IV
Passages et pensées des SS. Pères.
Quomodb créditent philosopha nisi Comment les P1*»"*^1^^
reicuœ non videbalur evidenter mira- ajouté foi a nos mystères, dont ils na-
<ùla ecùsent fidem? August. 22. Liv. 7. vaient nulle ^vulence, si les m.raelesqu ,1*
cuta jeaswnu pu b voyaient ne les leur eussent persuades?
Ouisauxs adhùc prodiqiaut credat in- Celui qui (après la conversion du
mwuio credente, non creUU. W. $&,£$. de ne pas croire une chose
dont tout l'univers a été convaincu.
Si ver Apostolos, ut eis crederetur, Si on ne croit pas que les Apôtres aient jL'iltamiraculà facta esse non cre- fait des miracles pour faire creire les dunlur, hoc nobis unum grande mira- vérités qu'ils prêchaient, cela môme se-
culum sufjîcit, qubd terrarum orbis sine miraculis credidit. Id. Liv. 22.
Quid factum est de tôt mortibus martyrum, nisi ut, tanquam irrigatâ terra sanguine testium Christi, pullularet ubiquè segcs? là.
Ut mirabilior esset gratia et potentia Bei, quœ de tàm duris animis, tàm tenebrosis mentibus, tàm inimicis cordibus faceret fidelem populum et subditum. S. Prosper.
Sanguis martyrum semen chrislianorum; quotiès metimur,plures efficimur.
Tertull. Apol. c. ultimo.
Exquisitio quoque pœnœ illecebra est.
Id.
Sola vobis templa relinquimus : adeb omnia vestra implemus. Id.
Incarcerabantur, torquebantur : multiplicabantur. Id.
Christi regnum et nomen ubiquè creditur, ab omnibus gentibus colitur, ubiquè régnât, ubiquè adoratur. Jd.
Nisi verum esset Evangelium, nunquàm sanguine defenderetur. Hieron.
Epist 150 ad Hebid.
Sola Ecclesia persecutionibus stetit, martyriis coronata est. Id.
Magister suspensus et servi vincti sunt : et quotidiè religio crescit. Id.
Domine, si quod credimus error est, à te decepti sumus : nam ea quœ credimus confirma ta signis etprodigiis fuêrc, quœ non nisi per te facta sunt. Richard. à S.-Vict. De Trinit. il, 2.
Esset omnibus signis mirabilius, si ad credendum tam ardua, ad operandum tàm difficilia, ad sperandum tam alta, mundus absque mirabilibus signis inductus fuisset. Thoiuas, contra Gentes i, 6.
Magna insania Evangelio non credtre, cujus vcritatem sanguis martyrum clamât, Apostolicœ résonant voces, prodigia probant, ratio confirmât, elementa loquuntur, dœmones confitenlur ; sed
rait un grand et suffisant miracle, que toute la terre ait cru sans miracle.
Qu'est-il arrivé de la mort de tant de martyrs, sinon que la terre, arrosée du sang de ces illustres témoins, a produit une ample moisson 1
C'est afin que la grâce d'un Dieu et son pouvoir divin parussent avec plus d'éclat que, de cette multitude d'esprits si opiniâtres dans leurs sentiments, si aveuglés dans leurs erreurs, de cœurs si endurcis et si ennemis de la foi, il en a fait un peuple fidèle et docile à TÉvangile.
Le sang des martyrs est comme une semence de chrétiens : plus on nous moisonne, plus nous nous multiplions.
La grandeur des supplices qu'on invente pour nous épouvanter est pour nous un attrait.
Nous ne vous laissons plus que vos temples : tous vos autres lieux sont remplis de chrétiens.
On les emprisonnait, on leur faisait souffrir des tourments inouis : et tout cela ne servait qu'à les multiplier.
On croit aujourd'hui Jésus-Christ, par toute la terre; son royaume est étendu partout, partout on l'adore, partout il règne.
Si TÉvangile n'était véritable, on ne le défendrait pas au prix de son sang.
La seule Église, entre toutes les sociétés, s'est affermie par les persécutions, et a trouvé sa couronne dans le nombre de ses martyrs.
L'auteur de cette religion a été crucifié ; ses sectateurs ont été enchaînés comme des criminels : et nonobstant cela cette religion croît et fleurit tous les jours de plus en plus.
Seigneur, si ce que nous croyons est une erreur, c'est vous-même qui nous avez trompés, parce que tout cela est autorisé par des signes et des prodiges qu'il n'y a que vous qui puissiez opérer.
Ce serait une chose plus surprenante que tous les miracles, si, pour croire des choses si élevées, si difficiles à pratiquer, et pour espérer de si hautes récompenses, le monde y eût été poussé sans prodiges.
C'est une grande folie do ne pas croire à l'Évangile, dont le sang de tant de martyrs publie si hautement la vérité, que la voix des Apôtres a fait retentir partout, que des prodiges ont établir, à laquelle
l(U CHRISTIANISME.
longé major insnnia si, de veritate Evan- la raison est obligée de se rendre, à l,igclii non dubitans, vivercs tamen quasi quelle les éléments ont rendu témoignage, de ejus falsitale non dubitares. Picus et que les démons môme son! forcés d*a- Miraudul. Epi st. 2. vouer, mais c'est bien une plus grande
folie, de ne douter nullement de la vérité de l'Évangile, et de vivre néanmoins, comme si on ne doutait point qu'il ne fut faux.
InAsiâpropèjamdesolataessetempla On nous fait savoir que, dans l'Asie, dcorum, eo qu'od christiana religio non les temples de nos dieux sont presque tantùm civilates sed etiam vicos occu- déserts, parce que la religion chrétienne pâsset. Plinin9 Junior, Epist. ad Traj. remplit non-seulement les villes, mais
même les bourgades et les villages.
— — «»{MMK
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[Ce qne c'est que la religion chrétienne]. — La religion chrétienne est celle qui a été établie par Jésus-Christ, et qui, outre un seul Dieu en trois personnes, tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, reconnaît ce même Jésus - Christ pour vrai Dieu et pour vrai homme, qui est venu au monde pour racheter tous les hommes au prix de son sang et de sa mort. Les articles de cette religion sont compris dans l'Evangile, qui est appelé la nouvelle loi, qui contient des faits, des mystères et des préceptes, que tous ceux qui l'ont embrassée dans le Baptême sont obligés de croire et d'observer, en vivant conformément aux maximes de cette loi.
[Une religion est nécessaire]. — Comme il est évident, par la seule lumière naturelle, qu'il y a un Dieu créateur de cet univers, il n'est pas moins clair, par la même lumière, qu'il le faut servir et adorer: car, dès qu'on reconnaît un souverain Être, créateur de toutes choses, on se sent obligé de lui obéir, de lui offrir des prières et des actions de grâces, parce qu'il nous a faits ce que nous sommes par sa toute-puissance, et qu'il nous conserve par sa bonté. C'est une loi imprimée si nettement et si profondément dans tous les esprits , que les sages du paganisme , sans autre lumière, ont avoué que les honneurs souverains lui sont dus, et que l'on ne peut refuser, sans crime, de les lui rendre. Or, ce culte qu'on lui rend, et la loi qui l'ordonne, qui le règle et qui l'explique, s'appelle Religion. Mais, comme la plupart des hommes se sont attachés, par un amour déréglé, aux choses de la terre, ils ne se sont aussi formés que des divinités qui favorisaient leurs passions, et ensuite leur ont rendu leurs hommages selon leur caprice. Comme donc les païens n'ont point connu le vrai Dieu, ils
n'ont point aussi été instruits de la manière dont il fallait l'honorer : d'où il suit qu'il n'y a point d'homme de bon sens qui, connaissant Dieu tel que nous le connaissons, puisse douter qu'il ne doive suivre et embrasser la religion qu'il lui a prescrite, et, s'il veut rechercher quelle est cette religion, qui ne reconnaisse aussitôt que c'est la seule religion chrétienne, toutes les autres étant ou abolies comme la religion juive, ou fausses et susperstitieuses comme la religion mahométane et celle des païens.
[La religion chrétienne est la véritable]. — Il n'y a rien jde plus constamment vrai, et même de plus évident, que la seule religion chrétienne est la véritable, celle de la volonté de Dieu: parce qu'elle ne publie que des mystères de sa sagesse, de sa bonté et de sa puissance, qu'elle ne parle que de ses jugements incompréhensibles, qu'elle ne contient rien qui ne soit en tout conforme à la raison et aux bonnes mœurs, qu'elle a été approuvée et confirmée de Dieu par les oracles de ses prophètes et par une infinité de miracles, et qu'elle a produit une infinité de saints personnages, aussi illustres par leur science que par leur sainteté. Tout cela est visible à ceux qui veulent ouvrir les yeux à toutes ces marques de vérité, et considérer tous les traits que cette religion porte d'une institution toute divine.
[Sainteté de son enseignement]. — On voit que la seule religion chrétienne nous apprend ce qui de soi est évident par la lumière de la raison: qu'il y a un seul Dieu, qui a tiré cet univers du néant, qui nous a donné une âme immortelle avec l'empire sur toutes nos actions, et qui a un soin particulier de nous par sa Providence; et que, comme il a une parfaite justice, ou pour mieux dire qu'il est la justice même, il doit enfin récompenser les gens de bien et punir les méchants. On voit, en particulier, que la seule religion chrétienne nous commande ce que nous dicte la raison comme le premier et inviolable devoir : qu'il faut aimer Dieu par-dessus toutes choses, et le servir fidèlement, sans jamais souffrir que l'honneur qui lui appartient soit déféré à un autre, ou qu'aucune chose au monde nous sépare de son amour et de son service. On voit qu'elle seule prescrit, conformément à la raison, que l'homme doit aimer son prochain ainsi que soi-même, lui faire tout le bien qu'il peut, sans lui faire jamais aucun mal, et qu'elle donne cette règle si juste, de ne point faire, non pas même à notre ennemi, ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit. On voit qu'elle nous commande de suivre partout la vertu, et de fuir le vice; qu'elle défend non-seulement de faire le mal, quel qu'il puisse être, mais même d'en avoir le désir et la pensée; en un mot, qu'elle instruit suffisamment tous les hommes sur ce qu'ils doivent savoir pour se retirer du vice et pour vivre saintement. On voit enfin que la seule religion chrétienne enseigne, selon la raison aussi bien que selon la foi, que Dieu seul est le souverain bien, qui peut remplir le cœur de l'homme et le rendre bienheureux, et qu'il doit rapporter tous ses desseins et toutes ses actions à sa
160 CHIUSTIANIIHE.
gloire. Qui est donc celui qui, considérant tout cela, ne conclura aussitôt qu'elle est toute divine et croyable d'elle-même?
[Le changement de mœurs qu'elle a opéré]. — Si l'on doit juger de la cause par les effets, cette religion n'a pas plus tôt été préchée par toutes les nations et par toutes les parties du monde, qu'elle a converti un nombre infini d'bommes qui menaient une vie criminelle, et détestable, dans les abominations de l'idolâtrie, dans les impiétés des arts magiques, dans les infamies, dans les violences et dans les bomicides: et l'on voit encore tous les jours qu'elle produit les mômes effets dans les pays barbares et sauvages où elle est annoncée. Car ces peuples, qui menaient une vie brutale dans une longue babitude de vices, n'ont pas plus tôt été instruits des vérités chrétiennes, qu'ils ont quitté leurs mauvaises coutumes, et sont entrés dans l'exercice de toutes les vertus et de la piété.
[Est-ce donc une imposture]. — On ne peut sans extravagance attribuer à un imposteur une religion si parfaite dans sa naissance, qu'on n'y peut rien ajouter qui n'en diminue la perfection; une religion qui propose ses mystères sans adoucissement, avec autorité et avec confiance, qui ramène les hommes des sens à l'esprit, qui anéantit la corruption, qui rétablit les principes de la droiture dans notre âme, qui nous enseigne à glorifier Dieu aux dépens de la volupté et de l'amour-propre, à élever Dieu et à nous abaisser nous-mêmes, à nous soumettre à Dieu qui est plus que nous, et à nous élever au-dessus des choses qui nous sont assujetties; contraire à la politique mondaine, et encore plus à la corruption, élevant la raison et consolant le cœur, et étant aussi admirable à l'un que salutaire à l'autre.
[La religion chrétienne procure la gloire de Dieu]. — La fin de la religion étant d'honorer Dieu et de sanctifier l'homme, il est hors de doute que la religion chrétienne fait l'un et l'autre de manière à faire concevoir d'abord qu'elle est l'ouvrage de Dieu, et qu'il n'y en peut avoir de plus parfaite. Nous avons déjà vu comment elle élève l'homme à une haute sainteté ; mais il n'est pas moins constant qu'elle procure avantageusement la gloire de Dieu, puisqu'elle fait connaître sa nature, découvre ses divines perfections, et nous en donne une plus noble idée que celle que tous les philosophes et les esprits les plus pénétrants s'en sont jamais formée. Elle nous le représente bon et aimable aussi bien que grand et juste ; elle apprend aux hommes qu'il gouverne tout par sa providence, qu'il fait servir le mal à notre bien, qu'il pourvoit à nos besoins par sa bonté, que sa fidélité et sa justice ne lui permettent point do supporter nos dérèglements, et que néanmoins sa miséricorde n'a point de bornes. Ensuite, elle nous porte à l'aimer, à l'honorer, à le servir; elle nous enseigne même la manière de le faire; et, comme c'est la fin, elle apprend.aux hommes à rendre à Dieu la gloire qui lui est duc.
[Témoignages en sa faveur]. — On peut dire que, les témoignages qui ont été rendus à la personne du Fils de Dieu l'ont été pareillement à sa doctrine, à la vérité de l'Evangile, et conséquemment à la religion qu'il a établie. Voici les principaux. — Le premier est celui des prophètes qui en rendent témoignage en foule, par une longue et perpétuelle succession d'oracles, plus clairs les uns que les autres, qui parlent de ce Messie et de sa loi. — Le second est celui de Jean-Baptiste, témoignage d'autant plus certain qu'il avait été prédit dans l'Ancien -Testament, et que Jésus-Christ même et ses disciples ne cessent de ramener les Juifs à ce témoignage, d'autant plus considérable que Jean-Baptiste ne pouvait être soupçonné ni de complaisance ni d'intérêt. — Le troisième est celui des Apôtres, témoins éprouvés par la rigueur des tourments, et qui, n'ayant nul intérêt d'abuser les hommes, ont soutenu et défendu la vérité aux dépens de leur vie, et résisté à la force de supplices capables d'arracher l'aveu des plus grands crimes, s'ils se fussent sentis coupables de la moindre fourberie dans le témoignage qu'ils rendaient de la personne et de la doctrine de leur Maître. — Le quatrième est le témoignage du Père éternel, par une voix qui se fit entendre du ciel, dans la transfiguration du Sauveur : Hic est Filius meus, in quo mihi benè complacui: ipsum audite. — Le cinquième, enfin, est celui des ennemis mêmes de la religion : les Juifs et les Gentils en ont rendu un aveu favorable; la conduite de la Providence et la force de la vérité leur ont fait reconnaître, en mille occasions, que cette religion était la plus sainte et la plus raisonnable, lors même qu'ils s'en sont montrés les plus implacables ennemis.
[Établissement et progrès du christianisme]. Puen ne prouve si bien la puissance de la Divinité que les effets produits par des causes qui n'ont pas par ellesmêmes la vertu de les produire, ou qui ont même une vertu tout opposée. C'est ainsi que Jésus-Christ a prouvé sa divinité en établissant sa loi et sa religion, en se servant de l'ignorance pour combattre les savants, de vérités dures et incompréhensibles pour détruire des erreurs plausibles, favorables à la nature et à la corruption; de la mort, afin de se faire reconnaître pour Dieu, et en obligeant les plus éclairés du monde à confesser nue jusqu'à lors ils s'étaient trompés. Quand, pour venir à bout de cetîc entreprise, on aurait employé les armes, la politique, l'éloquence, ce serait un prodige de valeur, un miracle de prudence, et l'effet d'une éloquence toute divine; mais c'est le miracle des miracles de l'avoir fait avec des moyens qui, selon les règles ordinaires, étaient des obstacles à ce dessein.
Cette religion a fait de grands progrès, et fort rapides dans ses commencements, et de là on tire une preuve convaincante que c'est uniquement l'ouvrage de Dieu, si nous considérons tous Jes grands obstacles qui s'oppos;iient à cet établissements. On sait qu'ils étaient naturellement insurmontables de la part de ceux qui prêchaient cette doctrine, de ceux à qui
on la prêchait, de la part des princes et des souverains qui s'y opposaient, et de cette doctrine même qui choquait également l'esprit et la volonté, dans les vérités qu'elle proposait et qu'elle obligeait d'embrasser. Qui ne croira donc que c'est ici le doigt de Dieu, quand il considérera que cette religion, qui a commencé dans un coin de la Judée, s'est étendue jusqu'aux extrémités de la terre habitable, qu'elle a pénétré en divers endroits de l'Afrique, au fond de l'Orient, et enfin dans le Nouveau-Monde: ce qui paraît principalement dans ses premiers commencements et dans le succès du ministère des Apôtres, puisqu'il n'a fallu qu'une seule prédication pour la conversion de quatre mille âmes, selon le nombre des auditeurs : ce qui n'aurait rien de surprenant si les vérités qu'on publiait eussent été favorables à la nature, plausibles, et qu'on eût obligé par la force des armes à les recevoir.
[Les miracles]. — C'est particulièrement des miracles que les Apôtres se sont servis pour prouver les mystères et les vérités qu'ils annonçaient aux peuples : ce sont les moyens qu'ils ont employés pour détruire l'idolâtrie et pour convertir le monde. En effet, les historiens même profanes, et les tyrans qui faisaient mourir les martyrs, avouent que les premiers chrétiens et les martyrs faisaient des prodiges qui surpassaient les forces de la nature : c'est pourquoi ils les appelaient des magiciens. Sur quoi l'on peut faire ce dilemme : — Ces choses prodigieuses étaient faites ou par la vertu de Dieu ou par celle des démons. On ne peut pas dire que ceux dont la vertu était admirée même de leurs ennemis eussent quelque intelligence avec le démon ; outre que le démon eût agi contre lui-même et détruit son propre empire en favorisant une religion qui déclarait la guerre à tous les vices, et qui le chassait lui-même de tous les lieux dont il avait pris possession. C'est donc Dieu qui a parlé par ces miracles, et qui a montré, par les aveugles éclairés et les morts ressuscites, que cette nouvelle religion était l'ouvrage de ses mains; et, comme il est impossible que Dieu puisse autoriser l'imposture et le mensonge, un seul miracle fait en faveur de cette religion en prouve invinciblement la vérité.
Ou bien, dit S. Augustin, la religion chrétienne s'est établie par des miracles, ou bien elle s'est établie sans miracles. S'il y a eu des miracles dans cet établissement, c'est incontestablement la véritable religion, parce que les miracles ne peuvent venir que de Dieu qui les opère, ou par lui-même ou par ses ministres, et qui en est toujours le principe, comme auteur et maître de la nature: les miracles sont donc proprement la parole et le témoignage de Dieu : or, Dieu, la première et la souveraine vérité, peut-il porter témoignage à l'erreur, et ne serait-ce pas se contredire lui-même et se démentir? Mais, si cet admirable établissement s'est fait sans miracles, il n'en est que plus miraculeux; car qui peut se figurer qu'un tel dessein, conduit par de tels ouvriers, et avec de tels moyens, ait eu un succès si prompt, si constant, si parfait, sans sortir daz voies communes ?
Quelque incrédule ou quelque impie pourrait dire que les miracles de Jésus-Christ et des Apôtres ne sont pas toujours des marques certaines d'une vocation divine, puisque, au sentiment de l'Ecriture, un faux prophète est capable d'en faire, comme Moïse (Deuteron. 3) en avertit le peuple d'Israël, et comme les magiciens de Pharaon en firent en sa présence, et que, dans l'Évangile, le Fils de Dieu lui-même nous avertit que l'Antéchrist et de faux prophètes feront de grands signes et de grands miracles, jusqu'à séduire les élus s'il était possible. Mais, outre que ces faux miracles ne sont que des prestiges dont le temps découvre et a découvert la fausseté, et que ceux de Jésus-Christ et des Apôtres ont un caractère que la magie et l'art des démons ne veut pas contrefaire, il faut remarquer que nous ne nous contentons pas de dire que Jésus- Christ a fait de grands et de véritables miracles, mais qu'il les a faits avec toutes les marques d'une sagesse irréprochable, qu'il a déclaré expressément qu'il les faisait pour rendre témoignage à sa doctrine; et nous voyons, par leurs diverses circonstances, qu'ils se rapportent tous à cette lin. La déclaration de Jésus-Christ est donc véritable, il mérite d'être cru préférablement à tout autre sur un sujet de cette nature: car, en ces occasions, Dieu ne pourrait autoriser de faux miracles qui porteraient des caractères si visibles de la vérité.
Les miracles que Jésus-Christ a faits en confirmation de la vérité de sa doctrine n'ont pas été des miracles faits en cachette, sans circonstances et sans témoins; ils ont été publics, notoires à tout le monde, bien circonstanciés; il ont eu souvent tout un peuple pour témoin : moyen facile d'en découvrir la vérité ou la fausseté. Par exemple, il n'y avait rien de si facile que de savoir si Jésus-Christ, avait ressuscité véritablement Lazare. Le miracle était arrivé à un homme de qualité, connu dans la ville de Jérusalem : on y devait donc savoir publiquement qu'il était mort et qu'il avait été trois ou quatre jours dans le sépulcre : aussi ne l'ignorait-on pas, puisque plusieurs des plus qualifiés de la ville vinrent consoler les sœurs du défunt. On ne pouvait ignorer non plus qu'il ne fût ressuscité à la parole de Jésus-Christ, puisque les mêmes personnes qui doutaient auparavant du pouvoir que le peuple attribuait à ce nouveau prophète, en furent témoins, et que cet homme ressuscité par un miracle si public et si authentique vécut longtemps ensuite, et paraissait comme auparavant dans la ville; jusque-là que les scribes et les pharisiens pensèrent à lui ôter la vie, pour étouffer le bruit que faisait ce miracle parmi le peuple, qui, au retour de Béthanie, alla au-devant du Sauveur, et le reçut comme en triomphe. Jamais miracle n'a été mieux circonstancié, plus public et plus reconnu pour tel. On peut en dire autant de celui de l'avcugle-né et des autres, à la réserve de ceux do sa naissance, qui n'ont été connus que de .durie et de Joseph.
[Disproportion des moyens avec le but]. — Les esprits-forts, les libertins ei 1rs athées, se plaignent de ce que la religion défend aux chrétiens de rai-
170 christianisait:.
sonner sur les vérités de la foi et leur ordonne de se soumettre aveuglément à ce qui leur a été révélé. Mais je leur permets de raisonner sur rétablissement de cette religion ; je les somme même de répondre au raisonnement que je leur fais. Lorsque L'instrument dont on se sert pour agir n'a aucune vertu porportionnée pour produire l'effet, il faut nécessairement recourir à la cause principale, et dire que c'est elle qui l'a produit: par exemple, un pinceau qui ne se remue point n'est pas capable de donner tous les traits et toutes les beautés à un tableau ; il faut dire que c'est la main savante du peintre qui fait cet ouvrage. La boue qu'on met dans les yeux d'un aveugle-né n'est pas propre assurément à lui donner la vue : donc ce miracle ne doit pas être attribué à la bouc, mais à la main toute-puissante de celui qui s'en sert. Or, est-il que dans les douze Apôtres, destitués de crédit, d'argent, de force, de science et d'éloquence, il n'y a point de vertu proportionnée pour produire cet effet prodigieux du renversement de toutes les idoles et de l'établissement d'une croyance si incompréhensible et si difficile dans sa morale, malgré les oppositions de toutes les puissances du monde, et la résistance de presque tout le genre humain ? donc il faut attribuer cet effet à une cause principale, qui est secrète et cachée. Or, cette cause cachée ne peut être que Dieu.
Si le Fils de Dieu nous oblige à croire des mystères qui sont au-dessus de la raison, ce n'est qu'après nous avoir fait voir qu'ils sont croyables, et qu'ils n'ont rien qui choque le bon sens et la raison. Sur quoi S. Augustin, liv. xxn de la Cité de Dieu, 7 et 8, fait ce dilemme qui doit convaincre les incrédules et les libertins d'aujourd'hui. Les mystères du christianisme proposés par les Apôtres dans des siècles savants et polis paraissaient croyables en eux-mêmes, ou bien incroyables. S'ils paraissaient croyables à des philosophes qui avaient vécu dans l'idolâtrie, ils le doivent assurément paraître davantage à tous ceux qui sont nés et élevés dans la religion chrétienne : pourquoi donc ne les croiriez-vous point, aujourd'hui qu'ils sont éclaircis, examinés et approuvés par les plus savants hommes et les plus grands génies qui aient jamais été? Cum philosophis credentibu infidelis non credel? dit ce saint docteur. Que si ces mystères et ces vérités ne paraissent pas croyables en eux-mêmes, il faut donc qu'ils aient été rendus croyables par quelque autre voie: ce qui ne s'est pu faire que par les miracles: autrement, ce serait un grand miracle que tout le monde eût cru sans miracle une chose qui paraissait incroyable. Quomodô credidissent, nisi rei quœ non videbaiur evidenter miracula fecissent fldem?
Quel égarement est celui des incrédules et des libertins de notre temps! ils veulent s'instruire de la religion, car ils en parlent et en disputent souvent ; mais comment est-ce qu'ils s'y prennent ? ils commencent l'examen par ce qu'elle a de profond et d'obscur, ils s'attachent d'abord aux mystères, et, y trouvant des difiicultés qui les leur rcndenUncoinpréhcnsibles, ils concluent à la rejeter. Les mystères sont obscurs, il est vrai, et,
si jamais vous n'envisagez dans la religion que les mystères, vous ne vous y soumettrez pas. Mais, au lieu d'envisager les mystères, envisagez la révélation. Si vous l'examinez à loisir, attentivement et de bonne foi, elle vous paraîtra, comme elle est, sûre, indubitable, certaine ; et, la révélation admise, vous vous soumettrez sans peine aux mystères, vous les respecterez, vous les adorerez, et vous emploierez votre raison à les croire sans les comprendre.
[La raison]. — La raison nous dit que nous ne devons pas trop déférer à nos vues naturelles et à ses connaissances ; que, dans les choses de Dieu, il faut avoir recours à des lumières supérieures et moins trompeuses, et que, quelque éclairée que puisse être la raison, la foi et l'autorité de Dieu doivent l'emporter sur elle. C'est ce que la raison nous dicte : de sorte que, quand nous lui permettons de critiquer et de censurer les points de notre foi, nous lui donnons non-seulement plus qu'elle ne demande, mais encore ce qu'elle ne demande pas.
§ VI
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[La religion chrétienne conforme à la raison]. — On ne peut embrasser la véritable religion, que Dieu même a établie, sans prendre le meilleur parti en toutes manières, et sans suivre les plus pures lumières de la raison. Car enfin, Dieu ne saurait porter les hommes qu'à ce qui est le plus excellent; et la doctrine d'un maître également bon et sage, qui se sert de la nature et de la révélation pour nous instruire, doit se soutenir partout, et avoir des principes qui ne se démentent jamais : et, si la nécessité d'une religion est fondée sur la lumière naturelle, ne faut-il pas que la vraie religion y soit conforme elle-même, non-seulement dans la substance, mais aussi dans ses suites et dans ses effets ? Outre cela, comme la connaissance d'un D est le principe de toutes les vertus morales, et comme, dès qu'on aie La divinité, on s'abandonne à toutes sortes de vices, ainsi, la vraie religion étant la connaissance de Dieu la plus parfaite qu'on puisse avoir en cette vie, on doit y trouver ce qui perfectionne la nature raisonnable.
Où trouvera-t-on des lumières et des motifs capables de nous assujettir à La raison, comme il y en a dans le christianisme? 11 porte sur son frontispice le grand principe de la nature, de ne faire point à autrui ce que DOna ae voudrions pas qu'on nous fit, et de faire aux autres ce que noua voudrions qui nous fût fait à n< m - il ae pei moindre,
172 CU1USTIANISME.
chose contre le droit naturel ; il condamne les défauts les plus légers, et ceux-memes qui ont été presque inconnus à toutes les autres religions et aux sectes les plus austères des philosophes. Il promet de grandes récompenses à la vertu, il menace le vico de châtiments effroyables. Il nous excite fortement à l'une, et il emploie toutes sortes de moyens pour nous détourner de l'autre; jusque-là qu'il s'efforce d'en retrancher toutes les occasions et d'en arracher toutes les racines. Il nous commande la continence, et par ce seul commandement il bannit du monde une infinité de divisions, de désordres et de malheurs. Il nous commande le mépris des plaisirs, des pompes et des grandeurs de la terre. Il nous défend la vaine gloire et l'orgueil ; il nous ordonne de nous appliquer sérieusement à la connaissance de nous-mêmes, et par-là ôte toutes les jalousies, les querelles et tous les procès. Il chasse tous les vices avec tous les maux qui en sont inséparables, et il introduit toutes les vertus avec tous les biens qui les accompagnent.
Si le christianisme était une religion fausse, et s'il y avait de Terreur et de la fausseté dans ses principes ou de la contradiction, comment se peutil faire qu'une multitude innombrable de savants personnages, tant grecs que latins, et nés parmi les nations les plus polies, que tant d'esprits si subtils et si pénétrants n'aient pas découvert, dans l'espace de tant de siècles, la fausseté de cette religion, avant de l'embrasser ou après l'avoir embrassée? Dites - moi, je vous prie, pourquoi ils l'ont professée, pourquoi ils s'y sont attachés si constamment. Plusieurs d'entre eux avaient été nourris dans des religions différentes, et avaient sucé presque avec le lait la haine du christianisme. Il y en a eu qui, pour en faire profession, ont été obligés de perdre les biens qu'ils possédaient et le rang qu'ils tenaient dans le monde ; d'autres ont été contraints de perdre la vie. Où a-t-on jamais vu un homme qui ait choisi une erreur si incommode et si fâcheuse?
11 n'y a rien de si vain ni de si sacrilège que l'idolâtrie, qui naquit longtemps après la création du monde, et qui se partagea en tant de sectes diverses, unies seulement dans le culte impie de plusieurs dieux et d'une infinité d'idoles, à la honte éternelle du genre humain. Tout ce qu'il y a eu de grands hommes dans cette religion, ou plutôt dans celte superstition, se sont déclarés contre elle, et s'en sont moqués. Il ne faut que lire ce qu'en ont dit Socrate, Aristote, Cicéron, Sénèque, Épicte, et tant d'autres philosophes, et on verra l'estime qu'ils en faisaient. Je ne parle point des crimes de ces divinités prétendues, de l'institution de leurs sottes cérémonies et des ordures de leurs fêtes abominables : mais qui ne s'étonnera qu'ils aient adoré jusqu'à des insectes et à des animaux? On ne peut même y penser sans horreur, ou sans gémir sur un tel aveuglement. (Pianesse).
[Religion surnaturelle cl révélée].— Il était nécessaire que,la félicité parfaite
de l'homme étant dans une autre vie, la vraie religion portât ses vues audelà du raisonnement naturel qui est renfermé dans les bornes de la vie présente, pour nous proposer notre dernière fin, avec les moyens assurés qui y conduisent. Or, qui ne voit qu'il était impossible qu'on rendit à la Majesté divine le culte qui lui est dû, si elle n'en déclarait la forme ellemême, et si l'obéissance de l'homme ne fait le prix et la meilleure partie de ce culte? Les plus petits princes de la terre ne peuvent être bien servis, s'ils ne font entendre auparavant comment ils veulent qu'on les serve. Il était donc nécessaire, pour cela, que la religion nous fût révélée, qu'elle fût établie sur l'infaillibilité de la divine parole, afin que, se mettant à couvert d'un côté de la subtilité des doctes, et s'accommodant de l'autre à la faiblesse des ignorants, elle fût de la sorte proportionnée à tout le monde. Donc, la raison humaine étant aussi infirme que nous l'expérimentons tous les jours, elle ne pouvait être le fondement de la religion véritable, et il fallait de nécessité que la révélation divine le fût, elle qui est appuyée sur l'autorité de Dieu même, et qui est au-dessus du raisonnement naturel.
Tout ce que nous connaissons suffisamment comme vérité de Dieu ne peut être que très- vrai, et doit être cru, sans qu'on puisse raisonnablement y contredire ; on n'y peut même rien trouver qui choque la bienséance ou la raison, quoi qu'en dise ou qu'en puisse dire l'esprit humain, si sujet à se tromper et si prompt à décider, si faible en ses connaissances et si hardi à défendre ses opinions. Or, la religion chrétienne a des marques qui nous font connaître suffisamment qu'elle est révélée de Dieu : donc les choses qu'elle enseigne sont toutes adorables, toutes très-vraies, et doivent être reçues comme telles selon les règles d'un juste raisonnement: elles excluent aussi, par une conséquence nécessaire, toute fausseté et toute contradiction. {Le même).
[Du mahomélisme]. — Que dirons-nous du mahométisme , qui est venu tant de siècles après les autres religions, et qui, pour cette seule raison, doit être rejeté des personnes de bon sens ? Outre la croyance en un seul Dieu, qu'il a apprise des chrétiens et des juifs , il n'enseigne presque rien qui n'ait été tiré de leurs livres avec peu de fidélité, ou qui n'ait peu de conformité avec la raison, ou enfin qui n'enveloppe des contradictions, et qui ne se détruise soi-même. Il publie pour ses révélations des choses qu'il a prises, qu'il a altérées du Nouveau-Testament, et qui étaient écrites plusieurs siècles avant qu'il naquit. Celui qui en est l'auteur se déclare prophète, et ne dit rien de l'avenir. Il fait état de la loi de Moïse , et il en prend la circoncision sans savoir pourquoi. Il reconnaît Jésus pour prophète, pour le Messie, pour le plus saint des hommes, sans prendre garde que , s'il n'avait pas été en même temps Dieu , ainsi qu'il s'est déclaré , il aurait été, si je l'ose dire, le plus scélérat, le plus téméraire et le plus insensé de tous les hommes d'avoir voulu se faire passer pour Dieu. Le
mahométisme , enfin, loue la religion chrétienne qui l'a précédé; il honore les prophètes et les saints de l'un et de l'autre Testament, et admet l'Évangile comme ayant été révélé de Dieu à JÉSUS- Christ, sans s'apercevoir que ce même Évangile, annoncé par la souveraine vérité qui ne peut mentir, assure que les hommes ne se sauveront que par l'observation de ce qu'il enseigne , et que par conséquent l'Alcoran , que Mahomet fait succéder à l'Évangile, est inutile et faux tout ensemble. (Le même).
[Établissement miraculeux de l'Église]. — Peut-on concevoir une manie ou une fureur égale à celle d'un homme qui prétendrait , sans le secours de la puissance divine, établir les vérités qu'enseigne notre religion, et nonseulement persuader à ses disciples une doctrine si incroyable , mais les obliger à la persuader eux-mêmes aux autres , aux dépens de leur propre vie, après avoir vu mourir leur maître sur une croix ? Qui a jamais ouï dire , qui a jamais imaginé une chose plus ridicule , que de se mettre en tête qu'on pourra tromper les hommes jusqu'à ce point , et par une voie si grossière, si disproportionnée et si extravagante en apparence? Et cependant cette extravagance, cette folie ont été appuyées et soutenues, de sorte que toute la sagesse humaine n'a pu les confondre, ni les convaincre de la moindre fausseté. C'est cette folie prétendue qui a détruit l'empire des démons, qui a renversé les idoles, dont le culte était si ancien et si enraciné dans le monde; c'est elle qui , après avoir aboli les superstitions profanes et les lois impies du paganisme, a établi la connaissance et l'adoration du vrai Dieu, que tous les peuples de la terre ne connaissaient point, si vous en exceptez les Juifs ; c'est elle enfin qui a réformé les mœurs et les coutumes, qui a introduit l'humanité, la douceur, l'humilité, parmi les nations les plus fières et les plus barbares. Est-il croyable que celui qui a fondé une telle religion ait été un furieux et un insensé, comme il faudrait l'avouer, s'il n'avait point été Dieu, et que les autres n'eussent point été inspirés de Dieu ?
A la naissance de l'Église , pour établir le christianisme sur les ruines de l'idolâtrie et des autres sectes qui avaient corrompu le monde , le don des miracles fut accordé libéralement aux hommes , comme étant alors absolument nécessaire. Mais , depuis l'établissement et la confirmation de la foi, Dieu, qui ne fait rien d'inutile, ne Fa pas communiqué avec la même abondance, et sa conduite en ce point a été conforme à celle des hommes, qui n'ont pas les mêmes soins d'un arbre quand il a jeté de profondes racines et poussé de fortes branches , que quand il ne fait que d'être planté. Mais , si vous me dites que, n'ayant point vu ces miracles des siècles passés, vous ne pouvez en être touché, je vous répondrai que, si vous voulez ouvrir les yeux, vous les verrez encore dans la suite du christianisme. Ces temples si anciens, qui, après avoir servi au culte impie des idoles, ont été consacrés à celui de Dieu ; ces masses de pierres et ces colonnes do marbre que le temps n'a pu encore consumer, ces mo-
numents si augustes et si vénérables qui subsistent depuis tant de siècles, vous parlent continuellement et vous annoncent que c'est par la vertu de ces opérations miraculeuses qu'ils ont été ou bâtis ou purifiés ; que les cboses dont on voit encore durer les effets ne sont pas des contes ni des fables.
Pour peu qu'on veuille s'en éclaircir, on ne peut ignorer que la religion cbrétienne ne s'est étendue en tant de lieux et parmi tant de personnes que par la voie des miracles, n'ayant pu le faire ni par la force des armes comme le mabométisme, ni par le dérèglement des mœurs comme le paganisme, ni par la subtilité du raisonnement ou par les artifices de l'éloquence comme les sectes des philosophes et des sophistes. On me peut opposer que les gentils ont aussi leurs miracles. Du moins leurs auteurs, auxquels nous ajoutons foi en d'autres choses, rapportent des événements merveilleux, tirés des histoires anciennes et écrites du temps des fables. Mais, si le paganisme a eu des miracles, pourquoi ne les a-t-il pas opposés à ceux du christianisme, dans le temps qu'il lui faisait une si cruelle guerre ? Et pourquoi les gentils ont-ils embrassé la religion chrétienne, qui n'avait point de preuve plus commune ni plus forte que les miracles qu'elle employait pour les convertir. De plus, si ceux des païens venaient de Dieu, qui seul en fait de véritables , pourquoi Dieu permettrait-il qu'il s'en fit en faveur des chrétiens, et que les miracles du christianisme l'emportassent sur les autres, pour le nombre, pour la qualité, pour l'évidence et pour l'efficace , comme les prodiges de Moïse l'emportaient sur les enchantements des magiciens de Pharaon ? Donc, ou il n'y a point eu de miracles parmi les païens , ou ces prétendus miracles n'ont été que l'ouvrage des démons, indignes d'être comparés avec ceux de Dieu qui les a détruits. (Pianesse).
[Sommaire des preuves]. — Qu'on ne dise point que la religion niahométane et les autres sectes ont eu de grands succès dans le monde. Car enfin, les différences qui se rencontrent entre le christianisme et le mahométisme, et qui sont assez visibles, prouvent la vérité de l'un et la fausseté de l'autre. Ne sait-on pas que les violences, les intrigues, les voluptés, les intérêts, sont les principes et les fondements de la religion mahométane, aussi bien que des autres sectes qui ont corrompu une partie du christianisme? Il ne faut que lire les histoires pour en être entièrement convaincu. Car n'est-il pas vrai que la loi de Mahomet commença à se répandre dans une nation grossière et barbare; que, pour ne trouver point d'obstacles, clic s'accommoda en quelque façon aux dogmes et aux cérémonies des religions qui l'avaient précédée, comme il paraît par la circoncision qu'elle a prise des Juifs, par l'honneur qu'elle rend à Jksus-Guiust et l'estime qu'elle fait du christianisme, sans donner à connaître les raisons qu'elle a eues de s'en éloigner ? Elle n'a point enseigné des choses sublimes , capables d'étonner l'esprit humain. L'impio Mahomet a été un usurpateur
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et un tyran, qui a planté sa loi avec l'épée, qui, au lieu de raisons, n'a employé que l'injustice et la Tiolence pour étendre etétablir ses conquêtes. D'un autre côté, il a adouci les contradictions et les absurdités de sa loi par je ne sais qu'elle apparence de bien public, et par tout ce qui peut flatter les sens: de sorte qu'elles ne pouvaient Être d'abord ni découvertes ni réfutées parmi des peuples ignorants. De plus, quelles persécutions a-t-elle souffertes? Qu'a-t-clle de commun avec l'Église, qui s'est multipliée par la mort de ses enfants, et qui, toute faible qu'elle était, a triomphé de la puissance de ses ennemis?
Les preuves de la religion chrétienne consistent dans la conformité de ses maximes et de ses préceptes avec la lumière naturelle; dans la convenance qu'il y a entre la grandeur de ses mystères et celle de Dieu ; dans les secours qu'elle donne, dans les récompenses qu'elle propose à la vertu; dans les remèdes qu'elle applique aux vices, dans les châtiments dont elle les menace ; dans la pureté de vie et dans la perfection éminente où elle conduit ceux qui suivent exactement les règles de sa morale. Ajoutez à cela l'idolâtrie abattue, la réforme des mœurs introduite partout ; la conversion de tant de peuples différents et des plus savants hommes, qui, après l'avoir longtemps examinée, vaincus enfin par la force de la vérité, se sont faits chrétiens.
Pour nous, qui le sommes et qui avons connu ces divines vérités presque aussitôt que nous avons eu les yeux ouverts, quels sentiments de gratitude ne devons-nous point avoir pour une faveur si insigne, que Dieu a refusée à tant de sages et à une infinité d'hommes qui faisaient profession de vivre selon les principes de l'honnêteté naturelle ? Comment une si douce pensée ne nous fait-elle pas fondre tout en larmes ? Reconnaissons cette foi, qui nous distingue des Juifs, des idolâtres et des mahométans, pour le trésor le plus précieux qui nous puisse venir du ciel ; embrassonsla de tout notre cœur ; mais surtout faisons-en la règle de nos actions et de toute notre conduite. Car, si c'est une si grande opiniâtreté de fermer les yeux à la vérité du christianisme, c'est une folie bien plus grande, et qui sera punie beaucoup plus sévèrement, de croire cette doctrine vraie, et de vivre, après l'avoir reçue, comme si on ne doutait point qu'elle ne fût fausse.
Si la doctrine de l'Évangile est véritable, et surtout si elle est prouvée par des choses aussi fortes et aussi touchantes que le sont tous les grands miracles qui lui servent de fondement, il est visible qu'il faut vivre comme elle nous l'ordonne, quelque difficulté qu'on y trouve. La raison de cette conséquence se tire de la félicité inconcevable que la religion chrétienne nous propose. De tous les motifs qui peuvent nous porter au bien, on n'en conçoit point de plus puissant que l'espérance d'une gloire et d'une béatitude éternelles. Ni les biens, ni les maux de cette vie n'ont rien qui puisse entrer en comparaison avec elle ; ce qui fait que nous y trouvons tout ce qui est nécessaire pour résister aux charmes et aux menaces du monde, et
pour combler une âme de celte joie inénarrable et glorieuse qui surpasse toute intelligence, et qui la remplit de force et de courage. Il n'y a rien, après cela, de si fâcheux ni de si contraire à nos inclinations, dans la pratique la plus sévère et la plus exacte des préceptes de l'Evangile, qui ne devienne doux et aisé par l'espérance d'une si grande récompense. 11 n'y a rien aussi qui nous doive être trop cher ou trop difficile, lorsqu'il s'agit de faire ou de souffrir quelque chose pour s'en assurer la possession et la jouissance. La mort qui, sans cela, serait un mal extrême et sans ressource, n'a rien que d'heureux, lorsqu'elle est soufferte pour la profession de l'Évangile et de notre religion. (Anonyme).
[Le grain de sénevé]. — L'Église, ou la religion chrétienne, que Jésus- Christ compare à un grain de sénevé pour les justes rapports qui se trouvent entre l'un et l'autre, est un ouvrage si digne de la puissance de Dieu, que je puis dire que jamais elle ne s'est fait sentir avec plus d'éclat que lorsqu'il s'est agi de fonder son Église sur les ruines des idoles qui étaient adorées partout. C'est un miracle dans la nature qu'il sorte un arbre d'une semence aussi petite que l'est le grain de sénevé, et étende tellement ses branches que les oiseaux du ciel viennent s'y reposer: mais n'est-ce pas un autre prodige, dans la grâce, que Dieu, voulant réunir les hommes pour en faire son peuple et son royaume, se soit servi de la prédication de l'Évangile, et que cette parole émanée de son esprit et annoncée par les Apôtres, semée dans un champ comme une riche semence, ait tellement crû. en peu de temps, que les tètes couronnées et les puissances de la terre se soient estimées heureuses de venir s'y reposer pour y trouver le salut? (Anonyme).
[De la prédication apostolique]. — - Si l'on eût proposé aux infidèles des vérités si claires et si évidentes qu'ils eussent pu en tomber d'accord à la seule exposition qu'on leur en eût faite; si on leur eût ouvert un chemin ftisé qui les eût conduits au bonheur dont on flattait leur espérance pour l'autre vie ; si, ne pouvant convaincre leur esprit indocile, on se fût servi de paroles flatteuses pour gagner leur volonté; si on eût employé les charmes de l'éloquence pour adoucir les rigueurs d'une loi qui les révoltait, parce qu'elle déclare la guerre aux plus tendres inclinations de la nature, peut-être la merveille ne serait pas si étonnante qu'ils se fussent rendus, et qu'ils eussent embrassé cette religion. Mais non : on ne cherche aucun de ces détours et de ces ménagements pour prévenir les infidèles : on prend même tout le contrepied. Accoutumés à des idoles qu'ils voient et qu'ils touchent, on ne leur parle que d'un Dieu invisible, d'un Dieu renfermant trois personnes dans une seule essence, d'un Dieu incarné, d'un liii.r fait enfant et assnjolli à toutes les faiblesses d'un enfant, en leur prêche une morale austère, rebutante, sévère, qui abaisse l'esprit, révolte le cœur, qui désarme les passions, qui donne la mort aoi sens ,
ANISME.
qui met tout l'homme dans un élat violent , qui apprend aux avares, aui orgueilleux, aux sensuels qui ont vieilli dans le vice, le mépris du monde Le désintéressement, l'humilité, le renoncement à soi-même : quel miracle donc n'a-t-il point fallu pour leur faire embrasser cette
religion ! ,
De quels moyens se servira Dieu pour l'exécution d'un si pénible et si magnifique dessein ? A votre avis, prcndra-t-il pour ses ministres les princes et les grands de la terre ? Non : on aurait attribué les merveilles de la morale chrétienne au désir de retenir les peuples dans leur devoir, en les obligeant de s'unir par la charité. Non hos deuil Dominus. Choisirait les philosophes ? Non : on aurait attribué le désintéressement dont le christianisme fait profession à la sublimité des sentiments que la philosophie peut inspirer. Non hos elegit Dominus. Choisira-t-il les orateurs pour persuader de si grandes vérités, mais qui leur paraissent incroyables? Non : car on aurait cru qu'ils avaient séduit les hommes par les charmes de leur éloquence. Neque hos elegit. Sur qui donc a-t-il arrêté les yeux pour une si grande et si laborieuse entreprise? Sur de timides pêcheurs, personnes simples, sans richesses, sans armes, sans autorité, sans secours humain. C'est que Dieu, voulant montrer que la prédication de sa Loi est <on ouvrage, a voulu triompher de l'orgueil de l'homme par la bassesse, et se servir des moyens les moins propres, les moins sages selon le monde, et les plus faibles en effet, pour confondre ce que le monde a de plus sage, de plus grand et de plus puissant.
Si vous voulez savoir quel a été le succès d'une si grande entreprise, je vous dirai ces paroles de l'Évangile qui forent dites à une autre occasion : Veni el vide. Venez et voyez quel en fut le prompt et rapide cours, contre toutes les idées que s'en fussent formées les sages et les politiques du monde. Ces douze pécheurs, qui n'avaient jamais appris ni lettres, ni sciences attaquent le monde idolâtre, confondent les sages, instruisent les grands, convertissent les peuples , brisent les idoles , renversent leurs temples et leurs autels, et assujettissent toute la terre à l'empire d'un Dieu crucifié. Veni el vide. Venez et voyez les idoles, qu'on avait adorées dans tous les siècles passés, foulées aux pieds, brisées ou fondues , le culte du démon aboli ; l'Évangile , cette loi si rigoureuse et si contraire aux inclinations de la nature , reçu et approuvé ; un homme cruciiié avec la dernière ignominie cru et reconnu pour véritable Dieu. Veni et vide : ^ cnez et voyez. Quoi ! le changement universel du monde , ses mœurs corrompues à l'excès devenues toutes maintes, les vices les plus invétérés détruits, les rois et les empereurs adorant la croix, qui avait paru un scandale aux Juifs et une folie aux gentils. (Anonyme.)
[Persécutions contre les chrétiens]. — Si les supplices cessaient, la haine et les
mépris ne cessaient jamais ; il était toujours permis de dire des injures
chrétiens , de parler et d'écrire contre eux , de s'en moquer, de s'en
jouer en plein théâtre : tout cela était non- seulement impuni , mais approuvé et autorisé, et les seuls passages de Gelse rapportés par Origèno suffisent pour faire voir avec quelle indignité ils étaient traités; ils no pouvaient éviter de voir tous les jours les cérémonies profanes des païens, de rencontrer partout des statues infâmes et des lieux publics de débauches, d'entendre de toutes parts des discours impies et dissolus. Il fallait sans doute de la force et de la fermeté de cœur, pour conserver, au milieu de tant d'obstacles, une foi si vive et des mœurs si pures. (Fleury, Mœurs des chrétiens).
[Établissement de la religion]. — - Ce ne fut point l'éloquence des Apôtres qui établit la foi et la religion : leur langage était simple et sans fard : Non in sapienliâ verbi. Ce ne fut pas la facile croyance de leur doctrine : c'était un Dieu crucifié qu'ils prêchaient : Prœdicamus Chrislum, et hune crucifixum. Ce ne fut pas l'indulgence de leur morale: car ils ne parlaient, comme leur Maître, que de croix , que de pauvreté, que de patience : Qui non accipit crucem suam... Qui non rermnliaverit omnibus quœ possidel. Et comment le monde entier s'est-il donc rendu à une prédication si nouvelle et si étrange ? Tant de gens habiles auraient - ils pu soumettre leur esprit à des vérités si inconcevable;:; ? Tant de personnes, noyées dans la volupté , auraient- elles pu se résoudre à embrasser tant de mortifications, si les Apôtres , porteurs des ordres de Dieu , n'avaient été les instruments de sa puissance, et si ces nuages divins n'avaient étonné toute la terre par leurs éclairs avant que de l'arroser par leurs pluies.
N'admirez-vous pas la hardiesse avec laquelle douze pauvres pêcheurs se partagent le monde entre eux? Il est vrai que les successeurs d'Alexandre le partagèrent; mais c'était un monde tout conquis; au lieu que les disciples du Sauveur se le partagent à conquérir. L'un se charge de subjuguer l'Asie, l'autre l'Egypte, un autre les Indes, et des pays où la puissance des plus grands empires ne parvint jamais. Ce qu'il y a de plus surprenant, tous viennent à bout de leurs expéditions, et par quels moyens? c'est encore ici la merveille : par une doctrine contraire aux sens et à la raison, du moins en apparence, en prêchant un Dieu crucifié. (Fromentières.)
[Les Apôtres]. — Si les Apôtres n'eussent pas été convaincus de la vérit de ce qu'ils prêchaient, qu'aurait-il importé à quelques pauvres abusés que les gentils connussent ou ne connussent point le vrai Dieu? à de faux >ins , que les hommes ne fussent ni fourbes ni monteurs ? à des gens hais et détestés, que les hommes s'aimassent les uns les autres? à de de la haine publique , que leurs ennemis se réconciliassent
'•ira que ces hommes aient voulu être méchants, pour nous rc'11" >u? tromper tout le genre humain, pour faire de Ja fidé
une loi sacrée et inviolable ? devenir ennemis de leur Dation, pour noua
rendre charitables envers tout le monde, et que par la plus signalée de toutes les Impostures et le plus grand de tous les crimes, on se proposât d'établir une religion qui va ù sanctifier le genre humain ? (Abadie, Vérité de lu religion.)
Rien ne paraît plus admirable, dans le dessein que Jésts-Ciihist avait de conquérir le monde, que les instruments dont il s'est servi pour l'exécuter. Il méditait le renversement des empires, la ruine des idoles, la défaite des démons : il semblait que, pour achever de si grands desseins, il fallut amasser quantité d'argent et de troupes, qui, engagées par l'espérance du butin, se portassent à une entreprise si difficile. Cependant, dans le choix qu'il fait de douze pécheurs, il leur commande de renoncer au peu de bien que leur naissance leur a donné, leur défendant de porter les armes, de faire aucune provision, et, en cet équipage extraordinaire, il les envoie à la conquête de l'univers. Chose étrange! il veut que leur faiblesse abatte la puissance des rois, que leur bassesse confonde la grandeur des monarques ; et de peur, dit S. Ambroise, que l'on ne croie qu'il a acheté le monde et qu'il ne l'a pas conquis, il veut que tous ses soldats soient pauvres. Non divites sed piscalores Ckrislus elegit, ne mnndum redemisse diviliis viderelur. (Fromentières, Panég. des Saints de l'ordre de S. Benoît) .
[Du témoignage des martyrs]. — Il y a quelques religions qui peuvent avoir eu leurs martyrs; mais quels martyrs! des superstitieux qui s'exposent à la mort sans savoir co qu'ils font, comme ces barbares qui se jettent en foule au-devant de leur idole, afin que ce colosse les écrase sous ses roues en passant. On ne trouvera point d'autre religion que la religion chrétienne qui ait été confirmée par le sang d'une multitude de martyrs éclairés, qui souffrent pour défendre ce qu'ils ont vu; qui, de vicieux qu'ils étaient, sont devenus saints par la foi qu'ils ont en leur Maître, et qui enfin, répandus en tous lieux, mourant sans que leur nombre diminue, et se perpétuant en quelque sorte par la mort, souffrent avec joie, par la certitude qu'ils ont d'être couronnés après leur mort, certitude qu'ils tirent de ce qu'ils ont vu pendant leur vie. (Abadie).
[Excellence de la morale chrétienne et de nos mystères]. — Pour peu qu'on pénètre dans le fond des autres religions, on trouve qu'elles tendent à détruire les principes de droiture que Dieu a mis dans l'âme de tous les hommes et à flatter leur corruption. Celui qui considérera la religion chrétienne trouvera, au contraire, qu'elle tend à détruire la corruption, et à rétablir ces principes de droiture dans nos âmes. Les païens flattent leurs passions jusqu'à leur bâtir des autels. Mahomet aime la prospérité temporelle jusqu'à en faire la fin et la récompense de la religion. Les gnostiques s'imaginent que, lorsqu'ils sont arrivés à un degré do connaissance qu'ils appellent l'état do perfection, ils peuvent commettre toutes sortes d'action
PARAGRAPHE SIXlÈMK. 18 i
sans scrupule, et que ce qui serait péché pour les autres ne Test point pour eux. Quels égarements! quelle impiété! et combien la religion chrétienne est-elle admirable, lorsque, seule entre toutes les religions, elle nous fait connaître notre corruption et la guérit par des remèdes aussi salutaires à l'esprit qu'incommodes à la chair! Les autres religions ont voulu que la divinité portât l'image de l'homme : et par-là ceux qui les ont instituées n'ont pu manquer de représenter la divinité faible, misérable et souillée de vices, comme tous les hommes les ont : au lieu que la religion chrétienne nous enseigne que l'homme doit porter l'image de Dieu, ce qui nous engage à nous rendre parfaits, comme nous concevons que Dieu est saint et parfait. Si le désordre paraît effroyable, peut-on s'empêcher de reconnaître que le rétablissement est divin?
Avant la religion chrétienne, on n'avait jamais su qu'il fallait porter sa croix, estimer bienheureux les pauvres d'esprit et ceux qui souffrent persécution pour la justice ; qu'on dût aimer ses ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent; qu'il fallût non-seulement se consoler au milieu des maux et des traverses, mais se réjouir d'être affligé, et regarder la mesure de ses souffrances comme la mesure de sa gloire et de son bonheur. Les hommes n'avaient jamais eu de telles pensées. Les paradoxes des stoïciens le cèdent beaucoup à ceux-ci, et nous voyons avec surprise que des pêcheurs simples et grossiers dans leur langage ont eu des maximes aussi élevées au-dessus de la portée de l'esprit qu'elles se trouvent contraires au penchant du cœur.
Les mystères que Dieu nous a révélés dans sa religion ressemblent à cette colonne de nuée qui conduisait les enfants d'Israël dans le désert: ils ont, comme elle, un côté lumineux et un côté obscur. Nous ne les voyons pas en eux-mêmes, ni par les lumières de la raison ; ils n'ont pas cette évidence que nous demandons dans les démonstrations métaphysiques : mais la révélation en est claire, et les motifs qui nous obligent aies croire ont toute l'évidence morale qu'on peut désirer, et, en les considérant par cet endroit, qui a pourtant quelque obscurité puisque nous ne les connaissons que par la foi, ils sont grands, sublimes, conformes à la nature des choses, dignes de Dieu, et très-étroitement liés avec les principes les plus inviolables de notre cœur et de notre esprit.
[Des oracles païens]. — Que les païens nous 'apprennent pourquoi leurs oracles se sont tus à point nommé, lorsque les Apôtres ont annoncé le mystère du Christianisme, et comment, le son de ces saints hommes étant allé jusqu'au bout de l'univers, il a imposé un éternel silence à des oracles qui avaient si longtemps parlé: ce qui a mis les auteurs païens dans la nécessité de rechercher la cause de ce silence si inopiné. Car de dire, comme Julien-l'Apostat, que les oracles se sont tus aussi parmi les Juifs, cela ne fait rien pour leur défense, puisque nos prophètes avaient prédit que le
t$o CHRISTIANISME.
don de prophôtir serait aboli: mais où est-ce que ce oracles des païens avaient prédit leur propre silence? (Abadie).
[Il ne peut v avoir d'illusion]. — Il est difficile de se persuader que des geo qui ont une étincelle de bon sens, renoncent à leurs biens et souffrent courageusement la mort pour défendre une cause, s'ils n'avaient de puissantes raisons de la croire bonne, comme ont fait les martyrs. Car ce ne sont pas seulement ici des gens qui, étant nés chrétiens, suivent aveuglément le préjugé de la naissance et de l'éducation: il s'agit d'une infinité de perconne°s qui, de païens, se sont faits chrétiens, et qui, exempts des préjuges favorables delà naissance et de l'éducation, et en ayant de tout contraires à la religion chrétienne, meurent pour elle après l'avoir connue. Des gens qui sontnés et qui vivent paisiblement dans une religion peuvent croire aveuglément ce qu'on y croit ; mais celui qui connaîtra tant soit peu le cœur de l'homme ne pourra s'imaginer que des gens renoncent à ees préjugés et fassent violence à leurs plus chères inclinations pour embrasser une religion persécutée par les puissances et poursuivie par le feu, sans l'examiner auparavant et sans savoir bien pourquoi ils l'embrassent.
Qui s'imaginera, si c'était une illusion, qu'elle ait été reçue comme de concert par tout l'univers, et qu'elle se trouve jointe avec cette morale si belle Fi sublime, si pleine d'équité, que les ennemis mêmes de notre religion ont toujours estimée, et qu'enfin toutes les vertus naissent de l'erreur, et, pour ainsi parler, du sein de cette folie qui change le monde et sanctifie le genre humain, accomplissant les oracles qui avaient prédit la vocation des gentils? Que si ces hommes ne se trompent pas eux-mêmes,
encore moins peut -on moins les soupçonner de vouloir tromper les
autres
C'est une chose bien remarquable, que toutes les religions se sont établies à la faveur de prospérités éclatantes, comme le Mahométisme et le Paganisme, ou par l'adresse de personnes élevées en dignité, et que le Christianisme, au contraire, se soit rendu le maître, en un si petit espace de temps, du cœur et de l'esprit des hommes, lorsqu'il n'était accompagne que de misères et d'opprobres, et que les princes de la terre employaient toute leur adresse à l'anéantir dès sa naissance, et inventaient pour cet effet des supplices qu'aucun autre intérêt n'a jamais pu inventer. (Le
même). i , . . ,
La mort de son auteur lui a donne la vie, et ceux qui ont ete choisis pour l'établir n'ont eu que les miracles pour armes, et pour trompettes la parole de l'Évangile; ils ont payé de leurs personnes à la défense de cette religion et le sang qu'ils ont répandu pour la maintenir lui a plus acquis de sujets que leur prédication peut-être n'en a fait. Où trouver une façon plus surprenante de fonder un état et une religion, par le meurtre de son autour, par la mort de ses plus considérables têtes, par le martyre de »es
propres sujets? De plus, comment s'est-elle répandue, par où a-t-elle fait ses progrès? Aurait-elle pu tenir tête, armée seulement de patience et de vertu, à la puissance des armes, à la sagesse des philosophes, à l'éloquence des orateurs, si elle n'eût eu quelque chose de divin. Aurait-elle pu subsister parmi tant d'ennemis qui l'attaquaient de tous côtés, malgré tant de si violentes et de si continuelles persécutions? (Anonyme).
[Témoignage des païens]. — Le témoignage que les païens ont été contraints de rendre à la religion chrétienne n'est pas un des moindres avantages qui en relève la gloire. Tout le monde sait celui que lui rendit l'un de leurs magistrats, qui, pour obéir à l'ordre qu'il avait reçu de l'empereur, de faire une exacte recherche de la vie des chrétiens et des crimes dont on les accusait, écrivit en ces termes à l'empereur Trajan que, outre la ferme résolution de ne point sacrifier aux dieux, « il n'avait point appris autre « chose de leur religion, par la déposition môme de leurs renégats, t sinon qu'ils avaient coutume de s'assembler à certains jours pour « chanter ensemble des hymnes à Jésus-Chiust comme à un Dieu, et pour « s'obliger par serment, non pas à faire quelque crime, mais à fuir les « larcins, les vols, les adultères, les fraudes et les perfidies. » Voilà le témoignage que les ennemis mêmes du christianisme ont été contraints de lui rendre : car, après s'être informés de sa doctrine et de ses maximes, ils déclarent, à leur honte, ce qu'ils devraient cacher pour leur honneur, que son crime consiste en ce qu'il a tous les crimes en horreur et qu'il défend d'en commettre aucun. On peut bien en croire les païens, quand ils parlent à l'avantage de la religion chrétienne, qu'ils ont condamnée et qu'ils ont fait gloire de persécuter. Personne ne ment pour se couvrir d'infamie : et cependant ces infidèles, éblouis de la lumière qui frappait leurs yeux, ont pris la vérité et la vertu pour le mensonge et pour le vice, et justifié les chrétiens en les accusant de ce qu'ils faisaient profession ouverte d'une doctrine qui les obligeait à éviter tout mal, et qui ne leur permettait pas de faire une action criminelle. (Morel, Vérité de la religion).
[Les incrédules et les libertins]. — Je voudrais bien que ces gons-là nous disent sincèrement s'ils ont jamais médité avec application sur l'esprit de la religion chrétienne, sur celui qui en est l'auteur, sur ceux qui l'ont premièrement annoncée aux païens, sur le grand progrès que les Apôtres et leurs disciples ont fait en si peu de temps, et sur ce nombre presque infini de martyrs qui ont souffert les plus cruels supplices durant trois : i'-clcs entiers. Ont-ils comparé ces choses les unes avec les autres? se sont-ils demandé à eux-mêmes comment il est possible qu'une religion si contraire à toutes les autres religions du monde, dans sa morale, dans ses mystères, dans ses promesses, et si opposée aux préjugés et aux passions des hommes, ait été embrassée par taot de personnes, qui ont renonce pour elle à tout ce qu'il y a d'éelalant et d'sgréable dans le monde? Si
messieurs y ont pensé sérieusement, d'où vient qu'ils n'en n'ont pas conclu que le3 faits principaux dont noua noua servons pour démontrer la vérité do notre religion sont certains et inconti ? car cnûn, il me semble
que tout cela saule aux yeux do tous ceux qui y veulent faire attention.
La religion chrétienne renverse toutes les religions qui étaient avant elle dans le monde: elle condamne le paganisme pour sacrilège et extravagance; si elle reçoit les points fondamentaux du judaïsme, elle soutient qu'il est corrompu par mille fausses traditions; elle abolit ce qu'il y avait d'éclatant et de pompeux dans le culte, pour ne s'attacher qu'à une adoration spirituelle; elle ne parle que de mortification, de pénitence, de renoncement aux plaisirs et à soi-même. Et quelle récompense nous promet-elle pour un si g'and sacrifice? Des biens infinis et éternels à la vérité; mais on ne les goûte point ici bas, on ne les sent point. Elle nous fait espérer la résurrection des morts, la chose du monde la plus incroyable aux païens: car, quand S. Taul en voulut parler dans l'Aréopage et aux philosophes d'Athènes, on se moqua de lui et on le traita de discoureur. Enfin, pour avoir part aux promesses de la religion chrétienne, il faut mettre toute sa confiance en Jésus-Ciiiust crucifié : et n'est-ce pas la ce qui fait le scandale des Juifs et ce qui paraît une folie aux gentils? On doit encore se préparer à souffrir en ce monde tous les maux imaginables, à être haï, persécuté et maltraité durant toute sa vie. Qu'y avait-il donc dans cette religion qui pût attirer les gens? (Anonyme).
[Grandeur de l'entreprise d'établir cette religion]. — Il fallait confondre toute la Prudence du siècle, convaincre les plus habiles politiques de fausseté et do mensonge, et leur faire avouer à tous leur ignorance et l'illusion qui les trompaU. Il fallait anéantir en quelque sorte toute la puissancs humaine, rendre inutiles tous les efforts des grands du monde, résister aux empereurs, et triompher de toute la fureur des tyrans. Enfin, il fallait livrer autant de combats et remporter autant de victoires qu'il y avait d'hommes. Ce n'était pas même par l'endroit le plus faible qu'il fallait commencer mais par l'état le plus florissant du monde, par l'Empire Romain, par Rome même. Après avoir démoli, il fallait, sur les ruines de l'idolâtrie, bltir et élever, quoi la religion de Jésus-Christ, ce saint édifice, que ni l'es plus longues révolutions des temps ni les plus violents orages ne devaient jamais abattre, ni même ébranler. Il s'agissait, dis-jc, de publier dans le monde et d'y faire recevoir une foi toute opposée a no^ vues les plus ordinaires et aux opinions les plus établies parmi les philosophes, les maîtres alors et les oracles du peuple II y a plus: il s'agissait de fairo agréer aux hommes, naturellement sensibles sur l'honneur, une loi qui portait un caractère d'ignominie et de honte, depuis que Jésus-Ciiiust son auteur avait été publiquement accusé et crucifié. Quel sujet de scandale pour les païen*! et quelle occasion de dire, ce qu'en effet ils dirent plus d'une fois, quo la religion chrétienne était la religion des scélérats,
puisque le docteur même et le chef des chrétiens avait été condamné au plus infâme supplice? Pour moi, il me paraît que ce plan, tel que je vous le propose, renferme dans l'exécution des difficultés insurmontables: et une religion qui s'élèvera de la sorte sur le débris do toutes les autres, malgré la sublimité de ses mystères et la sévérité de sa morale, doit sans doute avoir quelque chose de surnaturel, et ne peut venir que de Dieu.
Euntes, docete omîtes génies, baplizanles eos, etc. Les Apôtres obéissent à ce commandement: ils se partagent, ils partent, disons mieux, ils volent do l'Orienta l'Occident, du Midi au Septentrion; ils parcourent les plus vastes régions. Il ne fallait pas qu'ils s'arrêtassent longtemps dans une même contrée : ils devaient seulement s'y montrer, et de là se transporter dans une autre; autrement, ils n'auraient pu fournir toute la carrière, ni remplir, dans toute son étendue, leur vocation. Chaque royaume, chaque empire, ne les retient qu'autant qu est nécessaire pour qu'ils s'y fassent écouter, et pour y annoncer la religion qu'ils prêchent; dès qu'ils ont parlé, leurs paroles percent les cœurs, et tout en ressent l'efficace. Mi autem, profecti , prœdicaverunt ubiquè.
Oui, Seigneur, voilà les ouvriers que vous aviez destinés à une œuvre si merveilleuse. Mais ils étaient encore trop forts, puisque vous vouliez, mon Dieu, vous joindre à eux et seconder leurs travaux Aussi il ne leur fallait pas un secours moins puissant que le vôtre; et, sans un coup extraordinaire, je ne dis point seulement de votre doigt, mais de votre bras, à quoi auraient abouti tous leurs soins, et qu'en pouvaient-ils retirer autre chose qu'une connaissance et une épreuve sensible de leur faiblesse? Quand donc je les vois, dans leurs courses apostoliques, faire autant de conquêtes qu'ils visitent de provinces, et, dans l'espace de quelques mois, tout au plus de quelques années, bâtir des temples, ériger des autels, former des Eglises, et grossir sans cesse le troupeau de Jésus-Christ, j'adore, mon Dieu, votre providence, qui éclate tout entière dans ce miracle, et je m'écrie avec votre prophète que c'est vous seul qui l'avez fait : A Domino faclum est istud, et est mirabile in oculis noslris.
Quels partis et quelles inlrigues, quels mouvements excita dans le monde la religion chrétienne, dès que les Apôtres commencèrent à la publier! Tout conjura contre elle, tout s'intéressa à sa perte, mais, à en juger par le succès, il semblo que tout ait travaillé pour elle, et se soit intéressé à sa conservation. Les Romains, si jaloux de l'honneur de leurs dieux, furent les premiers et les plus ardents à l'attaquer, et bientôt leur exemple fut suivi de toutes les autres nations. Dès que Pierre veut parler à Rome, il est chargé de fers; S. Paul reçoit, après, le même traitement. Parmi tous les peuples, c'est un déchaînement universel et des grands et des po.tits contre l'Evangile et contre ceux qui le prêchent. On leur dresse partout d s; on les accable de coups, on leur suscite de fausses
accusations, on les tient étroitement resserrés dans des cachots : mais efforts inutiles! la religion qu'ils annoncent n'en avance pas moins; olln
ISO christ: i.-isme.
volo dans les villes et dans les bourgades ; elle se fait entendre dans des maisons particulières et dans les places publiques, elle entre dans les palais dos princes, et elle s'insinue jusque dans celui même de Néron, de ce tyran si odieux au reste des hommes et si fameux par ses baib ires cruautés. Les empereurs ontporté des édits sanglants contre les sectateurs de cette religion naissante; on en a fait de fréquentes perquisitions; on a bâti des prisons pour eux, et on les y a renfermés: qu'est-il arrivé? Les lieux destinés pour être la demeure des criminels sont devenus la demeure des saints. (Le P. Giroust, Avent).
[Même snjot]. — Choisissons , dit S. Augustin, quelque grand politique et quelque génie du premier ordre, qui fasse le plan de la religion à laquelle tous les hommes doivent se soumettre. Le paganisme est établi : il le faut détruire; il faut mettre une digue à ce torrent de l'idolâtrie qui inonde tout l'univers ; il faut abattre les idoles et leurs temples , et faire changer le monde entier et l'esprit et de vie. Prenons le plan de cette religion, sur ces paroles du Ier chapitre de S. Jean : In principio erat Verbum , et Deus (rat Verbum... Et Verbum caro factum est : car voilà toute la religion renfermée dans ces paroles : Au commencement était le Verbe , et le Verbe était Dieu. Quelles étonnantes et incroyables vérités pour servir de plan et d'entrée à une religion nouvelle, d'ailleurs si contraire à toutes les inclinations de la nature ! Cependant l'établissement de cette religion si incroyable , si inouïe, si rebutante, est l'ouvrage de douze hommes grossiers , pauvres, sans pouvoir, sans art, sans éloquence, sans force, sans argent , calomniés , persécutés, tourmentés et mis à mort partout où ils veulent prêcher cette doctrine. Celui qui est à la tête de ces douze hommes n'est pas un prince accompagné de puissance et de majesté ; il a mis, dit S. Augustin , toute sa puissance , non dans le fer, mais dans le bois hon- '.eux delà croix : Domuit mundumnon ferro, sed ligno. Voilà quels chefs et quelles armées ce roi de gloire a choisis pour se faire reconnaître le Dieu du ciel et de la terre! Eh! mon Dieu ! non-seulement les caractères de votre doigt divin sont imprimés visiblement dans ce grand ouvrage, mais on voit qu'il a fallu déployer toute la force de votre bras pour délivrer Israël de la servitude d'Egypte , et pour établir la religion chrétienne sur les ruines de l'idolâtrie : Fecit polentiam in brachio suo.
Lex Domini immaculala, convertens animas (Ps. 18). Les autres religions n'ont pas la vertu de faire des saints ; c'est le privilège de la seule religion chrétienne , et c'est la lin pour laquelle Dieu l'a établie. Nous lisons dans les Apologies des premiers chrétiens ce qu'ils étaient et ce que nous devons être. Les païens ne trouvaient point de motifs plus puissants pour se convertir que le témoignage que la sainteté des premiers iidèles rendait à la vérité de leur religion ; mais cette religion est autant déshonorée par ceux qui violent ses lois qu'elle est honorée par ceux qui les suivent. Ainsi ses intérêts sont entre nos mains; nous en sommes les dépositaires. Quel
motif plus pressant voulez - vous , pour vous obliger à la sainteté , que dr, penser qu'il est en votre pouvoir de couvrir la religion ou de gloire ou d'opprobre ? C'était la raison dont se servait S. Paul pour exhorter les premiers chrétiens à observer fidèlement leur loi. Ut verbum Dei non scandalizetur in vobis.
Après tant de motifs, de crédibilité et de réflexions sérieuses sur la vérité de notre religion , regardons avec horreur ce système affreux qui, en les approuvant toutes , n'en reconnaît aucune. Monstrueuse invention du libertinage, qui cherche à se ménager une funeste tranquillité dans ses désordres ! Alhéïsme déguisé, sous lequel une infinité d'impies cachent l'horreur de l'apostasie secrète, où leurs dérèglements les ont précipités, etc. (Anonyme).
[Judaïsme et paganisme]. — Il n'y a jamais eu que deux religions au monde qui aient précédé la venue de Jésus - Christ : celle du vrai Dieu professée par les Juifs, et celle des faux dieux qui était suivie par les gentils. Cependant le Sauveur avait à combattre et à vaincre l'une et l'autre pour établir la sienne sur la ruine de toutes les deux. Or, comment eût-il pu faire s'il n'eût pas été le vrai Dieu? Le Dieu tout-puissant qui avait établi celle de Moïse, et qui avait conservé la religion des Juifs durant tant de siècles, malgré l'effort de toutes les puissances humaines qui avaient tenté tant de fois de l'exterminer, aurait-il souffert que Jésus l'eût abolie ? qu'il eût chan'gé le sacrifice, point essentiel de la religion ? qu'il eût abrogé les cérémonies légales , commandées en termes exprès dans la loi de Dieu ? Qui peut changer ce que Dieu a établi de plus essentiel dans la religion par laquelle il veut être honoré, si ce n'est Dieu lui-même? Or, Jésus- Christ l'a fait , et le Dieu tout-puissant qui avait établi cette religion l'a autorisé par de grands miracles, et la religion judaïque est devenue la religion chrétienne par l'autorité de Jésus-Christ. D'un autrecôté, comment aurait-il pu exterminer la religion des faux dieux, s'il n'avait été le vrai Dieu, puisqu'elle avait pour appuis l'enfer et les démons, qu'elle était soutenue par toutes les puissances souveraines qui régnaient au monde, presque tout l'univers étant attaché à la superstition des idoles , avec ce zèle ardent que l'on ressent pour la religion? Comment est-ce que Jésus- Christ, qui paraissait un homme infirme , aurait été plus fort que tout l'enfer, que toutes les puissances des empires, plus fort que la multitude innombrable des idolâtres, pour leur arracher du cœur une religion qu'ils chérissaient, et leur en faire embrasser une autre pour laquelle ils avaient une extrême horreur? Le moyen qu'un homme eût exécuté ce grand dessein, s'il n'avait été un Dieu tout-puissant ! ( Le P. d'Argentan, capucin, Conférences Ihéoloyiques).
[Gloire de la religion!. — C'est un problème de savoir lequel des deux fait plus d'honneur à la croyance du christianisme , ou d'être suivie de ceux
ISS CHRISTIANISME.
qui la suivent OU d'être combattue do ceux qui la rejettent. S'il est glorieux à la religion d'avoir trouve* de La soumission en tant d'âmes pures , innocentes chastes , tempérantes, équitables , il ne lui est guère moins honorable que des cœurs corrompus, injustes , plongés dans l'ordure des sales plaisirs, s'élèvent contre ses maximes et ne se soumettent pas à sa foi. Car ces libertins sont des gens qui , élevés dans les principes de la religion, ic se sont avisés d'en vouloir douter que depuis qu'ils sont vicieux. Le libertin est un homme qui veut douter, et douter de sa religion , non pas pour en examiner une autre qui lui ait paru plus sûre ou plus sensée ou plus parfaite, mais précisément pour douter de la vérité de la sienne. (Le P. d'Orléans).
[Certitude de la foi). — Quand je paraîtrai devant Dieu , si par impossible j'avais été trompé dans le choix de ma religion, je lui dirais, avec un grand saint, qu'il a donné un tel caractère de vérité à notre foi , et des marques si incontestables de la certitude de la révélation qu'il a faite de tous nos mystères, que, si j'ai été trompé, c'est lui-même qui nous a trompés : Domine, si decepti sumus, à le decepli sumus. Mais de plus, Seigneur, si j'ai été trompé, ce n'a été que dans la pensée que je vous plaisais. J'ai envisagé tous ceux qui faisaient profession de vous adorert et, de tant de différentes espèces de culte qu'on vous rendait, j'ai fait choix do celui qui m'a paru le plus raisonnable et le plus saint. Si je me suis trompé dans ce choix, du moins ce n'a pas été par mes passions, puisque cette religion est la seule qui les combat, et qui détruit jusqu'aux mouvements intérieurs. Par quel motif pourrais -je y avoir été poussé , que par celui de vous plaire? Par l'amour des biens? elle les méprise, elle conseille de s'en dépouiller, elle défend absolument d'y avoir quelque attache. Par l'amour des plaisirs? elle les retranche, elle donne des bornes très-étroites à ceux qu'elle permet, etc. (Le P. delà Colombière, Réflex. chrêt.).
[Le monde à la naissance du christianisme]. — Lorsque nous considérons l'état où le monde s'est trouvé par les troubles et les dissensions qu'on a vu naître à l'occasion de l'Évangile, nous ne trouvons point d'images plus capables de nous le représenter que l'état où était le monde lorsqu'il n'était encore qu'un chaos. La terre était vide et sans forme ; les principes de la vie y combattaient contre les principes de la mort; la lumière y était mêlée avec les ténèbres ; ce n'était là que désordre et que confusion. Mais l'esprit de Dieu se mouvait sur la face de l'abîme , et préparait les causes secondes pour faire sortir la lumière des ténèbres , la paix du sein de la guerre , et cet univers si parfait et si régulier du milieu de ce désordre et de ce dérèglement apparent. Tel a été l'état et la confusion où le monde s'est trouvé à l'occasion de l'Évangile : la lumière a combattu contre les ténèbres, la vio a été mêléo avec la mort, lo ciel a combattu contro la
terre, et le feu du Saint-Esprit a été mêlé avec la chair et le sang. On a vu les divisions naître entre les familles, dans les Etats, dans les républiques ; il semble que tout fût en confusion. Le père qui aime son fils avec tendresse ne croit plus voir en son fils devenu chrélien qu'un fils dénature ; le serviteur qui avait du respect et de la soumission pour son maître, non-seulement se croit dispensé de la fidélité qui lui est due, mais croit être dans l'obligation de le trahir ; les princes qui aiment le repos de leurs sujets, les empereurs les plus cléments, sont ceux qui répandent le sang des chrétiens avec plus de joie: ainsi se divisent les puissances qui étaient unies par les liens les plus sacrés ; les pères et les enfants, les serviteurs et les maîtres, le prince et les sujets, les magistrats et les peuples, sont partagés.
Représentez-vous les chrétiens qui fuient partout et qu'on chasse partout, qui cherchent un exil et qui n'en trouvent point. C'est peu de les bannir de la société des hommes , on ne veut pas même les laisser vivre parmi les bêtes sauvages. Les ours et les tigres des forêts les épargnent , mais les hommes les traînent aux supplices ; la pitié est éteinte pour eux dans le cœur des hommes, et le peuple, qui voit presque toujours avec quelque mouvement de compassion les plus grands criminels sur l'échafaud, solennise publiquement les souffrances des chrétiens par des cris d'allégresse. On dresse partout des gibets et des roues ; on les déchire par le fer, on les consume par le feu , on leur fait souffrir une longue suite de morts, en leur coupant tous les membres l'un après l'autre. On ménage avec cruauté les moments qui leur restent à vivre ; on les arrache aux supplices pour les faire servir dans les théâtres au divertissement du peuple. Leurs corps tout déchirés sont exposés aux bêtes sauvages. {Les caractères du chrétien).
[Des incrédules et des infidèles de ce temps]. — Il se trouve encore de ces esprits incrédules qui, après l'accomplissement de tout ce qui a été prédit, après avoir vu la consommation des mystères de Jésus-Christ, l'excellence de son Evangile, la manifestation de ses dons, la sagesse de ses maximes, la vanité des pompes du siècle , la destruction des idoles , la confusion de la puissance des Césars , les efforts même de tout l'univers contre lui, doutent encore de la vérité de la religion, demandent encore des prodiges nouveaux, et entreprennent eux seuls de contredire ce que les travaux apostoliques ont établi, ce que la prudence de tant de prédicateurs a augmenté, ce que tant de miracles ont confirmé, ce que la pureté de tant de vierges a honoré, ce que les austérités de tant d'anachorètes ont scellé, ce que le sacrifice et le détachement de tant de serviteurs de Jksus-Ciirist ont autorisé, ce qu'enfin les exemples de tant de grands hommes ont inspiré. C'est ce qu'une religion de dix-sept siècles consécutifs , toujours la même et toujours uniforme, si universellement reçue dans l'esprit de tous les peuples, semble suffisamment autoriser. Car, Messieurs, au milieu
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du triomphe de la religion, il s'élève encore en secret des enfants de révolte, que Le Seigneur a abai à la vanité de leurs f il! ées,
-arement de leur raison et à la corruption de leurs sens, qui Liassent ce qu'ils ignorent , qui nient ce qu'ils ne compi hommes impies qui changent la grâce de Dieu en inspirations mondaines, sa lumière en ténèbres ; des hommes rebelles, qui méprisent toute domination, qui rejettent toute autorité, hors la leur, qui corrompent toutes leurs voies comme des animaux sans raison, et qui sont réservés à souffrir un jour la peine de leurs blasphèmes au juste jugement de Dieu.
La loi de Jésus - GnniST a trouvé tout l'univers docile et soumis à ses maximes : les Césars à qui elle défendait les plaisirs, les peuples à qui elle commandait la dépendance, les ambitieux à qui elle prêchait l'humilité, Les voluptueux à qui elle prêchait les souiï'rances, les riches à qui elle prêchait le dépouillement, des pauvres à qui elle ordonnait d'aimer leur indigence, et tous les hommes, à qui elle prêchait la mortification, la pénitence, le renoncement à soi-même et des violences rebutantes. Cette foi cependant et cette religion, prêchée par douze pauvres pêcheurs sans science, sans talent, sans autorité, sans appui, sans faveur, a soumis l'univers entier, qui a reconnu ses incompréhensibles mystères, et la folie de la croix alors a été plus sage aux yeux du monde même que la sagesse du siècle. Que dis-je, mes Frères? tout se tourne contre elle, et tout cela ne sert qu'à la multiplier. Être fidèle et être martyr était la même chose : et plus les persécutions qu'elle souffrait étaient violentes, plus la force augmentait, et le sang des martyrs devenait une semence féconde de chrétiens. (Massillon).
[Sublimité de nos mystères]. — Pour peu que les fidèles fussent disposés à être touchés des mystères de notre religion, ils ne se lasseraient jamais de les considérer. Tout y est grand, sublime, véritable, surprenant, merveilleux; et la réflexion y découvrirait des nouveautés qui réveilleraient la reconnaissance, l'émulation, la magnanimité, l'amour de la véritable gloire. Un Dieu naissant, vivant et mourant, des grands devenus anachorètes, des martyrs chantant au milieu des flammes, des morts ressuscites,' des pêcheurs apôtres et soumettant toute la terre, des miracles de toute espèce, et opérés par toutes sortes de personnes, des prophéties justi • fiées par une infinité d'événements admirables, etc. Ce sont là des spectacles qui n'imposent point à la raison par la fiction, par le déguisement, par des incidents amenés et ménagés avec art, par des dénouements
étudiés.
Les autres législateurs ont accommodé leurs préceptes à leur religion, et, comme les religions différentes, qui ont été et qui sont encore, n'ont point les mêmes cérémonies et le même culte, elles n'ont point aussi la même morale, à certaines maximes près, que la nature seule enseigne. Encore s'est-on déclare conta Lon le caprice des passions
qui avaient plus ou moins 'd'empire sur les esprits. Il n'y a que la loi chrétienne qui ait défendu tous les péchés sans aucune restriction, qui commande une sainteté absolue et universelle, qui exige de ses sectateurs une pureté et une intégrité sans tache. Le Dieu qu'elle adore a une sainteté parfaite et infinie, qui ne saurait rien souffrir de ce qu'il condamne nécessairement. N'est-ce pas là une preuve invincible que seule elle enseigne la vérité? Il y a une liaison indissoluble entre la vérité et la vertu : une erreur peut s'allier avec un vice, et un vice avec une erreur : la religion, qui ne peut rien souffrir de mauvais, ne peut rien souffrir de faux. La loi chrétienne porte plus loin sa sainteté, elle coupe chemin au mal jusque dans sa source. Il est commandé au chrétien de régler son intérieur, ses pensées, ses désirs, ses craintes, ses espérances, ses affections et ses aversions. (Anonyme).
[Nous serons jugés sur noire religion]. — Pensée touchante, mais surtout pensée terrible! C'est sur ma religion qu'on me jugera! Ah! chrétiens, la grande parole! Comprenons en toute l'étendue et toute la force. C'est ma religion qui me jugera : cette religion si sainte, si pure, si irrépréhensible; cette religion si ennemie de mon amour-propre, si contraire à mes inclinations, si opposée à l'esprit du monde dont je suis rempli; cette religion aussi exacte et aussi sévère dans ses maximes que Dieu Test dans ses jugements, ou plutôt dont les maximes ne sont autre chose que le jugement de Dieu même : c'est sur elle que Dieu décidera de mon sort éternel, c'est sur elle que roulera l'examen de ma vie : et il ne sera point en mon pouvoir de la récuser, et je n'aurai point droit de demander que mes actions soient pesées dans une autre balance, et je ne serai point reçu à me justifier sur d'autres principes que les siens. Quelque excuse que j'allègue à Dieu, il me rappellera toujours à cette religion, et m'obligera à répondre sur autant d'articles qu'elle m'aura enseigné de vérités; il n'y en aura pas une qui ne soit pour moi la matière d'une discussion rigoureuse. Pour éviter, chrétiens, celle qu'on en fera un jour, prévenons-là, en la faisant maintenant nous-mêmes. (Le P. Giroust).
[Prédication des Apôtres]. — Lorsque je vois Pierre entrer dans Rome et dans les palais des grands, un étranger, un inconnu, sans aucun talent naturel, sans éloquence, sans livres, sans argent, sans amis, sans protecteur, je m'étonne de sa hardiesse; et si je lui demande où il va et ce qu'il prétend f;iire, que me répond - il? — Je m'en vais, dit-il, renverser les terni i .tôles, changer la religion du monde, détruire la superstition
païenne, et mettre la croix de JÉsus-CmusT sur la tète des rois et des empereurs. — Quelle chimère! quelle vision! Cependant quelques années après, je vo niples renversés, ces idoles foulées aux pieds, cette supersti-
tion détruite, cette croix sur la tôle des rois et de.; emperereu ce là
un effet de la politique des hommes? Non, sans doute, ce ne peut pas l
un effet de la politique des hommes, mais de la toute-puissance de Dieu, et un caractère de la vérité et de l'excellence de notre religion.
Je ne puis m'empècher de concevoir de l'indignation contre ces libertins et ces prétendus esprits-forts, qui regardent le christianisme comme une invention de la politique pour retenir les peuples dans le devoir. Il est vrai que, de toutes les sectes, il n'y en a aucune où la police soit mieux observée, où les princes soient plus fidèlement servis, où toutes les lois de l'équité et de l'humanité soient plus exactement observées que dans la nôtre, comme disait autrefois ïertullicn aux idolâtres : mais c'est manquer à tous les préceptes de la raison et du bon sens que de croire que des gens tels qu'on sait qu'ont été les Apôtres, sans pouvoir, sans lettres, sans science, sans argent, sans protection, aient pu d'abord l'établir contre la sagesse des politiques, la mollesse du siècle et la fureur des tyrans. Non, non, dit Minutius Félix, cela ne se peut; il n'y a qu'une souveraine intelligence qui ait pu conduire cet ouvrage (Anonyme).
[Le changement que le Christianisme a opéré dans les mœurs]. — Comme la religion chrétienne a fait changer de face à l'univers, il semble qu'elle ait aussi fait changer de nature à l'homme. La plupart des désordres qui étaient les suites de l'idolâtrie ayant cessé, le genre humain prit une nouvelle face. Mais ce ne fut pas seulement au dehors qu'il se fit un changement surprenant: à peine une âme était-elle pénétrée des sentiments delà foi, qu'elle devenait toute différente d'elle-même, ] crdant d'abord les inclinations naturelles à l'homme : elle haïssait la gloire, elle méprisait la vie, et, b.ien loin d'aimer le plaisir, elle s'assujettissait sans peine aux mortifications d'une vie pénitente, et s'exposait sans crainte aux douleurs d'une mort cruelle. {Pièces présentées à l'Académie Française, en 1080).
Avec la foi des mystères, les vertus les plus éminentes et les pratiques les plus pénibles se sont répandues par toute la terre; les disciples de Jésus-Christ l'ont suivi dans les voies les plus difficiles. Souffrir tout pour la vérité a été parmi les enfants un exercice ordinaire, et, pour imiter le Sauveur, ils ont couru aux tourments avec plus d'ardeur que les autres n'ont fait aux délices. On ne peut compter les exemples des riches qui se sont appauvris pour aider les pauvres, ni des pauvres qui ont préféré la pauvreté aux richesses, ni des vierges qui ont imité sur la terre la vie des anges, ni des pasteurs charitables qui se sont faits tout à tous, toujours prêts à donner à leur troupeau non-seulement leurs veilles et leurs travaux, mais leur propre vie. La vie de S. Jcan-Bapliste, qui paraît si surprenante aux Juifs, est devenue commune parmi les fidèles: les déserts ont été peuplés de ses imitateurs. (Bossuet, Discours sur l'histoire universelle).