‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 3)Chapitre 8 sur 55 · EXEMPLES PRIS IDE L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

EXEMPLES PRIS IDE L'ÉCRITURE

[Figures el propliélies]. — Dans l'ancienne loi, qui ne contenait que des ligures de nos mystères et de ce qui devait s'accomplir en effet dans la nouvelle, rien n'est plus souvent ni plus clairement prophétisé et figuré que l'établissement, le progrès, l'étendue de la foi et de la nouvelle religion que le Messie devait faire publier, comme on peut le voir par les passages que nous avons rapportés : de sorte que les prophéties accomplies si précisément, dans le temps et dans les lieux qui y sont marqués, sont un des principaux motifs de crédibilité de la religion chrétienne, puisque c'est par-là que l'on convainc invinciblement les Juifs d'erreur et d'illusion, que le Messie promis et attendu depuis tant de siècles est venu, et que les figures et les prophéties sont visiblement accomplies dans la personne et dans la religion de Jésus-Christ.

Les combats que le peuple de Dieu donna, et les victoires qu'il remporla pour faire la conquête de la terre promise, sont aussi uno "figure des combats qu'il a fallu donner et soutenir, des difficultés qu'il a fallu surmonter, des obstacles qu'il a fallu vaincre et des victoires qu'il a fallu remporter pour détruire le paganisme, et pour soumettre à l'empire de Jésus- Christ tant de nations si différentes, les unes barbares et les autres polies et civilisées, qui n'ont pas moins coûté de peines et de travaux les unes que les autres.

Les persécutions contre les prophètes, lorsqu'ils ont voulu réformer les mœurs des peuples et qu'ils les ont menacés de la colère de Dieu, repré-

sentent aussi les persécutions suscitées contre les Apôtres qui ont prêché aux peuples les vérités de l'Evangile, et contre les premiers chrétiens qui les ont observées. C'est ce que le Fils de Dieu lui - même reprochait aux Juifs, et ce que l'Église a éprouvé durant plus de trois siècles.

[Jésus fondateur de l'Eglise]. — Gomme la nouvelle religion que nous appelons le Christianisme a été fondée par Jésus-Christ même, et qu'elle contient les mystères, les vérités et la doctrine qu'il nous a enseignés, c'est aussi de là qu'on tire la principale et la plus forte preuve de la vérité de cette religion, parce qu'il a clairement fait voir qu'il était Fils de Dieu, le Messie qu'on attendait et le souverain législateur : et cela par la multitude et la grandeur des miracles qu'il a opérés, que les ennemis même les plus déclarés de notre religion n'ont pu contester. Or, ces miracles ayant été faits en confirmation de sa mission, de sa divinité et de sa doctrine, on ne peut révoquer en doute que la religion qu'il a établie ne soit véritable.

[Les Apôtres]. — Les premières conquêtes que fît cette nouvelle religion furent dans Jérusalem même, où elle avait pris naissance, lorsque les Apôtres sortirent du cénacle, où ils avaient reçu le Saint - Esprit, tout embrasés de ce feu divin, et qu'ils commencèrent à prêcher, en sorte que, gens auparavant grossiers et ignorants, ils furent tellement éclairés des lumières de ce divin Esprit et animés d'une telle ardeur, qu'ils parurent en public et furent entendus en toutes sortes de langues, publiant sans crainte les merveilles du Seigneur et la divinité de leur Maître qu'ils avaient vu ressuscité. Ce fut alors que commencèrent proprement la nouvelle loi et cette nouvelle religion; et S. Pierre, dans les deux premières prédications qu'il fit, convertit jusqu'à huit mille personnes, qui furent les prémices des conquêtes que les Apôtres firent dans la suite.

La nouvelle Église et la nouvelle religion étant fondées dans Jérusalem, S. Pierre fut envoyé pour baptiser Corneille, centurion romain; et Dieu fît connaître à cet Apôtre que la grâce et la prédication de l'Évangile devait être répandue sur les gentils. Ce fut par une mystérieuse vision d'un grand vase en forme de linceul, où étaient différentes espèces d'animaux, d'oiseaux, serpents et insectes, que S. Pierre eut horreur de manger, comme une voix du Ciel le lui ordonnait; mais Dieu lui fît entendre parlà qu'il n'y aurait plus de distinction de nation ni de personne, et qu'il voulait réunir tous les peuples dans une même religion, en lui adressant pour ce sujet Corneille, centurion, né et élevé dans le paganisme, mais où, à cela près, il menait une vie innocente, craignant Dieu, faisant de grandes prières et de grandes aumônes : et ce fut le premier des gentils appelé au christianisme.

[Les persécutions!. — T'nc sanglante persécution s'éleva bientôt contre Les

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nouveaux chrétiens, suscitée par les Juifs : car, quoiqu'ils vissent les miracles que faisaient les Apôtres, ils n'en furent pas plus touchés ou convaincus que de ceux du Fils de Dieu, dont ils avaient été les témoins. Le zèle de conserver leurs anciennes traditions les porta jusqu'à la fureur «outre S. Etienne, dont le martyre est décrit dans les Actes des Apôtres. T'est le premier qui a donné l'exemple, et inspiré le courage à une infinité d'autres, de répandre leur sang pour la défense de la foi. Aussi a-t-il eu l'honneur d'être le premier martyr, et d'avoir souffert la mort pour Jésus-Christ par ceux de sa nation.

[S. Paul]. — La religion chrétienne ne s'étendit guère que dans la Judée, jusqu'à la vocation miraculeuse de S. Paul, qui, en étant auparavant le persécuteur déclaré, en devint le grand apôtre, et celui qui dans l'apostolat a plus travaillé que tous les autres, puisque c'est à lui que la religion est redevable de ses plus grands progrès.

APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE

Sœpè expugnaverunt me à juvénilité meâ, et enim non potuerunt mihi (Ps. 128). — C'est S. Augustin qui fait ainsi parler l'Église aux chrétiens. « Mes enfants, nous dit cette mère, j'ai été bien combatue dès mes premières années; mais les plus puissantes attaques n'ont eu aucun succès contre moi, et je suis toujours demeurée victorieuse. Les tyrans pouvaient bien ôter la vie aux martyrs, mais les cœurs de ces saints étaient toujours à moi : on déchirait leurs membres et on brûlait leurs corps, mais leurs persécuteurs ne pouvaient leur faire tendre les bras pour présenter de l'encens aux faux dieux. » C'étaient alors des temps de paix; mais présentement, au milien de la paix, sans tyrans, sans bourreaux, sans supplices, où en suis-je? où en êtes -vous? combien se trouve-t-il de personnes qui démentent par leurs actions leur religion, après l'avoir confessée de bouche : Sœpè expugnaverunt me : j'ai bien eu des assauts à repousser; mais les ennemis que j'ai maintenant à vaincre sont d'autant plus dangereux qu'ils le paraissent moins.

Quid faciemus hominibus istis ? (Acl. iv) disaient les Juifs, dans le conseil qu'ils tinrent pour empocher les progrès de la religion, qui ne faisait alors que commencer. Quelle sorte de gens est-ce ici? que ferons-nous pour les arrêter, et empêcher que le mal ne s'étende plus loin? nous travaillons à leur avancement et à leur multiplication en voulant les opprimer. Certes, on pouvait dire des chrétiens persécutés parles tyrans ce qui est dit, dans l'Exode, du peuple de Dieu affligé en Egypte par Pharaon : Quanta plus opprimebat eos, lantà magïs mulliplicabantur et crescebant ; ils croissaient et se multipliaient par la persécution. Co qui a fait dire à Tertullien que lo sang des chrétiens était une semence de chrétiens; et l'on peut ajouter

que la religion est encore aujourd'hui semblable à ces grosses rivières, qui, perdant d'un côté quelque partie de leur lit, s'étendent en même temps d'un autre côté.

Jàm securis ad radicem arborum posiiaest. (Luc. m, 9). — A peine ce nouvel arbre est-il formé qu'on met la cognée à la racine pour l'abattre et le renverser par terre ; on le taille, on le coupe de toutes parts, on y applique le feu, on allume tout autour un bûcher capable de consumer une forêt tout entière : et cet arbre ne laisse pas de subsister. Que dis-je, il subsiste? il se fortifie sous les coups qu'on lui donne, il se nourrit dans cet horrible incendie, il y croît de telle sorte, qu'en peu de temps il peut donner retraite aux oiseaux du ciel et couvrir toute la terre de son ombre. Les tyrans ont péri malheureusement, les empereurs sont morts, les empires mêmes sont tombés : nul soin, nulle force n'a pu les en garantir : et la religion qu'ils ont si cruellement persécutée, à la ruine de laquelle ils ont travaillé avec tant d'ardeur, durant tant d'années, la religion, dis-je, fleurit au milieu de tant de ruines ; elle triomphe et triomphera éternellement.

Ab Oriente adducam semen tuum et ab occidente congregabo te. DicamAquiloni: Da; et Austro: Noli prohiber e ; affer fdios meos de longinquo, et fdias meas ab extremis terrœ. (Is. xliii, G). — Dieu l'avait ainsi prédit, et l'avait promis par son prophète. Prenez confiance: je dirai à l'Orient qu'on m'amène des enfants ; je ferai le même commandement à l'Occident; j'ordonnerai au Septentrion et au Midi qu'on les laisse venir. Tout s'assemblera sous mes ordres, et conspirera à former mon Église. Dieu ne dit pas: J'armerai l'Orient et l'Occident, je ferai marcher en bataille le Septentrion et le Midi. De tels moyens peuvent bien être nécessaires dans les entreprises humaines: mais c'est le Seigneur tout-puissant qui préside à celle-ci: il ne faut que le bras du Seigneur pour l'exécuter.

A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris. (Ps. 117). -- C'est de la sorte que l'on peut s'écrier en voyant l'exécution d'une si grande entreprise par de si faibles moyens, la conversion du monde par douze pauvres pêcheurs ignorants et grossiers. Est-ce donc là cette troupe choisie qui doit paraître avec confiance devant les plus augustes sénats, et faire trembler les juges de la terre jusque sur les tribunaux où ils sont assis, qui doit soumettre les grands, instruire les rois, enseigner les philosophes, convertir le monde ? Oui, Seigneur : voilà les ouvriers que vous avez destinéfl à cette œuvre merveilleuse : mais ils sont encore trop forts, puisque vous voulez, mon Dieu, vous joindre à eux et seconder leurs travaux. Aussi ne leur fallait-il pas un secours moins puissant que le vôtre, et, sans un coup extraordinaire, je ne dis pas seulement de votre doigt, mais do votre bras, à (moi auraient abouti tous leurs soins, et qu'en pouvaient-ils

lircr autre chose qu'une connaissance et une preuve sensible de leur faiblesse? Quand donc je les vois, dans leurs courses apostoliques, faire autant de conquêtes qu'ils visitent de provinces, et, dans l'espace de quelques mois tout au plus de quelques années, bâtir des temples, ériger des autels former des Églises, et grossir sans cesse le troupeau de Jésus- Christ j'adore, mon Dieu, votre providence, qui éclate toute entière dans ce miracle, et je m'écrie avec le prophète : A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis noslris.

In\novissimo dierum erit mons domûs Domini, prœparatus in vertice mon- Hum; et fluent ad eum populi. (Midi, iv, 1). - La maison du Seigneur, c'est-à-dire l'Église et la religion, sera comme une maison placée sur le commet des plus hautes montagnes et vers laquelle toutes les nations doivent couler. Quelle façon de s'exprimer ! on peut bien couler dans une vallée, et se laisser aller au penchant d'une colline ; mais qui a jamais entendu dire que du pied des montagnes on coulât jusqu'à la cîme ? Voici le mystère: la maison du Seigneur, c'est la religion chrétienne: elle est infiniment au-dessus des autres religions, et par l'élévation et par la pureté de sa morale. Pour parvenir à cette montagne évangélique, il faut faire effort et grimper: cependant, tout élevée qu'elle est, l'impression a été si forte qu'on a vu les peuples y venir en foule, et avec tant de précipitation qu'on eût dit qu'on n'y montait pas, mais qu'on y coulait et qu'on y descendait. C'est-à-dire que, quoique cette loi soit sévère, on s'y soumet néanmoins, et qu'on court dans la voie des commandements de Dieu, comme parle le prophète royal.

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