‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 18 sur 75 · XX VIII DE LA MANIERE · texte numérisé non relu

XX VIII DE LA MANIERE

sont communs et couvent rebattus, puisqu'on ne peut jamais les rappeler trop souvent, ni les imprimer trop profondément dans l'esprit.

Du sujet et de la disposition d'un sermon chrétien et moral, je passe à la proposition qu'on appelle communément la Division, qui lui est commune avec tous les autres discours : ce qui n'empêche pas que cette division, qui trace le plan du sermon et qui fait voir où le prédicateur veut aller, n'ait ses règles particulières, et qui doivent être plus religieusement observées que dans toutes les autres parties, parce qu'il est aisé, pour ne pas dire ordinaire, de s'égarer en sortant des bornes de son sujet et en poussant trop loin un point de morale : en quoi les sermons de ce temps paraissent et plus justes et beaucoup plus faciles à suivre et à retenir que ceux des anciens. Car à peine cette partition, comme l'appellent les maîtres de l'art, estele sensible dans les plus belles pièces d'éloquence que nous ont laissées les Grecs et les Latins, quoique tous ceux qui ont parlé de la méthode de bien faire un discours aient le plus expressément appuyé sur ce point, comme sur le plus nécessaire pour îa justesse et pour la netteté. Mais je ne sais à quel dessein, ou par quel artifice, les plus fameux orateurs s'en sont si peu mis en peine, que, sans une attention particulière, il est difficile de découvrir ce plan et ce partage, et que l'on en trouve très-peu où ils soient nettement et distinctement marqués. Car, pour les homélies des SS. Pères, les différentes parties de l'Évangile qu'elles expliquent en sont aussi toute la division : d'où il arrive que ce ne sont pas tant de discours suivis que des commentaires et des expositions du sens et des paroles de l'Écriture. Nous avons, à la vérité, des sermons régaliers parmi les ouvrages de S. Chrysostôme, de S. Basile et de S. Grégoire de Nazianzc; mais ils se sont conformés à la manière de leur temps : car les divisions en sont presque imperceptibles, et souvent la différence des sujets qu'ils y traitent nous y en fait mettre, ou croire qu'ils ont prétendu se prescrire l'ordre qu'ils y ont suivi.

Or, cette division, qui f.tit proprement la j ustesse du discours quand elle est exactement suivie, a aussi ses règles, qui sont assez connues, et qu'il n'est pas nécessaire de répéter ici. Je dis seulement que, par les membres ou les parties opposées qu'on y recherche, on n'entend pas toujours une antithèse étudiée, qui marque souvent trop d'afit;ctaHon, mais qu'il suffit que ces membres aient quelque rapport entre eux-mêmes, comme des effets d'une cause, ou que le sujet se puisse considérer par différents endroits, dont l'un ne revient point à l'autre, et que cette division soit nette, naturelle, et tellement propre au sujet, qu'on juge d'abord que c'est ce qu'il y a de plus fort et de plus solide sur cette matière, sans se mettre en peine si d'autres su sont déjà servis de la même division. Les prédicateurs, au sentiment de S. Hilaire, cultivent le même champ de l'Église ; ils y jettent la même semence des vertus et arrachent celle des vices : qu'importe donc qu'ils s'y prennent de la même manière? Le tour que chacun donne à son discours est toujours assez différent, à moins qu'on ne le prenne d'un autre et qu'on ne l'imite trop fidèlement. Il est vrai qu'un discours dont la division est heureuse trouve un grand avantage dans la composition ; mais aussi celles qui sont trop brillantes, trop recherchées, ou tournées en tant de manières et considérées sous tant des rapports, le rendent plus obscur et moins intelligible, promettent beaucoup et forment une haute idée à quoi la suite ne répond pas toujours : le naturel, en cela comme en tout le reste, plaît davantage et est toujours mieux reçu.

II. — Le dessein et le sujet d'un sermon de morale étant ainsi exposé et partagé, il en faut venir à la Preuve de la vérité que l'on a avancée, et à l'exécution

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