‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 22 sur 55 · BONNES ET MAUVAISES COMPAGNIES · texte numérisé non relu

BONNES ET MAUVAISES COMPAGNIES

Conversation inutile, dangereuse, bons et mauvais entretiens, fréquentation des méchants.

AVERTISSEMENT

Il n'est pas nécessaire d'avertir que ce titre, sous lequel on traite de la conversation chrétienne et des bonnes et mauvaises compagnies, a du rapport et même quelque liaison avec d'autres litres qui le renferment ou qui le supposent : par exemple, avec l'amitié et le choix des amis, la fuite des occasions du péché, le bon et le mauvais exemple, et même avec la charité ou le zèle pour le salut du prochain : mais je crois que le prédicateur doit piendre garde de ne pas confondre tellement ces différents sujets, qu'il dise deVun tout ce qui est propre et particulier aux autres. Il est aisé d'éviter ce défaut, puisque chacun de ces titres fournit assez de matière pour en faire autant de discours. Ainsi, je tacherai de les démêler moi-même, et je ne réunirai que ce qui convient naturellement aux bonnes et aux mauvaises compagnies : savoir, le fruit qu'on peut retirer de la couversalicn avec les gens de bien, elle danger où l'on s'expose dans le commerce des méchants, les bons discours dont on doit s'entretenir, les défauts qu'il faut éviter dans la conversation et le bie\i qu'on y peut faire.

Si cependant le plan du discours que le prédicateur s'est tracé obligeait à s'étendre sur quelqu'une des matières qui y ont une connexion assez grande, on pourra consulter les autres litres dont nous avons déjà parlé, et que nous i apporterons à leur endroit. Je crois, de plus, que ce n'est pas un avis inutile de faire attention que, dans ce litre de Compagnie et de Conversation, qui semble un j>ru vague, on peut se borner à la faite des mauvaises compagnies, ou bien au danger auquel on est exposé dans la fréquentation des méchants, a l'avantage qu'on relire du commerce avec les gens de bien, ou même aux seuls bons discours qu'on doit faire entrer dans les conversations. J'ai néanmoins

jugé à propos de joindre tout cela ensemble, pour ne pas multiplier les litres, cl cependant suggérer plusieurs desseins à ceux qui voudront travailler sur cette matière.

§ Ier.

Desseins et plans.

Quelle doit être la conversation des chrétiens: sur ces paroles de S. Paul: Nostra autem conversatio in cœlisest. (Philipp. 3).

L'Apôtre, en ce peu de paroles, a renfermé et prescrit la manière dont les chrétiens doivent converser les uns avec les autres, et en général avec le prochain. Le sens des paroles de S. Paul est que nous vivons déjà en quelque façon dans le ciel, que nous en sommes comme les citoyens, par la vive espérance d'y arriver, et par la croyance certaine de la fin pour laquelle nous sommes créés, qui est de posséder un jour le royaume céleste : d'où l'on peut inférer que nos conversations doivent avoir quelque ressemblance avec celles des bienheureux dans le ciel: avantage que nous nous procurerons :

1°. En conversant et cherchant à lier compagnie avec des personnss saintes, en réputation d'une haute vertu.

2°. En ne tenant que des discours de piété, pour nous instruire des moyens qui conduisent au ciel et pour les apprendre à ceux avec qui nous conversons ;

3°. En pratiquant la charité, l'union, et toutes les vertus qu'on peut exercer dans cet heureux commerce.

De cette manière, notre conversation sur la terre sera dans le ciel et pour le ciel; et nous en ferons un moyen de nous animer à travailler pour l'acquérir et le mériter. Cela peut servir de division et de partage d'un discours, en faisant dans chaque point l'opposition des conversations chrétiennes avec celles que l'on peut appeler mondaines, indifférentes et criminelles : 1°. Qui se lient avec des personnes vicieuses, avec qui l'on est en évident danger de se pervertir et de se corrompre ; 2°. Où l'on ne tient que des discours inutiles, où tout roule sur les nouvelles du temps, sur les différents intérêts des princes, ou bien sur le prochain, que l'on met en jeu, et dont on fait des médisances et des railleries , et enfin, sur des bagatelles. Il faut faire voir combien ces discours sont peu dignes d'un chrélien, lequel, étant déjà habitant du ciel, en doit tenir le langage; 3°. Il faudra marquer les défauts et les péchés les plus ordinaires qui se commettent dans les entretiens des méchants; s'étendre ensuite sur les

vertus qui doivent assaisonner, pour ainsi dire, nos conversations, et montrer le fruit qu'on y peut faire et qu'on en peut retirer.

IL — Sur la compagnie des méchants.

Trois choses nous engagent ordinairement dans la compagnie des méchants, et ces trois choses nous imposent aussi trois sortes de devoirs et d'obligations différentes.

La première est notre propre inclination, qui nous porte souvent à les fréquenter: et il y a pour cela même une obligation indispensable de les fuir, et de se retirer au plus tôt de leur compagnie, quand on s'y est engagé sans les connaître; tout cela, de crainte de les imiter et de devenir comme eux.

La seconde est la nécessité, quand nous y sommes contraints par les engagements de notre état et de notre condition, ou de notre naissance, engagements qu'il n'est pas permis de rompre : et en ce cas il faut prendre soin de profiter même de la compagnie des méchants, en souffrant leurs saillies avec patience, en nous confirmant toujours davantage dans l'aversion contre le vice, par la vue des maux où il jette et le sentiment désagréable qu'il nous cause.

La troisième enfin est la charité, qui parfois nous pousse à les aller même chercher : et alors nous devons travailler à les rendre meilleurs, par notre exemple et par nos salutaires avis.

III. — Compagnie des personnes vertueuses. On peut examiner : — 1°. L'utilité qu'on en retire pour devenir homme de bien, en profitant de leurs instructions, de leurs conseils, de leurs bons exemples : ce qui est immanquable;

2°. La douceur et le plaisir qu'on y trouve, puisque l'on traite avec des gens en qui l'on peut prendre confiance, qui ont de la charité pour nous et du zèle pour nos véritables intérêts;

3° La gloire qui nous revient de ne fréquenter que des gens d'honneur et d'une probité reconnue: car on ne peut manquer d'acquérir la réputation nécessaire de gens qui du moins souhaitent de bien vivre. Insensiblement nous prenons les mœurs de ceux avec qui nous conversons, et rien de tout ce que nous apprenons de ceux-ci ne nous peut-être qu'honorable.

IV. — 1° Il faut fuir et éviter les mauvaises compagnies. Les raisons en -oui évidentes. En premier lieu, on s'y pervertit, quand on est innocent. Ed second lieu, on se confirme et on s'autorise dans ses désordres, quand on a commencé d'ôtre vi. icux. En troisième lieu, on court même sort et môme fortune que les méchants avec lesquels on est lié;

Quels sont les pécheurs dont on doit plus particulièrement éviter la conversation et la compagnie?— 1° Ceux qui font ouvertement profession

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de libertinage et d'impiété, d'hérésie et de débauche ; — 2°. Ceux qui ne nous portent pas directement au mal, mais qui nous détournent de faire le bien et de nous acquitter de nos devoirs ; — 3°. Ceux qui veulent nous engager dans leur parti, qui ont une doctrine suspecte; qui ne nous portent pas ouvertement au mal, qui semblent morne nous inspirer une sévérité de mœurs non commune, mais qui, dans le fond, sont des guides passionnés et aveugles qui voudraient nous précipiter avec eux.

V. — Quand il est permis de converser avec les méchants, et quand on est obligé de se retirer de leur compagnie.

Il est constant qu'il y a toujours du danger à demeurer dans une mauvaise compagnie; et d'ailleurs il n'est pas moins certain qu'il y en a dont on ne peut se séparer, et par conséquent que la loi chrétienne ne nous oblige pas de les éviter toutes; en certaines occasions, elle se contente d'une séparation de cœur et de volonté. Or, les occasions -où l'on peut demeurer, en gardant les précautions nécessaires, avec les personnes vicieuses, et les occasions où l'on doit s'en éloigner puisqu'on le peut, feront les deux parties d'un discours instructif et pratique.

Les occasions où l'on n'est pas obligé de se retirer d'une compagnie mauvaise sont prises : — 1°. De la naissance : un fds ne peut pas quitter la maison de son père, où il a de mauvais exemples devant les yeux et des personnes vicieuses avec lesquelles il est obligé de vivre. Ce qu'il doit faire alors, pour n'être pas infecté de cet air contagieux, est de se tenir sur ses gardes, de songer qu'il a un Père au ciel à qui il doit bien davantage ; — 2°. De l'état où Ton s'est engagé par l'ordre la Providence: comme quand une femme a un mari débauché, impie, adonné à toutes sortes de vices : elle ne doit point le quitter, mais s'efforcer de le gagner par sa douceur et ses complaisances ; — 3°. On peut demeurer quelque temps dans la compagnie des pécheurs, quand on voit quelque espérance de les ramener à leur devoir.

Les occasions où il est défendu de rester uni plus longtemps avec [les méchants, les libertins et les impies sont: — 1°. Quand, dans leur compagnie et les conversations fréquentes qu'on a avec eux, on donne lieu de croire ou de soupçonner qu'on favorise le libertinage, ou qu'on est d'intelligence avec ceux qu'il faut éviter, qu'on entre dans leurs desseins et dans leurs pensées; — 2° Quand, bien loin de voir qu'il y ait quelque espérance de les convertir, il y a danger d'être perverti soi-même : car alors il faut tout risquer pour mettre en assurance son salut; — 3°. Quand on donne par-là occasion de scandale aux autres, qui sont excités ou autorisés par ce moyen à fréquenter des personnes vicieuses et déréglées.

VI. — La conduite qu'il faut observer, quand on est obligé de vivre en société, et de converser avec les méchants.

1°. Il faut s'éloigner, du, moins de cœur et d'ailection, de leurs désordres

et de leurs manières d'agir; et, s'il n'est pas permis de haïr leurs personnes, non plus que de s'en séparer d'effet et de corps, il faut du moins s'en séparer d'esprit et de volonté, en haïssant leurs vices et leurs dérèglements;

2 °. Il faut souffrir co nstamment leurs persécutions, leurs railleries, leurs nsultes, sans se désister pour cela de s'acquitter de ses devoirs;

3°. Il faut s'efforcer de les gagner, par les bons exemples qu'on leur donnent de patience et de charité.

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