‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 16 sur 75 · XXVI DE LA MANIERE · texte numérisé non relu

XXVI DE LA MANIERE

soit dans la fin qu'on s'y propose, que. l'on peut dire que ce genre de discours est tout nouveau, et qu'il a besoin d'autres préceptes que ceux de Cicéron et de Quintilien. Il est vrai que le pieux et savant Louis de Grenade, et quelques autres, ont réduit en art et en méthode l'éloquence sacrée, et nous ont laissé des règles qui peuvent être d'un grand usage; mais ils ne sont point descendus dans ce détail, pour lequel j'espère que ces remarques ne seront pas inutiles. Je les réduis ici à trois choses, savoir: au choix et à la disposition du sujet que l'on doit traiter dans un sermon moral; à la manière de l'étendre et de le prouver, et enfin à l'expression et au style qui doivent être employés dans ces sortes de discours, sans parler de la manière de les prononcer ni de l'action, dont les règles sont assez connues, et sur quoi je n'ai rien de particulier.

I. — Sous le Choix du Sujet que le prédicateur entreprend de traiter dans un sermon de morale, je comprends ce que la rhétorique appelle la proposition et la partition, ou la division qui se doit faire du discours dans ses membres, afin d'y mettre l'ordre qu'on s'engage de suivre pour venir à son but et pour y conduire l'auditeur : ce qui est non-seulement commun, mais encore essentiel à toutes sortes de discours. Mais il y a des mesures et des précautions toutes particulières à observer dans un sermon moral, sans quoi il ne sera jamais juste ni capable de faire grand fruit.

La première est que, si l'on donne pour première règle à un orateur de parler à propos sur un sujet, je crois qu'avant tout le reste il doit prendre garde que son sujet soit lui-même à propos : c'est-à-dire qu'il ne soit point tiré et amené de loin à l'évangile propre du jour ou du temps auquel l'auditeur s'attend d'entendre parler d'une telle matière ou d'une telle vérité. J'ai montré ailleurs combien ces discours faits à contre-temps, qui frustrent l'auditeur de son attente, font naître un préjugé peu favorable pour le prédicateur; et je puis bien répondre que je ne suis pas seul choqué d'un procédé si irrégulier; j'ai souvent été témoin qu'une partie de l'auditoire s'en est retournée avec indignation, et qu'on n'a pu s'empêcher de dire: < Cela serait bon s'il était à propos! C'est sa pièce favorite, il n'avait garde de manquer de la faire venir en cette occasion! » Et, quelque bonne chose qu'on puisse dire, elle aurait encore tout un autre agrément si elle n'était point hors de sa place.

Il ne s'ensuit pas pourtant qu'un sujet, pour venir naturellement à l'évangile et êire propre, au temps, au lieu et aux personnes qui l'écoutent (car on doit avoir égard à tout cela), que ce sujet soit juste et bien pris : il faut, en second lieu, qu'il ait de certaines conditions qui ne se trouvent pas dans toutes les vérités morales. Et voici ces conditions en trois mots. 11 faut que cette vérité qu'on veut prouver, et qu'on prend sur un sujet, soit simple, déterminée, et tende à l'instruction ou à l'édification de l'auditeur. On entend, par la première condition, qu'elle comprenne quelque vertu particulière dont on veut inspirer la pratique, ou quelque vice dont on veut détourner les auditeurs. Or, ce sujet s'appelle simple et unique, non qu'il ne se puisse partager, puisque, devant faire le corps d'un discours, il doit en fournir tous les membres et toutes les parties, parles différents rapports et les différentes manières sous lesquelles on les peut envisager: comme, en parlant de la Pénitence, on peut considérer le besoin que nous en avons, les conditions qu'elle doit avoir, les avantages qu'on en relire. Voila un simple sujet, une vertu, dont on peut foi nier une vérité de morale qui aura autant de parties ou de points qu'il en faut pour faire la matière d'un juste discours. Par h seconde condition, qui veut que ce soit

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