‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 12 sur 75 · XXII DE LA MANIERE · texte numérisé non relu

XXII DE LA MANIERE

ont paru en ce genre, et sur lesquels j'ai formé moi-même ces observations, que je n'ai eu garde de donner au public sans les avoir communiquées à de plus habiles gens que moi, et dont je n'ai fait que suivre les sentiments.

J'avoue donc, d'abord, qu'on a eu grande raison de réformer bien des choses dans l'ancienne manière de prêcher; qu'on est aujourd'hui plus méthodique; qu'on parle plus juste; qu'on va plus droit à son but et à son point; qu'on établit son discours sur des principes plus solides ; qu'on en déduit mieux les preuves, et qu'on lait mieux valoir celles qui intéressent davantage l'auditeur. Mais je ne puis dissimuler qu'on a changé ou retranché bien des choses qui donnaient un grand poids à la parole de Dieu. Certains traits de l'Écriture, expliqués et tournés d'une manière pathétique, ne semblent plus aujourd'hui fort en usage, et l'on n'appuie pas tant sur les sens différents que les SS. Pères y donnent, ce qui ouvrait un beau champ pour s'étendre et pour instruire l'auditeur. On ne peut disconvenir qu'on tourne mieux maintenant une pensée, et qu'on met une vérité dans un plus beau jour; mais ce grand air d'éloquence qui enlevait les esprits, et ces puissants mouvements qui altéraient le pécheur, et en quoi excellaient quelques prédicateurs du temps passé, ne sont plus présentement si ordinaires, parce qu'on ne s'attache pas aux grandes vérités du christianisme, et que, pour vouloir donner de nouveaux tours, on prend aussi de nouveaux sujets, qui donnent occasion de traiter des points de morale moins rabattus, mais aussi moins capables de toucher.

Je veux croire qu'on cherche encore aujourd'hui à faire du fruit dans les prédications, et qu'en cela on ne cède point au zèle des anciens; mais je ne puis me persuader que ce soit en prendre le meilleur moyen, de se contenter, aux jours les plus solennels, qui rappellent le souvenir de nos plus grands mystères, de se contenter, dis-je, d'en dire quelques mots dans l'exorde, et de tourner ensuite tout le reste du discours sur la morale, comme font ceux qui, le jour de Noël ou de Pâques, parlent de la pénitence et de la mort dans le péché. Ce qui serait utile dans une autre occasion paraît choquant en celle-ci (1). Plusieurs, de même, semblent aujourd'hui s'être mis en possession d'une chose dont on se faisait scrupule autrefois: c'est de faire venir toutes sortes de sujets à quelque évangile que ce soit, et de les y amener par un long détour où à la faveur d'un passage de quelque S. Père. J'ai souvent remarqué que l'auditeur ne souffre qu'avec peine qu'on lui donne ainsi le change, et qu'il faut qu'il trouve quelque chose de meilleur que ce qu'il attendait pour n'en être point choqué ; encore ne peut-il s'empêcher de dire que c'est une bonne pièce, mais hors de sa place. En effet, quelque bon et édifiant que soit un discours, il paraît toujours meilleur quand il est en son lieu, et ce qui vient le plus naturellement au sujet est aussi le mieux reçu.

Pour dire maintenant ce que je pense de la construction et de la forme que doit avoir un sermon de morale, la manière la plus ancienne, et qui a duré le plus longtemps dans l'Église, est l'Homélie, laquelle n'est qu'une explication de l'Évangile, sans autre ordre et sans autre liaison que celle des faits ou des vérités qu'il contient. Celte méthode, qui est la pius simple, est celle dont se sont servis presque tous les Pères, et l'on ne peut douter qu'elle n'ait encore beaucoup d'onction et ne soit propre à entretenir la piété, quand elle est soutenue d'un grand zèle et d'un grand

(1) Peut-être ferait-on à notre temps un reproche tout opposé. Ou entend dans les chaires beaucoup de polémique, trop rarement l'expositiou simple, claire, touchante. ■ le la morale chrétienne. (Edit.J

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