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nem, quotiès corporis et sangniriis Christi percipit sacrammlum : nbm , quantumvis non eodem modo quo ifli, cunidem tamcn manducat cibum. [d.
ibid.
Spiritualis dulcedo lanqultm in proprio fonte -gustatur. D. Thomas, opus.
Si in morlali cibo tanla vis inest, ut quotidiè cita m labentem reparet, viresque restituât, idem sentiendum de hoc immortali cibo, in quo vita etiam prœslatur. Pasciias. De corp. et sang. Christi.
Concorporei et consanguinei Christi facti estis. Cyrill. Jerosolym. ferai, catech.
Amabile futurœ jucunditatis prœlu ■ dium. Matth. Wormatiensis.
Antidotum quo à peccaiis morialibus prœservamur. Concil. Trid. sess. 13, 2.
Panem vitœ œternœ et calicem salutis perpetuœ. Cauou. missœ.
Incassùm assistimus altari. si nullus est qui communicet ; si non es hostiâ dignus, nec oratione. Chrysost. in Tirnoth. liomil. 5.
Hoc est quod universa perturbât quia non munditiâ animi, verùm intervallo temporis longiore, constare meritum putas. Ibid.
Et nos ille possideat, et nos illum possideamus. August. tract. 2 in Joann.
Quomodb non exultet anima, quœ se sentit dignam effectam divini Verbiprœsentiâ. Laurent. Justin. De Cast. 22.
Cogita quali sis insignitus honore, quali mensâ fruaris. Chrysost. Hom. 60 ad popul. Antioch.
Per cibum istum sacratissimum in suam nos Christus traducit naturam, Deiforr.iesque nos reddit. Dionys. De cœlesti hierarch.
Ipse conviva et convivium, ipse comedens et qui cameditur. Hieron. Epi st. 150, ad Helbid.
Qui amat hanc carnem non est amieus camis suœ. Greg. Nyssen.
des Angos qu'il reçoit de fois le sacrement du corps et du sang de JÉsus- CimisT : car, quoiqu'il ne le mange pa? de la môme manière que font les Auges, c'est cependant le môme mets.
Vm recevant ce sacrement, ou goûte dans la source la douceur spirituelle dont Dif.u favorise les aines saintes.
Si l'aliment corporel a cette vertu de réparer la vie et de rétablir les forces qui diminuent et s'affaiblissent chaque jour, nous devons admettre le même effet dans ce mets immortel et tout divin, qui nous donne la vie même.
(Par un effet merveilleux de ce sacrement) on peut dire que vous êtes devenus un même corps et un même sang avec Jésus-Christ.
C'est un aimable prélude de la joie que nous goûterons un jour.
C'est un antidote qui nous préserve des péchés mortels.
Nous prenons le pain de la vie future, et le calice de la vie éternelle.
C'est en vain que nous assistons à l'autel, si personne n'y reçoit la communion : si vous n'êtes pas digne de recevoir votre Dieu immolé pour vous, vous n'êtes pas digne non plus de le prier.
Voilà ce qui renverse tout : on règle la disposition qu'il faut apporter à ce sacrement, non sur la pureté de l'âme, mais sur l'intervalle de temps qu'on ne s'en est approché.
Possédons Jésus-Christ, et que Jésus- Christ nous possède à son tour, dans ce sacrement.
Comment une âme chrétienne ne sentelle point une extrême joie, dans la pensée que le Verbe divin la juge digne de sa présence?
Pensez quel honneur vous recevez en ce divin sacrement, et à quelle table vous êtes admis.
Par cet aliment sacré Jésus-Christ nous transforme en sa propre nature, et nous rend en quelque manière des dieux,
11 est en même temps le festin et celui qui y invite, le mets qui y est servi et celui qui le mange.
Celui qui aime cette chair divine ne peut être ami de sa propre chair (ni la traiter avec trop de délicatesse).
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[Communion et communier]. — On exprime ordinairement la réception du corps adorable du Fils de Dieu dans l'Eucharistie par le nom de Communion, pour se conformer à ces paroles de l'Apôtre: N'esl-il pas vrai que le calice de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus-Christ, et que le pain que nous rompons est la communication du corps du, Seigneur? parce que, selon S. Jean de Damas, ce sacrement non-seulement nous unit à Jésus-Christ et nous rend participants de sa chair et de sa divinité, mais il nous unit les uns aux autres dans le même Jésus - Christ, et nous y incorpore pour ainsi dire, afin de ne faire tous qu'un corps avec lui. De manière que communier c'est recevoir le corps et le sang d'un Dieu fait homme, qui, voulant s'unir à nous étroitement et nous donner les dernières marques de son amour, se met sous les apparences du pain et du vin, afin de se faire par ce moyen notre nourriture.
[Nécessité de recevoir ce sacrement]. — La nécessité de recevoir le corps du Sauveur n'est qu'une nécessité de précepte, et encore à l'égard des adultes qui sont baptisés, lorsqu'ils le peuvent. C'est pourquoi S. Thomas conclut que l'usage et la réception actuelle du sacrement de l'autel, considérée en elle-même, n'est pas de nécessité de salut: soit parce que celui qui ne peut le recevoir actuellement peut avoir la grâce et le salut par le saint désir de recevoir ce sacrement, comme un catéchumène peut obtenir le salut par le baptême d'amour et le désir; soit parce que, pour obtenir le salut, il suffit de participer à l'unité de l'Eglise ou du corps mystique de Jésus-Christ, par la foi et par la charité.
On peut dire cependant que l'Eucharistie est le plus efficace et le plus nécessaire de tous les moyens que le Fils de Dieu nous ait laissés pour nous rendre participants de son immortalité. Il suffit, pour en être convaincu, de savoir que le Sauveur nous a déclaré, en la personne de ses disciples, que la vie éternelle n'est point pour ceux qui ne mangeront pas sa chair ot qui ne boiront pas son sang : Nisi manducaveritis carnem Filii hominis nt biberitis ejus sanguinem, non habebitis vilam in vobis. Cette exclusion est si oxprosse, qu'il est impossible de douter de l'obligation. C'est une grâce qui est attachée à ce grand mystère, et l'on ne peut s'en éloigner qu'on ne se prive de rciïet qu'il opère dans ceux qui s'en approchent.
[Les antrr'S sirromenls reçoivent leur vertu de Hui-ci]. — Il est vrai que le Baptême eonfèro In vio delà grâce H quo l;i Pénitence La rend ;ï ceux qui ont
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eu le mnlheur de la perdre; mais il est vrai aussi que ces deux sacrements ne reçoivent cette vertu que du corps et du sang de Jésus-Christ comme de leur source. C'est sa mort qui en a été le véritable principe; c'est l'effasion de son sang qui a obtenu de Dieu et qui a mérite cet avantage ; mais cette vie nous est communiquée par le sacrement de sa mort d'une manière plus excellente, plus noble et plus abondante. Le Baptême donne le commencement à cette vie, la Pénitence la répare, mais la participation du corps et du sang de Jésus-Christ la nourrit, la soutient et la fortifie ; elle lui donne la perfection, et nous savons qu'elle la préserve d'une infinité de dangers auxquels elle est exposée.
[En quel sens l'Eucharistie communique la grâce]. — Quand on dit que l'Eucharistie communique la grâce, ce n'est pas qu'il ne soit nécessaire qu'on ait auparavant reçu la grâce; mais c'est, 1°. parce que la première grâce, sans laquelle personne ne doit recevoir ce sacrement, y reçoit un merveilleux accroissement, et que, comme le corps n'est pas seulement conservé par la nourriture corporelle, mais même en reçoit une nouvelle augmentation de forces, de même aussi l'Eucharistie, qui est la nourriture spirituelle de l'âme, n'entretient pas seulement sa vie spirituelle, mais lui donne encore de nouvelles forces. 2°. Ce sacrement contient l'auteur de la grâce; et, comme Jésus-Christ, venant au monde visiblement, a donné la grâce, ainsi , venant en nous sacramcntellement par la communion, il opère en nous la vie de la grâce. 3°. Quoique, selon le sentiment de tous les théologiens, ce sacrement ne confère pas la grâce justifiante, dans l'intention première de son divin instituteur, parce qu'il est un sacrement des vivants, qui suppose en nous la vie, il opère néanmoins cette grâce en nous, dans la commune opinion des mêmes théologiens, quand on est coupable de quelque péché mortel qu'on ne connaît pas, et qu'on reçoit la communion de bonne foi croyant être en grâce, avec un acte d'attrition.
Le Sauveur, non content de nous avoir donné la vie par la communion, s'en sert encore pour nous fortifier contre nos ennemis, pour guérir nos langueurs et nos maladies spirituelles, et pour élever nos âmes, comme par degrés, à la perfection de la charité. Car, selon S. Thomas, la nourriture spirituelle produit, par rapport à la vie de l'âme, les mêmes effets que la nourriture corporelle par rapport à la vie du corps: celle-ci conserve et répare les forces du corps, et celle-là perfectionne les forces spirituelles de l'âme.
Il est encore à remarquer qu'outre la grâce universelle attachée à tous les sacrements, chacun d'eux en a une qui lui est propre: par le Baptême nous recevons la première de toutes les grâces ; par la Confirmation, elle se fortifie en nous; par la Pénitence, nous guérissons nos blessures; par l'Extrêmc-Onction, nous nous munissons contre les attaques de la mort; mais, par l'Eucharistie, nous sommes nourris et vivons de Dieu. Nous devenons enfants de Dieu par le Baptême; nous demeurons inébranlables
dans la foi par la Confirmation; nos péchés nous sont remis par la miséricorde de Dieu dans la Pénitence; mais nous contractons avec Dieu une nouvelle union par l'Eucharistie.
[Union avec Jésus-Christ], — Il faut distinguer, avec les Pères et les théologiens, deux corps dans Jésus-Christ : un corps naturel et un corps mystique. Il s'est revêtu du premier dans le sein de la Sainte-Vierge, mais il a formé le second de tous les fidèles. Or, par la digne réception de son corps naturel, nous devenons les membres de son corps mystique, d'une manière plus excellente que par les autres sacrements. Le corps mystique do Jésus-Christ, dit S. Thomas, c'est l'Eglise, dont il est le chef ; tous les fidèles en état de grâce en sont les membres, et c'est par la communion que nous y sommes incorporés.
[Dispositions]. — La première disposition où il faut être pour recevoir dignement le sacrement de l'Eucharistie est de faire le discernement qu'il y a entre cette table sacrée et les tables profanes, entre ce pain céleste et le pain commun et ordinaire : et c'est ce que l'on fait, lorsque l'on croit que c'est le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur, que les Anges adorent dans le ciel : car il faut se contenter d'admirer la profondeur do ce mystère, sans vouloir, par des recherches trop curieuses, en pénétrer la manière. La seconde disposition est d'examiner soigneusement notre conscience, et si nous ne sommes point souillés de quelque péché mortel, afin de l'effacer par la contrition et la confession. Car le concile de Trente a défini que personne ne peut sans crime recevoir l'Eucharistie en péché mortel, s'il ne s'est auparavant purifié par la confession, lorsqu'il peut avoir un prêtre pour se confesser, quand même il lui semblerait en avoir de la contrition. La troisième est d'examiner si nous sommes en paix avec le prochain, et si nous ne conservons point d'aigreur ou quelque animosité secrète contre lui. Car le Fils de Dieu a expressément ordonné do quitter l'autel pour aller se réconcilier, si on reconnaît avoir quelque chose à se reprocher sur ce chapitre. Voilà les dispositions absolument nécessaires, sans parler des autres de bienséance de corps et d'esprit que l'on sait assez.
[Communier souvent]. — Nous devons communier souvent, 1°. Parce que le Fils de Dieu nous y invite. Nos faiblesses n'y sont point un obstacle, pourvu qu'elles nous déplaisent. Il invite à ce divin banquet les infirmes mêmes , les aveugles et les boiteux , pour marquer qu'on n'en est point exolu pour n'avoir pas une santé parfaite. — 2°. Nous devons communier souvent, parce que l'Église nous en presse. Elle nous témoigne ce sentiment par le consentement unanime des Pères, qui sont ses interprr elle a inspiré ce sentiment aux premiers chrétiens; et, tant que ses en f ont suivi une si sainte pratique, ils ont été de véritables saints. — 3°. N
devons communier souvent, parce que notre intérêt nous y engage: on ne peut exprimer les avantages que l'on retire de ce fréquent usage.
Voici à peu près les règles qu'on doit observer sur ce point : — 1°. La communion fréquente est par elle-même préférable à la communion rare ; — 2°. C'est une témérité de blâmer absolument la fréquente communion, après la déclaration du concile de Trente là-dessus ; — 3°. La communion doit être plus ou moins fréquente à proportion du besoin qu'on en a , des dispositions qu'on y apporte et du fruit qu'on en retire; — 4°. La disposition absolument nécessaire pour la communion est celle que demande le concile de Trente, laquelle consiste dans une confession entière des péchés mortels, un regret sincère de les avoir commis et une ferme résolution de ne les plus commettre ; — 5°. Prétendre cependant que ceux qui n'ont que cette seule disposition puissent ou doivent communier tous les jours, c'est un sentiment contraire à la raison, au sentiment de tous les Pères et à la pratique des plus sages directeurs ; — 6°. Ceux qui ne commettent jamais de péché véniel de propos délibéré, et qui sont fort détachés du monde et d'eux-mêmes, ne peuvent communier trop souvent.
S. Thomas demande s'il peut être permis de communier tous les jours, et il conclut : — 1°. Que, si le Saint-Sacrement est considéré dans ce qu'il contient , dans sa vertu et son efficace, rien n'empêche qu'il ne soit pris tous les jours: et même il le doit être, afin que chaque jour nous en puissions recueillir les fruits avanta'geux ; et c'est pour cela que S. Augustin l'appelle pain quotidien; — 2°. Que celui qui tous les jours est en état de recevoir ce divin sacrement peut communier tous les jours : ce qui fait dire à S. Augustin que nous devons vivre si saintement , que nous soyons tous les jours en état de le faire ; — 3°. Qu'il n'est pas utile à tous de communier tous les jours, mais seulement lorsqu'ils se trouvent saintement disposés.
[L'Eucharistie remet les péchés véniels] . — C'est l'opinion de S. Thomas, et de tous les théologiens après lui , que les péchés véniels sont remis par la vertu du Saint-Sacrement reçu en état de grâce. Le pape Innocent assure outre cela que le même sacrement nous préserve à l'avenir des péchés mortels, par la force qu'il nous donne de nous maintenir dans la grâce : parce que, dit ce saint docteur, comme l'aliment corporel nous fortifie et répare en nous les esprits qui se consument et se dissipent à toute heure, ainsi la nourriture spirituelle de ce divin sacrement répare en nous, par son usage, les forces de l'esprit atténuées et dissipées par la concupiscence ou par les péchés véniels. A quoi l'on peut ajouter que, comme les péchés véniels diminuent en nous la ferveur de la charité, pour la rallumer et la rendre plus ardente, il importe de s'approcher souvent, de l'Eucharistie avec dévotion et révérence, puisque c'est uu remède journalier contre nos infirmités; journalières : ainsi parle S. Ambroise.
[Effet sur l'âme et sur le corps] . — Sur ce que dit le Fils de Dieu dans l'Évangile, que celui qui mangera son corps et qui boira son sang aura la vie éternelle, les théologiens demandent, avec S. Thomas, si l'acquisition de la vie éternelle est l'effet de la communion : et ils répondent que oui, parce qu'il y a deux choses à considérer dans le sacrement de l'autel. La première est celle d'où ce sacrement emprunte son efficace et sa vertu, qui est Jésus- Christ même, et sa mort que ce sacrement représente; la seconde est la chose par laquelle ce sacrement a son effet, qui est la communion. A l'égard de la première, Jésus-Christ, par sa mort et ses souffrances, nous a, selon l'Apôtre, ouvert la porte du ciel, acquis la possession de la gloire et le droit d'y prétendre; à l'égard de la seconde, nous possédons, dès cette vie, quoiqu'encore imparfaitement, l'unité de la charité, qui sera, selon S. Augustin, parfaitement possédée dans la vie future de la gloire : d'où il suit aussi que l'acquisition de la gloire est l'effet du sacrement de l'autel.
Quelques théologiens demandent aussi si nos corps reçoivent une impression particulière de l'usage de l'Eucharistie, pour avoir en eux un germe de l'immortalité. On ne peut dire qu'il communique à nos corps quelque qualité, qui par sa vertu puisse leur rendre la vie : car ce serait les mettre en état de ressusciter avant le temps; mais on peut répondre qu'ayant été consacrés par la liaison qu'ils ont eue avec le corps du Sauveur, cette union et cette affinité agissent moralement : c'est-à-dire qu'elles sollicite est le Sauveur à ressusciter les prédestinés qui ont en eux comme un précieux reste de l'Eucharistie; au lieu qu'un réprouvé n'a plus ce solliciteur du rétablissement de sa vie, parce qu'il a perdu sa consécration par ses crimes et par les désordres de sa vie déréglée, à peu près comme nos églises sont polluées quand on y commet de certains crimes. Si ce sentiment de quelques théologiens peut être combattu, il ne saurait être condamné, puisqu'il ne choque aucun article de notre foi, qu'il a pour garant.
[De l'union du Fils de Dieu avec nous]. — Comme le Fils de Dieu nous a assuré que sa chair était vraiment viande et son sang vraiment breuvage, il semble avoir attaché notre idée à ce qui se fait par la nourriture de nos corps : c'est-à-dire, de devenir une même chose avec celui qui la mange et qui la change en sa propre substance; ce qui semble même être autorisé par les expressions de plusieurs SS. Pères, particulièrement de S. Chrysostôme et do S. Cyrille de Jérusalem. Mais la théologie, qui examine les choses à la rigueur, nous enseigne qu'il no faut pas prendre ce divin aliment comme un de ceux de la terre, qui conservent et qui font croître nos corps, en se changeant en eux et s 'identifiant avec eux. Non : cette chair sacrée ne devient pas une même chose, c'est-à-dire une même nature . ou une même sub ivcc notre chair; autrement nous serions tons
unis ; ilcmcul au Verbe par la communion : pensée qui a Ilatté
autrefois quelques âmes dévotes, et qui leur a paru capable de les consoler, mais qui a été rejetée de l'École comme ayant des suites et des conséquences choquantes et opposées à ce que nous devons croire de ce mystère. Cet Homme-DiEU est reçu, à la vérité, et renfermé dans notre corps, mais c'est pour servir de nourriture à notre âme, non pas à ce corps grossier et matériel. Mais aussi ce n'est pas une simple présence locale, c'est quelque chose de plus, et tous les Pères disent que le corps adorable s'unit aux nôtres, non-seulement durant les moments qu'il est en nous réellement, mais même après qu'il cesse d'être sous les espèces; et, comme ils veulent que cette union ne soit pas seulement morale, il est difficile de l'expliquer à moins de dire qu'elle est toute particulière : savoir, qu'elle est morale en soi, mais fondée sur l'union réelle et naturelle qui a précédé.
[Effets et fruits de l'Eucharistie sur les âmes]. — 1°. L'Eucharistie produit toujours, dans les âmes bien disposées, quelque nouveau degré de grâce sanctifiante, et fait croître les habitudes de foi, d'espérance et de charité. 2°. Elle perfectionne les dons du Saint-Esprit. 3°. Elle augmente les vertus morales et infuses : la prudence, la force, la tempérance, la justice. 4°. Elle nous excite, par des grâces actuelles, à produire des actes de toutes les vertus. 5°. Elle apporte une douceur, une onction et une joie, dont l'âme est souvent pénétrée.
Les fruits de l'Eucharistie sont à peu près les mêmes que ses effets, et peuvent se réduire à quatre. Le premier est l'augmentation de la grâce sanctifiante et des vertus infuses. Le second est le renouvellement de la ferveur et de la rémission des péchés véniels. Le troisième est cette douceur que le Sauveur nous fait goûter par ses grâces actuelles, et qui nous facilite la pratique des vertus chrétiennes. Le quatrième consiste dans les secours que le Sauveur nous donne en vertu de ce sacrement, pour conserver la vie de l'âme, pour vaincre nos ennemis, et pour faire tous les jours de nouveaux progrès dans la vie spirituelle.
Le Sauveur, suivant l'opinion de quelques théologiens, augmente à tout moment, durant tout le temps qu'il est réellement présent dans nos cœurs, les grâces qu'il nous confère en vertu de ce sacrement, à mesure que l'âme, après l'avoir reçu, perfectionne ses premières dispositions : comme un soleil qui va toujours croissant, et qui répand à chaque moment de plus belles et plus vives lumières : mais c'est un soleil de justice, qui n'augmente ses libéralités qu'à mesure que l'âme s'en rend digne et qu'elle se les attire par un plus ardent amour.
[Des communions tièdes] — Personne n'ignore combien une communion sacrilège est un crime horrible; mais tout lo monde ne fait pas réflexion sur les biens dont on se prive par une communion tiède, sans dévotion et avec dissipation d'esprit. S. Thomas, dans son commentaire sur les
Épîtres de S. Paul, après avoir dit qu'il y a plusieurs espèces de communions indignes, compte la seconde pour une de celles qui se font sans dévotion. Ce défaut de dévotion, dit ce saint docteur, n'est quelquefois qu'un péché véniel; comme quand on communie avec un esprit distrait et occupé d'affaires séculières, quoique l'on conserve habituellement le respect dû au sacrement. Il ne nous rend pas coupables du corps et du sang de Jésus- Christ de la manière dont S. Paul l'entend; mais il nous prive des principaux fruits de l'Eucharistie; et l'on peut dire que c'est une des principales raisons qui empêchent les âmes d'avancer dans la vie spirituelle.
§ vi.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Dessein du Fils de Dieu en se donnant à nous]. — A parler en général, on peut dire que ce dessein est grand : sans cela, le Fils de Dieu aurait-il, pour l'exécuter, opéré tant de miracles, et changé les lois ordinaires de la nature, en détruisant la substance du pain et du vin, en renfermant son corps, son sang, son âme, sa divinité, dans un si petit espace, et en cachant, sous des voiles si vils et si obscurs, tout l'éclat de sa majesté? S'il avait seulement prétendu, par ce sacrement, produire la grâce sanctifiante., était-il nécessaire qu'il se trouvât présent en personne dans celui-ci? Ne pouvait-il pas la donner avec un morceau de pain dans l'Eucharistie, de même qu'il la confère avec un peu d'eau dans le Baptême? Mais quel est ce grand dessein, qui relève si fort ce sacrement au-dessus des autres, et qui en fait le caractère particulier? Personne ne peut mieux nous en instruire que celui qui en est l'auteur. Voici comment il s'en explique. C'est ici le pain qui est venu du ciel : si quelqu'un mange de .ce pain, il vivra éternellement ; le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde, etc. (Joan. 6). Remarquez, avec S. Chrysostôme, que le Sauveur, toutes les fois qu'il parle de l'Eucharistie, nous promet toujours de nous donner la vie. Pourquoi cela, si ce n'est pour nous apprendre que c'est là son effet propre. Mais quelle sorte dévie? On ne peut douter, dit S. Anselme, qu'en prenant cette nourriture céleste nous ne cherchions plutôt la vie de l'âme que la vie du corps. Or, la charité est la vie de l'âme raisonnable; et par conséquent la vie que Dieu nous veut communiquer est une vie divine et toute d'amour. (P. Vaubert, traité de la communion).
[Senlimenl de reconnaissance]. — Mon Sauveur, vous êtes véritablement mon Père, puisque vous me donnez la vie dans ce mystère, et une vie touto
divine : vous êtes dans le ciel, assis à la droite de votre Père, sur un trône de gloire; mais vous ne dédaignez pas, ô bonté infinie! de descendre tous les jours plusieurs fois sur la terre, pour visiter vos enfants, pour les combler de grâces et de bienfaits; ou plutôt, vous les aimez si tendrement, que vous voulez vivre éternellement parmi eux pour leur donner et leur conserver la vie. Que n'ai-je donc aussi un cœur de fils à votre égard, d'un fils rempli do respect et de tendresse! Fut-il jamais un Père comparable à vous? Vous m'avez donné la vie par l'effusion de tout votre sang : mais quelle vie? une vie sainte, une vie immortelle, une vie divine : et pour l'entretenir, cette admirable vie, vous me donnez votre corps à manger, et votre sang à boire. Où est le père qui ait jamais rien fait de pareil? On a vu des pères et des mères assez barbares pour se nourrir de la chair de leurs enfants : mais en a-t-on vu d'assez charitables pour nourrir leurs enfants de leur chair? Les mères, à la vérité, les nourrissent de leur lait; mais souvent elles s'en dispensent, et ce lait n'est qu'une légère partie de leur substance. Vous seul, ô le plus aimable de tous les pères! vous seul donnez votre corps, votre sang, votre âme, votre divinisé, tout ce que vous êtes, pour nous nourrir durant toute notre vie.
Je ne puis, mon divin Sauveur, vous exprimer la vive douleur dont je suis pénétré, quand je pense que je me suis rendu si souvent indigne de cette excessive bonté. Combien de fois me suis-je éloigné de vous, plus ingrat et plus dénaturé que l'enfant prodigue? Mais, si je l'ai suivi dans ses égarements, je reviens, à son exemple, auprès de vous, tout convert de confusion, et j'espère que vous voudrez bien me recevoir avec la même tendresse que son père le reçut. Je pourrais dire avec plus de vérité que lui, que je ne mérite pas d'être mis au rang de vos enfants : mais je connais votre cœur, et, depuis que vous avez bien voulu me faire manger à la table des Anges, à votre table, j'ose me promettre que vous voudrez bien me regarder encore comme votre enfant. (Le même) .
[Leçons et secours dans ce sacrement]. — Pourquoi le Sauveur détruit-il la substance du pain et du vin, sans se mêler avec elle? c'est pour nous apprendre l'obligation que nous avons, après la communion, de détruire en nous tout ce qu'il y a de terrestre et toutes les inclinations de la chair et du sang. Pourquoi conserve-t-il les apparences du pain et du vin? c'est pour nous apprendre que nous pouvons encore nous acquitter des fonctions ordinaires de la vie humaine, agir, parler, boire, manger, vaquer à nos affaires. Mais, comme ce n'est plus le pain qui soutient ces accidents, de même ce n'est plus la nature ni la raison humaine qui doit être l'âme et le principe de nos actions naturelles et civiles, mais la grâce. Pourquoi est-il environné de ces accidents, sans y être attaché, comme l'était leur substance naturelle? C'est pour nous apprendre que, tandis que nous sommes occupés des affaires temporelles et des biens de cette vie, nous n'y devons avoir aucun attachement, nous en devons être parfaitement
détachés de cœur et d'affection. Enfin, ces accidents, qui reçoivent l'impression des créatures, qui peuvent être rompus et divisés sans que le corps du Sauveur en soit ni changé ni altéré, nous apprennent que, tandis que les hommes et les divers événements de la vie changent la face de nos affaires, nous devons voir tous ces changements sans les sentir, ou du moins sans en être intérieurement agités ni inquiétés. Oh! qu'un chrétien qui serait dans ces dispositions serait parfaitement mort à tout ce qui est sensible, et qu'il imiterait parfaitement ce divin modèle!
Les enfants croissent en mangeant, et, à mesure qu'ils croissent, ils font paraître plus de raison et de sagesse dans leur conduite. Jésus-Christ, en nous donnant si souvent son corps et son sang pour nourrir notre âme, attend que nous croîtrons en vertu, et que nous ferons paraître dans nos mœurs plus de sainteté; et, quand nous y manquons, nous l'offensons sensiblement. Considérez toutes les merveilles qu'il opère dans ce sacrement : remettez - vous devant les yeux les miracles de sa puissance, l'excès de ses libéralités. Croyez - vous le pouvoir frustrer impunément de tant et de si insignes témoignages de son amour? Or, un chrétien qui approche souvent de la sainte table, sans en devenir plus saint, offense personnellement Jésus-Christ par un endroit qui lui est infiniment sensible; il donne lieu de douter des merveilleux effets qu'on lui attribue; il fournit aux mondains un spécieux prétexte de s'en éloigner; il fait dire aux tièdes que, puisqu'on n'en devient pas meilleur, il est inutile d'en approcher si souvent. Je tremble quand j'entends S. Basile dire en termes exprès que non-seulement celui qui communie indignement, mais celui qui communie inutilement et sans fruit, l'outrage : Oliosè et inutiliter edens.
Encore que le Sauveur ait dessein de nous élever par le sacrement de l'Eucharistie à l'état le plus sublime de la perfection, il ne faut pas s'imaginer que ce soit l'ouvrage d'un jour, et qu'on y arrive par une seule communion. Il agit dans l'ordre de la grâce à peu près comme dans Tordre de la nature. Les enfants ne croissent que peu à peu et en prenant souvent de la nourriture; ainsi les âmes n'avancent en vertu qu'à mesure qu'elles se nourrissent de ce pain céleste. La vie spirituelle, aussi bien que la vie naturelle, a pour ainsi dire ses différents âges, et le Sauveur proportionne ses opérations à l'état où il trouve les personnes qui le reçoivent. Il est le lait des enfants, le médecin des malades et la nourriture solide des âmes parfaites. Mais, dans quelque état que nous soyons, ce n'est pour l'ordinaire que par degrés et par de saintes communions qu'il nous communique une éminente sainteté.
Quand on dit qu'il faut profiter de la communion, c'est mal à propos que certaines consciences timorées se troublent, s'alarment, et se retirent même quelquefois de la sainte table, à cause qu'elles ne remarquent dans leur vie aucun changement considérable. Pourvu que ces personnes conbcrvcnt toujours le désir de se donner entièrement à Diet, qu'elles J'offcii-
sent plus rarement, que la violence de leurs passions diminue, qu'elles évilent plus soigneusement les oenasions de pécher, et qu'elles soient plus régulières à s'acquitter de leurs devoirs, leurs communions ne sont pas inutiles, et ce serait imprudence d'en diminuer le nombre. Il leur arrive à peu près la même chose qu'à ceux qui sont enfermés dans un vaisseau et qui voyagent sur mer : ils font souvent bien du chemin sans s'en apercevoir. {Le même).
[Préparation à la communion]. — Si nous ne devions communier qu'une fois dans la vie, nous devrions employer tous les moments de la vie à nous y préparer; et, quelque application que nous y apportassions, quelques efforts que nous fissions, nous n'en ferions pas trop, et nous pourrions dire avec autant de vérité que l'humble centenicr : Seigneur, je n'en suis pas digne. Cette seule pensée, « Je dois communier un jour », devrait nous tenir dans un respect et un tremblement continuels, dans une attention continuelle à Dieu et dans une vigilance extraordinaire sur tous les mouvements de notre cœur, de peur qu'il lui échappât rien de contraire à la pureté nécessaire pour recevoir un Dieu qui est la pureté même; mais, comme lui-même a la bonté de nous accorder la grâce de communier plus souvent, et que notre faiblesse ou l'embarras de nos affaires ne nous permet pas d'employer tout notre temps à cette grande action, il faut au moins que nous ne bornions pas, comme font plusieurs, notre préparation au peu de temps qui précède immédiatement la communion, que nous commencions du moins à nous y préparer dès la veille.
La majesté et la sainteté de celui qui vient à nous, les grands desseins pour lesquels il vient, les grands miracles qu'il opère pour accomplir ses desseins, et enfin notre bassesse et notre indignité, nous engagent à faire tous nos efforts, à mettre tout en œuvre, pour nous préparer à le recevoir. Si le sacrement de l'Eucharistie est le plus saint et le plus auguste de nos sacrements, la communion qui nous y fait participer est la plus grande et la plus importante action de notre vie. Que si nous n'employons pas autant de temps à nous préparer à la communion que le demanderait la grandeur de celui que nous y recevons, nous devons au moins suppléer par notre ferveur à la longueur du temps qui nous manque, et, par un saint empressement à faire ce que nous pouvons, aux grands apprêts que la dignité de celui que nous recevons exigerait de nous. Quand nous emploierions toutes les forces de notre âme, toute l'application de notre esprit, toute la tendresse de notre cœur, à nous préparer à une action si sainte, nous ne devrions pourtant approcher de ces divins mystères qu'avec une grande confusion, dans la vive persuasion de notre indignité : ce sont là les sentiments des plus grands saints. Quels doivent donc être les nôtres ! et quelles doivent être notre confusion et notre crainte, quand nous osons approcher de ces redoutables mystères avec un esprit dissipé, des sens égarés, un cœur partagé! etc. (Le P. Nepveu, Rèflex. chrét.)
La manière dont communient la plupart des chrétiens ne doit-elle pas faire gémir tous les gens de bien? On croit que c'est assez d'avoir confessé ses péchés, sans examen, sans douleur et sans un regret véritable ; on court du confessionnal à la sainte table, sans autre motif que de s'acquitter promptement d'un devoir qui gêne l'esprit, l'imagination : de manière qu'au lieu d'y recevoir le pain de vie, on y reçoit, dit S. Cyprien, le poison d'une communion précipitée : Prœcipilalœ communicalionis Chrisli venenum. Il ne faut pas, à la vérité, donner dans l'erreur de ceux qui, par un faux zèle, poussent si loin cette préparation, que personne presque n'y peut atteindre, et ne font que détourner les fidèles d'un si juste devoir; mais aussi il faut bien se donner de garde de l'autre extrémité, qui est de se contenter d'une préparation assez légère, et de n'apporter pas la circonspection nécessaire à ce festin que le Fils de Dieu nous a préparé avec tant d'appareil. (Anonyme).
[L'eucharistie corrige nos défauts]. — S. Thomas explique cet effet de l'Eucharistie en nous par la comparaison d'une greffe entée sur un arbre sauvage. C'est le propre, dit-il, du rejeton d'un bon arbre, quand il est enté sur un sauvageon, de prévaloir par sa vertu naturelle, et de communiquer sa vertu au sauvageon, en lui ôtant son amertume et en lui faisant porter de bons fruits, semblables aux siens : de même, le corps de Jésus-Christ, étant comme enté en nous, corrige nos défauts, nous communique sa bonté et la vertu de produire des feuilles, des fleurs et des fruits de justice, semblables à ceux qu'il produit lui-même.
Le Sauveur, par le moyen de la communion, nous rend semblables à lui : ce que S. Thomas (Opuscule 58e, ch. 20) explique par la comparaison d'un cachet appliqué sur la cire molle, où il imprime sa figure. Quand nous recevons la communion, dit ce saint docteur, Jésus-Christ applique son corps comme un cachet sur nos cœurs brûlants de l'amour de Dieu, purifiés par la pénitence, attendris par l'amour du prochain : non pour être changé en nous, car il est immuable, mais pour nous transformer en lui, en imprimant dans nos âmes l'image de sa bonté et de ses perfections, Lorsque l'époux du Cantique invite l'épouse à le mettre comme un cachet sur son cœur et sur ses bras, c'est le Fils de Dieu, suivant l'explication d'un grand maître de la vie spirituelle, qui nous exhorte à la communion, pour imprimer sa ressemblance dans notre âme : par cette impression, il y retrace Celui qui est la figure delà substance de son Père, l'image de Dieu effacée par le péché, et lui communique une beauté toute divine. (Le P. Vaubert).
[Joie et délice»]. — S. Thomas parle des plaisirs que Dieu fait quelquefois
"iitir aux âmes fidèles. C'est, dit-il, lorsque le Fils de Dieu fait sentir sa
ence par une connaissance expérimentale. Ce n'est plus la suavité de
la grâce, mais la douceur de la Divinité même unie à l'humanité du Sau-
veur, que Ton goûte; ce n'est plus simplement par la foi que l'âme connaît qu'elle possède son Dieu, mais elle le sent, pour ainsi dire, elle le touche, elle l'embrasse spirituellement. Ces moments sont courts, dit S. Bernard, mais ils sont infiniment délicieux : Félix hora, sedbrevis mora. Ce sont, dit un autre Père, d'aimables préludes de la félicité éternelle : Fulurœ felicilatis amabile prœludlum.
Il est encore à remarquer que ces délices spirituelles sont comme une propriété attachée à la communion : car Dieu, en y renfermant la vive source de toutes les consolations célestes, n'a pas seulement prétendu nous conférer la grâce sanctifiante, mais exciter aussi dans nos cœurs les plus tendres sentiments de dévotion, de manière que, quand une âme bien disposée ne recevrait aucune augmentation de grâce, elle ne laisserait pas de ressentir la douceur de cette délicieuse nourriture. On dira peut-être : Bien des gens communient sans ressentir nulle douceur. Mais n'est-ce pas un grand sujet de joie, quand il n'y en aurait point d'autre, qu'une âme fidèle fasse réflexion qu'elle reçoit, en communiant, un trésor où toutes les richesses du ciel sont renfermées; qu'elle reçoit le véritable médecin des âmes, qui guérira toutes ces maladies? Cette seule pensée, sans autre considération, ne doit-elle pas être consolante à une âme fidèle, convaincue de ces vérités? Outre qu'il arrive aussi que la communion répand dans l'âme des joies sensibles, lorsque le Sauveur fait goûter la douceur de la grâce. Car, dans ce moment, l'âme, charmée de ce goût délicieux, embaumée de ce parfum céleste, s'enflamme des saintes ardeurs de l'amour divin, chante les louanges du Seigneur, se dévoue à son service, éclate en tendres soupirs, se confond, se liquéfie en dévotion, et jouit, dans cet amoureux entretien, d'un bonheur inexplicable {Le même).
[Accueil à N.-S.]. — Un ami, allant rendre visite à son ami entre chez lui le cœur plein de tendresse, le visage épanoui, les bras ouverts, et prêt à l'embrasser : si son ami le reçoit d'un air indifférent, et qu'au lieu de venir à lui il s'entretienne avec d'autres personnes, ou qu'occupé de quelque bagatelle, il daigne à peine le regarder, en vérité y a-t-il rien au monde de plus capable de déconcerter ce bon ami, et de lui glacer le cœur? Mais si, au contraire, celui qui reçoit la visite répond aux démonstrations d'amitié de celui qui la fait, s'il court au-devant de lui avec empressement, l'amour peint dans ses yeux, s'il le caresse et l'embrasse, quelle est la douceur qu'ils goûtent, tant qu'ils se tiennent embrassés I Leur silence, leurs paroles, leurs manières, tout contribue à enflammer de plus en plus leurs cœurs; et, durant ces heureux moments, quelles grâces peuvent-ils se refuser l'un à l'autre? Voilà la peinture de ce qui se passe dans la communion.
Le Sauveur est cet ami fidèle, qui descend du ciel pour nous rendre visite : il entre chez nous, le cœur brûlant d'amour et les mains pleines de grâces et de bienfaits : mais, hélas ! avec quelle indifférence, avec quel
froid, le reçoivent des âmes ou actuellement distraites et occupées de toute autre chose, ou attachées par des affections volontaires à des bagatelles et à des riens? Faut-il donc s'étonner si une réception si froide lui resserre le cœur et lui ferme les mains ? (Le P. Vaubert).
[Union avec N.-S.]. — S. Cyprien assure que, quoique cette union n'arrive pas jusqu'à l'unité de substance, elle va jusqu'à une liaison très-étroite, et pareille à celle qui est entre deux frères : Hœc unitas non quidem usquè ad consubstantialitaiem Christi, sed lamen usquè ad germanissimam quamdam societatem pervenit. Le Fils de Dieu passe plus avant, et assure que ceux qui mangent sa chair lui seront unis comme il est uni à son Père : Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo pr opter Patrem. De sorte que S. Hilaire se sert de cet argument contre les ariens pour leur prouver la consubstantialité du Verbe avec le Père éternel. Car, supposant comme un principe assuré que nous demeurons une même substance, une même chair et un même corps avec Jésus-Christ, il en tire cette conséquence : qu'il faut donc aussi avouer que le Père et le Fils sont la même chose, et qu'il n'y a point d'autre distinction entre eux que celle des personnes. (Anonyme).
[Il faut communier dignement]. — La grande maxime qui doit servir dérègle à un chrétien est de ne séparer jamais ces deux vérités : l'une que le Fils de Dieu lui commande de manger son corps, l'autre qu'il lui défend de le manger indignement; l'une, qui lui dit que la chair de son Dieu doit être la nourriture de son âme, l'autre, qu'il faut prendre cette nourriture en bon état; l'une, qu'il est impossible de conserver la vie surnaturelle sans cet aliment, l'autre, que cet aliment est nuisible quand l'âme est mal disposée : c'est-à-dire qu'on ne peut avoir la vie de la grâce sans la participation de l'Eucharistie, et que cette Eucharistie est extrêmement préjudiciable quand on la reçoit en péché mortel. Si un pécheur s'attache à l'une de ces vérités sans prendre l'autre, il s'égare : au contraire, s'il les embrasse toutes les deux, il trouvera un admirable éclaircissement. Jésus-Christ me défend de manger sa chair quand le péché règne en moi : il ne faut donc pas que je présume alors de la manger. Si je ne la mange, je n'aurai pas la vie éternelle : il faut donc que je sorte de l'état où je suis, pour me rendre digne, ou plutôt pour ne me pas rendre indigne de la manger : car Je De puis me dispenser d'obéir à ces deux commandements. Si je communie avec indignité, je deviens coupable de la profanation du corps de •li -i 8-Christ : voilà l'intérêt de Jésus-Christ, qui méfait me retirer; mais, ne communie pas, je deviens homicide de moi-même : voilà mon intérêt, qui m'oblige de m'approcher. Si je ne mange pas la chair de mon Dieu, je ne puis viyre; si je la mange indignement, je mange mon jugement : reste donc un seul parti à prendre, qui est de renoncer à mon t. h. 20
péché et do corriger mes désordres, pour me mettre en état de manger ce pain de vie. (Bourdaloue, sermon sur la fréquente communion).
[Force des martyrs]. — C'était un spectacle digne d'admiration, durant le temps des persécutions de l'Eglise , de voir une jeune personne , d'une naissance distinguée, dans la fleur de l'âge, favorisée de la nature et de la fortune, une Agnes, une Catherine, et tant d'autres, rebuter les alliances les plus illustres et braver les plus affreux supplices; de voir un père environné de sa famille et de ses amis pénétrés de douleur, prosternés à ses pieds, qui le conjuraient, par tout ce que la nature et l'amitié ont de plus tendre et de plus touchant, de ne les point plonger dans les derniers malheurs en les abandonnant, monter cependant avec des yeux secs et avec un air tranquille sur l'échafaud où il allait expirer; de voir un jeune homme, étendu sur des brasiers ardents et tenaillé par des bourreaux impitoyables, demeurer ferme dans la foi, sans être plus touché que s'il eût eu un cœur de marbre et un corps de fer. D'où leur venait, je vous prie, une si prodigieuse constance? d'un breuvage merveilleux, répondent les Pères, du sang de Jésus-Christ, que l'Eglise leur donnait à boire pour les disposer à de si rudes combats.
Le même Sauveur, qui a répandu son sang sur la croix pour donner aux martyrs la force de verser le leur, nous donne ce même sang pour nous soutenir dans ce martyre non sanglant que les persécutions du monde, les afflictions présentes, la pauvreté, les maladies et les mépris, nous font endurer. Mais, après tout, gardons-nous bien de croire que le Sauveur opère tout seul ces admirables effets, et qu'après avoir communié nous n'ayons plus rien à faire. L'Eucharistie nous donne du courage et des armes pour vaincre nos ennemis; mais elle ne nous dispense pas de les combattre; elle les affaiblit, mais elle ne les détruit pas entièrement; Jésus -Christ nous fortifie 'dans les souffrances, mais il ne prétend pas nous en exempter. Car enfin, l'Eucharistie ne rendait pas les martyrs invulnérables, ni insensibles, mais elle les rendait victorieux au milieu des plus horribles tourments (Le P. Vaubert).
[Vertu]. — Mes Frères, dit S. Bernard, si quelqu'un de vous trouve du changement dans sa vie et dans son esprit, si vous n'avez plus d'ardeur ni de passion pour les choses du monde; si la colère, si l'envie, si la sensualité, si les autres vices, sont amortis peu à peu, s'ils n'ont pas tant de force ni ne font plus tant d'impression sur vos cœurs, ne vous donnez point la vanité de ces victoires, rendez grâces à Jésus - Christ dans ce sacrement : Quoniam virlus Sacramenti opérai ur in vobis, dit ce saint. C'est la force et la vertu de cet adorable sacrement qui métamorphose des hommes de chair et de terre, et fait des esprits célestes.
Pour parler à ceux qui, après avoir communié, retombent presque incontinent dans le péché mortel, je les conjure de considérer avec quel zèle les
SS. Pères se sont élevés contre ces rechutes, et en quels termes ils en représentent et l'indignité et les terribles suites. Retourner, après la communion, à ses premiers dérèglements, c'est, disent-ils, profaner le temple du Saint-Esprit; c'est déshonorer le corps mystique de Jésus-Christ; c'est, à l'exemple de Judas, le trahir et le livrer lui-même à ses ennemis. « On vous a confié le corps de Jésus-Christ, dit S. Athanase; vous êtes son domicile, il demeure chez vous: que dis-je? vous êtes devenu un membre de son corps : faites-lui donc honneur par vos vertus, ou du moins ne le trahissez point comme Judas. » En combien d'endroits S. Chrysostôme a-t-il déployé son éloquence pour recommander aux fidèles la pureté de vie après la communion, et pour faire sentir l'énormité spéciale qui se trouve dans ces rechutes? (Le P. Castillon).
[Communions sacrilèges], — Ceux qui communient indignement sont les profanateurs du corps et du sang du Seigneur, qui mangent et boivent leur jugement, selon S. Paul, et qui trouvent la mort dans l'usage d'un sacrement qui leur devrait apporter un accroissement de grâce et de vie. Chose étonnante ! ce mystère, qui est le trône le plus auguste de la divine miséricorde, est en même temps le siège le plus redoutable de sa justice. Je vois sortir en même temps, de la même bouche du Fils de Dieu, un arrêt de vie et de prédestination en faveur des justes qui s'en approchent avec la pureté, la charité et les dispositions qu'il faut, et un arrêt de mort et de réprobation contre les pécheurs qui ont la témérité de s'en approcher avec une conscience impure et souillée de quelque crime.
Je souhaiterais pouvoir vous donner une vive idée de l'énormité de cet attentat: car on n'en connaît pas assez la grandeur; on ne comprend pas combien c'est faire une atroce et sanglante injure à Jésus-Christ de recevoir son corps en état de péché mortel. Ah ! sans doute, les indignes communions seraient plus rares qu'elles ne sont, si on comprenait que c'est faire outrage et violence au corps du Seigneur, que c'est un attentat commis en la personne du même Fils de Dieu. Si on était bien pénétré de cette pensée, on trouverait peu de gens assez abandonnés de Dieu, assez esclaves de leurs passions, pour se porter jusqu'à ce point de fureur. Savez-vous donc ce que c'est, selon S. Paul, que de faire une communion sacrilège? C'est faire à la personne même du Fils de Dieu le plus grand outrage qu'il soit capable de recevoir, depuis que l'état glorieux où il est entré l'a rendu inviolable aux atteintes des créatures. C'est se rendre coupable, dit cet Apôtre, de son corps adorable et de son sang : Reus eril corporis et sangulnis Domini. Vous savez qu'il y a grande différence entre manquer de respect et de soumission pour la loi d'un prince, et l'insulte et l'outrage à sa personne même. Ces derniers attentats sont bien plus horribles et plus énormes. Voilà cependant jusqu'où ceux qui communient indignement en viennent: ils ne s'arrêtent pas à violer ses ordonnances; on s'en prend morne à sa personne, en traitant indignement
un mystère qui renferme réellement son corps et Bon sang. (Lafont, Enlrel. ecclésiast).
[Endurcissement]. — Avant une communion sacrilège, on ne pèche qu'en tremblant, on n'étouffe qu'avec peine les remords de la conscience; mais, quand on s'est approché de sang-froid, sans les dispositions nécessaires, de la table de la communion, on tombe alors dans l'abîme de l'iniquité, on étouffe toutes les lumières et la voix secrète de la conscience; et il se fait un malheureux silence au milieu du cœur des pécheurs, plus funeste à leur âme que le sacrilège même. Toutes les barrières qui semblaient retenir un pécheur sont rompues; rien n'est plus capable de l'arrêter. Il est retenu par des habitudes plus fortes dans le crime, il renoue ses intrigues avec plus de passion, il s'engage avec plus de fureur dans ses désordres, son cœur devient plus endurci : et ainsi il devient la proie du démon. (Sermon attribué au P. Bourdaloue).
[Communion indigne]. Selon S. Isidore de Damiette, le démon n'attaque qu'avec précaution un pécheur qui n'ose, par respect, s'approcher de la sainte table : mais, quand il a communié indignement, le démon ne garde plus de mesure avec lui; il s'empare de son cœur comme de celui de Judas, et, regardant une action si détestable comme le dernier degré de folie et de stupidité, il le juge capable de tout. Considérez ce qui arriva à Judas : c'est une remarque de S. Cyprien: Le démon ne prit point possession de son âme tant qu'il ne mangeait que l'agneau paschal; mais, au même instant que ce traître eut reçu le pain sacré, il quitte la compagnie, de son maître, il court au désespoir et à la mort.
En considérant l'affreuse peinture du crime et de la punition de ceux qui communient indignement, ne tremblez-vous pas? Coupables d'un homicide, vous seriez infailliblement condamné, et, après avoir outragé si cruellement Jésus-Christ, vous croiriez pouvoir échapper à la condamnation que S. Paul a prononcée contre ceux qui reçoivent dans un cœur souillé son corps adorable ? Au reste, quand je me sers des noires couleurs que les Pères me fournissent pour représenter l'horrible attentat de ceux qui communient indignement, et les épouvantables châtiments dont ils sont menacés, je proteste, après S. Chrysostôme, que ce n'est pas pour éloigner les fidèles de la communion, mais pour les empêcher de s'en approcher sans préparation. (Le P. Vaubert).
Quand S. Paul parle de ces sortes de personnes, il déclare qu'en buvant le sang et en mangeant la chair de Jésus-Christ ils boivent et mangent leur jugement. Il ne se contente pas de dire qu'ils reçoivent leur jugement, il dit qu'ils le mangent et le boivent: pour montrer que leur condamnation n'est pas moins inséparable de cette mauvaise action que la boisson et l'aliment le sont du corps qui s'en nourrit, et auquel ils s'unissent inséparablement: ou plutôt, pour nous faire comprendre que leur
péché est si énorme, que leur perte et leur condamnation sont alors aussi certaines que si elles étaient prononcées par la bouche du Dieu même qu'ils offensent. En un mot, de même que ce saint nous assure que celui qui ne croit pas est déjà jugé, S. Paul nous apprend que celui qui communie indignement est dès à présent condamné.
Il ne faut pas s'étonner que ce corps adorable, qui a été l'instrument et la cause de notre salut, devienne le principe et pour ainsi dire l'arrêt de notre condamnation; il ne faut pas s'étonner que ce sang précieux et saint, qui a lavé tous nos crimes et payé toutes nos dettes, nous rende débiteurs de la justice de Dieu, souille nos âmes au lieu de les purifier : leur vertu n'est pas moindre sur l'autel que sur la croix. Mais, comme ce sang fut versé sur le Calvaire pour le bonheur de ceux qui crurent en Jésus-Christ et pour le malheur de ceux qui l'outragèrent et le crucifièrent, il est bu sur les autels pour la justification de ceux qui le reçoivent en honorant Jésus-Christ, et pour la réprobation de ceux qui l'offensent en le recevant.
Dieu mit un chérubin avec un glaive de feu à l'entrée du paradis terrestre, afin qu'il empêchât Adam de manger du fruit de vie après son péché. Le paradis terrestre était la figure de l'Église, et le fruit de vie, la véritable image de l'Eucharistie. Pourquoi ne dirons-nous pas, avec l'abbé Paschase, que Dieu, en défendant au premier pécheur de se nourrir du fruit de vie, fit connaître à tous les pécheurs obstinés qu'ils doivent s'abstenir de manger le pain eucharistique, et que, par le glaive de feu qui intimida Adam, il nous apprit que la crainte de la mort et des flammes éternelles, dont nous sommes menacés, si nous communions indignement, devait nous empêcher de prendre le corps de Jésus-Christ lorsque nous sommes en état de péché. Ce n'est qu'à celui qui a vaincu, dit Dieu dans l'Apocalypse, que je permets de manger de l'arbre de vie: ce n'est aussi qu'à celui qui a vaincu le péché que je permets de prendre mon corps, qui donne la vie éternelle. (Grenier, De l'usage de la communion).
[Communion fréquente]. — Il est vrai que les Pères ont parlé avec beaucoup de force contre les communions sacrilèges, mais jamais contre les communions fréquentes; qu'ils nous invitent souvent à approcher de l'autel avec beaucoup de respect, mais jamais à nous en retirer par respect: et j'o?e dire qu'on n'en peut citer un seul qui conseille cette manière d'humilité, conciles eussent-ils fait paraître un si grand désir de voir cet usage rétabli parmi les fidèles, s'il y avait plus de vertu, plus de mérite, plus d'honneur pour Dieu, à nous éloigner qu'à nous approcher de la sainte table? S'il y avait quelque irrévérence à s'y présenter avec les dissions nécessaires, on aurait sujet de nous en détourner: mais bien loin de Là.
On prétend s'excuser do communier plus souvent sur ce qu'on ne vit assez saintement; maie û'est ce qui m'étonne, que, pouvant vivre B
bieo pour obliger notre Dieu à descendre tous les jours dans nous et à venir réellement et corporellement dans notre sein, nous aimions mieux nous priver d'un si grand bien que de nous y disposer par la réformation de nos mœurs. Mais comment croirons-nous que vous différez votre communion sur la considération de votre indignité, tandis que nous verrons que vous ne laissez pas de vous en rendre tous les jours plus indignes par la multiplication des mêmes fautes qui vous obligent à la différer? Si vous aviez des sentiments d'une vénération si profonde pour le corps adorable du Sauveur, ne songeriez-vous point davantage à vous rendre dignes de le recevoir souvent qu'à vous en priver parce que vous en êtes indignes? Que si vous êtes véritablement résolus de vous réformer, vous méritez de communier dès demain ; mais, si vous voulez continuer de vivre comme vous avez vécu jusqu'à présent, pouvez-vous douter que, dans un an ou deux, vous mériterez encore moins de participer aux saints mystères? Ou commencez dès maintenant à purifier votre cœur pour communier la première fois avec plus de révérence, ou cessez de dire que le terme que vous prenez est un effet du respect intérieur que vous avez pour le corps du Sauveur. Il est bien étrange de vouloir faire passer pour vçrtu l'attache que nous avons à nos habitudes vicieuses.
C'est l'amour d'une fausse liberté, qui se trouverait trop gênée par des communions fréquentes. On craint de rentrer si souvent dans une conscience impure, on craint l'humiliation de la confession, on craint que les plaisirs ne soient pas seulement interrompus pour un jour, mais encore troublés pour longtemps, par les saintes pensées qui ont coutume d'accompagner les saintes actions. En un mot, il faut se retirer du désordre ou de la table sainte : et on aime mieux se priver de celle-ci que d'être obligé de vivre en chrétien. Mais nous voulons faire accroire que nous faisons par zèle de notre avancement spirituel ce qui est un effet visible de notre tiédeur et du peu d'envie que nous avons de nous convertir. Car on ne manque pas de dire qu'on craint, en communiant si souvent, de s'y accoutumer de telle sorte qu'on n'en retire plus le fruit espéré. Disons plutôt qu'en communiant souvent nous en retirerions plus de fruit que nous ne souhaiterions.
Qu'est-ce, je vous prie, qui entretient ces sortes de gens dans une si grande indifférence pour ce divin sacrement ? Ce n'est pas précisément qu'ils se croient indignes d'y participer : c'est qu'ils se croient hors d'état de faire ce qui pourrait les en rendre dignes. C'est peut-être qu'ils craignent même d'en devenir dignes en y participant plus souvent. Je m'explique : on sent que, si l'on multiplie les confessions et les communions, il faudra modérer le jeu, donner des bornes au luxe, retrancher beaucoup de commerces qu'on avait avec le monde, que l'usage des sacrements demande nécessairement cette réforme , qu'il la produit même insensiblement, comme malgré nous ; on prévoit le combat qu'on aurait à soutenir contre Dieu, les reproches qu'il faudrait essuyer de la part de sa conscience si
l'on prétendait allier une vie tiède avec des communions si souvent réitérées. (Le P de la ColombièreJ,
Ceux qui communient rarement se mettent dans un très-évident danger de communier indignement, et s'y exposent beaucoup plus, dans un sens que ceux qui communient souvent. Si, dans ce long intervalle d'une communion à une autre, vous travailliez à combattre vos passions et à arracber peu à peu ces funestes liaisons que vous aviez au monde ; si vous cherchiez les 'moyens propres pour déraciner tantôt un vice et tantôt un autre; si vous employiez la meilleure partie du temps à rechercher les péchés auxquels vous connaissez être attachés depuis tant d'années: si cela était, approchez hardiment de la communion, vous dirais-je, et que ce délai que vous avez apporté ne vous fasse point de peine. Mais on n'a presque jamais ces vues : si l'on diffère de communier, c'est à cause qu'on ne veut pas se corriger; si l'on s'éloigne de la sainte table, c'est qu'on aime mieux vivre dans ses anciennes habitudes que d'y renoncer pour jamais. (Sermons moraux) .
[De la communion Paschale]. — Il y a quelquefois de mauvais chrétiens qui croient se tirer d'affaire en disant qu'il vaut mieux ne communier pas à Pâque, que de communier indignement. Cela est vrai ; mais l'un et l'autre ne laisse pas d'être une étrange abomination. C'est un grand crime de communier en mauvais état ; mais je ne sais si c'en est un moindre de négliger de se mettre en bon état pour communier au temps que l'Église l'ordonne si expressément. Car, outre le mépris qu'on fait alors de l'autorité de l'Eglise, il faut nécessairement qu'un pécheur conçoive alors une nouvelle résolution de persévérer dans le mal, et d'y persévérer longtemps; et une résolution ferme, prise de sang-froid, avec une parfaite connaissance et une délibération entière; une résolution formée dans le temps même qu'il est averti de son devoir, qu'on le sollicite, qu'on le presse, qu'on le menace d'excommunication. Quelle plus noire malice? Quelle plus diabolique obstination?
Souffrez que je vous dise la vérité, pécheurs, si vous ne la voulez pas dire. Voilà ce qui vous empêche de communier : Villam emi, juga bovum emi qwnqu&.En vain vous vous servez d'un prétexte de vertu pour couvrir vos péchés ; Dieu voit le fond de votre cœur ; il sait que vous l'outragez en ut semblant de le respecter. Hé ! que sert l'artifice et le déguisement avec celui qui a formé le cœur et qui voit tout ce qui s'y passe? S'il n'était question que de ne pas paraître devant les hommes, je vous permettrai a de cacher votre libertinage sous l'apparence des plus belles vertus; votre hypocrisie aurait au moins cela de bon, qu'elle empêcherait le scandale de ¥08 péchés: mais il s'agit principalement d'être saint devant Dm . qui voit, tout, qui sait tout, et à qui rien n'est caché. (Essais de Sermons).
[Communion fréquente]. — Qu'est-il besoin de raisons quand l'expérience
parle? je dis l'expérience de tous les temps, l'expérience de toutes sortes de personnes, enfin, mon cher auditeur, votre expérience propre. Rappelons ces premiers temps de l'Église naissante, où les chrétiens se faisaient un devoir de participer tous les jours aux divins mystères. Quelle innocence de vie et de mœurs! quel détachement des choses de la terre! quelle paix ! quelle charité florissait alors parmi les fidèles! mais surtout, quelle constance dans la foi! quelle fermeté dans la grûcc, jusqu'à aimer mieux souffrir la perte de leurs biens, l'exil, les chaînes, la mort et les supplices les plus cruels, que de feindre un moment, que d'offrir un grain d'encens aux idoles ! Erant persévérantes in communicalione fraclionis panis. C'était du constant usage de la communion qu'ils tiraient leurs forces, leur courage, leur magnanimité, leur persévérance. De là descendons jusqu'à ces malheureux temps où nous sommes: jugeons, Messieurs, quelle différence. On s'est éloigné peu à peu du Sacrement ; le fréquent usage ne s'en est conservé que dans les cloîtres et parmi un petit nombre de personnes dignes encore de l'ancienne Eglise ; les fidèles n'ont plus communié que trois ou quatre fois l'année; beaucoup se sont contentés de la communion annuelle de Pâques. Qu'est-il arrivé? Les mœurs se sont corrompues, la discipline s'est relâchée, le sel de la terre a perdu sa force, les coutumes des païens ont été rappelées ; l'intérêt, l'ambition, la discorde ont éteint la charité; un torrent de vices et de scandales ont désolé la face du monde chrétien. Tant il est vrai que la pureté des mœurs ai la conservation de l'innocence dépendent du fréquent usage de l'Eucharistie , et que les crimes se multiplient suivant que les communions deviennent plus rares.
Si vous avez jamais eu l'habitude de communier souvent, mon cher auditeur, et qu'ensuite vous l'ayez perdue, comparez-vous vous-même à vous-même dans ces différents états : et vous reconnaîtrez par votre expérience la vérité de ce que je dis. Quel étiez-vous quand vous faisiez si exactement vos dévotions tous les mois, tous les quinze jours, à toutes les fêtes considérables? Quelle était votre crainte de Dieu, dans ces temps heureux? quelle horreur n'aviez-vous point du péché mortel? Votre délicatesse allait jusqu'au scrupule. Vous avez quitté dans la suite une coutume si salutaire : qu'avez- vous fait? Vous pouvez bien dire avec le Prophète royal: Aruii cor meum,quia oblilus sum comedere panem meum: que votre cœur s'est desséché, parce que vous avez oublié démanger le pain qui vous soutenait. La tentation vous ayant trouvé faible, vous avez bientôt succombé; vous vous êtes apprivoisé avec le péché; vous le commettez sans remords; vous vous perdez. Heureux pourtant si, profitant de votre malheur, vous repreniez une pratique dont votre expérience vous fait bien voir la nécessité! (Anonyme).
[Communion sacrilège]. — Vous savez, messieurs, que la nourriture est inséparable de celui qui la prend. J'ai mangé du pain : cet aliment se change
en mon sang et en ma chair, en sorte qu'il n'y a plus moyen de les diviser, et il ne devient qu'un avec moi. Celui qui a communié indignement a mangé son jugement, et il l'a comme converti en lui-même. Vous diriez que l'Apôtre fait allusion à la coutume de ces peuples, ou plutôt de ces juges anciens, qui faisaient avaler aux criminels l'arrêt de leur condamnation, pour marquer qu'il était irrévocable. Ah! messieurs, m'expliquéje assez, et concevez-vous assez la force de cette expression : Judiclum sibi manducat et bibit ? Ah! Dieu! si le jugement était seulement écrit sur le papier, on pourrait le rompre et le déchirer; s'il était prononcé simplement, on pourrait le révoquer; si on ne le mettait que dans la bouche, on pourrait le rejeter; mais on le mange, il passe dans nos veines, dans la moelle de nos os, comme parle le prophète, et dans notre propre substance; il s'incorpore à nous : et comment le rappeler? Faites que le coupable et le jugement ne soient pas la même chose : Dieu réprouvera l'un, et fera grâce à l'autre; mais, comme ils sont confondus, ils ne se distinguent plus. Pitoyable sort de ceux qui communient indignement !
Lorsque j'entreprends de faire sentir au pécheur, qui, par une communion indigne, se rend coupable du corps et du sang de Jésus- Christ, toute Ténormité de sa profanation, je ne parle pas de ces âmes noires qui viennent de sang froid se présenter à la table sacrée pour fouler aux pieds la sainteté de nos mystères; je ne parle point de ces lâches qui, portant les mystères de la foi dans une conscience toute souillée, ne viennent au pied des autels que pour cacher l'horreur de leur impiété, et qui aiment mieux se charger de toutes les malédictions du Ciel que d'encourir les disgrâces et les censures des hommes. Il faudrait de vrais carreaux, et non pas des discours, pour foudroyer de telles abominations, ii ne faudrait leur parler que comme S. Pierre parla à Ananie et à Saphire, pour ie0 - 're servir, par leur mort précipitée, d'exemple à tous les fidèles, jeter la terreur dans les cœurs des impies et consoler les âmes justes. Ce n'est point à ces sortes de pécheurs que je parle. Je ne parle qu'à ces esprits mondains que la coutume ou la bienséance attire au pied des autels; à qui la conscience ne reproche ni crimes cachés, ni feinte, ni dissimulation; qui observent les dehors de la pénitence et de la modestie, mais qui portent toutes leurs passions au fond de leur cœur; qui, toujours pleins d'amourpropre et vides de l'amour de Dieu ne s'approchent jamais des sacrements que pour les profaner.
Le pécheur, par une communion indigne, fait descendre jusque dans la corruption d'une conscience souillée l'auteur même de toute pureté. Quelle union plus ignominieuse, quelle alliance plus monstrueuse, que celle du péché avec la sainteté même et la présence de Dieu dans un cœur ? Quoi de plus injurieux que d'élever, dans un même lieu, un autel à JÉsus- \ à Déliai; de joindre des passions honteuses, des intérêts sordides, avec la participation du mystère de pureté et do charité; d'incorporer la chair de son Dieu avec une chair corrompue de péchés? Voilà ce
que fait la communion indigne. Le pécheur s'attaque au corps môme de Jésus-Christ par cette mauvaise communion, au lieu que les autres crimes sont étrangers à ce divin corps. Quelle horreur! Un Dieu saint et terrible sort du sanctuaire, pour venir habiter dans l'âme du pécheur, et se transformer en sa substance. Où sont vos foudres, ô Dieu redoutable, pour venger l'ignominie de cet affront, et punir l'énormilé d'un si grand outrage? — Si ce crime est affreux, par l'union intime qui se fait de la sainteté de Dieu avec la corruption du péché, il ne l'est pas moins par rapport au Saint-Sacrement et au sang de Jésus-Christ, qu'il profane. Comme Jésus- Christ s'immole réellement dans ce mystère, et qu'il ne fait que renouveler l'oblation sainte qu'il offrit sur la croix à son Père, de môme les fidèles qui participent à ce sacrement annoncent chaque jour la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne; et ils ne peuvent le faire qu'en se conformant à l'esprit de Jésus-Christ sacrifié et immolé pour les péchés de son peuple. Or, le pécheur qui communie en état de péché est bien éloigné de la sainteté de Jésus-Christ, qu'il a étouffée dans son cœur. Il ne communie donc que pour renouveler la mort de Jésus-Christ, comme les bourreaux, en se rendant coupable de son corps et de son sang, et encore d'une manière plus cruelle.
Après avoir fait ce pas et une si funeste démarche, tous les crimes ne coûtent plus rien : au sortir des saints mystères profanés, on est prêt à livrer Jesus-Christ à ses ennemis et à tout entreprendre. C'est pourquoi, de tous les pécheurs les plus désespérés sont ceux qui font des communions indignes : on n'est point, après cela, vicieux à demi : le sacerdoce dans une âme souillée devient la désolation de l'abomination : point de prêtre qui soit médiocrement corrompu; tout est outré et sans modération. Il y a, enfin, une espèce de malédiction dans la communion indigne qui ne s'efface presque jamais. Une âme qui pousse jusque-là sa malice peut bien sortir des dérèglements les plus grossiers de sa vie par quelques considérations humaines; mais elle est en évident danger de mourir dans l'impénitence. Un tel homme est d'ordinaire sans regret du passé, sans précaution pour l'avenir, sans larmes ni douleur pour le présent; de-là on le voit plus hardi et plus effronté pour commettre toute sorte de crimes. Avant sa communion sacrilège, il lui restait quelques principes de religion et de piété, quelque sentiment de salut : mais a-t-il franchi ce pas, tout est éteint, tout est anéanti. Avant de communier, il lui restait quelques désirs de conversion, excités par la proximté des fêtes et le bon exemple des fidèles; mais, le devoir pascal accompli, tout est dissipé; ce trouble qui remuait sa conscience ne parle plus; tous les remords s'apaisent, et il est dans une dangereuse sécurité. (Anonyme).
[Exhortation]. — Tout ce qui me reste, c'est de vous adresser ces paroles de Moïse, si convenables à ce sujet, paroles qu'il adressait aux Juifs après leur avoir proposé le bien ou le mal, la vie ou la mort, la bénédiction ou
la malédiction : Testes invoco hodiè cœlum et terrant, quôd proposuerim vobis vilam et mortem, benedictionem et maledictionem : J'atteste aujourd'hui le ciel et la terre qu'en ce jour je vous ai proposé la vie et la mort, le comble de tous les biens et l'excès de tous les maux. En vous invitant à une communion sainte, je vous ai représenté ce qui peut rendre la vie plus heureuse; au contraire, en vous montrant le crime de ceux qui communient indignement, je vous ai proposé, d'un côté, la source de tous les biens, et de l'autre la source de tous les maux. J'en atteste donc le ciel et la terre : un jour viendra où ce ciel et cette terre répondront à mes vœux; un jour où, sortant de cette vie pour paraître devant votre juge, ils vous reprocheront les bienfaits que Dieu vous propose par ma bouche, si vous n'avez eu le soin d'en profiter. (Le P. de la Rue, Sermon pour le jour des Rameaux) .
[Jésus sur l'autel]. — Rien ne devait être si propre à dédommager le Fils de Dieu des ignominies de sa passion et de toutes les indignités qu'il avait souffertes durant sa vie mortelle, que sa demeure sur les autels. Ce n'est plus au milieu d'un peuple révolté et ennemi, ce n'est plus au milieu d'une nation dépravée et pervertie qu'il habite; c'est dans les temples des chrétiens, c'est parmi ses propres enfants; c'est au milieu d'un peuple qui le reconnaît pour son Rédempteur, qui fait profession de l'aimer et de le servir, au milieu d'un peuple fidèle. Quel hommage de tous les cœurs, quel culte plus respectueux que celui qu'on lui rend sur ces autels! et à quels honneurs ne doit - il pas s'attendre? Mon Dieu, que de reproches nous fait là-dessus notre raison, notre conscience, et qu'il est affreux de comparer notre conduite avec notre créance sur ce point ! (Le P. Croiset, Retraite spirit.).
[Fréquente communion]. — « Communiez souvent, dit l'incomparable évêque de Genève; communiez souvent, parce qu'il vous faut apprendre à bien recevoir Jésus-Christ; et l'on ne fait guère bien une action a laquelle on ne s'exerce pas souvent : parce que, ou vous en avez la corn* odité, si vous êtes délivré des embarras du siècle, ou vous en avez nécessité, supposé que vous soyez accablé d'affaires; parce qu'étant fort, vous ne deviendrez point faible, et étant faible vous deviendrez fort. Comme faible, comme fort, comme malade, comme imparfait, vous avez besoin de communiquer souvent avec celui qui est votre force, votre perfection, votre médecin. » Voilà le sentiment de ce grand saint. En effet, quoi de plus digne d'une âme dévote, que de prévenir ses misères et ses infirmités, qui sont comme les apanages de notre nature; que de se mettre en état, au milieu du tumulte de la famille et de la société civile, de se conserver ferme et stable; que de s'instruire à manger dignement ce corps et ce sang d'un Dieu fait homme?
Faut-il s'étonner si les premiers chrétiens , en sortant de eu
lieux saints, couraient au martyre? En vain les tyrans étalaient à leurs yeux, biens, plaisirs, honneurs, dignités, et ce qui peut flatter le cœur humain; en vain les bourreaux préparaient les chevalets, dressaieut les roues et les gibets, allumaient les feux, creusaient les fosses, préparaient les chaudières bouillantes; en vain une femme par ses pleurs, des enfants par leurs caresses, des parents par leurs prières, des amis par leurs reproches, voulaient arrêter ces généreux athlètes; plus il y avait à surmonter, plus il y avait à sacrifier, plus il y avait à souffrir, plus ils s'animaient au combat; et semblables à des lions étineelants de feu, ils sentaient leur grand cœur prendre de nouvelles forces à mesure que le danger augmentait : Ut leones, ce sont les paroles et la comparaison de S. Chrysostôme, ut leones, flammas spirantes, sic ab hâc mensà discedimus. (Anonyme.)
[Dispositions du cœur]. — Si c'est un Dieu infiniment saint qui veut s'unir à nous, il faut donc qu'un fidèle qui participe à ces divins mystères ait une pureté de cœur parfaite et angélique : car c'est la disposition la plus naturelle et la plus conforme aux desseins de Jésus-Christ et à la dignité de cet auguste sacrement. Je ne prétends point vous expliquer ici de quelle union le Sauveur des hommes s'unit à ceux qui le mangent : il suffit pour mon dessein de dire qu'elle est si grande et si intime, que les SS. Pères assurent que, dans la communion, Jésus devient en quelque manière la même chair avec nous : Nos in unam, dit S. Chrysostôme, cum Mo massant reducimur, Christi corpus unum et caro una facli sumus. Or, quand ce Dieu vivant voulut se faire un corps mortel, Marie seule, c'est-à-dire la plus pure et la plus sainte de toutes les créatures, la Vierge des vierges, mérita cet honneur; et encore S. Ambroise ne croit point faire du tort à la Mère en adressant au Fils ces paroles : Tu, ad liberandum suscepturus hominem, non horruisti Virginis ulerum. Quelle pureté de cœur, quelle netteté d'âme demanderait donc d'un chrétien ce véritable Agneau ! Il faudrait qu'il fût mort au péché, au monde et à soi-même, et qu'il ne vécût plus que pour Dieu seul; il faudrait qu'il fût parvenu à une application constante et invincible aux choses du ciel, qu'il fût uni étroitement à son Créateur; il faudrait, en un mot, qu'il fût parfait et irréprochable : c'est-à-dire qu'il faudrait que son cœur fût libre de toute attache, et son esprit vide du souvenir et de l'idée des créatures.
S'il est vrai qu'une des meilleures dispositions pour profiter d'une viande matérielle est de la manger avec appétit, disons que brûler d'une sainte impatience et avoir un grand empressement d'approcher de la table du Seigneur, c'est y apporter une des meilleures et des plus sûres préparations que l'on puisse avoir pour bien communier, puisque le corps de Jésus-Christ, dans cet auguste sacrement, est à nos âmes ce que le pain est à nos corps. C'est le raisonnement des SS. Pères et principalement de S. Ambroise, qui veut que nous sentions en nous-mêmes ces saints cm-
pressements dont étaient animés les patriarches de l'ancienne loi, et que nous disions, avec bien plus de raison qu'eux : Veni, Domine, et noli tardarel que nous nous regardions comme malades, dès que nous n'avons pas pour ce pain de vie la même faim et le même appétit que nous avons pour le pain qui sustente nos corps.
Les mérites de Jésus-Christ nous sont, dans les autres sacrements, appliqués par parties et pour quelques fins particulières; au lieu qu'ici c'est la source des grâces qui nous est communiquée, et dont les effets sont presque infinis. C'est pourquoi quelques SS. Pères l'ont appelé une extension et une continuation du mystère de l'Incarnation. Là, il avait uni sa divinité à la nature humaine, il continue ici d'unir son humanité sainte à notre chair; et la théologie enseigne qu'il laisse à nos corps un droit et un titre à l'immortalité; car ils ne peuvent être les membres d'un corps immortel, s'ils ne jouissent du même privilège.
L'humilité est de toutes les dispositions la plus nécessaire pour approcher de vous, mon Seigneur et mon Dieu, puisque votre majesté y est abaissée et votre divinité anéantie d'une nouvelle façon. Vous étiez quelque chose dans Tin carnation quoique vous fussiez anéanti; mais, dans ce sacrement, vous n'êtes presque rien par les diminutions de votre condition humaine. Vous ne cachiez que le Dieu, et vous nous laissiez voir l'homme dans ce premier état; mais, dans celui-ci, vous dérobez à nos yeux l'homme elle Dieu tout ensemble. Vous ne pouviez vous approcher de nous qu'en vous anéantissant, et c'est à proportion de vos anéantissements que vous vous êtes plus approché de nous. Vous vous êtes fait homme, Verbe auguste de Dieu, afin de faire de nous des dieux par imitation. (Anonyme).
[Le peu de fruit que l'on relire de la communion]. — Jésus-Christ touche de sa main un malade, et il le guérit; la femme qui avait touché le bord de sa robe recouvre la santé : je n'en suis pas surpris; mais ce qui m'étonne, c'est qu'approchant si souvent de nos sacrés mystères, nous soyons toujours les mêmes. Ce n'est plus le bord de la robe du Sauveur qu'on a le bonheur de toucher maintenant; c'est le corps, c'est le sang adorable de Jésus-Christ qu'on touche, qu'on reçoit et qu'on mange : et on reste aussi languissant, aussi malade, que si on n'en avait jamais approché. Quelle passion vaincue après tant de communions? Quel vice corrigé? Quelle vertu acquise? Une seule communion peut suffire pour faire un saint : j'en puis compter cent et au-delà, et je suis aussi imparfait, peut-être même plus vicieux que je n'étais avant que j'eusse le bonheur de recevoir cette divine nourriture. Le dégoût que nous avons de cette manne céleste signifie- t-il beaucoup de santé? La langueur, la faiblesse, les infirmités spirituelles que nous sentons après tant de communions ne nous présagcnt-ellfs pas une mort prochaine? Et nous sommes tranquilles, et nous n'y pensons pas! (Le P. Croiset, Retraité).
31$ coMMtraroïr.
Si les disciples qui allaient à EmmaÛS en la compagnie de Jésus-Christ ressentirent très-vivement que ses paroles embrasaient leurs cœurs d'un fou extraordinaire, quel embrasement se doit faire dans le nôtre, lorsque non-senlcment le Verbe divin nous parle, mais qu'il devient notre nourriture et qu'il habite en nous? Le moyen de vivre de feu sans en être consumé entièrement et sans être tout transformé en feu? C'est par l'amour que nous communiquons avec Jésus- Christ; c'est par l'amour que nous nous en nourrissons, et c'est cet amour, quand il est parfait, qui détruit tout ce que nous sommes, et qui nous change si parfaitement en tout ce qu'il est, que nous ne sommes plus qu'un même corps et un même esprit avec lui.
La vie spirituelle, comme celle du corps, a ses âges différents. Elle a son commencement, son progrès et sa perfection. Nous naissons et nous devenons les enfants de Dieu par la grâce du Baptême ou par celle de la Pénitence; nous croissons et nous avançons dans cette vie par les bonnes œuvres, qui sont les opérations du Saint-Esprit; et puis, en participante la divine Eucharistie, nous sommes unis et incorporés pleinement à Jésus- Christ; et nous devenons plus parfaitement les membres du corps dont il est le chef, nous croissons en lui et par lui, jusqu'à l'âge de l'homme parfait. (De Sainte-Marthe, Traité de la Communion).
Nous avons l'avantage, Seigneur, de vous recevoir dans notre sein par la participation aux saints Mystères, et au sortir de cette action toute divine, nous nous trouvons tels que nous étions auparavant. Chacun reprend ses soins et ses affaires accoutumées, ses occupations, ses habitudes, ses amusements, sans qu'il paraisse aucun changement dans sa vie. On est sec, dissipé, indiscret dans ses paroles, injuste dans ses desseins, sujet à ses passions; enfin on ne dirait pas à notre conduite que nous ayons eu la moindre part aux grâces que vous nous avez accordées. Que peut-on inférer, Seigneur, d'une si grande indifférence, sinon que, selon la prophétie du saint vieillard Siméon, vous êtes la mort des uns et la résurrection des autres ? Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum. (L'abbé de la Trappe, Réflexions morales sur l'Évangile île S. Luc).