‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 34 sur 55 · De tempore · texte numérisé non relu

De tempore

Tu factus especcati tui defensor : quomodb erit Deus liberator? Ut ergb sit ille liberator, esto tu accusator. Id. in Ps. 68.

Prœveniamus eum, ne ipse nos prœveniat : post confessionem non afferet ultionem, si et tu post confessionem non répétas iniquitatem, Prœveni, antequam prœveniaris. Id. in Ps. 34.

Multi assidue se dicunt peccatores, et tamen détectât eos peccare : professio est, non emendatio; accusatur anima, non sanatur; pronuntiatur offensa, sed non tollitur. August. serm. de Nativ.

Domini.

Nemo mihi dicat: Ago pœnitentiam in corde. Ut tibi cœlum aperiatur, aperi os tuum sacerdoti : hœc sola est porta paradisi. Id.

Ex misericordiâ prœcepit Dominus, ut nemo pœniteat in occulto : in hoc enim quod per seipsum dicit sacerdoti, et erubescentiam vincit timoré Dei offensi, fit venia criminis. Id. De verâ et falsâ pœnit.

Quid est peccatorum confessio , nisi quadam vulnerum ruplio? Greg. Homil.

\ m Evangel.

Yulnera clausa plus cruciant. Id. vu, Moral 17.

Adam et Eva requisili fuerant ut pecxituui, quod transyredieiido commiserant, conjUendo deûrent Id. n Moral.

Virus peccati salubriler aperitur in

Que personne ne se flatte en disant : Je traite secrètement avec Dieu pour obtenir le pardon de mes péchés. » Quoi !

c'est donc en vain qu'il a été dit: «Tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Ce sera en vain que l'Église a reçu le pouvoir des clefs ? convaincrons-nous de faux l'Évangile, et les paroles de Jésus-Christ ?

Celui qui cache ses péchés et qui a honte de les confesser pour en recevoir le pardon, aura Dieu pour juge et aussi pour vengeur.

Vous avez voulu vous disculper vousmême des péchés dont vous étiez coupable : comment Dieu sera-t-il votre libérateur? Afin donc que Dieu vous absolve, soyez vous-même votre accusateur.

Prévenons le Seigneur, de crainte qu'il ne nous prévienne lui-même. Après la confession de vos péchés, il ne se vengera point, si vous ne retournez point à vos iniquités. Prévenez-le, avant qu'il ne vous prévienne.

Plusieurs se disent sans cesse grands pécheurs, et se plaisent néanmoins dans leurs péchés : c'est avouer ce que l'on est, et non pas s'en corriger ; l'âme s'accuse, mais elle n'est pas guérie pour cela ; on déclare son crime, mais on ne l'efface pas.

Que personne ne dise : Je fais pénitence dans le secret de mon cœur. Afm qu'on vous ouvre le ciel, ouvrez vousmême la bouche pour déclarer vos péchés à un prêtre. Là est la seule porte du ciel.

C'est par un effet de la miséricorde que le Seigneur ordonne que personne ne se borne à une pénitence secrète du cœur : le pardon des crimes est accordé sur l'aveu qu'on en fait soi-même au prêtre et lorsqu'on surmonte la honte de faire cet aveu par la crainte d'un Dieu offensé.

Qu'est-ce que la confession que l'on fait de ses péchés, sinon une ouverture aux plaies de la conscience pour en faire sortir le pus ?

Des plaies caclu'es et intérieures sont les plus dangereuses.

Adam et Eve furent sollicités d'effacer pal une sincère confession le péché qu'ils avaient commis en violant les ordres de Dieu.

Ou fait sortir pur la cunfos.-ion, comme

< ON] ESSION.

confessionr, quod pestiféré latebat in mente. Id. Homil. 4o.

Hœc sunt verœ humilitatis testimonia : et iniquitatem suam cognoscere, et cognitam voce confessionis aperire. Id. xxu, Moral.

Plerumquè gravions certam inisest commissa peccata perdere, quam non admissa vitare. Gregor. Ibid.

Qui promereri vult quod expetit débet malum confiteri quod fecit : valdè enim facile est ut peccatorem, se quisque fateatur, cùm nihil pro peccato suo patiatur. Id. vin, Moral.

Qui corde non convertitur, quid prodest ei, si peccata sua confiteatur? Id. Pastorale.

Mirentur in sancto Job castitatis conlinentiam, mirentur integritatcm justitiœ, mirentur viscera pielatis : ego in eo non minus admiror confessionem humillimam peccatorum, quam toi sublimia gesta virtutum. Gregor. xxu, Moral.

Peccatum taie débet esse in confcssione quale fuit in operationc. Id. in n Reg. 14.

Qui se accusât, etiamsi peccator sit, jusius esse incipit : cessât enim vindicta divina, si confessio prœcurrat humana.

Ambros. in ps. Beati immaculati in via.

Compendium omnium pœnarum confessio. Id.

Si vis justificari , fatere delictum tuum : solvet enim criminum nexus verecunda confessio peccatorum. Id. De Paenit. 6.

Si te ipse accusaveris , accusatorum nullum timebis , si te detuleris ipse, etsi mortuus fueris, revivisces. Ambros.

ji, De Pœnit. 2.

Qui jaces in tenebris conscientiœ et lelictorum tuorum sordibus, exiforas, delictum proprium prode, ut justificeris : ore enim confessio fit ad salutem. Ibid.

Remedium nostrum sœpè triumphus diaboli. Ambros.

Erubescere debemus et emendare peccatum, non defendere, quoniam pudore culpa minuitur, defensione cumulatur.

Ambros. De Caïn et Abel.

par une ouverture salutaire, le venin du péché qui eût infailliblement causé la mort, s'il fut demeuré dans le cœur.

Voici les marques évidentes d'une véritable humilité : reconnaître son péché et le découvrir en confession.

Il en coûte souvent de plus grands combats pour découvrir et déclarer se»

péchés, que pour les éviter avant de les commettre.

Celui qui veut mériter le pardon de ses péchés, qu'il souhaite, doit avouer en confession le mal qu'il a fait : car il n'est pas malaisé de se déclarer pécheur, quand on n'encourt aucune peine pour avoir péché.

Que sert-il à l'homme de se confesser, si son cœur n'est pas tourné vers Dieu et entièrement détaché du péché ?

Qu'on admire dans le saint homme Job sa chasteté, sa justice, et toutes ses autres vertus: pour moi, je ne trouve rien de plus grand et de plus admirable en lui que la confession humble de ses péchés.

On doit déclarer dans la confession le péché tel qu'il a été commis.

Celui qui était pécheur commence à devenir juste lorsqu'il s'accuse de ses péchés : car la vengeance divine cesse lorsque la confession de l'homme la prévient.

La confession contient en abrégé toutes les autres peines.

Si vous voulez être justifié devant Dieu, confessez votre péché : un humble aveu de vos crimes les efface entièrement.

Si vous vous accusez vous-même, vous ne craindrez point d'être accusé; et, quand même le péché vous aurait donné la mort, la confession de votre péché vous rendra la vie.

Vous qui languissez dans les ténèbres de votre conscience et dans l'ordure de vos péchés, sortez de là, faites voir vousmême votre faute afin d'être justifié : la confession procure le salut.

Souvent nous faisons de notre remède le triomphe du démon.

Nous devons rougir et nous confesser de nos péchés, et non pas les excuser et les défendre, parce que la honte qu'on témoigne d'avoir failli diminue la faute, au lieu que l'excuse l'aggrave et y met le comble.

Nihil homini utilius, nihil salubrius, quàm ut statim post peccatum confessionem peccati non différât. Hieronym.

in Regul.

Opportet sacerdotem, cùm peccatorum audierit varietates,scire quid ligandum, quid solvendum sit. là. in cap. 16, Matth.

Quid hores fateri quod libenter ac pro* perè commisisti? Id. Epist. 4.

Sententiam servi corriget Dominus, et pax ista periculosa dantibus, accipientibus nihil omnino profutura. Cyprian.

De lapsis.

Exomologesim faciunt conscientiœ , animi sui pondus exponunt. Ibid.

Si erubescat œgrotus vulnus medico confiteri, quod ignorât medicina non curai. Hieron.

Tantùm relevât confessio delictorum, quantum dissimulatio aggravât. Tertull.

De Pœnit. 19.

Pœnitentia est humilifaciendi et prosternendi hominis disciplina. Ibid.

Cum sua erubcscentiâ pereunt. Id.ibid.

An melius est damnatum latere quàm palam absolui. Ibid. 10.

Quid consortes casuum tuorum fugis?

Ibid. 9.

Exomologesis est quâ deliclum Domino nostrum confitemur; non quidem ut ignaro, sed quatenùs salisfactio confessione disponitur. là. De Pœnit.

Plerosque hoc opus, ut publicationem sut, aut snffugere aut de die in diem differre prœsumo, pudoris magis mémores quàm salutis. Ibid.

Exomologesis est presbyteris advolvi, ut temporali afflictione œterna supplicia iXpungat : cum igitur provolvit homivfin, maffia relevât; cùm accusai, excusât \ cùm condemnat, absolvit. Ibid.

In forensibus judiciis, post confessio-

nem, vita cl mors: apud dominicumau-

tribunat, post confessionem,crimi~

yuru ilnhir cnrnna. Chrysost. serra. De

pœuitentifi.

Il n'y a point de plus utile ni de plus salutaire remède au péché que de ne ^" point différer de le confesser après l'avoir commis.

11 est nécessaire qu'un prêtre, après avoir entendu les différents péchés de ceux qui s'accusent, sache ce qu'il faut lier et ce qu'il faut délier.

Pourquoi avez-vous tant de peine à confesser ce que vous avez sitôt et si facilement commis ?

Le Seigneur corrigera la sentence d'absolution que son ministre aura prononcée, un pardon accordé de cette manière est dangereux pour celui qui l'accorde, et ne profite de rien à celui qui le reçoit.

Les pécheurs font l'examen de leur conscience et exposent au prêtre le poids qui la charge.

Comment guérir un malade, qui cache son mal ? la médecine ne guérit pas ce qu'elle ne connaît point.

La confession que le pécheur fait de ses péchés le soulage autant que le déguisement ou la réticence le. charge.

La pénitence est l'art d'abaisser et d'humilier l'homme devant Dieu.

Us se perdent par leur mauvaise honte.

Vaut-il mieux être damné en secret que d'être absous avec un peu de honte ?

Pourquoi craignez-vous de déclarer les chutes que vous avez faites à ceux qui sont sujets à en faire aussi bien que vous?

On appelle exomologèse la confession par laquelle nous déclarons notre péché au Seigneur : non qu'il l'ignore, mais parce que cette confession nous met en état de le satisfaire.

Je présume que plusieurs, qui ont plus de soin de ménager leur honte que leur salut, tachent d'éviter ou de différer de jour en jour la confession de leurs péchés, qu'ils regardent comme une diffamation de soi-même.

Se confesser, c'est se jeter aux pieds d'un prêtre afin d'éviter, par une peine temporelle, un supplice éternel. Lors donc que cette confession abaisse de la sorte un homme, elle le relève; lorsqu'elle l'accuse, elle l'excuse, et lorsqu'elle le condamne, elle l'absout.

Dans la justice humaine, dtss qu'un coupable est convaincu, il est condamné Ici, La confession du crimi le de

1'absoluiioh du pécheur.

Sacerdotibus non corporis lepram , verùm animœ sordes, non dico purgaias probare, sed purgare prorsùs, concessum est. Id. ni, de Sacerdotio.

Cùm nôsset Satanas quia peccatum verecundiam habet, pœnitentia fiduciam, ordinem reprobus commutavit et invertit; pœnitentiœ dédit verecundiam, fiduciam peccato. Id. Proœm. in Isaiam.

Illis non judex, sed advocatus est Christus, qui se propriâ confessione damnârunt. Cassiodorus, in Ps.

Confessio sanat, confessio justificat, confessio peccatis veniam donat : omnis spes in confessione consista ; in confessione locus misericordiœ est ; nulla tam gravis culpa quœ per confessionem non habeat veniam Isidorus, 1. 10.

Novum judicii genus, in quo reus, si excusatur, condemnatur ; si accusât se, absolvitur. Zeno Veron. Ad neophytos.

Non remanet in judicio condemnandum quod fuerit confessione purgatum. S. Léo, in serm.

Proximum ad innocentiam tenet locum verecunda peccati confessio. Dalerius, in serm.

Ex eo unusquisque justus incipit ex quo sui accusator exstiterit. Isidor.

Quibus malum facere pudor non est, et pudor est confiteri. Chrysolog. serm.

Eoruvndem criminum accusatores et excusatores. Salvian. ni. De Gubern.

Ex retentione et oppressione peccati nascitur cordis obstinatio. Petrus Blesensis.

Gehennam recordamini, quam vobis exomologesisextinguit.P8iC\8im\s9VaiT&ïiesis ad poenit.

Qui, claves regni cœlorum habenUs ante diem judicii judicant. Hieronym.

Epist. ad Heliodorum.

Omne quod remordet conscieniiam confltere humiliicr, pure, fideliter. Bernard. 16, in Cantic.

Si forte pudor est tibi uni homini et peccatori peccatum tuum exponcre, quid

On a dnnm'' le pouvoir aux prêtres la nouvelle loi, non de juger si la lèpre du corps est véritable et de la nettoyer s'ils la jugent telle, mais de purger et de nettoyer les souillures de Paine (qui sont les péchés).

L'ennemi de notre salut, sachant que la confusion est attachée au péché et que la pénitence au contraire inspire une sainte hardiesse, il renverse cet ordre, il met de la honte dans la pénitence, et de la hardiesse dans le péché.

Jesus-Ciirist est non pas le juge, mais l'avocat et le défenseur de ceux qui se condamnent eux-mêmes par leur propre confession.

C'est la confession qui guérit les maladies de Pâme; c'est elle qui nous justifie, qui obtient le pardon de nos péchés, qui fait toute l'espérance de notre réconciliation avec Dieu. C'est ce qui donne lieu à la miséricorde de Dieu ; car il n'y a point de péché si énorme, qui ne soit remis par la confession.

Voici un jugement bien nouveau, dans lequel, si le criminel s'excuse, il est condamné ; et s'il s'accuse, il est aussitôt absous.

Ce qui a été une fois absous et purgé par la confession ne sera point condamné et puni au jugement de Dieu.

Après une vie innocente et exempte de tout péché, ce qui tient le second rang est l'humble confession de ses péchés.

Chacun commence à être justifié, dès lors qu'il s'accuse lui-même.

On n'a point honte de faire le mal, et l'on a honte de le confesser.

Des personnes qui s'accusent à la fois et qui s'excusent des mêmes péchés.

Du silence dans la confession naît l'obstination du cœur.

Pensez aux supplices de l'enfer, dont la confession de vos péchés vous délivre.

Ayant reçu les clefs du ciel, les prêtres sont établis juges avant le jour du jugement.

Confessez-w>us humblement, exactement, fidèlement, de tout ce que votre conscience vous reproche (et dont vous vous sentez coupable).

Si vous avez honte maintenant de confesser vos péchés à un seul homme pé-

facturus es in die judicii, ubi omnibus exposita tua conscientia patebit? Id.

sentent.

Confessib peccatoris est vita, justi gloria; et necessaria est peccatori, et justum nihilo minus decet. Id. Epist. 14.

0 perversiias ! non pudet inquinari, et ablui pudet! Bernard. Epist. 183.

Omnis spes veniœ et concordiœ est in confessione verâ : simulata nam.quc confessio non est confessio, sed duplex confusio. Id. Médit. 37.

Cur te pudet peccatum tuum docere, quem non puduit facere ? cur erubescis Deo conflteri, cujus oculis non potes abscondi? Id. sentent.

SU verœ compunctionis indicium; opportunitatis fuga, subtractio occasionis. Id. serm. i, de Resurrect.

Peccator débet seipsum diligenter excutere, et conscientiœ suœ sinus omnes et latebras explorare. Concil. Trid.

Can. 5.

cheur comme vous, que sera-ce donc au jour du jugement, où votre conscience criminelle sera exposée à la vue de l'univers ?

La confession des péchés donne la vie au pécheur, fait la gloire du juste ; si elle est absolument nécessaire à l'un, elle est utile à l'autre.

0 aveuglement de l'homme! Il n'a pas honte de se souiller, et il a honte d'être nettoyé !

Toute l'espérance que nous avons d'obtenir la miséricorde de Dieu et le pardon de nos péchés est fondée sur la sincère confession que nous en faisons : car, pour celle qui est feinte, c'est plutôt une double confusion qu'on aura à soutenir devant Dieu.

Pourquoi avez-vous honte de déclarer un péché que vous n'avez pas eu honte de commettre? Pourquoi rougir de tout déclarer à Dieu, auquel il vous est impossible de vous cacher?

Donnez pour marque de la douleur de vos péchés, le retranchement des moyens et la fuite des occasions d'y retomber. •

Un pécheur doit s'examiner avec soin, et fouiller dans tous les replis de sa conscience, pour voir en quoi il a offensé

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Définition]. — La confession sacramentelle est une accusation que l'on fait de ses péchés, afin d'en obtenir le pardon, par la vertu des clefs qui ont été données à l'Église. On l'appelle une accusation, parce que, dans la confession, on ne doit pas dire ses péchés par manière d'ostentation, comme si l'on voulait en tirer de la gloire; ni par manière d'un récit, comme si on racontait une histoire : mais en s'aecusant avec humilité et avec douleur de les avoir commis. Les SS. Tères ont suivi cette définition, quoiqu'ils l'aient exprimée en d'autres termes. Ainsi, S. Augustin définit la Confession « Tue accusation que Ton fait d'un péché caché, dans l'esince d'eu obtenir pardon»; et S. Grégoire «Une détestation de ses péchés. »

:50l CONFESSION.

[A qui se doit faire la confession]. — Il est évident, puisque le Fils de Dieu a donné aux prêtres la puissance de retenir et de remettre les péchés, qu'il les en a en même temps rendus les juges. Car, comme le concile de Trente l'a remarqué, on ne peut porter un jugement véritable de quoique ce soit, si l'on n'en a une connaissance parfaite: et l'on ne peut garder les règles de la justice, dans les peines qu'on doit imposer aux criminels, si l'on ne connaît parfaitement la qualité de leurs crimes : et par conséquent il faut que les prêtres connaissent par la confession des pénitents tous leurs péchés en particulier, afin qu'ils en puissent juger et leur imposer des peines proportionnées.

[Nécessité du sacrement de Pénitence]. — Ce n'est pas assez de croire que Jésus- Christ a institué la confession : il faut encore être persuadé qu'il en a commandé l'usage comme absolument nécessaire, tout pécheur qui a commis un péché mortel ne pouvant recouvrer la vie de son âme que par ce moyen. C'est ce que ce même Sauveur nous a marqué clairement lorsqu'il a exprimé par les clefs du royaume du ciel la puissance d'administrer ce sacrement. Car, de même qu'on ne peut entrer dans un lieu fermé de toutes parts que par le moyen de celui qui en a les clefs, on ne peut non plus être admis dans le ciel, si le prêtre, à qui le Sauveur en a confié les clefs, n'en ouvre les portes : et, si cela se pouvait faire autrement, on ne voit pas que l'usage des clefs fût d'aucune nécessité dans l'Eglise, puisque ce serait inutilement que le prêtre, à qui la puissance en a été donnée, interdirait l'entrée du ciel. C'est ce qu'enseignent S. Augustin, Homél. 401, et S. Ambroise, 1. n de la Pénitence, ch. 2.

[La confession délivre de la mort du péché]. — La confession sacramentelle délivre de la mort du péché, soit parce que, dans le sens le plus propre où nous la prenons ici, elle fait partie du sacrement de Pénitence qui délivre de cette mort, soit parce que c'est même plus particulièrement, suivant S. Thomas, dans cette confession que le pénitent fait de ses péchés à un prêtre, que ce sacrement non-seulement s'opère mais trouve son achèvement : Pœnitentia, in quantum est sacramentum, prœcipuè in confessione perficitur : savoir, en tant que par cet aveu le pécheur se soumet aux ministres de l'Église, qui peuvent l'absoudre, lui administrer le sacrement de vie, en lui imposant une satisfaction convenable, suivant la taxe qu'ils jugent eux-mêmes à propos d'en faire. — De plus, le sacrement de Pénitence confère la grâce d'où résulte la rémission de la coulpe. Il faut donc que la confession, qui a part au premier effet, coopère de même au second, et que, dans l'usage actuel qu'on fait d'elle en ce sacrement, elle remette effectivement la coulpe, supposé que celle-ci n'ait pas été déjà levée par la douleur seule : ce qui arrive lorsque la contrition précédente n'est qu'imparfaite, c'est-à-dire lorsqu'elle n'est qu'une simple attrition. Que si la coulpe a été remise par le moyen d'une contrition parfaite, alors la

confession actuelle augmente la grâce, pourvu qu'il n'y ait point d'obstacle de la part de celui qui se confesse. Et la même confession ne laisse pas d'être censée avoir contribué encore par avance, virtuellement, comme on dit, à cette rémission plus prompte de la coulpe, obtenue par l'effort d'une douleur pleine, parce qu'en ce cas la contrition n'a de force qu'autant qu'elle tient comme enveloppée dans son sein la confession même, par le désir qu'il faut qu'un pénitent vraiment touché ait de manifester son crime à un prêtre.

Pour les mêmes raisons, la confession a la force et la vertu de nous délivrer de la peine éternelle due au péché mortel, et de la changer en une peine temporelle, tellement diminuée et affaiblie, par l'efficacité merveilleuse de ce sacrement, qu'elle est rendue comme proportionnée aux forces et à la vertu de la personne convertie. Car, quoique cette dette, si on en réserve l'extinction jusqu'à l'autre vie, n'expose à rien de moins qu'à tous les feux du purgatoire, la vertu des clefs fait qu'on peut l'acquitter plus doucement en cette vie : ce qui se fait aussi par les jeûnes, par les prières, par les aumônes, par les mortifications, et par toutes les bonnes œuvres.

Si la confession est considérée simplement du côté du pénitent, qui se confesse et fait en cela un acte de vertu, elle délivre même d'une partie de la peine temporelle due aux péchés, à laquelle le sacrement laissait le pécheur obligé, en lui remettant son iniquité quant à la coulpe et à la peine éternelle : elle le fait, dis-je, parce qu'à raison de la honte elle passe pour une peine; et, comme toute peine volontairement acceptée peut être une diminution de cette dette qui restait, ayant la force de satisfaire, il résulte que, plus on se confesse souvent d'un même péché, remis par des confessions précédentes, plus aussi la peine qui était due à ce péché se trouve diminuée.

[La confession facilite le sain!]. — C'est pour nous rendre le salut plus facile que le Fils de Dieu a établi la confession et le sacrement de Pénitence. Car, quoique l'on avoue que la contrition efface les péchés, néanmoins, comme tout le monde convient qu'il faut pour cela qu'elle soit si forte, si vive et si ardente, que la douleur qu'elle produit dans l'âme soit proportionnée à la grandeur des crimes, et que- cependant il y a peu de personnes dont l.i douleur puisse arriver jusqu'à cette perfection, il y en aurait par conséquent très-peu qui pussent obtenir par cette voie le pardon de leurs crimes. Il a donc été nécessaire que Dieu, qui est infiniment bon et miséricordieux, pourvût au salut de tous les hommes par un moyen plus facile : et c'est ce qu'il a fait, d'une manière admirable, en donnant à da royaume du ciel. Car c'est une vérité do foi que celui qui ;i 1 1 douleur de ses péchés, et qui fait résolution de ne les plttS 00m- I l'avenir, es obtient la rémission par la vertu des clefs, après qu'il i est confessé au prêtre, quoique bu douleur ne fût pas telle qu'elle fût

suffisante par elle-même pour en obtenir le pardon. C'est la doctrine constante des SS. Pères, qui enseignent tous que c'est par les clefs de l'Église que le ciel nous est ouvert; et c'est de quoi on ne peut plus douter après que le concile de Florence a défini que la rémission des péchés est l'effet du sacrement de Pénitence.

[Institution divine et ecclésiastique], — Que la confession sacramentelle soit nécessaire pour obtenir la rémission de ses péchés, et que ce soit Jésus- Christ qui Ta instituée, ce sont deux vérités qui ont été définies par le concile de Trente, et qui ont toujours été enseignées par l'Eglise catholique, comme il se voit par quantité de passages des SS. Pères, où ils déclarent distinctement que la loi de la confession sacramentelle, que quelquesuns d'eux appellent, selon l'explication grecque, Exomologèse ou Exagèse, doit être regardée comme une loi évangélique que Jésus-Christ a établie, à laquelle l'Eglise, de son autorité, a joint encore des cérémonies solennelles, qui, bien qu'elles ne soient pas essentielles, contribuent néanmoins beaucoup à en faire connaître l'excellence et la dignité, et disposent les pénitents, parla piété qu'elles leur inspirent, à obtenir de Dieu plus promptement le pardon de leurs péchés. Ces cérémonies sont de se présenter aux pieds du prêtre, la tête inclinée, les mains jointes, comme un suppliant, et en d'autres semblables postures, qui ne sont pas essentielles à la confession.

Sous la loi de nature, la confession se faisait seulement à Dieu. C'est pour cela, suivant la remarque de Tertullien, que Dieu interrogea nos premiers pères après leur péché : Interrogavit Deus, quasi incerlus, ut daret eis locum confilendi et hoc nomine relevandi. Sous la loi écrite, la confession ne se faisait pas seulement à Dieu, mais encore aux prêtres, puisque, comme nous lisons dans le Lévitique, les pécheurs devaient offrir, par les mains des prêtres, des sacrifices différents selon la différence et la grièveté des péchés. Or, les prêtres n'eussent pas pu les connaître, si les pécheurs ne les eussent déclarés.

[S. Jean-Baptiste]. — Nous apprenons de S. Matthieu que les pécheurs qui, touchés par la prédication de S. Jean, s'adressaient à lui pour le baptême, avant de le recevoir, lui faisaient la confession de leurs péchés : Baptizabanlur ab eo in Jordane, confiantes peccata sua. Il est certain néanmoins que, encore que le baptême de S. Jean fût donné, ainsi que porte l'Évangile, pour la rémission des péchés, In remissionem peccatorum, il ne conférait pas néanmoins la grâce ni ne procurait la rémission des péchés, parce qu'il n'était pas un sacrement, mais seulement une disposition aux sacrements que Jésus - Christ devait bientôt instituer. On peut dire la même chose de la confession que les peuples faisaient à ce grand saint : ce n'était point une confession sacramentelle, cette espèce de confession n'étant pas encore instituée : de sorte que S. Jean-Baptiste, non plus que

tous les prêtres de l'ancienne loi, n'avaient pouvoir que de prier Dieu pour les pécheurs, et de les exhorter à obtenir le pardon de leurs offenses par la contrition.

[Temps auquel on est obligé de se confesser]. — Le concile de Trente prononce anathème contre tous ceux qui diront que tous les fidèles ne sont pas obligés de se confesser une fois Tan : Si quis dixerit ad confessionnem non teneri omnes Chrisli fidèles semel in anno, analhema sit. Or, quoique ce commandement de l'Église n'oblige en rigueur à se confesser qu'une fois l'an, néanmoins, si l'on veut assurer son salut, on ne doit pas manquer de se confesser ou toutes les fois qu'on se trouve en danger de mort, ou toutes les fois que l'on est obligé de faire quelque action incompatible avec le péché, comme lorsqu'on veut administrer ou recevoir quelque sacrement; mais surtout il n'y faut pas manquer quand on a commis quelque faute considérable, de peur de laisser le temps au démon et au péché de se retrancher et de s'établir, et aux passions de se fortifier, et de peur de s'attirer de la part de Dieu quelque grande punition, comme serait le refus de ses grâces, et d'autres peines spirituelles qui suivent l'attachement au péché, cette chaîne si dangereuse qui nous lie lorsqu'on y croupit, et fait qu'on y persévère malgré les remords de la conscience.

[Des circonstances du péché]. — Il ne suffit pas de confesser les péchés mortels, il faut encore marquer les circonstances qui accompagnent chaque péché, et qui en augmentent ou diminuent la malice. Car il y a des circonstances si considérables, qu'elles sont seules capables de faire qu'une action soit péché mortel. Ainsi, un homme qui en a tué un autre doit marquer si c'était un ecclésiastique ou un séculier; de même, lorsqu'on s'accuse d'un vol, il en faut marquer la qualité : car celui qui, par exemple, vole un écu est incomparablement moins coupable que celui qui en vole cent ou deux cents; et celui-là encore plus criminel qui vole une chose consacrée à Dieu. Il faut dire la même chose du temps et du lieu, quand ces circonstances augmentent le péché, de telle sorte qu'à en juger moralement, et suivant le sentiment le plus commun des hommes, il devient effectivement équivalent à deux ou plusieurs autres; soit que ces circonstances multiplient l'espèce, soit qu'elles ne fassent que comme multiplier considérablement le nombre. Il faut cependant remarquer qu'à l'égard des circonstances aggravantes qui changent l'espèce du péché, telle, par exemple, qu'est la qualité de la matière dérobée, quand ce qu'on dérobe est chose sacrée, circonstance qui fait que cette action n'est plus ^simplement un péché de larcin, mais un sacrilège, l'obligation ne souffre aucune dispute : tout pénitent doit les déclarer; le concile l'a décidé. Au lieu qu'à l'égard des autres circonstances, qui laissent l'action dans la mè m e espèce, telles que celles d'un vol plus ou moins considérable par sa matière seule, il y a quelque difficulté. Si cependant on considère que ce

même concile n'exige pas moins qu'on déclare le nombre que l'espèce des péchés griefs, et qu'un larcin de centécus en vaut lui seul plusieurs autres, comme il est visible, qu'on pourrait faire chacun à part, et qui tous pourraient encore être griefs dans l'étendue de cette même somme, on n'aura pas de peine à voir pourquoi, tout bien considéré, il n'y a pas de pénitent sincère qui, en ces cas-là, puisse effectivement bien se rassurer, à moins de dire à peu près les choses comme il les a faites : et cela non-seulement quand la différence est si grande, mais toutes les fois qu'elle l'est moralement assez pour rendre le péché plus grief (1).

[Il faut que la confession soit entière]. ^- Il faut sans doute que la confession soit entière et parfaite, c'est-à-dire qu'il faut découvrir au prêtre tous ses péchés mortels, quelque honteux et cachés qu'ils soient : car, pour les péchés véniels, qui ne font pas perdre la grâce de Dieu, et que l'on commet plus souvent, quoiqu'il soit très-utile de les confesser, comme la pratique des personnes de piété le fait assez voir, on peut sans péché ne s'en point accuser, et on peut les expier par plusieurs autres moyens. Mais de-là cependant naissent deux questions qu'il n'est pas inutile de toucher encore. — La première: si on est toujours obligé de déclarer expressément tous les péchés mortels qu'on a eu le malheur de commettre. A cela il est aisé de répondre que, hors certains cas de nécessité et souvent de vraie impossibilité, la confession doit être entière. — La seconde: si, dans les occasions, la maladie par exemple, le danger pressant, le défaut réel de mémoire empêche de pouvoir donner à la confession cette espèce d'intégrité que l'on nomme matérielle, il est permis au pénitent de se réduire à l'intégrité formelle, toujours tout au moins nécessaire, qui consiste à dire ce que l'on peut de ses péchés, avec une intention sincère de les accuser tous si on le pouvait. Dans ces occasions, on peut obtenir vraiment le pardon de tous les péchés graves que l'on ne dit pas, puisqu'il y en a que souvent on ne pense pas même détester, mais qu'on ignore absolument. La réponse à cette question est qu'il faut nécessairement que la douleur et le bon propos tombentau moins en général sur tous ces péchés, et qu'ainsi on ne saurait écouter avec trop de soin les théologiens lorsqu'ils nous avertissent de donner à notre douleur, autant que nous pouvons, les motifs les plus surnaturels, et par-là les plus étendus et les plus universels. Ce qui doit s'appliquer, à proportion, aux péchés

(1) Pour ne rien exagérer sur cette matière, il est bon de rappeler que S. Thomas d'Aquin, S. Antonin, S. Alphonse de Liguori ne considèrent pas comme absolument obligatoire l'accusation des circonstances simplement aggravantes, et qui ne chaDgent pas l'espèce du péché S. Alphonse dit formellement : « Sententia mihi probabilior megat esse obligationem confidenti circumstantias aggravantes.» V. Mgr Gousset, Théologie morale, t. II, n° 420. {Edit.)

véniels eux-mêmes, si on veut à cet égard tirer de la confession tout le fruit qu'on en peut attendre.

[Des parties qui composent ce sacrement]. — Tout le monde sait assez que la confession, du côté du pénitent, demande nécessairement trois choses, sans lesquelles elle est nulle et souvent même sacrilège: 1°. Une douleur surnaturelle et une détestation de tous ses péchés, avec un ferme propos de ne les plus commettre; 2°. Une déclaration entière et sincère de tous les péchés mortels ; 3°. La satisfaction, qui n'y entre que comme partie intégrante. Le reste regarde le confesseur.

[De la douleur ou contrition]. — La contrition est une douleur et une détestation des péchés commis, jointe à la volonté de ne les plus commettre à l'avenir. C'est ainsi que le concile de Trente l'a définie, sess. 14, et il ajoute, un peu après, en parlant du mouvement de la contrition: « C'est ainsi qu'elle prépare à recevoir la rémission des péchés, si elle est jointe à la confiance en la miséricorde de Dieu. » De-là il faut conclure que la contrition ne consiste pas seulement à ne pécher plus ou à former le dessein d'embrasser une vie nouvelle, ou même à l'embrasser effectivement, mais particulièrement à détester sa vie passée, et à prendre les moyens de l'expier. Or, quand le concile définit que la contrition est une douleur, il faut voir de quel fond il veut plus directement que cette douleur parte. Il ne demande pas nécessairement qu'elle soit extérieure et sensible : ce serait l'aller chercher dans les sens et dans les facultés intérieures qui en dépendent. C'est une action de la volonté, et il est certain que cette douleur doit être telle que l'on ne s'en paisse imaginer une plus grande. Nulle autre faculté n'en saurait fournir une de la force de celle que la volonté peut produire; nulle n'est capable d'un si grand effort, ni ne peut porter ses actes si loin. La contrition parfaite est un acte de charité qui est formé par la crainte filiale. 11 est évident qu'elle ne doit, par conséquent, point avoir d'autre mesure que la charité même, et que, comme Dieu doit être souverainement aimé, on doit aussi, autant qu'on peut, détester souverainement le péché. Or, quelle autre puissance dans l'homme peut faire cela, que la volonté? Les autres facultés doivent bien agir, mais c'est par son mouvement et sa dépendance.

[D« nutrition]. — Comme on sait la différence entre Vatlritîon, qui s'appclle contrition imparfaite, et celle qui est parfaite, et qui s'appelle simplement contrition, il faut seulement remarquer que toute douleur du péèhé nVst pas suffisante, même avec le sacrement, si elle n'est conçue par un motif surnaturel, tel que l'est ordinairement de voir que le péohé nous prive du bonheur éternel, et qu'il nous assujettit aux peines de lVnfer, ou enfin la difformité du péché même, comme contraire à la loi de i Cette (ion leur, au reste, doit exclure toute affection au péché, et

renfermer une résolution ferme et sincère de ne le plus commettre. De-là vient que de concevoir de ia douleur de ses péchés, parce qu'ils nous privent des biens temporels ou qu'ils nous attirent des disgrâces de fortune, des maladies, ou de semblables châtiments, ce n'est pas une véritable attrition, ni qui dispose, dans le sacrement, à recevoir la grâce de la justilication, ce que le concile de Trente attribue pourtant à Tattrition véritable.

[Péché caché en confession]. — Tour ce qui regarde l'accusation et la déclaration des péchés, qui est la seconde partie du sacrement, et qui lui donne le nom de confession, outre ce que nous en avons dit, il faut être bien persuadé que celer un péché mortel est non-seulement un obstacle à l'absolution, mais de plus un nouveau péché et un sacrilège, parce qu'on viole la sainteté de ce Sacrement, et qu'on en rend la signification fausse. Sur quoi il faut supposer deux choses : — La première que Dieu ne remet jamais un péché sans l'autre, parce que la grâce n'en peut souffrir aucun; — la seconde, qu'il ne remet jamais un péché s'il n'est confessé, supposé que l'on puisse s'en souvenir. Or, que fait-on, quand on retient un péché dans la confession ? on empêche l'absolution de ce péché, et de tous les autres par conséquent: car, s'il en demeure un seul, ils y restent tous, et l'on y en ajoute un plus grave que tous les autres.

[De la satisfaction"]. — La satisfaction fait une partie du sacrement de Pénitence, quoique seulement intégrante, comme on Fappelle. Elle doit être imposée par l'ordre du prêtre, pour l'expiation des péchés du pénitent, qui la doit accepter dans la résolution ferme et constante de se corriger. La raison est que, quoique Dieu remette toujours, par l'absolution du prêtre, la coulpe du péché et la peine de la mort éternelle qui lui est due, toutefois il est certain qu'il ne remet pas toujours les restes du péché, ni les peines temporelles qui lui sont dues, comme le déclare le concile de Trente, et comme il est évident par plusieurs exemples de l'Écriture-Sainte. Outre qu'il y va de la justice et de la bonté de Dieu de ne pas permettre que nos péchés nous soient entièrement remis sans en faire aucune satisfaction, de crainte qu'on ne prenne sujet de-là de croire qu'ils sont moindres qu'ils ne sont en effet, et qu'on ne retombe dans de plus grands quand l'occasion s'en présentera. Or, on est obligé d'accepter la pénitence imposée par le confesseur, si on a la force de l'accomplir: car, s'il imposait des jeûnes trop rigoureux, qui ruinassent la santé ou des aumônes excessives qui incommodassent notablement, on peut représenter modestement sa situation, et demander une pénitence plus praticable.

Quand on dit que la satisfaction n'est qu'une partie intégrante du sacrement, il faut bien remarquer qu'on ne parle que de la satisfaction réelle et effective, ou, pour parler plus clairement, de l'exercice actuel

des œuvres satisfactoires. Car, à l'égard de la volonté de satisfaire à Dieu pour les péchés commis contre sa divine Majesté, et d'embrasser toutes les peines propres à cette fin, il est indubitable que cette volonté est aussi essentielle à la Pénitence que la douleur d'avoir offensé Dieu, cette volonté étant enfermée dans la douleur d'avoir péché. En effet, est-il concevable qu'une âme soit pénétrée d'une vive douleur d'avoir offensé Dieu, et que cette douleur n'excite pas en elle le dessein de lui satisfaire ? Non : ce serait une marque évidente qu'on n'est point touché d'un vrai repentir, et ce serait une preuve qu'on ne hait point son péché.

C'est une difficulté qui vient souvent dans la pratique, et que les casuistes ne manquent pas de proposer, si, pour donner l'absolution à un pécheur d'habitude, il suffit qu'il témoigne le désir de s'amender et de se servir des remèdes qu'on voudra lui ordonner. A cette question les théologiens répondent que, si l'habitude est invétérée, et que le prétendu pénitent ne se soit jamais mis en peine de chercher les remèdes contre cette habitude, ou si, ces moyens lui ayant été prescrits, il a négligé de s'en servir et n'a pas laissé d'approcher, en cet état, des sacrements, sans autre effet que d'augmenter ses désordres, il n'y a nul doute que le confesseur ne peut lui donner l'absolution. Le pécheur dit qu'il a de la douleur et une ferme résolution de changer de vie , il promet d'employer tous les remèdes qu'on voudra lui prescrire; mais il a toujours tenu le même langage, lorsqu'il s'est présenté au tribunal de la Pénitence, autrement on ne lui aurait pas donné l'absolution : et néanmoins tous ces discours et ces belles promesses n'ont été suivis d'aucun effet. Comment donc un confesseur peut-il aujourd'hui compter sur la parole d'un homme qu'il voit n'en avoir jamais gardé aucune en pareille occasion ? Qu'y a-til, dans la promesse qu'il fait aujourd'hui, qui mérite plus de confiance que les précédentes ?

[Douleur et déleslation du péché], — On confond communément, quand on parle de la contrition et de la pénitence, les mots de douleur et de détestalion du péché. Il est vrai qu'elles ne sont jamais séparées dans la pénitence. Il y a néanmoins de la différence entre ces deux sentiments de l'âme : car la détestation signifie proprement la haine et l'horreur qu'on conçoit du péché après en avoir connu l'énormité; et la douleur est une tristesse et une amertume de cœur qui, en suite de cette haine, naît dans l'âme coupable. De sorte que la douleur n'est qu'un effet et une suite de la haine qu'on lui porte; et que par conséquent la pénitence, qui consiste particu- "inent dans la contrition, consiste plutôt dans la douleur que dans la station de l'injure faite au Seigneur, puisque la contrition consiste elle-même à parler précisément dans cette douleur. Il est vrai cependant de dire, après S. Augustin, qu'il n'y a que la haine du péché qui fasse la vraie pénitence: Pcénitentiam certain non facit nisi odium peccati , parce t. h. ft

/t02 CONFESSION.

qu'il n'y a que la haine du péché qui produise ce regret et cette douleur de l'avoir commis.

Il faut, pour recevoir l'absolution dos péchés mortels, les détester tous et sans réserve, soit qu'on les déteste distinctement et chacun en particulier, s'ils sont présents à la mémoire, soit qu'on les déteste seulement en général, s'ils n'y sont pas présents. La raison en est évidente: regretter et détester le péché, comme on le doit, par une vraie pénitence, c'est le détester en tant qu'il est une offense de Dieu et une injure qui lui est faite, et comme le souverain mal, qui nous prive de sa grâce et de son amitié. Or, cette considération trouve son fondement dans tous les péchés mortels : donc vous les devez également détester ; et si vous pensiez en détester quelqu'un et n'en pas détester un autre, cette distinction serait une preuve évidente que vous ne détesteriez pas en vue de Dieu, ni en sa considération, celui même que vous penseriez détester, et par conséquent votre douleur prétendue ne serait point un sentiment de pénitence. Il faut donc que la douleur soit universelle, et qu'elle tombe sur tous les péchés qu'on a commis.

[Du pouvoir des prêtres]. — Les SS. Pères, fondés sur le témoignage des saintes lettres, ont cru sans hésiter que le Fils de Dieu a donné aux prêtres le pouvoir d'absoudre de tout péché. S. Ambroise, écrivant contre les Novatiens : Ces gens-là, dit-il, prétendent honorer le Fils de Dieu en disant qu'il n'y a que lui qui puisse remettre les péchés: n'est-ce pas là ce que prêchent les hérétiques de notre temps? Mais, bien loin de l'honorer, il le font passer pour menteur, qui est le plus grand outrage qu'on lui puisse faire. Personne, continue ce Père, ne le déshonore davantage que celui qui veut renverser l'ordre qu'il a établi et ruiner le pouvoir qu'il a donné à ses Ministres : car, puisqu'il a dit dans l'Évangile : Recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; qui des deux lui rend plus d'honneur, ou celui qui défère à sa parole, ou celui qui s'y oppose et qui veut détruire ce qu'il a si sagement établi? Les Novatiens disent qu'ils pardonnent les fautes légères ; mais le Sauveur, poursuit S. Ambroise, n'use d'aucune restriction ; il promet de faire grâce à tout le monde; il donne à ses prêtres le pouvoir d'absoudre de tout, sans rien excepter. Que peut-on dire de plus décisif? » (XVII De yœnit. 2).

S. Jérôme, parlant des prêtres {Episl. 1 ad Heliod.), dit que, comme ils sont les successeurs des Apôtres, ils ont les clefs du royaume, et jugent, en quelque manière, avant que le jour du jugement soit venu. S. Augustin sur le Ps. 101e, fait cette ingénieuse réflexion : « Que servirait à Lazare de sortir de son tombeau, si l'on ne disait aux Apôtres : Déliez-le et le laissez aller ? Quand on vous dit qu'un homme se repent de ses péchés, il est déjà ressuscité, et quand on ajoute qu'en se confessant il découvre sa conscience, il est déjà sorti du tombeau comme Lazare; mais

il n'est pas encore délié. Quand est-il délié, et qui sont ceux qui le délient ? Tout ce que vous délierez sur la terre , dit le Sauveur, sera délié dans le ciel. » C'est donc avec raison que l'Église peut absoudre des péchés.

S. Chrysostôme , au sujet des paroles de Notre - Seigneur, Les péchés seront remis à quiconque vous les remettrez : « Où sont, dit-il , ceux qui prétendent qu'il n'appartient point aux hommes de remettre les péchés ? Pierre les remet : il reçoit avec une grande joie les pénitents , et exerce cette puissance que Dieu a donnée à tous les prêtres» (Serm. 48). Le même, en un autre endroit, exprime son sentiment en cqs termes, les plus clairs qu'on puisse souhaiter : « Les prêtres seuls , parmi les Juifs , pouvaient guérir la lèpre du corps, ou, pour parler plus exactement, ils pouvaient déclarer qu'elle était guérie. Nos prêtres sont bien plus puissants : car ils peuvent , je ne dis pas déclarer guérie , mais guérir effectivement la lèpre, non pas du corps mais de l'âme. C'est pourquoi ceux qui les méprisent sont, à mon avis, plus criminels que ne fut Dathan avec ses complices » (III De Sacerd. 4). C'est ainsi que parle ce Père , qui semble avoir eu dessein de condamner par avance les hérétiques de ces derniers siècles, qui disent que les prêtres ne remettent point les péchés , mais qu'ils déclarent seulement que les péchés sont remis.

[Conclusion]. — Il y a deux choses, dans le sacrement de confession, qui semblent difficiles à croire. L'une est que les hommes aient le pouvoir de remettre les péchés ; l'autre, qu'il faille nécessairement les leur confesser, et que, sans cette condition, on ne puisse en être absous, Cela supposé, on peut raisonner de cette sorte contre les sectaires de notre temps. Les docteurs et les prélats les plus célèbres de l'antiquité, et les plus proches du temps des Apôtres , avec tous les peuples qu'ils avaient sous leur conduite, ont cru ces deux points : donc il faut que les Apôtres en aient instruit les fidèles de la primitive Église , qui les ont crus comme des articles de foi. Car si , après la mort des Apôtres , des gens sans nom et sans caractère eussent essayé d'en établir la créance , il se fût trouvé sans doute , parmi tant de milliers de chrétiens répandus dans toute la terre , beaucoup de personnes qui auraient désapprouvé et combattu une doctrine si nouvelle, si inouïe, et qui contenait des choses si difficiles à croire et malaisées à pratiquer : une nouveauté comme celle-là ne se serait paa introduite dans l'Église sans faire du bruit, et sans que plusieurs ré< 'Limassent et fissent tous leurs efforts pour l'étouffer dans sa naissance. L'Eglise nous enseigne que nous avons deux voies pour contenter la justice de Diku : l'une ordinaire, et l'autre extraordinaire ; l'une facile, et l'autre difficile; l'une de rigueur, l'autre de privilège. La première se fait l'.iyons la peine qui reste ordinairement après la rémission de la coulpe, par une pénitence rigoureuse, par les macérations du corps, par La ferveur des oraisons cl par La Libéralité des aumônes. La seconde

4Q4 C0NFES8I0N.

voie est lorsque nous contentons la justice de Dieu par les satisfactions abondantes de Jésus-Christ, de la B. Vierge et des saints , qui nous sont appliquées par l'autorité du chef de l'Église , dans des jubilés et dans les indulgences plénières qu'il nous accorde.

S vi.

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[Utilité de la confession"!. — Toutes les personnes de piété sont persuadées que tout ce que nous voyons que Dieu a conservé jusqu'ici dans l'Eglise de sainteté , de piété et de religion , doit être particulièrement attribue a la confession. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si l'ennemi commun des hommes , ayant dessein de détruire entièrement la religion , d'introduire le libertinage, la corruption des mœurs et toutes sortes de désordres parmi les chrétiens, a fait tous ses efforts , au siècle passé , pour anéantir cette partie de la pénitence qui sert comme de défense et de bouclier a la vertu chrétienne. En effet, cette sainte pratique n'est pas seulement utile à maintenir la piété , elle l'est encore pour entretenir la société humaine, puisqu'il est constant que, si on abolissait la discipline ecclésiastique , la confession sacramentelle, non-seulement le monde serait rempli d'une infinité de crimes cachés , mais même les hommes , étant corrompus par l'habitude du péché , n'auraient plus de honte de le commettre publiquement, et de s'engager tous les jours dans de plus grands désordres La honte qu'un homme a de se confesser est comme un frein qui arrête le désir et la liberté qu'il a de pécher, et qui réprime la malice de son cœur. La confession doit être fréquente : car rien n'est plus utile a un homme qui se sent coupable de quelque péché mortel que de s'en confesser le plus promptement qu'il lui est possible, afin de prévenir les maux dont il est menacé. Et certes , quand même on pourrait se promettre une plus longue vie, ne serait-ce pas une chose bien honteuse qu ayant .tant de soin de la netteté de nos corps et de la propreté de nos habits nous en eussions beaucoup moins pour empêcher que notre âme ne ternit sa gloire et sa beauté par les taches honteuses du pèche? (Catéchisme du Concile de Trente).

[Alternative pour nos péchés]. - Il y a deux tribunaux où nos péchés doivent paraître : le tribunal de la Pénitence , et celui du Jugement général. Si nous les découvrons dans le premier, ils ne paraîtront point dans le second. L'une ou l'antre de ces deux hontes est inévitable; choisissez, et,

de peur de vous tromper dans le choix, faites comparaison de l'une et de l'autre. La honte que vous souffrez dans la confession est légère : vous découvrez votre péché à un confesseur discret , compatissant , charitable, qui adoucit votre peine tant qu'il peut, qui vous donne l'absolution e t qui vous ouvre le ciel ; mais , au jugement , ah! quelle confusion ! votre péché ne sera pas révélé à un homme seul, mais à tout le monde ; non à un homme compatissant et charitable, mais à vos ennemis ; non à un homme qui vous console , mais à des hommes qui vous condamneront avec Dieu, et qui vous accableront de reproches ; à cet ami que vous avez trahi, à ce mari que vous avez trompé, à cet innocent que vous avez calomnié et dont vous avez déchiré la réputation. Si vous avez honte de découvrir maintenant ce péché secret , que sera - ce à ce jugement , où il sera impossible de vous cacher et où ce sera une peine intolérable dt vous montrer ? Où irez-vous alors ? que deviendra cette langue qui n'aura point voulu parler,~et ce visage qui aura si bien dissimulé ? Ne sera-ce point alors que vous direz aux montagnes de tomber sur vous, et que vous souhaiterez , mais en vain , que l'enfer s'ouvre pour vous cacher ? Vous pouvez maintenant , en confessant votre crime , prévenir cette confusion, et la faire retomber sur le démon qui en est l'auteur. (Discours chrétiens.)

[A quoi s'exposent ceux qui diffèrent à se confesser] . — Vous savez qu'étant en péché mortel vous êtes l'ennemi de Dieu et l'objet de sa haine et de sa colère: comment pouvez-vous en soutenir le poids, et demeurer un seul moment dans cet état? comment n'en appréhendez- vous point les suites, qui ne sont rien de moins qu'un malheur éternel? Et cependant vous demeurez dans cet état, non pas des moments ni des jours, mais des années entières. Sachant qu'il y a un moyen d'apaiser ce souverain Maître et que ce moyen est également sûr et facile, savoir la confession ; qu'il ne faut qu'avouer vos crimes pour en obtenir le pardon ; que vous déclarer coupable pour vous justifier; sachant que Dieu même vous offre ce moyen, qu'il vous invite à vous en servir, vous délibérez si vous vous servirez de ce moyen, et vous différez des années entières à vous en servir, à vous réconcilier avec un aussi redoutable ennemi, et à vous mettre à couvert des effets d'une colère toute-puissante! Fut-il jamais conduite plus incompréhensible? c'est pourtant celle de tous ceux qui, ayant des péchés mortels sur la conscience, diffèrent d'approcher du sacrement de Pénitence. (Nepveu, Réflexions chrétiennes , tom. 2).

[Ln confession n'est point une invention humaine]. — La confession n'est point

une Invention humaine, mais elle est d'institution divine. En effet, si c'est

un joug m pénible et si ce n'est pas Jésus-Christ qui l'a imposé, pouvon -

nous comprendre que les hommes, dans la suite des temps, aient laissé

lir une loi aussi rigoureuse que celle-là par d'autres hommes comme

eux, sans le remarquer, sans se récrier contre une pareille innovation et gans se plaindre? Quoi! les conciles n'en auraient point parle, les histoires n'en auraient fait aucune mention ; on aurait passé sous silence un point si important? Il est donc vrai, puisque nous ne voyons aucun temps où l'usage de la confession ait commencé depuis Jésus-Christ dans le christianisme, que c'est Jésus-Christ même qui l'a institué et de qui nous l'avons reçu; Quorum remiser il is peccala remlttunlur eis^et quorum retinueritis retenta sunt. (Giroust, Ave ni).

[Douceur de cette loi]. — Si, dans la justice humaine, il ne s'agissait, pour avoir la rémission de ses crimes, que de les déclarer, il ne faudrait plus de prison ni de tourments ; il n'y a pas un criminel qui n'achetât sa grâce à si peu de frais. Quand un prince, dit S. Chrysostôme, a été offensé, que de longueurs, que de négociations, que de soumissions pour l'apaiser ! Il faut laisser refroidir peu à peu sa colère ; il n'est pas encore temps de lui parler; il faut le ménager. On gagne des gens qui approchent de sa personne ; on cherche de l'appui auprès des ministres ; on paie bien cher le témoignage d'un favori que l'on veut mettre dans ses intérêts. Cependant les années se passent à attendre, et quelquefois à attendre sans fruit. Mai dans la justice divine, à l'égard de Dieu, de ce grand et souverain Maître, disons mieux, de ce bon et favorable maître, il n'y a point tant de mesures à [prendre : confiez-vous en lui ; vous pouvez avoir recours à lui quand vous le voudrez ; point d'autre médiateur que le premier ministre qui se présente à vous ; point d'autre dépense que la douleur de votre âme et quelques larmes de vos yeux. Sans même que les yeux pleurent, il suffit que le cœur soit touché et qu'il s'explique par la bouche.

Le sacrement de Pénitence est un remède qui ne peut opérer si sûrement ni si promptement qu'il ne travaille un peu le malade ; mais, s'il en coûte et s'il y a quelque effort à faire, on en est bien payé par l'onction que Dieu répand dans une âme et par le repos qu'il lui fait goûter. Ce qui nous en doit d'abord convaincre, c'est notre propre sentiment: quel calme, quelle suavité intérieure ne ressent-on pas quelquefois, après une confession ! Le pécheur éprouve bien que c'étaient de fausses idées qui l'en éloignaient, et une crainte vaine qui l'arrêtait. Quelle sainte liberté! il semble qu'on est déchargé d'un fardeau pesant que l'on portait. M'en voilà quitte enfin! j'ai parlé, j'ai jeté le venin que j'avais sur le cœur! La grâce qui accompagne le sacrement agit d'une manière si insinuante, qu'on perd tout le souvenir des difficultés que l'on a eues à surmonter, et, si l'on a un reproche à se faire, c'est de ne s'être pas mis plus tôt en état de connaître le Seigneur, et de profiter d'un remède dont il sait si bien réparer l'amertume.

Quel plus grand avantage puis-je souhaiter, dans ce jugement, que d'être seul écouté et cru dans ma propre cause ? point d'autre témoin que moi. C'est par-là, mon Dieu ! c'est par ces innocents artifices, que vous

nous mettez à couvert de la calomnie. C'est seulement sur mon témoignage que l'on décide ; c'est à moi que l'on s'en rapporte sur le nombre, sur la qualité des faits, sur les vues et les intentions que je me suis proposées. Je m'adresse d'abord à mon juge : ce n'est point par violence que l'on m'y conduit, c'est moi-même qui le cherche ; tout se passe entre lui et moi, sans qu'il soit nécessaire que personne y soit appelé. Mais encore, quel est- il ce juge! 0 homme, c'est un homme comme vous; un homme faible et fragile comme vous ; pécheur comme vous ; connaissant ses propres infirmités, et engagé par-là même à compatir aux vôtres ; c'est un homme obligé par toutes les lois divines et humaines à un secret inviolable. Sa langue est tellement liée, que rien ne la peut délier, et j'avoue que je reconnais en cela un miracle perpétuel de la Pénitence. (Le même).

[De la honte de découvrir ses péchés]. — Hélas ! que sert de cacher pour un temps ce qu'on ne peut cacher pour toujours? que sert d'éviter une honte passagère, si l'on ne peut éviter une honte éternelle? Le prophète Osée nous avertit que, plus le pécheur cache ses iniquités en cette vie, plus il souffrira de confusion dans l'autre : Colligalaesl iniquilas Ephraim, absconditum peccalum ('jus: dolores parlurienlis veulent ei, La honte est une suite nécessaire du péché : si vous la souffrez en cette vie, elle sera salutaire pour vous ; mais si vous attendez à la souffrir dans l'autre, ce sera une honte pernicieuse et insupportable : In judicio confundentur pemiciosè qui modo nolunt confundi salubriler. Nous avons une preuve de cette vérité dans la personne de David, qui reçut d'autant plus de honte de son crime qu'il avait plus pris de soin de le cacher : Tic fecistl absconditè : ego aulem faciam verbum isliul in conspeclu omnis Israël, et in conspeclu solis. Triste figure de la confusion que recevra le pécheur qui aura évité la sainte honte de Ja Pénitence? Etrange insensibilité du cœur de l'homme à l'égard de son salut éternel ! Si un criminel était assuré d'éviter la honte de son supplice en confessant seulement à un de ses juges, le démon aurait beau le tenter; cet homme ne manquerait pas d'avouer ingénument son crime, et la honte de cette confession ne le toucherait pas. (Essais de Sermons).

J'avoue que cette déclaration de nos péchés les plus énormes et les plus

secrets à un confesseur ne se peut faire sans en recevoir de la confusion ;

mais je dis qu'il la faut accepter avec courage, et bénir Dieu de ce que,

ayant mérité la confusion éternelle des damnés, il se contente de nous

taire rougir deux ou trois moments devant un homme. Dieu pouvait-il

demander aux criminels une satisfaction plus douce, pour les recevoir en

grâce, que L'aveu et la confession de leurs crimes ? C'est le seul juge qui a»

de (la sorte. La justice humaine n'attend que cet aveu pour prononcer

8 de mort; les juges de la terre pressent les criminels de leur dire

■'ils upables, non pour les absoudre, mais pour les punir; Les

les, Les chevalets, et plusieurs autres supplices, doivent suivre

immédiatement cette confession de leurs fautes: niais le juge du ciel, dont

la justice en cette vie est toute remplie de miséricorde, n'agit pas de la sorte. (Texier, Dominicale).

[Institution de ce Sacrement]. —Jamais sacrement n'a été institué par Jésus- Christ avec plus de solemnité et de clarté que celui de la confession. Jésus-Christ, après sa résurrection, appelle ses Apôtres et leur dit: « Gomme mon Père m'a envoyé, je vous envoie: » c'est-à-dire, je vous envoie pour la môme fin que mon Père m'a envoyé, qui est pour remettre les péchés : et parce que cet emploi surpasse infiniment les forces de l'homme, « recevez mon Saint-Esprit. » Ce sera par la vertu de cet Esprit que les péchés que vous remettrez seront remis, et ceux que vous retiendrez, c'est-à-dire que vous ne remettrez pas, ne seront pas remis. Voilà ce ministère de réconciliation donné aux Apôtres dont parle S. Paul; voilà le pouvoir déjuger, dont il fait mention dans sa première Épître : Nonne de Us quœ inlùs sunt vos judicatis? (II Cor. S). Ce qui fait que S. Jérôme, considérant nos prêtres comme les successeurs des Apôtres , dit qu'ils jugent, en quelque façon, avant le jugement : Qui, claves regni cœlorum habenles, anle diem judicii judicanl. (Épist. ad Thiod.). — (Texier).

[Du peu de fruit ordinaire]. — Nous ne voulons pas guérir, nos maladies nous plaisent, et nous aimons les maux qui nous accablent : voilà en deux mots la raison pourquoi le sacrement agit si peu, et qu'il y a si peu de conversions véritables. Nous ne faisons, la plupart du temps, que de vains efforts d'une volonté languissante, qui ne produit rien qu'un essai et une fausse image de Pénitence. Ce n'est jamais qu'un, Je voudrais; et, quand nous nous disons à nous-mêmes qne nous voulons, tout cela n'est qu'illasion; notre lâcheté peut convaincre aisément tout ce que nous disons d'imposture. De-là vient qu'on ne fait qu'une confession superficielle, qu'on craint de rentrer dans soi-même pour y sonder les plus secrets mouvements de son cœur, que nous n'avons pas une ferme résolution de rompre les attachements criminels qui empêchent que nous ne soyons entièrement à Dieu, et, enfin, que nous nous contentons de mettre un léger appareil sur les plaies de notre conscience. (Anonyme).

[Combien la confession est consolante]. — Il n'est rien de plus consolant dans la religion chrétienne que la confession. C'est par-là, dit S. Ambroise, que nous imposons silence aux remords importuns de notre conscience, et que, prévenant le jugement d'un Dieu sévère en nous accusant nousmêmes, nous fléchissons sa rigueur et l'obligeons à nous pardonner : Dixi: ConfUebor aduersàm me injustitiam meam Domino ; et tu remisisti impielatempeccati mei. Plus nous nous accusons rigoureusement, plus notre juge est prêt à nous excuser; et, dans ce nouveau genre de jugement, le criminel qui confesse son crime est absous, et celui qui le dissimule est puni. La sagesse de Dieu a voulu attacher le pardon de nos crimes à cet aveu

humiliant, et faire de la confession de nos fautes comme l'entrée d'une vie chrétienne et pénitente: Introite portas ejus in confessione. La majesté de Dieu, qui a été offensée par l'insolence de la créature rebelle à ses lois, ne pourrait trouver une réparation plus digne d'elle que l'humiliation du pécheur prosterné, qui s'accuse comme coupable. C'est pour cela que Tertullien appelle la confession la science et le secret d'abattre l'orgueil de l'homme, et de réparer l'outrage fait à Dieu,

Combien y a-t-il de personnes qui vivent dans une négligence affectée de leur salut, et qui ne font jamais de réflexion sérieuse sur l'état de leur conscience; qui craignent d'en sonder les plaies et d'en percer tous les replis, pour n'y pas voir des désordres qu'ils veulent se cacher à euxmêmes pour éviter la peine d'y remédier? L'ignorance de ces pécheurs, bien loin de les excuser, est un crime volontaire qu'ils ajoutent à tous les autres; c'est une ignorance de leur volonté, et non de leur entendement; ils ne voient pas ce qu'ils ne veulent pas voir; ils forment eux-mêmes le nuage qui leur cache la lumière. L'ignorance de ces pécheurs négligents vient de leur paresse : Noluit intelligere ut benè ageret. Ils ne veulent pas entendre cette voix secrète de leur conscience qui les accuse, et qui les presse de s'accuser eux-mêmes; ils tâchent d'en peu savoir, afin d'en peu déclarer; ils ne veulent pas examiner si ces contrats sont usuraires, de peur qu'on ne les oblige à restitution. (Essais de sermons).

[Confession sincère]. — Puisque Dieu vous pardonne sans déguisement, vous devez vous accuser sans artifice. Vous êtes le seul accusateur et le seul témoin qui puisse déclarer vos offenses , et Dieu n'emploie aucune autre gêne, pour tirer de votre bouche l'aveu de vos crimes, que les mouvements de sa grâce et les remords de votre conscience, dit Tertullien. Ainsi, plus vous serez un sévère accusateur de vous-même, plus vous trouverez un juge indulgent. Cependant on ne saurait s'imaginer les détours imperceptibles dont la plupart des pécheurs se servent pour déguiser leurs péchés, même en les confessant; ils se trompent les premiers, pour mieux tromper leur juge, et c'est d'eux que le prophète parle lorsqu'il dit que l'iniquité s'est mentie à elle-même : Mentita est iniquitas sibi. (Les mêmes).

Ama confessionem si amas decorem, dit S. Bernard : bonum animœ ornamenlum confessio : Si vous aimez la beauté de votre âme, aimez la confession : c'est elle qui la peut orner, et retracer tous les traits de beauté qui i y étaient effacés par le péché. Mais quoi? dira-t-on : Dieu a-t-il besoin d'une déclaration de bouche? ne lit-il pas dans nos coeurs? n'y voit-il pas ce qui s'y passe? Ah! dit un Père, il demande cet aveu, non ut agnoscal, ■i ignoscat, non pas pour mieux nous connaître, car il voit jusqu'aux moindres replis de nos consciences, mais afin de nous pouvoir pardonner. Il lui suffit que nous lui découvrions nos péchés pour les couvrir luimême; il suffit que nous nous accusions pour nous excuser; il lui BU fût

que nous nous condamnions pour nous absoudre. La confession peut-elle avoir rien de plus avantageux? (Le P. Masson, Avcnt).

[Enfantement à la grâce]. — S. Chrysostôme appelle notre renaissance à la grâce Partusspirilualîs, parlusex graiiâ, un enfantement spirituel qui a cela de commun avec l'enfantement corporel, qu'il ne se fait point sans douleur: car le seul rapport qu'il y ait entre ces deux enfantements, entre ces deux naissances, c'est que dans l'une et dans l'autre il y a à souffrir. On souffre pour faire naître un corps : il faut souffrir pour faire renaître une âme qui était morte par ses péchés : Ibï dolores ulparturientis. En effet, quelle peine n'a pas quelquefois une personne quand il lui faut déclarer un commerce secret, un commerce honteux ; quand il lui faut découvrir ce qu'il y a de plus caché au fond de son cœur, ses faiblesses, ses intrigues, ses complaisances , ses libertés criminelles ; quand il lui faut sacrifier à l'oreille d'un homme sa réputation? Ibï dolores ut parlurienlis. On s'est caché souvent à soi-même pour commettre des choses qu'alors on révèle : on n'a plus de honte, parce qu'on n'a plus d'amour que pour Dieu; et, abandonnant toute considération humaine, on fait voir tout ce que l'on est, surtout dans l'intérieur, pendant qu'à l'extérieur on paraît tout autre. J'avoue qu'il y a de la peine; mais c'est une peine qu'il faut surmonter. {Le même) .

[Dessein de se corriger]. — Que cherche-t-on dans la confession? à changer de vie, à retourner sincèrement à Dieu, à lui demander la grâce de rompre pour toujours les liens qui nous attachent à la créature, à détester les péchés que Ton a commis, et à prendre toutes les mesures nécessaires pour n'en commettre plus qui méritent d'être détestés? Point du tout : on y cherche à s'acquitter extérieurement des devoirs de chrétien, à convaincre les autres et à se persuader à soi-même qu'on mène une conduite régulière, par l'exactitude avec laquelle on s'approche des sacrements ; mais surtout on cherche à étouffer les remords de sa conscience, dont on ne veut point souffrir le reproche. Or, voici comment on parvient à se procurer cette tranquillité, qui est le but des désirs de tous les hommes. Nous sommes coupables de mille faiblesses sur lesquelles nous gémissons volontiers et que nous détestons d'assez bonne foi, et cette douleur apparente suffit pour nous persuader de la validité de notre confession. Mais il est un péché favori, l'enfant du cœur, la source de tous nos désordres, sur lequel on s'étourdit, dont on ne s'accuse que comme d'un péché de passage, au lieu de le faire connaître pour un péché d'habitude et invétéré. Et voilà pourquoi on change de confesseur, parce qu'on ne veut pas changer de péché : tantôt même on le supprime tout-à-fait, soit qu'aveuglé on ne voie point la difformité de ce péché, soit qu'on ne puisse se résoudre à confesser toujours un péché qu'on n'est point fâchdW'avoir commis. Ainsi, à force de se tromper et de tromper un confesseur, on fait tant qu'où met

PARAGRAPHE SIXIEME. 4 l L

ce péché au nombre des choses permises, ou du moins indifférentes, et qu'on arrête les remords qui avaient inquiété longtemps. (Monmorel, 3e dimanche de Carême) .

[De ceux qui diffèrent de se confesser]. — Pourquoi tant différer votre confession ? Plus vous différerez, plus vous aurez envie de différer, et plus vous aurez, ce semble, de raisons de le faire. Plus vous différerez, plus vous multiplierez les péchés, et plus ensuite vous aurez de peine à vous en souvenir. Mais, si vous les oubliez, croyez-vous pour cela que Dieu les oublie? Croyez-vous qu'un oubli que vous auriez pu éviter ou prévenir, et qui est l'effet d'une négligence volontaire et d'un retardement criminel, vous excuse devant Dieu? Si cela était, il ne faudrait qu'être négligent pour rendre sa confession plus aisée. Est-ce une bonne disposition pour se confesser que de le faire rarement? Apprend-on à faire une action en la pratiquant peu souvent? Acquerrez-vous de bonnes habitudes de pénitence en n'en pratiquant les actes qu'une fois l'an? Est-ce bien se disposer à la guérison que de différer toujours le remède, et de ne l'appliquer que quand le mal est invétéré, et qu'il est presque incurable? Croyez-vous que les difficultés diminuent par ce retardement, ou plutôt ne voyez-vous pas qu'elles augmentent? Les péchés s'enracineront, les habitudes se fortifieront, et la volonté s'affaiblira. (Le P. Nepveu, Réflexions chrét.).

[De la honte en confession]. — Le plus ordinaire moyen dont le démon se sert pour rendre les confessions imparfaites, et le lien le plus commun dont il lie leur langue, est la honte naturelle que nous avons de déclarer nos péchés ; invention d'autant plus dangereuse, que la crainte du déshonneur est une des plus violentes passions de notre nature, et des plus difficiles à surmonter. Dieu même nous avait donné la honte pour servir de frein à notre liberté, et pour nous détourner du péché : de-là cette difficulté naturelle que nous avons à l'offenser, lors même qu'il n'y a point de témoins. C'est cette louable pudeur qui fait rougir une personne innocente au premier abord d'un péché, s'il est tant soit peu honteux : comme si L'âme voulait se déguiser sous ce voile pour n'être pas aperçue en cet état. C'est cette honte qui fait chercher la solitude et la nuit pour commoftre les crimes et les cacher aux yeux des hommes. Mais, hélas! que les douions ont bien renversé l'usage de cette passion, puisqu'ils font servir à nous rendre criminels ce que Dieu nous avait donné pour nous empêcher <!o, l'être I Quand il faut offenser Dieu, le démon nous rend impudents; quand il faut confesser le péché, il nous rend timides : il nous ôte la honte quand il faut faire le mal, et nous la rend quand il faut prendre le remède. Aussi oruel quand il la rend que quand il l'ôte : comme si l'on an soldat alors qu'il doit se défendre de son ennemi, et si on Les Loi remettait entre les mains pour se tuer lui-même. Quoi donc! dira ' coupable, faut-il que j'aille révéler dans une confession co

112 ' 0NFESS10N.

qui s'est passé dans les ténèbres, cette trahison, cette lâcheté, cette impureté secrète, ce que je n'ose me dire à moi-même? etc.

Nous avons honte de paraître criminels au tribunal de la pénitence ! Eh! ne savons-nous pas que, pour avoir notre grâce, il faut avouer notre péché? Nous craignons de découvrir cette plaie à un confesseur! Eh! n'avons-nous pas appris que, pour guérir un mal, il faut le dire? Certes, quand il n'y aurait autre chose que les gênes de la conscience dans un péché mortel, quand il demeure caché; ces remords, ces craintes, ces frayeurs, sont si épouvantables à un chrétien, que ce serait agir prudemment que de s'en délivrer au prix d'une petite difficulté, et d'immoler cette honte et cette confusion à la paix de sa conscience. Mais voyez un peu dans quelle perplexité se trouve un pécheur qui croit comme un article de foi la nécessité d'une confession entière. Il faut donc qu'il se confesse ou qu'il se damne; il n'y a point de milieu : la honte d'un moment, ou une éternité de supplices; un enfer ou une confession; rougir d'un peu de confusion, ou aller au feu éternel. Ne faut-il pas être bien insensé, dit un S. Père (Pacianus), de faire difficulté d'acheter un bonheur éternel par une confusion qui passe en un moment? Peccator erubescet, perpétuant vitam prœsenti pudore mer cari ? (Traité de la confession fréquenté).

[Défaut de l'examen"!. — Il y a des personnes qui, dans l'examen qu'elles font d'elles-mêmes, ne vont point jusqu'au fond de l'âme, parce que dans ce fond elles entrevoient un amas de corruption qu'elles craigent de découvrir entièrement, de peur qu'une plus grande connaissance ne les oblige à se réformer. C'est pourquoi, on se contente de passer légèrement sur ce qu'on a fait depuis sa dernière confession; on s'attache aux fautes qu'on ne peut retrancher, sans donner atteinte à certain plan de vie qu'on s'est tracé à soi-même sur les règles du monde et de l'amour-propre, et qu'on n'a pas envie de changer ; et'xe plan, auquel on ne touche point quand on s'examine, renferme mille maximes contraires aux maximes de Jésus-Christ. Cependant, de peur d'être obligé effectivement de changer de vie, ou de réveiller les reproches de la conscience, on ferme les yeux à tous ces désordres ; on se persuade que ce n'est rien, et que, si l'on pèche quelquefois en vivant de la sorte, ce sont des effets de la fragilité plutôt que des occasions où l'on s'engage. (Le P. delà Colombière).

[Défaut de contrition]. — Jugez combien notre douleur est légère et notre résolution faible! Non-seulement on s'excuse, on déguise, on diminue ses péchés par des expressions faibles et ambiguës, mais encore, après les avoir à peine avoués, on dispute avec le confesseur pour un jeûne de deux ou trois jours, on se défend de faire une aumône, on ne peut consentir à se priver d'une légère satisfaction. Quel repentir est celui-ci? quelle résolution de renoncer au péché, puisqu'on ne peut se résoudre à ne prendre les moyens? On voit, à la vérité, quelquefois de vrais péni-

tents venir se jeter aux pieds d'un prêtre; mais ils sont rares, et il est aisé de les distinguer. Car alors il me semble voir des malades qui ne peuvent plus supporter le mal qui les tue, et qui veulent guérir à quelque prix que ce soit; qu'on perce, qu'on coupe, qu'on brûle, pourvu qu'on me soulage; il n'importe par quel tourment on mette fin à mon supplice. Mais il y en a d'autres qu'on a de la peine à faire rentrer en eux-mêmes, etc. {Le même).

[Quitter l'occasion prochaine]. — Qu'est-il nécessaire de chercher si loin des preuves de sincérité dans le propos que nous faisons de changer de vie, puisque, dans le temps même qu'on fait ce propos, on est encore bien souvent dans le désordre dont on s'accuse? Par exemple, vous avez chez vous une personne dont tout le monde est scandalisé, ou bien vous êtes dans une maison où vous avez une occasion prochaine d'offenser Dieu: vous dites que vous êtes dans le dessein d'ôter ce scandale, de sortir de ce péril ; mais pourquoi ne l'avcz-vous pas fait avant de vous approcher de ce sacrement de Confession? Comment osez- vous paraître aux yeux de votre juge sans lai avoir donné cette preuve de votre repentir? Comment osez-vous dire que vous ne retomberez plus dans le crime après vous être confessé, puisque vous ne le quittez pas même pour vous confesser? N'était-il pas plus à propos, n'y avait-il pas plus de bienséance, de commencer par vous réconcilier avec votre ennemi, par restituer ce bien mal acquis, par réparer le tort que vous avez fait à la réputation de votre frère? Pourquoi voulez-vous attendre après la confession à vous acquitter de ces obligations indispensables? Voulez-vous que je vous le dise? c'est parce que vous avez une volonté secrète de ne rien faire de tout cela. (Le même).

[Défauts en s'accusant]. — L'homme n'aime pas à se voir soi-même dans toute sa perversité, encore moins à se montrer aux autres. Nous tenons ce défaut d'Adam. Honteux de lui-même après son péché et insupportable à ses propres yeux, il s'alla cacher sous un arbre; et, sa honte le rendant ingénieux, il se fit un habit de feuilles. Mais enfin, contraint de paraître pour répondre de son péché, au lieu de le confesser humblement, il le déguise, il l'enveloppe, il en supprime les circonstances; il y ajoute des excuses; au lieu de dire, en un mot, « J'ai péché », il fait un discours où il ne marque que confusément son péché : Mulier quam dedisli mihi dedU mihi de ligno, et comedi. Au lieu de développer les péchés d'orgueil, de désobéissance, d'ingratitude, renfermés dans son intempérance, et tous plus grands que son intempérance même, il les enveloppe tous au cone dans ce seul mot : Comedi, j'ai mangé. Combien de semblables con- !<>ns? Combien de gens qui, en de longs discours, confondent et enve- "' de I péchés, qu'un confesseur ne voit qu'à demi? Combien qui en renferment plusieurs en des termes qui n'en marquent qu'un, qui n'est

souvent que le moindre? — J'ai mal parlé du prochain, dit l'un; — Je me suis mis en colère, dit l'autre; — J'ai trop joué, dit celui-ci : mais celui qui a mal parlé, dit-il que c'a été la vengeance et la haine qui l'ont fait parler? dit-il que ce qu'il a dit sans douter et affirmativement n'est fondé que sur la témérité de ses soupçons? dit-il que ceux dont il a parlé en ont perdu leur réputation? Celui qui s'accuse de colère ajoute-t-il que cette colère lui cause de grands emportements, trouble la paix de sa famille, remplit de murmures ses domestiques, le rend insupportable à ses voisins? Celui qui se confesse d'excès au jeu confesse-t-il que ces excès vont à intéresser sa famille, à mal payer ses créanciers, à ruiner l'héritage de ses enfants, à le mettre hors d'état de faire l'aumône? etc. (Le P. d'Orléans).

[Qualités de l'aveu]. — Si le péniten doit avoir la vigilance et l'exactitude d'un bon juge dans l'examen de ses péchés, il doit avoir l'esprit et la passion d'un accusateur dans la confession qu'il en fait. Ce n'est pas assez qu'il les déclare au prêtre comme il raconterait l'histoire d'un autre : il faut qu'il fasse cette confession avec un zèle de justice et un esprit de vengeance contre soi-même : Animo accusatoris, dit le Concile de Trente, ut ea in nobis vindicare cupiamus; il faut qu'il s'en accuse dans la vue d'en porter la peine qui lui est due, et d'en offrir à Dieu une satisfaction convenable. Car de quoi servirait d'avoir fait un examen si rigoureux de sa conscience, s'il déguisait ensuite dans sa confession, s'il palliait de divers prétextes, s'il amoindrissait le mal qu'il a fait? C'est donc manquer à une des plus importantes conditions de la confession que de rejeter sur autrui une partie de la faute dont on s'accuse, d'alléguer toutes les excuses qui ont capables de l'amoindrir, et d'omettre les circonstances qui l'aggravent, et qui peuvent mieux découvrir le fond du cœur au confesseur. Agir de la sorte, n'est-ce pas plutôt vouloir se justifier que s'accuser sincèrement? Mais c'est se tromper, c'est se rendre indigne du pardon que l'on recevrait par un humble aveu ; c'est se fermer, selon les Pères, la porte de la divine miséricorde, de n'ouvrir pas assez son cœur.

Croyez-vous que Dieu exige trop de vous, après que vous l'avez offensé, de ne vouloir point vous pardonner qu'après que vous aurez fait une entière déclaration de vos péchés à ses ministres, sous le sceau inviolable du sacrement ? Ah ! si nous concevions comme il faut, l'énormité d'un péché mortel, combien effroyable est l'outrage qu'il fait à Dieu, combien les droits de sa justice sont immenses, combien toutes les réparations que nous pouvons faire de cet attentat sont disproportionnées quant à la satisfaction qui lui en est due, nous serions sans doute ravis de la bonté et de la condescendance ineffables de notre Dieu; nous ne saurions assez admirer qu'étant si grand, si puissant, si saint, si indépendant de ses créatures, après avoir été si indignement traité des hommes, il daigne pourtant nous recevoir en ses bonnes grâces et nous offrir le pardon de nos péchés,

pourvu que nous en ayons un vrai repentir et que nous en fassions une pleine déclaration à ses ministres.

Ah ! Seigneur ! c'est trop de bonté ; c'est un trop grand relâchement des droits infinis de votre justice, c'est une trop grande condescendance. Quand vous exigeriez de nous, pour l'expiation d'un péché mortelles plus rigoureuses austérités; quand vous nous ordonneriez de passer le reste de notre vie dans les pleurs et les gémissements, dans le retranchement de toutes les aises, enfin dans tous les exercices de la pénitence les plus humiliants et les plus pénibles, encore serait-ce une grande miséricorde et un inestimable bonheur pour nous d'obtenir pardon de nos crimes de cette sorte. Mais, Seigneur, que votre miséricorde est bien plus grande à notre égard ! Je n'y saurais penser sans des transports d'admiration. (La Font, Entret. ecclésiastiques).

[Charité du confesseur]. — Du côté du confesseur, il n'y a nul sujet de craindre qu'en lui découvrant les péchés qu'on a commis il ait mauvaise opinion de son pénitent. En même temps que le confesseur l'écoute, il se regarde lui-même, et, touché de compassion de la faiblesse d'autrui, il se représente qu'il serait tombé dans des désordres peut-être encore plus grands que ceux qu'on lui révèle, si Dieu l'avait abandonné à la corruption de sa nature. Frappé de cette pensée, il aime, il estime la candeur et l'humilité de son pénitent ; et, faisant de sérieuses réflexions sur lui-même, il apprend que, les hommes ayant presque tous les mêmes inclinations, il n'y a point de péchés qu'un homme, quel qu'il soit, ne commit, s'il était délaissé de celui qui est le Créateur de tous les hommes : Nullum est peccalum quod non facial homo, si deseralur ab eo à quo faclus est omnis homo. (Dictionnaire moral).

[Se condamner soi-même]. — La pénitence n'est autre chose qu'une espèce de jugement dont la forme est bien particulière. Car, si vous me demandez qui est celui qui préside à ce jugement, je vous réponds que c'est celui qui y paraît en qualité de coupable: c'est-à-dire le pécheur, qui fait tout à la fois deux fonctions, celle de juge et celle de criminel. Ascendil homo adversàm se tribunal mentis suce, atque, ità constitulo adversicm se judicio, (idcstaccusatrix cogitatio, teslis conscientia} metus carnifex, dit S. Augustin dans le livre des 130 Homélies. L'homme pécheur se fait un tribunal dans son cœur; il se cite comme un criminel, il comparaît comme un coupable; il ('coûte sa pensée comme une accusatrice, sa conscience comme un témoin ; et, anime du zèle de satisfaire à Dieu, il prononce un l. contre soi, et se condamne : ensuite il se va accuser, et faire une déclaration de tous ses péchés à un confesseur. (Bourdaloue).

[Bonté de Dieu]. — Goûtons la consolation de savoir que le Sauveur a ou Église une infinité d'héritiers de sa douceur, ou, pour parler

avec S Anibroise, tant de vicaires de son amour, que nous ne saurions manquer d'hommes qui nous distribuent partout son sang adorable, qui le fassent couler sur les pécheurs avec la même charité que lui-même a répandu pour eux. Quelle consolation de savoir que le prêtre est établi, dans le tribunal de la confession, Dieu de l'homme, non pour le perdre, mais comme le sauveur même des nations! [Quelle confiance, enfin, ne devons-nous point avoir au sacrement de Pénitence, à l'administration duquel notre Sauveur n'a pas commis un ange, dont la sainteté et limpeccabiliténous feraient trembler, mais des hommes capables de compatir a notre infirmité, des pécheurs comme nous, qui ont eux-mêmes besoin de la miséricorde que nous leur demandons. Serions-nous maintenant comme le paralytique, qui manque d'homme pour le jeter dans la piscine? Mais les ministres de Jésus-Christ sont multipliés partout; nos églises sont ouvertes, nos tribunaux sont tout prêts; nos sacrements, ces ruisseaux sacrés, sont toujours pleins du sang de Jésus-Christ, pour nous laver et pour nous guérir. Que pouvons-nous donc alléguer pour notre excuse/ et <erons-nous assez malheureux pour ignorer que toutes ces bontés de Dieu doivent nous porter à la pénitence? (Fromentière, De la Pénitence).

[S'humilier]. — Le commencement des bonnes œuvres, c'est la confession des mauvaises, dit S. Augustin. Regardez en vous ce que vous ne voulez pas que Dieu y regarde; mettez devant vous ce que vous voulez que Dieu mette derrière lui: Sit ante te quod non vis esse ante eum. Si Dieu couvre vos péchés, il les guérit ; s'il les découvre, il les punit : faites ce que vous voulez l'empêcher de faire; découvrez-les afin qu'il les couvre, punissezles afin qu'il les guérisse. Que gagnerais-je, mon Dieu î dit le même S. Augustin dans ses Confessions, si je ne me confessais pas à vous? Je ne me cacherais pas à vos yeux, mais je vous cacherais aux miens : je cesserais de vous connaître, et vous ne cesseriez pas de me voir : Te mihi abscondam, non me tibi. Mais, parce que mes pleurs parlent pour moi, et que Je me déclare coupable, je vous connais, je vous aime, je vous désire. (Anonyme).

[Sincérité et douleur]. — Quoique la sincérité ne soit jamais plus recommandée, et le déguisement jamais plus criminel, que dans le sacrement de pénitence, où l'on doit faire connaître le nombre et la qualité de ses crimes, c'est cependant là où l'on use ordinairement le plus de dissimulation. Car n'est-il pas vrai que le soin de la plupart des pécheurs, lorsqu'ils se préparent à la pénitence et à la confession, c'est, non pas de connaître leurs maux pour en demander la guérison, mais d'étudier en quels termes ils les exposeront à un confesseur pour éviter une trop grande confusion? L'arrangement , les termes figurés , qui adoucissent l'horreur de leurs péchés, est presque laseule disposition qu'ils apportent à la confession, et être prêt à se confesser, c'est presque la même chose que d'avoir trouvé

cette méthode. On fait dans la confession des incidents' qui rendent le pénitent plus coupable que les crimes mêmes qu'il déclare ; on cherche des tours ingénieux qui cachent toute la honte de la corruption de notre cœur; on tâche d'inspirer de la compassion à un confesseur pour une passion favorite qu'on voudrait épargner; on apporte mille prétextes pour excuser ses désordres ;. on adoucit, on flatte, on pallie le crime; enfin, pour cacher les déplorables charmes d'une longue habitude qu'on ne veut pas quitter, on choisit un nouveau confesseur, on lui raconte ses faiblesses comme de nouveaux péchés, et on n'a garde de faire connaître le commerce qui dure depuis si longtemps et que tant de confessions n'ont encore pu rompre : on cache sous un dehors spécieux tout le venin de la passion.

Toutes les autres dispositions ne sont que des préparations extérieures ; la douleur en est l'âme et fait le mérite. La vertu du sacrement peut suppléer aux autres défauts, lorsqu'on a une véritable détestation de tous ses péchés ; mais rien ne peut suppléer au défaut de cette douleur : tout le reste peut être remplacé par la douleur; mais la douleur ne peut être remplacée par quelque chose que ce puisse être. Cependant, rien de plus rare dans les pénitents qui viennent à confesse que cette douleur à laquelle la rémission des péchés est attachée.

Pour ce qui est du motif de cette douleur, quoique le plus parfait soit d'avoir offensé un Dieu si bon et si miséricordieux, ce que nous appelons une contrition parfaite, et qu'il faille tâcher de concevoir cette douleur, cependant, comme il est peu de gens qui ne se conduisent plutôt par la crainte ou par l'espérance que par cet amour plus pur et désintéressé, Dieu, qui a eu égard à notre faiblesse, se contente, avec le sacrement, de la douleur moins parfaite, pourvu qu'elle soit excitée par un motif surnaturel, et qu'elle exclue entièrement l'attachement au péché, et qu'elle soit accompagnée de la résolution ferme de ne le plus commettre. Je sais, et c'est le Sage qui me l'apprend, que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, et qu'il est toujours avantageux de percer des yeux de la foi les abîmes affreux de l'enfer, pour faire de ce spectacle un frein salutaire qui retienne le pécheur ; je sais que c'est un motif de componction que l'Église reçoit, que les saints ont toujours eu devant les yeux, et dont on se sert dans les chaires chrétiennes pour troubler la fausse paix des pécheurs. Grand Dieu ! si, malgré la vue de ces flammes dévorantes, malgré toute l'horreur de ces abîmes que vous aVez creusés aux pécheurs, ils ut pas de vous offenser, ah ! que serait-ce si, ôtant cette digue à la témérité des pécheurs, nous les obligions de fermer les yeux à ce spectacle terrible? (Massillon).

[Observations diverses]. — S. Chrysostôme, dans la cinquième de ses Homère aux Corinthiens, demande d'où vient qu'au tribunal do la issonjs QOS Ctimeg les plus cachés, et que sur cette

/jIS confession.

confession se fait notre jugement. Les juges de la terre n'en usent pas ainsi : car jamais ils ne jugent et ne prononcent leur jugement que sur des choses dont il y a une parfaite conviction. Mais, dit ce saint docteur, nous avons d'autres règles, que ces juges du monde n'ont pas: car nous ne faisons pas profession de punir, comme ils font, les criminels, et nous nous contentons de les soumettre à l'Eglise, laquelle les oblige de faire pénitence de leurs crimes.

Le Prophète royal, voulant prévenir la justice de Dieu et sa colère, lui demande grâce et miséricorde : Miserere mei, Deus, secundùm magnam misericordiam tuam. C'est ainsi qu'il s'écrie, et demande cette grande grâce et cette miséricorde, qui le lave et le purge, en sorte qu'il ne reste en lui aucune souillure de ses péchés : Ampliùs lava me ab iniquilate meâ. Et pourquoi cela ? parce qu'il avoue qu'il a péché, et qu'il reconnaît l'énormité de son crime : Quoniam iniqmlalem meam ego cognosco. Quelle conséquence est-ce là? demande S. Ghrysologue: parce qu'il reconnaît la faute, il veut que Dieu lui pardonne; cela est-il juste? Cependant c'est ainsi que parle ce saint roi. Il est vrai, Seigneur, que la confession de mes crimes est une satisfaction légère; mais, puisque vous vous en contentez, je ne vous en présente point d'autre, et je n'ai point d'autre voie que cellelà pour me réconcilier avec vous ; pardonnez-moi donc mes péchés, parce que je les reconnais ? Quoniam iniquitatem meam ego cognosco.

La confession est une source de grâces : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris. Mais que fait le démon, qui est ennemi mortel de notre salut? Il voit que la confession de nos péchés est une source pure: il y met du venin pour l'infecter, par le mauvais usage qu'il*en fait faire, ou la dessèche en nous empêchant de nous confesser ; et en cela il fait comme Holopherne fit autrefois à la ville de Béthulie, lequel fit rompre tous les canaux des fontaines des Israélites, pour les faire mourir de soif. C'est ainsi que le démon rompt le canal de ce sacrement, où le sang de Jésus- Christ coule dans nos âmes. Il nous donne du dégoût de la confession et nous en détourne ; il nous dit qu'il y a du danger que nous nous en servions mal, et nous représente le désavantage qu'il y a d'en mal user ; il nous dit qu'il n'en faut pas trop souvent approcher ; mais il ne dit pas qu'en approcher souvent, c'est bien fait; il nous dit qu'en cela il faut témoigner un grand respect, mais il ne nous dit pas que l'usage en est bon quand il est accompagné de respect.

Outre la grâce qui est attachée au sacrement pour nous empêcher de retomber dans le péché, quel pouvoir n'a pas un confesseur sur les âmes qui ont entièrement résolu de se confier en lui? qu'est-ce qu'il ne leur fait pas faire quand il a su les gagner, et à quoi ne les oblige-t-il pas pour ce qui regarde le salut ? quels commerces ne leur fait-il pas rompre, et quels engagements ne leur fait-il pas quitter ? quel soin, quand il est zélé, ne prend-il pas pour leur arracher les violentes passions du cœur? quels ressentiments n'étouffe- 1- il pas? à quelle réconciliation ne porte-t-il pas

ceux qu'il voit avoir de l'inimitié les uns contre les autres ? Ne rend-il pas les âmes désintéressées? ne leur fait-il pas renoncer aux injustices et aux usures ? ne les oblige-t-il pas à restituer les biens mal acquis ? C'est ce que produit la direction, et à quoi un confesseur doit s'appliquer.

Il faut ajouter que l'usage de la confession est un grand frein pour arrêter la conscience et la tenir dans la crainte et dans le devoir : en sorte qu'un homme n'a pas la pensée de passer outre dans le péché, quand il fait réflexion à la peine et à la honte qu'il aura de s'en confesser. Cette pensée produit à peu près les mêmes effets que la mort : car elle le fait souvenir qu'il faut qu'il paraisse devant le tribunal de la pénitence, comme s'il devait paraître devant Dieu pour être jugé. Que peut- on dire davantage? l'usage de la confession retire une âme des péchés, et la fortifie dans sa faiblesse pour résister aux tentations les plus fortes et les plus violentes, au lieu que ceux qui secouent le joug de la confession, ou qui ne se confessent que rarement, se laissent aller à toutes sortes de désordres et de péchés. (Bourdaloue, Sermon sur la Confession).

[Du sceau de la confession]. — Votre secret est sans doute plus assuré dans le cœur de votre confesseur que dans le vôtre : car vous avez la liberté d'en parler, et votre confesseur ne l'a pas ; vous pouvez le découvrir quand il vous plaît, mais cela n'est pas permis à celui qui ne le sait que par le sceau de la confession. Une femme perdue comptera ses galanteries; elle se vantera du nombre funeste de ses conquêtes, et publiera ses crimes les plus cachés quand sa passion l'emportera, au lieu que la langue du confesseur est liée. Il doit même oublier tout ce que vous lui avez dit, et ne s'en souvenir jamais; il n'a pas même souvent des yeux pour vous connaître, ni de mémoire pour retenir les péchés que vous lui dites : de manière que les lui déclarer c'est comme ne les dire à personne. C'est en ce sens que je puis employer ces paroles de l'Écriture: Secreiorum scrutalores quasi non sunl. (Isai. 40), Dieu a établi des juges sur la conscience des peuples, qui sont comme des dieux, ou plutôt qui sont comme s'ils n'étaient point.

Le Prophète royal avait bien raison d'appeler bienheureux ceux dont les péchés sont cachés : Beati quorum tecta sunt peccala. Tels sont ceux qui it découverts dans la confession: Nunquàm magis tecta quàm in cmifcssione détecta, dit un Père de l'Église : car Dieu ne juge pas deux fois une même cause. C'est donc bien cacher son secret que de le révéler: car c'est alors qu'une âme pénitente peut véritablement dire : Secretum meummihi: mon secret est à moi; j'en suis assurée quandje l'ai découvert dans la confession: auparavant, je craignais qu'il ne fût manifesté; mais maintenant il n'y a plus de danger. Malheureux chrétien, qui veux cacher ton crime et qui prétends le mettre à couvert par tes sacrilèges, sache que ta conscience l'a vu, qu'elle le sait, qu'elle en est témoin, qu'elle parlera à la lui, et découvrira ton secret à la face de toute la terre. Mais le moyen

d'éviter ce malheur, c'est de le découvrir sans attendre ces funestes extrémités. Découvrir son secret dans le sacrement de Pénitence, c'est l'arracher à la justice de Dieu, qui l'aurait infailliblement manifesté. Les péchés que nous révélons seront cachés pour toujours, et au contraire ceux que nous cachons seront infailliblement révélés: Nihil operlum qnod non revelelur. (Luc. 12). Vous n'osez découvrir vos péchés; vous les cachez à un prêtre qui est obligé à un secret inviolable: et vous ne prenez pas garde qu'ils paraîtront un jour aux yeux des anges et à la face de l'univers, et que vous en recevrez alors toute la confusion que vous voulez éviter maintenant, toute légère qu'elle est! (Anonyme).

[Joie dans l'aveu]. — Il semble que Jésus-Christ, en établissant l'obligation de déclarer son péché au prêtre, ait voulu procurer au pénitent de la douceur et du soulagement. Disons-le de bonne foi: lorsque le repentir est sincère et que la douleur est véritable, n'est-il pas vrai qu'on ne sent plus de peine à avouer son crime? Je vous en prends à témoin, vous tous que le Seigneur a touchés que^uefois des traits d'une véritable componction. Alors, certes, alors un pénitent abîmé dans son affliction cherche soigneusement avec qui la partager ; on est gros de son secret, on se sent affaibli sous un fardeau qui n'est devenu pesant que parce qu'on n'est soulagé de personne; on n'attend plus qu'un consolateur, dans le sein duquel on répande sa douleur. J'en ai connu qui ne trouvaient de la consolation qu'à faire part à un confesseur charitable des sentiments que la grâce leur avait fait concevoir. Avec quelle joie venaient-ils pleurer à mes pieds! qu'il leur était doux d'entendre cette consolante parole : Vos péchés vous sont remis : allez, commencez à goûter la paix que le péché vous avait ôtée. Avouons-le franchement : lorsqu'on accuse de trop de sévérité ou d'injustice l'obligation de confesser son crime, lors même qu'on sent de si fortes répugnances à le faire, souvent la douleur du péché est bien superficielle et la détestation légère. (Anonyme).

[L'horreur et la haine du péché]. — Combien entrouve-t-on, parmi les pénitents d'aujourd'hui, qui envisagent les désordres, et tout ce qui en a été la cause, avec horreur et avec haine ? Ne conservent-ils pas, après leur confession et leur pénitence prétendue, les mêmes inclinations pour leur débauche et pour les occasions qui en ont été la cause? n'y pensent-ils pas avec la même complaisance? On ne demande pas d'eux une haine sensible, qui ne dépend point de nous; on ne parle que d'une haine formée dans la volonté, dont nous sommes les maîtres. Ne reprennent-ils pas, incontinent après les cérémonies extérieures de leur pénitence, la vie qu'ils semblaient avoir détestée? Quelle contrition est- ce là? est-ce là être animé d'une sainte haine contrôle péché? est-ce là être pénétré d'une douleur sincère qui doit surpasser toutes les autres douleurs dont un homme est capable? est-ce là haïr et détester le péché au-delà de toutes

les peines qui lui peuvent arriver en cette vie ? est-ce là être dans la résolution de tout souffrir et de tout perdre plutôt que de retourner à ses désordres ? Si ces personnes ont fait quelque grande perte, si on leur a fait quelque déplaisir, ce sont des chagrins et des emportements, ce sont des ressentiments implacables contre ceux qu'ils s'imaginent en avoir été la cause et l'occasion: et par le péché ils ont perdu l'amitié de Dieu, ils ont perdu le droit à son héritage, et ils ne versent pas une seule larme : ils ont l'âme aussi tranquille que s'il ne leur était rien arrivé de fâcheux ! Et je croirai que cette pénitence a été véritable et sincère ? (Le P. Gégou, L'usage du sacrement de Pénitence) .

[Deux extrémités dans l'examen]. — Quoique le peu de soin et d'exactitude soit le plus ordinaire et le plus dangereux de tous les défauts dans la discussion de la conscience et l'examen des péchés que l'on doit confesser, on ne laisse pas de manquer souvent en ce point par une extrémité toute contraire. Il se trouve tous les jours des âmes scrupuleuses, qui ne sont jamais contentes de leur examen; elles s'imaginent avoir toujours oublié quelque chose, et, dans cette crainte, elles ne cessent de s'inquiéter et de donner, pour ainsi dire, la torture à leur mémoire. C'est une grande illusion et un piège dangereux du démon. Car qu'arrive-t-il de là? qu'elles ne sauraient s'appliquer à autre chose, qu'elles laissent le plus important dans la pénitence ; je veux dire la considération de la grièveté de leurs péchés, la douleur et le repentir de les avoir commis, l'étude des moyens de s'amender. Elles ne s'appliquent ni à la méditation, ni à la lecture, ni à aucun autre exercice que ce soit : tout leur esprit est appliqué à se souvenir de leurs fautes, dont la plus pernicieuse est ce trouble, qui les empêche de penser à la douleur. {Le même).

[Dieu exige des peines et des satisfactions volontaires]. — Si la rémission des péchés qui s'obtient par la Pénitence n'était accompagnée d'aucune peine ni suivie d'aucune satisfaction, si toutes les absolutions étaient autant d'indulgences plénières, le sacrement ne servirait aucunement à détourner le pécheur des fautes qu'il semblerait avoir détestées. Pourquoi? parce que rien n'est plus capable de produire cet effet que la crainte du châtiment qui suit le péché. Ainsi, retranchez le châtiment et la peine de la pénitence, vous lâchez la bride à toutes les passions, et détruisez par ce moyen la pénitence, laquelle, pour être véritable, doit être un préservatif contre le retour du péché. C'est là, au sentiment de S. Chrysostôme, la principale raison pourquoi Dieu ne manque jamais de tirer quelque punition du péché, même après avoir remis la faute au coupable.

Les conciles et les saints docteurs enseignent, d'un commun consentelivres satisfactoires doivent être très-rigoureuses, et proportionnées aux péchés, que sans cela un grand pécheur no doit jam espérer d'arriver à une parfaite conversion, et que c'eût détruire la j>< m-

tenoe d'en retrancher les travaux et les austérités proportionnées à la multitude et à la grièveté du péché. Il ne sert de rien, dit S. Grégoire-le- Grand, de confesser ses péchés, si la confession n'est suivie delà punition légitime du péché, et on ne doit tenir un pécheur pour véritablement converti que lorsqu'avouant son péché par ses paroles, il tâche de l'effacer et d'en arracher tous les restes par l'austérité de la pénitence; mais affliction et austérité qui soient proportionnées à la grandeur de ses fautes: Cum dignâ afflictionis auslerilale, ajoute ce grand pape. Le Fils de Dieu maudit autrefois un arbre qui était revêtu de belles feuilles, mais qui ne portait point de fruit. De même, le Sauveur ne reçoit point ces belles apparences de pénitence ; ce ne sont que des feuilles de cette plante salutaire: il demande des fruits, les mortifications, les austérités et les exercices laborieux de la pénitence, et qui soient dignes de cette vertu, e'est-à-dire proportionnés aux fautes du pénitent : Facile fruclus dignos pœnilentiœ. Ce n'est pas la même chose, conclut enfin ce saint pape, d'un homme dont la vie a été toute déréglée et d'un autre dont les dérèglements ont été moins considérables, de celui qui n'a commis que des fautes légères et de celui qui en a commis d'énormes. Il faut que chacun embrasse une pénitence proportionnée à ses fautes, et que celui qui en a fait de plus grièves embrasse aussi des exercices d'une vie plus austère, et plus rigoureuse : Facile fruclus dignos pœnilentiœ.

« Malheur, s'écrie le prophète, à ceux qui mettent des coussins sous le coude des pécheurs, et des oreillers sous leurs têtes, pour les surprendre et pour les perdre! » En effet, n'est-ce pas laisser périr, par leur dissimulation et par leur condescendance, les âmes que Dieu leur a commises, et du salut desquelles ils doivent répondre? Non, encore une fois, ce n'est pas là travailler à leur guérison ; c'est les tuer, comme parle le clergé de Rome écrivant à S. Cyprien. Mais si ces lâches confesseurs sont coupables, ces pénitents délicats le sont bien plus, qui négligent d'accomplir des pénitences si légères et si peu proportionnées à leurs péchés, et qui se dispensent des jeûnes, des aumônes ou des petites prières qui leur ont été enjointes; qui disputent contre leurs confesseurs et refusent d'accepter les moindres mortifications qu'on leur veut imposer: comme si, menant la même vie, et dans la jouissance des mêmes plaisirs, qui ne sont pas peut-être absolument vicieux; comme si, dans la recherche des divertissements de ce monde les plus honnêtes, il était possible de guérir les vieilles plaies de l'âme, quand même on n'en contracterait pas de nouvelles ! Ne nous flattons donc point, chrétiens, en une matière si importante. Nous sommes coupables de tant de crimes! notre vie est si déréglée! il en faut faire pénitence, ou se résoudre à périr éternellement. Que ne fait-on pas tous les jours pour se délivrer de quelque accès de fièvre? On jeûne, on souffre des incisions, on se prive du commerce et des divertissements du monde : et pour arrêter les effets de la colère de Dieu, pour fléchir sa miséricorde, pour éviter les châtiment* de sa justice, on refusera d'em-

brasser quelques mortifications et de se soumettre à une pénitence salutaire! (Le P. Gégou, ibid) .

[Élévation à Dieu]. — Divin Sauveur, vous avez établi un trône de grâce dans votre Église, et vous m'assurez qu'il est dressé pour les pécheurs; vous me le découvrez par la lumière que vous daignez répandre dans mon esprit, et par le saint mouvement de confiance que vous imprimez dans mon cœur; vous m'y appelez par la bouche de vos flatteurs et de vos ministres et par vos inspirations secrètes. Vous me faites concevoir le désir de m'en approcher, me promettant de me faire éprouver combien vous avez de douceur et de bonté. Puis -je, après cela, ne pas espérer que vous achèverez l'œuvre de votre grâce, et qu'après m'avoir délivré de la mort vous me donnerez une vie toute nouvelle, afin que je chante éternellement vos miséricordes, comme parle votre prophète? Ainsi, je ne craindrai point de vous adresser les paroles de ce saint roi pénitent : Ayez pitié de moi, Seigneur, selon la grandeur de votre miséricorde, et effacez selon la multitude de vos bontés l'iniquité que f ai commise. Cessez de considérer mes crimes, et perdez le souvenir de mes offenses. Ne me rejetez point de devant votre face, et ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint, Entretiens de l'Abbé Jean et du prêtre Eusèbe).

AVERTISSEMENT

La confiance en Dieu peut faire le sujet d'un discours particulier, quoique souvent elle fasse partie d'autres sujets qui nous portent à cette vertu, et qui oni pour but de la faire naître dans nos cœurs. Tels sont la miséricorde de Dieu, quand il s'agit du pardon de nos péchés, d'obtenir les grâces nécessaires à notre salut; telle est encore la Providence divine, pour les nécestf'H, jn, rdles et les besoins de cette vie. Nous parlerons en leur lieu de la m le divine, et de la Providence en laquelle les hommes doivent

mettre leur a m fiance ; nous traitons ici de celle confiance en général, pour ce qui regarda particulièrement les besoins de celle vie.

Il est si souvent parlé dans l'Écriture de celle confiance en Dieu,

le sens que nous la prenons, et les seuls Psaumes de David sont remplis de si beaux sentiments sur ce sujet, qu'on ne peut manquer de matière pour en faire un discours consolant, instructif et pathétique tout à la fois.

Desseins et Plans.

I. — Trois propositions feront le partage de ce discours. La première : qu'il n'est rien de plus juste et de plus équitable que d'avoir une entière confiance en Dieu; — La seconde .-qu'il n'y a rien de plus glorieux à Dieu, ni qu'il ait plus à cœur, et qu'il demande avec plus d'empressement, que cette confiance; — La troisième : qu'il n'y a rien de plus digne d'un cœur généreux que de s'y abandonner sans réserve.

1°. Il est aisé de prouver : — 1. Qu'il n'y a rien de plus juste «et de plus équitable que de mettre sa confiance en Dieu. Car, s'il est impossible de vivre sans avoir confiance en quelqu'un, à qui voulez-vous qu'un enfant se fie qu'à son père, et à un père qui le chérit tendrement, qui est même si jaloux de ce titre, qu'il ne veut pas qu'un autre y prétende que lui seul, et qui possède toutes les qualités d'un père dans un souverain degré, l'amour, un soin paternel, une tendresse sans égale; un père enfin qui prend intérêt à tout ce qui nous regarde? — 2. À qui un ami se doitil fier à plus juste droit qu'à son ami, dont il a éprouvé la fidélité en mille rencontres; qui ne lui a jamais manqué de parole, qui l'a secouru dans tous ses besoins, qui lui a rendu mille bons offices, et des services essentiels? — 3. Un débiteur peut-il se fier à personne plus justement qu'à celui qui s'est fait sa caution, qui a répondu pour lui de tout son bien ? .V qui voulez-vous enfin que la créature se fie, qu'à son Créateur qui lui a donné l'être, qui l'a conservée, et qui a tout fait pour elle? Dieu réunit tous ces titres, et une infinité d'autres, qui nous donnent droit d'avoir recours à lui dans toutes nos nécessités.

2°. — Rien n'est plus glorieux à Dieu et ne l'honore davantage : car c'est reconnaître son souverain domaine et l'entière dépendance que nous avons de lui. C'est pourquoi S. Basile parle de cette confiance comme du i acrifice, et soutient qu'on ne peut non plus mettre sa confiance en un autre qu'en Dieu que rendre à un autre le souverain culte que renferme le sacrifice : et nous pouvons ajouter à cette pensée que comme, par le sacrifice, on fait une protestation solennelle à Dieu, qu'on le reconnaît pour souverain, on lui rend un pareil hommage par la confiance. C'est un

serment de fidélité par lequel nous nous obligeons à ne dépendre que de lui. Or, qui doute qu'on n'honore Dieu et par ce serment et par ce sacrifice? Outre qu'il n'est rien qui honore Dieu davantage que les hauts sentiments que nous avons de lui, de sa bonté, de sa sagesse, de sa fidélité; et on ne peut mieux témoigner ces hauts sentiments qu'en mettant en lui toute sa confiance et en s'abandonnant entièrement à sa conduite.

3°. Rien n'est plus digne d'un cœur grand et généreux que cette confiance entière et sans réserve. Quoi de plus vrai encore? Gomment pourrait-on, sans force extrême, s'élever au-dessus des sens et de tout ce qui est créé, pour s'attacher uniquement à Dieu et ne dépendre que délai? Ne faut-il pas un courage plus qu'humain pour n'être point ébranlé par tous les accidents de cette vie, pour se raidir contre toutes les disgrâces de la fortune, et enfin pour espérer contre toute espérance? Comme l'esprit se met au-dessus de toutes les choses de la terre lorsqu'il en connaît l'inconstance et la fragilité, un cœur de même qui ne craint rien que Dieu, et qui a mis en lui toute sa confiance, défie tout ce qui est dans l'univers de lui pouvoir nuire. Et voilà ce qui a fait voir le courage et la grandeur d'âme des martyrs, et ce que le prophète royal a publié en tant d'endroits.

Page 1