‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 15 sur 75 · DE PRÊCHER. XXV · texte numérisé non relu

DE PRÊCHER. XXV

mœurs du siècle étant bornées à un assez petit nombre de sujets, on est bientôt épuisé : car que diront ceux qui se sont mis sur ce pied-là, après de si longues et de si fréquentes inductions de tous les états et de toutes les conditions, pour avoir occasion d'invectiver contre tous les vices? Ne pourrait-on pas faire le juste caractère de ces prédicateurs à leur tour, en disant qu'ils ont deux ou trois beaux sermons, où ils font entrer toute la morale, mais que, comme ils disent toujours la même chose sans changer que les termes, c'est assez de les avoir entendus deux ou trois fois?

11 y en a d'autres qui, pour éviter ce défaut, tombent dans un autre tout opposé: ils disent si peu de chose en tant de paroles, que l'esprit de l'auditeur demeure vide après avoir écouté un discours superficiel, qui ne fait qu'effleurer une matière. Et lorsqu'on sort du sermon, ce n'est ni avec une haute idée de la capacité du prédicateur ni avec une forte résolution de changer de vie, à moins que la force de la grà:e ne supplée à la faiblesse du discours : ce qu'on a vu quelquefois en des prédicateurs d'une grande réputation de sainteté. Mais on n'attend pas cet effet extraordinaire de ceux qui, au lieu de traiter un sujet à fond, ou du moins de dire ce qu'il y a de plus fort et de plus grand, s'arrêtent à quelques petites circonstances de moindre importance, ou partagent leurs sermons en deux petites réflexions, qui ne sont pas pour faire une grande impression. •

II y a donc sans doute besoin de règles sûres et d'une méthode régulière pour ce grand effet, puisque l'expérience fait assez voir que Dieu n'attache pas toujours la conversion des pécheurs au zèle de ceux qui se négligent sur ce point, et qui n'observent ni règles ni méthode dans leurs discours. Or, sans parler des dispositions ni des qualités qu'un prédicateur doit apporter à ce saint ministère, non plus nue du génie, du talent et des avantages de la nature, que l'on compte cependant pour les premiers et les plus nécessaires à cet emploi, je ne toucherai que ce qui dépend de l'art et de l'éloquence, pour faire un discours de morale et un sermon chrétien.

Depuis qu'on a presque entièrement quitté l'homélie, qui est la plus ancienne manière de prêcher, on a introduit successivement dans les chaires chrétiennes différentes méthodes dont je viens de parler: mais comme on a trouvé les unes peu solides et les autres remplies d'une érudition inutile et ennuyeuse, d'autres trop spéculatives, et d'autres trop pompeuses et plus propres enfin à contenter l'esprit qu'à toucher le cœur, notre siècle est enfin revenu au goût des anciens orateurs, et a reconnu que la véritable éloquence consiste à prouver solidement une vérité, et à la mettre dans son jour par des raisons naturelles, solides, et prises du sujet qu'on traite. Et c'est en effet inutilement que l'on tentera une autre voie pour entrer dans le cœur et pour emporter ce que l'on prétend sur l'esprit des auditeurs. D'ailleurs, comme les sujets dont on parle dans les chaires sont de la dernière, importance, que tous ceux qui les écoutent y trouvent leur intérêt, et qu'Us donnent lieu aux plus grands traits de l'éloquence, on ne peut trouver à redire qu'on se serve de la méthode la plus sûre et la plus capable de persuader les vérités chrétiennes, comme on n'a pas trouvé mauvais qu'on se soit servi des temples profanes des anciens pour les consacrer à nos usages.

Mais, quoiqu'on se soit enfin rapproché des anciens oraleursen ce point, et que plusieurs pièces d'éloquence qu'a produites notre siècle ne cèdent en rien aux leurs, on ne peut néanmoins disconvenir qu'il y a encore une si grande différence soit dans les sujets que l'on traite, soit dans l'ordre et dans la disposition qu'on y garde,

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