DE LA MANIÈRE DE PRÊCHER
Tour peu de réflexion que l'on fasse sur la manière de prêcher d'aujourd'hui, on s'apercevra aisément qu'elle est différente presque en toutes choses de celle qui était en usage au commencement du siècle passé, et qui n'est plus reconnaissable depuis environ cinquante ans. Ce qui me fait dire que si la parole de Dieu a toujours été la même pour ce qui regarde les vérités qu'elle enseigne et pour la fin qu'elle se propose, qui est l'instruction des peuples et la conversion desâmes, elle est toute changée quant à la forme et à la manière da la débiter, et qu'elle a passé par divers âges avart que d'être venue à la perfection où nous la voyons, et où nous devons tâcher de la maintenir. Comme j'ai vu, et même pratiqué, l'une et l'autre manière, et que j'ai entendu les plus célèbres prédicateurs en ces différents temps, et de plus employé la meilleure partie de ma vie à lire et à remarquer ce que j'ai jugé de plus propre à retirer du fruit de cette divine parole, j'ai cru qu'en fournissant aux jeunes prédicateurs la matière de quoi composer leurs discours, ils me sauraient quelque gré de leur en marquer aussi la forme, ou du moins l'idée que je me suis formée des sermons de Morale, qu'on regarde communément comme les plus importants et les plus fructueux, parce qu'ils vont plus directement à la conversion des mœurs et à la pratique des bonnes œuvres. Car enfin, quoique ce soit Dieu qui opère ces grands effets dans les âmes, et que sa grâce fasse des impressions que toutes les règles et tous les préceptes de l'art ne sont pas capables de produire, le prédicateur ne doit pas se dispenser pour cela de faire son possible et de mettre en œuvre les moyens que l'art et la nature lui fournissent pour persuader les esprits et émouvoir les cœurs, qui est la fin de l'orateur. 11 a donc sans doute besoin de règles sûres et d'une méthode régulière pour ce grand effet, puisque l'expérience fait assez voir que Dieu n'attache pas toujours la conversion des pécheurs à ceux qui se négligent et qui n'observent ni règles ni méthode dans leurs discours. Or, sans parler des dispositions ni des qualités qu'un prédicateur doit apporter à ce saint ministère, non plus que du génie, du talent et dis avantages de la nature, que l'on compte cependant pour les premiers et les plus nécessaires à cet emploi, je ne toucherai que ce qui dépend de l'art de faire un discours de Morale et un sermon chrétien à la manière de ce temps, après avoir fait remarquer les défauts, tant ceux de l'ancienne que de la nouvelle méthode, sans avoir la moindre vue de critiquer ou d'improuver tant d'excellents ouvrages qui