‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 39 sur 55 · XIV. — En conformant notre volonté à celle de Dieu · texte numérisé non relu

XIV. — En conformant notre volonté à celle de Dieu

1°. Dieu est content, et ne peut exiger rien davantage de nous , parce que nous lui rendons ce qui lui est dû ;

2°. Nous sommes contents nous-mêmes , et par conséquent nous sommes heureux.

PARAGRAPHE DEUXIÈME. 48o

XV. — 1°. L'homme raisonnable doit se soumettre à la volonté de Dieu pour être heureux sur la terre ;

2°. Le chrétien doit se soumettre à la volonté de Dieu pour être heureux dans le ciel. .

XVI. — 1°. C'est la dévotion la plus sûre et la plus solide. La mortification du corps, les jeûnes, la pénitence, l'oraison, sont sujettes à l'illusion, aux caprices de l'amour-propre et aux tromperies du démon : mais il n'y a rien à craindre dans la pratique de la soumission à la volonté de Dieu;

2°. C'est la dévotion et la piété la plus parfaite , parce que c'est celle qui nous unit plus intimement à Dieu : par-là nous avons les mêmes sentiments, les mêmes désirs, les mêmes intérêts;

3°. C'est enfin la dévotion la plus douce , puisque tout y est consolant.

XVII. — Par cette conformité, notre volonté prend les trois qualités de celle de Dieu, qui sont, selon l'Apôtre, d'être bonne, agréable et parfaite : Bona, beneplacens et perfecla :

La première marque l'objet auquel elle doit s'attacher, qui est Dieu; La seconde marque la manière et les circonstances ; La troisième l'intention qui anime tout le reste. Il faut faire ce que Dieu veut, de la manière qu'il le veut, et purement parce qu'il le veut.

Les Sources.

[Les SS. Pères]. — S. Augustin, Enchirid. 9o et 96, montre que rien ne se fait dans le monde que ce que Dieu veut , ou en le faisant lui-même, on on le permettant. — Aux chap. 100e et 101e, du même livre : quoique les méchants pèchent, Dieu ne laisse pas de se servir de leurs péchés mêmes pour accomplir sa volonté. — n inPsalm. 31 : l'homme doit régler •^a volonté sur celle de Dieu. — Sur le Ps. 32 , à ces paroles, Rectos decet ''alla a /lai m ; ceux qui ont le cœur droit sont ceux qui préfèrent la volonté <](" Dikt: à la leur. — Sur le Ps. 63, il montre en quoi nous la devons suivre.

S. Grégoire, n Moral., compare Dieu, qui se sert de la mauvaise volonté des hommes pour nous punir ou pour nous exercer, aux médecins qui se servent des sangsues pour tirer le sang grossier et superflu «1rs malades.

S. Ambroise, m Hcxem. 1 et 17, se plaint de ce que les créatures insensibles obéissent à Dieu, et que l'homme refuse de se soumettre.

S. Jérôme, Epist. 14 ad Celanliam : la véritable piété consiste à faire la volonté de Dieu.

Origène, Ilomil. fi in 3 Matlh., sur ces paroles : Quis est hic, quia venti et mare obcdiunt ei ? s'étend sur ce que les choses inanimées obéissent à Dieu et font sa volonté, et que l'homme seul refuse de s'y soumettre.

S. Fulgence , Epist. 2, découvre la cause pourquoi nous ne sommes pas parfaitement soumis à Dieu.

S. Fortunat , de Poitiers , dans l'exposition de l'Oraison Dominicale , explique au long en quel sens nous devons entendre ces paroles : Fiat voluntas tua.

S. Bernard a fait un sermon sur cette matière, qui a pour titre : Quomodà voluntas noslra divinœ voluntati subjici debeat. — Serm.iin ConversionePauli, rapportant ces paroles de S. Paul : Domine, quid me vis facere? il montre que c'est la marque d'une parfaite conversion que d'être soumis à la volonté de Dieu. — Serm. 3 de Resurrecl., il s'élève fortement contre la propre volonté , qui est opposée à celle de Dieu. — Tract, de diligendo Deo, il déplore le malheur de la volonté humaine, d'être contraire à celle de Dieu.

[Les livres spirituels et autres]. — Drexelius en a fait un long traité, ou plutôt un livre entier, qu'il a intitulé Heliotropium ; et il en parle encore in Rosis.

Alphonse Rodriguez. — » Le P. Antoine Gaudier, De naturà et statibus perfcctionis. — Le P. Saint-Jure, 1. 3 de la Connaissance de Notre -Seigneur, ch. 7.

Livre intitulé Discours sur la pureté d'intention, où il est traité fort au long de la volonté de Dieu.

Thomas à Kempis, 1. m, 87, 2.

Franciscus Arias, Tract. DeMorlif. 11.

Theophilus Bernardinus, n De Perfect. 15, 16, 17.

Bernardinus Rosignolius, De DiscipL n, 19.

Eusebius Nierembergensis , Vita divina, et De Adorât, in spiritu.

[Les prédicateurs]. — Le P. de Lingendes, Feria 4 Hebd.-Sanctœ.

Matthias Faber, Conc. 2 in dom. 3 post Epiph.

Le P. Giroust en a fait un sermon dans son Carême.

L'auteur des Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne traite ce sujet le mardi de la Semaine-Sainte.

Sarazin , dans son Avenl , fait un discours où il montre Jésus-Christ réparateur de notre volonté paKla soumission à la sienne.

Fromentières, dans son Carême.

[Recueils]. — Lohner, verbo Resignatio.

Peraldus, Tit. Volmtas.

Les autres n'en ont parlé que sous le nom d'Obéissance } avec laquelle ils ont confondu ce sujet.

Passages, exemples et applications de l'Écriture.

Num Dei possumus resistere volunluntaii ? Gènes, l, 19.

Dominus dédit, Dominus abstulit; sicut Domino pla cuit, ita factum est: sitnomen Domini benedictum. Job. i, 21.

Dominus est: quod bonum est in oculis suis facial I Reg. in, 18.

Dominus faciet quod bonum est in conspeclu suo. JI Reg. x, 12.

Nonne Deo subjecta crit anima mea ?

Ps. 6t.

Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. Ps. 58.

Prœstb sum : faciat (Deus) quod bonum est coram se. II Reg. xv, 26.

Doce me facere voluntatem tuant, quia Deus meus es tu. Ps. 142.

7m capite libri scriptum est de me ut facerem voluntatem tuam : Dfus meus, volui, et legem tuam in medio cor dis mei. Ps. 39.

Consilium meum stabit, et omnisvolunlas mea fiet. Isaiae, xlvi, 10.

Quis est iste qui dixit ut fieret, Domino non jubente ? Thren. m, 37.

Deus voluntatem timentium se faciet.

Ps. 1U.

Sicut fuerit voluntas in cœlo, sic fiât. i Macbab, m, fin.

Fiat voluntas tua, sicut in cœlo, et in terra. Matlh. vi.

Quicumque fecerit voluntatem Patris m ri qui m ro'/t.s est, ipse meus frater *t toror et mater est. Matth. xu, et Marc. m.

Non omnis qui dicit mihi, Domine, Domine, intrubit in regnum cœlorum ; sed

Pouvons-nous résister à la volonté de Dieu?

Dieu m'a tout donné, et Dieu m'a tout ôlé; il est arrivé comme il l'a voulu: Que le nom du Seigneur soit béni.

Il est le Seigneur : qu'il fasse ce qui est agréable à ses yeux.

Le Seigneur ordonnera de tout comme il lui plaira.

Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu?

Mon cœur est préparé, ô mon Dieu !

mon cœur est prêt.

Je suis tout prêt : que Dieu fasse de moi ce qu'il lui plaira.

Enseignez -moi à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu.

11 est écrit de moi, au commencement du livre, que je devais faire votre volonté : c'est aussi, mon Dieu, ce que j'ai voulu, et que votre loi soit au fond do mon cœur.

Toutes mes résolutions seront immuables, et toutes mes volontés s'exécuteront.

Qui est celui qui a dit qn'une chose se fît, sans que le Seigneur l'ait commandé ?

Dieu accomplira la volonté de ceux qui le craignent.

Que ce qui est ordonné par la volonté de DlFD dans le ciel s'accomplisse.

Que voire volonté se fasse sur la terre comme au ciel.

Quiconque aura fait la volonté de mon Père qui est daus les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère.

Celui qui me dit, Seigneur, Seigneur.

n'entrera pas pour cela daus Le royaume

< ONT OttMITE.

qui facit voluntatem Patris met qui in cœlis est, ipse intrabil in regnum cœlorum. Malth. vu, 21.

Ità, Pater, quoniam sic fuit placitum ante te. Matth. xi, 26.

Pater, sinon potest hic calix transire, nisi bibam illum, fiât voluntas tua, Matth. xxvr, 42.

Pater mî, si possibile est, transeat a me calix iste; verumtamennon sicut ego volo, sed sicut tu. Ibid.

Pater. . . transfer calicem hune à me, sed non quod ego volo, sed quod tu.

Marc, xiv, 36.

Non mea voluntas, sed tua fiât. Luc, xxn, 42.

Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me. Joan. iv, 34.

Non quœro voluntatem meam sed voluntatem ejus qui misit me. Joan. v, 50.

Descendi de cœlo, non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem ejus qui misit me. Joan. vi, 38.

Si quis voluerit voluntatem ejus facere, cognoscet de doctrinâ utrùm ex Deo sit. Joan. vin, 17.

Bona et mala, vita et mors, paupertas et honestas, a Deo sunt. Eccli. xi, 14.

In ditione tuci cuncta sunt posita, et non est qui possit tuœ resistere voluntati. Esther, xm, 9.

Si erit malum in civitate quod Dominus non fecerit ? Amos m, 6.

Quœ placita sunt ei facio semper.

•Joan. vin, 29.

Domine, quid me vis facere? Act. ix, 6.

Inveni David, virum secundùm cor meum, qui faciet omnes voluntates meas. Act. xm, 2t.

Ut probelis quœ sit voluntas Dei, bona et beneplacens, et perfecta. Rom. xn, 12.

Nolite fieri imprudentes, sed intelligentes quœ sit voluntas Dei. Ephes. v,

Voluntati ejus quis resistit ? Rom, ix,

Hoc faciemus, si quidem permiserit Dkcs. Hebr. vi, 3.

Si Deus voluerit et si vixerimus, faciemus hoc et illud. Jacob, iv, 15.

Qui facit voluntatem Dei manet in reternum. I Joan. il, 17.

Ille strvus qui cognovit voluntatem

des cieux ; mais celui-là y entrera, qui lait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Qu'il en soit ainsi, mon Père, puisque tel est votre bon plaisir.

Mon Père, si ce calice ne peut passer eans que je le boive, que votre volonté soit faite.

Mon Père, s'il est possible, faites que ce calice s'éloigne de moi, néanmoins, que ma volonté ne s'accomplisse pas, mais la vôtre.

Mon Père, transportez ce calice loin de moi, néanmoins, que votre volonté s'accomplisse, et non pas la mienne.

Mon Père, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre.

Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé.

Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé.

Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé.

Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de lui ou si je parle de moi-même.

Les biens et les maux, la vie et la mort, la pauvreté et les richesses, tout vient de Dieu.

Vous êtes le Seigneur de toutes choses, et nul ne peut résister à votre volonté.

Arrivera-t-il quelque mal dans la ville qui ne vienne pas du Seigneur?

Je fais toujours ce qui est agréable à mon Père.

Seigneur, que voulez-vous que je fasse?

J'ai trouvé, en David, un homme selon mon cœur et qui accomplira toutes mes volontés.

Afin que vous reconnaissiez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est agréable à ses yeux et ce qui est parfait.

Ne soyez point imprudents ; sachez discerner quelle est la volonté du Seigneur.

Qui est-ce qui résiste à la volonté de Dieu?

C'est ce que nous ferons, si Dieu le permet.

S'il plaît au Seigneur, et si nous vivons, nous ferons telle et telle chose.

Celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.

Le serviteur qui a su la volonté de

Domini sui et non fecit secundùm volun- son maître, et qui n'a pas fait ce qu'il tatem ejus, vapulabit multis. Luc. xn, désirait de lui, sera puni rudement.

Quievimus dicentes : « Domini volun- Nous nous sommes tenus en repos en tas fiât. » Act. xxi, 14. disant : « Que la volonté du Seigneur

soit faite, a

EXEMPLES TIRES DE L'ANGIEN-TESTAMENT

[Abraham]. — Nous devons nous soumettre à la volonté de Dieu nonseulement dans les événements qui ne dépendent point de nous, mais même dans les desseins que nous nous sommes formés, qui n'ont rien de mauvais et qu'il est en notre pouvoir d'exécuter : car nous sommes obligés de les abandonner sitôt que Dieu nous a fait voir que ses desseins sont contraires aux nôtres. Ainsi, dit S. Augustin , il n'y avait rien que de raisonnable dans la résolution qu'Abraham avait prise de nourrir et de conserver son fils autant qu'il dépendrait de lui ; mais il changea tout d'un coup lorsque Dieu lui commanda de le sacrifier. Ce n'est pas que son premier dessein fût criminel; il le serait néanmoins devenu si ce patriarche eût persisté dans sa première volonté après avoir reçu les ordres de Dieu, et s'il ne se fût conformé à celle de son Seigneur.

[Job]. — Je ne puis oublier sur ce sujet l'exemple du saint homme Job, qui était si résigné aux volontés de Dieu , et si accoutumé à recevoir tout de sa main, qu'au milieu de tant de maux qui l'assiégeaient de toutes parts, il ne voyait que la main de Dieu qui le frappait. Non, ce n'étaient point les voleurs qui avaient enlevé ses troupeaux ; ce n'étaient pas les vents et les tempêtes qui avaient renversé ses maisons ; ce n'était pas la langue cruelle de sa femme qui le maudissait : c'était uniquement votre main, ô mon Dieu ! qui l'avait frappé ; c'était elle qu'il considérait comme appesantie sur lui, et sous les coups de laquelle il s'humiliait : Mai\us Domini leligil me. C'est dans cette disposition que vous devez être, lorsque vous en ressentez les fléaux. Quand ce chicaneur vous a suscité de mauvaises affaires, quand cet envieux vous accable de son autorité tyrannique, quand cet emporté vous charge d'injures et de calomnies , quand ce créancier barbare vous arrache le pain d'entre les mains, baisez avec respect la main de Dieu qui vous frappe , qui règle tous les événements de votre vie.

[David]. — Nous avons sur ce sujet l'illustre témoignage que Dieu a bien voulu rendre au saint roi David, qu'il appelle l'homme selon son cœur et qui exécutera de point en point toutes ses volontés. La manière même dont il lui reDd ce témoignage , d'ailleurs si avantageux , lui est encore infiniment honorable , puisqu'elle marque une distinction toute particulière : car il s'écrie qu'il l'a enfin trouvé, cet homme si soumis à ses ordre*

CONFORMÏTK

et tonjours disposé à exécuter toutes ses volontés : Inverti David sermm meim (Aot. 13) : comme s'il l'avait cherché dans tous les siècles et remarqué entre tous les hommes qui ont jamais été. Tant il est vrai que c'est une chose rare dans le monde de trouver un homme parfaitement soumis aux volontés de Dieu par une enlière résignation. Mais un homme de ce caractère, s'il s'en trouve quelqu'un, et si par-là Dieu l'aperçoit, est un homme selon son cœur, qu'il chérit , qu'il protège , et pour qui il a des égards et des ménagements tout particuliers.

[Joseph]. — L'exemple du saint patriarche Joseph nous fait voir comment Dieu accomplit ses desseins et ses volontés par les moyens mêmes que les hommes emploient pour les empêcher. Ce saint patriarche eut besoin de cette résignation, et il la pratiqua sans doute, lorsqu'il fut menacé de mort par ses frères et qu'il ne pouvait attendre autre chose de l'envie et de la haine furieuse qu'ils avaient conçue contre lui. Elle ne lui fut pas moins nécessaire quand, ces mêmes frères l'ayant retiré d'une profonde citerne où ils l'avaient descendu, ils le vendirent comme un esclave. Mais surtout il eut grand sujet de s'abandonner à cette divine volonté, quand il se vit faussement accusé par la femme de Putiphar d'avoir attenté sur sa pudicité , et ensuite confiné dans un cachot. Il se trouva bien de s'être ainsi résigné à la volonté de Dieu, qui avait de si grands desseins sur lui, et qui le conduisit, par des voies si opposées, jusqu'à la souveraine puissance où elle le voulait élever, et dont elle lui avait donné des présages, dès son enfance, par ces songes mystérieux qui lui attirèrent l'envie de ses frères. C'est pourquoi, persuadé qu'ilh'arrivait rien en cette vie que par la volonté de Dieu , il se servit de ce motif pour excuser en quelque manière le crime de ses frères, quelque atroce qu'il fût, en leur disant que Dieu l'avait permis pour leur sauver à eux-mêmes la vie, et afin qu'ils pussent subsister durant une famine si désolante. Ce n'çst point votre conseil, ajouta-t-il, qui a conduit toutes ces choses ; c'est uniquement la sagesse et la volonté de Dieu, à laquelle ni vous ni moi ne pouvons résister ; c'est elle qui , pour votre soulagement , m'a rendu ici comme le maître de tout le pays et comme le roi de l'Egypte.

[Tobie]. — Le saint homme Tobie nous enseigne aussi cette parfaite résignation, en des termes qui marquent assez les sentiments de son cœur et combien cette vertu y était fortement imprimée. Car, se voyant privé, par un fâcheux accident, de la vue, sans laquelle, comme il disait luimême , il ne pouvait goûter aucun plaisir dans la vie , il s'écria , en se soumettant aux ordres de Dieu qui le mettait à une si rude épreuve : « Vos jugements sont trop justes, ô mon Dieu, pour y trouver la moindre chose à redire , et trop favorables à mon égard pour m'en plaindre : ce que je vous demande, c'est que vous disposiez de moi, de mes biens , de ma vie, de tout ce que j'ai et de tout ce que je suis , selon votre sainte et

divine volonté. Recevez seulement en paix mon esprit, que je remets entre vos mains, comme je l'ai reçu de vous. » Ne voilà-t-il pas une résignation entière et parfaite ?

EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT

[Jésus-Christ]. — S. Paul nous enseigne que, conformément à la prophétie de David, dès le premier moment que Jésus-Christ vint au monde , il commença par dire à son Père : Seigneur, vous n'avez plus voulu des victimes et des sacrifices qu'on vous a offerts jusqu'à présent , et vous les avez rebutés. Alors j'ai dit : Me voici. Il est écrit en tète du livre que je dois uniquement m' appliquer à faire votre volonté : je m'y soumets de tout mon cœur, mon Dieu, et je me fais de votre volonté une loi indispensable, que j'ai gravée dans mon cœur pour être la règle de toute ma conduite (Ps. 39). C'est ce qu'il accomplit parfaitement toute sa vie, qui ne fat qu'une pratique continuelle de cette soumission. Ce fut pour se soumettre à cette volonté de son Père, qu'à peine né, il s'en alla dans un exil fâcheux, et qu'il renferma ses grands talents et ce zèle si ardent qu'il avait pour la gloire de son Père et pour le salut des âmes dans la boutique d'un artisan, pour y mener une vie obscure , et , ce semble , fort inutile. Il ne parut en public que dans les temps qui lui étaient marqués par les ordres de son Père : et quand on lui demandait quelque chose sur laquelle il n'avait pas encore reçu l'ordre de son Père , il répondait que le temps marqué par son Père n'était pas encore venu. Nous dirons ailleurs comment il se soumit à ses ordres dans le Jardin des Oliviers.

[S. Paul]. — On sait assez que S. Paul ne fut pas plus tôt converti par le Fils de Dieu même, qui de son plus grand persécuteur voulait faire son grand Apôtre et un vase d'élection pour porter la gloire de son nom à toutes les nations, qu'il ne fut pas, dis-je, plus tôt converti, que la première parole qu'il proféra fut de se dévouer entièrement à toutes les volontés de son vainqueur, et de lui être aussi soumis qu'il lui avait été rebelle: Domine, quid me vis facere? On n'est pas moins instruit de la fidélité qu'il a apportée à les exécuter, puisque ni les travaux ni les périls, ni les persécutions qu'il lui fallut essuyer pour cela, ne purent jamais l'arrêter ni l'en détourner. Voici une occasion particulière qui marque combien il y était attaché en toutes choses, et comment il avait même inspiré cette maxime à tous ceux qu'il avait gagnés à Jésus-Christ. Les amis et les disciples de cet Apôtre s'efforcèrent un jour de rompre le dessein qu'il avait j>ri^ daller à Jérusalem, prévoyant bien le danger de sa vie, auquel ce voyage, entrepris, comme ils croyaient, à contre-temps, l'exposerait (Act. 1 2) . ii liront sur cela toutes les instances imaginables; ils employèrent les prières, les sollicitations, les larmes, les remontrances, les intérêts do son troupeau, et de toute l'Église eu général, en un mot, toutes les raisons que

492 CONFORMITE.

leur suggéra l'ardente affection qu'ils lui portaient. Mais, quand il leur eut fait entendre que c'était la volonté de Dieu, ils ne lui firent plus de résistance, mais plus tôt ils changèrent leurs importunités en bénédictions et en souhaits pour l'heureux succès de son dessein, en s'écriant tous d'une voix : Domini volunlas fiatl que la volonté du Seigneur soit faite !

[Les Saints]. — Comme la conformité aux volontés de Dieu est une vertu non-seulement propre à tous les saints, mais même qui fait tous les saints, on peut dire que les plus grands et les plus distingués ont été ceux qui ont eu cette confirmité et cette résignation dans un plus parfait degré.

La Mère de Dieu doit sans doute tenir le premier rang entre les saints : aussi a-t-elle été la plus parfaitement résignée à la volonté divine ; et on peut même dire que c'est immédiatement par le consentement que Dieu attendait d'elle pour l'incarnation du Verbe qu'elle est devenue Mère de son Dieu: Fiat mihi secundùm verbum luum. Toute la suite de sa vie n'a été qu'une soumission continuelle à cette même volonté de Dieu, dans les actions commandées par la loi, dans les souffrances et les persécutions endurées par son Fils, et dans toutes ses actions particulières.

S. Joseph devait avoir une éminente sainteté pour soutenir le ministère et la dignité où Dieu l'avait élevé; mais sa sainteté et son mérite particulier ont été d'exécuter les ordres du ciel, dans l'économie de l'Incarnation et dans la conduite du Verbe incarné, que Dieu lui avait confiée.

Les Apôtres, qui ont reçu les prémices de l'esprit, ont par conséquent reçu plus de grâces du ciel et ont été comblés de plus de faveurs ; mais c'est en vue du ministère auquel ils étaient destinés, et de l'emploi qu'ils devaient exercer, qu'ils n'auraient jamais rempli dignement s'ils n'avaient été parfaitement soumis aux ordres de Dieu.

APPLICATIONS DE L'ÉCRITURE

Spiritum recti/hn innova in visceribus meis. (Ps. 50). — Le prophète demandait à Dieu qu'il lui donnât un esprit droit. Or, pour être droit, il faut qu'un esprit s'ajuste à la volonté de Dieu comme à la première règle de droiture. Dieu avait créé l'homme droit, dit le texte sacré; mais, en s'éloignant de la volonté de son auteur, son esprit a perdu sa droiture et s'est replié dans la considération de soi-même et dans la recherche de ses propres intérêts, qu'il mêle dans tous ses desseins. S'il veut donc se redresser, il doit soumettre toutes ses volontés à la volonté divine, en prendre les règles et en recevoir les arrêts dans tous ses projets et dans toutes ses résolutions. Car la volonté de Dieu est un sceptre de direction , qui porte un œil avec soi ; elle conduit avec vue, ordonne avec considération, règle sans désordre. Comme donc l'entendement de Dieu est la règle et le niveau de toute vérité, sans pouvoir jamais se tromper ni tomber dnns Terreur, sa volonté de même est la règle de toute bonté, avec une

droiture si inflexible, quelle ne peut jamais pencher vers le moindre mal; et, si rien ne se peut trouver de conforme à son entendement qui ne soit vrai, rien non plus ne peut être l'objet de sa volonté qui ne soit droit.

Super senes intelle xi, quia mandata tua quœsivi. (Ps. 118). — Celui qui sait faire la volonté de Dieu est très-habile, quand bien même il n'aurait aucune autre connaissance, et celui qui possède les sciences les plus recherchées, et qui ne connaît pas la volonté de Dieu, ne sait rien. Le prophète royal nous Ta ainsi enseigné, et selon lui toute l'habileté de l'homme dépend de la connaissance qu'il a de la volonté de Dieu. Je suis devenu plus intelligent que mes maîtres, parce que je médite votre loi. Je suis devenu plus prudent que les vieillards, parce que j'ai médité vos commandements. Méditer la loi de Dieu, rechercher ses commandements, faire sa volonté et la connaître, c'est ce qui rend un homme savant.

Introibo in potentias Domini (Ps. 170). — Puisque la volonté divine est toute puissante, que rien ne lui résiste et ne lui peut résister, n'avonsnous pas droit, si nous y conformons la nôtre, de dire comme ce saint roi: « J'entrerai dans les puissances du Seigneur? » tout ce que je voudrai se fera, parce que je ne voudrai que ce que Dieu veut. Ce qui s'accorde avec ce que ce même prophète dit ailleurs, que Dieu fera lui-même la volonté de ceux qui l'aiment, et qui le servent fidèlement.

Nolile fieri imprudentes, sed intelligentes quœ sitvolunlas Dei. (Ephes. 5.) — L'intelligence, selon les philosophes, ne regarde que les premiers principes : celui qui les ignore ne pourrait ensuite tirer que de fausses conclusions. Or, le premier principe de la religion est l'ordre et la volonté de Dieu: qui ne la sait pas connaître ne peut vivre en chrétien. Si un chrétien est intelligent, la loi de Dieu est sa seule règle; il ne demande raison de rien, il se résigne à tout sans peine ; Dieu le veut, Dieu l'ordonne, c'est assez pour soumettre son esprit et son cœur. Nolile fieri imprudentes, sed intelligentes quœ sit voluntas Dei.

Vocaberis « Voluntas mea in eâ. » (Isaiae, 62). — En renonçant à notre propre volonté pour nous soumettre à la volonté de Dieu, nous devenons cette créature nouvelle dont Dieu parle dans le prophète Isaie : Vous serez appelée, « Ma volonté est en elle : c'est-à-dire, vous êtes une créature qui n'avez point d'autre volonté que la mienne. C'est un merveilleux avantage que de porter ce nom, et on ne le peut comprendre que l'on no suppose une créature toute sainte, toute dépouillée d'elle-même et sans nulle volonté humaine, toute transformée en Dieu.

Meus cibus est ut faciam volunlalem ejus qui misit me, (Joan. 4). — De même que le corps ne peut subsister sans nourriture, et qu'on ne lui ou

49 i CONFORMITE.

donne pas seulement une ou deux fois durant la vie, mais tous les jours, et qu'il y sent du plaisir, ainsi le Sauveur ne trouvait de goût qu'à exécuter ce que son Père lui ordonnait; c'était toute son occupation, ce qui faisait toutes ses délices. Modèle qu'un véritable chrétien doit avoir toujours devant les yeux. Comme il vit de la grâce, il doit entretenir cette vie divine par une nourriture conforme à sa nature ; et il n'y en a point de plus convenable, que de faire en toutes choses la volonté de Dieu.

Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Quand nous disons à notre Père céleste. « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, » c'est comme si nous disions en d'autres termes, selon l'explication de S. Augustin: Que nous soyons à votre égard dans la disposition où sont les anges et les bienheureux dans le ciel. Ils vous servent dans le ciel: que nous vous servions sur la terre, dit ce Père; ils ne vous offensent jamais dans le ciel: que jamais nous ne vous offensions sur la terre; comme ils accomplissent dans le ciel toutes vos volontés, que nous les accomplissions pareillement sur la terre, avec promptitude et fidélité.

§ iv

Pensées et passages des SS. Pères.

Eadem velle eteademnolle,eademùm Avoir les mêmes sentiments, vouloir

firma arnicitia est. Hieronym. ad Deme- et ne pas vouloir les mêmes choses,

triadem. c'est ce qui lie la parfaite amitié.

Dicirnus « Fiat voluntas tua» non ut Nous disons : « Seigneur, que votre vo-

Deus faciat quod vult, sed ut nos fa- lonté se fasse,» non afin que Dieu fasse

cere possimus quod Deus vult. Cyprian. ce qu'il veut, mais afin que nous fassions

de Orat. domin. ce qui lui plaît.

Satanœ voluntas semper iniqua est, La volonté du démon est toujours in-

sed nunquàm potestas injusta; quia à juste, mais sou pouvoir ne l'est pas ;

semetipso voluntatem habet, sed à Do- parce que sa mauvaise volonté vient

mino potestalem : quod enim facere de lui-même, mais il a reçu son pouvoir

inique appétit, hoc Deus fîeri non nisi de Dieu: ce que ce malheureux esprit

juste permittit. Greg. n, Moral, 6. veut exécuter injustement, Dieu ne le

lui permet qu'avec justice.

Miro modo fit ut quod sine voluntate C'est une merveille, que souvent ce

Dei agitur, voluntati Dei contrarium qui se fait sans la volonté de Dieu n'est

non sit. ld. Moral, vi, 12. pas cependant contre cette divine volonté.

Suam sibi quisque facit legem, quandb Chacun se prescrit sa loi quand il pré-

communi et œternœ legipropriam prœ- fère sa volonté à la loi éternelle de Dieu,

fert voluntatem, perverse suum volens en voulant, par une mauvaise imitation

imitari Creatorem, ut sit ipse sibi lex suique juris. Id.

Passus es aliquid mali; si velis, non est malurn : gratias âge Deo, et mutatur malum in bonum. Clirysost.

Subjecti sumus Deo, sed non sumus omnino subjecti, quia ex nobis nascitur quod divinœ apponititur voluntati. Fulgent. Epist. 4.

Summa justitia est voluntas Dei, summa prudentia est divinœ voluntatis ac divinœ Providentiœ decretis acquiescere. Salvian.

Da, Domine, quod jubés, et jubé quod

vis. August. Confess. 29.

Adam erexit cervicem, velut in potestate sua esse cupiens et nolens subdi voluntati Dei. Id. in Epist. Joannis, A.

Quidquid hic accidit contra voluntatem nostram, noveris non accidere nisi de voluntale Dei, de ordine ipsius, de nutu ipsius, de legibus ipsius. Id. in Ps.

Qui sunt recti corde ? Qui voluntatem suam ad Dei voluntatem dirigunt, non voluntatem Dei ad suam curvare conanlur. August. in Ps. 123.

Velle quod Deus vult, hoc est jam similem Deo esse; nonposse vellenisi quod Dtus, hoc est jam esse quod Deus est, Bernard us.

Ità subjici voluntas nostra débet voluntati divinœ, ut quod certum est eum velle, id nos velimus omnino, et quod certum est nolle, similiter execremur.

Id. in Serm. Qnomodô voluntas nostra divinœ subjici debeat.

Totius humilitalis summa in eo videtur consistere, si voluntas nostra divinœ, ut dignum est, subjecla sit voluntati. Ibid.

Hoc perfectœ conversionis est forma:

Domine, quid me vis facerc? Id. Serin, i in convers. l'auli.

Nostra voluntas bona, à Deo creata, perfecta nnn erit quousquè suo Crealori nhjecla ail. Id. De iib. Arbit.

Scio creaturam omnem, velit, nolit, subjeclam esse Crealori ; sed à creaturâ rationali voluntarm subjectio quœritur.

litrnaid. berm. Quam volunl.

du Créateur, se faire sa propre loi et ne de'pendre que de soi-même.

S'il vous arrive du mal, il ne tient qu'à vous qu'il perde ce nom : rendez grâces à Dieu, et ce mal devient pour vous un bien.

Nous sommes soumis à Dieu, mais nous ne le sommes pas entièrement : car il y a en nous je ne sais quoi qui lutte contre la volonté divine.

La volonté de Dieu est la souveraine justice, et c'est une haute prudence d'obéir aux ordres de cette divine volonté, aux décrets de cette divine Providence.

Donnez-nous, Seigneur, le moyen de faire ce que vous nous commandez, et commandez ce qu'il vous plaira.

Adam s'éleva contre Dieu en voulant devenir maître de sa conduite, et en refusant de se soumettre à la volonté divine.

Sachez que tout ce qui arrive contre notre volonté, bien loin d'être contraire à la volonté de Dieu, n'arrive que par sa permission, par son ordre, et par la loi de sa volonté éternelle.

Qui sont les cœurs droits? Ceux qui conforment leur volonté à celle de Dieu, et non pas ceux qui veulent faire passer la volonté de Dieu à la leur.

Vouloir ce que Dieu veut, c'est déjà être semblable à Dieu; ne pouvoir vouloir autre chose que ce que Dieu veu»,, c'est déjà être en quelque manière ce qu'est Dieu même.

Notre volonté doit tellement être assujettie à la volonté divine, que nous voulions ce qu'il est certain que Dieu veut, et que nous ayons en horreur ce qu'il est constant qu'il ne veut pas.

Le haut degré de l'humilité semble consister en ce point, que notre volonté, comme il est bien raisonnable, soit parfaitement soumise à la volonté divine.

Voilà le modèle d'une conversion entière et parlaite : Seigneur, que voulez* vous que je fasse ?

Notre volonté, que Dien a créée droite et bonne, ne sera point parfaite, jusqu'à ce qu'elle soit- entièrement soumise et assujettie à son Créateur.

Je sais que la créature, qu'elle le veuille ou ne le veuille pas, est soumise au Créateur; mais on demande une sujétion volontaire de la créature raisonnable!

CONFORMITE,

Dei voluntas est rationabilis quœdam œquitatis directio, inconvertibilis atque indeclinabilis, cui Misa omnis pravitas conturbetur necesse est. Id. V De Consider. 12.

Mihi est pro omni ratione, apud summam illam rationem nihil fieri sine ra~ tione. Greg. Nazianz. Orat. v.

Devorandœ contumeliœ grande inventum! ^Divina voluntas.) Ainbros.

0 virum, ante Evangelium, Evangelicum, et apostolicum ante prœcepta apostolica ? Hieronym. in illa verba Jobi : Sicut Domino placuit ità factum est.

Unusquisque malus apud se habet voluntatem nocendi; ut autem possit nocere, non habet in potestate: ut velit, jàm reus est; ut possit, occulta dispensatione providentiœ Dei, in alium permittitur ad probationem, in alium permittitur ad coronam. August. in Ps. 29.

Vide quid tibi fecerit iniquus, quid justus Deus : Me voluit, iste permisit. Id. in Ps. 61.

Voluntas tua corrigatur ad voluntatem Dei, non voluntas Dei detorquealur ad tuam. Prava enim est tua, régula est illa : stet régula, et quod pravum est ad regulam corrigatur. Id. in Ps. 51.

Hoc est totum bonum homini, ut conformet se voluntati divinœ. Thomas, in Conc. dominic. infra oct. Epiph.

[Quœ dementia est potius trahi quàm sequi. Senec. De vita beatâ. 15.]

La volonté de Dieu est uDe règle d'équité, juste par elle-même, qu'on ne peut ni faire plier ni tourner comme on veut, et contre laquelle toute perversité qui la choque vient se rompre et se briser.

Cela seul me tient lieu de raison, que rien ne se fait sans juste raison, par cette raison souveraine.

C'est un grand motif, un puissant moyen de nous porter à souffrir patiemment une injure et un affront, de savoir que Dieu le veut?

0 homme qui as pratiqué l'Évangile avant même que l'Évangile fut publié ! 6 homme apostolique avant que les apôtres eussent prêché la divine doctrine !

Quiconque est méchant a de soi-même la volonté de nuire, mais il n'en a pas toujours Je pouvoir. Il est coupable pour en avoir la volonté ; mai9 pour ce qui est du pouvoir, Dieu, par un ordre secret de sa Providence, le permet à l'égard de l'un pour le punir, à l'égard de l'autre pour l'éprouver, et à l'égard de celui-ci pour lui faire mériter la couronne et la récompense.

Voyez ce que vous souffrez de la part de l'homme injuste, et tout à la fois de la part d'un Dieu juste : l'un l'a voulu et vous l'a procuré, et l'autre Ta permis.

Que votre volonté soit redressée sur la volonté de Dieu, et non pas la volonté de Dieu rajustée et raccommodée à la votre, qui n'est pas droite. Celle de Dieu est votre règle : que cette règle demeure ferme, et que ce qui n'est pas droit s» réforme et se redresse sur elle.

C'est en quoi consiste tout le bien et le bonheur de l'homme, de se conformer à la divine volonté.

[Quelle folie de se laisser plutôt entraîner (par la volonté du Ciel) que de la suivre de son plein gré !]

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Ce que c'est que la conformité à la volonté de Dieu]. — La conformité à la volonté de Dieu, ou la résignation de notre volonté à la volonté divine, est un acte de charité et d'un parfait amour de Dieu,, par lequel le chrétien s'abandonne entièrement à la conduite de cet Etre souverain, veut dépendre absolument de son bon plaisir et se soumettre en toutes choses à ses ordres. C'est l'idée que nous en donnent tous ceux qui ont parlé de cette vertu, que l'on peut considérer ou dans l'exercice actuel de la volonté humaine prévenue et aidée de la grâce divine, ou dans la disposition du cœur et comme une habitude par laquelle on est toujours prêt à faire ce que Dieu demande de nous et à se résigner à tout ce qu'il lui plaira.

Il faut remarquer qu'il est nécessaire que deux vertus s'unissent ensemble pour faire que notre volonté soit parfaitement conforme à celle de Dieu: — 1°. Une indifférence parfaite de notre volonté pour tout ce qui nous arrive de la part de Dieu, en sorte qu'elle nepenche ni d'un côté ni de l'autre, mais demeure dans un parfait équilibre; — 2°. Une résignation entière à tout ce qu'il plaira à Dieu de déterminer touchant notre personne, nos biens et tout ce qui nous regarde. L'une de ces vertus nous est marquée dans les paroles du grand-prêtre Héli, quand Samuel lui annonça les désastres dont Dieu le menaçait, lui et toute sa maison: Dominas est: quod bonum est in ocalis suis facial; l'autre nous est exprimée dans les paroles du saint homme Job : Sicut Domino placuit, ilà factum est : sil nomen Domini benediclum.

Quand on parle de l'indifférence où notre volonté doit être, et de la résignation qui nous fait acquiescer à ce que Dieu ordonne, on n'entend pas une indifférence ou une indolence qui ne s'affectionne à rien et qui néglige tout, jusqu'à abandonner le soin de son salut, sous prétexte de s'en remettre entièrement entre les mains de Dieu; mais on entend une indifférence et une résignation pour les moyens dont Dieu voudra se servir pour notre sanctification, comme sont la maladie ou la santé, etc. On n'entend pas même, par cette conformité et cette résignation, qu'il nous soit défendu de parer aux coups de la fortune, de prévenir les fâcheux accidents et de nous opposer aux insultes ou aux mauvais desseins de nos ennemis, par des moyens légitimes et permis; mais seulement qu'après que nous aurons fait ce qui sera en notre pouvoir nous soyons disposés a recevoir de la m lin de Dir.u tout ce qu'il permettra qu'il nous arrive.

[Deux manières de considérer la volonté de Dieu]. — Tour bien traiter ce sujet, il faut savoir que la volonté de Dieu peut être considérée par deux différents regards; ou en lui-môme ou hors de lui-même; ou, comme parlent les théologiens après S. Thomas, qu'il y a deux volontés en Dieu sur ce qui nous regarde : l'une absolue, l'autre, pour parler ainsi, dépendante de nous. Car autre chose est la volonté de Dieu par laquelle il veut une chose absolument, autre celle par laquelle il veut quelque chose avec notre concours. Ce qu'il veut absolument, nous l'appelons volonté de bon plaisir, ou le bon plaisir de Dieu, comme lorsqu'un roi, parlant absolument et en souverain, dit: « Car tel est notre bon plaisir. » Quand Dieu veut quelque chose de la sorte, non-seulement il n'y a aucune créature qui ose, mais même qui puisse s'y opposer. Mais ce que Dieu veut comme dépendamment de nous s'appelle volonté de signe, parce qu'il nous fait connaître ce qu'il veut et exige de nous, par certains signes extérieurs : et quant à celle-ci, nous y pouvons résister, parce qu'il laisse à notre libre arbitre les choses qu'il témoigne vouloir ainsi, en sorte qu'il dépend de nous de les faire ou de ne les pas faire.

[Principes]. — Il y a plusieurs vérités incontestables en cette matière, qu'il faut plutôt présupposer que s'arrêter à les prouver par de longs raisonnements. La première est que la volonté de Dieu s'exécute toujours d'une manière ou d'une autre: car, comme dit S. Augustin, si nous ne nous y soumettons de notre plein gré en cette vie, nous serons contraints de nous y soumettre dans l'autre malgré nous. La seconde, que la volonté de Dieu doit être la règle de tous les volontés humaines, parce qu'elle est essentiellement juste et équitable, et par conséquent rien n'est bon ni juste qu'autant qu'il est conforme à cette souveraine règle. La troisième, que rien n'arrive en ce monde que par les ordres de cette divine volonté, et que, pour ce qui est du péché, quoique Dieu ne le veuille pas, et même qu'il le défende et le punisse comme contraire à ses ordres, il le permet cependant pour des desseins qui lui sont connus et qui ne peuvent être que très-justes, et, par conséquent, il y faut plus avoir d'égard qu'à la volonté de celui qui pèche en nous offensant. La quatrième enfin est que tout ce qui nous arrive et ce que Dieu permet, quoique ce soit contraire à nos inclinations naturelles, est cependant le meilleur et le plus expédient pour nous; ce que nous devons toujours présumer de l'amour qu'il nous porte.

[Dieu nous fait connaître sa volonté]. — Pour faire la volonté de Dieu et pour s'y soumettre, il est nécessaire de la connaître; et, afin que nous puissions la connaître, il faut qu'il nous la déclare^ et nous la manifeste, en sorte que nous ne puissions douter qu'il demande telle et telle chose de nous. C'est ce qu'il fait: car 1°. il nous marque sa volonté par ses commandements, auxquels nous sommes obligés d'obéir, et par ses conseils, qu'il

nous est très-avantageux de suivre. 2\ Cette même volonté nous est marquée par les ordres de ceux qui ont droit de nous commander, parce que ceux-ci tiennent à notre égard la place de Dieu dont ils ont l'autorité en main. 3°. Dieu nous fait connaître et entendre sa volonté plus immédiatement par ses inspirations auxquelles, quand nous résistons, nous résistons à la volonté divine; 4°. Nous connaissons enfin cette divine volonté par les accidents mêmes qui nous arrivent par l'ordre de la Providence, puisque, comme nous avons déjà dit, c'est une vérité de foi que rien n'arrive que par la disposition de la volonté du Seigneur.

Quand nous demandons à Dieu que sa volonté soit toujours faite en nous, nous lui demandons que la nôtre soit tellement assujettie à la sienne, qu'elle recherche tous les moyens de lui plaire : — 1°. En tâchant d'accomplir fidèlement ce qu'il nous ordonne par sa loi ; 2°. En veillant tellement sur nous-mêmes, que nous ne fassions rien de ce qu'il nous défend ; 3°. En nous soumettant à sa sainte volonté dans tous les accidents qui nous arrivent ; 4°. Mais ia principale intention du Fils de Dieu , dans cette prière , est de nous faire désirer et demander la perfection de la vie chrétienne, laquelle consiste à être si parfaitement uni et soumis à Dieu, qu'il n'y ait en nous aucune volonté propre, mais que notre cœur soit droit et notre volonté juste, toute conforme à la volonté divine. Cela ne peut être, si la volonté de Dieu n'est toujours faite en nous, c'est-à-dire si nous ne la faisons toujours : car, comme dit S. Augustin, la volonté de Dieu se fait en nous quand nous faisons nous-mêmes la volonté de Dieu : et en cela consiste cette parfaite conformité que nous désirons , et qui fait que nous sommes vraiment selon le cœur de Dieu.

La volonté de Dieu qui nous est déclarée dans les commandements et dans les préceptes de ia loi, et en d'autres manières, est toujours parfaitement accomplie dans le ciel, et toujours contredite dans l'enfer, où l'on ne fait que blasphémer contre elle. Mais , sur la terre , où Dieu laisse à notre libre arbitre , élevé et aidé par sa grâce , ce qu'il témoigne vouloir de nous, elle se fait bien en partie, mais elle ne se fait pas toujours, parce que souvent nous résistons à ses ordres, quoique, pour l'ordinaire, si nous y résistons par notre malice , il ne laisse pas de l'accomplir toujours , en nous punissant.

500 CONFOBMTnS.

§ VI

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[Par la résignation on est maître de ses passions]. — Par le moyen de la conformité de sa volonté avec celle de Dieu, un chrétien est parfaitement maître de ses passions. Il n'a point d'envie, parce que, se souciant peu d'être élevé ou de ne l'être pas , l'élévation d'autrui ne lui fait aucune peine ; il n'est point piqué d'ambition, parce que, comptant pour tout d'être soumis aux ordres de Dieu , il lui est indifférent de voir les autres soumis aux siens ; il ne ressent point les impressions de la tristesse, parce que, regardant les disgrâces tantôt comme les coups de la justice divine, tantôt comme l'ouvrage de la miséricorde, toujours comme les effets d'une volonté qui est la règle souveraine de la sienne , jamais il n'en peut être ni abattu ni alarmé ; il n'appréhende pas que son bonheur lui échappe comme son bonheur ne dépend point de ses biens, de ses dignités, de ses charges, dont il jouit sans y être attaché, il ne craint point d'en être détaché et de les perdre ; ainsi, le changement de fortune n'en apporte point à sa félicité.

Que la cupidité de l'homme s'égare tant qu'il lui plaira , dans la poursuite des faux biens : voilà toujours où il en faut revenir ; voilà le seul bonheur qui peut se trouver sur la terre : être soumis à la volonté de Dieu, résigné à ses ordres , indifférent pour la santé ou pour la maladie , pour la grandeur ou pour l'humiliation , pour la prospérité ou pour les disgrâces, pour la vie ou pour la mort; remercier Dieu également de toutes choses, et lui dire, de cœur plus que de bouche, dans les maux comme dans les biens : SU nomen Domini benediclum. Sans cette soumission, fassions-nous dans la prospérité la plus éclatante, nous n'y trouverons que trouble, qu'agitation et que malheur : avec cette soumission, nous pouvons assurer que, même dans de plus grandes adversités, on jouira d'une tranquillité parfaite et d'un bonheur achevé. En effet, cet homme soumis ne sera plus embarrassé de ses désirs : car, voyant qu'il n'aurait jamais fait avec eux, il y renonce tout d'un coup, persuadé qu'il est bien plus aisé de les retrancher que de les remplir : et dès-lors il sera parfaitement heureux, puisqu'on peut assurer, avec un païen, que celui-là qui a fermé l'entrée de son cœur à ses désirs est, pour ainsi dire , en état de disputer de félicité avec Dieu même.

Celui-là est heureux auquel rien n'arrive contre sa volonté : or, rien n'arrive contre la volonté d'un cœur soumis , parce que , sa volonté étant unie avec celle de Dieu , il est aussi impossible que rien arrive contre la sienne qu'il est impossible que celle de Dieu ne se fasse pas. Et voilà la

raison qui rend tranquille celui qui est résigné aux ordres du Seigneur : maladies, pertes de biens, disgrâces, tous les coups dont il est frappé portent à faux et ne sauraient l'ébranler : comme un rocher contre lequel les flots de la mer ne font que se briser, sans pouvoir le faire changer de situation ni de place. S'il ouvre la bouche, ce n'est pas pour se plaindre, mais pour répéter les paroles de Jésus-Christ , notre divin modèle : Mon Dieu ! que tout arrive , non comme je le veux , mais comme vous le voulez ; que votre volonté se fasse, et non la mienne.

La félicité des saints consiste à être tellement attachés à Dieu, qu'ils ne peuvent pas même vouloir en être détachés; mais la félicité des justes de ce monde consiste dans une soumission parfaite à la volonté de Dieu, qu'ils peuvent perdre à la vérité, mais qu'ils ne peuvent perdre que quand ils le veulent. Cette félicité dépend sans doute d'une volonté naturellement changeante ; mais au moins cette volonté dépend de nous, et rien ne peut la faire changer malgré nous. Ainsi cet homme, soumis à la volonté divine, attaché à Dieu, détaché de tout le reste, au-dessous de Dieu par sa soumission, au-dessus de tous les biens de la terre par le généreux mépris qu'il en fait, trouve en Dieu sa joie, son abondance , sa tranquillité ; et, tenant à lui par des liens si doux et si forts, n'étant plus qu'un même esprit avec lui, rien ne peut lui ravir son bonheur.

Faites, mon Sauveur, qu'à votre exemple nous soyons parfaitement résignés aux ordres du Père céleste; soumettez, Seigneur, ces cœurs rebelles à vos lois, et mettez-nous en état de vous dire, avec autant de sincérité que de confiance , ce que nous vous disons tous les jours avec si si peu d'application et de fruit : Fiat volunias tua. Youlez-vous que nous soyons dans l'élévation? fiât; voulez-vous que nous soyons dans l'abaissement? fiât; voulez-vous nous envoyer la maladie, voulez-vous noua laisser en santé? fiât; grandeur, humiliation, prospérité, disgrâce, vie , mort, tout nous sera égal , et nous serons indifférents à tout, quand vous nous aurez établis dans la disposition d'une soumission parfaite, qui sera pour nous un gage de la félicité de l'autre vie. (Monmorel, 49 dim. après VEpiph.).

[Demander à Dieu de connaître sa volonté]. — Les grands saints, qui savent combien il est important de suivre la volonté de Dieu en toutes choses, n'ont point de désir plus ardent que d'apprendre ce que Dieu demande d'eux. Quelles sont les ardeurs de David , lorsque ce saint roi découvre le désir pressant qu'il avait de connaître la volonté de Dieu? Seigneur, dit-il à Dieu dans la ferveur de sa prière , enseignez-moi à faire votre voloniï (Ps. 142). Voilà une prière que nous devrions continuellement répéter ; et nous ne pouvons rien demander à Dieu qui nous soit plus nécessaire que la grâce de connaître sa volonté. Ce fut la belle prière de S. Taul lorsque Dieu eut fait un miracle pour toucher son cœur et pour l'attirer à ni : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Ah! l'excellent modèle do

502 CONFORMITE.

prière ! Ne rien vouloir, n'avoir rien de déterminé , s'abandonner à Dieu pour obéir à ses ordres aussitôt qu'il aura eu la bonté de nous les marquer I Seigneur, qne voulez-vous que je fasse? (Lambert, S. Jeanl'Évang.).

[Le Fils de Dieu a pratiqué cette vertu]. — Le Fils de Dieu a commencé à obéir aux ordres de son Père dès le moment de sa conception, et il continua jusqu'à la mort : car, dès que son âmo fut créée et unie au corps , il eut l'usage de sa liberté ; elle fut remplie de grâce et de sagesse, et dèslors elle exerça l'obéissance de la manière qu'il le témoigne quand il dit : La première chose qui est écrite de moi dans le Livre, c'est que je ferai votre volonté ; c'est aussi tout ce que je souhaite, o mon Dieu ! et j'ai écrit votre loi dans le milieu de mon cœur (Ps. 39). Il veut dire que la première vertu que les prophètes lui attribuent et dont ils le louent est sa soumission aux volontés de Dieu : C'est pourquoi, ajoute-t-il , j'ai résolu , ô mon Dieu , de faire en tout votre volonté : j'aime tellement votre sainte loi , qu'afin de ne l'oublier jamais et de l'observer exactement, je l'ai gravée dans mon cœur, et au milieu même de mon cœur. 11 a dit encore la même chose en termes plus forts : « Celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point laissé seul , parce que je ne fais rien que ce qui lui plaît. » Comme donc cette soumission est de tous les sacrifices le plus excellent, selon que le Saint-Esprit nous l'enseigne dans l'Écriture , on peut dire que toutes les actions du Fils de Dieu étaient comme autant de sacrifices d'une odeur douce et agréable à son Père. (Bellarmin, Des sept paroles).

[Il n'y a que l'homme qui résiste aux volontés de Dieu]. — Rien n'est plus téméraire que de vouloir résister aux arrêts du souverain Créateur : il n'y a, de toutes les créatures, que l'homme qui ait cette audace ; lui seul se révolte contre Dieu, et ne veut dépendre que de ses propres volontés. Les anges, dans le ciel, ne s'occupent que de la volonté de Dieu : Ministri ejus, qui facitis voluntatem ejus. Les animaux de la terre ont je ne sais quoi, qui leur tient lieu de raison , et qui les met dans une obéissance contitinuelle aux ordres de leur Créateur. Les créatures les plus insensibles semblent devenir sensibles pour se soumettre au Créateur : témoin le feu, qui se défit de sa chaleur brûlante et qui prit des qualités opposées pour donner du rafraîchissement à trois personnes innocentes, dans la fournaise de Babylone ; témoin les vents et la mer, qui , malgré leur impétuosité tumultueuse, entendant la voix de Dieu, s'y soumettent : Quis est hic, quia venti et mare obediunt ei? Quelle folie à l'homme de vouloir résister à Celui auquel rien ne peut résister ? Quels efforts peut-il faire contre Celui sans lequel il ne peut pas faire le moindre effort? Que peut faire un homme contre Dieu? Bon gré malgré, il faut qu'il cède, qu'il plie sous l'empire de cette impérieuse volonté : NùmDEipossumus résiste icvo'tnlati? (Gènes. 50).

PARAGRAPHE SIXIEME. b03

Ne pas se conformer à la volonté souveraine, c'est s'attirer toutes sortes de maux sans aucune consolation. La vie est remplie d'une infinité de malheurs ; ce ne sont de tous côtés qu'accidents nous menaçant à chaque pas que nous faisons ; nous vivons au milieu des écueils et des précipices ; au-dehors de nous, au-dedans de nous, au-dessus et au-dessous de nous, nous ne voyons que des sources de misères. Si nous n'avons un Dieu qui nous conduise, que nous suivions et à qui nous nous abandonnions, il n'est pas possible que nous ne soyons accablés. Vous ne voulez pas vous mettre entre les mains de Dieu : vous ne méritez pas qu'il vous soutienne ; et , si vous ne voulez pas vous en tenir à sa volonté , vous méritez qu'il vous livre à tous les malheurs qui vous environnent. Vous vous rendrez, conséquemment, indigne de toutes les grâces qu'il ménage à ceux qui mettent en lui leur confiance. Dieu n'ordonne rien et ne permet rien que pour le bien de l'homme : en résistant donc à ses desseins, vous résistez à votre propre bonheur, et vous vous privez d'une infinité de biens qu'il vous destinait, par une conduite secrète que vous deviez adorer. (Essais de Sermons.)

[Cette soumission]. — Ce n'est pas merveille qu'une simple créature soit obligée d'anéantir toutes ses volontés pour laisser régner toute seule la volonté de Dieu. Elle est dans son centre, quand elle se met en cet état : car la créature n'est plus rien quand elle n'est pas liée par sa dépendance à son Créateur. On peut dire même que c'est un prodige de voir une créature rompre les liens de sa sujétion : ce qui arrive lorsqu'elle n'aime plus Dieu , ou qu'elle ne le craint plus ; parce que ces deux liens d'amour et de crainte sont ceux qui nous tiennent attachés à lui. C'est, dis-je , un prodige dans une simple créature, parce que, étant essentiellement dépendante de Dieu dans son être et dans ses actions , c'est une manifeste rébellion que de refuser de lui soumettre sa volonté, et de prétendre ainsi se soustraire à son souverain pouvoir. (Sarazin, Avenl).

[En cela consiste la parfaite charité]. — La parfaite charité, et par conséquent la parfaite vertu, consiste à accomplir en toutes choses la pure volonté de Dieu. Je l'appelle pure volonté de Dieu, parce que la nôtre n'y a nulle part. Que de vertus cette seule volonté renferme ! C'est là que notre foi éclate, lorsque nous reconnaissons que tout dans le monde, hors le péché, vient de Dieu, que rien n'arrive que par lui. C'est là que nous lui témoignons notre confiance, en nous reposant de tout sur sa sagesse, sur sa providence et sur sa bonté. C'est là que nous pratiquons la patience, l'humilité, la pénitence, en nous soumettant à ses coups comme pécheurs, et en acceptant de bonne grâce tous les châtiments de sa justice. Enfin , c'est en cela que nous obéissons à Dieu comme à notre souverain.

Le plus prompt, le plus court moyen de goûter sur la terre un bonheur aussi parfait qu'il y peut être, c'est de céder au plus fort, et de noushumi-

lier sous la main toute-puissante de Dieu; de ne nous point roidir contre le torrent; de ne pas entreprendre de réformer ce que le ciel a réglé indépendamment de nous, et ce qu'il saura bien exécuter malgré nous; mais de nous accommoder au cours des choses et de nous y laisser aller, par la raison que Dieu, dont les volontés sont infiniment justes, et même avantageuses à ceux qui les suivent, l'a prévu de la sorte, qu'il l'a déterminé de la sorte. Qu'on s'épargne par-là de retours et de réflexions qui aigrissent le mal, bien loin de le guérir! On agrée tout ce que Dieu ordonne, et en l'agréant on l'adoucit.

Eh quoi! Dieu est-il moins votre maître que vous ne Têtes de ces subalternes, sur qui vous prétendez avoir une domination si absolue? Êtesvous leur créateur? êtes-vous leur sauveur? êtes-vous leur dieu? Avezvous des biens éternels pour les récompenser? Avez-vous des châtiments éternels pour les punir? Cependant, soumettez-vous à Dieu comme vous prétendez qu'ils vous soient soumis, et c'est assez. Quand il s'est une fois expliqué, quand il a parlé, vous avez bonne grâce de raisonner, de murmurer, de trouver à redire! C'est bien à vous, ver de terre, à disputer contre le Seigneur du monde?

Domine, quicl me vis facere ? Seigneur, que voulez- vous que je fasse? S. Paul n'exceptait rien. Mon Dieu, je suis prêt à tout: Quid vis? Nous disons quelquefois comme lui : Seigneur, que souhaitez-vous de moi? mais nous ne le disons pas, à beaucoup près, dans la même étendue que lui. Nous avons toujours dans nos cœurs certaines réserves; nous avons certaines retraites où nous nous retranchons; dès que Dieu veut pénétrer jusque-là, nous refusons de nous soumettre. Mais prenez garde que Dieu veut une soumission entière, et que, comme il a formé tout notre cœur, il demande que tout notre cœur soit à lui, par une parfaite conformité... Vous vous soumettez à ses ordres, en telle affaire ou en tel événement; mais, dès que vous les avez choisis vous-mêmes, ils ne sont plus précisément de l'ordre du ciel, et par-là ils perdent infiniment de leur mérite; c'est au coin de Dieu que doit être marquée cette monnaie, qui fera le prix de l'éternité. Le P. Giroust, Carême).

[Raison de cette soumission]. — Que prétend le Fils de Dieu lorsqu'il nous exhorte à faire la volonté de son Père, puisqu'elle se fait toujours nécessairement et qu'il n'est nullement au pouvoir de l'homme de s'y opposer? Il veut nous engager à porter de bonne grâce un joug que nous ne saurions secouer; il veut nous porter à aimer nos chaînes, afin qu'elles en soient plus légères, et qu'il ait lieu de récompenser notre soumission. De sorte que, quand on nous prêche la conformité au bon plaisir de notre Maître, ou que nous délibérons en nous-mêmes si nous devons nous abandonner entièrement à sa divine volonté, savez-vous bien de quoi il s'agit? Il s'agit, chrétiens, de savoir si, dans la nécessité où nous sommes d'en passer par où il lui plaît, il vaut mieux se faire un mérite auprès de lui

d'une soumission indispensable que de s'attirer sa colère par une résistance inutile; s'il vaut mieux que notre cœur soit dans la loi de Dieu, comme parle le prophète, ou qu'il gémisse sous cette loi; s'il vaut mieux s'y attacher comme des serviteurs zélés, ou y être liés comme des esclaves : en un mot, s'il vaut mieux faire la volonté du Seigneur de la manière qu'elle se fait au ciel, comme nous le demandons tous les jours à Dieu, ou bien comme elle s'accomplit dans les enfers.

Une personne dont la volonté est toujours assujettie à celle de Dieu est hors d'atteinte à toutes sortes de maux, et à celui qu'on appelle moral, qui n'est autre chose que le péché, et à celui qu'on appelle naturel. Le péché n'est autre chose qu'une rébellion de notre volonté contre la volonté de Dieu : or, il est visible qu'il ne peut y avoir de rébellion où il y a une soumission parfaite. Tous les autres maux ne sont des maux pour nous que par l'opposition qu'ils ont avec notre propre volonté; car, du moment que nous voulons une chose, quelque mauvaise qu'elle soit dans l'estime des autres hommes, elle est bonne à notre égard : de sorte que, si je veux tout ce que Dieu veut, je serai infailliblement exempt de tous maux, rien ne pouvant arriver dans la vie qui soit contraire à la volonté de Dieu, et par conséquent à la mienne.

Le bonheur de celui dont la volonté est soumise à celle de Dieu est un bonheur constant, inaltérable, éternel : nulle crainte ne trouble sa félicité, parce que nul accident ne la peut détruire. Je me le représente comme un homme assis sur un rocher, au milieu de l'océan : il voit venir à lui les plus furieuses vagues, sans en être effrayé; il prend plaisir à les considérer et à les compter, à mesure qu'elles viennent se briser à ses pieds. Que la mer soit calme, qu'elle soit agitée, que le vent pousse ses flots d'un côté ou qu'il les repousse d'un autre, il est également immobile, parce qu'il s'est attaché à quelque chose de ferme, d'inébranlable. De-là viennent cette paix, ce calme, ce visage toujours serein , cette humeur toujours égale, que nous remarquons dans les vrais serviteurs de Dieu. Vous avez bien raison, âmes saintes, d'être sans inquiétude! vous avez trouvé dans la volonté de votre Dieu une retraite à tous les malheurs de la vie; vous vous êtes élevées bien haut au-dessus de la région des tempêtes ; il n'est point de trait qui puisse aller jusque-là; vous ne devez craindre ni les hommes ni les démons. Quoi qu'on fasse, quoi qu'il arrive, vous aurez toujours votre compte, ou Dieu même se trouvera loin du sien : Altissimiim posuisti refugium tuum : non accedet ad le malum.

C'est beaucoup, pour cette malheureuse vie, de n'avoir plus rien à souffrir. Ce n'est pourtant pas assez pour une félicité entière : il faut encore n'avoir rien à désirer. C'est l'état de tous ceux qui veulent aveuglément tout ce que Dieu veut. Comme leurs désirs sont les mêmes que ceux de Pir.r, ils no peuvent manquer d'avoir tout ce qu'ils désirent, puisque Dieu no désire rien inutilement. Mais, de plus, je dis qu'autant nous avons de soumission pour la volonté de Dieu, autant Dieu a de condescendance

pour nos volontés. Il semble que, du moment qu'on s'attache uniquement à lui obéir, il ne s'étudie plus lui-même qu'à nous contenter. Non-seulement il exauce nos prières , mais il les prévient; il va chercher jusqu'au fond du cœur ces mêmes désirs qu'on tâche d'étouffer pour l'amour de lui, et il les accomplit; il les comble, il les surpasse tous de beaucoup.

Je suis confus, Messieurs, de voir qu'un païen fait la leçon aux plus éclairés chrétiens sur le chapitre de la volonté de Dieu et de la soumission que nous devons avoir à ses ordres (Epictète). Je ne doute point qu'il ne l'ait appris des chrétiens, ou qu'il n'ait été chrétien lui-même; du moins il est assez probable, et plusieurs sont de ce sentiment. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'il dit sur ce sujet: — « Il faudrait pouvoir contraindre Dieu même pour me pouvoir faire faire quelque chose contre mon gré: car, tant que Dieu fera tout ce qu'il voudra, je ne puis manquer d'être fort libre, puisque je ne veux que ce qu'il fait: Nulla res cogère me magis polest quàm ipsum Deum. Dieu veut- il que je sois malade ? la maladie m'est plus agréable que la santé; que je sois pauvre? je ne voudrais pas être riche; que je sois le rebut de tout le monde? je consens que le monde me méprise : je mets à cela toute ma gloire. Faut-il que je vive ici ou ailleurs ; que je passe tous mes jours dans le repos bu dans l'embarras des affaires ? que je meure fort jeune ou fort vieux? je ne saurais dire ce que j'aime le mieux de toutes ces choses ; mais, du moment que Dieu aura fait son choix et qu'il m'aura fait connaître de quel côté son cœur penche, le mien pourra embrasser ce parti-là, et il trouvera sa félicité. » (Le P. de la Colombière).

« Que n'ai-je, dit le même païen, le bonheur d'être toujours conforme aux volontés du Dieu qui me gouverne ! J'ai tant d'envie d'en suivre les ordres et le bon plaisir, qu'il me fâche quelquefois de ce que Dieu ne me signifie pas ce qu'il veut de moi : je le préviendrais, si je pouvais le deviner. Mon plus grand contentement et ma plus sensible joie, c'est d'être toujours prêt à faire ce que Dieu veut : 0 ulinàm hœc scribenlem,hœc loquenlem, hœc cogilantem mors opprimât! Plut à Dieu que la mort me surprit ayant, ces mots au bout de ma plume, ces paroles dans la bouche, et ces pensées dans l'esprit ! Que je serais heureux de mourir dans une parfaite résignation aux volontés de mon Dieu ! » Que dites-vous, Messieurs, du sentiment de ce philosophe ? N'est-ce pas avec raison que quelques-uns disputent s'il est chrétien et s'il est sauvé? (Griset, Carême).

[Vertu universelle]. — Cette vertu est la plus générale pour les emplois, la plus universelle pour les personnes, la plus nécessaire pour le mérite, la plus fructueuse pour la gloire de Dieu. C'est la plus générale par rapport aux différents emplois çles hommes : car les autres vertus semblent attachées à de certaines fonctions. On peut être bon prédicateur, zélé missionnaire, grand docteur, sans avoir les qualités d'un magistrat ; mais il n'y a

point d'état, d'emploi, de condition où 11 ne soit nécessaire de se conformer à la volonté de Dieu. Elle est la plus universelle à l'égard des personnes : grands, petits, princes, monarques, sujets; pauvres et riches; il faut être soumis aux volontés de Dieu. Elle est la plus nécessaire pour le mérite, puisque sans cela il n'y en peut avoir, etc. (Anonyme).

[Elle fait notre bonheur]. — Seigneur, tout ce qui fait le malheur de l'homme, c'est que sa volonté est séparée de la vôtre. Comme il n'arrive rien que ce que vous voulez et de la manière que vous le voulez, il serait toujours content. Donnez-nous donc, Seigneur, cette conformité à vos ordres, qui seule peut faire tout notre bonheur : et alors, indifférents pour le bien ou pour le mal, pour les richesses ou pour la pauvreté, pour la santé ou pour la maladie, pour la vie ou pour la mort, dans tous ces états nous vous dirons de cœur : Que votre volonté soit faite ; que votre nom soit béni. A quelques misères que nous puissions être réduits, de quelques douleurs que nous soyons atteints, nous ne vous demanderons point d'en être délivrés; nous vous prierons seulement de nous donner une grande patience dans nos maux et une parfaite résignation à votre volonté, puisque ce sont les vrais moyens de vous être conformes. (Monmorel, 6e dim. après la Pentecôte).

[Du principe de la corruption]. — S. Augustin nous avertit que le principe général de la corruption des mœurs, c'est que , étant obligés de nous régler et de nous conduire sur la volonté de Dieu, nous voudrions que Dieu réglât la sienne sur la nôtre, et que sa conduite s'accommodât à la nôtre; nous voudrions que celle que nous gardons pour autoriser la dépravation de notre cœur fut le fondement et la règle de sa loi. C'est là que se livre le combat du cœur de l'homme, qui est le siège de ses passions, contre la volonté de Dieu, qui est le principe et la source de toute sainteté. Quel remède donc à cette guerre? où trouver un médiateur pour apaiser ce rebelle à l'égard de son souverain ? Qui pourra faire la paix entre la volonté de Dieu qui se défend, et celle de l'homme qui ose injustement l'attaquer ? C'est, Messieurs, la soumission de la nôtre à la sienne, par la considération que celle de Dieu est souveraine, et qu'elle s'exécutera toujours, malgré toutes les résistances que la nôtre y apportera. (P. de la Rue, Serm. sur V observation de la loi).

[Persécutions]. —Joseph, élevé jusqu'à la plus haute dignité de la cour d'Egypte, devenu par son élévation La terreur et le protecteur de ses frères, dont il avait tant de sujet de se plaindre, ne leur fait-il pas considérer que, dans la persécution qu'ils lui ont faite, ils n'ont été que les exécuteurs de la volonté de DïBÛ Bar lui ? que la trahison et la noire perfidie qu'ils ont exercées à son égard étaient plus tôt un cffctdo la divine Provid«Mie.- ,|uo de leur envie? qu'il est vrai qu'ils l'ont vendu pour aller en Egypte, mai?

que c'était moins par leur perfide dessein que par Tordre de Dieu qu'il avait été envoyé en cette terre étrangère? Non veslro consilio seà IDei voluntate hùc missus sum. Tels ont été les sentiments de tant de justes à l'égard de ceux qui les ont persécutés. Ils respectaient les fléaux mêmes dont Dieu se servait pour les châtier. Les premiers fidèles bénissaient la main qui les frappait. (Massillon, 1er vendredi de Carême).

[Verlu de tous les temps]. — De toutes les choses qui peuvent servir à entretenir la vie de l'âme, l'accomplissement de la volonté divine est la seule qui peut durer éternellement et qui ne doit jamais linir. L'humilité, la patience, la mortification, la foi même et l'espérance, ne se rencontrent point dans l'éternité bienheureuse, et on est souvent obligé d'en changer ou d'en interrompre l'exercice; toutes les vertus ne sont point de tous les états et de tous les temps: mais faire la volonté -de Dieu renferme toutes les vertus, et convient en tout temps, à toutes sortes de conditions. Ce que nous avons donc à faire, et ce que nous pouvons faire de mieux, c'es d'imiter le Fils de Dieu, qui disait que sa nourriture était de faire la volonté de son Père, dont il avait toujours les desseins et les ouvrages devant les yeux.

En toutes choses, soit agréables ou désagréables, il ne faut envisager que la volonté divine, et croire qu'elles nous viennent toutes du même amour: A dexlris et à sinislris, per infamiamet bonamfamam. (II Cor. 6). Accorder son cœur avec cette variété d'événements contraires, et se tenir toujours égal dans cette inégalité, c'est tenir le droit chemin, sans s'égarer ni à droit ni à gauche, sans chercher ce qui peut plaire ni fuir ce qui déplait ; c'est dire comme David : Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum : Mon cœur est prêt à l'une et à l'autre fortune, ô mon Dieu ! à l'adversité comme à la prospérité. Tournez-moi de quel côté vous voudrez, et tournez les choses comme il vous plaira.

L'affliction, en qualité d'affliction, n'est pas une chose qui soit agréable à Dieu; elle ne lui plaît que parce qu'elle nous est utile. Quand un homme s'est parfaitement abandonné à la volonté de Dieu, il ne lui arrive point d'adversité qui n'ait auparavant passé par le cœur de Dieu, où elle prend quelque chose de divin. Par cette raison, une âme bien disposée préfère de beaucoup l'amertume qui vient du ciel à la douceur qui vient du monde; ou plutôt, indifférente à tout, elle reçoit avec plaisir tout ce qu'il plaît à Dieu de lui envoyer, et ne trouve de satisfaction qu'en lui seul. Mais vous, qui vous plaignez de vos maux, plaignez-vous de votre aveuglement ou de votre ingratitude, si vous ne les considérez pas comme des présents infiniment précieux. (Le même).

Si ce qui nous vient de la part de Dieu est un pur effet de sa bonté, pourquoi nous opposons-nous à notre bien ? et si c'est un effet de sa colère, que ne tâchons-nous de l'apaiser en nous soumettant à sa justice ? Nous ferions, par ce moyen, que sa colère se changerait en bonté, et sa

justice en miséricorde. Mais comment pouvons-nous dire: Je veux ceci, et je ne veux pas cela ; puisque nous ignorons ce qui nous est le meilleur? et ne savons-nous pas que le meilleur est de se conformer à la volonté de Dieu?

Soyez assuré que plus votre volonté sera résignée à recevoir la croix, moins ce fardeau vous pèsera sur les épaules. Par une disposition contraire, vous ajouterez votre chagrin aux maux qui vous arrivent d'ailleurs, et rien ne vous fera plus de peine qu'une volonté opposée à celle de Dieu. Après tout, si, en matière de souffrance, Jésus-Christ a dû ne pas suivre sa volonté, combien moins devons-nous écouter l'opposition de la nôtre? et combien plus devons-nous dire: Non mea voluntas sed tua fiât ? 0 Seigneur ! disait S. Bernard, pourquoi disiez-vous : Que ma volonté ne soit pas faite? Si cette volonté n'était pas bonne, comment était-elle la vôtre? et si elle était bonne, pourquoi y renonciez-vous? Elle était bonne sans doute; mais il fallait que vous y renonçassiez afin qu'elle devînt meilleure. Combien donc est-il plus raisonnable que nous disions et que nous fassions la même chose d'une volonté mauvaise et défectueuse comme la nôtre? Mais, en vous faissant ce sacrifice, ne vous sommes-nous pas fort obligés de vouloir bien recevoir pour victime une volonté dont nous avons fait si souvent un si mauvais usage ? et, quelque bonne qu'elle puisse être, la vôtre ne vaut-elle pas encore infiniment mieux? Nous gagnerons donc infiniment en faisant cet échange de la vôtre avec la nôtre !

Xe nous excusons point sur labassesse des emplois ou sur la difficulté des choses: ce ne peuvent être de bonnes raisons pour nous dispenser de faire la volonté de Dieu. Qu'y a-t-il d'humiliant et de bas, si Dieu le veut? qu'y a-t-il de grand et d'honorable, si Dieu ne le veut pas ? sa volonté ne relèvc-t-ellc pas les services les plus abjects au-dessus des plus nobles ministères? et quelque emploie qu'il nous donne, ne nous fait-il pas toujours trop d'honneur? Pour ce qui regarde la difficulté des choses, Dieu, qui les ordonne, se charge de nous fournir des forces pour la surmonter; et nous devrions souhaiter qu'il nous employât dans les choses les plus rudes et les plus difficiles, parce que, les entreprenant par son ordre et par sa volonté, il serait engagé à nous donner plus de forces ou de plus puissants secours pour les exécuter.

Il n'appartient qu'à Dieu de faire sa volonté absolument et sans dépendance. Si vous tâchez de vous rendre indépendant, vous attentez sur ses droits et sur sa couronne; mais vous lui tiendrez lieu d'un diadème, pour le couronner de gloire, selon le langage du prophète (Isaïe, 63), si vous vous soumettez parfaitement, à ses ordres. Il ne faut donc point chercher d'autres raisons de faire et de vouloir ce qu'il veut, que sa seule volonté; c'est une raison au-dessus de toute raison: Dominus est.

Je ne puis .pas me satisfaire toujours en agissant selon ma volonté propre; ; mais je le puis toujours en me conformant à la volonté divine. Les objets de mes 4ésirs ne dépendent pas toujours de moi ; mais je puis tou-

ours me rendre maître de mes désirs, en m'assujettissant de bon cœur à tout ce que Dieu désire. Si vous voulez donc être heureux, bornez votre volonté à ce qui dépend d'elle; mais sachez que rien n'en dépend davantage que de se soumettre à la volonté de Dieu. C'est là le beau secret de faire toujours votre volonté, en ne la faisant jamais. Il y a toujours quelque plaisir à faire ce que l'on veut, surtout quand les autres s'y soumettent; mais à faire que la volonté divine devienne la nôtre, quel plaisir y doit-il avoir! Les bienheureux y en trouvent plus que dans le paradis même. Ainsi, une âme parfaitement conforme à la volonté de Dieu jouit dès cette vie d'un bonheur approchant de celui du ciel; elle porte avec elle cette félicité qu'aucune occupation ne peut interrompre. Mais, quand nous n'y trouverions que de la peine, qu'importe que ce qui arrive soit à notre goût, pourvu qu'il soit à celui de Dieu? (Le P. Dozenne, Morale deJ.-C).

[Dieu veut ou permet tout ce qui arrive!. — Est- il quelque mal dans la ville, dit le prophète, que Dieu n'ait fait? Le péché est le seul mal qu'il ne veut point : il le permet seulement ; mais il en veut les suites. Il condamne l'envie des frères de Joseph , mais il en veut l'effet , qui est la servitude de Joseph. Il a horreur de la fureur des Juifs , mais il veut et ordonne la mort de son Fils , qui en est la suite. Il punira cette injustice qu'on vous fait ; mais il veut cette perte et cette affliction qu'elle vous cause. Gomment ne pas se plaindre de ces maux, quand on les regarde en eux-mêmes ? mais comment s'en plaindre, quand on les regarde dans la volonté de Dieu? Dieu le veut: oh ! que cette parole renferme de grandes raisons, pour un homme qui a de la foi, qui connaît et qui aime Dieu! Un homme, un chrétien, oserait-il dire : Dieu le veut, et moi je ne le veux pas?

Notre perfection consiste à faire la volonté de Dieu et à nous y soumettre. La volonté de Dieu est infiniment sainte, elle est la règle de toute sainteté : nous sommes donc saints à proportion de la conformité que nous avons avec cette règle. Jésus-Christ est notre modèle, et nous sommes autant saints que nous lui sommes semblables , et nous lui sommes autant semblables que nous sommes conformes à la volonté de Dieu. Aussi proteste-t-il qu'il n'est pas venu faire sa volonté , quoiqu'elle fiât très-juste , mais celle de son Père. Enfin , notre perfection et notre sainteté consistent dans la charité; la charité est la plénitude de la loi, dit S. Paul : la charité parfaite consiste à faire la volonté de Dieu le plus pleinement qu'il se puisse. Celui qui garde mes commandements et fait ma volonté, dit Jésus-Curist lui-même, c'est celui-là qui m'aime véritablement (Joan. 14). Vous êtes quelquefois en peine si vous aimez Dieu, et c'est un juste sujet d'inquiétude. Si vous êtes toujours prêt à faire sa volonté et à vous y soumettre, soyez sûr que vous l'aimez.

La conformité à la volonté de Dieu rend un homme heureux du bon-

heur de Dieu même. Qu'est-ce qui rend Dieu infiniment heureux? C'est qu'il fait tout ce qu'il veut; c'est qu'il ne veut que le m'en ; c'est qu'il trouve en lui-même tout le bien qu'il veut. Or, un homme parfaitement conforme à la volonté de Dieu a tous ces avantages. 11 fait tout ce qu'il veut, parce qu'il ne veut que ce que Dieu veut; et, parce que la volonté de Dieu s'accomplit toujours , de quelque manière que ce soit , la sienne s'accomplit toujours aussi. Il ne veut aussi que le bien : car qui ne veut que ce que Dieu veut ne peut vouloir que le bien , et le plus grand bien. Enfin, il trouve en lui-même tout le bien : car, sa conformité à la volonté de Dieu l'unissant étroitement à Dieu, elle lui fait posséder Dieu : et quel bien peut manquer à celui qui possède Dieu ? (Le P. Nepveu, Réflexions chrétiennes.)

[Inutilement nous résistons à la volonté de Dieu]. — Encore, si, en résistant à la volonté de Dieu dans la maladie ou dans les autres accidents de cette vie, on pouvait en arrêter le cours ou en modérer la violence ! mais non : veuillez ou ne veuillez pas, la volonté de Dieu s'accomplira ni plus ni moins : c'est un rocher inébranlable que vous ne ferez pas venir à vous, quelque effort que vous fassiez. Dieu ne demande pas votre consentement pour continuer ou pour arrêter le cours de votre mal; il ne met pas cela en votre disposition : il vous demande seulement ce consentement ou cet agrément pour rendre vos souffrances utiles au dessein de sa gloire et de votre salut. Ainsi, votre contradiction et votre impatience ne servent qu'à vous faire perdre le mérite et les autres avantages de vos souffrances, et à vous rendre criminel devant Dieu.

S. Bernard dit que ce ne sont pas les flammes qui font le supplice et l'enfer des damnés, mais la contradiction continuelle et violente qui se trouve entre leur volonté et celle de Dieu. Dieu ordonne qu'ils souffrent, et ils ne veulent point souffrir ; la volonté de Dieu s'exécute, et leur volonté se révolte contre cette exécution. Voilà uniquement ce qui fait l'enfer, et le plus cruel de leurs tourments : c'est ce Je le veux d'un Dieu vengeur, et ce Je ne le veux pas d'une créature impénitente et inflexible. Otez aux damnée cette propre volonté, faites qu'ils se soumettent entièrement à la volonté de Dieu, qui prend une juste vengeance de leurs crimes, et il n'y aura plus d'enfer pour eux ; ils cesseront d'être malheureux , ils seront contents au milieu de leurs flammes.

Le Fils de Dieu, la veille de sa passion et dans l'horreur qu'il eut de la mort en tant qu'homme, s'écrie : « Mon Père , s'il est possible, que ce calice passe loin de moi ! » mais il veut que vous ajoutiez, à son exemple : k Toutefois, que votre volonté se fasse , et non pas la mienne î » Et vous, tout au contraire, vous voudriez absolument ne point souffrir ; vous murmurez contre les ordres de sa providence ; vous vous en prenez au ciel et à la terre ! N'est-ce pas là une contradiction toute manifeste de votre volont»' à celle de Dieu ? n'est-ce pas ne point vouloir ce qu'il veut, et

rejeter, autant que vous le pouvez, ce qui ne nous vient que de sa main? Considérez avec attention la plus grande résignation qui fut jamais, dans celle de ce Verbe incarné, lorsqu'il était dans les plus grands troubles, et qu'il avait lui-même soulevé toutes ses passions en se représentant les douleurs excessives qu'il devait endurer. Car, au milieu de toutes ces contradictions , toute la prière qu'il adressa à son Père se termine à lui demander que sa propre volonté ne fût point accomplie. (Anonyme).

[Nous devons et nous pouvons faire la volonté de Dieu]. — Nous ne pouvons pas accomplir la volonté de Dieu aussi parfaitement que les anges, qui, étant dans le ciel , en connaissent tous les desseins dans Dieu même , et ainsi lui sont entièrement conformes et soumis en toutes choses. Toutefois, nous pouvons, avec le secours de sa grâce, la connaître hors de lui en plusieurs manières différentes , qui en sont comme les signes sensibles , et la faire toujours en toutes nos pensées, en toutes nos paroles et à chaque action que nous faisons, si nous lui sommes fidèles , parce que toutes les pensées qui nous viennent dans l'esprit, tous les désirs et tous les desseins qui se présentent à nous, toutes les actions que nous voulons faire, sont ou bonnes et conformes à la loi de Dieu , ou mauvaises et contraires à cette loi, ou indifférentes d'elles-mêmes. Si , après les avoir considérées , nous trouvons qu'elles soient mauvaises, nous les rejetons comme des choses que Dieu défend ; si nous trouvons qu'elles soient bonnes et selon la loi, nous les ferons avec intention de lui plaire et d'accomplir sa volonté en elles ; et si elles nous paraissent indifférentes d'elles-mêmes, nous les rendrons bonnes et utiles pour notre salut en les faisant pour l'amour de Dieu et pour quelque bonne intention.

Comme la paix et l'union qui régnent entre les anges et les bienheureux dans le ciel naissent de leur soumission à la volonté de Dieu, nous pouvons dire, par une raison contraire , et avec vérité , que , si nous voyons dans cette vallée de larmes tant de sortes de misères, tant de peines et de travaux, tant de guerres, tant de troubles et de divisions parmi les hommes, c'est que chacun laisse la volonté de Dieu pour suivre sa propre volonté. Car cette propre volonté, selon S. Augustin , n'est autre chose que cet amour-propre et cette cupidité que S. Paul appelle la racine de tous les maux, parce qu'effectivement tous les crimes qui se commettent dans le monde naissent de cette malheureuse source, de ce germe funeste du péché d'Adam, qui produit tous les vices et tous les dérèglements des hommes. (Barth. Carranza, Traité de l'Oraison dominic.)

[Paix du cœur]. — La conformité à la volonté de Dieu fait qu'un juste affligé, persécuté, et si vous voulez opprimé, demeure tranquille, possède son âme dans la patience et dans une paix qui, selon l'Apôtre, surpasse tout sentiment humain , tire de ses propres maux sa consolation : pourquoi? parce qu'il envisage dans l'univers une volonté souveraine, à

PARAGRAPHE SIXIEME. g 13

laquelle il se fait un plaisir de se conformer : Dominus dédit , Dominus abstulit; sicut Domino placuit, ità factum est : c'est le Seigneur qui m'avait donné ces biens , c'est lui-même qui m'en a dépouillé : que son nom soit à jamais béni ! Au lieu que l'impie, frappé du coup qui l'atterre, fait pour ainsi dire le personnage d'un réprouvé, blasphémant contre le Ciel, trouvant tout odieux sur la terre , accusant ses amis , plein de fureur contre ses ennemis. (Bourdaloue.)

[Le cœur pur est soumis]. — Un cœur pur et une intention droite ne se distinguent sûrement que par l'obéissance à la volonté divine, et l'exécution fidèle des ordres de Dieu. La volonté divine est la source de la rectitude morale de nos pensées, de nos désirs et de nos actions; c'est l'unique règle de l'innocence de notre cœur et de la justice de nos œuvres : elle fait la nature du bien partout où elle se trouve; elle est plus ancienne que la vertu même, et elle l'introduit, pour ainsi dire, dans toutes les actions des hommes. Enfin, Dieu ne veut pas proprement les choses parce qu'elles sont justes, mais elles sont justes parce qu'il les veut. Jugeons de la disposition de notre cœur par la soumission qu'il a pour cette loi éternelle, qui préside dans tous les jugements, et qui décide seule de la véritable intégrité. Voulons-nous savoir si nos motifs sont purs, si nos intentions sont droites : voyons si la volonté de Dieu s'y rencontre, si c'est son esprit qui nous anime, et soyons persuadés que cette vertu sera portée à sa plus haute perfection lorsque nous pourrons dire avec S. Paul : Domine, quid me vis facere ? Seigneur, que voulez-vous que je fasse, ou que voulezvous faire de moi? (Pièce présentée à l'Académie Française, en 1667).

[Divers motifs]. — Un chrétien a deux fois le cœur prêt comme David : Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. Mon cœur est prêt pour vous, quand vous faites les choses selon mon inclination; mais il est aussi prêt pour vous, quand les choses arrivent contre mon inclination. Mais où trouverons-nous un chrétien qui ne regarde, dans l'ordre de Dieu, ni la rigueur ni la douceur, mais seulement l'ordre de Dieu, et qui, en cette qualité, s'y soumette de grand cœur?

C'est un principe reçu et confirmé par de puissantes raisons, qu'il faut que ce qui est droit règle ce qui est tortu, et que ce qui est invariable de lui-même et incapable d'aucun vice corrige ce qui est changeant et défectueux. Or, la volonté de Dieu est une volonté droite, immuable et essentiellement sainte, et la nôtre n'est qu'une volonté inconstante et criminelle : il faut donc que notre volonté soit soumise en toutes choses aux lois du Seigneur, et qu'elle se résigne entièrement à ses ordres : c'est là ce que la raison et la nature nous disent. Or, est-ce à Dieu que vous avez recours dans les fâcheux événements de votre vie? est-ce de lui que vous attendez votre consolation? est-ce uniquement à ses ordres que vous êtes soumis? Que de plaintes au contraire! que d'inquiétudes et de murmures I T. I- 33

514 CONFORMITl':.

que de répugnance à la vue de ce calice, que d'oppositions aux ordres de Dieu! que de contradictions à ses adorables volontés! Voulez alors ce qu'il veut; ou plutôt, ne voudriez-vous pas qu'il voulût ce que vous souhaitez vous-même : le gain de ce procès injuste, l'accablement de ce persécuteur, la ruine de ce voisin, la santé de cet enfant? (Fromentières).

Nous devons demeurer dans l'équilibre, et ne pencher pas plus d'un côté que d'un autre, jusqu'à ce que la volonté de Dieu nous soit connue; et sitôt que cette divine volonté, qui est la souveraine règle de la nôtre, nous est signifiée, nous devons, sans balancer davantage, nous déterminer à la suivre. Avant cela, toutes choses nous doivent être indifférentes : la maladie et la santé, la pauvreté et l'abondance, l'obscurité et l'éclat; parce qu'il ne faut pas songer à nous satisfaire nous-mêmes, mais à contenter Dieu; il ne faut pas regarder ce'tjui nous est avantageux et honorable, mais ce qui lui est agréable et glorieux. En un mot, nous devons nous abandonner à sa conduite, nous gouverner par son esprit, nous mouvoir par l'impression qu'il nous donne. (De la Volpillière).

Quand le jeune Samuel fit le rapport au grand prêtre Héli des terribles malheurs dont Dieu le menaçait, Héli n'alla point dire que c'était un ange de ténèbres qui voulait le tromper; mais il reconnut aussitôt que c'était Dieu qui le visitait et qui lui parlait par ce jeune enfant : Dominus est : quod bonum est in oculissuis faciat. Ame chrétienne, quelle excellente pratique! Il vous viendra mille traverses de côté et d'autre : n'allez pas vous en prendre à celui-ci ni à celui-là ; n'accusez ni votre ennemi ni la malice de cet envieux de votre bonheur; ne vous en prenez ni à votre mauvaise fortune ni à l'injustice de cet homme puissant; mais reconnaissez la puissante main de Dieu, et dites comme Héli : « C'est le Seigneur : qu'il fasse de moi un sacrifice à sa gloire, et qu'il dispose de tout selon sa sainte volonté. » (Exercices du chrétien ultérieur).

Il n'y a que la volonté de l'homme, entre toutes les créatures, qui soit la plus obligée à se lier inséparablement à celle de Dieu : et elle seule cependant s'en sépare. Voyez, depuis les cieux jusqu'au profond des abîmes, s'il y a une seule créature qui ne suive ponctuellement les ordres de cette adorable volonté, sans s'en écarter jamais d'un seul moment. Les cieux et les astres ne gardent-ils pas encore aujourd'hui les mêmes justesses dans leurs mouvements, dont ils reçurent le commandement au temps de leur création? La terre et tous les éléments, les animaux, les plantes, et en un mot tous les êtres, ne suivent-ils pas en tout les desseins de cette adorable volonté? Ils le font si ponctuellement et avec tant de zèle, qu'ils aimeraient mieux être anéantis que de s'en départir jamais. Est-il donc vrai, volonté humaine, que vous soyez plus obligée à vous conformer en toutes choses à la divine volonté que tout le reste des créatures, et seule assez ingrate pour les mépriser, seule assez insolente pour oser vous soulever contre elle, seule assez criminelle pour la combattre par

vos rebellions et vos continuelles désobéissances, seule enfin assez lâche pour ne rendre que des injures à celle de qui vous ne recevez incessamment que des bénédictions et des grâces? (Le même).

[Combien N.-S. a eu celte vertu à cœur]. — Comme le Fils de Dieu est venu sur la terre en qualité de maître des hommes aussi bien que de Sauveur, il semble qu'il ait gardé la méthode de tous les autres maîtres, qui, pour imprimer plus facilement leur science dans l'esprit de leurs disciples, commencent par certains principes plus généraux, qui sont comme les premiers éléments facilitant l'intelligence du reste. C'est dans cette vue que, sa doctrine ayant pour fin de nous rendre saints et parfaits, il met pour premier fondement et demande pour première disposition qu'on soit prêt à faire la volonté de son Père par la soumission à tous ses ordres : sans quoi on ne peut faire aucun progrès en cette science : Si quis voluerit volunlatem ejus facere, cognoscet de doctrinâ utrùm e# Deo sit. Mais aussi il semble qu'il soit, en ce point, différent des autres maîtres, lesquels commencent par les choses les plus faciles et les plus imparfaites, pour faire avancer leurs disciples pas à pas et les rendre enfin parfaits et consommés. Au contraire, ce divin Maître commence d'abord par ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait, et, pour ainsi dire, par le comble de la sainteté et de la perfection même, qui est la parfaite conformité de notre volonté à celle de Dieu, puisque c'est par-là qu'il a voulu lui-même commencer, pour nous en donner l'exemple, n'étant venu au monde et n'en étant sorti que par les ordres de son Père. Au lieu qu'il n'a pratiqué les autres vertus que de temps en temps et selon les occasions qui se sont présentées , il a fait de celle-ci son occupation ordinaire et un exercice continuel : Quœ placita surit ei facio semper. Il en a fait sa nourriture, pour nous apprendre qu'elle n'est pas moins nécessaire à la vie de l'âme que la nourriture l'est à la vie de nos corps : Cibus meus est ut faciam volunlalem Palris mei. Il en fait tant d'état, qu'un jour il assura que ceux qui feraient la volonté de son Tère lui tiendraient lieu de frères, de sœurs, de mère et de tout le reste : Qui feccril volunlalem Palris mei, ipse meus fraler et soror et mater est; et enfin ce n'est que pour ceux-là qu'il nous assure que le ciel est ouvert. D'où il faut conclure que c'est l'abrégé de toute la doctrine de ce divin Maître; que c'est s'y rendre savant dans une seule leçon, ramasser toutes les vertus dans une seule, et renfermer la sainteté la plus solide dans l'action la plus facile et la plus ordinaire de notre vie. (Houdry).

[ Désir d'accomplir la volonté de Dieu]. — Quand vous obéirai-je, ô mon Dieu, -ans contradiction? quand vous dirai-je, en toute occasion, avec sincérité : « Que votre volonté soit faite, et non pas la mienne»? Quand me -je mal trouvé de l'avoir suivie, et quand me suis-je bien trouvé d'avoir suivi ma propre volonté? C'est par la conduite de cette divine volonté que Baîtits, abandonnant le soin d'eux-mêmes et ne se

réservant que celui de vous obéir, sont parvenus au bonheur qu'ils possèdent et qu'ils posséderont éternellement : et moi, qui ne suis qu'un ver ile terre, je veux me gouverner moi-même! Le ciel, les éléments, tout l'univers, ne conservent l'ordre et la régularité de leurs mouvements que par l'impression qu'ils reçoivent de votre volonté : et moi, cendre et poussière, j'ose présumer que je suis quelque chose quand je suis séparé de vous? (Souffrances de Noire-Seigneur) .

[Devoirs d'élat]. — Pour faire la volonté de Dieu, il ne faut que remplir parfaitement les devoirs de son état, puisque Jésus-Christ lui-même n'a pas jugé qu'il pût rien faire de plus digne de lui, durant l'espace de trente ans, que de s'acquitter parfaitement des devoirs les plus ordinaires de l'état pauvre et humiliant qu'il avait choisi. On s'égare dans toute autre voie : c'est illusion de vouloir faire beaucoup, si l'on ne fait ce .qu'on doit; et l'on fait toujours ce que l'on doit quand on fait ce que Dieu veut. Or, en remplissant jusqu'aux moindres devoirs de notre état, nous sommes toujours sûrs de faire ce qui lui plaît. Ainsi, les gens du monde, sans sortir des bornes de leur condition, trouvent dans ce qu'ils sont obligés de faire chaque jour tout ce qu'il faut faire pour être saints : seront -ils excusables devant Dieu, s'ils ne le font pas, eux qui font beaucoup plus pour le monde qu'ils ne sont obligés de faire pour Dieu ?

Oh ! qu'il y a peu de personnes qui disent avec le saint homme Job : Si bona suscepimus de manu Dei, mala quarè non suscipiamus ? Si nous recevons volontiers les biens de la main de Dieu, pourquoi n'en recevrons-nous pas aussi les maux? étrange raisonnement! surprenante philosophie, ignorée de la plupart des chrétiens! Car enfin, mes chers auditeurs, avez- vous jamais raisonné de la sorte? avez- vous conservé les mêmes sentiments à l'égard de Dieu durant l'adversité que durant la prospérité? les bons succès nous réjouissent, les mauvais nous chagrinent ; peut-être avez-vous remercié Dieu de ses biens, mais vous avez peut-être aussi murmuré des maux qu'il vous a envoyés. Une âme résignée aux volontés de Dieu est la même dans les biens et dans les maux. L'esprit occupé de la grandeur et de la majesté de Dieu, elle voit que nous devons adorer généralement tout ce qu'il ordonne; et, persuadée de sa souveraine équité, elle sait que tout ce qu'il ordonne est toujours juste, et qu'il serait honteux de se plaindre de ce qui est justement ordonné; et, sans considérer les biens et les maux en eux-mêmes, elle regarde seulement la main de Dieu qui les répand, également sage et miséricordieuse dans la distribution qu'elle en fait. (Anonyme).

[Les hommes ne veulent faire que leur volonté]. — C'est une vérité que personne n'a jamais combattue, que la dépendance est aussi attachée à la créature que l'indépendance est le droit auquel Dieu ne peut renoncer. C'est sur cette dépendance de la créature et cette indépendance du Créateur qu'est

fondée l'humilité chrétienne et la véritable soumission du cœur humain, parce qu'il n'est pas possible que nous ne nous connaissions tout dépendants et Dieu tout indépendant, que nous ne nous humilions en adorant son indépendance par la protestation de notre dépendance, qui est proprement la soumission de notre volonté à la sienne. Mais c'est un effet de notre orgueil de ne pouvoir souffrir personne au-dessus de nous qui nous commande et de qui nous dépendions. C'est le caractère de l'esprit du monde, et que l'Évangile nous fait voir dans le Prodigue, qui demanda témérairement à son père la part qu'il prétendait en son bien. A quoi tendait, je vous prie, cette insolente demande, sinon à dire à son père : Je ne veux plus dépendre de vous, je ne puis consentir que ma liberté soit en votre puissance ? C'est le langage secret que nous tenons à Dieu toutes les fois que nous nous plaignons de ses ordres ; nous crions comme les Juifs : « Nous ne voulons point qu'il règne sur nous. » Combien se trouve-t-il de ces chrétiens qui veulent partager avec lui le gouvernement de leur personne, consentant bien qu'il les conduise, mais par où ils veulent : en sorte que, s'il veut que ce soit par l'état de la maladie ou de l'humiliation, ils veulent que ce soit par celui de la santé et de la gloire ! (Sarrazin, Averti).

[Exemple des croisés]. — Qu'avons-nous à faire, nous autres qui sommes enrôlés sous l'étendard de la croix, pour conquérir la Jérusalem céleste, sinon ce que firent ces généreux Croisés pour la conquête d'une Jérusalem infiniment moins souhaitable ? ces deux paroles, Dieu le veut, faisaient toute l'âme de ce grand corps et le motif d'une si glorieuse entreprise : elles paraissaient imprimées sur tous les étendards, mais elles étaient gravées dans tous les cœurs. C'est ce qui fit quitter à tant de vaillants chrétiens les douceurs de la patrie, pour passer en des pays étrangers, au travers des périls sur la terre et sur la mer : et quand il fallait assiégei des villes, donner des batailles, faire des prodiges de valeur, il suffisait de prononcer Dieu le veut ; alors les capitaines et les soldats, animés d'une vertu plus qu'humaine, combattaient comme des héros, résolus de vaincre ou de mourir; également contents de l'un et de l'autre, et n'envisageant que la volonté de Dieu. (Dozenne, Morale de Jésus-Christ).

[Illusions]. — Il y en a qui témoignent vouloir connaître la volonté de Dieu; mais, quand on la leur fait savoir, si ce qu'on leur dit est contre leur inclination, ils s'y opposent, sinon ouvertement, au moins en euxmêmes, et ils tiennent pour suspects ceux qui les en instruisent. Cet état cU dangereux : car que sert de consulter un médecin, si on ne veut pas lo p'iivre, et de demander des remèdes si on ne les veut pas prendre? Il y en a d'autres qui demandent bien quelle est la volonté de Dieu, et qui ivent même humblement la lumière et l'instruction qu'on leur donne; mais ils trouvent qu'ils sont trop faibles pour suivre, au moins de In

manière qu'ils le devraient, ce qu'ils reconnaissent que Dieu désire d'eux: et alors, comme ils reconnaissent que Dieu leur a fait la première grâce en leur donnant la lumière et la docilité de l'esprit, ils doivent travailler avec soin à lui demander la seconde, qui est la force d'agir et d'exécuter ce qu'il leur a fait connaître qu'il désirait d'eux !

« Voulez-vous savoir, dit S, Augustin, si vous avez le cœur droit? C'est lorsque, dans le bien que vous faites, Dieu vous plaît, et que, dans le mal que vous souffrez, Dieu ne vous déplaît pas. » Qui sont ceux, dit-il ailleurs, qui ont le cœur droit? Ceux qui suivent en cette vie la volonté de Dieu. C'est quelquefois la volonté de Dieu que vous soyez en santé ; c'est aussi quelquefois la volonté de Dieu que vous soyez malade. Si, lorsque vous vous portez bien, la volonté de Dieu vous est douce, et si, quand vous tombez malade, la volonté de Dieu vous paraît amère, vous n'avez pas le cœur droit, et votre volonté n'est pas conforme à la sienne. Pourquoi? Parce que vous ne réglez pas votre volonté sur la sienne; mais vous voulez courber la volonté de Dieu, qui est droite, et l'ajuster à la vôtre. Il faut corriger la vôtre et la conformer à celle de Dieu, et alors vous aurez le cœur droit.

Rien n'exprime mieux le vrai caractère de la conformité à la volonté de Dieu que l'abnégation de soi-même, puisqu'elle renferme les différentes dispositions dans lesquelles on la fait consister. Une âme dit à Dieu, dans cet état: « Comme mon sort est dans vos mains, o mon Dieu, je m'abandonne entièrement à vous pour en dépendre en toutes choses et pour me conformer à votre sainte volonté : je me mets entre vos mains, et j'y veux être comme les yeux d'un serviteur sont sur la main de leur maître, dit le prophète. Je ne verrai, je ne désirerai, je ne ferai que ce que vous voulez que je fasse, ce que vous voulez que je désire, ce que vous voulez que je voie : car, dans tout ce que je vois, dans tout ce que je désire, dans tout ce que je fais, je ne cherche qu'à faire votre divine volonté. »

Pour apprendre comment nous devons résigner notre volonté à celle de Dieu, nous n'avons qu'à considérer trois circonstances dont Notre-Seigneur accompagna la prière qu'il fit dans le jardin : Non quod ego volo : mon Père, que ce que je veux ne se fasse pas. Non sicut ego volo: qu'il ne se fasse pas même de la manière que je le veux. Non mea voluntas, sed tua fiât: que ce soit votre volonté qui se fasse, et non la mienne. Ces paroles renferment trois grandes instructions : elles nous font voir que la volonté de Dieu est la fin de toute volonté, qu'elle en est la règle, et qu'elle y doit régner souverainement. Ainsi, dans tout ce que notre volonté se propose, elle doit tendre à la volonté de Dieu comme à sa fin ; dans ce qu'elle fait, elle doit s'y conformer comme à sa régie. C'est enfin à son divin empire qu'elle doit se soumettre, dans les accidents qui arrivent, et dans ce que Dieu demande de nous et dans ce que nous lui demandons. Il faut vouloir ce qu'il veut, il faut le vouloir de la manière qu'il le veut, et il faut enfin le vouloir parce qu'il le veut.

Si nous sommes dans ces dispositions, la volonté de Dieu fera toute notre joie dans les consolations intérieures; elle nous soutiendra dans nos sécheresses, dans nos dégoûts, dans nos distractions ; elle arrêtera nos murmures dans les afflictions qui nous arriveront ; elle nous fortifiera dans nos incertitude et dans nos doutes; elle dissipera nos craintes; en un mot, elle nous établira sur la pierre ferme d'où rien ne pourra nous ébranler. Tout l'enfer armé contre une âme qui ne veut que ce que Dieu veut travaille inutilement à sa perte : car Dieu est entièrement pour elle dans ce combat, parce qu'elle est entièrement à Dieu, et qu'elle mène une vie toute divine : « Sic affici deificari est, » dit S. Bernard.

Il y a ici une réflexion à faire, qui est de prendre garde que nous ne voulions ce que Dieu veut, que parce qu'il veut ce que nous voulons, et de la manière que nous le voulons. Quand sa volonté serait opposée à nos desseins, à nos inclinations, à nos désirs, il faudrait s'y soumettre; je dis même, quand nos desseins seraient bons, quand nos inclinations seraient saintes, quand nos désirs seraient parfaits en eux-mêmes, parce qu'une âme qui aime Dieu uniquement ne doit avoir en vue que d'accomplir la volonté de Dieu. (Anonyme).

[Paix en Dieu]. — Le véritable moyen de conserver la paix et la tranquillité, c'est de remettre toutes les chuses que l'on désire dans la main de Dieu, de faire céder notre volonté à la sienne, et d'être toujours tout prêt à se départir même des meilleures résolutions , lorsqu'on y trouve des obstacles qu'on ne peut vaincre , et que les difficultés qu'on y rencontre font connaître qu'il n'en veut pas l'exécution. Dans la vérité , toutes les inquiétudes qui nous arrivent en ce monde ne viennent que de ce que nous ne sommes pas soumis à ses ordres, et que nous manquons de nous abandonner à sa conduite. On travaille, pour le dire ainsi, contre les dispositions de sa providence ; on y résiste , et on combat souvent ses desseins sans s'en apercevoir. Ainsi, comme on est dans une situation violente , on vit sans repos dans un mouvement et une agitation perpétuelle. Notre centre est l'acquiescement ou la conformité de notre cœur à celui de Dieu : et le moyen, tant que cela n'est point, que nous ne soyons pas dans la tempête et dans la confusion î Dieu est le roi de la paix : il faut qu'elle se trouve partout où il règne ; et il ne peut y avoir que tumulte et division où il n'est pas le maître. (L'Abbé de la Trappe.)

Page 1