DE PRECHER. XXXI
Esprit ont une force et une énergie toute particulière, et qu'on doit être persuadé que les pensées des Pères feront plus d'impression que tout ce que l'on peut dire de soi-même et tirer de son propre fond, quoique conforme à l'Écriture et au sentiment de ces saints docteurs. Contentons-nous donc d'avoir banni de la chaire les citations des auteurs profanes et les traits d'histoire dont les sermons du siècle passé étaient tout remplis. Il est de la majesté de la chaire et du miniptère d'un orateur chrétien, qui fait profession d'expliquer la doctrine des Pères de l'Église, de citer du moins quelquefois leurs paroles; et, pourvu qu'il le fasse modérément, je ne crois pas qu'il s'en puisse dispenser, non plus que d'alléguer quelquefois les exemples des saints, quand ils sont bien choisis et propres à l'état des personnes à qui l'on parle, puisque les exemples ont souvent plus de force que les meilleures raisons pour animer à la pratique de quelque vertu. L'expérience du moins nous fait voir que c'est souvent ce qui est le plus favorablement écouté, ce que l'on retient le plus aisément, et ce qui fait peut-être le plus d'impression.
Voilà ce qui regarde la manière d'étendre et de prouver une vérité morale, qui doit d'ailleurs être éloignés de deux extrémités également capables d'en empêcher le fruit. Aussi sont-ce deux écueils que le prédicateur doit s'efforcer d'éviter. L'un est de ceux qui, pour se faire honneur de prêcher une morale étroite, qui est aujourd'hui du goût de bien des gens, donnent dans les maximes les plus outrées, et soutiennent toutes les opinions douteuses pourvu qu'elles soient les plus sévères. C'est le génie du siècle : on se plaît à entendre parler des règles les plus austères de l'ancienne discipline, ce qui porte quelques prédicateurs à pousser les choses à la dernière rigueur. Mais ce ne sont pas toujours les plus zélés ni les plus éclairés qui adoptent ces opinions sévères, non plus que ceux qui se plaisent à le» entendre ne sont les plus ardents à les pratiquer. 11 faut prêcher les vérités de l'Évangile telles qu'elles sont, et se souvenir qu'exiger de l'auditeur plus qu'elles ne lui prescrivent c'est plutôt l'éloigner de ses propres devoirs que le porter à une plus haute perfection. L'autre écueil serait encore plus dangereux, et serait une manifeste prévarication à son ministère, de porter à une morale trop relâchée, et de donner plus à la faiblesse humaine que l'Évangile, l'Église et le sentiment commun des docteurs ne lui accordent. Le prudent et judicieux prédicateur doit également s'éloigner de ces lâches ménagements et de cette sévérité outrée : il doit représenter la vérité dans toute sa force, et exciter tout le monde à la suivre, telle qu'elle puisse être.
NI. — Il ne me reste plus qu'à dire quelque chose un Styïe et des ornements d'un discours de morale. Sur quoi je ne puis dissimuler que la manière de prêcher d'aujourd'hui, quoique prélérable en toutes choses à celle des derniers siècles, commence à dégénérer de la méthode des anciens orateurs qu'on s'est efforcé de rappeler. On a purgé la chaire de cette érudition profane qu'on y étalait auparavant; on a renoncé à ces fausses pensées et à ce faux brillant dont on a été entêté et ébloui si longtemps, on en a banni la scholastique trop abstraite, et on a trouvé le moyen de rendre un discours juste, solide et poli tout à la fois. Mais la trop grande politesse en a beaucoup énervé l'éloquence et la force; et j'ose dire que ce que l'on a substitué en la place de l'érudition inutile, du bel-esprit et de la théologie asbtraite, ne conduit pas plus sûrement à la fin qu'on se doit proposer dans la prédication : car la plupart font de beaux discours, au lieu de faire des sermons instructifs et touchants. On ne remarque dans ces semions que des tours