‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 5 sur 55 · RELIGION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

RELIGION CHRÉTIENNE

Son excellence; son établissement; motifs de crédibilité; persécutions, martyrs et miracles.

AVERTISSEMENT

Il n'y a point de sujet qu'il soit plus à propos de séparer de plusieurs autres qui y ont du rapport. Parler de l'établissement du christianisme, de la religion chrétienne, de l'Eglise, de la foi et de la loi de Jésus-Christ, c'est parler de la même chose en des termes différents. Cependant, là religion chrétienne, la foi, l'Eglise et la loi de l'Evangile sont des sujets qu'on ne doit pas confondre, à moins de prendre un cadre trop ample et plus propre à un livre qu'à un discours. Ainsi, en parlant du christianisme ou de la religion chrétienne, nous nous bornerons à son établissement, à son jirogrès et aux motifs de crédibilité, pour en faire voir la vérité et l'obligation où sont tous les hommes de l'embrasser. Car, pour ce qui est de la vocation au christianisme, du nom et des devoirs du chrétien, nous en avons déjà parlé en traitant des obligations du Baptême.

Or, dans ce sujet, ainsi restreint et limité, ce que le prédicateur doit avoir en vue, c'est de confirmer ses auditeurs dans la vérité de cette religion, de leur faire connaître et admirer la bonté de Dieu à leur égard de les avoir fait naître dans un temps auquel la religion est établie, de leur donner un.

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bonne idée de son excellence et, desa sainteté, et par ce moyen, de les engager à répondre par la sainteté de leur vie à cet incomparable bienfait.

Ce qu'il y a donc à observer dans un sermon sur celle matière, c'est de ne point empiéter sur les autres, comme serait de parler de la nature et des conditions de la foi, de s'étendre sur les marques de la véritable Eglise, ou sur les obligations du christianisme, qui sont d'autres sujets qu'il ne faut pas confondre avec celui-ci, lequel fournit assez de quoi faire un discours solide et fructueux.

Desseins et Plans.

I. — On peut faire un beau discours sur l'excellence de la religion chrétienne, en faisant voir qu'elle est la seule qui perfectionne et qui élève l'homme, et le conduise sûrement à sa fin, celle d'être éternellement heureux. Pour cela, il ne faut que se souvenir que deux facultés distinguent l'homme de tous les autres animaux, savoir l'entendement et la volonté. Or, la religion chrétienne conduit et perfectionne l'un et l'autre. Elle conduit sûrement l'entendement par les vérités qu'elle enseigne; elle règle parfaitement la volonté par la morale qu'elle prescrit. C'est ce qui fera le

partage du sermon.

lo. __ Pour ce qui est de conduire l'entendement, de 1 élever et de 1 ennoblir comparaison avec quatre sortes de sectes opposées : païens, Juifs, athées, hérétiques. Les païens la détruisent par une multiplicité monstrueuse de divinités; les Juifs l'obscurcissent par leurs figures; les hérétiques l'altèrent par leurs bizarreries, n'en croyant que ce qui leur plaît; les athées l'étouffent et n'en ont point du tout. Mais ni les uns ni les autres ne trouveront jamais ni sûreté ni repos d'esprit que dans la religion chrétienne. — 1°. Pour les païens, qui n'ont suivi que leurs imaginations, quelle confusion de langage dans.cette tour de Babel! pas une nation qui n'ait ses dieux différents, et Rome, qui les a tous reçus, a exclu la seule véritable religion. Quelle erreur et quel aveuglement dans les plus sages mômes du paganisme? Le premier et le plus ancien philosophe a été un visionnaire; celui qu'ils ont appelé le Divin est quelquefois moins qu'homme; le plus grand de leurs génies, après avoir disputé et reconnu qu'il n'y avait qu'un Dieu, conclut que chacun pouvait adorer ceux qu'il lui plairait. — 2°. Les Juifs ont eu, à la vérité, la religion véritable; mais ce n'étaient que des figures et des ombres : et maintenant, que la vérité a succédé, ils s'aveuglent dans le grand jour de la lumière de l'Evangile; ils

attendent celui qui est déjà venu, et méconnaissent celui qui les a éclairés. — 3°. Les athées combattent plus que tous les autres la religion chrétienne; mais quelle opiniâtreté de ne pas se rendre à des raisons qui convainquent le reste des hommes ! Il n'y a que la religion chrétienne qui éclaire l'entendement, en chasse l'erreur, et nous fait trouver ce que nous cherchons inutilement dans toutes les autres religions. — 4°. Les hérétiques croient une partie de nos mystères; mais dans quelle incertitude no vivent-ils point ! quelle inconstance d'opinions ! Dans une année ce ne sont plus les mêmes, et à peine en trouvez - vous deux qui s'accordent •' c'est que la raison est trop faible en matière de religion. Il n'y a que la religion que les prophètes ont prédite plusieurs siècles auparavant, que les Apôtres ont préchée par tout le monde, que les martyrs ont scellée de leur sang et qui s'est conservée jusqu'à maintenant, malgré les persécutions, les schismes et les hérésies. (Et, après s'être un peu étendu sur chacune de ces preuves, il faut conclure qu'elle éclaire notre entendement par les lumières de la foi qu'elle a apportée au monde).

2°. — Elle règle notre volonté par sa morale toute sainte. Suivre le même ordre que dans le premier point : en la comparant : — 1°. Avec la morale des païens. Je ne dis pas seulement avec la vie qu'ils ont menée, puisqu'ils ont consacré les vices en adorant des dieux vicieux, mais encore avec leurs préceptes, puisqu'ils n'ont cherché qu'à régler une république en politiques, et non pas à perfectionner l'homme par de véritables vertus : aussi n'ont-ils été vertueux qu'en apparence et par ostentation. — 2°. Les Juifs étaient charnels et grossiers, et il leur a fallu permettre bien des choses dont la perfection n'était réservée qu'à la morale chrétienne. — 3°. Les athées n'ont que de l'impiété, et n'ont embrassé ce parti que pour s'abandonner impunément à leurs voluptés brutales. — 4°. Les hérétiques n'ont d'autre dessein que de s'exempter des obligations que la véritablo religion leur impose. — Mais quelle est la sainteté de la morale chrétienne? y a-t-il rien de plus élevé, de plus parfait, de plus innocent dans ses préceptes-et dans ses conseils? de quel bonheur jouirait le monde, s'il se gouvernait par ses maximes? Les princes n'auraient que de la tendresse pour leurs sujets, les sujets que de l'amour pour leurs princes; quelle fidélité dans les mariages ! que de bonne foi dans les artisans ! que de modestie et d'honnêteté dans toutes les femmes! que de piété et de conscience dans la justice! quelle république plus heureuse! quelles lois plus saintes et plus justes! Mais, hélas! faut-il que les chrétiens se joignent ici avec les païens, les athées, les Juifs et les hérétiques pour combattre la morale chrétienne? car, pour justifier leurs passions, ils pratiquent celles de ton 1rs les sectes : ce qu'on peut faire voir par une belle induction.

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