‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 37 sur 55 · EXEMPLES DU NÛU VE A U-1 EST AMENT · texte numérisé non relu

EXEMPLES DU NÛU VE A U-1 EST AMENT

[La Sainte-Vierge]. — Quoique toute la vie de la Sainte-Vierge ait été un exercice continuel de confiance en Dieu, elle en a cependant donné de plus éclatantes marques particulièrement en trois occasions. — La première fut lorsque S. Joseph son époux pensa à la quitter et à la renvoyer, avant d'être instruit du mystère adorable de l'Incarnation du Verbe éternel dans son sein ; — la seconde, quand, aux noces de Cana, le vin venant à manquer aux conviés, elle dit aux serviteurs. « Faites tout ce que mon Fils vous dira; » quoique ce Fils tout-puissant eût semblé rebuter sa prière en lui disant que le temps de faire éclater son pouvoir par des miracles n'était pas encore venu; - et la troisième, lorsqu'après la mort de son Fils elle ne fut pas au sépulcre avec les autres femmes, mais attendit avec confiance que le Sauveur lui eût fait connaître sa résurrection.

[S Joseph] — Quelle plus ferme confiance que celle que témoigne S Joseph, lorsqu'il reçut l'ordre du ciel de partir subitement pour conduire Jésus nouvellement né, avec sa mère, en Egypte, afin de soustraire l'Enfant à la persécution du cruel Hérode ! Il fallut partir de nuit, et entreprendre un long voyage, sans commodité, sans secours, dans l'indigence et dans la nécessité de tout. Il ne s'informa ni du terme de ce voyage en particulier, ni de la route qu'il devait tenir; il ne délibéra point sur un ordre si précis, de crainte de surprise ou d'illusion, dans l'apparition d'un ange, qui lui avait parlé pendant son sommeil; mais il se confia entièrement en la protection de Dieu, qui saurait bien lui fournir les moyens d'exécuter l'ordre qu'il lui avait intimé.

[La Chananéenne]. — Jamais les hommes ne sont plus près d'éprouver le secours du Ciel que lorsqu'ils sont plus dépourvus du secours de la terre et des créatures. Telle fut la confiance de la Chananéenne. Quoique le Fils de Dieu la traitât de chienne, qu'il fît à toutes ses démandes des réponses qui semblaient marquer un refus, qu'il feignît quelquefois de ne la pas écouter et qu'il rebutât même ses Apôtres, quand ils voulurent intercéder en sa faveur, tous ces traitements ne purent éteindre en son cœur la confiance qu'elle avait conçue en sa bonté; et elle obtint enfin, par le mérite et la constance de sa foi et de sa confiance, la guérison de sa fille.

[Avertissement de N.-S. à S. Pierre]. - S. Pierre se jeta d'abord dans la mer avec courage, dès qu'il vit paraître son maître à l'autre bord, pour l'aller joindre; il marcha quelque temps sur cet élément liquide avec la même assurance que s'il eût marché sur la terre ferme: mais quand, étonné du danger auquel il s'était exposé et du vent impétueux qui s'éleva, il corn-

mença à s'alarmer, il commença en même temps à s'enfoncer. Dieu retire de lui son secours et sa protection, à mesure que sa confiance diminue. Il n'en fut pas privé tout-à-fait, comme il paraît par le reproche de son maître, qui, blâmant son peu de foi, témoigna assez qu'il avait encore quelque confiance en son secours, quoique le grand cri qu'il jeta marquât aussi sa crainte et sa défiance : Modicœ fidei, quarè dubilasti?

Jésus étant entré dans une barque et ses disciples l'ayant suivi, il s'éleva sur la mer une si grande tempête, que la barque était couverte de vagues: et lui cependant dormait. Alors ses disciples s'approchèrent de lui et l'éveillèrent, en lui disant: « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! » La faute dans laquelle tombèrent les Apôtres fut de n'avoir pas assez de confiance au Sauveur. Ils se troublèrent et s'agitèrent, doutant s'il pensait à eux : Non ad te perlinet quia perimus ? Et, loin d'avoir cette confiance ferme qu'ils devaient, d'un air ému et craintif ils éveillent ce divin Maître, dont le corps dormait, mais dont la divinité veillait. C'est pour cela que le Sauveur leur fait ce reproche : « Pourquoi êtes-vous timides, ô hommes de peu de foi? » Il ne les reprend pas de ce qu'ils avaient recours à lui, puisqu'il exauce leurs prières, et qu'il commande, dans le même moment, aux vents et à la mer de s'apaiser ; mais il les reprend de n'avoir pas assez de confiance. « Il reprend justement, dit S. Ambroise, ceux qui craignent en sa compagnie. »

[La confiance de S. Paul]. — S. Paul marque assez la confiance qu'il avait en Dieu lorsqu'il s'en explique en des termes si forts, dans la 2e aux Corinthiens, chap. 1er : « Je suis bien aise, mes frères, que vous sachiez l'affliction qui nous est survenue en Asie, qui a été telle que la pesanteur des maux dont nous nous sommes trouvés accablés a été excessive et au-dessus de nos forces, jusqu'à me rendre même la vie ennuyeuse: et Dieu l'a permis afin que nous ne missions point notre confiance en nous, mais en Dieu, qui ressuscite les morts, et qui nous a délivrés d'un si grand péril, et qui nous en délivrera encore à l'avenir, comme nous l'espérons de sa bonté.

applications de quelques passages de L'écriture.

Omnis locus, quem calcaverit pes vester, vester erit. (Denter, 24) . C'est là une figure, dit S. Bernard, des effets que nous devons attendre de notre confiance en Dieu. Tout que nous attendrons de Dieu avec fermeté, sans douter et sans hésiter, est déjà comme à nous, parce que Dieu verse sur nous ses grâces, ses bénédictions, ses largesses, à proportion de la confiance que nous témoignons avoir en lui. Ce quia fait dire à S. Cyprien que notre espérance est comme le pied que nous mettons en quelque lieu pour en prendre possession: Pes vesler utiquè, spes vestra est, et quant uniclinique illapruusserit, oblincbtl.

ffi vcrba tua super speravi. (Ps. 74). — Ces paroles du prophète souffrent deux explications. — La première, qu'un homme de bien espère justement en Dieu, et d'une plus excellente façon que toutes les autres créatures, puisqu'il espère par l'estime qu'il a conçue delà fidélité de ses promesses; supersperavi. — La seconde, parce qu'il espère plus en Dieu qu'en tout le reste des créatures; à quoi l'on peut ajouter qu'il espère contre toute espérance, et que moins il y a apparence de réussir dans ses affaires, plus il conçoit d'espérance d'en venir à bout : ce qu'on peut appeler une espérance au-dessus de l'espérance même.

Spem, quam sicut anchoram habemus animas, tulam ac fîrmam. (Hebr. 6). — S. Paul appelle l'espérance en général l'ancre de notre salut : pour dire que, comme l'ancre, s'enfonçant dans le sable ou dans la terre, arrête le navire contre la violence des flots et des tempêtes, de même l'espérance nous sert pour attacher notre confiance à Dieu ; pour attendre nos besoins et avoir l'effet des désirs de notre cœur.

Omnis caro fœnum. (Isaiae, 40). — Tous les hommes, selon le prophète Isaie, sont comme ces herbes et ces fleurs des champs qui n'ont aucun appui. Apuyez-vous sur l'amitié des hommes; mettez votre espérance dans leur crédit et dans leur fortune, et vous verrez que tout votre appui n'est qu'une herbe faible et menue, qui plie, et qui n'est pas capable de vous soutenir. C'est ce qui fait dire à un autre prophète que le plus grand malheur d'un homme est de mettre sa confiance en un autre homme: Malediclus homo qui confiait in homine.

Tu es spes mea, DeuS, (Ps. 90). — Le prophète veut marquer par-là que non- seulement il espère en Dieu, ou que c'est de lui qu'il attend tous les biens qui sont les objets de ses vœux et de ses désirs, mais que c'est Dieu même qui est l'objet de ses espérances, plutôt que tous les autres biens qu'il attend de Dieu; puisqu'à proprement parler ce que nous attendons est bien plutôt notre espérance que ne l'est celui dont nous l'attendons : Magis spes noslra dicilur quod speramus quàm in quo speramus. Quand vous espérez de Dieu la santé, le succès de vos affaires, la prospérité temporelle, ce sont plutôt ces choses qui sont votre espérance que ne l'est celui dont vous les attendez. Ce n'est point alors Dieu qui est votre espérance, c'est-à-dire l'objet principal de vos vœux; ce sont plutôt ces biens et ces avantages temporels que vous prétendez obtenir de lui. Or, c'est lui-même que nous devons espérer; c'est la possession de ce souverain bien que nous devons principalement attendre de lui-même.

Deus refugium noslrum et virlus, dit le même prophète. S. Augustin, sur ces paroles, fait cette remarque, qu'il y a des asiles et des refuges auxquels nous pouvons avoir recours, mais qui n'ont pas la force de nous

mettre à couvert des insultes de nos ennemis et de nous défendre. Ces personnes en qui nous mettons notre confiance peuvent bien être appelées notre refuge, mais non pas notre force. Il n'y a que Dieu qui réunisse ces deux choses en lui-même. Il arrive souvent que nous avons recours à quelque homme puissant: il semble que, étant notre ami, il doit être pour nous un refuge et un asile assuré dans nos disgrâces: mais, comme toutes les choses humaines sont fragiles, bien loin d'être en assurance, alors que nous ne craignions auparavant que pour nous, maintenant nous craignons et pour nous et pour lui. Sunt quœdam réfugia ubi non est virtus, quô quisque cùm fugerit, magïs infirmatur. (Sur lePs. 4b).

§ iv.

Pensées et passages des SS. Pères.

Si spes mea in homine erit, titubante homine, titubabit spes mea : at in Domino sperans, non infirmabor. Augustin.

in ps. 25.

Credis in Dêdm, et non credis ipsi Deo, là. in Ps. 38.

Protegitur imper ator scutatis, et non timet; protegitur mortatis à mortalibus, et securus est : protegitur mortalis ab immortali, et irepidabit ? August. in ps. î6.

Sunt quœdam réfugia, ubi non est virtus, quo, quisque cum fugerit, magïs infirmatur. ld. in ps. 45.

Tu christiano, tu Dei servo, tu bonis operibus dedito aliquid existimas defuturum? An, putas, terrena deerunt quibus cœlestia et divina tribuuntur ? Undè kœc incredula cogitatio? quid facit in domo Dei perfidum pectus? Idem.

Yfp qui habent spem in sœculo, et his sœcuh rébus hœrentJ débet christianus uti mundo, non strvire mundo, ut lia-

Si je mets ma confiance en un homme, cet homme venant à chanceler, mon espérance est chancelante ; mais en la mettant dans le Seigneur je ne succomberai point.

Vous croyez en Dieu, et vous ne croyez ni à Dieu, ni à sa parole en ne vous fiaDt point à lui !

Un empereur se tient en assurance quand il est entouré de gens armés ; un homme mortel est bien défendu par un autre mortel comme lui, et un mortel tremblera, lorsqu'il a la protection d'un Dieu immortel?

Il y a certains asiles qui ne sont pas assez forts pour nous mettre en assurance, et où quiconque se réfugie est plus faible et plus en danger qu'il n'était auparavant.

Quoi ! vous pensez que quelque chose pourrait manquer à un chrétien, à un serviteur de Dieu, à un homme de bonnes œuvres? Croyez-vous que les biens de la terre manquent à celui à qui on donne les biens du ciel? D'où vient cette incrédulité et que fait dans la maison de Dieu un cœur si infidèle?

Malheur à ceux qui bornent toute leur confiance au siècle présent et qui s'atUcheut à ses biens! Lu chrétien doit se

CONl IANCE EX DIEU.

bentes sint tanquàm non habentes. Id.

in ps. 9.").

Si maledictus homo qui spem suam ponit in homine, ergo nec in semetipso débet spem ponere, quia et ipse homo est. Angust. Ëpist. 52, ad Maeedonianum.

Si ponas spem in Deo tuo, non confunderis, quia illein quo posuisti fallere te non potest. Id. in Ps. 36.

Tota spes noslra in Deo sit, nihilque de nobis, tanquàm de nostris viribus, prœsumamus , ne nostrum facienles quod ab illo est, et quod habemus amittamus. August. in ps. 70.

Ibï plus auxilii, ubi plus est périculi, quia Deus est adjutor in opportunitatibus. Ambros. De Josaphat. 5.

De divinâ miser atione tune sperandum ampliusest,cùm prœsidia humana defecerint. Id. in Hexam.

In promissis verilatis nemo dubitet :

sit homo qui esse débet, et mox ei addentur omnia, propter quem fada sunt omnia. Hieronymus, in cap. 6 Matthsei.

Quanta sublimitas inter ruinas generis humani stare erectum! Cyprian. De mortal.

In tuto est hœreditas quœ Deo custode servatur. Id. De eleem.

0 testimonium animœ naturaliter christianœ ! Pronuntians hœc, non ad Capitolium, sed ad cœlum respicit. Tertul. in Apolog.

[Cui prœter Deum fidere tutum est?

an principatui, an gloriœ, an corporis bonis? Philo Judaeus, De Abraham].

Sibi ipsi fidere, non fidei sed perfîdiœ est; nec confidentiœ, sed difjidentiœ magis in se ipso habere fiduciam. Bernard, serin, in vigil. Nativ. Christi.

Tria considero, in quibus tota spes mea consista : charitatem adoptionis , veritatem promissions, potestatem redditionis. Id. serm. 3, de 7 pan.

Si quid illi (nempè Deo) impossibile vel difficile, quœre alium in quo speres. M. serm. 9 in Ps. Qui habitat.

terril du monde, et non pas servir le monde en possédant les biens qui y sont comme s'il ne les possédait point.

Si celui-là est maudit qui établit son espérance dans un homme, on ne doit pas non plus la mettre en soi-môme , puisque nous ne sommes que des hommes.

Vous ne souffrirez point de confusion si vous mettez votre espérance en Dieu, parce que celui en qui vous la mettez ne peut vous tromper.

Que.toute notre espérance soit en Dieu, et ne présumons point de nous-mêmes en nous appuyant sur nos propres forces, de peur que, nous attribuant ce qui est de lui, nous ne perdions même ce qui est à nous.

Où il y a plus de danger, là aussi il y a plus de secours à espérer, parce que Dieu nous assiste dans le temps auquel nous avons plus besoin de son assistance.

Lorsque les secours humains nous manquent, c'est alors que nous avons davantage à espérer de la miséricorde divine.

Que personne ne se dérle des promesses de celui qui est la vérité même : que l'homme soit ce qu'il doit être, et tout lui sera accordé, puisque c'est pour lui que Dieu a tout fait.

Quelle sublime élévation que celle de demeurer ferme et inébranlable parmi les ruines du genre humain !

Un héritage est en assurance lorsque Dieu s'en fait le gardien.

Oh ! le grand témoignage d'une âme naturellement chrétienne, que de voir, dans les accidents subits et imprévus, lever les yeux, non vers le Capitole, mais vers le ciel !

[En qui peut-on en toute sûreté mettre sa confiance, sinon en Dieu? Est-ce dans notre pouvoir, dans notre gloire et dans notre crédit, ou dans les biens du corps?]

Se fier à soi-même, ce n'est pas une marque de confiance ; mais plutôt de défiance de tout le reste, et de Dieu même.

Je considère qu'il y trois choses qui me donnent un juste sujet de confiance : la charité, par laquelle nous sommes enfants adoptifs de Dieu ; la vérité des promesses divines, et le pouvoir où est Dieu de tenir les promesses qu'il nous a faites.

S'il y a quelque chose qui soit impossible ou difficile à Dieu, cherchez, à la bonne heure, quelqu'un en qui vous mettiez votre espérance l

Tu es, Domine, spes mea : hœc una mihi omnium promissionum causa, hœc tota ratio meœ expectationis. Bernard, ibid.

Si tribulatio infertur, per te sperabo; si prœmia prœmittantur, per te obtinefo ; si insurgat hostis, non nisi in te sperabo. Ibid.

Sicut execrandus est Me homo qui spem suam ponit in homine, ita omni lande dignus qui ex Deo tolus pendet.

Basil. Orat. de virt. et vitio.

Tantùm per nos operabitur Deus quantum se nostra in eum flducia extendent. Id.

Qui in propriis virtutibus gloriatur, ipse a se divinum repellit auxilium.

Cœlestinus papa, Epist. ad Episc. gall.

Istiusmodi erga Deum confldentia thésaurus est longe prœclarissimus , facile impetrat a Deo quidquid desiderat, cùm Deum in eo latere sauciet in quo tueri se non potest. Blosius, in Farrag. instit. spirit.

Domine, quœ est fiducia mea quam in hâcvitâ habeo ? nonne tu, Domine Deus meus? Imitât. Christi. m, 59.

Qui Deo non fidit in his caducis, quantb minus in œternis. Marcus, Anar:hor. in Vitis Patrum.

Omnia possumus in eo sine quo nihil possumus. S. Léo.

Vous êtes, Seigneur, toute mon espérance : voilà la cause de toutes les promesses que vous me faites, et de tout le bien que j'attends de vous.

S'il m'arrive quelque affliction, c'est de vous que j'attends ma consolation; si l'on me promet des récompenses, c'est par votre moyen que je les obtiendrai ; si mon ennemi m'attaque, je n'ai de secours à attendre que de vous.

Gomme celui-là est abominable qui met son espérance en un homme, de même celui-là mérite toute sorte d'éloges qui veut dépendre entièrement de Dieu.

Dieu se servira de nous pour faire de grandes choses, à proportion de la confiance que nous aurons en lui.

Celui qui se fie en ses propres forces, ou qui se glorifie en sa vertu, éloigne de lui le secours de Dieu.

Cette confiance en Dieu seul est un trésor inestimable, et celui qui le possède obtient de Dieu tout ce qu'il souhaite : car il attaque Dieu par l'endroit où Dieu ne peut se défendre.

En qui, mon Dieu, ai-je mis toute la confiance que j'ai en cette vie? n'est-ce pas en vous, qui êtes mon Dieu et mon tout ?

Celui qui ne se confie pas en Dieu pour les choses périssables de ce monde, combien moins aura-t-il de confiance pour les biens éternels de l'autre vie?

Nous pouvons tout dans celui sans lequel nous ne pouvons rien.

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[.\olion cl définition]. — La confiance que nous devons avoir en Dieu ne consiste pas seulement en de hauts sentiments que la foi nous fait, concevoir de sa providence et de sr, bonté infinie ni en une simple espérance que nous pourraient donner ces sentiments, d'obtenir l'assistance et le secours que nous lui demanderons pour la conduite de nos affaires : mais c'est une certaine fermeté d'esprit, arrêtée et si fortement appuyéo sur Dieu, que toutes les forces de l'univers ni toutes les disgrâces de la fortune ne

sauraient ébranler : Quelques théologiens prétendent que c'est cette vertu théologale que nous appelons l'Espérance, en tant que nous espérons de Dieu les biens temporels, qui viennent de sa main aussi bien que les biens éternels; mais, comme la confiance, au sens où nous la prenons ici, regarde uniquement les biens de cejte vie et l'heureux succès des choses que nous entreprenons, il est plus probable qu'elle n'est qu'une vertu morale, mais distinguée de toutes les autres vertus de ce nom, comme l'est la pénitence. S. Thomas la rapporte à la magnanimité, qu'elle aide et qu'elle fortifie. D'ailleurs elle emprunte son nom de la foi, parce^que se confier en quelqu'un c'est croire fermement qu'il nous donnera le secours que nous attendons de lui.

[Celle conGance est naturelle à l'homme]. — Il est bon cependant de remarquer que cette confiance et ce recours à Dieu viennent de Dieu et nous sont donnés avec l'être. Ce qui fait que Tertullien les appelle Testimonium animœ natur aliter chrislianœ, le témoignage d'une âme naturellement chrélienne. Il veut dire qu'elle naît avec nous, de manière qu'il faudrait cesser d'être pour cesser d'avoir cette impression placée dans le fond de notre nature. L'expérience nous en convainc, puisqu'un moment subit, naturel, avant que nous ayons le temps de réfléchir sur notre action ou de délibérer, nous porte à élever les yeux et la voix vers Dieu, quand même nous n'aurions jamais pensé à lui, dans toutes les attaques et les accidents dont nous sommes surpris, et que nous n'avons pas prévus. De manière qu'un barbare, qui n'a jamais entendu parler de Dieu, et un athée qui se sera efforcé d'en étouffer la croyance et tous les sentiments de piété, ne sauraient cependant s'empêcher, dans ces occasions, de regarder le ciel et d'avoir recours à celui qui y préside, quand ils sont menacés d'un malheur inévitable; parce que personne ne peut démentir ses premières inclinations et la voix de sa raison naturelle, qui lui dit que sa ressource est au ciel, et que c'est de-là qu'il doit attendre son secours.

[Biens temporels] . — On ne peut mieux faire entendre quelle doit être notre confiance en Dieu pour les choses de cette vie que parla belle remarque de S. Thomas, lequel, après avoir dit que l'espérance chrétienne a trois principaux actes, dont le premier est d'espérer notre salut éternel, le second de nous confier que la miséricorde de Dieu, infiniment plus grande que notre malice, nous accordera le pardon de nos péchés si nous le lui demandons comme il faut; le troisième, celui par lequel nous espérons que Pieu nous soulagera dans nos nécessités temporelles et nous protégera dans les occasions : lequel, dis-je, après avoir mis ce fondement, ajoute que, pour les deux premiers actes, une foi commune et ordinaire suffit, mais qu'elle ne suffit pas pour le troisième. En effet, nous ne voyons guère de fidèles qui n'espèrent le ciel et le pardon de leurs péchés ; les plus grands pécheurs sont en cela présomptueux, téméraires. Mais, pour

le troisième acte, par lequel nous nous confions que Dieu nous assistera dans nos besoins temporels, il faut avouer que ce n'est pas de même: nous ne voyons rien de plus rare. Il faut, pour cela, une foi vive et parfaite, qui se trouve peu parmi les chrétiens d'aujourd'hui. Et c'est cependant chose étrange que nous espérions plutôt que Dieu nous donnera tout le ciel qu'un petit bien, de si peu de conséquence pour le temps.

[Fondements de l'espérance]. — Albert le Grand dit que la confiance en Dieu est une persuasion certaine que la divine Majesté, qui est fidèle et toute-puissante, ne nous abandonnera jamais dans nos nécessités, conformément à la parole qu'elle-même nous en a donnée. Tellement que la puissance et la fidélité de Dieu sont les fondements de la confiance en Dieu ; et comme il ne se peut rien imaginer de si ferme que ces fondements, on ne saurait rien trouver de mieux appuyé que cette confiance.

[Propriété de la confiance en Dieu]. — S. Thomas, et après lui plusieurs théologiens, enseignent que cette confiance est le principe d'impétrer, comme la charité l'est de mériter, et que ceux qui prient avec confiance obtiennent de Dieu les faveurs qu'elles demandent, aussi infailliblement que ceux qui font leurs actions avec charité s'acquièrent une nouvelle grâce ; ce qu'il faut entendre cependant avec cette modification, que toutes les autres conditions qui rendent la prière efficace s'y rencontrent.

[Temporelles]. — Quand on parle du secours que Dieu donne à ceux qui se confient en lui, on doit toujours entendre celui qui leur est nécessaire, ou pour leur vie, ou pour leur emploi ou pour leur état, et non pas celui que la passion pourrait faire souhaiter pour réussir dans des affaires qui seraient préjudiciables à notre salut. Avez-vous jamais vu que Dieu ait manqué aux besoins des gens de bien? que s'ils se figurent les besoins dont ils ne sont point en effet pressés, Dieu sait bien en juger lui-même et en faire le discernement; et, si la volonté de ces justes est bien sincère, il sait les dédommager du refus qu'il leur semble faire, et les faire acquiescer aux fins secrètes qui le meuvent.

[Les péchés contre cette vertu]. — On peut pécher contre cette vertu en deux manières : par excès et par défaut. On pèche par excès quand on s 'appuyé tellement sur le secours de Dieu, qu'on n'emploie aucun des moyens nécessaires pour réussir dans les entreprises ; qu'on attend que Dieu fasse tout lui seul, sans que nous nous en mêlions : cet excès s'appelle préption, ou confiance téméraire. On pèche par défaut lorsqu'on n'a nulle confiance en Dieu, qu'on néglige d'implorer son secours, soit qu'on se fie sur .sa propre industrie, sur ses forcf3s, sur son crédit, soit qu'on attende tout du Becoura de Bes amis ou de quelque protection puissante, soit qu'euabattre.

[Différence enlrc l'espérance el la foi]. — S. Bernard veut que chacun de nous, parla vertu d'espérance, s'assure, espère fermement que c'est pour lui en particulier que Dieu a préparé les biens éternels destinés à ceux qui le servent. Voici ses paroles, par lesquelles il montre la liaison entre ces deux vertus. La foi dit en nous: je crois que Dieu a préparé des biens ineffables à tous les fidèles : voilà l'objet de la foi. L'espérance dit en nous : Ces grands biens que Dieu réserve à ses fidèles serviteurs sont pour moi , et Dieu me les réserve. (Serm. 17 in cantic.) Ces paroles font voir qu'il ne suffit pas, pour avoir une espérance vraiment chrétienne, de croire en général que Dieu a préparé de grands bien3 pour tous les fidèles: car c'est là l'objet de la foi, et non de l'espérance : mais ce qu'ajoute l'espérance à la foi en la supposant, comme elle fait toujours, sans bâtir jamais sur un autre fondement, ce qu'elle ajoute, dis-je, c'est qu'elle rend particulière une proposition qui était générale : Mihi bona illa servanturt comme explique ce saint docteur. Disons donc la même chose ici, à proportion, de la confiance, dans le sens où nous l'avons prise et les bornes que nous lui avons données.

§ vi.

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[D'où vient le peu de confiance en Dieu]. — Les sages du monde s'appuient sur leur prudence, comme si elle était infaillible ; les riches comptent sur leur or, les jeunes gens sur leur âge, les personnes robustes sur leur santé, comme sur de solides^fondements ; on fait un si grand fond sur la faveur des grands, sur l'autorité, sur les amis, qu'on croit avec cela pouvoir se passer de Dieu même. Nous expérimentons tous les jours l'impuissance et l'infidélité des créatures, sans que cela puisse donner nulle atteinte à la confiance que nous y avons. Nous ne laissons pas de retourner à ces roseaux qui ont plié, et qui se sont si souvent brisés entre nos mains. D'où vient donc que nos espérons si peu au Seigneur; en lui, dis-je, dont le pouvoir est immense et la fidélité si éprouvée? D'où vient que, quoique la nature ait mis en nos cœurs des semences de cette vertu, comme il paraît dans les plus impies, qui, dans les grands périls et les accidents inopinés, ne peuvent s'empêcher de lever les mains au ciel et d'appeler Dieu à leur secours, d'où vient, dis-je, que, nonobstant cet instinct, nous avons tant de peine à mettre notre confiance au Créateur? Comme cela est tout-à-fait déraisonnable, il est impossible d'en rendre aucune raison. Ce que Ton peut dire, c'est que nous n'avons jamais bien considéré celles que nous aurions d'en user tout autrement.

Dieu a engagé sa parole, qui me répond de tout ce qu'il m'a promis, et qui rend ma confiance inébranlable. Après cette sûreté, toute autre précaution est inutile du côté de Dieu. Néanmoins, comme le serment est quelque chose de plus inviolable, parmi les hommes, que tous les autres engagements, le Seigneur a bien voulu l'ajouter à sa parole, afin de nous faire voir, dit S. Paul, avec plus de certitude la fermeté immuable de ses promesses, et qu'étant appuyés sur ces deux choses, par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, nous concevions une espérance ferme et solide. « Quel bonheur pour nous, dit Tertullien sur ce sujet, que Dieu veuille bien jurer pour l'amour de nous ! Pourrait-il mieux faire entendre combien est sincère son désir de nous donner ce qu'il nous promet? Onos bealos, quorum causa Deus jurai! ô miserrimos , si nec Deo juranti credimus ! » Quelle doit donc être la fermeté de cette confiance appuyée sur de si puissants engagements ! Quel calme, quelle tranquillité ne doivent pas produire en nos cœurs des espérances si bien fondées! Comment se peut-il faire qu'il y ait encore des accidents qui nous effraient? Cependant il n'est que trop vrai que la défiance et la crainte régnent presque universellement dans les cœurs.

Je suis si persuadé, mon Dieu, que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous, et qu'on ne peut manquer de rien quand on attend de vous toutes choses, que j'ai résolu de me décharger à l'avenir sur vous de toutes mes inquiétudes: In pace in idipsum dormiam et requiescam, quoniam lu, Domine, singidariler in spe constiiuisli me. Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l'honneur ; les maladies peuvent m'ôter les forces et les moyens de vous servir; je puis même perdre votre grâce par le péché; mais jamais je ne perdrai mon espérance; je la conserverai jusqu'au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l'enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l'arracher. Quis speravit in Domino, et confusus est? (Eccli. 2). Je connais, hélas! je ne le connais que trop, que je suis faible, fragile et changeant; je sais ce que peuvent les tentations contre les vertus les mieux affermies; j'ai vu tomber les astres du ciel et les colonnes du firmament : mais tout cela ne peut m'effrayer, tant que j'espérerai. Je me tiens à couvert de tous les malheurs, parce que mon espérance sera inébranlable. Ainsi j'espère que vous me soutiendrez sur les penchants les plus rapides, que vous me défendrez contre les plus furieux assauts, et que vous ferez triompher ma faiblesse de mes plus terribles ennemis. (P. de la Colombière, Sermon sur ce sujet).

[Ne pas l'inquiéter]. — Le Seigneur nous défend de nous inquiéter où nous trouverons de quoi manger et de quoi nous vêtir, parce qu'il a dessein d'y pourvoir: que nous faut-il de plus? Pouvons-nous nous défier de sa parole, ou pensoni-nous qu'elle ne soit pas suffisamment engagée? Quoi! dit S. Chrysologue, un homme est obligé de tenir à un homme ce qu'il a promis sur un morceau de papier, et Dieu ne serait pas obligé de tenir * «•

qui est contenu dans toutes les pages de son Écriture. » (Homil. 23 inMallh.) Faisons ce qu'il demande de nous; mettons en lui toute notre confiance, et soyons sûrs que nous ne manquerons de rien. « Dieu est votre père, dit le Sauveur, qui sait que vous avez besoin de toutes ces choses: Scit enim Pater vester quia his omnibus indigelis. » Et voilà ce qui doit entièrement calmer nos esprits, et nous déterminer à nous abandonner à lui, comme des enfants qui ne s'embarrassent point où ils trouveront de quoi manger et de quoi se vêtir, et qui s'en reposent entièrement sur leur père. Ayant donc un père tel que Dieu même, il ne pourra pas, sans doute, nous laisser souffrir, puisque les pères d'ici-bas ne sont pas capables de cette dureté.

Il y a lieu de s'étonner comment les disciples du Sauveur oubliaient si aisément les marques qu'il leur donnait de sa bonté et de sa puissance. Il faisait à tout moment des miracles à leurs yeux ; il venait de guérir une infinité de malades ; ils l'avaient vu changer l'eau en vin aux noces de Cana; et ils ne comprennent pas ce qu'il pourra faire pour donner un peu de pain au peuple qui le suit. Reconnaissons-nous à ce portrait, et rougissons du peu de confiance que nous avons en notre Dieu. Combien de fois nous a-t-il donné des secours imprévus et des marques visibles du soin qu'il a de nous ! Combien de fois nous a-t-il tirés de tel ou tel péril ! Combien de fois nous a-t-il fait sortir victorieux des pièges que nous tendaient nos ennemis ! Et cependant, dès la première tribulation qui nous arrive, au lieu de réveiller notre foi endormie et de lui dire avec confiance: « C'est en vous, Seigneur, que j'ai espéré; ne permettez pas que je sois confondu ; » au lieu de nous ressouvenir de toutes les grâces que nous avons reçues de lui et de nous en servir pour en espérer et pour lui en demander de nouvelles, tantôt nous nous élevons contre lui, tantôt nous tombons dans l'abattement et dans la défiance.

Dans les accidents fâcheux qui nous arrivent, il nous faut recourir à Dieu, et lui dire ce que les Apôtres dirent au Sauveur : Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons ! Il faut reconnaître sa puissance, n'avoir recours qu'à lui ; bien loin de faire comme tant de mauvais chrétiens, qui, dans le temps de la tribulation, tombent dans l'abattement, ou ne se relèvent que pour courir aux moyens humains. Non qu'il faille les négliger, puisque Dieu veut que nous nous en servions ; mais que ce soit toujours avec subordination et résignation aux ordres de Dieu. Salva nos: implorer sa miséricorde et sa bonté; le prier de venir à notre aide. Nous périssons, perimus : lui exposer nos besoins et le péril où nous sommes. Ainsi réduits quelquefois dans un état d'ennui et de désolation, accablés par la dureté de ce créancier, rebutés par la prévention de ce magistrat, abandonnés par la lâcheté de cet ami, prêts ou à tomber dans le désespoir ou à nous élever contre Dieu, ou à nous servir de moyens illicites pour nous tirer de cette misère qui nous accable, de cet ennui qui nous dévore, de cette injustice qui nous opprime, mettons toute notre espérance au Seigneur, et disonslui avec le prophète : J'ai été poussé si rudement, que f ai été près de tomber;

mais, Seigneur, vous m'avez soutenu; et j'ai espéré en vous, et je ne serai point confondu.

Il faut recourir à Dieu comme S. Pierre, et le prier avec confiance de nous tendre la main, pour nous soutenir, parce que nous enfonçons dans les eaux de l'iniquité. On vous a dit une injure, on vous a fait un sanglant affront; c'est un vent qui vous agite; vous êtes en colère (c'est S. Augustin qui parle de la sorte) ; le vent souffle, le flot s'élève, le vaisseau est en danger, votre âme est en péril : recourez au Seigneur, jetez l'ancre, fixezvous par l'espérance, qui est l'ancre de votre salut ; éveillez Jésus-Christ endormi, réveillez votre foi assoupie. Votre âme se tranquillisera, et votre vaisseau sera délivré. Car autrement, si vous vous appliquez à l'injure qu'on vous a dite, vous en tirerez vengeance ; le Ilot entrera dans le fond de votre âme ; vous en serez submergé, et vous ferez infailliblement naufrage. La faute dans laquelle tombèrent les Apôtres fut de n'avoir pas assez de confiance au Sauveur; ils se troublèrent et s'agitèrent, doutant s'il pensait à eux: Non ad te pertinet quia perimus ? (Marc. 2).

Quid timidi estis, modicœ fidei? C'est le reproche que le Sauveur fait à ses Apôtres. Il ne les reprend pas de ce qu'ils avaient recours à lui, puisqu'il exauce leur prière et commande dans le même moment aux vents et à la mer de s'apaiser : mais il les reprend de ce qu'ils n'avaient pas assez de confiance en lui. Il reprend justement ceux qui craignent en sa compagnie: car celui qui est attaché à Jésus-Christ parles liens de la charité peut bien être agité de l'orage, mais il ne peut point périr. Il les reprend avant que d'apaiser la tempête, pour nous apprendre, dit S. Ghrysostôme, que souvent la crainte ne vient pas tant des maux étrangers que de notre faiblesse et de notre peu de foi : et nous devons être persuadés qu'avec cette confiance la mer même deviendra ferme sous nos pieds, et que, sans cette confiance, les plus solides appuis fondront sous nous. (Monmorel,Pa$sm).

[Assurance quand on se confie en Dieu]. — Nous ne saurions trop nous défier de nous-mêmes ; nous ne saurions trop nous confier en Dieu. Dieu ne refuse rien à une ferme confiance : on peut autant qu'on espère; on peut tout, si on espère tout. Il a une puissance infinie ; si je m'appuie sur lui, puis-je tomber? Il a une sagesse infinie : si je suis sa conduite, puis-je m'égarer? Il a une bonté infinie : si je me fie à lui, peut-il me manquer? Il a une providence infinie : si je m'abandonne à lui, peut-il m'oublier ou me négliger? Seul, je suis la faiblesse môme, et comment ne m'en pas défier? mais Dieu et moi, nous sommes bien forts; et comment ne m'y pas confier? La confiance m'unit à Dieu, et l'unit à moi. C'est pour cela que le prophète assure que ceux qui espèrent en Dieu changeront de force, c'està-dire qu'ils se dépouilleront de leur propre faiblesse pour se revêtir de la iorec de Dieu. Un homme plein de confiance devient en quelque façon fort de la force de Dieu même: peut-il succomber dans les plus grands aux? 11 devient ]>ui>s;mi de la puissance de Dieu même; peut-il s'ét. il. 29

tonner des obstacles ? Il devient sage delà sagesse de Dieu même: peut-il manquer de moyens pour surmonter ces obstacles ? Il devient riche de ^'abondance de Dieu même : quelle ressource n'a-t-il point dans ses besoins ?

La confiance en Dieu ne paraît jamais tant que lorsqu'elle fortifie tellement un homme, qu'il tire les motifs de son espérance de ce qui la doit renverser, et qu'à l'exemple d'Abraham il croit contre toute espérance. Un homme soutenu de cette vertu ne craint jamais moins que quand tout paraît à craindre; il n'espère jamais tant que quand tout semble désespéré; il ne s'abandonne jamais plus parfaitement à Dieu que quand tout le monde l'abandonne, que Dieu même semble l'abandonner, au moins sensiblement. C'est alors qu'il dit avec Job : Etiamsi me occideril, in ipso sperabo. Oui, Seigneur, quand vous me donneriez le coup de la mort, j'espérerais en vous et m'appuierais sur cette main qui me frapperait. Dieu, quand il serait le plus irrité, ne pourrait tenir contre une si vive confiance. (Nepveu, Réflexions chrétiennes).

[Réussite]. — Vous vous étonnez quelquefois que ceux qui sont sans nom, sans éclat et sans réputation dans le monde réussissent dans leurs entreprises, pendant que ceux qui ont des amis et du pouvoir auprès des grands sont presque toujours le jouet de la mauvaise fortune. En voici la raison : c'est que ceux-là ne mettent point leur confiance dans leurs richesses ni dans les créatures, mais seulement en Dieu, qui leur tient lieu de toutes choses, et que ceux-ci ne s'appuient que sur des choses fragiles, qui n'ont point de solidité, ou sur des personnes dont l'autorité ne peut les mettre à couvert des insultes d'un ennemi caché, dont ils ne peuvent prévenir les artifices. Retirez donc votre confiance de toutes les créatures, pour la mettre uniquement en Dieu; ensuite, défiez tous vos ennemis et leur dites : Si Dieu est pour nous, qui de vous pourra nous nuire ? Si Deus pro nobis, quis conlrà nos ? (Discours chrétiens) .

[La confiance en Dieu met à couvert des ennemis]. — Si je suis auprès de vous, ô mon Dieu, disait le saint homme Job, je donnerai hardiment le défi à tous mes ennemis. Ne souffrez donc jamais que je me sépare de vous, et je suis sûr que, quelque cruels que soient leurs efforts, ils n'ébranleront jamais ma constance: Pone me juxtà te, et cujusvis manus pugnet contra me (Job. 17). Pauvre veuve qui êtes sans secours et sans appui, quj êtes chargée d'enfants et peut-être de dettes, rebutée, méprisée, persécutée de tout le monde, que je vous plains! Mais savez-vous bien ce que vous avez à faire ? une seule chose, qui est d'avoir recours à Dieu et de mettre en lui votre confiance. Il sera votre appui, votre protecteur, votre asile, votre consolation, votre force : si vos proches vous abandonnent, si vos enfants vous font de la peine, si les personnes charitables se lassent de vous faire du bien, si vos créanciers et vos ennemis vous poursuivent,

Dieu ne vous abandonnera jamais, et vous vous moquerez de tous leurs efforts. (Joly, Prône pour le 3e dim. de l' Averti).

[Confiance en Dieu rare]. — C'est une chose surprenante que la contradiction de la conduite des hommes avec leur croyance. Nous sommes tous persuadés que Dieu est l'auteur et la source de tous nos biens; que, comme nous tenons de lui notre être, c'est de lui que nous viennent aussi tous les autres biens qu'il a ajoutés à cet être, et qu'enfin c'est uniquement à sa bonté que nous sommes redevables de tous les dons, soit de la nature, soit de la grâce, que nous avons. Vous voyez assez la conséquence qui suit naturellement de cette croyance: c'est que nous ne devrions rien attendre que de Dieu seul, puisque nous recevons tout de lui, et qu'ainsi c'est manquer à la plénitude de confiance que nous devons avoir en lui que d'attendre d'ailleurs le secours et l'assistance dans nos besoins. Quand le prophète Jérémie maudit de la part de Dieu celui qui met sa confiance dans l'homme et qui se fait un bras de chair, il ne maudit pas seulement celui qui met toute son espérance dans l'homme, sans rien attendre du Seigneur, mais il maudit celui qui partage sa confiance, et qui en met partie en soi-même, dans son industrie, dans sa force, dans son crédit, partie dans les créatures, et partie dans le Seigneur: Maledictus qui confiait m homme, et ponit carnem brachium suum (Jerem. 17) . Cependant, parmi la foule des fidèles, qui adressent tous les jours leurs vœux à Dieu et qui implorent son secours et son assistance, qu'il est rare d'en trouver qui mettent toute leur confiance en lui, qui se reposent entièrement sur les assurances de son secours !

Qu'on voit jeu de personnes ne cherchant point d'autre appui, d'autre soutien ni d'autre support que celui de Dieu, lui disant avec le Prophète royal: Firmamentum meum et refugium meum es tu! Combien, tous les jours, qui, après avoir fait tous leurs efforts et employé tous les moyens humains dont ils ont pu s'aviser pour réussir dans leurs desseins, sans penser seulement à Dieu, n'ont recours à lui que quand ils voient tous leurs projets renversés, et que tout autre secours leur manque! Combien en voit-on qui, ayant mis leur confiance en un bras de chair, n'attendent ce qu'ils désirent que de leur industrie, ou de leur esprit, ou du crédit d un proche ou d'un ami, ou de leur faveur et de leurs richesses, sans jeter les yeux au ciel pour en recevoir le secours dont ils ont besoin, quoiqu'ils aient si souvent éprouvé combien tous ces appuis sont fragiles ! Combien en voit-on qui, ayant d'abord imploré le secours du ciel pour être guéris d une maladie ou délivrés de quelque danger, quand ce secours ne leur vient pas au temps précis, ont recour, à des superstitions où à d'autres moyens criminels! Cependant, toutes ces espérances sont vaines et trompeuses, parce qu'elles ne sont pas fondées on Dieu, dans lequel seul 1 homme doit mettre sa confiance, s'il no V6u1 pas être confondu, b'U veut avoir un ferme <:t Bolide appui.

Si je mets ma confiance entière dans le Seigneur, elle a un fondement sûr et inébranlable ; c'est un appui qui ne saurait jamais manquer : in Domino spcroms, dit David, non infirmabor. Voilà mon unique appui, voilà tout le fondement de ma confiance. Soit qu'il s'agisse de m'engager dans quelque entreprise pénible, soit qu'il faille me tirer de quelque danger, soit qu'il m'arrive quelque accident fâcheux, je n'attends que de Dieu seul le secours qui m'est nécessaire : Quidquid agendum, dit S. Bernard, quidquid lolerandum, quidquid declinandum, quidquid optandum, lu es, Domine, spes mea; hœc una mihi omnium promissionum causa, liœc Iota ratio meœ expectalionis. Après cela, dit encore S. tBernard, délibérez de renoncer à toutes les vaines espérances que nous pouvons avoir dans toutes les créatures. Combien de fois avons-nous éprouvé l'infidélité des amis, l'ingratitude de ceux que nous avons le plus obligés, l'inconstance des grands qui nous avaient le plus assuré de leur protection, le renversement des projets qui paraissaient les mieux concertés par une mort soudaine et imprévue, la fragilité des appuis qui nous semblaient les plus solides et les plus fermes !

Ce n'est pas qu'il ne soit permis d'espérer de Dieu des biens temporels, et même de lui demander les choses dont nous croyons avoir besoin : il nous a enseigné lui-même à lui demander notre subsistance de chaque jour; il nous a promis de nous délivrer de tous les malheurs dont nous pourrions être accablés, si nous nous adressons à lui. Nous voyons une infinité d'exemples de saints qui n'ont point en vain eu recours à lui, soit pour leurs besoins, soit pour ceux des autres. Mais il faut prendre garde de ne faire point de ces choses visibles et temporelles le principal objet de notre espérance ; il faut chercher Dieu et sa justice avant toutes choses, et ne regarder tout le reste que comme un accessoire de ce que nous attendons de Dieu.

Notre confiance, pour être telle que Dieu la demande, doit être prompte, ferme, inébranlable, persévérante. C'est un grand défaut de n'avoir recours à Dieu, dans ses périls, dans ses besoins, dans ses disgrâces, qu'après avoir tenté en vain les moyens humains de s'en tirer. Comme il n'est rien qui attire plus promptement sur nous le secours de Dieu que la promptitude du recours que l'on a à lui, il n'est rien qui l'éloigné plus que quand on ne s'adresse à lui qu'après avoir employé inutilement tout ce qu'on a pu pour réussir, sans son secours, dans ses prétentions. {Homil. 6 in i Tim). Pourquoi pensez- vous, dit S. Chrysostôme que Dieu laissa si longtemps Joseph en prison, où l'imposture de sa maîtresse l'avait fait jeter? C'est que, se fiant sur son innocence, il se hâta trop d'en sortir, et, que, pour avancer sa sortie, il mit une partie de sa confiance en cet échanson du roi Pharaon auquel il avait prddit son rétablissement dans la charge, en lui recommandant de se souvenir de lui et de s'employer pour sa délivrance. Dieu est jaloux d'avoir les prémices de toutes choses, et que nous ayons notre premier recours à lui. (Lafont, Entretiens ecclésiastiques).

[La plupart des chrétiens n'espèrent point en Dieu]. — Il faut avouer que ces chrétiens toujours tremblants et toujours défiants n'espèrent point en Dieu, mais qu'au contraire ils sont du nombre de ceux dont Dieu se plaint par Isaïe: Qui confidunt in nihilo et loquuntur vanitates; conceperunt laborem et pepererunt iniquitatem ; telas araneœ texuerunt ; bien éloignés d'espérer en Dieu et de s'appuyer sur l'immuable, ils mettent toute leur espérance et établissent tout leur appui sur le néant des créatures. Cet ambitieux, pour venir à bout de ses desseins, s'appuie sur le crédit d'un ami puissant à la cour, ou bien sur les ruses et sur les fourberies de sa politique mondaine; ce soldat sur sa bravoure et son courage; ce marchand sur son adresse dans le commerce; cet homme d'affaires sur ses intrigues; cette femme sur le pouvoir et l'industrie de son mari : et personne ne s'appuie sur Dieu. C'est pourquoi tous ces chrétiens sans espérance, connaissant par des expériences sensibles combien leurs appuis sont chancelants, que tout s'écroule sous eux et qu'ils sont toujours à deux doigts de leur chute, vivent, comme j'ai dit, dans des craintes continuelles. Ils voient bien que tout leur travail est comme une toile d'araignée qu'un souffle de vent peut emporter en un moment.

La plupart de ceux qui se disent fidèles ne regardent jamais le ciel dans leurs adversités, que quand la terre leur manque; ils n'ont jamais recours au Tout-Puissant, que quand la faiblesse des remèdes humains les y contraint. Tant qu'il paraît quelque rayon d'espérance parmi les créatures, ils ne font non plus d'état de Dieu et de son secours que s'il n'y en avait point du tout, ou que s'il ne leur était point nécessaire. Si Dieu ne les réduit à l'impossibilité et s'il ne leur ferme tous les passages du côté du monde, jamais, dans leurs afflictions, ils ne se tournent du côté de Dieu. C'est ce qui attire ordinairement la colère de Dieu, et qui l'oblige de détruire les objets de leur vaine confiance, faisant en sorte que les créatures sur lesquelles ils s'appuient leur manquent, ou soient les premières à les trahir. Dieu ordinairement brise ces faibles idoles à qui ils présentaient leurs vœux pour en obtenir du secours, ou s'en sert pour les perdre et les confondre : Confundentur ab idolis quibus servierunt. (IsaïcT',, 29). (P. Texier, Dominicale, 4e dm. ap.Epiph).

Levavioculos meos in montes, undè veniet auxilium rnihi. Hélas! quelque persuadés que nous soyons de notre faiblesse et de l'impuissance de toutes Les créatures, quelque conviction que nous ayons qu'il n'y a que Dieu qui puisse nous soulager dans nos maux, il est cependant celui à qui nous avons le moins recours. Déplorable condition de l'homme ! ou plutôt malheureux enchantement de l'esprit et du cœur; battus d'une infinité d'orages, environnés d'abîmes et d'écueils, ne nous adresserons-nous jamais a DiBU, comme tirent les disciples? Ne chercherons-nous point le

calme que Dieu seul nous peut donner? Domine, salva nos, perimus!

(Essais de sermons).

[Même sujet]. — 0 perversité de l'esprit des hommes! s'écrie un S. Père : on a confiance en tout ce qui est au monde, et on n'en a point en Dieu ! on la donne à tout ce qui ne la mérite pas, pour la refuser à celui-là seul à qui elle est due à tant de titres! car on se fie à la terre, qui est souvent ingrate et stérile; on se fie à la mer et aux tempêtes, qui sont si funestes et qui causent tant de naufrages; on se fie à des âmes qui sont infidèles, à la fortune qui est inconstante, à la faveur des grands qui est si fragile, à notre esprit qui est si flottant et qui prend si souvent de fausses mesures: et, par un aveuglement déplorable, on ne se fie pas à celui, qui donne la fertilité à la terre, qui commande à la mer, à celui qui est l'arbitre souverain de la bonne et de la mauvaise fortune. (De Saint-Martin, 4e dim. de Carême) .

La plupart de nos entreprises ne manquent de secours que parce que l'on manque de confiance en Dieu, et que l'on n'espère que dans les hommes. Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la plupart des malheurs qui nous arrivent. Dieu ne nous tend pas la main, parce que nous n'avons que de la défiance pour lui. Nous croyons que tout est perçu quand nous ne voyons pas de ressources humaines: et Dieu permet, pour cette raison, qu'elles nous manquent, et que nous enfoncions dans la mer, comme S. Pierre. Avec la confiance en Dieu, la mer même sera ferme sous nos pieds : sans la confiance en Dieu, les plus solides appuis fondront sur nous : car la solidité n'est pas dans la terre, elle est dans la puissance de Dieu qui raffermit; et cette même puissance peut affermir les eaux aussi facilement que la terre, pourvu que ce soit lui qui nous engagea marcher dessus. {Essais de morale).

[Légèreté des hommes sur ce point], — C'est une faiblesse et une légèreté d'esprit assez ordinaire à quantité de gens, qui, après avoir éprouvé l'assistance de Dieu en plusieurs dangers et mauvaises rencontres où ils se sont trouvés, tombent dans le découragement et perdent toute confiance, au moindre accident qui leur arrive. Tels étaient les Israélites dans le désert, dont il est dit qu'ils parlèrent contre Dieu: « Pourra-t-il nous préparer à manger dans le désert ? » Ils doutent de la puissance de Dieu, ne se souvenant déjà plus du passage de la mer Rouge et des autres prodiges qu'il avait faits en leur faveur. Tels étaient aussi les Apôtres, quand ils dirent au Fils de Dieu que cent deniers d'argent ne suffiraient pas pour acheter du pain afin de nourrir une grande multitude de peuple qui l'avait suivi dans le désert. Après les preuves et les assurances qu'il leur a données de sa puissance et de sa divinité, par la multitude des miracles qu'il a faits en leur présence, quel sujet ont-ils de craindre en sa compagnie? Ne devaient-ils pas croire qu'il saurait bien trouver le moyen de pourvoir à leur subsistance. Après avoir vu de leurs yeux le miracle de la multiplication des cinq pains, comment, embarqués avec lui dans un même vaisseau, appréhendèrent-ils de périr par une tempête qui s'éleva,

PARAGRAPHE SIXIEME. 45a

comme s'il eût été moins puissant pour les secourir sur la mer que sur la terre? C'est le même aveuglement où sont encore la plupart des chrétiens, que l'on pourrait comparer à ces princes de l'armée de Syrie dont il est parlé au 3e livre des Rois, qui avaient déclaré la guerre à Achab, roi d'Israël. Comme ils virent que leur armée si puissante avait été défaite par un petit nombre d'Israélites, ils crurent devoir attribuer l'honneur de cette victoire, non aux Israélites, ce qui eût été à leur confusion, mais aux dieux des montagnes. C'est pourquoi, l'année suivante, ils résolurent de ne les plus attaquer sur les montagnes, mais dans les vallées, se promettant de les vaincre, s'ils ne recevaient aucun secours des dieux des montagnes. C'était bien avoir perdu le sens que de croire que la puissance divine augmente ou diminue selon les lieux. {Homélies morales).

[Confiance en Dieu seuil. — A qui voulez-vous que l'homme se fie, sinon à celui qui par excellence prend le titre de fidèle, et dont la fidélité a toujours surpassé la confiance que ses amis ont eue en lui? « L'homme sage, dit l'Ecclésiastique, se fie à la parole de Dieu, et sa parole lui est fidèle. » L'homme sage ne doit pas mettre sa confiance dans les princes de la terre; le prophète royal nous donne cet avis de la part de Dieu, parce qu'il n'y a point d'assurance en eux, et qu'ils ne sont pas assez puissants pour le garantir. L'homme sage ne se fie pas au reste des hommes, parce que, dit l'Écriture, ils ne sont que vanité et mensonge. L'homme sage ne se fie ni à sa force, qui n'est que faiblesse; ni à sa prudence, qui n'est que folie ; ni à ses richesses, qui ne sont que boue ; ni à son crédit, qui n'est que fumée. L'homme sage ne se fie donc qu'à Dieu seul, parce que la vérité même nous assure que, depuis la naissance des siècles, nul de ceux qui ont espéré en lui n'a été trompé ; que son bras est aussi plein de force que son cœur l'est de bonté, pour nous secourir au besoin. La maison d'Israël s'est confiée en Dieu (c'est David qui parle), et il s'est déclaré son protecteur; la maison d'Aaron y a mis son espérance, et elle a pareillement ressenti son secours et sa protection. Tous ceux qui ont eu la crainte de Dieu se sont confiés en lui et ils s'en sont merveilleusement bien trouvés. En un mot, parcourez; dit l'Ecclésiastique, tout ce que le soleil éclaire, et voyez si, parmi tant de peuples et de différentes nations qui sont sur la terre, il s'est jamais trouvé un seul homme qui soit demeuré confus pour avoir mis sa confiance en Dieu.

Quelqu'un pourra peut-être s'imaginer qu'il n'y a que les saints et les amis de Dieu qui peuvent en toute assurance se confier en une bonté qu'ils ont fidèlement servie, qui ne se reprochent rien sur ce chapitre, et à qui i'iir rend ce fidèle témoignage, qu'ils peuvent sans crainte paraître devanl sa divine m jesté. Voilà en effet le sortoù se retranche la défiance; mais il tt'eat paa difficile de le renverser et de le détruire. Car je vous prie de me dire si, parmi toutes les nations qui sont sur la terre, il s'est trouva un seul homme qui ait été confondu après avoir mis son espérance eu

43fi CONFIANCE EN DIEU.

Dieu, et si, parmi toutes ces nations, il ne s'est pas trouvé un seul homme qui n'ait été saint et ami de Dieu. Est-il possible que tous ceux qui se sont confiés en lui, depuis le commencement des siècles, aient fondé leur espérance d'être favorablement écoutés de Dieu, sur le témoignage que leur conscience leur rendait qu'ils étaient saints et amis de Dieu? Manasscs, sans doute, n'avait pas ce sentiment. Mais c'est bien mal connaître les saints, de s'imaginer qu'ils aient établi sur leur sainteté la confiance qu'ils avaient en Dieu; eux, dis-je, qui n'eussent rien moins été que saints, s'ils eussent eu la présomption de croire qu'ils l'étaient, et qui avaient certainement bien d'autres sentiments d'eux-mêmes , puisqu'ils se regardaient comme le rebut du monde, et indignes de voir la lumière du ciel.

S'il n'est rien qui honore plus Dieu que les hauts sentiments que nous avons de lui, certes la confiance en forme de si relevés de sa puissance, de sa sagesse, de sa fidélité, qu'il n'est pas possible d'en concevoir de plus grands. Figurez-vous, s'il vous plaît, le saint homme Job, ce miracle de patience, sur son fumier, qui est comme l'école du monde, lorsque, dans cette foule de maux qui l'environnent, dans ce déluge d'ennuis qui l'accablent, au milieu de cette sombre nuit qui ne lui présente que des horreurs et des sujets de désespoir, il s'écrie néanmoins hautement : « Quand même il m'aurait massacré, j'espérerai en lui; et, 's'il m'ôte la vie, il ne m'arrachera pas la confiance du cœur. » N'est-ce pas faire un aveu solennel qu'il mérite qu'on laisse plutôt tout que de manquer de confiance en la moindre de ses paroles?

Qui pourrait rapporter tous les éloges que les saints donnent à cette admirable vertu? La confiance, disent les uns, est une vertu conquérante, qui emporte tout ce qu'elle souhaite, et ce qu'elle demande. S. Bernard, qui en connaissait le prix, dit que ce fut en cette faveur que Dieu fit cette promesse à son peuple : « Vous posséderez toutes les terres où vous mettrez seulement le pied. » L'apôtre S. Jacques ajoute que, pour obtenir quelque grâce, il suffit de la demander sans hésiter. C'est un trésor, disent les autres, dont jamais nous ne saurons le prix que Dieu ne nous ait ouvert les yeux pour le connaître. « Surtout, mes frères, disait S. Paul, je vous conjure que, pour chose du monde, vous ne perdiez jamais la confiance. » C'était l'admirable leçon que le Sauveur faisait à ses disciples, lorsqu'il leur disait : « Quand je vous ai envoyés prêcher sans provision, sans argent, sans aucune commodité de la vie, vous y êtes allés sur ma parole : vous a-t-il manqué quelque chose? » C'est enfin, dit le prophète royal, un guide fidèle, qui nous conduit en assurance, parmi tous les dangers que nous courons dans la voie de cette misérable vie : Deditxisli me} quia factus es spes mea.

Je ne sais si vous avez jamais remarqué que, dans l'Écriture, on parle souvent d'un pauvre, d'un orphelin, d'une veuve, et vous diriez que ce n'est que sur eux, que viennent fondre toutes les bénédictions du ciel, et

qu'ils sont d'autant plus chéris de Dieu qu'ils sont plus abandonnés des hommes. « Ce pauvre a élevé sa voix et le Seigneur Ta aussitôt exaucé. » Faites réflexion que le roi prophète en parle sans l'appeler autrement que ce pauvre : Iste pauper clamavit. Mais qui ne voit qu'il est d'autant plus connu du ciel qu'il est plus inconnu sur la terre? Il assure, dans un autre endroit, que Dieu est le recours de l'orphelin; qu'il reçoit le pupille à bras ouverts; qu'il bénit la veuve et ses enfants de ses plus grandes bénédictions; et, lorsque celui qui est sans support veut avoir accès auprès de lui, il suffit qu'il lui fasse entendre qu'il est unique : Unicus sum ego; c'est-à-dire abandonné de tous. C'est ce qui nous apprend que la confiance est d'autant plus grande, plus pure, plus agréable à Dieu, que moins elle trouve d'appui hors de lui, et que le moyen le plus immanquable d'être bien reçu de la divine majesté, c'est d'être délaissé de tout le monde, et de mettre notre confiance en lui seul. (Le P. Poiré, De la science des saints, traité 3e) .

[De la prudence humaine]. — Ce n'est pas mon dessein, en parlant de la confiance, de bannir la prudence humaine de nos affaires, d'entretenir l'oisiveté et la nonchalance des hommes, sous ce prétexte spécieux de mettre son espérance au Créateur. Dieu ne prétend pas rendre les lumières qu'il nous a données inutiles par le soin qu'il a de nous; mais il les a laissées faibles et insuffisantes pour nous obliger, en toutes nos entreprises, d'avoir recours à lui. Que les pensées des hommes sont timides et chancelantes! que nos vues et nos prévoyances sont courtes et mal assurées! Ce qui est déplorable, c'est de voir que la prudence humaine ne se contente pas de tenir son rang dans nos conseils, mais qu'elle en prend même toute la conduite, sans donner aucune place à la confiance. D'où il arrive que les hommes courent après les secours de la terre, comme s'ils n'en pouvaient recevoir d'ailleurs, « Ingrate créature! s'écrie Salvien à ce propos : penses-tu que ce soit pour t'abandonner dans tes besoins que Dieu se tient sans cesse à tes côtés? N'est-ce pas lui qui remplit le ciel et la terre, pour n'être pas éloigné de ceux qui réclament son secours? » A qui pouvons-nous donc recourir avec plus d'assurance qu'à cette bonté souveraine, qui nous soutient entièrement entre ses mains, et qui nous donne continuellement la vie, l'être et le mouvement?

Quoique Dieu ait souvent donné parole à ses plus grands amis de leur faire remporter la victoire sur leurs ennemis, il a cependant toujours voulu qu'ils prissent part à l'exécution du dessein qu'il avait sur eux; et, quand ils ont cessé de mettre la main à l'œuvre, ils ont aussi cessé de recevoir les effets de sa parole et le fruit de ses bénédictions. Il avait promis à tfobe et à Josué d'être avec eux et de les secourir dans les combats, d'en soutenir l'effort, et de jeter l'effroi et le désordre parmi leurs ennemis : mais ces grands hommes ne laissèrent pas d'apporter une extrême vigilance à la conduite de leurs armées, et d'user de stratagèmes de guerre pour sur-

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prendre ceux que Dieu s'était obligé à livrer entre leurs mains. « C'est le glaive du Seigneur et celui de Gédéon qui font ces merveilles! » s'écrièrent un jour les soldats du peuple de Dieu, triomphants des Madianites. Dans un autre endroit il est fait mention d'une miraculeuse victoire, (II Faralip. 1 i), gagnée sur les Éthiopiens et sur d'autres peuples barbares, où Dieu donna tant de terreur à la présence du roi Asa, que les armes leur tombèrent des mains, de sorte qu'ils se laissèrent mettre en pièces et fouler aux pieds, presque sans résistance. Mais, afin qu'on ne crût pas que Dieu lit cet exploit sans que l'armée d'Asa s'en remuât, l'Ecriture ajoute expressément ces paroles, que ce fut par les mains du Seigneur et par celles des Israélites qui combattaient avec lui que toute cette grande armée de barbares fut entièrement défaite.

Ubi sunt dii tui, quos fecisti tibi ? surgant! Est-ce maintenant le temps de venir à moi, lorsque vous ne savez plus où aller? N'avez-vous pas des dieux à qui vous vous adressez tous les jours, et par l'avis desquels vous vous gouvernez dans tous vos desseins? Ce sont ces dieux qui vous ont mis où vous êtes; ce sont eux qui vous conduisent et qui vous protègent; c'est sur eux que vous avez fondé vos espérances : allez donc implorer hardiment leur secours, et dites-leur qu'ils vous délivrent, s'ils veulent, des maux que vous souffrez : car, pour moi, je ne vous connais point. Et ailleurs : Ubi sunt dii eorum, in quibus habebant fiduciam ? Où sont ces dieux dont ils vantaient tant la protection ? Qu'ils se lèvent, s'ils peuvent, et qu'ils viennent promptement les secourir dans leurs besoins.

C'est un instinct naturel de recourir à Dieu, dans les accidents subits et imprévus. Les païens, même les plus passionnés pour le culte de leurs idoles, jusqu'à leur sacrifier la vie de leurs propres enfants, tant les charmes des prospérités temporelles les avaient aveuglés ne se souvenaient plus néanmoins de leurs dieux, sitôt qu'il se voyaient menacés des foudres, des déluges, des mortalités, et des autres accidents. Ces belles idoles, qu'ils avaient si souvent invoquées, encensées et couronnées de fleurs, demeuraient alors sans sacrificateurs, et tous ceux qui se voyaient assaillis tout à coup de ces accidents imprévus criaient merci au Dieu du ciel et de la terre, n'en reconnaissant plus d'autres, et oubliant le nom de ceux qu'ils avaient auparavant adorés, comme rapporte Lactance. Ils ne savaient plus ce que c'était que Jupiter, Mars et Mercure; mais, laissant là toutes ces vaines divinités, ils levaient les mains et les yeux au ciel, et imploraient le nom et le secours de celui-là seul qui pouvait les aider, en ces fâcheux accidents. Nous ne saurions donc douter que la nature, lorsqu'elle agit d'elle-même, ne recoure à son Créateur, et ne nous porte à nous jeter entre ses bras, par un mouvement nécessaire et que nous ne pouvons dissimuler.

0 aveuglement de l'esprit humain! combien y a-t-il d'hommes au monde qui ne regardent jamais le ciel que quand la terre leur manque, et qui ne penseraient pas seulement à la toute-puissance du Créateur, si

la faiblesse des créatures ne les y obligeait ? Nous pouvons dire en vérité que, comme toutes sortes de personnes recourent à Dieu avec ferveur pour trouver quelque assurance dans les soudaines frayeurs dont elles sont frappées, ou quelque soulagement dans la violence des maux qu'elles souffrent, il n'y a au contraire presque personne qui implore son secours hors de ces accidents : comme s'ils trouvaient assez de forces ailleurs, sans qu'il fût besoin d'en attendre d'en haut. C'est ce qu'on ne peut assez concevoir, que des âmes prévenues de tant de grâces du ciel, élevées avec tant de soins et de tendresse, lavées du sang d'un Dieu et nourries de son propre corps depuis tant d'années, qui savent qu'il y a une sagesse souveraine qui les gouverne, ne puissent encore, après tout cela, se fier à sa conduite ni s'adresser à elle que quand elles ne sauraient plus rien espérer d'ailleurs. (Le P. Du Sault, traité de la Confiance en Dieu, liv. Ier).

[Vanité du monde]. — Toutes les grandeurs humaines s'appellent, dans l'Écriture, illusion et enchantements : Fascinatio nugacitatis ; et les hommes les plus sages et les plus puissants ne sont que vanité : Universa vanilas omnis homo vivens. A quoi S. Paul ajoute que la figure du monde passe et s'évanouit : d'où il tire cette conséquence, qu'il ne faut faire nul fond sur tout ce que nous y voyons; qu'il ne faut nullement s'y arrêter, comme sur une chose fragile, qui n'a point de consistance, qui tend à la fin par une défaillance continuelle. Les impies et les réprouvés l'avouent dans les enfers, et la réflexion qu'ils font sur leur imprudence de s'y être attachés comme à des objets qui devaient toujours durer fait un de leurs plus sensibles regrets, en s'écriant que tous leurs plaisirs sont passés comme l'ombre : Transierunt omnia Ma tanquàm timbra (Sap. 5). Mais les impies qui vivent encore sur la terre ne le peuvent nier, après l'expérience qu'ils font tous les jours de l'inconstance, de l'infidélité et de la fragilité des choses dans lesquelles ils avaient mis leur plus ferme appui. Et ce qui est déplorable est qu'il ne peuvent revenir de leur entêtement, ni se désabuser d'une si grossière illusion ; car ils ne peuvent s'empêcher de s'appuyer sur les choses mondaines, fragiles et passagères, plutôt que sur Dieu, de la fidélité duquel ils ont tant d'assurance.

Si vous me demandez quel mal c'est, ou quel péché on commet, en mettant sa confiance en tout autre qu'en Dieu, sans parler des malheurs qu'on s'attire et du mauvais succès des affaires qu'on entreprend indépendamment de Lui, Je dis que c'est lui faire un sensible outrage, puisqu'on ne peut marquer plus visiblement le peu d'état qu'on fait du secours qu'il V I e ga{ de nous donner; qu'on se tient plus assuré de réussir par l'assistance de ses proches et de ses amis, que par celle qu'il nous a si solennellement promise; qu'on se fie davantage sur son industrie, sur son crédit, sur ses intrigues et sur son esprit, que sur la parole d'un Du - . C'est croire qu'on est plus fortement appuyé sur un brisé et sur

'irtO CONFIANCE i"N DÏBU.

une eau roulante que sur cette main toute-puissante qui a créé cet univers et qui soutient tout par sa vertu; c'est se persuader que nous n'avons besoin ni de sa faveur ni de son appui, puisque nous le trouvons, ou du moins que nous Je cherchons ailleurs. N'y va-t-il pas de l'honneur et de l'intérêt de ce grand Dieu de confondre une telle présomption et de punir cette insolence?

Outre les malheurs où s'engagent ceux qui commettent un péché, de quelque nature qu'il soit, le manque de confiance, qui ne peut être sans péché, en attire de particuliers sur leurs affaires temporelles. Car, le mépris qu'ils font du secours de Dieu fait qu'ils n'en trouvent nulle part ailleurs, et qu'ils en sont entièrement destitués, que les personnes en qui ils avaient le plus de confiance sont les premières à leur tourner le dos ou à les trahir. De plus, Dieu retire sa bénédiction des biens de ceux qui y sont attachés, et qui y mettent toute leur espérance. Il ôte à cette femme son mari, qui la rendait si fière et si orgueilleuse ; il charge cette famille d'enfants qui dissipent tout ; il fait naître dans un autre un procès qui la consume ; il fait tarir la source des biens qui semblaient fondre auparavant sur cette maison, et au contraire y fait multiplier les affaires, la dépense et les nécessités ; une année, la grêle ravage ses moissons et la sécheresse rend ses champs stériles ; dans une autre, les disgrâces se succèdent les unes aux autres, et le mauvais ménage achève de dissiper tout ce qui restait de bien et de revenu. Et voilà cet homme, qui avait mis son espérance en tout autre qu'en Dieu, devenu sans biens et sans ressource ! Ecce homo qui non posuit Deum adjutorem suuml (Le P. du Sault, Ibid).

[La confiance en Dieu rend une âme intrépide]. — La confiance en Dieu remplit une âme d'une certaine assurance, qui passe même la présomption la plus outrée des hommes les plus téméraires, puisqu'elle fait paraître les armées les plus formidables comme une armée de moucherons ou de fourmis. Témoin ce que nous lisons dans l'histoire ecclésiastique du saint évèque Babylas, qui, sachant qu'un tyran s'approchait à la tête de cinquante mille hommes à dessein de ravager sa ville et son Église, après avoir déjà désolé tout le pays voisin : ce saint homme eut bien la hardiesse d'aller au-devant de lui et de lui défendre, de la part de Dieu, de passer outre ; et, interrogé d'où lui venait cette assurance, il répondit qu'ayant mis toute sa confiance en Dieu, quand il aurait vu des millions d'hommes rangés en un corps de bataille, il n'en aurait pas eu plus de frayeur que de voir une campagne couyerte de sauterelles et de fourmis. Et nous savons que d'autres, armés de la même confiance, ont protesté hautement que, quand le ciel tomberait en pièces sur leurs têtes, ou que la terre s'ouvrirait en abîmes et en précipices sous leurs pieds, quand les montagnes s'ébouleraient pour les ensevelir sous leurs ruines, que l'air s'allumerait de tous côtés de foudres et d'éclairs, et qu'en un mot toutes les créatures conspireraient et s'uni

raient pour les perdre, ils n'auraient pas la moindre appréhension, étant sous la protection de Dieu. (Anonyme).

[Tentations et passions]. — Quand on a pris une ferme résolution de renoncer absolument au péché et de se donner entièrement à Dieu, il faut avoir une ferme confiance en Dieu, et lui adresser la prière que lui fit Judith pour s'encourager à couper la tête d'Holopherne, chef des ennemis d'Israël: Confirma me, Domine Deus, in hâc horâ : Seigneur, soutenez ma main tremblante à ce moment qui va décider de votre gloire et du repos de votre peuple. Disons de même, sur le point d'immoler à Dieu une passion qui nous retient et qui nous empêche d'être à lui: Confirma me, Domine Deus! La voici venue pour moi, mon Dieu, cette heure du salut, où je dois vous sacrifier la victime que vous m'avez demandée tant de fois, et que j'ai toujours eu la lâcheté de vous refuser. Je rougis de me voir si faible contre un ennemi qui est le vôtre et le mien; secourez-moi, Seigneur, fortifiezmoi : Confirma me. J'ai fait cent fois les plus belles réflexions du monde, j'ai formé les résolutions les plus fortes: mais, quand je viens au moment fatal de frapper le coup, toute ma vertu m'abandonne. (Le P. Cheminais, Sermon sur la passion dominante).

[Confiance en Dieu dans les dangers]. — Seigneur, tant que je vis sur la terre dans cette région de ténèbres, je me sens saisi de crainte et de tremblement. Quand je réfléchis sur la multitude innombrable des dangers qui me menacent, des ennemis qui me poursuivent et des misères qui m'environnent, si je ne comptais sur votre assistance, je tomberais dans le désespoir. Mais le souvenir des infinies miséricordes dont vous êtes rempli, et les bienfaits dont vous m'avez prévenu avant même ma naissance, me font respirer. 0 mon Dieu, qui n'êtes que douceur et bonté, les faveurs spéciales que vous répandez tous les jours sur moi me répondent des plus excellents dons que vous réservez à vos amis, réveillent ma confiance, et me donnent lieu de me réjouir en vous, qui êtes les plus chères et les plus tendres délices de mon âme. (Anonyme).

Quid timidi eslis} modicœ fidei? Pourquoi craignez-vous, gens de peu de foi! Vous devez au contraire l'invoquer de la plénitude de votre confiance, persuadés que celui qui commande aux vents et aux tempêtes, qui apaise les émotions de la mer, auquel toute la nature rend une obéissance si prompte et si entière, dissipera l'orage qui vous fait craindre; qu'il sait l'état où vous êtes, la situation où sont vos affaires, les peines que vous souffrez, et qu'U est appliqué sans relâche aux besoins de ceux qui espèrent .•h lui et qui te servent: Ecce non dormilabil neque dormiet qui cuslodit Israël (PS. 102). La garde de nos âmes et même de nos corps lui est trop chère et trop recommandée; il veille, lorsque nous croyons qu'il est enseveli dans le sommeil; ses oreilles et ses yeux sont incessamment ouverts pour le secours de ceux donc son Père lui a commis la conduite. Profitons de ce

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désordre où nous voyons aujourd'hui les disciples du Fils de Dieu: que leur foi toute chancelante rende la nôtre inébranlable ; que leur confiance si fortement attaquée donne à la nôtre une fermeté et une vigueur toute nouvelle. (L'Abbé de la Trappe, Conférence pour le 49 dim. après les Rois).

[Dieu est avec nous). — Quand Dieu ordonnait autrefois à ses amis de ne rien craindre, il n'en apportait point d'autre raison sinon qu'il était avec eux : Noli limere, quia ego lecum sum. C'est moi, le Créateur du ciel et de la terre, moi, la source de tous les biens, c'est moi qui suis en ta compagnie, et, tant que tu auras confiance en moi, je ne t'abandonnerai jamais. Se peut-il entendre rien de plus consolant que ces paroles ? Quelle consolation fut-ce à Jacob, quand Dieu l'envoya en Egypte avec cette promesse : Ego descendam illùc tecum in JEgyptum? Ne crains point de descendre en Egypte : car je t'y tiendrai compagnie; et, si je suis avec toi, que peux-tu désirer davantage ? Quoi ! un roi de la terre, dit S. Augustin (In Ps. 26), est en assurance dans son palais, lorsqu'il est environné de ses gardes, qui veillent pour le défendre ; c'est un homme mortel, gardé par d'autres hommes mortels comme lui, et cependant il n'appréhende rien : et un homme mortel, gardé par un Dieu immortel et tout-puissant, tremblera de frayeur, et ne pourra prendre une heure de repos ? quel aveuglement ! Protegitur imperator scutalis, et non limet ; protegitur mortalis à mortalibus, pi securus est : protegitur mortalis ab Immortali, et timebit et trepidabit ? (P. Du Sault).

« Ah ! que nous sommes misérables, dit Tertullien, si nous nous défions des promesses de la vérité éternelle ! » Il viendra un temps, pécheurs, que vous sentirez votre malheur ; mais hélas ! il sera trop tard, quand au lit de la mort vous serez obligés de quitter ces choses dans lesquelles vous aurez mis votre confiance. Alors vous aurez recours à Dieu après avoir irrité sa justice; vous aurez recours à sa clémence, vous produirez mille actes d'espérance et d'amour : mais Dieu vous renverra à ces créatures, les funestes objets de vos espérances. Où sont ces dieux dans lesquels vous avez mis votre confiance ? qu'ils viennent présentement vous secourir ; que ces richesses, que vous adoriez comme le vrai Dieu, vous secourent dans l'extrémité où vous êtes ; que les injustices, que vous avez commises avec tant de plaisir, vous délivrent aujourd'hui; que ces amis, que vous regardiez comme l'appui de votre fortune, vous soulagent?

Voulez-vous, chrétiens, que la protection de Dieu vous mette à couvert de tous les accidents de la mauvaise fortune? voulez-vous attirer sur vous et sur vos familles les bénédictions si nécessaires pour jouir d'une vie heureuse et tranquille, dans la condition où la providence vous a fait naître? Ayez confiance en Dieu, et vous éprouverez combien le Dieu d'Israël est bon envers ceux qui ont le cœur droit. S'il permet quelquefois que le juste soit éprouvé, il ne permet jamais qu'il soit abandonné; il ne

souffrira point que ses enfants soient exposés aux malheurs d'une pauvreté honteuse. Sans cette protection, tous vos soins seront inutiles. En vain tâcherez-vous d'établir vos maisons sur de solides fondements : si le Seigneur ne bâtit avec vous, elles seront bientôt renversées. En vain préviendrez-vous le lever du soleil pour accumuler des biens, par les travaux infatigables d'une vie pénible et laborieuse : si vous ne mettez le Seigneur dans vos intérêts, tout l'édifice de votre fortune tombera par terre. (Anonyme).

[Humilité dans la confiance]. — S. Chrysostôme demande quelle est la source de la timidité qui se trouve dans les chrétiens : et il répond que c'est l'orgueil, parce que l'orgueil fait que nous mettons notre espérance en nousmêmes, et non en Dieu. Et ensuite, comme nous venons à connaître le peu de force que nous avons pour nous soutenir, nous sommes saisis de frayeur, en voyant que l'appui sur lequel nous voulions nous établir nous manque. Ainsi, au lieu que l'orgueil est souvent le principe du courage dans les gens du monde, l'humilité, au contraire, est le principe du courage des chrétiens. C'est elle qui fait que nous ne nous appuyons plus ni sur nous-mêmes ni sur les hommes, puisque c'est s'appuyer, comme dit l'Ecriture, sur un roseau qui se rompt dans la main de celui qui veut se soutenir par lui, et que nous ne nous appuyons plus que sur celui qui est le soutien du ciel et de la terre. C'est pourquoi, si nous avons de l'humilité, nous aurons de la confiance ; et si nous avons de la confiance, nous deviendrons forts et invincibles : car, comme dit excellemment S. Léon, nous pouvons tout dans celui sans lequel nous ne pouvons rien : Omnia possumus in eo sine quo nihil possumus. (Instructions chrétiennes).

[Soin raisonnable de nos affaires]. — L'Apôtre veut que nous ne nous inquiétions de rien, mais que, dans nos prières, nous exposions à Dieu ce que nous désirons, et que la paix de Dieu, qui passe tourt entendement, garde nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ. Or, cet éloignement de toute inquiétude n'empêche pas le soin raisonnable, dans Tordre de Dieu et comme Dieu le veut, rvec douceur et tranquillité, faisant de son côté ce que l'on doit avec justice, mais toujours sans inquiétude et sans empressement, attendant tout le bon succès de la divine Providence, en laquelle seulement on doit mettre toutes ses espérances et sa confiance. Cette confiance doit être générale et sans réserve, aussi bien à l'égard des personnes qui nous touchent de plus près qu'à l'égard de nous-mêmes. Les pères et les mères, par exemple, ne doivent point s'inquiéter, non-seulement pour ce qui les touche, mais encore pour ce qui regarde leurs entants. Elle doit être de plus, cette confiance, à l'égard de l'intérieur et de l'extérieur des états différents où l'on se trouve, au milieu de toutes sor- \, parmi toutes les contradictions des hommes et des démons, dans les épreuves qui viennent de Dieu : à l'égard généralement de toutes

choses, de toutes sortes de personnes, en toutes sortes de temps. (Boudon, Le chrétien intérieur).

[Présomption]. — Si le prince des Apôtres, au lieu de se confier en luimême et de compter sur ses propres forces, eût eu recours au Sauveur, et qu'il lui eût demandé cette fermeté qu'il croyait avoir et qu'il n'avait pas, il eût été plus fidèle, et eût évité le malheur dans lequel il tomba. Le Sauveur l'eût soutenu; il l'eût porté, pour ainsi dire, entre ses bras, pour le préserver de cette chute si effroyable; et dans cette occasion malheureuse où il ne témoigna que la fragilité et la flexibilité d'un roseau, il aurait eu et fait paraître la fermeté d'un rocher. Vous permîtes, Seigneur, que ce malheur lui arrivât, premièrement, pour le puni,r de ce qu'il s'était estimé plus attaché à votre personne que "le reste de ses frères, lorsqu'il dit avec assurance que, quand vous seriez un sujet de scandale pour tous les autres, vous ne le seriez pas pour lui; secondement, vous voulûtes qu'il reconnût son impuissance, pour le faire rentrer en luimême, et l'établir dans une humilité profonde, afin de le rendre inébranlable dans la suite. (L'Abbé de la Trappe, Réfiex. morales sur S. Matthieu).

[Notre faiblesse est forte avec Dieu]. — Ne craignez rien, âme de peu de foi: vous feriez une grande injure à Dieu, si vous vous défiez de sa bonté, et si vous n'aviez qu'une confiance en lui chancelante. Il sait mieux ce que vous pouvez et ce que vous êtes capable de porter que vous-même. Vous voyez assez tous les jours, par l'expérience de votre faiblesse, combien vous devez être désabusée de vous-même et de vos meilleures résolutions. A voir les sentiments où l'on est quelquefois, on croirait que rien ne serait capable de nous ébranler; et, après avoir dit avec S. Pierre, w Quand même il me faudrait mourir cette nuit avec vous, je ne vous abandonnerai point, >f on fait comme lui : on a peur d'une servante, et on renie lâchement le Sauveur. Oh! que nous sommes faibles! mais autant notre misère est déplorable, autant l'expérience nous en est utile, pour nous ôter tout appui et toute ressource en notre propre vertu. Connaissons ce que nous sentons, je veux dire combien nous sommes faibles; mais que cette connaissance expérimentale ne nous décourage point. « Lorsqueje suis faible, disait S. Paul, c'est alors queje suis fort. » Notre propre estime nous nuit plus que notre faiblesse. Ne tentons pas Dieu, mais mettons toute notre confiance en lui. Nous ne réussissons point, parce que nous voulons être toujours les artisans de notre fortune, ou du moins les principaux acteurs de nos projets. Ne nous décourageons jamais à la vue de nos défauts: pourvu que nous ne les aimions pas et qu'il n'y en ait aucun que nous ayons un secret désir d'épargner, nos défauts ne seront jamais un obstacle à notre bonheur. Il n'y a que les réserves qui arrêtent la grâce et qui font languir une âme, sans avan-

cer jamais vers Dieu. Si vous détestez véritablement toutes vos imperfections, et que vous les abandonniez toutes à l'esprit de Dieu, il les dévorera comme le feu dévore la paille; mais, avant de vous en délivrer, il s'en servira pour vous délivrer de vous-même; il les emploiera à vous humilier, à vous confondre, à vous crucifier, à vous arracher toute ressource et toute confiance en vous-même. Il brûlera les verges après vous en avoir frappé, pour vous faire mourir à l'amour-propre. Soyons souples et constants sous la main de Dieu. Nos prévoyances trop inquiètes sur l'avenir ne servent qu'à nous tourmenter en pure perte. (Croiset, Exercices de piété) .

[Vanilé des espérances humaines]. — J'ai vu, disait le prophète, un homme déréglé dans ses mœurs, très-irrégulier dans sa conduite; un homme, qui ayant peu de religion, se faisait un bras de chair, et, retirant son cœur du Seigneur, ne s'appuyait que sur la protection des grands, sur le nombre de ses amis, sur son habileté, sur ses talents, sur son industrie ; et, se mettant peu en peine du secours du ciel, mettait toute sa confiance en l'homme : Vidi super exallatum. Je l'ai vu, cet homme, tout brillant de prospérités, élevé comme les cèdres du Liban, placé sur le plus haut degré de la fortune. Tout lui souriait, tout lui prospérait, tout lui promettait une continuité de prospérités sans mesure : Et transivi, et ecce non erat. Hélas! je n'ai fait que passer, et il n'était plus. Ce grand et ce superbe colosse était tombé dans un instant, et cette précieuse masse, cette idole de la félicité humaine, travaillée avec tant d'art, élevée avec tant de ressorts et tant de travail, soutenue par tant d'appuis, affermie, ce semble, contre la violence de toutes les tempêtes, s'est éboulée, s'est brisée, a été réduite en poudre dans un clin d'œil : Et non est invenlus locus ejus. Et cet heureux du siècle a disparu avec tant de précipitation, que je n'ai pu même en trouver la place: Et non est invenlus locus ejus.

Tel est le sort de ces heureux mondains, de ces artisans de leur fortune : Ecce homo qui non posuit Deum adjulorem suum: Voilà l'homme qui a cru n'avoir pas besoin du secours du Ciel! Sed speravit in multitudine divitiarum suarum: il s'est confié en la faveur des grands, en la multiplicité de ses ressources, en la grandeur de ses richesses. Faibles appuis, bras de chair, fonds caduques ! Qui n'eût cru cette famille à l'abri de tous les orages, supérieure à toutes les révolutions des temps? Les héritages fondaient sur la tête d'un si grand nombre d'héritiers; les substitutions allaient, pour ainsi dire, jusqu'au de-là des siècles ; les trésors s'accumulaient tous les jours; tous les jours les nouvelles terres qu'on acquérait assuraient une fortune qui ne devait jamais vieillir et augmentaient les titres. Transivi, et ecce non erat! Des pieds d'argile d'une statue composée de tant de métaux (belle figure de la confiance qu'on met en l'homme) ont plié; il n'a fallu qu'une petite pierre pour renverser, pour réduire eu poussière tout ce superbe colosse. Cette hauto fortune, si prompte,

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