SACREMENT DE PÉNITENCE
AVERTISSEMENT
La première chose qu'il est à propos de remarquer sur ce sujet, c'est que quoique le sacrement de Pénitence soit toujours joint avec la vertu qui porte ce même nom de Pénitence, il ne faut pas cependant le confondre avec elle, parce que ce sont deux sujets qu'on doit traiter séparément, et qui peuvent fournir assez de matière à des sermons différents. De même , quoique la conversion du pécheur commence par une entière et sincère confession de ses péchés, ce n'est pas non plus sous ce rapport qu'il faut considérer ici la Confession, mais en tant que sacrement et que remède institué pour obtenir la rémission des péchés commis après le Baptême: car ce serait une matière infinie, si l'on voulait comprendre ici tout ce qui regarde la Pénitence en général. Il faut donc se borner à ce qui est propre au sacrement de Pénitence : son institution, l'obligation qu'ont les pécheurs de s'y soumettre ; aux parties qui le composent : la douleur d'avoir offensé la divine Majesté ; au ferme propos de ne plus commettre le péché ; à la déclaration entière et sincère des péchés qu'on a commis, et à la satisfaction qu'on nous ordonne d'en faire.
La seconde chose à laquelle il est bon de prendre garde est que, la Confession étant un sacrement de la nouvelle loi, ou (sil'onaime mieux donner tout d'un temps ici à ce nom la signification plus particulière qu'il a coutume d'avoir), étant une partie de ce sacrement, tout ce que nous trouvons dans l' Ancien-Testament qui tombe sur le même nom se doit entendre de l'aveu que Dieu a toujours voulu que les pêcheurs lui fissent de leurs crimes, avant de leur en accorder le pardon: sens plus général, dans lequel les SS. Pères /"(riant souvent de la Confession, quoiqu'en d'autres endroits ils parlent clairement de celle qui est faite au prêtre ayant la puissance d'absoudre. Mais, comme la confession faite aux ministres du Seigneur est censée faite à Dilu ne sera point détourner de leur sens propre les passages des Pères et de l'Ecriture que de les appliquer à notre sujet
La troisième chose enfin, dont j'ai cru qu'on devait être averti, c'est (jue nous ne rapporterons sur cette matière que ce qui peut entrer dans un sermon, sans initier en détail de ce qu'on, apprend dans les catéchismes ou dans les instructions familières, nous contentant d'avertir qu'un prédicateur ne doit pas laisser d'exhorter, dans l'occasion, les personnes même les plus éclairées, de rappeler de temps en temps dans leur esprit ces instructions plus familières, soit en les lisant dans des livres, soit en réveillant là-dessus .''exercice de leur mémoire, pour ne pas tomber dans les défauts qui peuvent si facilement rendre la confession ou inutile ou sacriléye.
Desseins et plans.
I. n y a trois choses qui ont coutume de détourner les pécheurs d'approcher du tribunal de la Confession, et de se servir d'un remède si salutaire et indispensable : savoir, la peine de la préparation qu'il y faut apporter, la honte de découvrir ses péchés et les plus secrètes pensées de son cœur, et enfin la difficulté qu'on a de rompre les attachements au péché. Ce sont les trois choses qu'on peut combattre dans les trois parties d'un discours, en faisant voir qu'elles ne doivent nullement nous détourner d'avoir recours à cet heureux remède.
Premièrement. — Il y a de la peine à examiner ses péchés, à rappeler dans sa mémoire tant d'affreuses images, à entrer dans la discussion de tant de pensées honteuses, de desseins infâmes : on ne veut point débrouiller ce chaos, ou plutôt on s'imagine qu'on n'en viendra jamais à bout. Mais qu'est-ce à dire : Je ne puis rentrer dans moi-même, ni me souvenir de tant d'actions criminelles? C'est-à-dire que vous voulez continuer d'offenser Dieu. Qu'est-ce à dire, que vous avez horreur seulement de penser à la confession, sinon que vous cherchez un prétexte spécieux pour ne point sortir de l'état où vous êtes? Mais. — 1°. Vous n'éviterez pas cette discussion, qu'il vous faudra faire un jour nécessairement, ou bien mourir dans l'impénitence finale, qui est le dernier des malheurs; — 2°. Plus vous différerez , plus vous trouverez de difficulté à faire cet examen, parce que vous accumulerez toujours de nouveaux péchés. Vous êtes semblables à ces malades qui ont horreur des remèdes, mais qui enfin sont obligés de les prendre, de crainte de mourir ; ils souffrent la peine de l'aversion qu'ils ont, du danger qu'ils courent et du remède qu'ils ont tant de difficulté à prendre; — 3°. La peine est incomparablement plus grande de porter ce fardeau, par cela même qu'on ne veut point s'en
décharger. Car comptez-vous pour rien les remords de conscience, la crainte de mourir dans le péché, de penser qu'on est ennemi de Dieu et que sa justice nous poursuit? Il y a cent fois moins de peine à se décharger une bonne fois de ses péchés, qu'à les garder plus longtemps, parmi tant de remords qui nous déchirent le cœur.
Secondement. — La honte de confesser ses péchés donne de l'aversion pour la Confession : car, en effet, ceux qui ont le moins de honte à commettre le péché en ont souvent le plus à le déclarer. On exagérera cette confusion et cette peine; mais, après tout, elle n'est qu'imaginaire, ou du moins elle est infiniment adoucie par la considération de la personne à qui nous déclarons nos péchés. C'est à un homme pécheur, comme nous, qui a souvent besoin du même remède, qui a plus de compassion de nos misères que d'horreur de nos personnes, qui doit plus admirer le courage avec lequel nous avons passé par-dessus cette honte que la faiblesse qui nous a fait succomber au péché, qui est obligé à un secret inviolable et qui ne peut jamais se servir, pour quelque raison que ce soit, de la connaissance que vous lui donnez de l'état de votre vie, et que vous obligez à être votre ami par la confidence que vous lui faites, et par le choix que vous avez fait de sa personne pour lui confier ce que vous avez au monde de plus secret. Tout ce que vous avez si bien ménagé, ô mon Dieu! pour nous faciliter cette Confession, prouve que vous en êtes l'auteur.
Troisièmement. — La peine et la difficulté de quitter les attachements qu'on a au péché, à ses divertissements, à ses plaisirs ; les efforts qu'il faut faire pour rompre ses mauvaises habitudes, et pour changer de vie et de conduite. Mais si nous considérons: — 1°. Que nous ne devons point espérer de salut ni de miséricorde, si nous ne prenons cette ferme résolution, et que c'est une condition qui est essentiellement attachée au pardon que Dieu nous accorde; — 2°. Que la grâce du sacrement applanit et facilite cette démarche, que nous craignons tant de faire ; — 3°. Que c'est bien la moindre chose que Dieu puisse exiger de ceux qui l'ont si outrageusement oll'ensé : — si nous considérons, dis-je, ces trois choses, nous expérimenterons, comme S. Augustin, que tout ce grand amas de difficultés sont des fantômes qui nous effraient, et que nous trouverons moins de peine au service de Dieu que nous n'en trouvions auparavant à vivre dans le désordre et à contenter nos passions.
II. — On peut faire un discours fort utile sur le silence criminel par lequel on cèle ses péchés au sacrement de Pénitence. — Il y a trois causes de ce silence, qui en font comme trois espèces, dont un chrétien se doit donner de garde, et qui feront le partage du Sermon ; — 1°. Un silence d'iijnorancc: on manque à déclarer ses péchés, parce qu'on ne les connaît pas ; — 2". Un silence de crainte et de honte, qui fait qu'on n'ose les déclarer; — >. Un silence de malice : on ne veut pas les dire, ou bien ou t u. i>4
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cric, de dessein formé, les circonstances nécessaires pour en faire connaître la nature et l'énormité.
Pour le silence d'ignorance, on peut se servir de ces paroles du prophète : Mùericordia et veriias obviaverunt sibl. Lorsque la vérité sort de la bouche du pécheur, la miséricorde sort de la bouche de Dieu, qui pardonne le péché .-mais le silence de l'homme met obstacle à cette miséricorde, quand ce silence vient d'une ignorance grossière, affectée, et par conséquent criminelle. Et, suivant S. Bernard, cette ignorance est cau&ée par le peu de soin qu'on prend de s'examiner, sciendi incuria; par la négligence de s'instruire de ce qui est péché et de ce qui ne l'est pas, desidiâ discendi, etc.
Il faut ensuite faire voir, par rapport au silence de crainte et de honte, combien c'est une chose indigne : — 1°. De n'avoir point de honte, quand il s'agit de commettre le péché, et d'en avoir tant, dès qu'il s'agit de le déclarer ; — 2°. D'appréhender une confusion passagère, et de n'en point craindre une éternelle, qu'on sera obligé de subir un jour ; — 3°. De ne pas voir que cette confusion n'est qu'imaginaire ; car celui à qui nous découvrons nos péchés est pécheur lui-même, et connaît par sa propre expérience la faibles.^ e et la misère de l'homme.
Pour ce qui regarde le silence de malice, ou celui par lequel on cèle volontairement des péchés griefs, il faut faire voir dans quel labyrinthe on se jette, et de quel abus criminel on se charge. On ne fuit pas la confession, on n'y cache pas son péché par crainte et par honte : au contraire, on est plus hardi; on ne veut pas que ce soit un péché, au moins de quelque conséquence, et par là on veut être en droit de n'en pas parler. Ou bien on prétend dire ses péchés, mais n'en subir pas pour cela la honte ; — 1°. On en excuse la griôveté par mille prétextes, et on use de mille tours artificieux pour les déguiser; — 2°. On s'en accuse en général sous des noms qui n'en font point comprendre la malice : par exemple, on s'accusera d'immodestie, de légèreté, de curiosité, et sous ces noms on fera passer des péchés honteux qu'on cache par ce silence artificieux.