T. 11. IU
castitatis, pax domûs, coJicordiœ caput.
Cypriau. De bono discipl. et pudicit.
Beata ipsa et beatos efficiens, apud quoscumque habitare dignatur. Ibid.
VirginesillustriorportiogregisCmusTi.
Id.
Dei imago (virginitas) respondens ad sanctimoniam Domini. Id.
Adversùs carnem obstinata certalio.
Id. I De velaud. viig.
Virgo non esse tantùm , sed intelligi débet et credi, ut nemo , dùm, virginem viderit, dubilet an virgo sit. Id.
Lubrica spes est quœ inter fomenta peccati salvari se sperat ; incerta Victoria est inter arma hostiUa pugnare.
Id. De singul. cleris.
Ver a et pura virginitas nihil magls timet quam seipsam; etiam fœminarum oculos pati non vult , alios ipsa oculos habet; confugit advelamen capitis quasi ad galeam , quasi ad clypeum, qui &onum suum protegat adversùs ictus tentationum , adversùs jacula scandalorum. Tertull. De virg.
Circumduc vallum verecundiœ; (vélum) murum sexui tuo strue, qui nec tuos emittat oculos , nec admittat alienos. Ibid.
Cùm omnes templum simus Dei, illato in nos et consecrato Spiritu - Sancto, ejus templi œditua et autistes pudicitia est; quœ nihil immundum et profanum iuferri sinal. Id. De cuit. fœm. l.
Ad leonem damnando christianam (virginem) potiùs quam ad leonem, confessi estis labcm pudicitiœ apud nos atrocio ~ rem omnipœaâ et omnimorte reputari.
Id. Apolog.
Pudicitiœ christianœ satls non est esse purum et videri : tanta enim débet esse plenitvdo ejus, ut émane t ab anima ad haHtum, et eructet h conscientiâ in superficiem. Tertull. Il De cuit, fœmin.
le lien de la pudenr et de l'honnêteté ; elle est la source de toute pureté; elle met la paix dans une famille ; elle est le principe de la concorde.
La chasteté est heureuse et elle fait le bonheur de ceux en qui elle fait sa demeure.
Les Vierges sont la plus illustre portion du troupeau de Jesus-Christ.
L'image vivante de Dieu, qui répond à la sainteté de son être.
La chasteté est un combat opiniâtre couueMa concupiscence et la rébellion de la chair.
Une véritable vierge ne doit pas se contenter de l'être, mais elle doit avoir soin qu'on la juge et qu'on la croie telle : en sorte qu'à la voir seulement on ne puisse douter de ce qu'elle est.
C'est une espérance bien fragile et bien trompeuse, d'espérer d'être en sûreté parmi les attraits et les amorces du péché, et la victoire est bien incertaine pour qui combat de tels ennemis.
La véritable pureté (dans une vierge consacrée au Seigneur) n'a rien plus à craindre qu'elle-même ; elle ne peut même souffrir la vue des personnes du même sexe qui ont pris d'autres engagements ; elle a d'autres yeux qu'elles, lille se couvre de son voile comme d'un casque, et elle s'en sert comme d'un bouclier pour défendre le bien qu'elle possède contre les attaques des tentations, et contre les traits du scaudale.
Faites de votre voile comme un rempart et une forte muraille à la faiblesse de votre sexe, pour vous empêcher de voir et d'être vue vous-même.
Comme nous sommes tous autant de temples de Dieu même, par l'infusion et la consécration du Saint-Esprit, c'est la pureté qui est la gardienue de ce temple et qui y préside afin de n'y laisser entrer rien de profane et de souillé.
(Vous autres païens), eu livrant une vierge chrétienne à d'infâmes débauchés, vous déclarez par-là que la perte de la pudeur est parmi nous le plus grand de tous les supplices, plus cruel que la mort même.
Ce n'est pas assez, pour une chasteté chrétienne, de paraître exempte de souillure, et de l'être effectivement; la plénitude de cette vertu doit être telle, qu'elle passe de l'esprit jusque sur les vètemeul6, et de la conscience au dehors.
Virginem magls laudando quhm vituirando confundas. ld. De veland. Virg.
perando confundas
Ubi Deus, ibi puritas. ld. De cast.
Funambuli castilatis. (Ità appellat eos qui se periculo amitlendse castitatis exponunt.) Id. De pudicit.
Facilius est pro casiilate quhm cum caslitale mori. Id. Tertull.
Alterius suspicipne violatur. Id. De cuit, fœinin.
Pudicitia sollicita non est cui placeat, nisi sibi: pudicitia nihil ornamenlorum quœrit; decus suum ipsa est. Id. De pudicit.
Uœc (Pudicitia) nos commendat Domino, connectit Christo; beata ipsa, et beatos efficiens. Ibid.
Quod continentiœ genus (nempè virginitas) quasi fasiigium est , omniumque consummatio virtutum : ad quam si quis enitialque eluctari potuerit, hune servum Dominus, hune discipulum magister agnoscet : hic terram triumphabit, hic erit consimilis Deo. Lactantius , vi, 23.
Plerique (inter primos christianos) inviolati corporis, virginitate perpétua fruuntur potiùs quhm glorianlur. Miuut.
Félix Octav.
Mulier nupta est Christi ex parte , at virgo tota Christi fit : Ma se totam alligat mundo, hœc autem nullo modo se ei accommodât ; quod est pars quœdam in nuplâ est totum in Virgine. Greg.
Naziauz.
0 Virginilas! corona quœ nunquàm marcescit , sacrarium Spiuitus-Sancti, gemma pretiosissima a paucis inventa l Athauas. De virg.
Quis negat hanc vilam fluxisse de cœlo , quam non facile inveniemvs in Icrns, nixi postquam Dr.us in hœc terrent corporis membra descendit ? Ambros.
1, De vjrgiuit.
Castitas angelos facit : qui eam serva-
Vil angélus est. ld. Ambros.
Quanta est virginitatii gratin,, quœ meruit ù Christo tligi ut tssei corporale
On fait plus de confusion à une vierge par les louanges qu'on lui donne qu'en la blâmant.
Partout où Dieu se trouve, la pureté s'y rencontre nécessairement.
S'exposer aux occasions du péché c'est ressembler à ceux qui dansent sur la corde.
Il est plus aisé de mourir une fois pour la chasteté que de conserver cette verlu jusqu'à la mort.
La chasteté est ternie par le simple soupçon.
La pudeur ne se met point en peine de plaire à d'autres qu'à elle-même ; elle ne recherche aucun ornement extérieur, parce qu'elle fait elle-même sa gloire et son ornement.
La pureté nous recommande à Dieu, nous attache et nous unit à Jésus-Christ; elle est heureuse, et rend heureux ceux qui la possèdent.
La virginité est le plus haut degré de la continence, la perfection de toutes les vertus; si quelqu'un peut y atteindre, Dieu le reconnaîtra pour son véritable serviteur, et pour le disciple de ce divin Maître : il triomphera de tout ce qui est terrestre, il sera semblable à Dieu.
Plusieurs d'entre les chrétiens jouissent plutôt d'une virginité perpétuelle qu'il» ne s'en glorifient.
Une femme mariée n'est qu'à demi et en partie à Jésus-Christ; mais une vierge y est entièrement : l'une s'attache tout entière aux choses du monde, et l'autre ne s'y adonne nullement; ce qui n'est qu'une partie dans celle qui est mariée est le tout dans celle qui demeure vierge.
0 vertu admirable de la virginité ! couronne qui ne se flétrit jamais, sanctuaire du Saint-Esprit, pierre précieuse que peu de personnes ont le bonheur de rencontrer !
Qui pourra nier que ce genre de vie ne soit venu du ciel, puisqu'il est difficile d'en trouver des exemples sur l;i terre, sinon depuis qu'un Dieu y est descendu et a pris un corps mortel et de terre comme le notre?
C'est la pureté et la chasteté qui fait les auges, celui qui la garde est un ange.
Quelles doivent être l'excellence et la beauté de la virginité, qui a mérite qui
Dr] femplum, inquo corporaliter habitarct pleniludo Divinilatis ! Id. De Oi'fic.
Major est Victoria virginum quàm ingelorum : angcli enim sine carne aivunt; virgines vcro in carne triumphanl. Id. De viduis.
Yirginitatis integritas angelica portio est, et in came corruptibili incorruptionis perpetuœ imitatio. August. De rirg. 23.
Nemo miretur siangelis virgines cornparentur, quœ angelorum Domino copulantur Ambros. I De virginit.
Non ideb laudabilis Virginitas quœ in martyribus reperitur , sed quia ipsa martyres faciat. Ibid.
Trepidare virginum est et ad omnes viri ingressus paver e, omnes viri aff'atus vereri Id. II iii Luc.
Hœc, nubes, aéra, angelos sideraque transgrediens , Verbum Dei in ipso sinu Patris invenit , et loto hausit pectore : è cœlo accersivit quod imitaretur in ter' ris. Ambros. De virg.
Magnum est virginitas, quœ hominem in corruptibili Deo simillimum facit.
Basil. De virginit.
0 Virginitas , opulentia indeficiens , corona immarcessibilis , templum Dei, domicilium Spiritus-Sancti , gloriatio Apostolorum , angelorum vita , sanctorum corona ! Atlianas. De virginit.
Eas quœ in virginitale degunt in pretio habele veluli Christi sacerdotes ; viduas in pudiciliâ permanentes ut aitare Dei. Igaalius ad Tarsenses. Epist.
7 et 9.
Virgines serva , ut pretiosa Christi monilia. Id.
Félix conscientia et beata virginitas, in cujus corde nullus alterius amor quamipsius Christi incendilur ! Hieroîiym. in Epist.
Crebra munuscula et dulces litteras, et fadariola et prœgustatos cibos., sanctus amor non habet : hœc enim omnia carnemsapiunt, et procitl sunt abamorè caslo. Id.
Jêsus-Chhist la choisit pour être le temple où la Divinité habitât corporellement?
La victoire que les vierges remportent est plus noble et plus glorieuse que celle des anges, qui sont de purs esprits, au lieu que les vierges triomphent dans un corps de chair.
La puretô virginale a quelque chose de l'Ange ; puisque dans une chair corruptible elle est une imitation de l'incorruptibilité de ces bienheureux esprits.
Personne ne doit s'étonner si l'on compare les vierges aux anges ; puisqu'elles sont les épouses du souverain Seigneur des anges.
L'excellence et le mérite de la pureté ne viennent pas de ce qu'elle se trouve dans les martyrs, mais de ce qu'elle fait elle-même des martyrs.
C'est le propre des vierges de craindre et de trembler à la vue et à l'abord d'un homme, et de redouter sa conversation.
Cette vertu, s'élevant au-dessus des airs, des anges et des astres mêmes, est allée trouver le Verbe divin jusque dans le sein de Dieu pour l'attirer dans le sein d'une vierge ; elle est allée chercher dans le ciel ce qu'elle devait imiter sur la terre.
C'est quelque chose de grand et de sublime que la pureté, qui rend l'homme semblable à un Dieu (incorruptible et immortel).
0 pureté virginale, trésor inépuisable de richesses, couronne qui ne se flétrit jamais, temple du Dieu vivant, demeure du Saint-Esprit, la gloire des Apôtres, la vie des anges et la couronne des saints !
Honorez et estimez celles qui demeurent vierges toute leur vie à l'égal des prêtres du Seigneur, et les veuves qui passent en continence le reste de leurs jours comme l'autel du Dieu vivant.
Ayez soin des vierges comme des plus précieux meubles de Jésus-Christ.
Heureuse conscience et bienheureuse pureté, dont le cœur ne brûle point d'un autre amour que celui de Jésus-Christ!
Le pur et chaste amour ne sait ce que c'est que ces petits présents par lesquels on gagne l'affection des personnes, ni ces lettres tendres et passionnées, ni ces mets qu'on a goûtés auparavant : tout cela ressent l'amour charnel, et une passion bien différente d'une amitié pure et sainte.
Divitiœ tuœ virginitas tua, thésaurus tuus est; thésaurus irrecuperabilis, postquam semel amissus est. Id. ad Demetr.
Quâcumque virtute pollens , quibuscumque opibus niteas, si cingulo castitatis careas, omnia per terrain trahes.
Hieron.
Prœ cœteris discipulis diligebat Jésus unum, nempèJoannem:et hune specialis prœrogativa castitatis ampliore dilectione fecerat dignum. Hieron.
Sponsa Christi arca est Testamenti, intrinsecùs et extrinsecùs deaurata , custos legis Domini: super hoc propitiatorium, quasi super cherubim, sedere vult Dominus. Id. Epist. 22 ad Eustoch.
Audenter loquar : cùm omnia possit Deds, virginem suscitare post ruinam von potest : valet quidem liber are de pœnâ, sed non coronare corruptam.
Ibid.
Pudicitia inprimis retinenda est, quâ omissâ, omnis virtus ruit. Hieron. advers. Joviniaen.
Hœc pauperem comniendat , divitem extollit, deformem redimit. Ibid.
In hâc muliebrium virtutum principatus est. Ibid.
Nullius tutus aspectus. Hieron. in Epist.
Inter omnia certamina christianorum, duriora sunt prœlia castitatis; nhm ibi continua pugna et rarior Victoria. Augustin. De honest. matrim. 2.
Castus est qui amorem amore exclu* sit , ignemque igné Spiritus exclusit.
Ibid.
Dominus noster ideb per casla Virginie membra venit ad terras ut ostenderet bu m esse castitatis auctorem. August.
serin. 17, De tempore.
Pudicitia res est animœ, virginitas corporis. Id. contra Julian. ;.
(juid prodest cui est conlinentia , si dominelur superbia ? Alignât. ^ nu. 57 in Matth.
Continenlm rirhtsrsi <n\imo,et comilem habet fortitudintm. Id. II Civit.
Votre virginité' fait vos richesses, c'est votre trésor, un trésor irréparable, lorsqu'il est une fois perdu.
Quelque vertu qui vous distingua , quelques richesses spirituelles que vous» ayez, si vous n'avez pas la ceinture de la chasteté, tout cela rampe par terre.
Le Sauveur aimait plus que tous les autres un de ses disciples, S. Jean, que l'excellence de sa chasteté avait rendu digne d'une plus grande affection de la part de son divin Maître.
Une vierge, épouse de Jésus-Christ, est la véritable arche du Testament, dorée au-dedans et au-dehors : c'est sur ce propitiatoire, comme sur les chérubins, que le Seigneur veut reposer.
Je le dirai hardiment : Dieu, tout puissant qu'il soit, ne saurait rétablir uno vierge, après sa cliute, dans son premier état : il peut ne Ja pas punir, mais non la couronner de la même gloire que si elle s'était conservée sans souillure.
Il faut, avant toute chose, conserver la pureté, laquelle étant une fois perdue, toutes les vertus sont entièrement ruinées.
La chasteté rend le pauvre recommandable , elle relève le riche, et forme une couronne à celui qui est d'ailleurs sans agrément.
Entre les vertus des femmes, la pudeur tient le premier rang.
Il n'y a pas un regard contre lequel on puisse être assuré.
De tous les combats que les chrétiens ont à soutenir, les plus rudes, sans contredit, sont ceux qu'il faut livrer pour la chasteté : les attaques en cette matière sont continuelles, et la victoire entière, bien rare.
Celui-là est chaste qui a chassé de son cœur un amour par un autre amour, le leu impur de l'amour profane par le feu sacré du Saint-Esprit.
Le Seigneur, pour venir sur la terre, s'est incarné dans les chastes flancs d'une vierge, afin de nous montrer qu'il est l'auteur de la pureté.
La pudeUj regarde proprement l'Ame, et la virginité regarde le corps.
De quoi sert la continence, si on laisse dominer L'orgueil dans son cœur?
La continence est une vertu de iVune .
elle a pour i tmpagne la Force.
Pudicitia vi, nec in carne, nec in anima, violari potest. Id. Epist. 22.
Virginatis bonum, quantum magnum video, tanto ei ne pereat furem superbiam partimesco. August. De virg.
Quid prodest intégra caro, mente corruptâ? melius est humile conjugium quàm superba virginitas. Id. inps. 26.
Gravem castitas sortita est inimicum, cui semper resistitur. August,
Ne dicatis vos habere animos pudicos, si habeatis oculos impudicos. Idem.
Epist. 2U.
Nobis ad virgines sermo est : quorum qub sublimior gloria est, major et cura de eâ custodiendâ , quia citb potest amitti. August. De doct. christ. ( Ex Cypriano, De discipl. ethab. virginum.)
In corde mundo delectationes supernœ miscentur. August.
Per virginitatem , integritas camis ipsi Creatori animœ et camis consecratur et vovetur. Id. De sanctâ virginit.
Nulla camis fœcunditas sdhctœ virginitati etiam camis comparari potest.
Ibid.
Gloriosum et insignem inter virtutes castitas tenet locum, quia ipsa sola est quœ mundat mentes hominum, prœstat videre Dedm. August. serm. 249, De temp.
Diflicilis est res virginitas, ideo rara quia difjîcilis. Hieron. in Jovinian.
Per humilitatis custodiam servanda estmunditia castitatis. Gregor. 16, Moral.
Nec castitas magna est sine bono opère, nec opus bonum est aliquod sine castitate. Id. Homil. 12, in Evang.
Per Moysem luxuria perpetrata, per Christum auctorcm pudicitiœ luxuria cogilata damnatur. Id. Moral.
Nihil valet apud Dêum aut superba castitas, aut humilitas inquinata. Id. 21 Moral. 2.
Differunt quidem inter se homo pudicus et angélus, sed felicitate, non virtule ; sed, etsi illius castitas sit felicior, hujus tamen fortior concluditur. Bernard. Epist.
La chasteté, ni dans l'âme, ni dans Je corps, ne peut être ravie par la force.
Autant je vois que la virginité est un grand et très-précieux bien, autant j'appréhende que l'orgueil, comme un voleur, ne me l'enlève.
A quoi sert que le corps soit sans souillure, si l'âme est corrompue? Un honnête mariage, avec l'humilité, est préférable à la virginité superbe et présomptueuse.
La chasteté a rencontré un rude ennemi qu'on doit toujours combattre avec énergie.
Ne vous vantez point d'avoir l'âme chaste, si vous avez les yeux impudiques.
Nous parlons à des vierges : plus leur gloire est excellente, plus leur soin de conserver la pureté doit être vigilant, parce que un seul moment peut tout perdre.
Les joies célestes abondent dans un cœur pur.
Par la virginité, on consacre la pureté de l'âme et du corps à celui qui les a créés.
Nulle fécondité de la chair n'est comparable à la sainte virginité de la chair.
Entre toutes les vertus , la chasteté tient un rang glorieux et considérable ; seule elle purifie l'âme de l'homme, seule elle lui fait voir Dieu.
La virginité est une vertu difficile, et c'est cette difficulté même qui la faitsirare.
C'est par la forteresse de l'humilité qu'il faut défendre le trésor de la pureté.
La chasteté n'est pas fort considérable, si elle n'est accompagnée des bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté.
La loi de Moïse défend la luxure consommée, mais la loi dont Jésus-Christ est l'auteur condamne celle de la seule pensée.
L'orgueilleuse chasteté, aussi bien que l'humilité qui n'a pas soin d'éviter l'impureté, sont de nulle considération devant Dieu,
Il y a de la différence entre la pureté de l'auge et celle de l'homme, mais c'est dans le bonheur plutôt que dans la vertu : d'où il faut conclure que, si la pureté de l'un est plus heureuse, celle de l'autre est plus forte et plus généreuse.
PAUAGilAPHE QUATRIEME ,
Sola est castitas quœ, in hoc mortalitatis et loco et tempore, statuai quemdam immortalitatis et gloriœ reprœsentat. Ibid.
Castitas sine charitate lampas sine oleo: subtrahe oleum, lampas non lucet:
toile charitatem, castitas non placet.
Bernard, ibid.
Soient virgines, quœ verè virginessunt, semper ad omnem viri affatum pavere, et nunquam esse securœ, et, ut caveant timenda, etiam tutas pertimescere. Id.
super Missus est.
Virginitate placuit, humilitate concepit. Id. de B. Virgine.
Continentia non habet meritum apud Deum quœ gloriam requirit humanam.
Bernard, serin. 8, in Cant.
Quid castitate decorius, quœ mundum de immundo conceptum semine, dehoste domesticum, angelum denique de homine facit? Id. Epist. 42.
Nulla est castitas carnis quam non commendat humilitas mentis. Gregor.
Moral.
In virginitate exemplar habetur emgelicœ sanctitatis. Athanas. De virginit., init.
Non secundùm carnem vivere angelicum est et superius naturâ. Gregor. Nazianz.
Virgines, adhùc in terra degentes, municipatum habentin cœlis. Cassianus, vi, 6.
Angelis semper cognata virginitas; in carne prœ ter carnem vivere non terrena vita est, sed cœlestis. Chrysost. serm. 143.
Angelorum gloriam acquirere majus est quam habere: angelum esse félicitalis est; virginem esse,virtutis. Ibid.
Ditius virginitatis donum fluxit in fœtninat, quxa cœpit à fœminâ. Ilieron.
Epist. 12, ad Eustoch,
Castitas, quœ vera est et œlerna formosilas. Zeno Veron. De pudieitià.
Quantum es miranda pudicilia, quœ aliter Inudari te non vis quàm ut custodiaris ! Ibid.
C'est la seule chasteté qui, dans ce séjour et dans le temps de cette vie mortelle représente l'état de l'immortalité et de la gloire.
La chasteté sans la charité est une lampe sans huile : otez l'huile d'une lampe, elle ne rend plus de lumière : otez la chasteté, la charité n'est plus agréable à Dieu.
Les véritables vierges craignent toutes les fois qu'elles parlent à un homme, et ne se croient pas en sûreté ; et, a6n de se garder de ce qui est effectivement à craindre, elles craignent là-même où il n'y a rien à appréhender.
La bienheureuse Mère de Dieu se rendit agréable au Seigneur par sa pureté, mais elle conçut le Verbe éternel par son humilité.
La continence quia recherché l'estime et la gloire des hommes est de nul mérite devant Dieu.
Qu'y a-t-il de plus beau que la chasteté? Elle rend pur celui qui est né souillé, d'un ennemi de Dieu elle fait un fidèle serviteur, et de l'homme un ange.
La pureté du corps n'est rien, si l'humilité de l'âme ne l'accompagne et n'en fait le prix.
Nous avons dans la virginité une image et une représentation de la sainteté des anges.
Vivre dans un corps de chair et ne vivre pas selon les inclinations de la chair, c'est ce qui tient de la nature de l'ange, ce qui passe les forces de la nôtre.
Une vierge, encore sur la terre, a sa véritable demeure dans le ciel.
La virginité a toujours quelque alliance avec les anges; car vivre dans une chair fragile et se mettre au-dessus de ses faiblesses, c'est chose plus céleste qu'humaine.
11 est plus grand d'acquérir par son mérite la gloire des anges que de la posséder : car être ange, c'est un effet du bonheur; mais être vierge, c'est l'effet d'une émineute vertu.
Le don de pureté a été plus amplement communiqué aux femmes, parce que c'est par une femme qu'il a commencé.
La chasteté est la véritable, l'éternelle beauté de l'aine.
Chasteté, que tu es une vertu admirable ! tu ne demandes point d'autre éloge que le soin de te conserver sans tache et sans souillure.
Tu in virginibus [dix, in viduis forlis, in conjugiis fidelisjn sacerdotibus pura: in martyribus gloriosa, inangelis clara, in omnibus vero regina. Ibid.
Ut nihil aliud esset , ut nulla merces alia virginem sequeretur, sufficeret ei hœc sola prœlatio, cogitare quœ Domini s'unt. Hieronym. apud Jovin.
Sola est virginitas quœ suaderi potest : res magïs voti quàm prœcepti.
Ambros. Adhort. ad virgines.
Tenera res in fœminis fama pudicitiœ est. Hieronym. Epist. 9.
Pudicitiam solam novit conscientia, et humani oculi hujus rei certi judices esse non possunt. Id. Epist. 128.
Invicem se eadem oculorum gênera desiderant : ejusdem, libidinis est videri et vider e. Tertull. De veland. Virg. 2.
Pudicitia flos vnorum, honor corporum, décor sexuum , integritas sanguinis, fides generis , fundamentum sanctitalis , prœjudicium omnis bonœ mentis.
ïd. De pudicit.
0 chasteté , tu es heureuse dans les vierges, forte et généreuse dans les veuves, fidèle dans les mariages, pure dans le prêtre, glorieuse dans les martyrs, illustre dans les anges, Reine partout où tu te trouves.
Quand il n'y aurait d'autre avantage, et qu'une vierge n'aurait d'autre récompense à attendre, elle devrait se contenter de cette prérogative, d'être dans un état plus propre pour ne penser qu'à Dieu et s'appliquer à le servir.
La virginité est la seule vertu qu'on peut conseiller, non commander : elle est. plutôt l'objet du désir que d'un précepte.
La réputation d'une vertu chaste et à l'épreuve dans les femmes, est chose délicate.
11 n'y a que la conscience qui puisse porter un jugement sûr de notre chasteté; les yeux d'autrui n'en font pas des juges certains.
Les yeux qui sont animés des mêmes feux ont entre eux une inclination réciproque, et c'est l'effet d'une passion déréglée de chercher à voir et à être vu.
La pudeur est la fleur des bonnes œuvres, l'honneur de nos corps, l'ornement des deux sexes, le gage de l'intégrité du sang et des familles, le fondement de la sainteté, et l'indice d'une âme droite.
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[Définition et notion]. — La chasteté, prise en son propre sens, est « une vertu chrétienne et morale par laquelle on s'abstient des plaisirs illicites de la chair, et on use modérément de ceux qui sont légitimes. » Comme vertu, elle est par conséquent une habitude volontaire, laquelle est dans l'âme comme dans son sujet, mais qui a le corps pour matière : le propre de l'âme est de se servir des membres du corps conformément à la raison et selon la modération qu'elle prescrit. La chasteté, prise en ce sens, se divise en trois espèces, à l'égard desquelles elle tient lieu de genre. — La première et la plus excellente est la pureté virginale, qui renonce à tout plaisir charnel, soit illicite, soif permis; qu'elle soit consacrée à Dieu par
les vœux de religion ou qu'on l'observe seulement par suite d'une résolution ferme et constante. — La seconde espèce est celle des personnes qui, ayant vécu dans le mariage, passent, après la mort de l'une des deux parties, le reste de leur vie dans le célibat et dans un saint veuvage. — La troisième est la cbasteté conjugale, qui consiste dans la fidélité mutuelle que se gardent les personnes mariées, qui n'usent du mariage que selon les lois de Dieu et les règles de la tempérance.
[Différents noms]. — Cette vertu a plusieurs noms, que Ton confond assez ordinairement en parlant de cette matière, quoiqu'ils soient différents dans leur signification. Le mot de pudicité signifie proprement l'honnêteté par laquelle on retient tous ses sens, pour ne rien commettre ni rien faire paraître d'indécent, qui choque la pureté. La continence a une signification plus étendue, puisqu'elle comprend l'abstinence de tout plaisir sensuel et déréglé, quoiqu'on l'approprie plus particulièrement à l'abstinence des plaisirs déshonnêtes. Le nom de pureté est encore plus générique, et se dit de tout ce qui est net : et en matière de morale il signifie l'innocence de de vie et de mœurs, et s'applique à la chasteté par appropriation. C'est le nom dont on se sert même plus ordinairement, comme de celui qui exclut tous les vices contraires à la vertu dont nous parlons.
[Excellence, dignité de cette vertu], — On peut assez juger de l'excellence de cette vertu par les éloges que les SS. Pères lui donnent, et que nous avons rapportés, et particulièrement par celui de S. Basile, qui en parle plus en théologien. Il dit que c'est par cette vertu que nous approchons le plus près de Dieu : non qu'elle soit la plus excellente de toutes les vertus, quand elle est prise même dans le degré le plus parfait, qui est la virginité, puisque les vertus théologales, et, entre les vertus morales, la religion, la surpassent à l'égard de leur objet : mais on peut dire que c'est une des plus agréables à Dieu, celle qui nous dispose davantage à l'aimer, qui marque plus d'attachement à son service, et enfin qui nous unit à lui d'une façon toute particulière.
[La Virginité préférable au mariage]. — Il n'y a pas à douter que la virginité et l'état de continence ne soient préférables au mariage, après que S. Paul l'a si positivement décidé; et S. Thomas en rapporte les raisons à l'article 4° de la question 152e. Sur quoi il faut bien faire la distinction entre l'état et la personne : car tel est dans un état très-parfait, lequel est fort éloigné de la perfection de son état ; et tel est dans un état moins parfait, qui, par sa fidélité à remplir tous ses devoirs, surpasse de beaucoup celui qui est dans un état plus élevé. Mais, quoiqu'il se trouve des personnes mariées plus saintes et plus parfaites que des vierges, cola n 'empêche pas que l'état de virginité et de continence ne soit plus agréable à Dieu, plus méritoire, et plus capable de nous élever à une plus haute perfection. Il ne faut donc
pas égaler en mérite une vierge et une personne qui a contracté les liens opposés, si tout le reste est égal de part et d'autre. Aussi y a-t-il une couronne et une gloire particulière destinée aux vierges, à qui le texte sacré donne la prérogative de suivre partout l'Agneau, comme ayant une plus parfaite ressemblance avec lui.
[Précepte de la chasteté]. — On sait assez ce que l'Écriture et la théologie enseignent touchant le précepte de la chasteté : savoir : — 1° Que la virginité, qui est la plus haute perfection de cette vertu, n'est pas de précepte, mais seulement de conseil : De virginibus prœceptumDomini nonhabeo, consilium autem do : conseil infiniment plus avantageux qu'aucune alliance mortelle à ceux à qui Dieu a inspiré le désir et la force de le garder ; — 2°. Que la chasteté propre de l'état où la Providence nous a mis est d'un précepte indispensable; — 3°. Que toutplaisir volontaire et recherché avec réflexion, en cette matière, est péché mortel, et que, selon le sentiment commun des docteurs, la légèreté de la matière ne nous en excuse point, mais seulement le défaut d'advertance ou d'un plein consentement.
La chasteté qui est vouée à Dieu en devient plus excellente et plus méritoire, pour les raisons communes à toutes les actions et à toutes les vertus auxquelles on s'engage par un vœu exprès ; outre qu'on s'affermit par là davantage dans le bien, et qu'on s'ôte jusqu'au pouvoir moral d'agir autrement.
[Moyens de conserver la chasteté]. — Les moyens de conserver une vertu si précieuse et si délicate, outre la prière, sans laquelle on ne peut garder la continence, don particulier de Dieu, sont la mortification, la vigilance exacte sur tous ses sens, la fuite de toutes les occasions où cette vertu court quelque risque, la prompte résistance aux pensées impures, et se tenir là-dessus toujours sur ses gardes ; à quoi on ajoute la fuite de l'oisiveté, qui est l'école de tous les vices.
[Avantages de la continence]. — Il est hors de doute que l'état des vierges et des personnes qui vivent dans la continence a des avantages considérables sur l'état du mariage. Le premier est celui que l'Apôtre S. Paul marque dans la lre aux Corinthiens, qui est que les personnes mariées sont obligées à plusieurs soins qui les divisent et les partagent, et que la vierge n'a rien qui l'empêche de servir Dieu tout à loisir si elle veut, et de se donner entièrement à lui. Le second, que, comme la perfection de l'homme consiste à vivre d'une vie spirituelle, semblable à celle des bienheureux après la résurrection, il n'y a point de doute que les choses qui approchent de plus près de cet état et qui y ont plus de rapport sont des moyens plus convenables et plus avantageux pour y parvenir : et la continence etla virginité sont de cette nature. Le troisième, que celui qui garde la continence pratique une grande mortification en se privant des plaisirs pour lesquels
la nature corrompue a une si forte inclination : d'où plusieurs concluent que les efforts que l'on fait sur soi-même pour conserver cette vertu sont une des marques les plus assurées de notre prédestination.
§Vl.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Excellence de la pureté]. — Quel est l'homme, dit S. Ambroise, capable d'expliquer ou de comprendre le prix et le mérite d'une vertu qui est audessus des lois communes de la nature? Elle est, sur la terre, une image parfaite et une vive expression de la pureté virginale qui est dans le ciel. C'est elle qui a traversé les nuées, les airs et les astres, et qui, s'élevant au-dessus des anges, a trouvé le Verbe divin dans le sein de son Père pour l'attirer sur la terre et s'unir à lui d'une manière ineffable. Or, après avoir été si heureux que de trouver un si grand bien, quel moyen de le laisser perdre? Du reste, ce n'est pas moi, mais le Fils de Dieu même, qui assure, que les personnes chastes seront comme des anges du ciel : et que nul ne s'étonne si l'on met à ce rang les âmes qui ont pour époux le Roi et le Seigneur des anges. (S. Ambroise, livre n des Vierges) .
[Elle rend l'homme semblable à Dieu]. — Il faut avouer, dit S. Basile, que la pureté est quelque chose de grand et de rare, puisque, pour dire tout en un mot, elle fait que l'homme approche de l'incorruptibilité divine. Or, il est certain que, si cette vertu réside dans le corps comme en son sujet, elle procède de l'âme comme de son origine et de sa source : parce que, si l'âme demeure pure, le corps participe à sa pureté ; et, lorsqu'elle reconnaît que Dieu est si pur et si éloigné de toute sorte de corruption, clic veut lui être semblable, afin de lui être fidèle; et, conservant la pureté, elle la transmet jusqu'au corps, afin de lui rendre plus de service. Ainsi, lorsqu'elle s'efforce de se maintenir pure et nette de toute souillure, elle est susceptible, comme la glace d'un miroir, de l'image do son Créateur, qui lui imprime tous les traits de sa beauté.
Que peut-on dire de plus grand et de plus avantageux, pour la gloire de cette vertu, que de lui attribuer, comme font tous les SS. Pères, le pouvoir de nous tirer de la boue, qui est l'origine de notre nature, pour nous élever à la condition des anges et à la ressemblance avec Dieu même? Bonheur si conforme à l'inclination de notre nature, que le démon no trouva rien de plus propre pour séduiro nos premiers pères que de leur
promettre qu'ils seraient comme des dieux. Mais1 ce que leur promit faussement celui qui n'était pas en pouvoir de tenir sa promesse, c'est ce dont nous entrons en possession par le moyen de cette vertu. Et, pour mettre le comble à sa gloire et à son excellence, c'est que, affermie par un vœu public et solennel dans la personne d'un religieux, elle participe encore à l'immutabilité de Dieu et à celle des saints, qui ne peuvent déchoir de leur état ni être privés de leur bonheur. (Anonyme).
[Personnes consacrées à Dieu]. — Il ne faut point douter que Dieu ne demande des personnes qui s'engagent à lui par les vœux sacrés de religion une pureté qui convienne à une affinité si relevée. On se contentera, si l'on veut, de la chasteté du corps dans les mariages qui se contractent avec les enfants des hommes ; mais Jésus-Christ veut, dans les âmes qu'il reçoit au nombre de ses épouses, une pureté digne de la sienne; et c'est à elles que s'adressent plus particulièrement qu'aux autres ces paroles du Saint-Esprit : Sancti estote, quoniam ego sanctus sum : Rendez votre sainteté telle que ma sainteté en soit la règle et la mesure. En effet, vous voyez que l'Époux, dans ses cantiques, veut que la beauté de l'épouse soit parfaite et accomplie : son cœur est tellement sensible à tout ce qui vient d'elle, que l'indifférence d'un de ses regards, le dérangement d'un de ses cheveux, lui fait une blessure profonde : Vulnerâsli cor meum in uno oculorum tuorum et in uno crine colli tui. Aussi ne veut-il pas qu'il y ait en elle le moindre défaut ni la moindre tache : Tolapulchra es, et macula non est in te. Il n'y a guère d'apparence que Jésus-Christ ne voulût de ceux auxquels elle s'unit, par un engagement aussi étroit et aussi intime que celui de la religion, que la seule chasteté des sens, ou celle de l'âme par rapport aux dérèglements extérieurs, et non pas une chasteté parfaite, c'està-dire une intégrité qui bannit toutes les convoitises et tout ce qui est capable de lui déplaire en cette matière.
La chasteté à laquelle un religieux est obligé ne dit rien de moins qu'une vie irrépréhensible ; elle s'étend sur toute la conduite, et elle ne souffre rien de tout ce qui peut altérer la pureté. Comme il se donne entièrement à Jésus-Christ, et qu'il n'y a plus ni action ni parole, ni pensée ni instant de sa vie qui ne lui appartienne, il faut qu'il remplisse tout seul la capacité de son cœur. Mais, afin que vous ne croyiez pas que je vous débite mes sentiments, voici ceux de S. Basile. Ce grand saint nous apprend que la grâce de la virginité ne consiste pas seulement à s'abstenir du commerce du mariage, mais qu'il faut aussi être vierge dans toute la conduite de sa vie et dans tout le règlement des mœurs; les personnes qui sont appelées à cet état doivent marquer une parfaite continence, et être exemptes de toute corruption et de toute impureté. En effet, on tombe quelquefois dans la fornication par les discours, on commet des adultères par les regards, on se souille par l'ouïe; on laisse entrer la corruption dans son cœur et on passe les bornes de la tempérance en buvant et mangeant par excès.
Je ne vous parle point de la continence et de la chasteté des sens, parce que vous êtes informés de ses obligations, et qu'il n'y a pas sur cela diversité de sentiments. Souvenez-vous seulement que c'est la base de tout l'édifice, qui périt avec elle, quoiqu'elle ne suffise pas toute seule pour sa conservation. Croyez toujours que vous portez un trésor dans un vase de terre: évitez, comme un naufrage, tout ce qui peut lui donner la moindre atteinte, et regardez tout excès, dans une matière si importante, comme le plus grand et le plus irrémédiable de tous les maux. Car, quoiqu'il n'y ait point de chute dont la main de Dieu ne puisse nous relever, et que, tant que l'on est en état de pleurer ses désordres, on soit encore en état d'en obtenir le pardon, cependant ces sortes de guérisons sont si rares, que l'on peut dire que celui qui a manqué de fidélité dans un engagement si saint, ne saurait trouver assez de larmes pour plaindre son malheur, non plus que pour effacer son péché. (L'Abbé de la Trappe, Devoirs de la vie monastique) .
[Délicatesse des âmes chastes]. — Ce n'est pas assez pour une personne chaste d'éviter le crime et les derniers dérèglements : elle ne se pardonnerait pas une parole ni un regard tant soit peu libre; les pensées les moins volontaires lui font horreur, Elle ne se contente pas d'être irréprochable dans les choses essentielles ; tout lui paraît essentiel en cette matière. Elle n'a ni yeux ni oreilles pour ce qui pourrait souiller le moins du monde son imagination; ces nouvelles galantes, ces histoires scandaleuses, qui font aujourd'hui le sujet le plus ordinaire des entretiens, seraient capables de la bannir des compagnies. Qui pourra dire jusqu'où vont sa délicatesse et sa vigilance? Elle fuit les compagnies des personnes vicieuses, elle se défie des plus réservées, elle craint, dans les hommes les plus vertueux, la différence du sexe; dans les femmes, la corruption des mœurs et des sentiments. (Le P. de laColombière).
[La pensée de la présence de Dieu]. — La pensée que Dieu est présent, qu'il nous voit partout, ne sert pas peu pour être retenu, et pour ne blesser en quoi que ce soit une vertu si délicate, et enfin pour ne faire jamais rien où il y ait de l'indécence ou du péché, rien qui ressente la licence des ténèbres, puisque l'homme porte, pour ainsi dire, une lumière qui le met partout en vue, qui ne lui permet ni de se cacher ni de se travestir, qui découvre tout ce qu'il fait à un témoin qui l'épie toujours, à un accusateur qui crie continuellement après lui, à un juge à qui il ne peut rien faire accroire. Un chrétien bien persuadé de ces vérités, en quelque lieu qu'il soit et quoi qu'il fasse, peut-il jamais manquer de retenue et de bienséance? peut-il former aucun désir contraire à une vertu qu'il a tellement à cœur, qu'il ne pardonne chose du monde qui la choque tant soit peu? Si la seule pensée de la présence d'un homme sage met un frein aux plus emportés, les yeux de Dn.tr. pour qui il n'y a point de nuit ni de
ténèbres qui ne soient lumineuses, n'auront-ils point de pouvoir sur nous? sa présence ne pourra-t-elle pas nous retenir dans la modestie ? (Le P. le Moine, Traité de la Modestie).
[Mauvaise éducation des filles]. — Élevées dès leur ba3 âge à examiner des modes et des ajustements, à se faire une étude des vanités du siècle, à courir après les spectacles, à recueillir dans les romans les passions d'autrui et à se les rendre propres, à abuser de leur esprit et de leur beauté pour séduire des âmes, à n'avoir d'autre désir que celui de plaire, de voir et d'être vues, à s'estimer heureuses d'avoir su, par leurs attraits, captiver un cœur et faire une conquête, les filles de ce caractère peuventelles avoir un cœur chaste? Ne donnent-elles pas au contraire tout sujet de croire que leur âme est corrompue? De-là viennent ces airs immodestes, et qui semblent n'être inventés que pour annoncer qu'une chasteté est chancelante ; de-là ces discours trop libres, et qui approchent du libertinage; de-là, en un mot, cette conduite qui n'est pas hors de tout soupçon. (Anonyme).
[Les mauvais livres]. — Au lieu des livres saints, qui entretiennent la piété, la plupart des chrétiens out recours à une foule d'auteurs et de livres propres à satisfaire leurs désirs. Non contents de la lecture criminelle des romans où les jeunes gens apprennent à former des intrigues avec adresse, ils cherchent de ces livres qu'on appelle de galanterie, qui inspirent la passion de l'amour impur, d'une manière d'autant plus engageante qu'elle est plus agréable; de ces comédies séduisantes qui représentent les passions et qui enseignent à se corrompre avec subtilité. (Massillon).
[Des regards]. — On ne peut douter que Jésus-Christ n'ait condamné les regards trop libres et la vue des objets qui irritent notre cupidité. Voici les paroles de ce Dieu de pureté : — « Quiconque regardera une femme avec un manvais désir, a déjà commis l'adultère dans son cœur. » Sur quoi il faut distinguer deux sortes de regards : les regards d'honnêteté,de bienséance, denécessité, et qui sont accompagnés d'une sévère modestie : et il est évident que le Sauveur n'a jamais prétendu condamner ces sortes de regards innocents. Mais il y en a d'autres qui sont des regards recherchés, curieux, affectés, qui se font pourcoutenter les yeux : et ceux-là sont toujours criminels, parce que celui qui les jette s'exposeau danger d'allumer au milieu de lui-même une flamme impure. S. Grégoire de Nazianze, en parlant de ces sortes de regards, dit que celui qui est chaste est si exact, qu'il croirait pécher s'il se donnait la liberté de regarder les objets dont la vue peut blesser la pureté.
Tertullien rapporte qu'il s'est trouvé des philosophes qui se sont crevé les yeux parce qu'ils désespéraient de pouvoir vivre chastement tant qu'ils auraient la liberté de voiries objets qui enflammaient leur cupidité. Ce remède violent, auquel ils étaient obligés d'avoir recours, marque
combien leur incontinence était grande. Le chrétien en use autrement : il conserve ses yeux, mais il ne regarde jamais les objets qui pourraient exciter en lui de mauvais désirs. Les vérités qui sont gravées dans son cœur l'engagent à ne faire pas plus d'attention à tous ces objets que s'il était véritablement aveugle : Animo adversùs Ubidinem cœcus est. Si donc vous voulez conserver vos âmes pures, rendez-vous maîtres de vos yeux, qui sont, selon la remarque de S. Grégoire de Naziauze, de tous les sens le plus vif, le plus empressé, et celui qui est le plus difficile à retenir. Songez que le regard indiscret est le père de la pensée dangereuse; la pensée dangereuse produit le désir criminel; et, selon le Fils de Dieu, celui qui regarde avec un mauvais désir a déjà commis le crime.
Dès que vous vous donnez la liberté de jeter des regards, soyez persuadé que votre cœur est corrompu, comme S. Augustin l'enseigne expressément quand il nous assure que celui-là ne peut pas dire que son cœur est chaste dont les yeux ne le sont pas. Combien a coûté à David un regard indiscret, et de quels crimes funestes ce regard n'a-t-il pas été la source? Faites-donc avec vos yeux ce pacte salutaire que lit le saint homme Job: Pepigi fœdus eu/m oculis meis, ut ne cogilarem quidem de virgine : J'ai fait avec mes yeux un heureux pacte : et quel est-il? c'est de convenir avec eux qu'ils ne s'ouvriront jamais pour regarder fixement les objets qui irritent les passions. (Lambert, La vie ecclésiastique, 14e discours).
[Éducation des filles]. — S. Chrysostôme veut que les mères éloignent bien loin de leurs filles tout ce qui pourrait leur faire perdre la pureté, et qu'elles pratiquent en leur faveur ce qu'elles font pour les préserver du feu. Usez, mères chrétiennes, de la même précaution envers vos filles; prenez garde qu'elles ne fréquentent pas d'autres filles immodestes dans leurs habits, légères dans leurs actions et trop libres dans leurs paroles ; n'ayez point chez vous de servantes effrontées, des suivantes licencieuses, de peur qu'une petite étincelle, tombant dans l'âme de votre fille, n'y cause un grand embrasement; éloignez-la de la compagnie de ces filles et de ces femmes qui ont l'esprit et l'air du monde, qui se raillent de celles qui sont dévotes, qui montrent au doigt et qui trouvent ridicules celles qui font profession de piété : de peur que cette jeune fille, entendant blâmer la dévotion, n'en perde tout-à-fait le goût et ne devienne toute mondaine: et vous pouvez penser ce qui arriverait de-là. — On doit encore avoir soin, pour conserver leur pureté et leur innocence, qu'elles n'ajoutent rien à leur beauté naturelle, et qu'elles n'empruntent rien pour la relever, ni pour retenir une beauté fugitive; comme les filles mondaines, qui, n'ayant pas assez d'attraits pour se faire aimer, ont recours aux mouches, aux vermillons, aux rubans, aux points et aux frisures, comme à une magie naturelle, et à des couleurs étrangères, dont la laideur veut s'embellir, et qui, par cet artifice criminel, ne déguisent pas seulement
l'image que Dieu a tracée, mais la défigurent, la gâtent, selon l'expression de Tertullien. Il n'est pas juste qu'une fille chrétienne contribue, par des charmes empruntés, à perdre des âmes, et travaille en même temps à perdre elle-même ce que les filles doivent avoir de plus cher et de plus précieux. — On voit par expérience que ces filles riantes et coquettes, qui prennent le grand air, qui sortent souvent, qui aiment le grand jour, qui cherchent les compagnies, les régals, les tête-à-tête, les cadeaux, et qui souffrent qu'on leur en conte, sont ordinairement plus poursuivies qu'elles ne sont recherchées; qu'on les flatte plus qu'on ne les estime, et qu'on ne les regarde pas dans le monde sur le pied d'honnêtes filles. On les loue en public, et on les blâme en secret ; on s'en moque, on s'en divertit; et comme elles ne sont pas longtemps sans tomber dans quelque faute, elles deviennent la fable du public et le jouet de tout le monde.
Les jeunes personnes doivent prendre garde, lorsqu'elles se rencontrent avec des personnes de l'autre sexe, d'être extrêmement sur la réserve; de prendre un certain air de fierté, ou du moins un peu sérieux, qui leur sied bien, parce qu'il les met en garde contre les attaques de l'ennemi : qu'elles ne prennent point, surtout, des manières trop engageantes, trop flatteuses et trop complaisantes. Une fille chrétienne ne doit jamais souffrir, par trop de complaisance, ces fleurettes, ces sentiments de tendresse, ces protestations d'amitié, et tous ces autres témoignages de passion qui gagnent et qui enlèvent les cœurs, et qui sont, selon la pensée de S. Jérôme, les marques d'une chasteté mourante et qui est aux abois : il faut qu'elle témoigne par son sérieux que cela lui déplaît, et qu'elle ne souffre point du tout auprès d'elle des personnes qui ne lui en content que pour la faire adroitement donner dans leurs pièges. C'est la sage conduite qu'elle doit tenir, si elle veut que son honneur soit à couvert et de danger et de soupçon.
Les habits, dit S. Gyprien, ont leur chasteté aussi bien que les corps, et ce n'est pas assez d'avoir la pureté de la chair, si l'on n'a en même temps celle des vêtements : la vertu chrétienne exige les deux pour rendre une personne vraiment chaste. Une honnête femme ne doit pas se contenter d'avoir le cœur pur, il faut encore que cette pureté rejaillisse jusque sur ses habits, et que sa modestie fasse juger de son innocence. La vertu qui rend notre corps digne de quelque honneur, c'est la pudicité: la mondanité le dépouille de cet avantage, et les vains ornemens rendent infâme le corps d'une vierge chrétienne. La chasteté, dit Tertullien, ne cherche point les parures pour avoir une beauté parfaite; elle-même est sa beauté, qui n'est jamais plus agréable à Dieu que quand elle déplaît aux vicieux.
S. Basile, l'un des plus illustres Pères de l'Église grecque, compare les caresses, les baisers, les attouchements de mains, les cajoleries, et autres indécences qui se commettent dans les assemblées mondaines, aux attouchements du feu. Si vous prenez à main nue un fer bien chaud, vous voyez sur-le-champ naître des ampoules, qui s'élèvent et qui dans peu de
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temps deviennent des blessures très-cuisantes et très-dangereuses : de même, dit ce saint, ces sortes de libertés et d'attouchements trop libres entre les deux sexes vont subitement frapper le cœur, et y causent des inflammations qui brûlent la fleur de la pureté, sans qu'on en puisse éteindre le feu. Vous ne manquerez pas de répondre qu'on prend bien garde à ces excès, et qu'on ne souffre pas ordinairement de semblables familiarités: et moi je dis, après les SS. Pères, qu'il y en a fort peu qui y regardent de si près: car toutes ces libertés criminelles passent dans le monde pour des enjouements permis.
Les vierges sont comme les anges de la terre, qui ne pensent qu'à plaire à Dieu: c'est la plus noble portion du troupeau de Jésus-Christ, la virginité étant, selon le sentiment des SS. Pères, la fleur des vertus, l'ornement des corps, la beauté des âmes, l'honneur des sexes. C'est elle qui remplit le ciel, si le mariage peuple la terre : car la virginité produit les saints, et le mariage produit les pécheurs. La virginité enfante l'Homme- Dieu en la personne de Marie: ce qui fait dire à S. Augustin que, si un Lieu devait naître, il ne devait naître que d'une Mère- Vierge, et, si une vierge devait enfanter, elle ne devait enfanter qu'un Dieu. (Fénélon, de l'Education des filles).
[La virginité en Marie]. On ne peut nier qne la fécondité et la virginité ne soient deux qualités excellentes, puisqu'elles se trouvent dans la Sainte Trinité, qui est, comme l'appelle S. Grégoire de Nazianze, et la source originaire de toutes les choses et la première de toutes les vierges. C'est de cette mer infinie d'essence et de pureté que ces deux ruisseaux ont coulé jusqu'à nous; c'est du globe de ce soleil intellectuel que sont partis ces deux rayons, pour la perfection et l'ornement de notre nature. Mais ces deux ruisseaux, en partant de leur source, se sont malheureusement séparés; ces deux rayons, en sortant de leur sphère, se sont désunis, et par leur désunion ont perdu beaucoup de leur excellence. Car, si la fécondité peuple le monde, si elle entretient l'espèce, si elle substitue les enfants à la place des pères et des mères, si elle empêche les hommes de mourir entièrement en leur donnant des successeurs de leur vie et des héritiers de leurs biens, si elle fournit des sujets à Dieu, des serviteurs à Jésus-Christ, des enfants à l'Église, des citoyens au ciel, elle est d'ailleurs sujette à des défauts considérables. L'impureté et la corruption l'accompagnent partout; le péché originel y a ajouté la concupiscence et la douleur ; et quoiqu'elle puisse être innocente et sans reproche, elle ne saurait pourtant être sans quelque confusion : car comme dit S. Ambroise, Licet bona sinl conjugia, lamen habenl quôd inler se ipsi conjuyes erubescanl. La Virginité est encore plus admirable que la fécondité; on a raison de l'appeler l'honneur des corps, l'ornement des mœurs, la sainteté des sexes, la fontaine de la pureté, la victoire des passions, la paix de l'esprit, l'entre-^ Le] cl delà terre, la familiarité avec les anges: car c'est cette
divine vertu qui donne par avance l'incorruptibilité aux corps, les rendant tout spirituels et tout célestes, et qui rétablit l'âme dans son empire, par le dégagement des plaisirs sensuels et du commeree de la chair. Mais cette virginité est stérile; elle ne produit rien dans le monde; et ce défaut diminue beaucoup son mérite. C'est une fleur qui pare le jardin où elle est: l'odeur en est douce et agréable, on la regarde avec admiration; mais elle ne se change jamais en fruit; c'est pourquoi elle a été inconnue dans la loi de la nature, méprisée dans celle de Moïse, condamnée par les philosophes, punie par les politiques, embrassée de peu de personnes, jugée impossible de la plupart du monde, sujette à la malédiction et aux reproches parmi les Juifs, dévouée à l'impiété et au sacrilège parmi les païens, et enfin regardée comme la ruine et la destruction du public. L'incomparable Mère de Dieu a seule réconcilié heureusement ces deux belles vertus, et, en les réunissant en sa personne, elle leur a ôté leurs taches, et leur a rendu leur premier éclat. Mais, ô Dieu ! que cette union est miraculeuse ! et qu'il a fallu de prodiges non-seulement pour la faire, mais encore pour persuader qu'elle ait été, et même qu'il ait été possible qu'elle se fit î (Anonyme) .
[Les grands biens delà virginité]. — La virginité sanctifie le corps et l'esprit; elle fait une donation entière de la personne à Dieu, par un dégagement total de tout ce qui pourrait en distraire une partie. Cette vertu rend l'esprit plus capable de s'appliquer à Dieu, de méditer ses perfections, de s'entretenir avec lui, de songer aux moyens de lui plaire, parce qu'elle exempte des soins de contenter un mari et de conduire une famille. Cette vertu met un cœur en état d'aimer Dieu avec plus d'ardeur, plus de constance et plus de complaisance, parce qu'elle ne souffre point que le cœur se partage pour un époux et des enfants : cette vertu aide à servir Dieu avec d'autant plus de fidélité, d'exactitude, de facilité, qu'elle dispose un homme à le connaître et à l'aimer d'une manière plus parfaite, qu'elle lui laisse plus de liberté, plus de moyens de s'appliquer à son service. L'Apôtre nous représente tous ces avantages dans sa lre Epître aux Corinthiens, chap. 7e, où il ajoute que cette vertu est un don particulier de Dieu et un effet singulier de la grâce; qu'il ne s'attribue point la liberté d'ordonner aux fidèles une vertu que Dieu ne commande point, mais qu'il la conseille comme fidèle ministre du Seigneur, et comme crovant avoir en lui-même l'esprit de Dieu; qu'il reconnaît la sainteté du mariage et l'honneur qui est dû à une société sanctifiée par le sang de Jésus-Christ, et qui est l'image de son alliance avec l'Eglise; mais qu'il a plus d'estime pour une vertu ayant plus de rapport avec la pureté infinie de Dieu, et que Jésus-Christ a préférée au mariage, et par son choix et par ses éloges.
Ce n'est pas sans plusieurs grands combats que cette vertu persiste dans une résolution et dans une fidélité si digne de l'estime et des éloges de Jésus-Christ, et de l'Apôtre. Une personne, pour conserver son innocence
est obligée de surmonter souvent le démon, le monde, son propre esprit, son cœur et son corps; de se refuser ce qu'il désire avec la plus importune des passions, et d'oublier ses plaisirs, dans l'appréhension de n'être pas assez agréable à Dieu. C'est en vérité avec bien de la justice que Dieu a des complaisances particulières pour une vertu qui a des soins si particuliers de lui plaire ; qu'il prépare de plus grandes récompenses à une vertu qui lui rend des services plus signalés et plus agréables ; qu'il destine des triomphes plus glorieux à une vertu qui combat plus souvent pour lui, à une vertu qui arme l'homme contre lui-même, qui l'oblige de combattre contre lui-même, de se vaincre lui-même, pour satisfaire le Dieu de pureté.
Toutes les peintures qui nous représentent les flammes du mont Vésuvo et des autres montagnes qui nourrissent des feux perpétuels dans leur sein, les tableaux et les images qui nous mettent devant les yeux les incendies des villes les plus fameuses ; enfin, les copies les plus affreuses des flammes de l'enfer ou de celles qui consumeront tout ce qui est sur la terre à la fin des siècles, toutes ces représentations qui nous effraient, ne peuvent pas produire une seule étincelle de feu dans les matières les plus disposées à s'embraser : mais la vue d'un tableau qui représente un objet lascif, une posture malhonnête et messéante, peut exciter quelquefois tant de feu dans le cœur, qu'un homme oublie son devoir, son courage et ses résolutions, pour consentir aux pensées que ces images peuvent faire naître.
La pudeur, jointe à d'autres considérations, ne peut souffrir les libertés qui paraissent ouvertement criminelles, dans les personnes qui ont encore la crainte de Dieu et quelques sentiments d'honneur. Mais, quelque bonne résolution qu'une personne ait formée, les assiduités, les discours flatteurs, les lettres passionnées, et toutes les autres marques d'une passion violente, amollissent le cœur, endurcissent le front, affaiblissent les inclinations les plus fortes que la naissance et l'éducation nous avaient inspirées pour la vertu; et enfin, l'on va plus loin qu'on ne pense, et l'on ne se serait jamais cru capable de commettre un crime qui nous fait rougir tout le reste de notre vie. Il se peut faire même qu'une personne qui se permettra ou qui souffrira ces légères libertés ne formera aucun désir criminel; mais il suffit qu'on ait raison de le craindre pour être coupable d'une offense mortelle et pour être obligé de s'en abstenir.
Réprimez les premières et les moindres saillies d'une passion si dangereuse et si traître, et ne vous laissez jamais tromper à des apparences si perfides. Vous croyez que ces caresses et ces petites libertés ne sont tout au plus que des marques d'une passion naissante qu'il sera aise d'étouffer quand on voudra, ou des étincelles qui s'éteindront aussitôt, à la moindre réflexion que l'on fera sur son devoir : mais faites réflexion dès maintenant que ces étincelles viennent du même feu qui produit les grands embrasements, et que ces légères marques de tendresse viennent de la même passion qui fait commettre les grands crimes. Mais je perds
mon temps à vous représenter les dangers auxquels vous vous exposez, quand vous craignez poules suites d'une si violente passion : c'est à vousmêmes, c'est à votre propre expérience, que je laisse le soin de vous en instruire; c'est à ces pensées impures, c'est à ces mouvements déréglés, c'est à votre cœur et à ces violentes agitations qu'il souffre, que je vous renvoie. Croyez-vous en vous-mêmes, dans un sujet où vous ne sauriez être trop en garde contre un si dangereux ennemi? (Le P. Héliodore de Paris, capucin, Discours 3e).
[Des mauvaises pensées]. — Ce n'est pas seulement un ennemi étranger qui vous sollicite au mal : vous seriez obligé de le rebuter avec sévérité, ou du moins de lui résister avec courage : c'est souvent vous-même qui vous sollicitez au crime; c'est votre esprit, ce sont vos pensées qui vous pressent de consentir au crime; ce sont elles qui s'efforcent de vous corrompre et de vous ravir une vertu qui vous rend si agréable à Dieu. Les laisserez-vous agir ? les écouterez-vous sans horreur? les entretiendrez-vous avec plaisir? ne ferez-vous nulle résistance pour les repousser? Si vous y consentez, et même si vous vous arrêtez volontairement, vous n'êtes plus chaste, votre cœur est impur, votre volonté est corrompue. Vous ne voudriez pas, dites-vous, en venir jusqu'aux actions et à commettre ce que ces pensées vous représentent, et dont votre imagination vous fait une peinture si vive : mais n'êtes- vous pas assez criminel d'écouter ces pensées, de ne les pas rebuter, et de donner occasion par votre négligence à de plus grands désordres ?
C'est une vérité certaine, et une règle sans exception, que nous sommes obligés d'éviter tout ce qui peut blesser la pureté, et par conséquent de nous abstenir de regarder les tableaux, les statues, les actions, les nudités; de lire les livres et les lettres qui peuvent exciter des pensées ou des désirs contraires à la chasteté ; obligés d'user avec modération des viandes et des liqueurs qui nous portent d'ordinaire à ces pensées et à ces désirs ; d'éviter l'oisiveté, parce que c'est un fond de corruption d'où naissent souvent ces pensées. La raison de ces obligations est que ce n'est pas seulement un crime de commettre le mal, c'en est un de n'être pas éloigné de le commettre : or, ce n'est pas en être éloigné que de chercher l'occasion, ou de demeurer dans l'occasion de le commettre.
Nous ne sommes pas assez chastes lorsque, par notre faute, nous passons pour impudiques dans l'esprit du prochain, et, si nous faisons autant d'état de la pureté que cette vertu le mérite, nous ne la perdrons pas même dans l'esprit des hommes en leur donnant sujet de juger ou de soupçonner que nous n'avons pas toute l'horreur que l'on doit avoir pour le vice contraire. C'est pourquoi, l'obligation que nous avons de pratiquer cette vertu nous en gage à ne rien regarder, à ne rien écouter,à ne rien dire de contraire à la chasteté, à nous habiller, à nous meubler, d'une manière où il ne paraisse rien que de conforme à cette vertu; à renoncer aux modes,
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à brûler les livres, à faire réformer les sculptures et les peintures qui donnent lieu de croire que nous n'estimons pas assez cette vertu, à fuir toutes les conversations de toutes les personnes qui passent pour trop libres : c'est jusqu'où s'étend l'obligation de nous défaire de toutes les apparences qui peuvent persuader aux hommes que nous n'aimons pas assez la chasteté, puisque nous sommes si peu soigneux d'en conserver les dehors.
La chasteté bannit d'une personne toutes les apparences de l'impureté; elle a un soin particulier de prévenir et d'éloigner toutes les approches du crime; elle inspire, autant qu'elle peut, des sentiments conformes à elle-même; son honnêteté, sa modestie s'insinue dans les cœurs de ceux qui la regardent, et il faut qu'ils soient bien emportés, si ces vertus ne répriment l'insolence de leur passion. La chasteté purifie une personne qui la possède de tout ce qui peut souiller ses yeux, sa bouche, ses oreilles, le reste de son corps; elle ne regarde, elle^ne dit, elle n'écoute, elle ne montre rien qui puisse obscurcir sa clarté; on ne peut rien remarquer que de pur dans toute sa personne; elle ne souffre rien autour d'elle, elle ne souffre rien dans ses domestiques, qui ne soit conforme à cette vertu. Elle a aussi un soin tout particulier de se défendre, et elle a d'autant plus d'appréhension d'être vaincue qu'elle est attaquée par le corps, par l'esprit, par le cœur, qui joignent leurs efforts à ceux des ennemis extérieurs, qui ne peuvent la vaincre si son propre cœur ne la trahit en consentant à leurs poursuites. C'est ce qui l'oblige à ne rien faire et à ne rien souffrir qui puisse favoriser et fortifier des ennemis qui, agissant de concert, réunissent tout ce qu'ils ont de force pour l'attaquer avec plus de violence. Elle considère, elle craint sa défaite et sa ruine dans tout ce qui peut la vaincre et la détruire; et un ancien auteur, l'appelle, pour cette raison, le rempart de la sainteté : Munimcn sanctimonim.
Cette vertu a trop de liaison avec la pureté du prochain pour agir contre et pour travailler à la corrompre. La chasteté peut même produire la chasteté ; elle peut la persuader aux personnes les plus déréglées, par ses remontrances et par ses exemples : mais elle ne peut jamais être la cause de l'impureté, du moins avec dessein. Ses regards, ses discours, ses habits et ses actions l'inspirent ; elle est pure dans tout son extérieur, comme en tout elle - même. Car Dieu ne se contente pas qu'un cœur soit pur; il désire qu'il le paraisse, et il veut qu'on ôte aux hommes tous les sujets de former des soupçons contre la chasteté, sur des apparences que cette vertu ne peut souffrir, non-seulement parce qu'elles sont opposées à ses inclinations et à sa sûreté propre, mais encore parce qu'elles combattent la pureté des autres, qu'elle chérit avec tendresse et qu'elle croit être obligée de ménager avec soin.
Pouvcz-vous vous flatter d'être chastes en donnant tant de sujets aux autres de croira que vous ne l'êtes pas? La chasteté éloigne une personne de toutes les apparences qui peuvent faire douter si elle a de l'horreur du
vice contraire : et vous regardez, vous parlez, vous écoutez, vous vous habillez, vous conversez comme des personnes qui ne se mettent guère en peine de ce qu'on croira ou de ce que l'on jugera d'elles, et qui sont peu sensibles au jugement désavantageux que les autres en peuvent faire. La chasteté a un soin particulier d'ôter à ses ennemis tous les moyens de l'attaquer, et vous leur donnez tout ce que vous pouvez de prise, de hardiesse et d'avantage, par des apparences qui les invitent à vous attaquer, et qui leur persuadent que, étant déjà presque vaincu, vous ne leur résisterez pas longtemps.
La chasteté chrétienne tient tout du ciel, dit Tertullien : il lui a donné la naissance, l'éducation, les règles de sa conduite. Cette excellente vertu n'en est pas moins rare ; elle n'est parfaite qu'avec bien des difficultés, et à peine en peut-on trouver une perpétuelle. C'est la réponse que fit Jérôme à cet hérétique qui s'intéressait si fort pour la conservation -du monde, et qui avait si peur que la virginité ne le dépeuplât. La virginité est difficile, répond ce Père, et elle est rare, parce qu'elle est difficile: si chacun était capable de cette vertu, le Fils de Dieu ne dirait pas : « Que celui qui peut la garder l'entreprenne. » Ceux qui s'efforcent de la conserver savent combien il en coûte, avec quelle austérité il faut jeûner pour soustraire à la concupiscence ce qui l'entretient : et encore toutes ces résistances sontelles inutiles sans le secours de la grâce; et, si Dieu ne nous prête son bras, c'est fait de la faiblesse humaine en ce point.
C'est une vérité que tout le monde sait, que la perte de la virginité ne se peut réparer. La grâce peut faire un pénitent, la pénitence peut faire un homme converti, la conversion peut faire un homme chaste et saint ; mais ni la grâce, ni la pénitence, ni la conversion, ni la chasteté, ni la sainteté, ne peuvent rétablir la virginité perdue. Dieu, qui peut pardonner la faute commise contre cette vertu, ne peut pas la rétablir elle-même: il peut élever celui qui est tombé à un plus haut degré de grâce, mais il ne peut pas lui rendre le nom ni la qualité de vierge, parce que cette vertu est une pureté entière du corps et de l'esprit, une netteté qui n'a jamais été souillée par aucune faute, ni par aucun consentement à une faute considérable. Une vertu si précieuse mérite donc d'être conservée avec des soins particuliers. {Le même).
[Ëlogc de Joseph et de Suzanne]. — Je compare la chasteté de Suzanne à celle de Joseph ; je mets en parallèle une femme si honnête avec un homme si pur, l'amie de Dieu avec un enfant d'Israël : ils méritent tous deux une pareille couronne pour leur chasteté. Je mets les vaincus sous les pieds des vainqueurs ; cette impudique Egyptienne , maîtresse d'un esclave libre, sous les pieds de Joseph; et sous ceux de Suzanne, ces deux infâmes vieillards. Suzanne et Joseph seront les deux protecteurs de la chasteté, et serviront de modèles aux femmes et aux hommes ; leurs lumières se répandront par tout l'univers, ils seront comme les prémices de la résur-
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rection ; ils jugeront les juges adultères, ils soutiendront l'honneur des mariages légitimes. (Sermon de S. Astère, traduit par Bellegarde).
[Éloge de la pureté]. — La pureté est une vertu qui nous égale aux anges : leur pureté est plus heureuse, et la nôtre est plus généreuse; ils n'ont point de chair à combattre, et nous en avons une. Nous ne pouvons conserver notre pureté, au milieu de tant d'ennemis, que par de grands combats : qu'il en est peu qui en sortent victorieux ! La virginité nous rapproche de Dieu. « Elle va chercher en Dieu même son modèle , dit S. Ambroise; car le Père éternel est vierge et père. Aussi Dieu, voulant s'incarner, a-t-il voulu naître d'une vierge ; aussi a-t-il une tendresse extraordinaire pour les âmes pures; c'est à elles qu'il se communique plus particulièrement, qu'il révèle ses secrets, qu'il fait part de ses faveurs. Jésus-Christ fait beaucoup de grâces à Pierre, il a de grands égards pour son zèle; mais il n'y a que Jean, lequel est vierge, il n'y a, dis-je, que lui qui repose sur le sein et sur le cœur de Jésus, que lui qui a l'entrée de ce divin sanctuaire, que lui à qui l'on ne cache rien des secrets les plus particuliers et les plus importants. Les confesseurs, les martyrs, les apôtres, ont de grands privilèges ; mais il semble qu'il n'est accordé qu'aux vierges de suivre l'Agneau partout : elles sont les épouses, et ainsi cette illustre qualité leur donne entrée partout.
La virginité est ce trésor précieux pour la conservation duquel tant d'âmes généreuses ont sacrifié leur sang et leur vie. La conservation de ce trésor est difficile, mais la perte en est irréparable : on peut recouvrer la grâce quand on l'a perdue ; mais, pour la virginité, on ne la peut jamais recouvrer. Et cependant rien n'est plus aisé que de la perdre: et nous exposons si facilement ce trésor, et nous cherchons, ce semble, aie perdre, et nous nous faisons même un bonheur d'une perte qui devrait être pour nous le sujet d'une douleur éternelle?
Le démon d'impureté, voulant se rendre maître du cœur d'une personne qui a de la pudeur et de la crainte de Dieu, en use à peu près comme un général d'armée qui, désespérant d'emporter une ville par force, se ménage des intelligences secrètes dans la place : aussi le démon se sert-il de certaines passions qui paraissent assez innocentes, ou du moins qui ne sont pas suspectes d'avoir aucune liaison avec lui; sûr qu'à la faveur de ces passions, avec lesquelles il entretient une intelligence secrète, il entrera bientôt dans un cœur qui ne sera point sur ses gardes, et s'en rendra infailliblement le maître. Ces passions sont la vanité, la curiosité, la présomption. Qu'y a-t-il, ce semble, qui ait moins de liaison^avec le péché d'impureté que ces trois passions? Et ce sont pourtant elles qui établissent le règne du démon dans le monde et qui en bannissent la chaste é.
La passion qui ne paraît pas avoir beaucoup de rapport avec le péché d'impureté, o.\ qui lui donne pourtant entrée dans les cc^urs, c'est la curiosité qui enga^o à la lecture des livres dangereux. Rien n'est plus funeste
à l'innocence et à la pureté de tant de jeunes personnes que ces livres de galanterie qui, sous prétexte de polir le langage, corrompent les mœurs. Si l'on s'y forme l'esprit, on s'y gâte le cœur ; si on y apprend le monde, on y désapprend le christianisme; et par la perte de la dévotion, de la crainte de Dieu et de la pureté du cœur, qui est le fruit de ces sortes de lectures, on se dispose insensiblement à la perte de la chasteté. (Le même) .
Les plus grands incendies commencent souvent par une étincelle qu'on n'a pas d'abord étouffée : les plus grandes chutes viennent souvent d'un regard inconsidéré : comme il arriva à David, qui se perdit pour n'avoir pas aussitôt détourné la vue d'an objet dangereux. Qu'une parole équivoque, dont on n'a pas assez tôt retiré sa pensée, a été quelquefois funeste à une âme innocente ! Les plus grands désordres commencent par de petites libertés qu'on n'a pas aussitôt réprimées. Ajoutez que, pour peu qu'on approche de la flamme un flambeau éteint, mais fumant encore, il se rallume. C'est peut-être la disposition de votre cœur : éloignez-le, autant que vous pourrez, des objets qui le peuvent enflammer.
Les spectacles, les bals, les comédies, les livres de galanterie, les chansons trop tendres, les discours trop libres, les paroles équivoques ou lascives, les manières trop peu modestes des femmes, les airs trop enjoués, les parures trop mondaines, les nudités dangereuses, les conversations et les liaisons trop particulières , sont comme les armes dont le démon attaque et combat la pureté. Se permettre toutes ces choses, ouïes souffrir dans ceux qui dépendent de nous, c'est agir de concert avec le démon d'impureté, pour seconder ses pernicieux desseins. Quelle honte, pour des femmes et des filles qui se disent chrétiennes, d'être les instruments du démon ! Prétendre avec tout cela d'être chaste, c'est prétendre l'impossible; l'espérer, c'est présomption ; le demander à Dieu, c'est ou le tenter ou l'insulter. (Le même).
[Des Compagnies]. — La pudeur a ses écueils, quand on ne se tient pas sur ses gardes et qu'on n'apporte pas toutes les précautions nécessaires : mais il n'est rien de plus dangereux que d'avoir quelque commerce avec des personnes mal réglées ; le poison qu'elles inspirent gâte le meilleur naturel, et on se relâche insensiblement à leur exemple. Ainsi, pour conserver une vertu si délicate et à laquelle l'ennemi de notre bonheur tend deô pièges partout, il faut interdire absolument aux jeunes gens tous ces entretiens de tendresse et d'amour, ces intrigues, ces commerces d'amitié, ces caresses, ces rendez-vous, ces tête-à-tete, ces parties de plaisirs, ces promenades seul à seul, ces visites et ces assiduités si fréquentes, puisqu'on voit tous les jours les suites fâcheuses de ces entretiens trop libres. Pour ce qui est des filles, leurs mères ne doivent pas se contenter de les détourner des opéras, des comédies et des mauvaises compagnies ; mais elles ne doivent pas leur permettre même d'entendre ni de chanter des chansons
.ascives et efféminées, de peur que ce ne soit un malheureux charme qui amollisse leur âme. On ne dit pas qu'elles doivent les enfermer ou les empêcher de voir personne : elles doivent leur permettre des divertissements et des récréations honnêtes avec des compagnes dont la sagesse et la vertu soit reconnue; s'y trouver avec elles pour montrer qu'on juge bon qu'elles se divertissent agréablement, pourvu que Dieu n'y soit point offensé. (Réuni de plusieurs endroits).
[Alliance de la pureté avec l'humilité]. — Les théologiens moraux disent qu'il y a une chaîne invisible qui lie toutes les vertus de telle sorte, qu'on ne saurait en acquérir une parfaitement qu'elle ne soit accompagnée des autres. Mais cette liaison se remarque surtout entre ces deux vertus de l'humilité et de la virginité. L'expérience de ce qui se passe dans le monde nous apprend que les âmes superbes sont ordinairement livrées aux passions d'ignominie. C'est ainsi que Dieu punit ces faux sages qui, avec des bouches enflées d'orgueil, débitaient les maximes de leur fausse prudence : ils devinrent les esclaves de leurs désirs corrompus et de leurs passions honteuses : Proplereà tradidit illos Deus in passiones ignominiœ. Car , comme le démon est un esprit immonde, parce qu'il est un esprit superbe, ses disciples se reconnaissent à ces deux marques.
Il est impossible, dit Tertullîen, que vous soyez chaste en conservant le désir d'attirer sur vous les yeux du prochain : Non de intégra conscienliâ venit studium placendi per decorem, quem naturaliter irritatorem libidinis scimus. Vous vous plaignez que cette modestie est trop sévère, que cette modestie est trop difficile, que la faiblesse de notre chair rend la chasteté trop fâcheuse, et qu'il est presque impossible de la conserver en ce siècle. C'est cependant un précepte indispensable de garder cette chasteté propre à votre état, vous en dût-il coûter la vie. Mais avez-vous résisté jusqu'à verser votre sang, comme une sainte Agnès ? voudriez-vous souffrir le martyre à l'exemple de tant de saintes vierges, qui ont mieux aimé souffrir mille morts et les tourments les plus horribles que de perdre ce précieux trésor ? (Essais de sermons).
[Résister aux mauvaises pensées]. — Je ne suis point surpris que vous soyez combattu et inquiété d'une infinité de mauvaises pensées. Si vous prenez plaisir à les rouler et à les entretenir dans votre esprit, dès-là vous êtes criminel ; mais, si elles entrent malgré vous, si vous les repoussez, si elles vous déplaisent et si vous faites tout votre possible pour vous en défaire, sachez que vous augmentez autant de fois votre mérite, et que vous acquérez autant de couronnes dans le ciel. Le démon se fait un devoir, dii S. Bernard, de voua BUggérer ces pensées infâmes ; mais c'est le votre de les repousser: Dœmonum est malais corjilationes suggerere, noslrum est illico r/x'fl.ere. Je fais tout ce que je peux, me dites-vous, et il ne m'est pas possible d'où venir à bout. Et de quoi nepouvez-vous pas venir àbout?est-CG
de les bannir entièrement en sorte qu'elles ne retournent plus, ou bien de leur résister? J'avoue qu'il n'est pas toujours en votre pouvoir d'empêcher qu'elles ne vous importunent, mais il ne tient qu'à vous de rendre tous les efforts du démon inutiles. Tenez pour certaine la règle de S. Bernard sur ce chapitre : Cogitatio immunda mentem non inquinal cùm puisât, nisi cùm hanc sibi per delectalionem subjugat. La pensée déshonnête, lorsqu'elle frappe le cœur, ne le souille pas, si elle ne l'assujettit, par un lâche consentement, au plaisir qu'elle lui représente. (P. Duneau, Sermon pour le 4e mercr. de Carême).
[De la pudeur]. — La pudeur, la modestie est la compagne et la gardienne de la chasteté; on ne la blesse point tant que la pudeur nous tient en garde. Et ce qu'il y a de plus avantageux et de plus estimable dans la modestie, c'est qu'étant vertueuse, comme elle est, elle donne de la vertu à la beauté ; étant sainte, elle sanctifie les âmes et les met en état de plaire à Dieu. Elle est un remède qui a deux grands effets sur la beauté ; elle la corrige et la préserve ; elle la met en état de n'offenser personne, et de n'être offensée de personne ; elle lui donne un nouveau lustre, sans augmenter le mauvais effet qu'elle a coutume de produire.
Dire que tout l'univers fléchit les genoux devant l'idole de l'impureté, que l'esprit de Dieu ne veut plus demeurer parmi les^homme, parce qu'ils ont tous profané leur chair, ce sont des expressions trop vives, des déclamations outrées, que le zèle met quelquefois à la bouche des plus fervents prédicateurs. Mais se persuader qu'en effet il n'est pas possible de se sauver de ce déluge universel ; que la volupté soumet tout à son empire, que la vertu la plus sévère ne peut s'en défendre, qu'il est un moment fatal qui rend à la lin sensibles jusqu'aux cœurs les plus rebelles : c'est une rhapsodie de maximes impures, cent fois répétées sur la scène, que l'harmonie a peut-être fait passer par l'oreille jusque dans l'esprit : maximes que les libertins adoptent toujours avec plaisir, parce qu'elles favorisent leurs inclinations et qu'elles servent d'excuse à leurs faiblesses ; mais, dans le vrai et à raisonner sur des principes plus certains, c'est-à-dire sur les promesses de Jésus-Christ, sur la force de la grâce et sur l'efficacité du sang d'un Dieu, peut-on dire qu'il se trouve si peu de personnes exemptes de la contagion générale, que leur exemple ne puisse tirer à conséquence pour confondre les coupables ?
La nature a inspiré à tout le monde de la pudeur et une aversion naturelle pour le vice honteux de l'impureté : or, il n'est point de plus forte barrière pour nous empêcher de tomber. C'est cette pudeur, dit S. Bernard, qui fait apercevoir toute la laideur du vice; c'est elle qui nous alarme par la crainte de nous souiller, c'est elle qui répand la rougeur sur le front à l'aspect d'un objet inconvenant, et c'est la défense naturelle de la pureté: Propugnalrix purîlalis innata. C'est la gardienne d'une réputation sans ilétrissure : Famœ cuslos ; c'est la semence et comme le principe de la chas-
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tcté: VirtiUis primitice ; enfin, c'est la marque, le signe presque infaillible d'un honneur conservé sans tâche : Insigne totius honesti. Cette pudeur donc, quand elle n'est point encore éteinte, est un sûr préservatif contre le plaisir déréglé. Jugez-en par vous-même, si jamais vous êtes tombé dans un crime contraire à la pureté: que de combats n'a-t-on pas eu à rendre, je ne dis pas seulement contre la grâce ou contre les réflexions de la raison, mais contre la seule pudeur ? Avant le crime commis, une sévère modestie vous retenait dans le devoir ; aux approches du libertin, elle suffisait toute seule pour arrêter son audace; on la voyait dans vos yeux, sur votre front, dans votre air, dans toutes vos manières. Mais, pour vous faire concevoir combien les lois de la pudeur sont expresses, n'est-il pas vrai, dit S. Bernard, que, même après l'avoir perdue, on en affecte les dehors, on en emprunte le masque et les apparences ? Quoiqu'on ait livré son cœur au dérèglement, on veut faire apercevoir les traces de sa première modestie : l'âme est perdue, amollie, corrompue, et les yeux sont encore chastes : Adeo genuinum animi bonum est verecundia, ut qui eam fundilùs amisere,verecundari vellevideantur. Voilà donc, âmes chrétiennes, une forte barrière que le Seigneur a mise au fond de tous les cœurs pour empêcher la transgression de sa loi: aussi est-ce la première que le libertinage s'efforce de renverser. (Anonyme).
[La fierté naturelle]. — La fierté naturelle et la noblesse des sentiments ne sont pas d'un petit secours contre les ennemis de la pureté : eh ! qu'il serait à souhaiter qu'un pudique mépris vous fit imposer silence à un tas de volages libertins que leur seule conduite rend indignes de votre estime! Permettez-moi de vous adresser ici les mêmes paroles dont usait S. Jérôme à l'égard des illustres Romaines qu'il avait prises sous sa conduite : Discite, leur disait-il, in hâc parle superbiam sanclam: apprenez qu'en ce genre il est une fierté permise et un orgueil légitime. » 0 illustre Paule, et vous vertueuse Eustochium, noble sang de tant de consuls, rappelez dans vos esprits ces maximes qui suffirent pour retenir dans le devoir tant de dames païennes, et servez-vous des mêmes sentiments qui donnèrent autrefois tant de Lucrèces à l'ancienne Rome. Dites-vous à vous-même: Quoi! mes yeux auraient assez d'empire sur ma raison pour en devenir les maîtres ! Quoi ! je serais le jouet d'une passion folle, et la fable d'un indiscret qui, après avoir triomphé de ma faiblesse, m'insultera au fond du cœur et rira de mon peu de résistance ! Dites-vous encore à vous-même: Que prétendon lorsqu'on s'attache à moi par de flatteuses assiduités? on se persuade que je serai assez lâche pour succomber à la flatterie ou pour céder à l'intérêt : N'est-ce pas déjà m'avoir déshonorée que d'avoir conçu des sentiments si désavantageux de ma vertu? (Anonyme).
[Difficultés de la vertu]. — Il n'y a peut-être rien au monde qui soit plus à craindre que ce qui plaît davantage, parce qu'au lieu qu'on s'arme et qu'on
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se défend contre les autres ennemis, on se trahit soi-même pour le plaisir: et c'est ce qui le rend presque invincible. Être vu, être loué, être aimé, sont de grands écueils : et c'est cependant ce que nous désirons naturellement. Mille personnes ont eu le courage à l'épreuve des plus horribles tourments, qui ont succombé sous les attraits de la volupté : le combat est au-dedans de nous-mêmes, et nous portons notre ennemi dans nos entrailles. Souvenez-vous de ce que dit S. Cyprien, qu'entre les personnes de différent sexe, où le péril est plus grand, les entretiens ne doivent être que par nécessité et comme en fuyant : Accessio quodammodo fugiliva : toujours avec un sérieux qui approche de la sévérité, quand il s'agirait même de consoler une personne affligée. L'image seule qui reste dans l'esprit, après une conversation où il s'est mêlé de la tendresse, est souvent fatale à la pureté de cœur. L'amour le plus spirituel dégénère facilement en amour charnel. « Prenez garde, disait l'Apôtre, qu'après avoir commencé par l'esprit vous ne finissiez par la chair. « Le démon d'impureté se couvre quelquefois du voile de la pureté même pour perdre les âmes délicates et timorées.
Le plus bel ornement et la plus belle parure d'une fille chrétienne, disait S. Bernard, sont la pudeur et la modestie. Une vierge se contente de plaire à Dieu, et craint de plaire aux hommes, bien loin de le désirer : Pereat corpus quod placere polesl oculis quibus nolo ! c'est le beau sentiment d'une grande sainte. Si une vierge affectait de se faire aimer, et si elle en recherchait les moyens, elle ne mériterait plus d'être mise au nombre des vierges : car on ne peut être assez chaste, quand on veut exposer les autres au danger de ne l'être pas.
Ne vous laissez pas surprendre par un artifice du démon, qui vous inspire de ne pas fuir les occasions du péché, sous prétexte que la victoire en sera bien plus glorieuse. Les fruits que nous ne voyons point ne nous* tentent pas si dangereusement que ceux que nous avons devant les yeux : la vue est suivie de la pensée, la pensée cause le plaisir, et le plaisir emporte le consentement. Ainsi une étincelle produit souvent un grand incendie. Quelque forte que soit la chasteté, la fuite des occasions lui est pourtant nécessaire : on peut faire tête aux autres vices, mais il faut tourner le dos à celui qui combat la pureté. C'est pour cela qu'elle se conserve dans la religion, où elle est éloignée des plus grands périls, et toujours mieux soutenue d'un grand nombre de vertus.
En quoi, demande S. Chysostôme, les vrais amateurs de la pureté sontils différents des anges? En rien, répond-il, sinon en ce qu'ils portent dans des corps mortels des âmes pures. Mais si cette différence les rend inférieurs en nature et en dignité, elle les rend supérieurs en vertu et en mérite. Ils sont au milieu des flammes, accompagnés des anges , comme les trois enfants de la fournaise de Babylone : mais c'est un prodige de voir que ces feux n'aient point de force sur des âmes revêtues de chair, et il n'est pas étrange qu'ils n'en aient point sur des esprits purs et bien-
heureux. Ce n'est pas non plus une merveille qu'un esprit séparé de toute matière combatte un esprit immatériel comme lui; mais c'en est une fort étonnante qu'un esprit aussi engagé qu'est le nôtre dans une chair toute corrompue mette en fuite des ennemis qui n'ont point de corps : et c'est ce que fait en nous l'amour de la pureté. Celui qui a vaincu sa propre chair est comme au-dessus de la nature, et celui qui est au-dessus de la nature est fort peu au-dessous des anges.
En cette vie mortelle, l'âme naturellement se sent de la faiblesse et de la corruption du corps; mais, par le moyen de la pureté virginale, le corps tient de la noblesse de l'âme, changeant, pour ainsi dire, de nature et jouissant de l'avantage des esprits. Ce corps, tout corruptible qu'il est, devient en cela semblable à ceux que les anges se font quelquefois pour paraître parmi les hommes, ou plutôt, aux corps bienheureux, qui, selon l'Apôtre, ressusciteront spirituels. Aussi la virginité, selon la pensée d'un saint, est]une image de la résurrection future : et c'est dans cette vie céleste que les vierges, entre toutes les âmes saintes, auront des couronnes particulières. Combien devons-nous respecter nos corps, que Jésus-Christ a destinées non-seulement pour être comme les temples du sien, mais pour en porter la ressemblance? Le meilleur moyen de nous disposer à lui ressembler dans la gloire est de lui ressembler dans la pureté. (Le P. Dozenne, Morale de /.-£.).
[De la chasteté des veuves], — Les veuves du siècle sont fort différentes de celle de l'Evangile, qui passait sa vie dans le temple, en jeûnes et en oraisons : elles ressemblent plutôt à celles que blâme S. Paul, qui vivent dans les délices. On en voit en effet une infinité qui ne vivent que dans les galanteries, comme dans l'élément de leur vanité. Si elles pensent que, pour se parer avec tant de riches ornements d'or, de soie, de fard et de parfums, elles suivent l'exemple de Judith, qui fait presque la même chose dans l'Écriture, elles sont bien abusées, ou plutôt elles tâchent de s'abuser ellesmêmes. Car ce fut en cette sainte héroïne un effet de sa vertu, mais en elles c'est un artifice volontaire de leur mollesse : celle-là ne fut ainsi que trois ou quatre jours, et celles-ci y demeurent toujours; l'une fit effort à la solitude de son veuvage pour vaincre par ce stratagème l'ennemi de sa patrie, et les autres font cette violence au leur pour augmenter le courage aux ennemis de leur pudeur. Ainsi, bien loin d'être du nombre de ces veuves que S. Taul veut qu'on honore, elles ne méritent, et ne s'attirent même souvent, que le mépris de ceux qui sont témoins de leur conduite. (D'Aubignac, Discours sur l'incarnation),
[Craindre toujours]. —La véritable pureté n'est jamais tranquille, parce
qu'elle ne se croit jamais en sûreté; elle doit craindre lors même qu'elle
éloignée du péril; elle est présomptueuse dès qu'elle cesse d'être timide,
et l'on peut dire qu'elle n'appréhende pas de se flétrir Lorsqu'elle ^c ras-
O'i'l CONTINENCE.
sure sur sa délicatesse. La plupart des vertus éclatent en combattant, et la pureté en fuyant : si elle cherche son ennemi, elle est à demi-vaincue; elle le trouve sans le chercher, elle doit se défier de la victoire. Elle le réveille si elle s'endort loin de lui; elle l'appelle quand il ne lui donna point de peur; se montre-t-elle, elle doit montrer en même temps le chagrin qu'elle a de paraître; se cache- 1- elle, elle doit avoir dans les ténèbres la même vigilance, la même retenue qui raccompagnent à la lumière : jamais plus forte que quand tout l'alarme, jamais plus aimable que quand elle est plus sévère; mais toujours craintive, toujours tremblante, si elle a toute .sa gloire. (Remarques sur divers sujets de religion et de morale) .
[Éloge de la pureté]. — C'est une vertu dont les âmes les plus mondaines, qui ont pourtant de l'honneur, se piquent avec plus d'éclat; c'est une vertu dont la réputation dédommage, en quelque manière, bien des gens de la confusion de plusieurs vices; c'est une vertu que les plus libertins sont forcés de respecter, lors même que leur passion les porte avec plus de violence et d'effronterie à la déshonorer. Au reste, c'est une vertu extrêmement délicate, qui ne saurait subsister sans une intégrité inviolable, qui ne saurait réparer la gloire qu'elle a une fois perdue; dont on peut dire qu'elle a plus d'ennemis, et de plus redoutables ennemis, que toutes les autres vertus. De - là il suit que la chasteté est la vertu que l'on doit cultiver avec le plus de soin, et que l'on doit appréhender davantage de blesser ; et il n'en est point peut-être que l'on néglige et que l'on expose avec plus de témérité. On borne ce qu'elle a d'essentiel à un éloignement quelquefois forcé de certains crimes criants et de la honte desquels on ne saurait se sauver. Se croit-on hors d'atteinte aux reproches à cet égard, on se fait une espèce d'honneur de ne pas se gêner et de ne pas gêner les autres par une sévérité qui seule peut défendre l'intégrité de l'honneur; on tient, on écoute des discours qui ne conviennent qu'à des personnes impures; on prend, on souffre des libertés dont une passion criminelle a coutume de se nourrir; on paraît avec des airs et des manières qu'on ne peut guère séparer du vice.
La chasteté est un caractère si beau et si noble, qu'on se sent comme forcé d'attribuer toutes les vertus à une personne véritablement chaste. Il serait difficile d'alléguer et de développer au juste la raison de ce sentiment : on peut dire néanmoins qu'une personne qui a assez de force pour se refuser toute messéance, toute liberté propre à flatter une passion dont la délicatesse va jusqu'à fuir l'ombre du danger et jusqu'à veiller avec une circonspection chagrine et scrupuleuse au moindre de ses mouvements, que cette personne, dis-je, est capable de prendre tout sur soi, et de ne se ménager en rien pour être fidèle à Dieu. Cet air de modestie et de pudeur paraît incompatible avec des saillies tumultueuses de la haine, de l'ambition et de l'avarice; cette composition extérieure si retenue, si réservée,
marque un extérieur accoutumé à l'ordre, à la bienséance, à la régularité, qui accompagnent d'ordinaire une probité solide et chrétienne. Ces manières si sages, si discrètes, comment feraient-elles craindre une violence, un emportement, une injustice, une dissimulation? cette vigilance sur soi-même dans les temps mêmes qu'on n'est ni gêné par des témoins, ni retenu par vanité, ni soutenu par le respect humain, n'est-elle pas l'effet d'une vive foi qui nous maintient dans la présence de Dieu, et nous soumet à sa loi, lorsque nous n'avons à craindre que ses yeux? Une vertu toujours ennemie de la licence du monde, toujours prête à rompre avec des compagnies déréglées, toujours blessée par un mauvais exemple, toujours disposée à rougir d'une impression qui pourrait lui donner quelque atteinte, toujours craintive lors même qu'elle est éloignée de tout péril, toujours ferme et constante, pour ne se point lasser dans les peines qu'elle coûte, toujours défiante pour ne faire fond que sur la grâce de Dieu, sur sa fidélité à y correspondre : une vertu dans laquelle on reconnaît de semblables traits renferme cet assemblage de qualités qui sont la perfection du chrétien. (Même ouvragé).
[Moyens de conserver la pureté]. — La vigilance, la prière, la présence de Dieu, sont des armes que la grâce nous met en main pour nous défendre. Par la vigilance, je garderai mes sens, je les empêcherai de se répandre sur des objets illicites; je ne laisserai échapper aucun regard qui porte l'incendie en d'autres cœurs, ou qui le rapporte dans le mien; je fuirai la lecture de ces livres qui corrompent le cœur en amusant l'esprit, et ces entretiens oisifs qui nous amollissent au moins, et qui dessèchent l'onction du Saint-Esprit. Ensuite j'emploierai la prière comme un préservatif également nécessaire et efficace. Les plus sages directeurs savent que la négligence de prier est d'ordinaire la première disposition à l'incontinence, et pour moi j'ai toujours tremblé pour la jeunesse que j'ai connue sans tendresse de dévotion et sans affection à la prière. Mais surtout, pour me contenir dans l'innocence, Dieu sera toujours présent devant meâ yeux; et, comme je trouverai Dieu en tous lieux, ce Dieu partout présent me retiendra dans une sévère modestie; et, dans les sollicitations ou tentations les plus pressantes, je mettrai en œuvre le préservatif dont se servit Joseph. (Anonyme).
[Sévérité de Dieu pour l'impudicité], — Il faut refuser toute créance à la fidélité des livres sacrés, ou convenir que jamais Dieu n'a donné plus d'étendue ni plus d'éclat à sa justice que lorsqu'il a voulu punir les personnes et les nations infectées de ce péché. C'est par le déluge du monde entier, c'est par l'embrasement de tout le pays de Sodome, c'est par le carnage des armées, des tribus et des peuples entiers, qu'il a montré jusqu'à quel pointée péché lui était en horreur. C'est par les instruments les pLus terribles et les barbares les plus impitoyables qu'il a détruit les nation:; qui
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en étaient corrompues. Le fer, le feu et l'eau, la terre même, ont servi de ministres à sa justice, pour le venger du déshonneur qu'il recevait de cet abominable vice d'impureté. C'est sans distinction d'âge, de sexe ni de qualité, non pas même de mérite, que sa justice a rempli et exécuté ses arrêts, accablant des mêmes coups l'innocent et le criminel, le pécheur repentant et le pécheur obstiné, l'enfant sans malice et l'animal sans raison ; n'épargnant ni les pierres inanimées ni les plantes insensibles ; dévorant tout par le feu de sa fureur ; et, sans avoir besoin pour cette exécution, d'ouvrir les abîmes de la terre et les fournaises de l'abîme, faisant tomber du ciel un enfer de souffre et de feu, pour consommer, dit Salvien, le supplice des impudiques : Super impium populum gehennam misit de cœlo. (DeGubern. Dei, i). Tous ces millions de pécheurs n'étaient que chair et cendre et poussière, comme nous : Dieu les avait, comme nous, formés de ses propres mains, animés du souffle de sa bouche : il n'ignorait donc pas la fragilité de ses ouvrages, et ne laissait pourtant pas de les briser de son sceptre de fer, comme des vases pleins d'immondicité, et par cet endroit dignes d'horreur. Quel autre péché s'est attiré plus terriblement et plus souvent les foudres de sa vengeance ? Si nous n'en frémissons pas, si nous n'en sommes pas saisis d'horreur, pouvons-nous dire avec vérité qu'il y a encore dans nos cœurs quelque étincelle de foi? Excitons-la du moins par la vue des châtiments éclatants que Dieu exerce tous les jours, et souvent à nos yeux, sur chaque particulier coupable de ce crime : châtiments à l'égard delà vie et châtiments à l'égard du salut. A l'égard de la vie, en sa santé, en son honneur, en son plaisir ; en sa santé, par les maladies; en son honneur, par l'infamie; en son plaisir, par la ruine entière de son repos. A l'égard du salut, par l'endurcissement et l'impénitence. Malheureux, par conséquent, selon le monde et selon Dieu, condamné en ce monde et en l'autre, il est véritablement le plus malheureux des pécheurs. (Le P. delà Rue, Carême).
[Suites funestes]. — Quelles suites pour les mœurs dans le vice d'impureté ! A combien d'autres désordres ce désordre conduit-il? Ne peut-on pas dire avec raison que c'est par ce premier crime que l'on cesse d'être innocent ? Quelles suites pour la santé! La plupart des maladies habituelles, héréditaires et populaires, ont leur source dans ce péché. Il hâte dans les jeunes gens la caducité de la vieillesse; il fait passer à la postérité l'infirmité des parents ; il étend la corruption d'un seul homme dans tout un peuple. Quelles suites pour l'honneur ! Un sexe tout entier n'a presque point d'autre ennemi de sa gloire. Quelque défaut qu'ait une femme, elle a toujours dans sa pudicité de quoi soutenir sa fierté : mais, de quelque autre vertu qu'elle se vante, elle porte, avec ce seul défaut, sa confusion sur le front! Quelles suites pour la fortune! Est-il rien de plus commun que de devenir, par la débauche, incapable ou indigne des emplois? que de se rendre odieux à ceux qui en sont les maîtres? que de *e ravir à soi-même
les moyens de les soutenir? Quelles suites pour les intérêts des familles et des états l Les plus hautes maisons ruinées, le plus noble sang corrompu, les plus grandes richesses dissipées, les trônes renversés, les royaumes désolés, les parents, les amis se trahir, se vendre ; les empoisonnements tournés en jeu, les profanations en art, les assassinats en spectacles ! Quelles suites pour la conscience ! C'est là que le démon muet redouble tous ses efforts pour vous engager à cacher votre péché, non-seulement aux yeux des hommes, mais, s'il était possible, aux yeux de Dieu même. De-là le déguisement, la mauvaise foi, le silence, le mensonge dans la confession. De-là l'abus des sacrements, le sacrilège, l'hypocrisie. Et comment soutenir l'horreur seule de ce récit? Gomment donc soutenir l'horreur de ce qui en fait la matière? On prend le droit chemin qui conduit à tous les malheurs, dès que l'on laisse entrer cette passion dans son âme. Un étrange ensorcellement est que l'exemple peut tout pour nous porter à ce crime, et ne peut rien pour nous en retirer. Tout le monde s'y laisse aller; toutes les conditions en sont infectées: c'est assez pour vous y engager. Mais tout le monde en souffre, tout le monde en devient malheureux, tout le monde en ressent les cruels effets; ce n'est rien pour vous le rendre terrible, et pour vous en détourner. On se fait à toutes ces funestes aventures ; chacun, à travers de toutes ces horreurs, se fait pour soi un chemin tout uni, une fin toute favorable, un succès tout nouveau, un sort particulier: et trois jours après, n'ayant pas voulu se servir des exemples des autres pour se changer, il servira lui-même d'exemple aux autres.
Ames chrétiennes, qui vous laissez aveugler par ce dangereux démon, n'attendez pas des prophètes du ciel pour vous découvrir les suites de votre faiblesse. Portez les yeux par toute la terre, et dans toutes les cours, et dans toutes les conditions: vous n'y trouverez que trop de prophètes qui vous prédiront, par ce qui est arrivé, ce qui doit arriver à vousmêmes. Hœc dicit Dominus: Voilà ce que dit le Seigneur. C'est le cri des anciens prophètes, et ce que vous crieront ceux-ci. Il vous l'a dit dans les saints livres: ceux qui déshonorent son temple, c'est-à-dire leur propre corps, seront eux-mêmes déshonorés; la pourriture et les vers dévoreront l'impudique encore vivant; la convoitise est insatiable et conduit aux derniers excès. Il vous l'a dit par ses prophètes, et vous ne l'écoutiez pas ; il vous le dit encore par les pécheurs, par les personnes de votre âge, de votre rang, de votre condition, et peut-être de votre sang. Ne les en croirez-vous pas ? Cette fortune renversée par le mauvais succès d'une intrigue d'impureté : Hœc dicit Dominus : voilà ce que dit le Seigneur. Ces richesses amassées avec tant de peines, de soins et de travaux, et dissipées avec tant de facilité par les profusions insensées d'un jeune voluptueux: Hœc dicU Dominus: voilà ce que dit le Seigneur. Ce cours de florissantes années abrégé par l'intempérance et par la lubricité : Hœc dicit Dominus: voilà ce que dit le Seigneur. Ce mépris répandu sur
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tant de familles, autrefois illustres et dans l'éclat, maintenant odieuses et flétries des taches de la volupté : Hœc dicil Dominus : voilà ce que dit le Seigneur. Tant de mérites ensevelis dans l'oubli, tant de services dégradés par le scandale de la débauche: Hœc dicil Dominus : voilà ce que dit le Seigneur. Ces oracles ne sont-ils pas aussi contre vous, qui prenez le même chemin, qui brûlez du même feu ? Dispereant omnes qui fornicanlur abs te. (Ps. 72). Vous voyez, dites- vous, des voluptueux dans l'éclat et dans la prospérité : comptez-les, et comparez leur nombre avec celui des voluptueux misérables. Savez -vous ce que Dieu garde à ces voluptueux tolérés? Que gardait-il à tant d'autres qui, après une longue tolérance, ont enfin trouvé le moment de leur malheur ? Vous n'en croyez pas sa parole, croyez-en du moins l'expérience et la renommée, vos oreilles et vos yeux. N'en croyez pas ce démon aveugle et muet, qui vous trompe et qui vous perd. Que si votre fragilité vous a déjà fait succomber sous ses efforts, rompez les fers de ce fort armé, et demandez à Dieu la grâce de retourner à lui avec toute la sincérité possible.
On voit David tremper ses mains dans le sang d'un de ses plus braves et plus fidèles officiers : c'est l'impureté qui l'y pousse. On voit son fils Salomon, l'encensoir à la main, prosterné devant les idoles : c'est l'amour des femmes qui l'y conduit. On voit de jour en jour la piété, la foi, le respect et l'idée d'un Dieu, disparaître insensiblement dans les mœurs des jeunes gens: en faut-il chercher d'autre raison que les leçons d'impureté qu'ils reçoivent en même temps que celles de la religion, presque en sortant du berceau, par la mollesse de leur éducation et par les exemples domestiques ? Avait-on vu, dans les siècles passés, ce que l'on a vu do nos jours: les sortilèges et les poisons passés en art et en coutume? les femmes, les filles, les sœurs, les mères devenir les assassins de leurs pères, de leurs frères, de leurs enfants, de leurs maris ? Ce que l'antiquité nous avait appris de pareil ne passait plus que pour fable : le débordement de notre siècle a changé la fable en vérité. Mais ces funestes dissensions qui, depuis deux cents ans, ont déchiré l'Europe chrétienne et défiguré la religion par tant de masques différents de réforme et de nouveauté ; ces hérésies, en un mot, qui nous ont changé en ennemis nos voisins, nos citoyens, nos amis et nos parents, ont-elles eu de source plus générale que la corruption des mœurs ? Qu'étions-nous, comment vivionsnous, quand l'hérésie s'est élevée en France et dans tous les États voisins? De tous côtés, l'ignorance, l'intempérance, la brutalité, l'impureté dominaient. Ne cherchons point ce qu'était devenue la piété dans les hautes conditions ni dans les conditions civiles : la trouvait- on dans les plus saintes professions ? Ce n'était plus elle qui faisait les prêtres, les religieux: c'étaient le hazard, l'intérêt, le caprice des parents, l'oisiveté de la vie. On portait dans le cloître et à l'autel des cœurs flétris des plus basses passions. Quelle merveille qu'une espèce de religion qui retranchait toutes les austérités, qui proscrivait les vœux, qui traitait de supers-
titions l'abstinence et la continence, qui, ôtant au mariage la dignité du sacrement, le mettait au rang des préceptes, quelle merveille, dis-je, qu'une pareille nouveauté trouvât aisément des sectateurs? Elle en trouva non-seulement dans les cours, dans les villes et dans presque toutes les maisons, mais encore au milieu du sanctuaire, au pied même des autels, parce que partout elle trouva l'impureté. L'Éternel aima mieux nous renoncer pour ses enfants que d'avoir pour ses enfants des impudiques. Ce fut pour ce sujet qu'il laissa tomber l'Arche d'alliance entre les mains des idolâtres : de même, au temps de nos pères, il aima mieux voir ses autels brisés que de voir son Fils foulé aux pieds des hypocrites, et souillé par l'impureté de ses ministres*
Lorsque David sentait naître en son cœur son premier feu pour Bethsabée , si le prophète Nathan , qui ne parut qu'après l'éclat sanglant de la passion déclarée, se fût présenté à ses yeux dans le premier moment de la passion , qu'il lui en eût découvert les funestes suites , les degrés et les châtiments, qu'il lui eût dit ce qu'il lui dit après : « Non recedet gladius de domo tua : pour cela , pour la honte et le sang que vous allez répandre dans la maison de l'innocent, le glaive et la confusion ne sortiront point de la vôtre; je susciterai votre malheur dans votre propre maison : vous m'offensez en secret , et moi je me vengerai à la face de toute la terre, à la clarté du soleil : Tu fecisti abscondilè; ego faciam in conspectu omnis Israël et in conspectu solis ; » si le prophète, en même temps, lui eût ouvert les portes de l'avenir, lui eût fait voir l'enchaînement des malheurs de sa famille, les horreurs qui s'y devaient commettre, ses propres enfants se diffamer par l'inceste et l'assassinat, Absalon son fils soulevant son royaume contre lui, les malédictions que lui devaient donner les plus vils de ses sujets, lui-même, fuyant, abandonner son trône, ses biens, tous ses trésors en proie à son propre ennemi : à cette vue, à ces funestes prédictions, qu'eût pensé David, qu'eût-il dit, qu'eût-il fait? Il sentait naître en son cœur quelque inclination pour Bethsabée , mais il sentait dans ce même cœur un zèle ardent pour la loi de Dieu , sa religion toujours vive et toujours sincère, une ferme et constante résolution de ne manquer jamais de fidélité. David n'eût-il pas répondu de la bonne foi, de la droiture de son cœur? ne se fût-il pas cru à l'épreuve de ces faiblesses, incapable de ces fureurs? et, voyant ses enfants dans une union parfaite, ses sujets soumis et contents, son trône affermi par tant d'illustres victoires , n'eût-il pas méprisé le prophète et ses visions? Tout cela fut vrai cependant; tous ces tristes événements se développèrent l'un de l'autre. David, tout fidèle qu'il était, se vit enfin scandaleux et sanguinaire, et malheureux et méprisé et détrôné. Tout cela, parce qu'au milieu de tant de vertus si éclatantes il se trouva dans son cœur une étincelle d'impureté. Si un homme si bien fondé, ce semble, en toutes sortes de vertus, si agréable à Dieu avant sa chute, est cependant tombé dans un tel abîme,
quelle défiance ne devons -nous point avoir de nous-mêmes? (Le P. de la Rue, Carême).
[Les regards immodestes]. — Les enfants de Dieu, c'est-à-dire les plus saints d'entre les hommes qui vivaient dans le premier âge du monde, s'étant trop arrêtés à considérer la dangereuse beauté des femmes, achevèrent de corrompre avec eux le genre humain, et attirèrent le déluge universel qui les submergea tous : Videntes filii Dei filias hominum, quod essent yulchrœ. Ne fut-ce pas des œillades inconsidérées qui pervertirent le cœur de ces déplorables vieillards qui voulurent attenter à la vertu de la chaste Suzanne? Ni leurs cheveux blancs, ni leur dignité de juges ne purent tenir bon contre leur passion insensée. Voir cette femme et être embrasés d'une flamme impure fut pour eux une même chose : Viderunt et exarserunt. Il ne fallut pas d'armées nombreuses ni d'assemblées de ces fiers tyrans et de ces énormes géans comme parle l'Écriture, pour renverser le courage du belliqueux Holopherne : il regarda la beauté de Judith, et il en devint l'esclave , lui qui mettait tant de peuples aux fers : Slalim caplus est in oculis suis Holophernes : pulchritudo ejus captivam fecit animam ejus. La maîtresse du chaste Joseph , pour l'avoir envisagé trop attentivement , cessa d'être maîtresse et devint captive : lnjecit oculos in Joseph, et ait Mi : Dormi mecum. Dina, pour avoir voulu regarder et être regardée, perdit sa gloire et entraîna tout un peuple dans une ruine effroyable : Egressa Dina ut videret : quam cùm vidisset Sichem t rapuit et dormivit cum eâ. « Je n'ai rien refusé à mes yeux , disait le plus, sage des rois , de tout ce qu'ils ont voulu regarder : Omnia quœ desideraverunt oculi mei non negavi eis (Eccl. ii, 10). » C'était dans sa jeunesse : mais aussi en quel abîme de folie cette beauté des femmes, trop regardée, ne le plongea-t-elle pas dans sa vieillesse ? Cùmque jàm esset senex} cor ejus dépravation est per mulieres. Que les faibles répriment donc leurs regards , puisqu'ils ont été la cause du péché des plus forts : Parvi nolint videre undè possint cadere, dit S. Augustin. Heureux ceux qui s'imposent cette sage maxime, de ne jamais voir ce qu'il n'est pas permis de désirer ! (La Chétardie, Homélies.)
[Danger pour tous]. — Si le vice d'impureté a cela de commun avec tous les autres, l'injustice qui fait le péché, il a cela en lui seul de particulier, qu'il n'y a pas un péché où il y ait tant de voies pour y tomber, et dont les abords soient plus dangereux. Tout ce qui est au-dedans de nous, tout ce qui est autour de nous, tout ce qui est loin de nous, ne sont-ce pas autant de voies qui nous conduisent à l'impureté ? ne sont ce pas autant de pièges tendus pour nous y porter, et que nous devons éviter avec tout le soin possible? Au-dedans de nous, la concupiscence n'est-elle pas cet aiguillon de la chair qui n'épargne pas même les plus saints ? Et, depuis les plus petits jusqu'aux plus grands, qui en est exempt? Les riches et les pauvres, tous étant pétris de la même bouc, dit S. Augustin, nous avons
la même exhalaison à sentir, et la même passion brûle sous les haillons aussi bien que sous la pourpre. Nos sens, d'un autre côté, sont autant de fenêtres par lesquelles rien n'est si facile à faire entrer que l'impureté. Un simple coup-d'œil est capable de la faire entrer dans le cœur par les yeux ; une parole par les oreilles ; une simple familiarité par les mains. Ajoutez à tout cela l'intempérance, l'ivrognerie et l'oisiveté même, qui semblent ne se mêler jamais d'aucun commerce, et être mortes au monde : ne sontelles pas autant de sources, de voies, de chemins, par où l'impureté trouve enfin une entrée libre dans les cœurs de tous les hommes. (Anonyme).
[Cause d'une infinité de malheurs]. — L'impureté est de tous les vices le plus honteux et le plus infâme, parce qu'il est le plus brutal. L'impureté est de tous les vices celui qui donne le plus d'inquiétude, le plus de chagrins, et qui cause de plus grands malheurs. C'est celui de tous les vices qui coûte le plus. Il ne fait qu'irriter le penchant par les difficultés qu'on lui oppose. Quelle espèce d'aveuglement ! et s'en peut-il trouver un plus déplorable ? Cependant, au rapport d'un Père, nul péché n'est si volontaire. La violence et la contrainte ne peuvent engager qui que ce soit à le commettre : il ne prend sa force que dans lui-même : Nulla ad libidinem vis est, nisi ipsa, dit Tertullien. C'est l'impureté elle-même qu'on aime, c'est elle quo Ton cherche. Nul prétexte, nul dessein étranger n'entre dans les voies do l'impudique, et il n'a de lumière que pour trouver des charmes dans un péché si hideux et si détestable.
Il éteint la pudeur dans le cœur : c'est le caractère qu'il imprime sur le front d'un impudique. Vous avez pris le front d'une femme de mauvaise vie, dit un prophète ; c'est pour cela que vous ne rougissez plus : Frons mulieris meretricis facta est tibi, noluisli erubescere. (Is. 3). Des airs dissolus, des manières lascives paraissent dans le maintien d'un homme et d'une femme licencieuse, à travers les dehors d'une modestie et d'une probité affectées. La pudeur nous tient dans le respect pour nous-mêmes, pour notre prochain et pour Dieu. Pour peu qu'on ait de bons sentiments, on se craint soi-même : on sent dans le fond de son âme un frein qui modère notre mauvais penchant, et l'on commence ordinairement à se permettre en secret les libertés que l'on prend ou que l'on souffre devant le monde.
Qui pourrait les retenir, ces esclaves de l'amour déshonnêtc, sur lo penchant de l'abîme? Les reproches de la conscience, le scandale du prochain, la terreur des jugements de Dieu, la pudeur perdue? On perd le sentiment de toutes ces choses, et la grâce ne trouve presque plus d'accès dans un cœur souillé et corrompu. Misérables victimes de la volupté, que n'avezvous prévu votre malheur? Hélas! une jeune personne qui entre dans le grand monde est charmée des louanges dont on la flatte, des caresses qu'on lui fait, des assiduités qu'on lui rend, des libertés tendres qu'on lui de-
mande et qu'elle permet : c'est alors que la volupté la met à la chaîne, pour en faire la proie de Satan : Dulcius putat omne quod nescil, dit S. Jérôme. (Episl. 47). Cette jeune personne s'imagine trouver encore de plus grandes douceurs dans le mal qu'elle ignore. Charmée des préludes de l'engagement, elle s'engage : la voilà livrée à sa passion, presque sans ressource, et l'endurcissement prend la place de la pudeur étouffée.
Vous cherchez le plaisir, âmes impures, et vous ne vous apercevez pas de mille peines qu'il vous en coûte pour le trouver ! car, après tout, s'il vous reste encore quelque teinture de raison, quelque principe d'honneur, quelque rayon de vérité, quelque idée de christianisme, votre conscience n'est pas toujours assoupie et comme étouffée par la volupté: il se passe bien des moments qu'éloignés ou ennuyés du plaisir vous sentez le poids de vos chaînes ; comment se peut-il faire qu'une réflexion forcée ne vous ouvre point les yeux pour toujours? Par combien d'alarmes, par combien d'embarras et de traverses en êtes-vous venus à commettre ce crime ! Il a fallu nouer ce commerce malgré la vigilance d'un père, d'une mère, d'un mari, d'un voisinage ; il a fallu prévenir une infinité d'événements, de peur d'être surpris ; ménager plusieurs personnes, la plupart âmes viles, lâches, intéressées, pour avoir leur confidence; étudier tous les mouvements d'an esprit soupçonneux, fier, bizarre, emporté, pour gagner un cœur dissimulé, inconstant, insatiable. Combien de fois la froideur a-t-elle renversé les espérances que la facilité avait données? Combien de fois a-t-on vu récompenser des louanges par des outrages? Combien de fois un égard oublié a-t-il fait oublier de longues et accablantes assiduités? A-t-on convenu, la liaison est-elle formée, le crime est-il commis : il s'est trouvé des coupables qui ont voulu se précipiter, se noyer, s'empoisonner, se plonger le poignard dans le sein. Mais qui voudrait répondre qu'une personne capable de s'abandonner ne s'abandonne qu'à un seul? C'est alors que la passion ouvre l'âme à la jalousie, à la haine, à la crainte, à la vengeance. Cependant il faut faire de grands frais; le bien se consume; ces emprunts forcés donnent un vif pressentiment de la lumière qui approche. On manque de crédit, et, si l'on devient pauvre, on doit s'attendre à manquer encore de mérite. Point de repos d'une part, tout s'abîme de l'autre : et l'impureté brûle encore l'homme et la femme !
Il serait difficile de rapporter ici les différentes formes sous lesquelles l'impureté se déguise pour ne paraître pas odieuse : ces modes bizarres qui mettent un homme et une femme sous tant de figures différentes, est-ce toujours la bienséance et la propreté qui les inventent? Il y a des modes presque pour toutes choses: mais examinez-les, ces modes, et vous trouverez qu'elles tendent la plupart à vous inspirer de la haine pour la pureté, ou du moins à vous conduire imperceptiblement dans le vice qui lui est opposé. Vos peintures, vos tapisseries, les ornements de vos cabinets, que vous présentent-ils sinon des histoires et des actions d'amour, des figures propres à salir les yeux et l'imagination ? Encore vous flatterez-
vous peut-être de régularité, en donnant par-là un scandale éternel à des domestiques, à des enfants, à des étrangers, à toute une postérité. Les chansons qui sont du goût ordinaire perdraient leur agrément si elles ne renfermaient les sentiments qui peuvent ou réveiller, ou enseigner, ou flatter la passion d'aimer. Les livres qui ont le plus de cours, n'apprennent autre chose que les industries ou les effets d'une tendresse déréglée. C'est ainsi que tout nous conduit, au-dedans de nous et hors de nous, à la perte de l'innocence, que nous devons conserver avec tant de soin. (Le P. de la Pesse).
[Exhortation]. — Qui que vous soyez, chrétiens qui jusqu'ici avez eu le bonheur de garder votre innocence, qui l'avez défendue contre les charmes de cette volupté qui aveugle et qui endurcit, bénissez Dieu mille fois le jour d'une protection si singulière. Mais veillez encore dans la suite, avec plus d'attention que jamais, pour conserver un trésor si exposé et si précieux. Regardez votre pureté comme le gage peut-être le plus sûr de votre salut. Vous marcherez avec confiance dans les voies de Dieu, si vous la mettez à l'abri des pièges du monde et des surprises de votre prochain. Ames pures, qui n'êtes point infectées de cette corruption si générale du siècle, quelle gloire est la vôtre, de pouvoir offrir à Dieu une victime digne de ses regards ! Ah î n'ayez point à regret la violence qu'il faut vous faire, les rebuts qu'il vous faut essuyer de la part du monde, l'éloignement où vous êtes de ses jeux et de ses délices. Les anges du ciel vous regardent avec respect ; Dieu prend plaisir à répandre sa grâce dans vos âmes; tous les gens de bien vous estiment et vous honorent, et le témoignage de votre conscience ne manquera pas de vous dédommager de toutes vos peines. (Le même).
[Du vice et de ses suites]. — L'homme impur n'aura point de part au céleste héritage du Tout-Puissant. Séparé de Dieu dès ce monde, il en demeurera séparé dans Fautre : car l'impureté captive tellement ceux qui s'y abandonnent, qu'ils rompent rarement leurs chaînes et qu'ils meurent presque tous dans l'impénitence. C'est de toutes les passions celle qui passe le plus aisément en habitude, et qui nous met par-là dans une sorte d'impuissance de nous sauver. En effet, avec la même facilité qu'un regard conduit au premier crime, le crime conduit ensuite à l'habitude, l'habitude à une sorte de nécessité, la nécessité au désespoir du salut, et le désespoir à la réprobation. De-là vient que ce vice honteux précipite plus d'âmes en enfer qu'aucun autre vice. Le saint homme Job a donc bien raison do dire : J'ai fait un accord avec mes yeux pour ne penser pas seulement à une vierge. Il savait de quelle importance il était pour lui de veiller sur ses regards, et qu'un seul était capable de le perdre. Un homme d'une vertu si rare no se croyait pas en sûreté sans cette extrême vigilance : jugeons
quelle doit être la nôtre, nous qui sommes la faiblesse même. Mes yeux sont des ennemis domestiques, toujours dangereux, toujours prêts à me trahir et à me sacrifier à leur satisfaction. Je serai toujours attentif à leurs mouvements, pour leur faire observer le pacte que j'aurai fait avec eux et pour les obliger à être retenus dans leurs regards. Qu'il faut peu de temps à un objet dangereux pour donner au cœur une atteinte mortelle 1 qu'il y a peu de chemin en ce genre entre la pensée et la complaisance ! Il faut donc ne le point voir, cet objet séduisant, afin de n'y point penser : et c'est là le fondement du pacte que je fais aujourd'hui avec mes yeux, et que je leur ferai inviolablement garder. Je ne le bornerai pas, au reste, ce pacte, à détourner mes yeux de ce qui me porterait de soi au mal: connaissant la fragilité de cette chair mortelle dont je suis revêtu, j'éviterai les occasions de chute les plus éloignées ; je refuserai mes regards aux objets les plus innocents en apparence.
Le triste état que celui d'un homme possédé par le vice d'impureté ! L'esprit, le corps, tout est livré au péché. Il craint, ce pécheur, de sortir de ce malheureux état; il ferme toutes les entrées de son cœur à la grâce: vous n'y trouvez presque plus aucun accès, ô mon Dieu, vous ne voyez presque plus de ressource pour le sauver ! Il traînera donc, cet homme impur, il traînera donc de honteuses chaînes jusqu'à la mort, portant un caractère visible de réprobation dans cette sorte de nécessité qu'il s'est faite de demeurer dans le péché. Et il ne doit peut-être son malheur qu'à quelques regards inconsidérés, qui allumèrent la passion dont il est l'esclave, et dont il sera la victime. (Le P. Ségneri, Méditations).
[L'homme devenu charnel]. — A force de rechercher ses plaisirs, l'impétuosité de la chair se rend maîtresse de la raison : et de-là il arrive que l'esprit, devenu tout charnel, ne s'attache plus qu'à la connaissance des sens, et ne fait état que de ce qui les touche et les flatte. Parlez-lui de Dieu et des choses spirituelles; il s'en moque, cela ne tombe pas sous ses sens. Cet esprit est tout concentré dans la corruption de la chair; il ne se plaît et ne se repaît que dans les contentements de la chair : et voilà cet esprit, marqué au caractère et à l'image de la Divinité, mis au rang des bêtes et rendu un spectacle infâme du pouvoir et du crédit que la chair et les voluptés sensuelles acquièrent sur la raison : Animales, spirilum non habenles, dit l'Apôtre ; et, comme il est dit dans la Genèse, Omnis caro corruperat viam suam. D'où il arrive, que, comme dans le temps du déluge qui lava les ordures du monde, il est dit que Dieu conçut un déplaisir d'avoir formé une si belle créature que l'homme, pour la voir si corrompue: Taclus dolore cordis intrinsecùs ; il changea de dessein, et prit celui de le perdre : Delebo hominem de terra : ainsi, quand nous laissons notre esprit devenir si charnel, il n'y a rien qui contriste tant le Saint-Esprit ; lequel, nous voyant en cette état, ayant auparavant résolu de nous sauver, prend le dessein de nous perdre, parce qu'il voit toutes nos passions et
toutes nos pensées n'être que chair. (Le P. Antoine de Saint-Martin).
[L'impureté damne une infinité d'âmes]. — Il n'est point de péché que Ton doive éviter avec plus de soin que l'impureté, parce qu'il n'y en a point qui damne plus de personnes. En voici les raisons: — 1°. Il n'en est point qui se commette plus facilement : il ne faut qu'un consentement donné à une mauvaise pensée, à un mauvais désir, pour faire un péché mortel : tant il est aisé de pécher mortellement dans cette matière! — 2°. Il n'en est point dont on se corrige plus difficilement, puisque l'expérience fait voir qu'il n'y a point de pécheurs plus difficiles à convertir que ceux qui sont sujets à ce malheureux vice. Quand une fois on s'y est abandonné, on ne suit plus les lumières de la raison ni de la grâce ; on n'écoute plus que sa passion, et Ton tombe enfin dans l'aveuglement et dans l'endurcissement: en sorte que les vérités les plus terribles de la religion ne font plus aucune impression sur l'esprit du pécheur. On en vient jusqu'à cette extrémité, que d'en douter, afin d'étouffer tous les remords de sa conscience. On tâche de se persuader que tout ce que l'on nous dit de l'éternité des peines de l'enfer n'est qu'une exagération pour nous épouvanter. Que si l'on n'en vient pas d'abord jusqu'à cet excès et qu'il reste encore quelque bon sentiment qui nous fasse gémir sur l'état de notre âme, c'est une lumière passagère, qui ne produit aucun effet, si ce n'est de nous faire comprendre cette importante vérité, qu'il est plus aisé de résister aux charmes des passions, avant de s'être laissé séduire à leurs appas trompeurs, qu'après en avoir fait une funeste expérience : et la difficulté qu'on trouve à se défendre des attraits de la volupté, quand elle s'est une fois fait sentir, est beaucoup plus grande que n'eût été celle de ne la point connaître: Minoris laboris est incognitam carnis voluplatem cavere, quàm rejicere jàm cognitam : — 3°. Ce péché est la cause d'une infinité de confessions, et de communions sacrilèges; — 4°. Il n'est point de péché que Dieu ait plus en horreur, puisqu'il n'y en a point qu'il ait puni plus sévèrement. C'est pour punir ce péché que les eaux du déluge inondèrent toute la terre, c'est pour punir le même péché que Dieu fit tomber le feu du ciel sur cinq villes, qui furent réduites en cendres, avec tous leurs habitants; — 5°. Ce qui nous doit encore donner de l'horreur de ce vice, c'est que le plaisir qu'on aura pris à commettre le péché, quoiqu'il n'ait duré qu'un moment, doit être puni d'une éternité de supplices. (Considérations chrétiennes).
[L'impureté renferme tous les crimes]. — De quels crimes n'est-on point capable, quand on a une fois lâché la bride à ses passions, quand on s'est abandonné au vice de l'impureté? Ne s'expose-t-on pas, pour se satisfaire, à perdre non-seulement son honneur et son bien, mais même sa santé et sa vie? Combien d'infidélités, combien de trahisons, combien de meneurs, combien do sacrilèges celte funeste passion fait-elle encore commettre
tous les jours ! et peut-on se laisser emporter aux désirs de son cœur, et franchir les bornes de la pudeur et de l'honnêteté, sans renoncer à tout ce qui s'appelle probité, justice, innocence, et sans mépriser la loi de Dieu, et la voix même de la nature, qui, toute corrompue qu'elle est, porte encore les hommes les plus dissolus à chercher les ténèbres au milieu de leurs plus grands emportements, et à cacher à tout l'univers, et à eux-mêmes, s'ils le pouvaient, les désordres de leurs passions déréglées ? Et certes, c'est avec quelque justice que l'usage donne quelquefois le nom général d'impureté à toutes les passions, à tous les crimes, puisque cette infâme passion les entraîne tous après elle, et qu'ainsi elle corrompt l'âme tout entière. Et, à vrai dire, le mot d'impureté signifie quelque chose de plus que celui d'impudicité , puisque les démons, qui n'en sont point capables parce qu'ils n'ont point de corps, ne laissent pas d'être appelés des esprits impurs dans plusieurs endroits de l'Évangile. (4e Discours à l'Académie, en 1677).