‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 27 sur 75 · XXXVI IMITATION · texte numérisé non relu

XXXVI IMITATION

C'est ce que je pourrais appuyer du témoignage de tous les grands hommes qui se sonteux-mèmes signalés dans cet art. Je n'en choisis qu'un seul, mais qui en vaut plusieurs : c'est celui qui nous a donné de si beaux préceptes du sublime et du merveilleux dans le discours, selon l'excellente version qu'en a faite M. Boileau. « Certainement il s'en voit beaucoup que l'esprit d'autrui ravit hors d'eux-mêmes; » comme on dit qu'une sainte vapeur saisit la prêtresse d'Apollon sur le sacré » trépied : car on tient qu'il y a une ouverture en terre d'où sort un souffle et » une vapeur toute céleste qui la remplit sur-le-champ d'une vertu divine , et lui » fait prononcer des oracles. De même, ces grandes beautés que nous remarquons » dans les ouvrages des anciens sont comme autant de sources sacrées d'où il t> s'élève des vapeurs heureuseo qui se répandent dans l'âme des imitateurs, et » animent les esprits même naturellement les moins échauffés, si bien que, » dans ce moment, ils sont comme ravis et emportés par l'enthousiasme » d'autrui. »

Ainsi, dire que pour réussir dans l'art de prêcher il faut imiter les grands prédicateurs, c'est appliquer à l'éloquence de la chaire le précepte que tous les maîtres de l'art de bien dire nous ont laissé pour acquérir l'éloquence en général ; c'est se rendre au témoignage de ceux qui ont passé pour les plus éloquents hommes de leur temps, lesquels ont été disciples avant que de devenir maîtres, et ont appris à parler, en écoutant les autres, et à bien écrire enlisant les écrits des excellents auteurs qui les ont précédés. C'est pourquoi je ne craindrai point de me servir ici de la comparaison d'un des plus célèbres prédicateurs de notre siècle, qui disait que ces personnes qui, avec un esprit assez commun, ne veulent rien avoir de commun avec les autres, que ces personnes, dis-je, ressemblent aux araignées, qui s'épuisent pour tirer leurs toiles de leur propre substance, mais qui ne prennent que des mouches; au lieu que les abeilles, qui volent de fleur en fleur, en recueillent la cire et le miel. Je ne m'étendrai pas davantage sur une vérité si solidement établie; j'aime mieux indiquer à ceux qui entrent dans cette carrière qui sont les prédicateurs sur lesquels ils doivent se former, et ce qu'il faut imiter dans ceux qu'ils se proposent pour modèles ; c'est sur quoi il y a de plus importantes remarques à faire.

II. — On convient d'abord que ce sont toujours les plu3 excellents dans ce genre d'éloquence qu'il faut s'efforcer d'imiter, parce que, comme naturellement chacun àche d'être parfait dans son art, on doit aussi suivre l'exemple des plus parfaits, et prendre à tâche de s'y rendre le plus semblable qu'il sera possible. Or, par les plus excellents prédicateurs j'entends ceux qui vont le plus droit au cœur, et dont les sermons sont suivis du changement des mœurs, et non pas toujours ceux qu'une foule d'auditeurs a coutume de suivre, et dont tout le fruit aboutit à de vains applaudissements plutôt qu'à la conversion des pécheurs et à la consolation des justes. Je ne fais pas ici un sermon pour exciter les ministres de la divine parole à se rendre dignes d'un si saint emploi. Je sais que la grâce du Ciel, l'opinion que l'on a de la sainteté du prédicateur, la manière animée dont il parle, et d'autres conditions qui ne dépendent pas toujours de nous, contribuent plus à ces grands effets que l'art et l'étude de celui qui ne sert que d'organe à l'esprit de Dieu. Mais je parle de ce en quoi le ministre de cette parole doit y contribuer de sa part, qui est d'imiter ceux qui ont trouvé cet admirable secret de toucher les cœurs, de voir de quelle manière ils s'y prennent pour faire entrer une vérité dans l'esprit. C'est ce que S. Augustin enseigne aux chapitres III0 et V1' du livre de la Doctrine

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