‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 13 sur 75 · DE PRECHER. XXIII · texte numérisé non relu

DE PRECHER. XXIII

talent. On a aujourd'hui enchéri sur cette méthode, en y ajoutant l'unité du dessein et les preuves qni tendent à un même but, avec les ornements des sermons ordinaires. Ceux qui peuvent lier ainsi leurs desseins à l'Évangile, et y trouver les preuves et les raisons de ce qu'ils avancent, sont communément les plus approuvés; mais, comme ce n'est que par hasard que cela se rencontre, et qu'on ne peut en donner de règle, j'appelle ces sujets et ces desseins des sujets et des desseins heureux : vouloir s'assujettir toujours à cette excellente méthode, ce serait forcer ou détourner les paroles de l'Évangile pour les accommoder à son dessein, et laisser les preuves les plus naturelles, qui font mieux sentir une vérité.

Si de notre temps on se gène moins sur le choix d'un sujet, je puis dire que d'un autre côté on s'est mis plus à l'étroit, et qu'on a retranché bien des choses qui entraient dans la composition d'un discours. Car il ne faut qu'ouvrir les Sermonnaires du siècle passé et du commencement de celui-ci pour y voir une multitude de traits d'histoire, de citations d'auteurs profanes, de lois et coutumes des peuples, d'observations et de remarques sur les choses naturelles, dont l'application faisait presque toute la preuve et l'ornement de leurs discours; et il a été un temps où bien posséder Pline et Plutarque c'était passer pour habile prédicateur. Aujourd'hui, on a rendu la chaire plus chrétienne ; et, si elle n'est pas si savante, cette érudition qu'on y étalait ne servait de rien pour l'instruction des mœurs. C'est donc avec raison qu'on en a banni tous ces ornements superflus, pourvu qu'on ne croie pas que ce soit la profaner que d'en laisser comme échapper quelque trait en passant: car je n'y vois pas plus d'indécence que d'y employer une comparaison bien juste ou une allégorie bien naturelle.

A cette vaine ostentation de science a succédé une autre manière de prêcher d'un aussi mauvais caractère, qui n'a pas moins gâté et corrompu la chaire: c'est lorsqu'on a substitué en la place de la parole de Dieu ces pensées fausses qui nous sont venues des pays étrangers, et qui ont eu cours en France assez longtemps. J'entends par ces fausses pensées ces applications qu'on faisait des paroles du Saint-Esprit sans autorité, ces passages de l'Ecriture pris dans un sens détourné, et ces expressions pleines d'emphase, tirées des auteurs que la barbarie de leur siècle a fait parler autrement que les autres : car on tâchait de développer leurs pensées et de trouver quelque finesse dans cette chute de mots mystérieux, qui le plus souvent ne signifient rien. On s'est enfin aperçu de ce faux brillant, depuis que le bon goût nous est venu, je veux dire depuis que l'on a cherché le solide dans les sermons. On a même étendu cette manière plus naturelle de s'exprimer jusqu'aux divisions, qui ne sont plus si compassées ni si recherchées; mais elles donnent une idée plus nette de ce qu'on a à dire, et un préjugé plus favorable de la solidité du discours.

Ce fut par ce partage naturel qu'on commença d'abord à réformer l'ancienne manière de prêcher; mais il arriva que, pour vouloir être trop méthodique et mettre plus d'ordre et de suite dans les sermons, on y mit de la confusion, en les coupant en tant de parties et faisant tant de divisions et de subdivisions, qu'il eût presque autant valu qu'il n'y en eût point eu du tout. On a abandonné cette méthode, prise de l'Ecole, comme trop contrainte et trop embarrassée, qui ne donne pas lieu a L'éloquence ni à la juste étendue que doit avoir chaque preuve en particulier, à moins de faire un discours d'une excessive longueur. En général, il faut rendre cette justice aux bons prédicateurs de notre temps, d'avoir mis la prédication sur un pied qu'elle ne cède en rien au siècle passé, et le surpasse de beaucoup dans la justesse, dans le choix des matières et dans la disposition des discours. Je ne parle

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