ne m'unirai point avec ceux qui fout le
mal.
Commixti sunt inter génies, et didicerunt opéra eorum. Ps. i05.
Discedite a me, rnaligni. Ps. 118.
Declinate à me, rnaligni. Ps. H 8.
Non adhœsit mihi cor pravum; declinantem a me malignum non cognoscebam; detrahentem secretb proximo suo, hune persequebar , superbo oculo et insatiabili corde, cum hoc non edebam.
Ps. 100.
Vidi prœvaricantes, et tabescebam. . .
Super inimicos tuos tabescebam. . . Tabescere me fecit zelus meus. Ps. 118.
Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum. Ps. 132.
Filî mi, Si te lactaverint peccalores, ne acquiesças eis. . . ne ambules cum eis , prohibe pedem tuum à semitis eorum: pedes enimillorum ad malum cur~ runt. Prov. i, 10, 15.
Qui cum sapientibus graditur sapiens erit; amicus stultorum similis efficietur. Prov. xin, 20.
Ne œmuleris viros malos, nec desideres esse cum eis. Prov. xxiv, 1 .
Abominanlur justi virum impium, et abominantur impii eos qui in recta sunt via. Prov. xxix, 27.
Noli esse amicus homini iracundo, neque ambules cum viro furioso, ne forte discas semitas ejus, et sumas scandalum animœ tuœ. Prov. xxu, 24.
Cum viro sancto assiduus esto, quemcwmque cognoveris observantem timoré m Dei. Eccli. xxxvn, 15.
Qui tetigerit picem inquinabitur ab eâ: et qui communicaverit superbo induet superbiam. Eccli. xm, 1.
Cave ne cum hdbitatoribus terrœ illins jungas amicitias quœ sinl libi in ruinam. Exod. xxxiv, 12.
OmnU homo simili suî sociabitur.Ec- • ii. un, 20.
Discede ab iniquo, et déficient mala abs te. Eccli. vu, 2.
Recedite, recedite, exile exindc ; pollutitw nolite tangere ; exite de medio ejus. ■. in, \ 1.
Egredimini de Babylone, fugiteh Chaldœis. [sais, xlvui, ^u-
Ils se mêlèrent parmi les nations, et ils apprirent à les imiter dans leurs œuvres. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité.
Retirez-vous de moi, vous qui êtes pleins de malignité.
Je marchais dans l'innocence de mon cœur ; je ne connaissais point celui qu'une conduite maligne éloignait de moi ; je détestais celui qui médisait en secret de son prochain; je ne mangeais point avec ceux dont l'œil est superbe et le cœur insatiable.
J'ai vu les prévaricateurs, et je séchais de douleur. . . Je séchais d'indignation à la vue de vos ennemis. . . Mon zèle ne se consolait pas.
Ah! que c'est une chose bonne et agréable que les frères soient unis ensemble !
Mon fils, si les pécheurs vous attirent par leurs caresses, ne vous laissez point aller à eux; empêchez votre pied de marcher dans leurs sentiers, car leurs pieds courent au mal.
Celui qui marche avec les sages deviendra sage : l'ami des insensés leur ressemblera.
Ne portez point envie aux méchants, et ne désirez point d'être avec eux.
Les justes ont en abomination le méchant, et les méchants ont en abomination ceux qui marchent dans la voie droite.
Ne soyez point l'ami d'un homme colère, et ne vivez point avec l'homme furieux, de peur qu'il ne vous apprenne à vivre comme lui, et que vous ne donniez à votre âme le scandale qui la tuerait.
Tenez-vous sans cesse auprès do l'homme saint, lorsque vous en aurez connu un qui craigne vraiment Dieu.
Celui qui touche la poix en sera sali : celui qui se joint au superbe deviendra superbe.
Prenez garde de jamais faire amitié avec les gens de cette terre, ce qui ne servirait qu'à attirer votre ruine.
Tout homme s'unit avec son semblable.
Êioignez-YOUB du méchant, et le péché se retirera de vous.
Retirez- vous , retirez-vous, seriez de Babylone; Qe touchez rien d'impur; sortez du milieu d'elle.
Sortei de Babylone, fuyez les I déens.
Tlrccdile de medio Iiabylonis, et de terra Chaldœorum egredimini. Jerem.
Ubi duo veltres congregati fuerint in nomine meo, ibï sum in medio eorum.
Matth. xvn, 20.
Quarè cum publicanis et peccatoribns manducat Magister vester? Matlli. i\,
Hic pecca tores recipit et manducat cum Mis. Luc. xv, 2.
Modicum fermenlum totam massam corrumpit. I Corinth. v, G.
Quœ participatio justiliœ cum iniquitate, aut quœ societas lucis ad tenebras? quœ autem conventio Chrisliad Belial?
Il Cor. vi, 14.
Omiiis strmo malus ex ore vestro non procédât, sed si quis bonus, ad œdificationtm fidei, ut det gratiam audientibus. Eplies. iv, 29.
Corrumpunt mores bonos colloquia mala. 1 Cor. xv, 33.
Nostra conversatio in cœlis est. Philipp. m, 20,
Scripsi vobis : Ne commis ceamini fornicariis, etc. Cùm ejusmodi nec cibum sumere. 1 Corinth. v, 9, 11.
Nolite communicare operibus infructuosis tenebrarum, magls autem redarguite. Ephes. v. il.
Ne commisceamini cum eo, ut confundatur. II Thessalon. m, 14.
Denuntiamus vobis, fratres, in nomine JDomini nostri Jesu-Chrjsti, ut subtrahatis vos ab omni fratre ambulante inordinatè. II Thessal. In, 6.
In omni conversatione sancti silis, i Petr. i, 15.
Conversationem veslram inter gentes habentes bonam. I Pctri, n, 12.
Exile de illâ , populus meus, ut ne participes sitis delictorum ejus, et de plagis ejus non accipiatis. Apocal. xvm,
Payes do milieu de Babylone, sortez du pays de3 Chaldéens.
En quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m'y trouve au milieu d'eux.
Pourquoi votre Maître maDge-t-il avec des publicains et des gens de mauvaise vie ?
Cet homme reçoit des gens de mauvaise vie et mange avec eux.
Un peu de levain aigrit toute la pâte.
Quelle union peut-il y avoir entre la justice et l'iniquité ? quel commerce entre la lumière et les ténèbres? quel accord entre Jesus-Chbist et Béliall
Qu'aucun mauvais discours ne sorte de votre bouche; mais qu'il n'en sorte que de bons et d'édifiants, afin qu'ils inspirent la piété à ceux qui les écoutent.
Les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs.
Pour nous, notre conversation est déjà dans le ciel.
Je vous ai écrit dans une lettre que vous, n'eussiez point de commerce avec les fornicateurs, que vous ne mangiez pas même avec eux.
Ne prenez point de part aux œuvres stériles des ténèbres, mais au contraire reprenez les actes condamnés.
N'ayez point de commerce avec une personne rebelle, afin qu'elle ait de la confusion et de la honte.
Nous vous ordonnons, mes frères, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, de vous retirer de tous ceux d'entre vos frères qui se conduisent d'une manière déréglée.
Soyez saints dans toute la conduite de votre vie.
Conduisez-vous parmi les gentils d'une manière pure et sainte.
Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que vous n'ayez part à ses péchés, et que vous ne soyez enveloppé dans gon châtiment.
EXEMPLES DE L'ANCIEN-TESTAMENT
[Hénoch]. — Le monde commençait déjà à so corrompre du temps d'Hénoch, et, la corruption croissant de jour en jour, ce saint patriarche, qui était toujours demeuré fidèle à Dieu, et qui avait conservé son innocence
jusqu'alors, eût été en danger de la perdre, s'il fût resté plus longtemps parmi tant de criminels dont il ne pouvait éviter le commerce et la compagnie. C'est pourquoi, par une insigne faveur du ciel, il fut enlevé tout d'un coup d'entre les hommes, de peur, dit l'Écriture, que, par ce commerce, la malice des autres ne passât jusques à lui, et ne gâtât cet esprit droit et cette âme innocente. Dieu fit en sa faveur une chose assez singulière, qu'on n'avait point encore vue, qui fut de le retirer de ce monde sans subir la loi commune de la mort. Tant il est vrai que la société des méchants est contagieuse à l'innocence, et capable de corrompre la vertu la plus solide et la mieux établie.
[Lolh]. — Loth, en quittant la compagnie d'Abraham, le plus saint de tous les hommes qui fussent alors au monde, alla choisir sa demeure parmi le peuple le plus corrompu qui fût sur la terre. Or, quoique quelques SS. Pères remarquent que la divine Providence destinât ce saint homme aux Sodomites, afin que la vue de son innocence les fit rougir de leurs infâmes désordres et les portât à se convertir, le peu de fruit que ce peuple retira de son exemple fait assez connaître que la compagnie des gens de bien a moins de force pour porter les méchants à la vertu que le commerce avec les méchants n'en a pour pervertir les plus saints. Loth se soutint néanmoins parmi les abominations de Sodôme; il voyait la corruption générale de tout ce peuple, mais il la voyait avec horreur et en gémissait : aussi le miracle que Dieu fit en sa considération marque assez le soin que la Providence prend des justes. Il le retira, cet homme de bien, et l'arracha, comme par violence, lui et sa famille, du milieu de ces scélérats, sur lesquels il allait faire éclater sa vengeance. Il attendit que Loth fût sorti et conduit en lieu de sûreté : et alors le feu du ciel réduisit en cendres cette ville infâme. — Dans cette retraite forcée de Loth, on peut voir, comme dans un exemple sensible, que Dieu non-seulement protège les bons, mais encore diffère, en leur considération, de punir les méchants; car Abraham, à qui Dieu avait fait connaître le dessein qu'il avait pris de détruire cette ville à cause des abominations qui s'y commettaient, conjura le Seigneur de ne pas confondre les innocents avec les coupables, en vint jusqu'à lui faire promettre que, s'il se trouvait seulement dix justes parmi tant de criminels, il suspendrait l'effet de sa colère, et pardonnerait aux coupables en faveur de ce peu d'innocents.
[Job]. — Voici l'éloge par où l'Écriture commence la vie du saint homme •loi», qui était recommandable par tant d'autres endroits: Vir cral in terra ffus,juslus et simplex. C'était un homme de bien, qui vivait dans une terre infidèle! appelée Hu s. Quoi donc! pourrait-on demander, est-ce un si grand miracle de voir un homme juste dans tout un pays ? Combien > en -il d'autres sur la terre dont on ne parlait pas? Mais avoir été fidèle au milieu des idolâtres dont cette terre était le séjour, être demeuré Juste
parmi tant d'impies, c'est une gloire singulière, et qui l'a rendu illustre devant Dieu et devant les hommes.
[Tohic]. — En quelque société qu'on se rencontre, quand c'est par l'ordre de la Providence et non pas par le propre choix, on peut toujours imiter le jeune Tobie, qui, dans son pays comme dans la captivité, n'eut jamais de part à la corruption de ceux avec qui il était obligé de vivre. S'il était dans son pays, lorsque les autres allaient adorer les veaux d'or, il fuyait leur compagnie et se retirait dans le temple du vrai Dieu, pour lui offrir ses vœux et ses sacrifices : Solus fugiebat consorlia omnium; sed pergebat in Jérusalem, ad templum Domini. A Ninive, esclave d'un vainqueur infidèle, lorsque toute sa tribu mangeait les viandes profanes des gentils, il conserva l'innocence de son âme, et ne se souilla jamais de leur nourriture, et moins encore de leurs vices. D'où il faut conclure que, si l'on ne peut corporellement éviter la compagnie des hommes mauvais, on le peut spirituellement, et que, si nous ne pouvons éloigner le monde de nos yeux, nous pouvons l'éloigner de notre cœur.
[Les bons empêchent la perte des méchants]. — S. Ambroise demande pourquoi Dieu différa si longtemps d'abîmer le monde par un. déluge universel : et il répond qu'il avait souffert avec patienco tant de crimes horribles dont les hommes se souillaient tous les jours, alors que quelques justes qui vivaient encore sur la terre ne participaient point à l'iniquité des autres; mais, quand toute chair eut corrompu la voie de la justice et qu'il n'y eut plus que Noé et sa famille exempts de cette corruption générale, rien ne fut capable d'arrêter la colère divine, de l'empêcher de détruire son ouvrage. Le Seigneur ouvrit les cataractes du ciel, et Durgea le monde, souillé de tant d'ordures*, par un déluge d'eau, ne réservant que le juste Noé avec les siens, pour repeupler la terre et y faire un monde nouveau.
[Danger de vivre avec les méchants]. — Nous lisons dans l'Écriture une chose assez surprenante: c'est que, quand il fut question de rappeler les Israélites, et de les retirer de Babylone, après une captivité de plus de soixante ans, il y eut un combat entre les deux anges tutélaires de ces deux peuples : l'un demandait à Dieu qu'ils sortissent au plus tôt, de crainte qu'ils ne se corrompissent par le mélange de ces infidèles ; l'autre priait qu'ils y demeurassent pour le salut et la conversion des Babyloniens, qui étaient commis à sa conduite; chacun avait ses intérêts différents, chacun ses craintes, chacun ses vues. D'où vient cela ? C'est que, s'il y a du danger pour les bons à vivre avec les méchants, il y a du profit pour les méchants à vivre avecles bons.
[Fuir les méchants]. — Dieu a toujours défendu aux justes tout commerce avec les méchants, de peur qu'ils ne fussent infectés de leurs vices, et
qu'attirés par leur exemple ils ne quittassent les sentiers de la justice. Ainsi, nous lisons dans la Genèse qu'il commande à Abraham d'abandonner son pays, sa demeure et tous ceux avec qui il était lié par la proximité du sang et par les alliances les plus étroites, pour aller dans une autre contrée, et là y faire d'autres habitudes : comme si, tout ami de Dieu qu'il était, il y avait à craindre qu'il n'eût pas continué toujours de l'être dans un pays qui lui était ennemi. Dans l'Exode, ch. 34, Dieu ne voulut pas que son peuple contractât des alliances avec des femmes étrangères, de peur qu'elles ne le détournassent du culte du vrai Dieu: comme il arriva depuis à Salomon, quoiqu'il fat le plus sage des hommes. Et nous voyons dans le livre de Josué, ch. 23, avec quelles menaces il réitère cette même défense, et fait connaître à ce même peuple à quels crimes ces alliances l'engageraient, et de quels malheurs elles seraient suivies.
[Les méchants protégés parles bons]. — Cependant nous apprenons, dans le même texte sacré, que, quand, par les ordres de la divine Providence, les bons ont été obligés de vivre et d'habiter avec les méchants, il a fait du bien à ceux-ci en considération de ceux-là,. Ainsi, il augmentait les biens de Laban à cause de Jacob qui était son gendre, pendant tout le temps qu'il fut à son service; et il bénit la maison de Putiphar en faveur de Joseph. Saul prophétisa dans la compagnie des prophètes, et Dieu a souvent fait miséricorde à son peuple en considération d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Ce qui a fait dire à S. Chrysostôme que les saints, non-seulement ceux qui sont dans le ciel, mais encore ceux qui vivent sur la terre, sont les protecteurs et les défenseurs des villes, des provinces et des royaumes, en y attirant les bénédictions du ciel.
Depuis la naissance du monde, les bons et les méchants ont toujours été mêlés et confondus ensemble, par un ordre spécial de la Providence, et cela, non-seulement dans les villes, mais même dans les familles particulières, afin que les bons servissent d'exemple aux méchants, et les méchants d'exercice à la vertu des bons. Dans la première famille du monde, qui fut celle d'Adam, Abel et Caïn vécurent assez longtemps ensemble. Entre les enfants de Noé, qui étaient entrés dans l'Arche, l'un manque de respect à son père et en est maudit. Dans la famille d'Abraham, Ismaël, après avoir été quelque temps avec Isaac, mérita d'être chassé de la maison. Dans celle de Jacob, de douze enfants qu'il y avait, Joseph, qui était le plus innocent, fut vendu par les onze autres, et il s'en fallut peu qu'ils ne lui ôtassent la vie.
[Conduite de Dieu]. —Dieu a gardé une autre conduite à l'égard des justes
qui, d'eux-mêmes et contre ses ordres, se sont mêlés parmi les méchants
ou se sonl associés avec eux : car il a permis que les uns se soient per-
omme les enfants do Seth, qui étaient d'abord instruits dans le
culte et dans la crainte du vrai Diku, mais qui ne tardèrent gu«To à so cor-
rompre par l'alliance qu'ils contractèrent avec les enfants de Caïn, héritiers de l'impiété de leur père. D'autres ont reçu de grandes réprimandes de la part de Dieu, comme le saint roi Josaphat, pour avoir lié amitié et fait une étroite union avec l'impie Achab : et d'autres enfin ont! été sévèrement punis, comme le vaillant Judas Machabée, qui fût vaincu et mis à mort, pour avoir recherché l'alliance des Romains et fait un traité de confédération avec eux.
EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT
[S. Jean-Baptiste]. — Le grand précurseur du Fils de Dieu est loué par l'Eglise de ce que, dès ses plus tendres années, il se retira dans un désert, et y demeura jusqu'à ce qu'il fallût annoncer la venue du Messie, sans aucun commerce avec les hommes, de peur d'être infecté par l'air contagieux du monde et par la compagnie des pécheurs. De manière qu'il est regardé comme le patriarche et le modèle des solitaires, c'est-à-dire de ceux qui vivent séparés des hommes, qui pourraient par leurs exemples et par leurs discours les entraîner dans le dérèglement.
[Pèlerins d'Emmaiïs] . — L'exemple des pèlerins d'Emmaûs nous apprend quelle force ont les bons et pieux discours pour inspirer la ferveur et ranimer ceux qui se sont relâchés dans le service de Dieu : car, de chancelants dans la foi qu'étaient ces deux disciples du Sauveur, consternés de la mort de celui qu'ils avaient suivi comme leur maître, le Fils de Dieu ne se fut pas plus tôt joint de compagnie et entretenu avec eux quelque temps, que ces flambeaux éteints et encore fumants se rallumèrent aux premières approches du feu divin qu'il leur inspira, et s'en retournèrent à Jérusalem tout embrasés d'une nouvelle ardeur : Nonne cor nostrum ardens erat in nobis, dùm loqueretur in viâ} et aperiret nobis Scripturas ? (Luc. 24).
[La chute de S. Pierre]. — Dieu permit la chute du premier et du chef de ses .Apôtres, non-seulement pour lui faire connaître sa faiblesse et le punir de sa présomption, mais encore, au sentiment de quelques SS. Pères, pour s'être engagé dans une mauvaise compagnie, en se mêlant parmi les gardes et les serviteurs du pontife qu'on avait envoyés pour se saisir du Sauveur dans le jardin des Olives.
[S. Paul]. — Il arrive assez souvent que Dieu arrête sa colère et suspend les châtiments qu'il tirerait des méchants, sans les égards qu'il a pour les justes, qu'il ne veut pas envelopper dans leur malheur. Ainsi, nous lisons aux Actes des Apôtres, ch. 27, que, S. Paul étant dans le vaisseau qui le devait conduire à Rome, une si furieuse tempête s'éleva, que tous ceux qui étaient dans le navire, au nombre de deux cent soixante-seize per-
sonnes, désespérèrent de leur vie et crurent leur perte infaillible: mais l'ange du Seigneur, étant apparu à S. Paul, l'assura qu'en sa considération aucun de ceux qui l'accompagnaient dans ce voyage ne périrait. Voilà ce que leur valut la compagnie de ce grand Apôtre : Ecce donavit tibi Deus omnes qui navigant tecum. (Àct. 20).
APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE
Charitas patiens est, benigna est, etc. — La charité est tout-à-fait nécessaire dans les conversations, pour empêcher qu'elles ne soient mauvaises et pour les rendre saintes : et c'est une chose assez remarquable, que toutes les conditions et les effets que S. Paul attribue à la charité, dans ce fameux passage, n'ont jamais plus lieu et ne sont de plus d'usage que dans les conversations. Car elle en bannit l'orgueil, l'intérêt, la colère, les soupçons désavantageux sur le prochain et les contestations, qui en troublent toute la douceur. Comme, au contraire, la patience, l'affabilité, la complaisance, et les autres vertus qui accompagnent la charité, y trouvent leur place et en font l'agrément. On y doit faire gloire de se laisser vaincre plutôt que de contester opiniâtrement; on n'y doit offenser personne, et ne s'offenser de rien ; on doit s'efforcer de plaire à tout le monde, mais de manière qu'on ne déplaise point à Dieu. Ainsi, savoir l'art de bien converser, c'est mettre en pratique la charité dans toutes ses parties.
Auferte malumex vobis (1 ad Corinth. v). Le savant auteur du commentaire qui est dans les œuvres de S. Ambroise explique ces paroles de l'Apôtre en deux manières : la première, bannissez un méchant homme de votre compagnie; et la seconde, éloignez et bannissez de vous le péché, qui est le seul mal qui soit au monde : Auferte malum ex vobis. Mais, en quelque sens qu'on prenne ces paroles, l'un revient à l'autre : car l'Apôtre nous avertit d'éloigner un méchant homme de notre compagnie, comme d'éloigner tout péché de notre cœur, parce que nous ne pouvons fréquenter les personnes vicieuses sans péché, et sans offenser Dieu qui nous défend de nous mettre en danger de les imiter et de participer à leurs désordres.
Ne commisecamini cum Mo. (n Thessal. 3). — Ces termes dont se sert l'Apôtre pour nous porter à éviter la fréquentation d'un méchant homme sont remarquables : car il ne dit pas seulement Ne liez point de conversalion avec lui, mais Ne vous mêlez point avec lui. L'eau qui est pure ne se corrompt pas, quoiqu'elle soit proche d'une eau gâtée, mais elle se corrompt, si on les mêle ensemble, et le mélange fait ce que la proximité oe peut faire. Si l'on versait la moitié d'un verre d'eau chaude avec la moitié d'un verre d'eau froide, leurs qualités ne se mêleraient pas moins que Leurs Substances; Feau chaude perdrait une partie de sa chaleur, l'eau
froide perdrait une partie de sa température. La même chose n'arriverait pas si on mêlait de l'eau pure avec de l'eau sale : l'eau pure deviendrait sale par ce mélange, mais l'eau sale ne se nettoyerait pas. — Vous fréquentez souvent un libertin; vous lui rendez et il vous rend plusieurs visites : ce ne sont pas là de simples approches, c'est un mélange, selon l'Apôtre; mais malheureux mélange! Ce méchant ne se convertit ni par vos avertissements ni par vos exemples; vous vous rebutez de le reprendre, vous n'osez pas le faire : cette eau demeure aussi corrompue qu'elle l'était. Il n'en est pas de même pour votre part : vous perdez votre innocence; les vices surmontent vos résolutions, comme vos avertissements et vos exemples; vous étiez comme l'eau la plus claire, vous vous gâtez, comme elle, par ce mélange.
Si te lactaverint peccatorei, etc. (Prov. 1.) — Rien ne nous exprime mieux la manière dont le vice s'insinue dans la conversation des personnes vicieuses, que la comparaison que le Sage en fait avec le lait : soit qu'il veuille dire par là que le vice se coule doucement, avec agrément et avec plaisir, par manière de divertissemeiît; comme les nourrices communiquent, avec le lait, leurs mœurs et leurs inclinations aux enfants qu'elles nourrissent; soit parce que, au rapport des médecins, le poison n'est jamais plus dangereux et ne donne plus tôt la mort que quand il est pris dans le lait. Ainsi, les pécheurs les plus pernicieux sont ceux qui inspirent le vice et la corruption avec plus d'adresse et plus agréablement, dans des conversations enjouées.
Excutite pulverem de pedibus vestris, etc. (Matth. 10). — On est en peine de savoir d'où venait cette coutume parmi les Juifs, de secouer la poussière de ses souliers en sortant d'un lieu où Ton avait été mal reçu, et ce que le Seigneur voulait enseigner par là à ses Apôtres, quand on leur aurait refusé l'entrée des villes où ils se seraient présentés pour y prêcher l'Evangile. Le savant cardinal Cajétan dit que, c'est pour montrer par là qu'on ne veut rien avoir de commun avec les pécheurs dont on désespère; qu'on ne veut rien prendre d'eux, non pas même un grain de poussière; et, comme ils ne veulent pas recevoir de nous le bien et les vertus qu'on leur veut inspirer, on ne veut pas aussi être souillé de leur part, puisque c'est tout ce qu'on pourrait remporter de leur compagnie et des entretiens qu'on aurait avec eux.
Major serviet minori (Gènes. 2b). — C'est ce que l'Écriture dit d'Ésaû et de Jacob, que l'aîné serait serviteur du cadet. Serviet, comme l'interprète S. Augustin : non-seulement il lui sera soumis, comme on l'explique communément, mais il lui servira, comme on dit d'un homme qu'il nous a servi en pensant nous nuire, qu'il a procuré notre bien et avancé
nos affaires lorsqu'il croyait les ruiner entièrement : Serviet, non obsequendo, sed vexando.
Modicum fermentum lotam massam corrumpit (i Cor. 5). — Un peu de levain aigrit toute la pâte. L'Apôtre, en parlant de la sorte, suppose qu'un seul méchant homme peut corrompre toute une masse composée de saints : combien plus maintenant toute une multitude de méchants peutelle perdre et corrompre une seule âme! Aussi y a-t-il cette différence entre notre siècle et celui de S, Paul, qu'au lieu qu'alors on séparait les méchants d'avec les bons, il faut au contraire, aujourd'hui, que les gens de bien se séparent de ceux qui ne le sont pas : alors il y avait peu de méchants parmi les chrétiens et beaucoup de bons, et qu'aujourd'hui il y a si peu de bons et une infinité de méchants. Mais, dans cette séparation d'avec les méchants, il faut toujours garder dans le cœur l'union et la charité; et, si l'on s'en sépare de corps, il faut simplement que ce soit pour renoncer à leur vie et pour n'avoir de commerce avec eux que le moins que l'on peut, sans blesser la prudence et la charité : Si ab iniquis recedere non potes, recède ab iniquitate, dit S. Augustin. (In ps. 99.)
§iv.
Pensées et passages des SS. Pères.
Ad instructionem,jungi bonis multùm Le commerce avec les gens de bien
prodest, et ad probitatis testimonium. nous est extrêmement utile pour notre
Ambros. I Offic. 45. instruction, et pour servir de témoignage
à notre probité et à notre vertu.
Ostendunt adolescentes se imitatores Les jeunes gens suivent les exemples
esse quibus adhœserint : ea convalescit de ceux avec qui ils se lient : et c'est
opinio, qubd ab Us acceperint Vivendi une opinion qu'on ne peut s'ôter de Pe9-
similitudinem cum quibus conversandi prit, qu'ils ressemblent à ceux qu'ils
hauserint cupiditatem. Ibid. fréquentent, et avec qui ils ont le désir
de se confondre.
Gratulandum est cùm mali de Eccle- 11 faut se réjouir, lorsque les méchants
siâ separantur, ne columbas , ne oves sont séparés de l'Église, de peur que, par
Christi sœvâ sua, et venenatà conta- leur venin contagieux, ils ne gâtent ou
gione prœdentur. Cyprianus. De simpl. n'enlèvent les colombes et les brebis de
prœlat. Jésus-Ciirist.
Fuge pcrsonas in quibus potest inalœ Fuyez ceux dont on a sujet de soup-
conversationis esse suspicio. Hieron. çonner que leur conversation est perni-
Bpist. ad Qeruntiam. cieuse.
Produis %$t malorum itnitatio , et On sent une grande pente i luivn
quorum rirtutcs assequi nequeas cito l'exemple des méchants, ou imite bienlnt
imita ■■/.-• •. ritia. Id. Epist. 7. les vices de ceux à La probité e1 I ta
i ertu desqueli on ne saurait ai i ivor,
Qaid tibi necesse est in eâ versari domo in quâ nccesse habeas aut ptrire mit recederc? qui» morlalium juxta riperam sccuros sornnos carpit? Hieron.
Epiât. 147.
In solitudine citb obrepit superbia.
là. Epist. 4.
Taies habeto socios quorum consortio non infameris. Hieron. Epist. ad Nepot.
Prœceps ibam tantâ cœcitate, ut inter coœtaneos meos me puderet minoris dedecoris, cùm audirem eos jactantes flagitia sua, et tantb gloriantes magïs quanta magïs turpes essent. August.
II Coafess. 9.
Libebat mahim facere, non solùm libidine facti, sed etiam taudis, lbid.
Ne puteris gratis malos esse in hoc mundo, et nihil boni de illis agere Deum : omnis malus aut ideo vivit ut corrigatur, aut ut per illum bonus exerceatur. August. in Psal. 54.
Tu scis, Domine, dùm talia loqueretur, vt mundus nobis inter verba vilesceret.
(De matre suâ) Id. Confess.
Nihil ita persequitur vitam justorum ut vita iniquorum; non dùm cogitur imitari quod displicel, sed dùm cogitur tolerare quod videt. August.
Coram pio vivens impie, etsi non obligat consentienlem, crucial tawen senlientem. Id.
Non eas couver s ationis habenas immittil (Paulus) ut, quoniam necesse est convivere , et compeccare possunus :
licet convivere, commori non licet. Tertull. De idolol.
Pensate, quœso, ubi erit patientia, si deest quod toleretur! Ego Abel non suspicor, qui Caïn non habuerit : boni enim, si fuerint sine malis,perfecli esse boni non possunt quia minime purgantur. Greg. îx. Epist. 39.
ïpsa malorum societas purgalio bonorum est. lbid.
Quelle nécessité avez-vous de demeurer dans une maison qu'il vous faut nécessairement quitter sous peine dépérir?
quel est l'homme qui puisse dormir en assurance auprès d'un serpent?
L'orgueil se glisse bientôt dans l'esprit de celui qui mène une vie solitaire.
Joignez-vous à la compagnie des personnes dont la société et la fréquentation ne vous puissent causer de confusion.
Je courais dans la voie de l'iniquité avec un tel aveuglement, que j'avais boute de n'être pas aussi vicieux que mes compagnons, lorsque je les entendais faire gloire de leurs crimes, et en tirer d'autant plus de vanité qu'ils étaient plus déréglés.
Je voulais faire le mal, non-seulement pour le plaisir que j'avais de le commettre, mais par le désir d'en être loué.
Ne pensez pas que les mécbants soient dans le monde sans un dessein providentiel, et que Dieu n'en tire aucun bien : tout méchant est laissé dans ce monde, ou bien afin qu'il se corrige, ou bien afin d'exercer la vertu des bons.
Vous savez, Seigneur, combien, pendant que cette sainte femme tenait ces pieux discours et parlait du ciel, nous avions de mépris et de dégoïït pour les choses de ce monde.
Rien n'afflige tant les bons que la vie des méchants, non qu'ils soient contraints d'imiter ce qui leur déplaît, mais parce qu'ils sont obligés de supporter ce qu'ils voient.
L'homme méchant, en vivant mal en présence de l'homme de bien, quoiqu'il ne l'oblige pas de consentir au mal qu'il le force à voir, afflige néanmoins le bon cœur de ce juste.
S. Paul ne lâche point la bride à la conversation ; il ne nous permet pas de pécher avec les hommes, parce que nous ne pouvons par nous empêcher de vivre avec eux : nous pouvons vivre en leur compagnie, mais non nous perdre comme eux.
Que deviendra, je vous prie, la vertu de patience, si l'on n'a rien à souffrir ? Je ne regarde point comme un autre Abel celui n'a pas un Caïn pour frère ; car les bons ne peuvent être parfaits sans être exercés par les méchants : seule chose qui les peut purifier.
La seule compagnie des méchants purifie les bons de ce qu'ils ont d'imparfait.
Vitari societas malorum débet, ne, si fortassè corrigi non valent, ad imitationem trahant, et, cùm ipsi non mutentur, eos qui sibi conjuncti fuerint pervertant. Id. Homil. 9 in Ezech.
Sicut malus aer,assiduo flatu tractus , inficit corpus, ita perversa locutio assidue audita infirmantium inficit animos, ut tabescant delectatione pravi operis, assiduitate curiosi sermonis. Greg. Ibid.
Non valdè laudabile est bonum esse cum bonis, sed bonum esse cum malis :
sicut enim gravions culpœ est inter bonos bonum non esse, ita immensi prœconii est bonum etiam inter malos exslitisse. Greg. Moral. 1.
Bonus sic malo connectitur, ut aut pares reddantur, aut citb ab invicem aeparentur; amicitiœ enim pares aut quœrunt aut faciunt. Chrysost. Matth.
Rerum natura est ut, quotiès bonus malo conjungilur, non ex bono malus melioretur, sed ex malo bonus contaminetur. Ibid.
Melius est habere malorum odium quàm consortium. Sicut bona multa liabet communis vita sanctorum, sic jilurima mala affert societas malorum.
Isid. Il Colloq.
Inter bonos, bonum esse, salutem liabet,inter malos vero, laudem. Illud tantœ felicitatis est quantœ etiam secui itatis,lwc autem tantùm habet virtutis quantum difficultalis. Berii. Epist.
Bonos in consilio, bonos in obsequio, et bonos habeas contubtrnales, qui vitœ ri honcstatis tuœ custodes sint et testes. Ibid.
Kcmiilium est
quem converti velle
Il faut éviter la compagnie des méchants, de peur que, demeurant incorrigibles-, leur exemple ne nous porte à les imiter ; et qu'en restant tels qu'ils sont, ils ne pervertissent ceux qui les fréquentent.
Comme le mauvais air qu'on attire en respirant infecte le corps, les discours mauvais gâtent et corrompent l'esprit des faibles qui les entendent : en sorte que, par la curiosité d'écouter de mauvais discours, ils achèvent de se corrompre en faisant le mal qu'ils ont appris.
Ce n'est pas une grande affaire d'être bon avec les bons ; mais c'en est une singulière d'être bon avec les mauvais : car, comme c'est une chose plus blâmable de n'être pas homme de bien parmi les bons, c'est de même un grand fond d'éloge d'être vertueux parmi les personnes vicieuses.
C'est le sort de ces liaisons entre un homme de bien et un homme de mauvaises mœurs, qu'il faut de nécessité ou qu'ils prennent les mêmes inclinations ou qu'ils cessent au plus tôt d'avoir commerce ensemble : parce que les amitiés ne cherchent qu'à unir des cœurs qui se trouvent déjà semblables entre eux, ou, si elles font tant que d'unir deux cœurs différents, de les rendre bientôt semblables.
Le monde est ainsi fait, que, si un homme de bien est lié d'amitié avec un méchant, le méchant ne deviendra pas meilleur par cette liaison, mais plutôt l'homme de bien se gâtera par le commerce avec le méchant.
11 vaut mieux être dans la haine des méchants que dans leur compagnie : car, comme c'est un grand bien de vivre avec les saints, de même la société des méchants est cause de bien des maux.
Être bon parmi les bons, c'est être assuré de son salut; mais être bon parmi les méchants mérite une louange plus particulière : l'un est l'effet d'un aussi grand bonheur que cette assurance dont il est la source -, et l'autre d'une vertu plus grande à proportion de la difficulté qui s'y trouve.
Àe prenez conseil que des gens de bien ; n'eu prenez point d'autre à votif Bervice ; ne vivez qu'avec des personii' ce caractère qui soient les gardiens et les témoins de votre vertu.
Voici le remède contre la contagion dea 2J
non vicleris vitare, si possis. Cassiod. in Ps. 19.
Ili rcrdciirr boni sunt qui in b< nitate persislerc, vtiam inler walos, possunt.
GregoriUB, Moral.
[Omnium socictatum nulla prœstan ■ tior, nulla firmior est, quum cùm riri boni, moribus similes, sint familia vitale conjuncti. Seneca, Kpist. it.
Nulla res magïs animos inhonestos et in pravum inclinabilcs revocat ad rectvm, quhm bonorum virorum conversatioipaulatim enim descendit in pectora, et vim prœceptorum obtinet fréquenter aspici, fréquenter audiri. lbid.
Cùm Us conversare qui te meliorem facturi sunt; illos admilte qnos tu potes facere meliores. Ibid.
Sumuntur à conversantibus mores; et ut quœdam in contactos corporis vitia iranseunt, ila animus vitia sua proximus tradit. Id. III. De ira.
Nemo vitiosus non aliquod nobis vitium aut commendat, aut imprimit, aut allinit. Id. Epist. 7.]
méchants: c'est do fuir, si vous pouvez ceux en qui vous ne voyez aucune envie de conversion.
Ceux-là sont véritablement bons et Tortueux , qui conservent leur innocence môme parmi Je- méchants.
De toutes les société! humaines, il n'y en a point de plus excellente ni de pins ferme que celles des gens de bien, semblables en vertus, qui vivent ensemble familièrement et qui sont liés d'une étroite amitié.
Rien n'est capable de remettre dans le bien des esprits portés au mal, comme la conversation des gens de bien : elle agit peu à peu sur les cœurs; et voir et entendre souvent des personnes de vertu tient lieu des préceptes les plus efficaces. Liez conversation avec ceux qui peuvent vous rendre meilleur et plus vertueux , et recevez en votre compagnie ceux que vous pouvez vous-même rendre meilleurs.
On prend les mœurs et les manières de ceux avec qui l'on converse ; et, comme il y a des maladies du corps qui se communiquent, de même l'esprit transmet ses vices à ceux que l'on fréquente. -
11 n'y a point de personnes vicieuses qui, lorsqu'on les fréquente, ou ne nous inspirent l'estime du vice, ou ne nous en impriment l'amour, ou ne nous en laissent du moins une teinte.
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[Sociclc, compagnie, conversation]. — Société, selon S. Thomas (Opusc. conlrà impuy. Religionem, 15), à prendre ce terme dans son sens le plus propre, est une union de deux ou de plusieurs personnes qui vivent ou qui habitent ensemble, pour leur utilité commune ou pour une plus grande commodité de la vie et de leur emploi. Mais, comme nous traitons ici plus particulièrement de la conversation, qui a une autre lin et autre motif, je crois que l'on peut dire que c'est une société, ou une union, prise dans un sens plus étendu, de personnes qui s'assemblent ou qui se rencontrent par hasard, pour s'entretenir des choses qui se présentent et qui d'ordinaire
ne sont ni préméditées ni concertées. De-là vient que la conversation est différente par rapport aux personnes, aux discours qu'on y tient et à la fin qu'on s'y propose. Ainsi elle est bonne ou mauvaise, sérieuse ou enjouée, utile ou dangereuse, honnête, scandaleuse, indifférente, selon ces différentes circonstances. Et comme la fin qu'on s'y propose ordinairement est de passer agréablement le temps, on ne doit pas proprement donner le nom de conversation à une assemblée de magistrats qui délibèrent d'une affaire où le public est intéressé, ni à une consultation de médecins qu'on appelle pour dire leur avis sur une maladie, ni à un conseil où des juges s'assemblent pour décider d'un procès, mais seulement à une société d'amis ou de personnes d'un commerce aisé, qui se voient, qui se visitent à dessein de s'entretenir et de contribuer mutuellement à la douceur et à la perfection de la vie, suivant que l'occasion peut s'en présenter.
[L'homme se plaît à la société]. — l'homme étant né sociable, il se plaîi naturellement, dit Aristote, à la Société et à la conversation, et l'on peut dire que la société est nécessaire dans tous les états de la vie humaine. L'homme s'y porte comme à une chose qui le désennuie et qui lui convient. Elle sert même beaucoup à la vertu, dit S. Jérôme, parce que la sainteté du prochain nous instruit et nous humilie. Mais, pour rendre utile cette société que nous aimons, il faut en user avec beaucoup de modération et de prudence. Comme la solitude a quelque chose de triste et d'affreux, la foule du monde n'est pas moins incommode que dangereuse. L'état le plus souhaitable est un milieu entre l'une et l'autre, dans le commerce de quelques personnes choisies, que l'on pratique pour éviter tout à la fois l'ennui de la retraite et l'accablement de la multitude.
[De la vie solitaire] . — Quoique la vie solitaire se passe plus innocemment que celle qu'on mène dans un continuel commerce avec les hommes, on ne peut nier cependant que la vie sociable n'ait des avantages considérables sur la solitude, puisque l'homme solitaire ne peut exercer quantité de vertus que peut pratiquer celui qui converse avec le monde. Car quelle charité exercera le premier envers le prochain malade ou affligé, s'il ne voit personne? Quelle patience, si personne ne lui résiste ou ne lui fait de la peine? Quelle obéissance ou quelle soumission, si personne ne lui commande et n'est au-dessus de lui? Tout au contraire, dans la vie sociale, on a sans cesse occasion de pratiquer beaucoup de vertus, quand ce ne serait que de suppporter les défauts des autres; outre que les exemples de vertu de ceux avec qui l'on converse sont de grands et puissants motifs pour nous porter au bien et nous animer à les imiter.
Tous les hommes entretiennent les uns avec les autres une certaine société générale et universelle, fondée sur la ressemblance de nature; Lefl babitants d'une môme ville en ont entre eux une, fondée sur de communs
intérêts; les amis particuliers, sur une sympathie d'humeurs et sur de bons offices réciproques ; les parents, sur des liaisons encore plus fortes et plus étroites : mais les chrétiens font un corps qui doit être animé de la charité, charité qui doit aussi être le principal motif de leurs conversations.
[Choix des amis]. — Comme nous sommes plus portés à imiter les vices et les mavaises qualités des autres que leurs vertus, il faut se donner de garde de fréquenter les mauvaises compagnies; et c'est le sentiment commun, que nous devenons d'ordinaire semblables à ceux que nous hantons. C'est pourquoi, nous* devons toujours nous souvenir de l'avertissement que S. Paul donne aux chrétiens de Corinthe, que les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs, comme les bons entretiens font un effet tout contraire. Si bien que la conversation a des effets opposés, et que, selon qu'on la prend, elle peut guérir ou causer de grands maux. 11 faut donc faire choix des personnes avec lesquelles on veut converser ordinairement, et fuir la conversation de celles qui peuvent nous gâter et nous corrompre.
C'est une règle et une maxime que nous donnent les SS. Pères, que, pour mener une vie sainte et spirituelle, on doit, autant qu'il est possible, et que notre état et notre condition le permettent, pencher plutôt du côté de la retraite que du côté de la conversation : en sorte que ce ne soit qu'avec peine qu'on quitte sa solitude, et par le désirM'un plus grand bien. Cela fera qu'on sera moins dissipé, quand on se trouvera dans les compagnies, et qu'on ne s'épanchera pas tant au -dehors. Et, en général, pour apprendre à bien converser avec le monde, il faudrait que notre conversation, comme celle de l'Apôtre, fût ordinairement dans le ciel, avec les saints et avec Dieu même, afin d'inspirer aux autres, dans l'occasion, les bons sentiments que nous aurions puisés dans cette conversation céleste.
[Des méchante]. — Quoique Dir.u, dans l'Écriture, nous ordonne de fuir la compagnie et la conversation des méchants, il ne faut pas néanmoins espérer pouvoir les fuir absolument, non plus que de vivre en aucun lieu du monde où il ne s'en trouve jamais. Ce mélange des bons et des méchants a été sagement établi, par l'ordre de la divine Providence, pour le bien des uns et des autres, afin que les méchants profitassent de la compagnie des bons, et que les bons ne manquassent jamais d'occasions de pratiquer la patience et d'autres héroïques vertus. C'est pourquoi Dieu ne défend pas aux justes de vivre et de demeurer avec les pécheurs, quand on n'est point en danger de se pervertir dans leur compagnie; et souvent la charité nous oblige de les rechercher, quand il y a espérance de leur être utile et de les convertir.
On ne disconvient pas qu'on ne puisse parler, voyager, trafiquer, et
avoir d'autres commerces indifférents, avec toutes sortes de personnes; qu'on ne puisse demeurer quelque temps dans une compagnie où l'on aura trouvé et où il surviendra un méchant homme ; qu'on ne puisse lier conversation avec lui, quand on ne le connaît pas, ou qu'on a conçu quelque espérance de le ramener à son devoir. Il faudrait se résoudre à un entier divorce avec tout le monde, s'il fallait se séparer de tous ceux qui ne vivent pas selon Dieu. S. Paul a tiré lui-même cette conséquence. L'Église nous permet de parler familièrement à ceux qu'elle a séparés de son corps pour leur vie scandaleuse, quand ils ne sont pas dénoncés; elle nous permet de les voir et d'agir avec eux, si nous en espérons quelque avantage; et même, pour ceux qu'elle ne tolère pas, quoique à cet égard elle nous prescrive des règles très-sévères qu'il faut savoir et observer, elle ne nous défend pas, dans des occasions de nécessité, de charité même, d'avoir avec eux encore quelque reste de léger commerce. Mais ce que l'Apôtre nous ordonne, c'est de nous retirer de la conversation d'une personne particulière, quand nous avons reconnu les désordres de sa vie, et que nous avons éprouvé que nos avertissements, nos exemples et nos prières ne font rien sur son esprit.
Quand un méchant homme nous sollicite au péché par son mauvais exemple, si de plus il ajoute les promesses, les présents, les caresses, les menaces, s'il se sert de son autorité et du pouvoir qu'il a sur nous pour nous y obliger, on est obligé alors de se retirer, le plus tôt qu'il est possible, d'une compagnie si dangereuse, d'une conversation et d'un commerce qui nous mettent en danger manifeste d'être éternellement séparé de Dieu. Et si quelque raison, jugée suffisante par un directeur éclairé et vertueux, nous contraint d'y demeurer pour quelque temps, ou qu'on ne puisse s'en retirer sans blesser la charité et sans causer un mal plus grand, il faut nous résoudre à la quitter le plus tôt qu'il nous sera possible; il faut, en attendant cette heureuse occasion, nous en éloigner de cœur, prier Dieu avec ardeur pour eux et pour nous, nous servir de toutes les industries que notre esprit, que la charité nous pourront suggérer pour exécuter la résolution que nous avons prise de nous retirer.
[Différent sexe]. — La conversation entre les personnes de différent sexe n'est pas absolument mauvaise ni défendue; elle est même autorisée par L'exemple de plusieurs grands saints; souvent la charité y oblige, et on ne In peut blâmer, quand l'Age, la profession et l'emploi la mettent hors de tout BOupçon. ('."pendant, elle doit être réglée par la prudence, en sorte qu'on ne donne nulle occasion d'en parler ou d'en juger mal. Mais on ne peul
01 Mimer ces conversations enjouées, qui ne sont presque jamais innocentes, ces tête-à-tête qui marquent une trop grande familiarité, et qui donnent juste sujet de croire qu'il y a de la passion de part et d'autre, particulièrement dans un Tige qui n'en est que trop susceptible.
Comme les mauvaises compagnies sunt mises au nombre des occasions
prochaines, nu moins à L'égard de quelques-uns, puisque c'en est une espèce, et même l'une des plus dangereuses et des plus ordinaires, il est évident que tout ce qui se dit de l'une peut se dire de l'autre, pour ce qui regarde l'obligation de les fuir, de s'en retirer, quand on s'aperçoit du péril, et pour le risque, que l'on y court, de son salut. C'est pourquoi nous réservons à un article particulier ce qu'il y a de commun entre ces deux sujets.
§ VI
Endoits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Dangers de la compagnie des méchants]. — On se damne communément dans la compagnie des méchants, et on peut en apporter deux principales raisons. La première est la complaisance qu'on affecte dans la vie civiie et dans la société, et la seconde est un faux sentiment d'honneur, qui fait qu'on s'imagine qu'il y aurait de la honte à ne pas faire comme les autres. S. Augustin déplore cette fatale complaisance, qui fait que, pour ne pas déplaire à ceux avec qui nous vivons, nous approuvons et nous faisons ce qu'ils font : complaisance en effet qui lui avait fait commettre à lui-même une infinité de péchés. « 0 amitié trop ennemie! s'écrie-t-il ; ô tromperie inconcevable de l'âme ! Par complaisance et par divertissement, sans désir de profiter ni de nuire, sans passion et sans intérêt, on fait un mal que l'on n'aime pas : et cela, parce que plusieurs que l'on aime le font. Des qu'on entend seulement dire : Allons, faisons; on a honte de n'être pas impudent: Cùm dicilur : Eamus, faciamus ; pudet non esse impudente» (Gonfess., n, 9). » De combien de relâchements et de désordres est cause, dans toute sorte d'états, le désir de plaire à ceux avec qui l'on vit! Selon les lois de cette fausse complaisance, combien de fois est-on contraint de faire violence à son esprit et à son cœur, pour faire ce que font les autres, et pour ne pas choquer la compagnie? Pudet non esse impudentem. Fut-il jamais une telle lâcheté contre Dieu, ou plutôt contre soi-même, que de tyranniser son propre naturel pour agréer aux autres?
La complaisance va jusqu'à nous persuader qu'il y va de notre honneur de faire comme les autres; on s'imagine que c'est une honte de pratiquer la vertu, lorsqu'on la pratique tout seul... Combien en voyons-nous qui ne sont pas méchants, et qui font semblant de l'être pour n'être pas traités d'êtres singuliers? Ils seraient bons, s'ils pouvaient l'être sans s'exposer à
la haine et à la raillerie de leurs compagnons; mais il faut qu'ils trahissent leur bon naturel, et qu'ils forcent leur inclination à la vertu pour contrefaire le vice, et pour avoir part à la fausse gloire de commettre hardiment le péché. N'est-ce pas ce qui engage les hommes à se glorifier même des péchés dont ils ne sont pas coupables? Rien n'est plus touchant que la manière dont S. Augustin pleure ce malheur, où il était tombé dans sa jeunesse. Je me précipitais avec un tel aveuglement, dit-il, que, parmi ceux de mon âge, j'avais honte de n'avoir pas tant de choses honteuses à dire que les autres. J'entendais qu'ils se vantaient de leurs crimes, et qu'ils en faisaient d'autant plus de gloire qu'ils étaient plus infâmes : j'avais alors envie, non d'avoir le plaisir de commettre des péchés, mais d'être loué de les avoir commis. Qu'y a-t-il qui mérite d'être blâmé, que le vice? Et cependant je me rendais plus vicieux, de peur qu'on ne me blâmât, et, quand je n'avais pas de quoi m'égaler aux plus grands pécheurs, je feignais d'avoir fait ce que je n'avais pas fait, pour ne paraître pas d'autant plus déshonoré que j'étais plus innocent, et pour ne pas me rendre plus méprisable parce que j'étais plus chaste. Est-il possible que le démon puisse obliger des chrétiens non - seulement à résister à la grâce, mais à contraindre leur naturel, et à violenter leur tempérament pour se damner malgré eux -mêmes? Etrange illusion de cet ennemi du genre humain! lorsqu'il voit que l'homme ne trouve plus de plaisir au péché, il lui fait y trouver de l'honneur!
De là vient que les âmes se précipitent dans l'enfer par troupes , ainsi qu'il est écrit dans l'Evangile que l'ivraie est jetée dans le feu par faisceaux : Alligate ea in fasciculos ad comburendum. Et l'on peut dire que, si l'on voit une si grande foule de chrétiens qui se perdent dans la voie large et spacieuse qui conduit à la mort, ce qui les assemble est cette société de méchants par laquelle et dans laquelle ils sont liés et comme enchaînés les uns avec les autres, comme les anneaux d'une même chaîne se suivent lorsqu'on en tire un seul. De sorte que la plupart de ceux qui se damnent tombent en enfer comme ceux qui périssent ensemble dans un naufrage ; plus ils s'embrassent et s'attachent les uns aux autres, plus ils contribuent à leur mort. (Essais de sermons.)
[Nécessité de la conversation]. — De quelques dangers que la conversation menace l'innocence, quelques pièges que la vertu ait sujet de redouter quand elle approche des hommes, quand elle parle et qu'elle agit avec eux, les besoins du corps et de l'âme ne nous permettent pas de vivre dans une retraite perpétuelle. Ceux qui s'ensevelissent dans les solitudes avec !;i plus ferme et la plus constante résolution, ne peuvent quelquefois se dispenser de se séparer pour quelque temps du commerce des anges, de revenir avec les hommes et de recevoir d'eux les secours dont ils ne poiiYPiii se passer, et que les rochers et les forêts ne peuvent pas l<uir fournir. C'esl OS qui obligeait les solitaires, autrefois, à conserver du
moins entre eux quelque société, et était cause que plusieurs ne pouvaient s'en dispenser avec les autres hommes , pour les besoins de la nature et delà conscience. Mais c'est ce qui oblige tous les hommes à apprendre à se bien gouverner, dans un commerce qu'ils ne peuvent éviter : et cette étude est d'autant plus nécessaire que notre conduite peut être aussi pernicieuse aux autres que celle des autres nous peut être dommageable, et que le danger est égal de l'une et de l'autre part. (Le P. Héliodore de Paris, capucin.)
[Des mauvaises compagnies]. — Vous étiez éloigné du péché ; vous aviez de l'horreur de tout ce qui pouvait déplaire à Dieu, et, quelque penchant que la convoitise conservât pour le crime, la grâce l'emportait sur ces restes du péché , et elle vous soutenait contre les inclinations de la nature : mais les mauvaises compagnies ont agi sur vous , avec la nature et avec la convoitise , et vous ont gagné le cœur, et l'ont enfin engagé à prendre le parti du vice en quittant celui de la vertu. La joie qui paraissait sur le visage et dans les actions, quoiqu'elle ne fût pas dans le cœur d'un libertin, ses manières , ses discours, vous ont fait concevoir quelque ombrage de la religion , qui est embarrassante et incommode à la nature corrompue , et vous ont donné du goût pour des sentiments qui laissent offenser Dieu sans chagrin. De sorte que, trompé par de fausses apparences, vous vous êtes trouvé insensiblement dans le libertinage, pour ne vous être pas éloigné de cette mauvaise compagnie, comme Dieu vous l'ordonnait.
Je veux que, jusqu'ici, vous n'ayez pas encore péché , par la grâce de Dieu : vous ne laisserez pas d'être puni pour avoir fréquenté cette mauvaise compagnie, parce que, si vous aviez eu Téloignement que Dieu vous ordonne d'avoir de ces péchés, vous ne vous en seriez pas approché de si près ; et si vous eussiez estimé la grâce autant que Dieu vous le commande, vous ne vous seriez pas exposé à la perdre. Vous n'avez pas commis les mêmes péchés que ces personnes dont vous avez recherché la compagnie; mais vous en avez commis d'autres en les fréquentant, contre l'ordre de Dieu, qui vous avait défendu ce commerce. Vous avez offensé Dieu, non pas peut-être par des péchés de même espèce que les leurs, mais par plusieurs autres péchés, par un grand nombre de visites, ou reçues, ou rendues : et Dieu veuille que vous n'ayez pas commis les mêmes péchés, du moins par la volonté!
Faites réflexion , je vous prie , aux paroles pressantes dont se sert l'Apôtre S. Paul pour nous obliger à quitter une mauvaise compagnie où nous nous serions trouvés par hasard : Exile de medio eorum , et separatrïini, dicit Dominus, el immundum ne leligerilis (II Cor. 6). Sortez au plus Lot d'avec ces personnes, dit le Seigneur, séparez-vous de ces pécheurs, et ne touchez point à ce qui est impur : et je vous1 recevrai, et je serai votre père, et vous serez mes enfants, dit le Seigneur tout-puissant.
Remarquez de quelle importance est cette retraite. Cet Apôtre ne se contente pas de l'autorité que Jésus-Christ lui a donnée, il cite Moïse, il cite Isaïe et Jérémie ; il fait parler Dieu lui-même ; il dit deux fois que c'est Dieu qui parle et qui commande de se retirer d'avec les méchants ; il fait répéter deux fois ce commandement à Dieu ; il cite un passage d'Isaïe, où ce précepte est répété quatre fois différentes, et il nous fait souvenir que c'est le Tout-Puissant qui nous donne cet ordre.
Dieu nous oblige encore davantage à nous retirer des mauvaises compagnies, quand elles nous poussent au mal, comme il arrive souvent, et vont à nous faire tomber : car alors le danger de nous perdre est le plus grand; nous nous fatiguons nous-mêmes de notre résistance. Nous sommes quelquefois si ébranlés par ces coups redoublés et par notre propre faiblesse, nous sommes quelquefois si peu sur nos gardes, qu'après nous être défendus contre plusieurs attaques , nous nous laissons renverser par le moindre souffle ; et une parole en fera plus dans ce mauvais instant que tous les efforts précédents n'en ont pu faire. Comment donc Dieu pourrait-il nous permettre de demeurer dans un poste si dangereux, lui qui nous défend de demeurer dans un moins redoutable ? Comment ne nous obligerait-il pas de nous retirer d'un lieu, où nous avons beaucoup plus à craindre que dans plusieurs autres d'où il nous commande de sortir ?
L'obligation de vous retirer de la compagnie d'un méchant est encore bien plus forte, si ses crimes sont devenus publics, si sa vie est scandaleuse, si le monde est informé de ses désordres ; et vous ne pouvez continuer de le voir sans contribuer à l'entretenir dans le péché, sans vous rendre suspect de ses crimes, sans devenir coupable des effets du scandale qu'il donnera. Peut-être un reste de pudeur contraindrait plusieurs personnes scandaleuses à réformer leur vie, si on avait assez de courage et de fidélité pour se retirer de leur compagnie et pour n'avoir plus de commerce avec elles. Cet éloignement leur ouvrirait les yeux, et leur ferait connaître l'horreur qu'elles doivent avoir d'une conduite dont personne ne peut supporter l'infamie; leur cœur se soulèverait contre une corruption dont l'odeur même est insupportable à ceux qui les approchent. Vos visites leur font croire qu'elles ne sont pas si décriées, puisque vous n'appréhendez pas de les voir, et que l'infection n'est pas si grande, puisque vous ne la sentez pas , et qu'au moins vous n'en faites rien paraître. C'est une raison que S. Paul apporte pour nous presser de nous en retirer : N'ayez point de commerce avec celui qui mène une vie déréglée, afin qu'il rougisse d'une conduite dont l'infamie éloigne de lui ceux qu'il croyait être sos meilleurs amis. Que la honte guérisse un esprit qui considère moins Dieu que les hommes, et que l'affront et le déplaisir d'être abandonné des hommes lui apprennent à craindre d'être éternellement séparé de Dieu.
Il est impossible que vous ne perdiez votre réputation, si vous conti-
niiez de fréqurntcr une mauvaise compagnie. Car enfin, le moyen que le monde croie que vous haïssez des vices que vous voyez si souvent et de si bon œil? Le moyen qu'il juge qu'ils vous déplaisent, puisque vous aimez mieux exposer votre réputation que de vous abstenir de voir ceux qui font une profession publique de les commettre ? Le moyen que votre santé ne soit pas suspecte, quand on sait que vous allez si souvent et que vous demeurez si longtemps dans un lieu contagieux et avec des personnes infectées? Vous n'êtes pas peut-être un libertin, plongé dans des débauches honteuses, comme celui que vous hantez; mais vous donnez occasion, dit S. Chrysostôme, de croire que vous y êtes livré ; vous scandalisez votre prochain, et vous êtes cause qu'il vous juge aussi méchant que ceux que vous fréquentez.
Quelles sont ces suites, et que peut-il arriver de ces scandales ? Ces scandales seront cause que plusieurs prendront, comme vous, la liberté de voir les méchantes compagnies, mettront l'honneur et la conscience sous les pieds, comme vous; en attireront d'autres, comme vous; leur persuaderont de sacrifier leur réputation à leur plaisir, comme vous; ils seront cause que les uns et les autres se perdront et qu'ils en perdront d'autres, comme vous; que vous répondrez à Dieu de leur perte et de la vôtre, puisqu'ils ne se sont égarés qu'en vous suivant, et que Dieu vous avait défendu de leur montrer ce chemin de perdition par votre exemple.
Un arbre produit le même fruit que la branche entée sur une des siennes, et vous produisez les mêmes méchants effets avec les mauvaises compagnies que vous hantez. Vous en serez donc puni avec ces méchantes compagnies. La justice punit ceux qui accompagnent les voleurs, quoique les nouveau -venus n'aient peut-être encore rien pris : elle ne les punit pas à cause qu'ils avaient dessein de voler, car les lois humaines ne punissent pas d'ordinaire la seule volonté de commettre le crime; la justice les punit parce qu'ils aidaient en effet à voler, que leur présence seule effrayait les passants et rendait les voleurs plus hardis. Vous êtes en mauvaise compagnie ; et, quand vous n'auriez pas commis les mêmes crimes, vous contribuez à les faire commettre par l'assurance que vous donnez aux coupables, et par le scandale que vous donnez à ceux qui vous connaissent. {Le même).
[Difficile de converser avec les hommes sans offenser Dieu] . — Qu'il est difficile de converser avec les hommes sans offenser Dieu et sans blesser la conscience! Il faut être un homme parfait, dit S. Jacques, pour ne point pécher en parlant. Mais aussi, ajoute-t-il, celui qui ne peut gouverner sa langue se trompe lui-même, s'il croit être un véritable chrétien. « Je n'ai jamais été parmi les hommes, disait un ancien, que je n'en sois revenu moins homme, » c'est-à-dire moins homme de bien. N'est-il pas vrai que vos conversations sont la matière la plus ordinaire de vos confessions ?
C'est donc sur quoi nous devons veiller particulièrement et être davantage sur nos gardes.
Il y a plusieurs défauts à éviter dans la conversation, niais le plus ordinaire est l'inutilité. Car quel est le sujet de l'entretien de la plupart des femmes, même de celles qui passent pour dévotes? Des bagatelles, de vrais riens. Y parle-t-on jamais de Dieu? on passerait pour ridicule. Rien fait-il mieux comprendre la corruption des chrétiens? rien nous doit-il mieux faire sentir combien nous aimons peu Dieu? Si nous vous aimions, mon Dieu! nous penserions souvent à vous, et si nous y pensions, nous en parlerions : si vous n'êtes point dans notre bouche, c'est que vous n'êtes point dans notre cœur. Et comment y pourriez-vous être? comment pourriez-vous vous y accorder avec le monde qui y règne ? mais, si les conversations inutiles sont à condamner, que sera-ce de celles qui sont dangereuses et criminelles, qui sont remplies de vains discours ou de paroles médisantes et impures ?
Quelle est la matière la plus ordinaire de l'entretien des plus honnêtes gens, de ceux qui passent pour les moins déréglés ? Tout y roule sur l'estime des richesses, des honneurs et des plaisirs. Sur ces principes, on y débite une infinité de maximes contraires à l'Evangile, et par conséquent fausses, sans que personne se récrie. Si quelqu'un avançait des propositions contraires aux vérités spéculatives de l'Évangile, pour peu qu'on eût de sentiment de religion, on s'élèverait contre une telle impiété ; mais qu'on débite des maximes contraires aux vérités morales de l'Evangile, on y applaudit : et après tout, sont-elles moins de la foi? Cependant, un chrétien qui n'aurait point d'autres défauts à se reprocher dans ses conversations se saurait bon gré, et croirait qu'on lui en devrait tenir compte ; mais n'en rendra-t-il point compte lui-même devant ce tribunal rigoureux où l'on jugera même les paroles oiseuses ?
N'est-il pas encore plus déplorable de voir des chrétiens profaner, par des discours malhonnêtes et impurs, une langue si souvent teinte du sang de Jésus-Christ? de voir des femmes qui ont la pudeur et la modestie pour partage, et qui se disent chrétiennes, souffrir dans les autres des paroles libres et équivoques, les exciter par le plaisir qu'on s'aperçoit qu'elles y prennent, et se les permettre même? On compte pour rien ces paroles; on traite cela d'enjouement : et cependant l'Apôtre les met parmi les péchés qui nous bannissent du ciel ; et cependant elles souillent la conscience de ceux qui les disent, et perdent souvent les âmes de ceux qui les entendent ! Hélas! à combien de jeunes personnes une parole équivoque, une parole impure, a-t-cllo fait perdre l'innocence ! Cette parole équivoque fait naître une mauvaise pensée; une mauvaise pensée est suivie d'un mauvais désir, et un mauvais désir fait périr une ûme en la rendant criminelle: quel cruel enjouement, qui aboutit à perdre des âmes que JÉgi 9- Christ a rachetées de son propre sang! Malheur à vous, si vous y avez quelque part ! si vous ne le pleurez maintenant, quelles larmes ne
vous faudra-t-il pas verser un jour! (Le P. Nepveu, Rôflex, chrétiennes) .
[Conversation honnête et chrétienne]. — Tour bien converser, il faut un grand sens, qui discerne ce qu'il faut dire et ce qu'il faut faire, selon les circonstances des temps, des lieux et des personnes: car, quand même la chose serait belle de soi, ce n'est pas un grand ornement de discours quand elle n'est pas dite en son temps; comme les vases les plus riches ne sont pas tant des ornements de cabinet qu'un embarras, quand ils ne sont pas mis à leur place. Il faut de la bonté pour se rendre égal à ceux qui conversent avec nous, sinon quant à la condition, au moins dans la familiarité. 11 faut de l'honnêteté dans les actions et dans les paroles, parce que, si nous conversons en hommes, nous respectons les yeux et les oreilles de ceux qui sont avec nous ; si nous conversons en chrétiens, nous devons respecter notre conscience. Il faut une humeur agréable, parce qu'il n'y a rien qui se communique si aisément que l'humeur : si elle est triste, nous attristons les autres ; si elle est gaie, nous les divertissons ; si elle est plaintive et mécontente, nous leur inspirons notre chagrin. C'est elle qui fait la pluie et le beau temps dans la conversation, et, pour dire tout en deux mots, la conversation demande une familiarité sans bassesse, un respect sans crainte, un épanchement sans indécence, et une honnêteté sans contrainte.
Il faut éviter la manière impérieuse et l'ascendant , parce que cela marque une âme fière, dont on a naturellement de l'aversion. Il ne faut pas y parler d'une manière décisive : car c'est ôter aux autres la liberté d'examiner et de juger par leurs propres lumières; c'est une domination injuste, capable d'exciter dans nos égaux un désir secret de contredire et de résister, plutôt que de se laisser persuader. Si on ne peut avoir la conformité de sentiments, à cause que ce privilège n'est que pour les grands amis, il faut du moins conserver les devoirs de la civilité humaine, en s'abstenant de contester avec opiniâtreté, et de vouloir l'emporter à quelque prix que ce soit : car il est difficile autrement de conserver la paix, et de ne pas donner occasion à des querelles. On peut raisonner avec ceux qui s'opposent à nos sentiments; mais il faut se donner de garde de témoigner de l'aigreur dans son raisonnement, parce que ceux qui ne sont pas convaincus par nos raisons ne seront pas ébranlés par notre dépit ni par l'éclat de notre voix : et pour l'ordinaire ce ne sont pas tant nos sentiments qui choquent, que la manière de les proposer. Ainsi, quand on voit que la contradition est plus capable d'exciter l'aigreur que la curiosité, un chrétien et un homme honnête doivent s'en abstenir, et réfuter par leur silence ce qu'ils n'ont pu réfuter par leurs raisons. Dans les répréhensions qu'on est quelquefois obligé de faire, il faut éviter un air impérieux, hautain et chagrin, qui ne sert souvent qu'à nous attirer un secret mépris de ceux que nous voulons corriger ; et, dans les avis qu'on est obligé de donner, il ne
faut jamais mêler de raillerie piquante, qui fait qu'on les reçoit en mauvaise part. (La conduite du Sage, ch. 12).
Comme les personnes vertueuses avec lesquelles on lie conversation n'exigeront jamais rien de nous qui soit contraire à notre devoir, nous ne pouvons avoir pour elles qu'une complaisance innocente , et nous ne de\ons pas appréhender de déplaire à Dieu en nous conformant à des compagnies qui n'ont point d'autre prétention que celle de lui plaire. Mais, dans les conversations indifférentes avec les personnes que le hasard nous fait rencontrer, la complaisance chrétienne ne s'étend point jusqu'aux paroles et aux actions qui déplaisent à Dieu. Une compagnie s'entretient aux dépens du prochain , on déchire l'ahsent, on le condamne sans l'entendre; une compagnie s'entretient de discours libres, [peu honnêtes ou tout- à-fait impies : nous ne pouvons pas témoigner de la complaisance dans ces occasions, sans trahir notre conscience et la fidélité que nous devons à Dieu; nous ne pouvons pas nous abandonner à des jeux excessifs, dans des parties de débauches, sans abandonner le parti de Dieu, et cette facilité est indigne du nom de complaisance, qu'elle déshonore quand elle le prend. (Anonyme).
[Compagnies mondaines]. — Le monde, que le Fils de Dieu a maudit et reprouvé, où se trouve-t-il, que dans ces compagnies et ces assemblées où le méchant devient pire, et où le juste est tenté de se corrompre; dans ces assemblées où paraissent en triomphe la mollesse et le luxe, où, sous un extérieur honnête, sedisentdes mots équivoques et à double sens; où toute l'occupation n'est que de plaire, et de se faire distinguer par quelque endroit; où la réputation la mieux établie n'est pas sans flétrissure, ni l'innocence la plus pure sans tentation? Ce sont ces compagnies qu'un chrétien doit éviter, s'il veut éviter les malédictions du Fils de Dieu : car vouloir accorder la profession du christianisme, ou, ce qui est encore plus injuste, la dévotion même, avec la fréquentation de ces compagnies et des personnes de ce caractère, c'est se faire de nouvelles maximes et un nouvel Evangile. (Dictionnaire moral) ,
Les gens de piété même traitent souvent des affaires de Dieu d'une manière tout humaine. On les commence assez par le mouvement du Saint-Esprit; mais on les continue et on les finit par les mouvements de la nature; on s'y recherche, et on veut être écouté; on veut être applaudi, on veut que ses sentiments prévalent ; et il n'y a rien de plus ordinaire que de voir des entretiens de piété devenir des contestations, ou dégénérer en conversations inutiles, vaines et curieuses. C'est ce qui a fait que le prophète s'est observé de si près, et qu'il s'est quelquefois abstenu de parler des choses saintes : Obmutui, cl silui à bonis. (L'Abb é de la Trappe, Devoirs de la vie monastique).
[Danger des mauvaises compagnies]. — Les personnes d'une complexion faible ne s'exposent pas à tous les climats; ceux dont le poumon est altéré appré-
3liO COMPAGNIES.
hendcnt de respirer un air trop subtil: et nous, qui portons la grâce dans un vase fragile, qui connaissons notre faiblesse par une suite d'expériences, qui ne sommes jamais sortis d'une compagnie comme nous y sommes entrés, nous irons partout, entendrons tout, parlerons de tout, et croirons conserver notre innocence, pendant que les vertus les plus robustes sont énervées ? Erreur, abus tout visible ! Nous nous engageons avec imprudence : nous nous comporterons avec lâcheté; nous n'en sortirons enfin qu'avec confusion. (Actions chrétiennes, par le P. Simon de la Vierge).
[Fruit spirituel]. — Une conversation particulière est quelquefois plus touchante et plus profitable qu'une prédication fort animée. C'est là qu'une personne prend pour elle-même ce que vous lui dites, parce que vous ne parlez point à d'autres ; et c'est là que, n'étant point sur ses gardes, un discours auquel elle ne s'attendait pas est un coup de flèche imprévu qui lui pénètre le cœur; outre que la conversation, étant plus douce et plus complaisante, s'insinue plus agréablement dans l'esprit : car nous voulons être ménagés, et nous nous laissons gagner à la douceur.
Il faut que nous parlions aux hommes comme Dieu a coutume de nous parler à nous-mêmes: Si quis loquitur, quasi sermones Dei. (I Pétri, 4). — Or, quand Dieu nous parle au cœur, c'est en particulier, et de quelque chose qui nous touche personnellement; c'est à l'improviste, et toujours avec attrait, lors même qu'il nous fait des reproches et des menaces. Si la parole de Dieu, comme l'expérience le montre, est si puissante dans un bon livre, combien sera-t-elle plus animée dans la bouche d'un homme de bien ? S. Paul nous le fait entendre par la liaison de ces paroles : Sermo Dei vivus et efficax. Cette divine parole est comme sans âme sur le papier; mais la voix lui donne de la vie et de la force.
Fuyez particulièrement les entretiens qui blessent la charité, que Jésus- Christ nous a tant recommandée, et ceux qui peuvent lui donner la moindre atteinte. La contradiction douce et modérée sert quelquefois à entretenir la conversation, qui sans cela viendrait à languir; mais, quand on se pique de l'emporter, et qu'au défaut de la raison, le cœur s'aigrit et la voix s'élève jusqu'à dire quelque chose de désobligeant, c'est ce qui est indigne d'un homme sage, et ce que le Saint-Esprit a traité de folie : Labia stulti miscent se rixis, et os ejus jurgiaprovocat (Prov. xviii, 6). Imitez donc les Apôtres, qui parlaient selon que le Saint-Esprit les faisait parler, et, ne vous contentant pas d'éviter les mauvais discours, ayez soin d'en introduire de bons.
Les saints et les personnes vertueuses ne doivent pas toujours s'éloigner du reste des hommes : car ils sont le sel de la terre pour empêcher la corruption, et la lumière du monde pour en dissiper les ténèbres. Il y a dans la conversation bien des discours inutiles; mais aussi il y a dans la retraite un silence dont on doit rendre compte à Dieu, comme des paroles, parce que la conversation est l'un des plus puissants moyens d'attirer le
prochain au service de Dieu et de l'animer à la pratique de la vertu. Il faut donc, entre ces deux extrémités, prendre un certain tempérament, où Dieu soit glorifié ; il faut monter sur la montagne pour converser avec lui, mais il en faut descendre pour traiter avec les hommes; il faut enfin imiter Moïse, qui levait le voile de dessus son visage quand il traitait avec Dieu, et qui l'abaissait quand il traitait avec les Israélites, par condescendance à leur faiblesse, parce qu'ils ne pouvaient soutenir l'éclat qui sortait de sa face et de ses yeux. (Le P. Dozenne, Morale de J.-C). j [Conversation avec les femmes]. — Les jeunes gens se sont mis aujourd'hui sur un certain pied de libertinage, qu'ils n'ont presque plus d'honnêteté pour le sexe, et ne gardent presque plus de mesure. Ils n'ont plus cet air de civilité, d'honnêteté et de respect avec lequel on traitait autrefois les femmes ; ils en usent au moins pour la plupart d'une manière tout opposée. Car ils n'épargnent point la pudeur du sexe; ils les traitent cavalièrement; ils se piquent d'être libres avec les filles ; on les voit, insolents en actions et en paroles, dire et faire des choses dont ils devraient rougir eux-mêmes, s'ils avaient un peu de christianisme. De sorte que la sagesse d'une fille chrétienne et vertueuse est de fuir avec soin ces personnes d'un caractère si malhonnête, et la prudence d'une mère chrétienne est d'éloigner tous ceux qui deviennent suspects par des conversations et des visites trop fré- I quentes.
On peut converser avec les femmes qui ont une piété solide , une conversation douce et agréable; qui sont des académies célèbres de vertu, comme S. Jérôme parle de S. Paul, et S. Pierre dit que la bonne et louable conversation des dames était nécessaire pour le progrès de l'Évangile : mais il faut y apporter de la modération.
Je ne dirai point que ces manières trop libres et trop enjouées soient entièrement opposées à la modestie chrétienne, que l'Apôtre recommande aux personnes du sexe; mais je dirai que l'entêtement où elles sont, pour la plupart, de se persuader qu'elles ne seraient jamais recherchées en mariage, si elles n'allaient, pour ainsi dire, rechercher ceux qui les doivent prévenir, que cette mauvaise opinion trahit bien souvent leur fortune, parce que, pour n'être pas assez rares, on les estime trop communes; et, quelque retenue qu'on ait à porter un jugement sur leur manière d'agir, le peu de scrupule qu'elles se donnent de prendre toutes sortes de libertés les fait passer, dans l'esprit des personnes de bon sens, pour des personnes licencieuses et pour des libertines. En effet, l'expérience fait voir que ces iilles riantes et coquettes, qui prennent le grand air, qui sortent souvent, qui aiment le grand jour, qui cherchent les compagnies, les régals, les tète-à-tête, les cadeaux, qui souffrent qu'on leur en conte, sont ordinairement plus poursuivies qu'elles ne sont recherchées, qu'on les flatte plus qu'on ne les estime. On les loue en public, et on les blâme en secret; on s'en moque, on s'en divertit, et elles deviennent la fable du public et le jouet de tout le monde. Car, quand même elles seraient sages, le monde
est fait de telle manière, qu'il n'estime que ce qu'il voit rarement; et, dès le moment qu'une personne fréquente souvent, on se familiarise, et ou passe, comme on dit, de la familiarité au mépris. (Fénelon, De l'éducation des filles).
[Prudence]. — Il faut apporter bien des soins pour nous tenir en garde, dans les conversations, contre ceux qui nous poussent, qui nous aigrissent, et qui disent des choses capables d'allumer le feu de notre colère. Ouand on se trouve donc embarqué avec des gens bizarres, qui ne gardent point de mesure, et qui nous disent en face des choses très-choquantes et dures à digérer, il faut se retrancher dans le silence, et le meilleur parti, c'est de ne point répondre à des gens si déraisonnables. Ceux qui nous outragent, qui nous traitent brutalement, souhaitent qu'on leur réponde avec dépit; le silence qu'on, affecte alors les désespère, et ils ne peuvent empêcher que leur chagrin ne paraisse; ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous aigrir et nous faire parler : mais la meilleure méthode pour les déconcerter, c'est de ne rien dire et de les abandonner à leur emportement. Cette fierté les désarme, et leur fait connaître qu'on les néglige ou qu'on les méprise : mais, si vous vous engagez à répondre, ils croient que vous êtes défait.
Ceux qui veulent élever leurs enfants en pères vraiment chrétiens doivent avoir grand soin d'éloigner tous les obstacles à la vertu. Or, ils ne peuvent ignorer que la fréquentation des compagnies libertines est le plus grand et le plus pernicieux de ces obstacles; ils doivent donc les en séparer absolument, et les en retirer avec toute l'autorité que Dieu et la nature leur ont donnée sur leurs personnes^et sur leur conduite, et user du même pouvoir sur ces enfants, que si, par une imprudence ou par caprice, ils voulaient se mêler parmi des pestiférés, ou s'exposer à une grêle de flèches, puisqu'il est constant que les mauvaises compagnies ne sont pas moins dangereuses et contagieuses qu'un hôpital de pestiférés aux personnes saines. Il s'en trouve cependant d'assez barbares pour les abandonner à ces dangereuses et pernicieuses compagnies, sous espérance de les en retirer, ou par un mariage, ou par une charge, ou par quelque emploi qui leur donnera assez d'occupation : sans faire réflexion qu'ils les laissent frapper plus dangereusement de la contagion des vices, et recevoir des plaies plus profondes, qui deviennent incurables dans la suite. (S. Ambroise, Offices. V).
[Éviter les mauvaises compagnies]. — Pour ce qui regarde le choix des compagnies que nous devons fréquenter, S. Paul nous défend de prendre même notre repas avec les méchants, si ce n'est pour leur faire du bien, de peur d'imiter ou d'approuver leur conduite : mais, si le zèle de leur salut nous oblige de traiter avec eux, la charité nous enseignera le temps et la manière de le faire sans préjudice pour nous et sans scandale pour
le prochain. À l'égard de la familiarité qui rend les conversations plus fréquentes, il n'en faut avoir, autant qu'on peut, qu'avec ceux qui ont pour la vertu les mêmes inclinations que nous : s'il ne s'en trouve point, il sera bon de se rendre honnête, doux, affable à tout le monde, et de n'être familier avec personne. C'est une grande vertu de savoir souffrir et se taire, sans laquelle on ne peut posséder la paix intérieure, qui est surtout nécessaire lorsqu'on est obligé de conférer avec des personnes dont les mœurs, la condition et les manières sont différentes des nôtres. Voir et dissimuler sans cesse des choses qui déplaisent, et qu'on désapprouve avec raison, est une des plus fâcheuses choses de la vie, particulièrement pour les gens de bien, lorsque Dieu les attire à lui, et qu'il les élève par la communication de son esprit, au-dessus des sentiments humains et des vues grossières de la chair et du sang. {Souffrances de Notre- Seigneur).
[Vanité dans la conversation]. — Si l'on faisait une sérieuse attention à tout ce qui se dit de froid, de vain et de puéril dans les entretiens ordinaires, on aurait honte de parler ou d'écouter, et on se condamnerait peut-être à un silence perpétuel, qui serait une chose pire dans le commerce que les discours inutiles. Il faut donc s'accommoder à tous les esprits, permettre quelquefois le récit des fausses nouvelles, les vagues réflexions sur le gouvernement présent, et le débit des beaux sentiments qui reviennent toujours les mêmes, en étudiant le temps et l'occasion de faire entrer quelque discours plus utile, ou de ramener les entretiens les plus différents à quelque conclusion instructive et salutaire, qui e&t proprement l'art de converser chrétiennement. (La Bruyère, Caractères).
j [Conversations dangereuses]. — Si un ministre de la parole de Dieu crie contre ce désordre ou s'élève contre ces conversations dangereuses, on le prend pour un homme qui vient d'un autre monde, qui s'effarouche de son ombre, et on traite ces familiarités et ces privautés de bagatelles. Que je dise à cette dame qu'elle s'expose au péril. « Moi! me dira-t-elle, j'en suis bien éloignée; on m'arracherait plutôt la vie qu'un consentement qui me déshonore : c'est mon parent, c'est mon ami, pour lequel je n'ai que des sentiments d'honneur. » Vous le dites, vous le pensez, et peutêtre vous est-il impossible de n'avoir pas ces sentiments : car enfin, on ne passe pas aisément d'une extrémité à l'autre. Il y a en nous un certain naturel de pudeur, qui ne se perd que par un certain enchaînement de péchés: ce n'est d'abord qu'honnêteté, que civilité, complaisance, amitié, bienséance. Mais quand David, aussi saint que vous, allait se promener sur La terrasse de son palais, avait-il dessein de tomber dans l'impureté? Et cependant cette légère occasion, fournie par hasard, fut suivie d'un adultère; et si je vous disais tout ce que les historiens nous apprennent des suites de ces conversations familières, vous frémiriez d'horreur, pécheurs, dans l'Écriture, sont comparés ;t deux sortes t. ii. 23
crcs. Les uns sont appelés des sépulcres blanchis : Sepulchra dcalbala: ce sont les hypocrites, qui ont de belles paroles et de mauvaises affections. Mais les autres sont comparés à des sépulcres ouverts : S epulchrum païens est guttur corum. Ce sont ceux qui ne profèrent que de mauvaises paroles, dont la bouche est plus sale et plus corrompue que des sépulcres ouverts. Du moins, dit Origône, il reste aux premiers quelque espèce de pudeur; ils sont impurs, mais ils cachent tellement leur corruption, que l'infection qu'ils contiennent ne passe point à d'autres: ce sont des sépulcres fermés; on ne sent point l'odeur des cadavres qu'ils renferment. Mais les seconds' veulent communiquer leur corruption à ceux qui les approchent; ils versent le poisson à pleine bouche dans leur conversation, et se familiarisent tellement avec les paroles impures, qu'ils les débitent, sans honte, à tous ceux qui les veulent écouter.
Quoique ces obscénités, ces paroles et ces impudiques entretiens soient moins criminels que les actions, ils sont néanmoins de grands péchés. J'appelle obscénités ces galanteries, ces mots nouvellement inventés pour exprimer les démarches d'un impudique, ces portraits des mondains et des efféminés du siècle, ces poésies tendres, ces mots à double entente : tous ouvrages que la cupidité écoute avec plaisir, que la cupidité fait apprendre, et qu'une bouche impure récite avec passion et exprime avec vivacité dans les conversations : ouvrages, dis-je, trop funestes, qui portent la mort dans les âmes et les rendent impures, aussi bien que celles qui les conçoivent. La langue est comme le canal dont l'esprit se sert pour corrompre le cœur des hommes. Les paroles qu'un impudique a une fois proférées allument ensuite peu à peu une flamme dans le cœur de ceux qui les ont écoutées, et qu'on ne peut éteindre qu'avec un torrent de larmes. Pernicieux commerces de la langue avec le cœur et l'esprit, qui ne sont , ce semble , d'intelligence que pour nous faire périr avec plus de facilité ! malheureuse intelligence , dont nous ne ressentons que trop les funestes effets ! (Anonyme).
Fuyez le commerce de ces hommes dévoués au mal, qui n'ont que leurs passions pour guides : les discours qu ils tiennent, les exemples qu'ils donnent, les actions qu'ils font , mineront bientôt la délicatesse de votre conscience. Si vous vous laissez gagner par leurs caresses empoisonnées, et si vous n'avez pas la force de rompre une société aussi funeste , vous aurez bientôt la complaisance de faire tout ce qu'ils font: c'est mettre votre vertu à une épreuve trop dangereuse. Pour peu que vous les pratiquiez, votre expérience vous apprendra bientôt de quoi ils sont capables. Les fourberies, les violences, les perfidies, les trahisons, les plus grands crime», ne leur coûtent rien, et ils vous engageront malgré vous à être complices de leurs désordres : ils ne garderont point de mesure dans leurs emportements, sans avoir nul égard pour les bienséances, sans se soucier de leur réputation, sans chercher même des prétextes pour sauver les apparences, et pour pallier les injustices.
Quelle vertu ne faut-il pas avoir pour ne pas suivre des exemples qu'on a toujours devant les yeux ! Le penchant de la nature corrompue nous porte à imiter plutôt le mal que le bien: quand ce penchant est fortifié par les mauvais discours et par les mauvais exemples de ceux que nous fréquentons, on se sent comme entraîné, sans qu'on puisse résister à ce torrent. Voilà la source de tant de malheurs où se plonge une jeunesse inconsidérée, qui ne s'aperçoit de son désordre que quand il n'y a plus de ressource, parce que la voie des méchants est pleine de ténèbres; ils vont d'abîme en abîme et de précipice en précipice, sans connaître leur égarement; au lieu que les gens de bien marchent dans une voie lumineuse, où ils n'ont pointa craindre de s'égarer. (Bellegarde).
\) [Conversations enjouées, et trop libres]. — Il est d'une extrême importance d'éviter ces sortes de conversations où le cœur s'épanche par excès, l'intérieur se dissipe, la concupiscence s'allume. Bien qu'alors on ne s'aperçoive d'aucun danger, néanmoins on n'ira pas loin sans ressentir de trèsmauvais effets : car, à la première occasion, la nature, qui est déjà comme préparée au mal par cette conversation libre et enjouée, succombera bien plus aisément. Ainsi, l'on tombe peu à peu dans un abîme de maux, dont on a bien de la peine à sortir, rien n'étant plus rare et plus difficile que de revenir de ces sortes d'égarements, et de rompre des habitudes dans lesquelles on a malheureusement vieilli durant le cours de plusieurs années. Il importe donc infiniment de fuir les commencements d'un mal qui a de si fâcheuses suites. (Fléchier. Panégyrique deSle Madeleine).
f Avis aux jeunes gens]. — Qui me donnera des paroles assez puissantes pour faire comprendre combien les mauvaises compagnies sont un grand obstacle au salut, et pour mettre clairement devant les yeux la multitude de jeunes gens qui se perdent tous les jours par la fréquentation des méchants? C'est là le piège où le démon attend ordinairement la jeunesse ; et, quand il ne peut les perdre par le défaut d'instruction, par l'indulgence des parents ou par l'indocilité de leur esprit, par l'inconstance ou par la honte de faire le bien, il les pervertit par la fréquentation des personnes vicieuses. Leurs discours et leurs exemples lui servent d'instrument pour corrompre les plus saints, et pour renverser l'état d'une bonne conscience ; et souvent, par l'un de ces moyens, il a jeté dans d'étrauges désordres des âmes qui avaient presque ignoré le péché, et qui avaient conservé la vertu parmi les plus dangereuses tentations. 0 Dieu ! est-il possible que cet ennemi des hommes ne trouve point d'instrument plus puissant pour perdre les hommes que les hommes mêmes, et qu'il faille que les hommes lui servent de ministres pour lui faire exercer contre leurs propres frères la rage qu'il a conçue contre eux! Je ne sais lequel des deux je dois déplorer davantage, ou ceux qui contribuent par leurs discours et par leur exemple à La perte des autres, ou ceux qui se
laissent pervertir par eux, faute de les fuir et d'éviter leur conversation plus que celle des pestiférés.
Les personnes dont la conversation est si pernicieuse à l'innocence des autres ne sont-elles pas bien misérables, de perdre ceux pour qui Jésus- Curist est mort, et, comme si ce n'était pas assez qu'ils se damnent euxmêmes, d'être encore la cause de la damnation de leurs propres frères, d'être les auteurs de leur dépravation et des péchés qu'ils commettent, d'être les instruments de la malice du démon, et de faire par eux-mêmes le propre office de cet ennemi de Dieu, qui est de pousser les hommes au péché et de les précipiter dans les enfers. Malheureux Caïn I vous répondrez de l'âme de vos frères ; la voix de leur sang que vous avez répandu, c'est-à-dire de leur salut que vous avez perdu, crie à Dieu vengeance contre vous; il le recherchera de votre main; vous lui en rendrez compte, âme pour âme: Sanguinem ejus de manu tua requiram.
D'un autre côté, n'est-ce pas un aveuglement déplorable que celui de ceux qui se laissent pervertir par la conversaton des méchants ? Car ce n'est pas faute d'avoir été souvent avertis qu'il n'y a rien de plus dangereux que les mauvaises compagnies, que c'est l'écueil de la vertu. Tant de personnes font des naufrages irréparables, et souvent même après en avoir fait l'expérience par elles-mêmes! Après cela, ne pas se garder de ce précipice, aller librement et sans crainte dans ces compagnies qu'ils devraient fuir comme la mort, ô Dieu ! quel aveuglement I 0 amitié, s'écrie S. Augustin, trop ennemie du bien des âmes ! ô aveuglement d'esprit qui fait faire le mal par la seule imitation, et pour complaire aux autres ! (Gobinet, Instruction de la jeunesse).
[Des conversations pieuses]. — Ceux qui aiment le Fils de Dieu reçoivent ordinairement trois dons signalés du Ciel : le premier est de parler à Dieu, le second d'écouter Dieu, et le troisième de parler de Dieu. Si vous ne vous plaisez pas à parler du Sauveur, c'est un signe manifeste que vous avez peu d'amour pour lui : car la bouche parle de l'abondance du cœur; les hommes parlent volontiers de ce qu'ils aiment, et réciproquement ils prennent plaisir qu'on leur parle de ce qu'ils ont continuellement dans la pensée. S. Augustin, racontant le discours qu'il eut avec sa mère touchant la félicité des saints , dit que cette conférence le combla d'une si grande joie, que tout ce qu'il y a de charmant et d'agréable dans le monde ne lui semblait digne que de mépris. C'est une promesse qu'a faite le Fils de Dieu, qu'en quelque lieu que deux ou trois personnes assemblées en son nom se rencontrent , il se trouvera au milieu d'elles. C'est ce qui arriva effectivement à deux de ses disciples qui allaient à Emmaùs : comme ils s'entretenaient, sur le chemin, de la passion du Sauveur et de sa résurrection, il se joignit à eux, et remplit leur cœur d'une si douce consolation, qu'ils s'entredisaient au retour : Nonne cor nos! non ardens eral in nobis, dùm laquer dur in via ?
Le Fils de Dieu étant venu sur la terre pour traiter avec nous des choses divines et pour décrier les maximes du monde, il lui eût été messéant de parler d'autre chose : son origine était du ciel , ses paroles devaient donc être toutes célestes ; son office était de sauver les âmes, de les retirer du chemin de perdition, et de leur apprendre celui du ciel; ses discours devaient donc être proportionnes à son emploi. Il est la parole du Père éternel et l'image de ses perfections : de quoi nous devait-il donc parler, que des grandeurs de son Père et de l'honneur que nous lui devons ? Je suis entré au monde, Dieu m'a mis dans son Eglise pour rendre témoignage à la vérité : je ne dois donc point m'éloigner de ma fin, ni m'occuper ni m'entretenir des vanités du monde. Il est messéant à un chrétien, qui est né du Saint-Esprit, de se plaire à des entretiens inutiles : il n'est point un homme du monde, il ne doit donc point parler le langage du monde. Il est encore plus messéant à un religieux, qui est tout dévoué et consacré au service de Dieu, de le faire; tout doit être divin en sa personne; tout y doit respirer la sainteté, jusqu'à la moindre parole.
Si votre état vous ohlige à converser parmi les hommes, entrez, à la bonne heure, dans le commerce du monde ; mais ne vous mêlez pas avec les gens du monde, ne prenez pas leur esprit, ne suivez pas leurs manières de vie. Non uliqaè transira, in JZgyplum criminosum est, sed transire in mores jEgypliorv/m, dit S. Àmbroise. Ce n'est pas un crime de passer en Egypte, mais c'est un crime de passer dans les mœurs des Égyptiens. Moïse alla en Egypte, et ne s'y perdit pas, parce qu'il ne se mêla point parmi les Egyptiens , et ne se laissa point corrompre par leurs exemples et par leurs discours. (Le P. Nouet, Méditations).
[Des visites]. — Il y a trois sortes de visites ordinaires parmi les gens du monde. Les unes sont nécessaires , pour des affaires de conséquence, les autres de bienséance, telles que celles des amis et des proches ; et les autres celles que l'on fait pour passer le temps. Je n'ai rien à dire des premières, qui sont souvent indispensables, ou bien auxquelles la charité nous engage. Celles qui sont de bienséance doivent être rares, courte. , utiles et modestes. Pour ce qui est des troisièmes , il faut absolument les retrancher , et ne pas être du nombre de ces personnes qui passent une grande partie de leur vie à recevoir et à rendre des visites, comptant pour rien la perte du temps, qui ne leur a été donné que pour travailler à leur ^alut. Que gagnerez-vous à visiter ? on ne voit presque dans les compagnies que de mauvais exemples , on n'y entend que de mauvais discours, a-t-il point, dans ces visites et dans ces conversations, de danger pour l'innocence? L'exemple est puissant, la nature est fragile. Comment ;-vous au torrent de la coutume et de l'exemple? Avez-vous olution pour empêcher les médisances, pour arrêter les mauyaia discours, et pour en substituer de bons? qui pourra voua souffrir dan ipagnies, si tous ne pouvez rien souffrir? et en conscience
pouvez- vous souffrir que Dieu soit offensé en votre présence? (Anonyme).
[Jeunes filles]. — Ce soin doit être d'autant plus grand, que tout parle dans une conversation, la contenance, le geste, les regards, les habits ; et tout y est à craindre. Un jeune homme lie une conversation avec une personne d'un autre sexe : il en loue la beauté ou l'esprit ; il lui dit des paroles équivoques, mais qui , tout équivoques qu'elles sont , signifient beaucoup de choses ; il sonde de quel côté elle penche ; il chante auprès d'elle ; il lui applique les mots de ses chansons, et lui fait connaître par mille signes ce qu'il n'oserait lui dire à découvert : Loquitur nutibus, et quocl metuit dicerc significal affectibus. Cette fille, quelque sage et modeste qu'elle soit d'abord , commence à s'apercevoir qu'elle a quelque avantage au-dessus des autres, et en recevant, quoique froidement, les compliments qu'on lui fait , elle s'en sert comme d'autant de preuves pour se persuader qu'elle est belle. De-là vient ce soin de s'ajuster, pour plaire davantage et se faire remarquer dans les compagnies ; de-là cette affectation d'avoir beaucoup d'ornements ; ce soin de se parer, de se poudrer, etc.
Apprenez de-là, pères et mères, que vous répondrez un jour, au jugement de Dieu, de ces libertés que vous donnez à vos enfants de voir toutes sortes de compagnies. Vous dites que vous ne laissez aller cette fille qu'avec ses parents ; mais prenez-vous garde si ces parents n'ont point l'esprit du monde , et si ils n'entretiennent pas de dangereuses habitudes ? Ste Thérèse dit que peu s'en fallut qu'elle ne se perdît en la compagnie de sa cousine-germaine. Sa mère lui pouvait honnêtement refuser l'entrée de sa maison ; mais, parce que cette cousine aimait la galanterie, elle avoue que, sans une grâce particulière du Ciel, elle se serait pervertie avec elle. (Le P. de la Colombière.)
[Examen personnel]. — Dites moi, s'il vous plaît: dans ces grandes compagnies, dans ces longues conversations que vous avez avec certaines gens, avec des hommes et des femmes qui ne songent qu'à se divertir et à passer le temps agréablement, avez-vous quelquefois passé un jour tout entier sans faire quelque détraction, ou du moins sans en entendre, sans vous divertir aux dépens de votre prochain, ou sans prendre plaisir aux railleries qu'on en a faites? Je ne parle point des mauvais désirs que vous avez inspirés aux autres, et dont les soins que vous prenez de plaire, de vous habiller à votre avantage, ne vous rendent que trop coupable; mais oseriez-vous dire que vous avez toujours rapporté des assemblées un cœur aussi chaste, aussi libre, une imagination aussi pure, que vous les aviez portés? 0 Dieu! peut-on douter qu'il est difficile de vivre innocemment dans ces compagnies où l'on voit que toutes les difficultés qui peuvent s'opposer à l'innocence sont visiblement rassemblées. (Le même).
[Assemblées mondaines]. — Les assemblées des gens du monde sont le grand
théâtre du luxe et de tout ce qu'on appelle mondanité, Chacun y joue chaque jour son rôle, et il y en a peu de ceux qui y assistent, qui n'y soient joués Tel croit y être l'admiration du cercle, qui lui fait pitié. La dissimulation y prend le nom de bienséance; à la faveur de cette politesse étudiée dont chacun se pique, une assemblée devient une vraie comédie, d'où chocun sort très-satisfait de soi-même et toujours mécontent d'autrui. Là régnent un luxe poli, qui devient tous les jours plus contagieux; un raffinement de plaisirs qui est si fort du goût de tout le monde, une vie molle, autorisée par l'exemple, un air mondain qui impose; là régnent ces maximes do monde, si contraires à celles de Jésus-Christ; là toutes les passions s'insinuent doucement dans le cœur et le corrompent. Et certes, quelle vertu à l'épreuve de tant de pièges? Quelle innocence persévérera au milieu de tant de périls? t
Rien de plus fastueux, rien de plus brillant que ces sortes d'assemblées. L'envie que chacun a d'y primer fait qu'on n'oublie rien pour y plaire ; l'art s'épuise en ajustements, et le cœur en vains désirs: chacun y va pour se faire admirer. L'esprit du monde, qui préside à ces assemblées, y étale toutes ses maximes , comme autant de lois. Quelque dures et quelque gênantes qu'elles soient, il n'est pas permis d'y trouver à dire. Tout ce qui plaît à cette multitude de mondains qui composent le cercle, en matière de luxe, de spectacle, de divertissement, est reçu comme un oracle. On dirait que le monde est l'idole de l'assemblée, du moins il ne s'y trouve personne qui ne le serve en esclave.
On veut que, parmi tant d'objets, qui plaisent en effet, le cœur, conduit par les yeux, soit assez maître de lui-même pour ne s'y pas attacher! On veut que tout soit innocent dans ces conversations, où tout le discours roule d'ordinaire sur la galanterie, et où l'on ne se fait nul scrupule de mille façons de parler, toutes propres à infecter l'esprit ! Tout y est plein d'écueils; l'air même y est contagieux; le poison entre par les oreilles et par les yeux: et qui l'empêchera de pénétrer jusqu'au cœur? Tout y éblouit, tout y tente, tout y séduit. Nul préservatif contre un mal si présent ; nul secours, nul remède. On veut que tout soit innocent dans ces assemblées mondaines, et l'on demande froidement quel mal il y a dans ces rendez-vous du beau monde. Ceux qui le demandent ne le savent que trop. Fussiez-vous né pour la vertu, eussiez-vous eu l'éducation la plus chrenne, il n'y a point de si heureux naturel, point de si bons principes, que Le monde, dans ces assemblées, n'altère bientôt. Il dissipe une âme, il la flatte, il l'éloigné de Dieu, il la corrompt, et, si elle rentre quelquefois en elle-même, c'est pour se voir livrée à de rudes repentirs. Un esprit perii par Le ements du cœur, des mœurs corrompues par la fré-
libertins, un reste d'éducation de christianisme presque etter à bien des gens ces jours heureux et innocents, ou lit de ces contj ablées, et où une ' Loa
mettait à couverl de tant de périls.
Si c'est un mal que ces assemblées, que penser de ceux choz qui elles se font? Que n'aura-t-on pas à leur reprocher, et quel compte n'auront pas à rendre ces personnes si obligeantes qui veulent bien se perdre pour procurer aux autres des plaisirs ; qui font de leurs maisons des rendezvous publics do tout ce qu'on appelle beau monde ; chez qui à peine oset-on se dire chrétien, et d'où toute vertu semble proscrite ? Quels pièges ces personnes ne tendent-elles pas à l'innocence, en assemblant chez elles tout ce qui fait naître et nourrit les passions ; et qui, faisant de leurs maisons une académie déplaisirs, en font en même temps le théâtre de la plus licencieuse mondanité et l'école du luxe ? Ce n'est pas seulement du mal qui s'y fait que ces personnes doivent répondre au souverain Juge : à quels autres désordres leurs assemblées ne donnent-elles pas occasion ? Mais, si ces assemblées mondaines ne sont pas pleines de tant d'écueils, elles n'en sont pas moins contagieuses. La seule oisiveté qui y règne ne les rend elles pas illicites? A la vérité, l'innocence n'y est pas toujours attaquée à force ouverte; mais on y est vaincu par la mollesse avant même que de combattre, et l'on peut dire que l'esprit de piété s'y éteint même par la seule inaction. On s'y rend tous les jours pour passer le temps, parce que, dit-on, on ne sait que faire ailleurs : comme si un chrétien, qui a tant de devoirs à remplir, pouvait trouver quelque jour, quelques heures, où il n'ait rien à faire.
Que fait-on dans les conversations qui passent pour les plus innocentes des honnêtes gens ? on s'entretient de nouvelles, de ce qui se passe dans une ville, des bruits qui courent, et en un mot de bagatelles. Tantôt c'est une partie de jeu, et tantôt une historiette, qui fait le fond de ces vives et spirituelles conversations. Voilà de quoi s'entretiennent, dans ces assemblées du beau monde, ces gens qui se piquent de bel esprit et de bon goût ; ces grands génies qui se flattent d'être seuls les dépositaires du bon sens; ces gens enlin qui traitent de petits esprits les personnes pieuses, et qui regardent en pitié tous ceux qui, plus chrétiens, sont moins oisifs qu'eux. D'ailleurs, c'est la médisance qui soutient la conversation et qui désennuie la compagnie : sans cette pointe, tout languit, et c'est d'ordinaire aux dépens de ceux qui font partie de ces sociétés que les autres s'entretiennent. Le mal et le bien y sont également un sujet de raillerie : tout dépend de savoir donner aux meilleures choses un tour malin, et ce n'est guère que dans cette malignité d'expressions et de pensées que consiste ce bel esprit qui brille dans les conversations.
La religion ne condamne pas toutes sortes d'assemblées et de visites. Il yen a de chrétiennes: il y en a donc qui sont permises; mais elles ne sont jamais telles, dès qu'il y a du danger. Il faut que la charité, ou du moins le devoir d'une obéissance chrétienne, en soit le motif. Les affaires domestiques, et encore moins celles du salut, ne doivent jamais souffrir du temps qu'on y met. Toute assiduité marque quelque attachement dangereux, ou uue oisiveté criminelle. Chacun y doit être exemplaire, et se comporter de
telle sorte dans ces visites et dans ces assemblées, qu'on ne se repente jamais d'y avoir été.
Si le monde est une grande mer pleine d'orages, les assemblées mondaines en sont les plus dangereux écueils. On ne s'en délie pas, parce que tout y rit, tout y paraît tranquille ; mais il y a des tempêtes sans éclat. On ne périt pas seulement par un coup de vent; les naufrages qui arrivent dans un grand calme sont plus tristes; et on périt toujours sans ressource, quand on périt sans avoir prévu le danger. Que de personnes en pourraient rendre un témoignage d'autant plus recevable qu'il serait moins suspect, et combien de gens doivent à ces assemblées de plaisirs leur dernier malheur ! La douceur du poison fait qu'on l'avale avec complaisance. Tout y est en danger, mais tout y charme : et c'est ce qui fait qu'on se fâche contre ceux-mêmes qui font apercevoir le danger. (Croiset, Réflexions chrétiennes) .
[Mélange ici-bas des bons et des mauvais]. — Vous laissez en ce monde, Seigneur, vos serviteurs mêlés avec vos ennemis, et vous voulez qu'ils vivent et qu'ils soient ensemble, comme s'ils n'avaient pas des pensées et des sentiments différents et tout contraires. Vous en différez la séparation jusqu'au temps de la moisson : Sinite utraque crescere usquè ad messem : c'està-dire jusqu'à ce jour auquel vous devez faire cette grande division, si certaine et si attendue, lorsque vous viendrez dans les nuées, tout brillant de l'éclat de votre majesté divine, pour rendre aux hommes, par un jugement universel, ce qu'ils auront mérité de votre justice ou de votre miséricorde : condamnant à des peines éternelles ceux qui se seront attiré votre colère par le mépris de vos saintes lois, et récompensant la fidélité de ceux qui auront préféré à toutes choses le bonheur et la gloire de vous servir : Colligite primùm zizania, et alligale ea in fasciculos.
[Il n'est pas permis de fréquenter les impics]. — Hors des termes de la nécessité et de la justice, quand les choses sont dans la liberté de notre choix, chercher les impies et entretenir avec eux des habitudes volontaires, des amitiés mondaines et profanes, des familiarités dont le prétexte est le seul plaisir, et que nulle raison ne justifie, je dis que c'est aller directement contre les ordres de Dieu, et je le dis après le grand Apôtre. Car voilà comment il le déclarait aux chrétiens de Thessalonique : Denunliamus riihis ut subtrahalis vos ab omni fratre ambulante inordinalè (II Thess. 3). Nous vous ordonnons, leur disait-il, au nom du Seigneur, de vous retirer de tous ceux d'entre vos frères qui tiennent une conduite déréglée, et de garder ce précepte comme l'un des plus importants et des plus essentiels de la loi do Dieu. Dc-là vient que David s'en faisait un point de conscience et de religion : Non sedi cum concilie) vanilatis, et eu m iniqua gerenti* bus non inlroibo; odivi ecclesiam malignantium /Ma maxime a toujoui de n'avoir point d'union aveclcs partisans du vice, et de ncincpoiM W
avec ceux qui font gloire de commettre l'iniquité; d'aimer leurs personnes, parce que la charité le commande, mais de haïr leurs assemblées, de fuir leurs intrigues, d'abhorrer leurs conversations, parce qu'une charité plus haute, qui est celle que je dois à Dieu et que je me dois à moi - même, m'empêche d'y avoir part.
N'avez-vous jamais pris garde, chrétiens, à une chose assez particulière, que nous marque S. Jean en parlant de la dernière cène que Jésus- Christ fit avec ses Apôtres la veille de sa mort? Au même temps que Judas sortit pour aller exécuter son dessein détestable, le Sauveur du monde entra dans une espèce d'extase et s'écria : Nunc clarificatus est Filius Hominis I c'est maintenant que le Fils de l'Homme est glorifié! D'où lui venait cette gloire? demande S. Augustin. Ce n'était pas de la vision bienheureuse de Dieu, car il la posséda dès l'instant même de sa conception; ce n'était pas de la résurrection de son corps, car il n'était pas encore ressuscité; mais elle lui vint de la sortie de ce traître, qui avait été jusque-là présent avec les autres disciples, et c'est la raison qu'en rapporte le texte sacré : Cùm ergô exîsset, dixit Jésus : Nunc clarificatus est Filius Hominis. Tandis que Judas était dans sa compagnie, c'était en quelque sorte comme une tache pour lui; mais, quand il s'en vit séparé, quoique cette séparation dût être bientôt suivie de tous les opprobres de la croix, il ne laissa pas de s'en faire une gloire : Nunc clarificatus est Filius Hominis. Or, si la gloire du Fils de Dieu ne pouvait être complète, tandis qu'il souffrait un réprouvé auprès de lui, jugez, chrétiens, si vous pouvez être saints et justes devant Dieu, lorsque vous vivez avec les pécheurs, et que vous vous tenez volontairement au milieu d'eux.
Quand Dieu commande à Josué de faire mourir Acham, qui était un homme scandaleux au milieu de son peuple, il ne s'en explique point à lui autrement que par ces paroles : Surge, sanctifica populum : Je veux que demain tu sanctifies mon peuple. — Et que ferai-je pour cela, Seigneur? réplique Josué. — Tu extermineras Acham, qui est un sacrilège; tandis qu'il demeurera parmi les tribus, je n'y puis demeurer moi-même; mais retranche cette âme criminelle, et alors tout le peuple sera sanctifié. Vous diriez, chrétiens, que la séparation des méchants est comme un sacrement d'expiation pour les bons. En effet, il ne faudrait rien davantage pour sanctifier les familles, des communautés, des ordres tout entiers : ôtez d'une maison un domestique vicieux qui l'infecte, vous en ferez une maison de piété; ôtez d'une communauté un esprit brouillon qui la divise, vous en ferez une assemblée de saints; ôtez de la cour d'un prince quelques athées qui y dominent, vous en ferez une cour chrétienne. Il y a tel . homme dans une ville qui a perdu plus d'âmes que jamais un démon n'en pervertira, et vous connaissez peut-être certaines femmes dont la société fait plus de libertins que les plus contagieuses leçons de ceux qui autrefois ont tenu école de libertinage. Otez donc un petit nombre de ces hommes et de ces femmes, et vous rétablirez presque partout le culte de Dieu.
Oui, mon cher auditeur, vous lier avec des libertins et des impies que vous connaissez pour impies et pour libertins, c'est mépriser Dieu. Et qu'appelez-vous en effet mépris de Dieu, si ce n'est pas de s'unir avec ses ennemis? et qui sont les ennemis de Dieu, si ce ne sont pas les pécheurs, surtout certains pécheurs déclarés? Que penserait-on d'un fils lié d'affection et de cœur avec les persécuteurs de son père, avec ceux qui attenteraient aux droits et à l'honneur de son père? N'en auriez-vous par horreur comme d'un monstre de nature? Or, voilà ce que vous faites en vivant avec les impies. Tant qu'ils sont dans le désordre de leur péché, il y a entre Dieu et eux une haine irréconciliable. Consultez les livres sacrés, et lisez^le reproche qu'eut à soutenir Josaphat, roi de Juda, prince du reste très-religieux. Il s'était allié avec l'impie Achab, roi d'Israël. Il n'avait pas manqué de raisons d'État pour s'engager à cette alliance, et tout son conseil y avait poussé : mais son conseil était en cela réprouvé de Dieu. « Prince, lui dit Jéhu avec toute la liberté d'un prophète, vous êtes prévaricateur; vous avez donné secours à un roi criminel, et vous avez reçu dans votre amitié ceux qui ont conjuré contre votre Dieu et le mien : vous méritez la mort : Impio prœbes auxilium, et his qui oderunt Dominum amiciiià jungeris ; idcirco iram merebaris (I Paralip. 19). Les bonnes œuvres de Josaphat, et sa bonne foi l'excusèrent; mais vous, chrétiens, que pouvez-vous alléguer pour excuse? (Bourdaloue, Dominicale). *
[Circonspection]. — C'est une très-bonne chose, sans doute, et même trèsnécessaire, d'éviter la compagnie des méchants, parce que, comme dit l'Écriture, celui qui manie de la poix ne manquera pas d'en être taché, et celui qui a communication avec l'orgueilleux contractera l'orgueil. Il ne faut avoir de commerce avec les pécheurs que par nécessité ou par charité. Si on peut les faire revenir de leur égarement, c'est une bonne œuvre de les voir, pour travailler à leur conversion. Mais, s'il n'y a rien à gagner avec eux, il ne faut point les voir; et même, si l'on sent qu'on a assez de faiblesse pour se laisser corrompre par eux, il faut se contenter de prier Dieu pour leur salut, et ne pas s'exposer au danger de se perdre soi-même en les fréquentant. Cet avis est de la dernière importance: et ceux dont Je fond est bon, mais qui ont l'esprit facile, ne peuvent choisir avec trop de soin les personnes qu'ils ont à fréquenter. (Le Tourneux, Année chrétienne) .
[Le* mauvaises compagnies]. — Il n'est point de tentation plus dangereuse que celle des mauvaises compagnies. Il se peut faire qu'avec le secours de la grâce on résistera la première fois qu'on s'y trouve : mais, comme le retour dépend de notre choix, il est moralement impossible que nous ne succombions à une tentation si attrayante. Quand des discours irréligieux, libertinsel qui sont encore soutenus parréxemple, ilestbien
difficile, qu'un cajur tout disposé, tout préparée la séduction ne soit pas se-
duit. Dans les mauvaisescompagnies, le relâchement, l'indévotion, l'impiété, et assez souvent même quelque chose de pire, entrent dans l'âme qui n'est pas sur ses gardes, et par les yeux et par les oreilles; et, fût-on saint à faire des miracles, on en revient toujours moins dévot. Combien de gens doivent leur damnation aux mauvaises compagnies? Quelle autre source de la plupart des malheurs des jeunes gens! que de mauvaises affaires! que d'accidents fâcheux, dont elles sont toujours, pour le moins, l'occasion! tout y est contagieux. Quelle horreur, quelle aversion un homme d'honneur, un homme de bon sens, ne devrait-il pas avoir d'une société, où il ne se trouve personne pour qui il ne doive avoir un souverain mépris! Quel mal ne font pas ces pestes lorsqu'elles se glissent jusque dans des communautés qui sont par elles-mêmes l'asile de la vertu! Gomme les imparfaits et les irréguliers sont toujours plus hardis, plus effrontrés et plus insolents ! Ils n'oublient rien pour gagner ces jeunes et innocentes âmes qui ne se défient point du piège qui leur est tendu. Ils emploient flatteries, louanges, services et présents, pour grossir leur pernicieuse société, et attirer ces âmes dans le précipice. Avec quelle hauteur y dogmatisentils? Quelles fades plaisanteries sur la régularité des fervents, sur le zèle même des supérieurs, sur les minuties des règles, taxant les uns de puérilité, les autres d'ignorance, d'observer avec tant de scrupule un si grand nombre de bagatelles, très-inutiles, disent-ils, au salut! Là régnent les murmures, les médisances, les détractions. Faut-il être surpris, si tant de jeunes personnes s'y trouvent perverties, presqu'avant qu'elles se soient aperçues des secrètes menées de ces âmes perdues? (Croiset, Exercices de piéie) .
[De la conversation et de ses périls] . — La conversation et les compagnies , qui sont l'avantage de l'homme dans la vie civile , ne font pas toujours le bonheur et la sainteté du chrétien dans l'ordre de la grâce. Souvent ce qui le porterait à la pratique de la vertu, s'il en conservait une juste idée, sert à l'en éloigner, par de fâcheuses peintures qu'il en reçoit ou qu'il en donne. Souvent ce qui lui ferait haïr le vice, si on le lui représentait dans sa difformité naturelle , ne contribue qu'à irriter davantage sa cupidité , par la cruelle complaisance et les honteux ménagements de ceux avec lesquels il converse. Quand je parle de la sorte , je ne veux pas dire qu'il faille fuir généralement toutes les compagnies , en sorte que la retraite et le silence soient les seuls asiles de l'innocence chrétienne ; mais je dis qu'il y a beaucoup à craindre dans les sociétés humaines, et qu'on ne saurait être trop circonspect, ni dans les paroles ni dans le choix qu'il faut faire de ceux que l'on veut fréquenter : je dis que comme , dans un temps de peste, il faut s'assujettir à un certain régime de vie et s'empêcher d'ailleurs de voir certains amis que l'on voudrait bien voir, il faut se réduire de même à de certaines règles, pour bien parler daus les compagnies, et s'éloigner surtout de ces personnes qui, avec un air
complaisant et flatteur, n'exhalent qu'une vapeur infecte qui corrompt tout ce dont elles approchent.
Donnez-vous de garde de votre prochain, nous dit Dieu par la bouche de Jérémie, et ne vous fiez pas indifféremment à toutes sortes de personnes : votre propre frère vous supplantera , et vous serez trompés par celui que vous croyez votre meilleur ami. Il ne nous dit pas : Ne faites aucune habitude dans le monde ; renoncez à la conversation de vos parents et de vos amis , cherchant dans la retraite un asile que vous ne pouvez trouver dans la corruption du siècle. Ce n'est pas ce que Dieu nous dit. Nous pouvons conserver notre vertu au milieu des méchants : Abraham conserva la sienne avec des peuples incirconcis. Josué et Moïse, qui, par leurs emplois, devaient vivre dans le grand monde, n'y souffrirent aucune atteinte de leur sainteté. Que nous dit donc ce prophète ? Défiez-vous de votre prochain ; réglez vous-mêmes vos paroles ; et, si vous ne pouvez empêcher qu'on ne vous parle, faites un judicieux discernement de ceux avec lesquels vous converserez. Car enfin, vous demeurez dans le centre de la fourberie et de la corruption : Habilatio tua in medio doli (Jerem. 9). La langue de ceux qui vous approchent est comme une flèche aiguë, qui vous blessera à mort si vous ne vous en donnez de garde : Sagilta miner ans lingua eorum (Ibid.), ils vous disent des paroles qui vous plaisent et qui vous engagent : mais ce sont autant de pièges qu'ils vous tendent en secret, pour vous perdre. In ore suo pacem cum amico loquitur, et occulté ponit ei insidias (Ibid.).
Une âme a besoin d'une grande vertu et d'une grâce particulière pour conserver son innocence au milieu des dangers qui se rencontrent dans les conversations du monde; et, moralement parlant, il est comme impossible que des paroles envenimées ne lui fassent de mortelles blessures. Tout parle dans une conversation : la contenance , le geste , les regards , les présents, les habits ; tout y est à craindre, Eh quoi ! un S. Paul réduit son corps en servitude, et demande à être délivré de cette prison mortelle, à cause de l'ange de Satan, qui le tourmente toujours nonobstant la rigueur de ses mortifications. Un solitaire tremble dans le fond de son désert, et, quoiqu'il gourmande sa chair de longues abstinences, quoiqu'il soit éloigné du monde , il ne peut presque éloigner l'idée importune qui lui en reste : et vous voulez que, ce que l'ombre d'un ennemi sollicite de faire, la présence même ne le fasse ? Vous prétendez être insensibles à ces louanges qu'on vous donne, à ces soumissions qu'on vous rend, à ces caresses et à ces civilités qu'on vous témoigne ? Qui vous a donné cette intrépidité? Est-ce votre conscience ? Mais n'en connaissez-vous pas la corruption? Ne savez -vous pas que la volupté amollit une âme, fût-elle de fer et de bronze, principalement quand elle attaque de jeunes personnes , qui succombent d'autant plus aisément que la concupiscence est eu elles, ardente et ingénieuse à les tromper, par la douceur d'un plaisir dont elles ne connaissent pas encore les dangers? Est-ce la réso-
lution que vous avez prise de ne jamais rien faire qui blesse l'honnêteté et la pudeur ? Elle est louable ; mais Dieu en est-il satisfait, lui qui, outre la pureté du corps , demande encore celle du cœur, qui vous avertit que celui qui regarde une femme pour la désirer est déjà tombé en adultère? On peut encore ajouter à toutes ces raisons précédentes qu'il y a quelquefois plus de dangers dans toutes ces conversations, surtout entre des personnes de différent sexe, qui paraissent honnêtes, que dans les autres. Les grands péchés, dit Tertullien (fie Idolol. 11), effraient d'abord une âme, et, quand le péril est évident, on s'arme de toute sa vertu et de toute sa vigilance pour y résister. Mais souvent , dans les autres occasions , on n'a ni cette vigilance ni cette attention sur soi : et de là vient que, soit orgueil, soit simplicité, on périt dans le danger que l'on aime. Si c'est l'orgueil, on mérite d'être abandonné de Dieu, qui souvent permet que l'enflure de l'esprit soit humiliée par les péchés de la chair ; et, si c'est fragilité, on reconnaît enfin son imprudence. (Discours moraux.)
[Même sujet]. — Prenez une ferme et constante résolution de faire un divorce éternel avec les compagnies dangereuses , de les fuir comme autant d'ennemis irréconciliables et d'émissaires du démon, qui est le prince du siècle. Eloignez - vous de leurs maximes , qui sont directement opposées à celles de l'Évangile. Évitez les mauvais exemples et les scandales qu'elles vous donnent : Proclivis est malorum imitatio, dit S. Jérôme, et quorum virlutes assequi nequeas , facile imitaris vitîa. Nous avons un malheureux penchant à imiter le mal, et nous suivons sans peine les vices de ceux dont nous ne pouvons pas pratiquer les vertus. Fuyons surtout les occasions du péché, qui ne se trouvent que trop fréquemment dans la conversation avec les méchants : car personne n'est longtemps en sûreté, s'il est près du danger : Nullus enim diù tutus est, periculo proximus, (Id. ad Panimach.) (Nouet, Méditations).
Qu'aurez-vous à répondre , que ferez- vous , lorsque , venant à comparaître au tribunal du Sauveur, il vous reprochera tant de visites inutiles, dangereuses et criminelles, que vous avez faites pour contenter vos passions déréglées ; tant de rebuts que vous avez essuyés pour vous insinuer dans ces maisons dont mille obstacles vous fermaient l'entrée ; tant de lâches artifices que vous avez employés pour percer cette foule importune qui vous rendait la personne des grands inaccessible? Les hôpitaux vous étaient ouverts, dira-t-il, je vous y attendais dans la personne de tous les affligés, qui avaient besoin de votre secours; j'aurais reconnu cette marque de votre souvenir par des consolations qui vous auraient fait trouver plus de douceur dans cet exercice de charité que dans les plus doux passe-temps du monde : mais vous n'avez pas daigné faire un pas pour me chercher. Que répondrez-vous à des plaintes si justes? quel sera le recours d'un pécheur, lorsque Dieu, ne s'arrêtant pas
à ces reproches , lui fera connaître , toucher, sentir, pénétrer tout le fond, toute la grandeur, toute la malice de son insensibilité? (Du Jarry.)