XXX DE LA MANIERE
timcnt des Pères dont l'autorité est d'un plus grand poids dans l'Église, et la troisième enfin par de bonnes raisons. Ils ne traitent ainsi qu'une même vérité et une même proposition, qu'ils établissent par ces trois sortes de preuves, persuadés que c'est ramasser par ce moyen ce qu'il y a de plus fort, de plus chrétien et de plus capable de faire impression sur l'esprit. On ne peut douter que cette manière ne soit très-solide. Je ne conseillerais pas cependant à un prédicateur de s'en faire une loi, parce que l'auditeur se lasse aisément d'entendre un tissu de passages qui disent tous la même chose; et, quelque soin qu'on apporte à les disposer en sorte que l'un enchérisse sur l'autre, on s'ennuie enfin de ces citations, qu'il n'est pas facile de retenir comme on fait les raisons, qui demeurent plus profondément dans l'esprit à proportion de l'impression qu'elles y ont faites. Et pour ce qui est de l'Écriture, qui est proprement la parole de Dieu, elle est encore plus puissante quand elle est expliquée et développée par un juste raisonnement qui en fait sentir toute la force.
Il faut seulement prendre garde que les raisons qui servent de preuves à la vérité qu'on a avancée soient naturelles, spécifiques ou propies au sujet. J'appelle naturelles celles qui se présentent d'abord à une personne de bon sens, et non pas celles qui sont tirées de loin et qu'il a fallu méditer pour les trouver; et j'appelle spécifiques et propres au sujet celles qui prouvent directement sans qu'il soit besoin de les inférer d'autres principes plus généraux : comme si on voulait apporter le motif de la gloire de Dieu pour persuader l'obligation du jeûne et de la mortification du corps. Cette raison ne prouve, ni directement ni immédiatement, la conclusion que l'on en veut tirer, puisque la raison plus naturelle est que le corps doit être dompté et soumis à l'esprit, et que le jeûne est le moyen le plus propre et le plus ordinaire pour le soumettre. Par cette règle, on évite les paralogismes et les faux raisonnements, qui sont si décriés, et parce qu'ensuite tout le discours porte à faux, et qu'on ne prouve rien pour vouloir quelquefois prouver trop. Ainsi, quelque spécieuse que paraisse d'abord une raison, il faut toujours examiner si elle est véritable, et si elle n'est point plus propre à éblouir qu'à persuader, si elle conclut ou s'il est difficile d'y répliquer : car il faut convenir de ce principe incontestable, qu'un discours n'a de force et de solidité qu'autant que lui en donnent les preuves sur lesquelles il est établi. A quoi j'ajoute que, sous ce prétexte de solidité, il y a à craindre que les raisons ne soient trop spéculatives et trop abstraites, et tirées de la théologie la plus sublime et la plus profonde. C'est pourquoi, comme on traite une matière morale, il faut aussi que la manière de la traiter en soit morale, c'est-à-dire facile à comprendre, proportionnée à la capacité de l'auditeur, prouvée par des raisons sensibles, prises de l'expérience et de ce qui se passe parmi les hommes. Que si on est obligé d'y mêler quelques raisonnements théologiques, il est de l'art du prédicateur de les rendre si plausibles et d'en éloigner tellement les termes de l'École, qu'on ne demande point ce que cela veut dire.
Pour ce qui regarde l'autorité de l'Écriture et des SS. Pères et les exemples des saints, qui peuvent donner du jour et de la force à une vérité, j'ai déjà averti qu'on ne doit pas tellement en charger un sermon, qu'il paraisse plutôt un amas de passages et d'autorités qu'un discours suivi et soutenu. Mais aussi c'est une fausse délicatesse de craindre de rompre le til d'un discours par quelque parole de l'Écriture ou de quelque S. Père, et il y a de l'affectation à s'écarter d'une coutume si universellement établie; outre qu'on se prive par-là d'un des plus grands secours de l'éloquence chrétienne, puisqu'il est constant que les paroles du Saint-