumière de gloire, pour le rendre capable de le voir face à face : ce sera la plénitude de lumière.

2°. Il remplira la volonté de l'homme d'une plénitude de paix, en l'embrasant de son amour, parce qu'il possédera par ce moyen le souverain bien, qui le rendra parfaitement content.

3°. Il remplira sa mémoire du souvenir de l'éternité que doit durer son bonheur.

XIV. — Ces deux pensées peuvent faire le sujet d'un sermon sur les plaisirs du ciel.

la première : — Les plaisirs du ciel sont si grands, qu'ils ne nous doivent inspirer que du mépris pour ceux de cette vie.

La seconde : — Les plaisirs de cette vie nous sont si funestes, que ce n'est que par leur mépris que nous pouvons jouir de ceux du ciel.

XV. — 1°. Le paradis est la Cité des bienheureux, d'où le péché étant banni, il n'y aura nulle des peines qui sont dues au péché.

2°. Comme le paradis est la récompense de ceux qui ont saintemen t vécu en cette vio, il n'y aura nulles bornes dans les récompenses qui sont promises ù la vertu. (De la Colombière, Fête de Tous les Saints),

XVI. — Sur ces paroles : Mer ces vestra copiosa est in cœlis.

1°. C'est une récompense certaine et qui ne peut manquer : en cela différente de celle qu'on attend des grands de la terre, et dont on est souvent frustré.

2°. Une récompense abondante, qui surpasse nos désirs et nos espérances. Hé ! que nous peuvent donner les princes et les grands du monde pour récompense de nos services?

3°. Cette récompense est encore éternelle, et non de peu de durée.

XVII. — Nous pouvons considérer cette gloire des bienheureux en trois manières ; — 1°. En elle-même. Quel bonheur d'avoir un esprit capable de jouir de Dieu, et de le posséder I — 2°. Par comparaison à tous les biens de la terre, qui ne sont pas comparables, ni pour leur excellence, ni pour leur douceur, ni pour leur utilité; — 3°. Par rapport aux travaux dont cette gloire est la récompense. (Biroat, Second sermon pour le second Dim. de Carême).

XVIII. — On peut renfermer dans ces trois propositions, ou ces trois vérités, le bonheur des saints dans le ciel.

Première : — Ils voient ce que nous croyons, c'est-à-dire les vérités qui font l'objet de notre foi sur la terre.

Seconde: — Ils aiment ce que nous craignons, c'est-à-dire Dieu, leur amour n'étant plus mêlé de cette crainte qui fait que nous appréhendons ou de perdre Dieu ou de l'avoir perdu.

Troisième : — Ils possèdent ce que nous désirons, c'est-à-dire un bonheur éternel, capable de contenter tous nos désirs.

XIX. — Le bonheur que les saints possèdent dans le ciel est grand : 1°. Parce qu'il remplit la vaste étendue du cœur de l'homme.

2°. Parce que Dieu y satisfait lui-même l'amour qu'il porte aux hommes, et le désir qu'il a de les rendre éternellement heureux.

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