‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 19 sur 75 · DE PRÊCHER. XXIX · texte numérisé non relu

DE PRÊCHER. XXIX

du projet que l'on s'est tracé : ce que la rhétorique compte avec raison pour la principale et la plus essentielle partie du discours: bien déduire, bien prouver, bien établir une vérité, afin d'en tirer les conséquences nécessaires. Je ne prétends pas expliquer en détail ce que c'est que la narration, la confirmation, l'amplification, ni marquer en particulier les lieux ou les sources d'où l'on peut tirer les preuves d'un discours moral. Mais, comme la manière de prouver est toute différente de celle qu'on emploie dans les discours profanes, et qu'il s'agit de convaincre l'auditeur d'une vérité nécessaire au salut, d'un point de morale important pour la conduite de sa vie, de le porter à la pratique de quelque vertu ou de quelque précepte ordonné par la loi de Dieu, je dis seulement que les preuves s'en doivent prendre des raisons solides, de l'autorité de l'Écriture et des SS. Pères, de la coutume et de la tradition constante de l'Église, et quelquefois de l'exemple des saints, dont les actions les plus éclatantes et les plus propres à notre état nous doivent servir de modèle. Il ne s'agit que de 3avoir mettre en œuvre ces preuves, dont chacune a sa force et son poids. — Voici quelle est, à mon avis, la meilleure disposition que l'on doit donner à un sermon. C'est de partager chaque point du discours en deux ou trois raisons bien solides et bien naturelles, et dont les dernières soient toujours plus fortes que les premières. On prouvera, par exemple, qu'il ne faut pas différer sa pénitence et sa conversion : Premièrement, parce qu'on se met au hasard de ne la faire jamais; Secondement, parce qu'on la rend plus difficile par ce retardement; Troisièmement, parce qu'il y a danger de ne la pas bien faire, après qu'on a différé jusqu'à la fin de sa vie, et par conséquent grand sujet de craindre qu'elle ne soit inutile. Ces trois raisons, bien exposées et bien poussées, feront un discours bien rempli, prouvé par des raisons propres, naturelles, et dans le bon sens. Mais il faut que ces raisons soient mises en leur jour avec éloquence, et en orateur et non en docteur et en théologien, c'est-à-dire d'une manière sèche et trop pressée. Elles doivent, de plus, être soutenues de l'autorité de l'Écriture et du sentiment djs Père?, diversifiées par quelques comparaisons ou des similitudes qui n'aient rien de bas et de rampant, par des pensées solides et clairement exposées qui servent tout à la fois de preuves et d'ornement. Et, après une juste étendue, le prédicateur doit passer d'une raison à une autre, non sans y avoir disposé l'auditeur et l'y avoir conduit insensiblement.

Cette manière d'amplifier et d'étendre un discours moral me paraît la plus solide: car enfin, si tout orateur doit avoir pour but de persuader, le prédicateur peut-il prendre une voie plus sûre pour parvenir à cette fin que le raisonnement, puisque l'homme ne se laisse convaincre que par les raisons qu'on lui apporte? Mais, afin de ne point lasser par un raisonnement trop continu et trop appliquant, il faut entremêler la raison et l'autorité, et se souvenir qu'il y a bien de la différence entre raisonner et apporter des raisons : car raisonner en orateur c'est étendre une raison, la mettre en son jour et en faire sentir toute la force; au lieu qu'entasser raisons sur raisons, sans en étendre aucune, c'est vouloir marcher en foule par un chemin étroit; on s'embarrasse plutôt qu'on avance, et l'on arriverait plus tôt au terme en allant de file et l'un après l'autre. C'est enfin accabler l'auditeur au lieu de l'instruire. Il faut donc lui insinuer la vérité et la faire entrer doucement dans son esprit, lui donner le loisir de la bien pénétrer, afin qu'elle y fasse impression.

Il y a des prédicateurs qui diversifient leurs preuves d'une autre manière, qui est de prouver la première partie de leur discours par l'autorité de l'Écriture, dont ils rapportent les passages et les exemples les plus choisis; la seconde par le sen-

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