‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 17 sur 75 · DE PRÊCHER. XXVII · texte numérisé non relu

DE PRÊCHER. XXVII

un sujet déterminé, on exclut les desseins vagues, qui, n'ayant rien de fixe ni de marqué distinctement, ne présente à l'esprit qu'une idée confuse de la vertu ou du vice: tels que serait, en général, de parler des devoirs du chrétien sans spécifier ni en quelle occasion ni en quel état; ou bien des vices de la langue, dont chacun en particulier peut fournir la matière d'un discours entier; des voies du salut, et choses semblables, qui sont des sujets plus propres à un livre et à un traité qu'à un sermon régulier, qui doit avoir une unité plus spécifique et de moindre étendue. On exclut encore, par cette simplicité, tous les desseins qui peuvent s'appliquer à plusieurs sujets, ou qui comprennent tant de parties qu'il n'y a pas plus de raison de parler de l'une que de l'autre : tels que sont ces discours qui portent pour titre Le moyen de se préparer à telle fête, ou à tel mystère, parce que ces moyens sont tous les mêmes : ce qui ne se peut pas dire de la préparation à la Communion, qui est une action particulière qui nous oblige à une disposition propre et de précepte pour s'en bien acquitter. On exclut enfin, par la simplicité ou l'unité d'un sujet, ces sermons qui en renferment autant d'autres qu'ils ont de parties, faete de liaison et de rapport de l'une avec l'autre : comme je me souviens d'avoir entendu un discours sur la restitution, dont le premier point parlait de la restitution des biens usurpés ou ravis injustement, le second de la restitution de la réputation d'autrui ternie par la médisance, et le troisième du tort qu'on a causé au prochain par le scandale qu'on lui a donné. Il faut n'avoir jamais compris les règles d'un juste discours pour tomber dans une faute qui choque si visiblement le bon sens.

Mais, en évitant la multiplicité dans le choix d'un sujet, il ne faut pas donner dans l'autre extrémité, qui est de se renfermer dans des bornes si étroites, qu'on ne puisse s'étendre sans le secours d'autres sujets pour trouver de quoi dire. C'est ce que sont obligés de faire ceux qui se bornent à quelques circonstances d'une action ou d'une parabole de l'Évangile. Il faut que le dessein d'un discouis, pour être juste, renferme ce qu'il y a de plus essentiel et de plus capable de faire impression sur les esprits. De même, il y a des desseins qui peuvent bien entrer dans un sermon de morale pour en faire une partie, mais non pour servir de sujet principal : comme serait de parcourir les occasions plus ordinaires d'exercer la charité envers le prochain ou de suggérer les moyens d'acquérir quelque vertu, au lieu de prendre pour sujet cette vertu même, et de faire ensuite entrer ces moyens, qui ne sont propres qu'à faire une induction, et à fournir de quoi remplir un sujet plus distinct et plus marqué.

Enfin, la troisième et la principale chose à quoi l'on doit avoir égard dans le choix d'un sujet moral est ce qui en a donné le nom , savoir, qu'il tende à l'instruction de l'auditeur, et qu'il en puisse retirer du fruit pour sa conduite et pour l'avancement de son salut. C'est ce qui distingue un sermon chrétien d'un discours d'académie, qui traite quelquefois une question de morale, mais par rapporta la politique, au bien de l'État et au repos public, qu'on s'est proposé pour fin.

Que si l'on fait réflexion sur ces conditions, il sera difficile de se tromper dans le choix d'un sujet et du dessein d'un sermon qui doit renfermer une morale de pratique propre aux personnes qui l'écoutent, engageante par rapport au salut éternel. Que si, dans la multitude des sujets qui se peuvent présenter sur le même évangile, on a de la peine à se déterminer, je conseillerai toujours de préférer les grandes et fondamentales vérités du christianisme, tant pour l'intérêt de l'auditeur, qui en est plus touché, que pour celui du prédicateur même, qui y trouve plus d'avantage pour le bien traiter : et il ne se doit pas meure en peine si ces sujets

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