PREFACE
C'est ce qu'on s'est efforcé de faire en ces derniers siècles : et cela de différentes manières. Les uns ont donné au public des sermons tout faits, et très-bien travaillés, qui servent de modèles; les autres ont fourni aux commençants des matériaux en recueillant les passages de l'Écriture et des Pères, ce qui n'est pas d'un moindre secours; quelques-uns ont fait des essais et des ébauches de sermons que chacun peut remplir à sa manière , en travaillant sur un plan tout tracé ; et d'autres, enfin, ont composé de gros volumes de lieux communs, où sur chaque sujet ils ont ramassé tout ce qu'ils ont lu et recueilli dans les auteurs sacrés et profanes, et tout ce qu'ils ont jugé propre à être mis en œuvre dans un discours chrétien. Ce travail est sans doute très-louable, et très-utile par rapport à la fin qu'ils ont eu en vue, d'abréger le temps et la peine de la préparation ; mais , comme la manière de prêcher a été différente presque dans tous les siècles, tous ces secours, dont nos pères se sont si utilement servis en leur temps , ne sont presque plus d'usage dans le nôtre, surtout en France, où la méthode de composer des sermons est changée, et toute autre qu'elle n'était il n'y a guère plus de cinquante ans(l). Pour venir donc au dessein que j'ai entrepris, il est à propos d'en donner d'abord une juste idée , et de faire voir le projet de tout l'ouvrage, ensuite l'usage qu'on en peut faire et l'utilité qu'on en peut tirer, et enfin de satisfaire aux difficultés qu'on pourra former sur chaque partie en particulier.
C'est un engagement que je me suis fait, après avoir donné au public
des discours sur tous les sujets de la morale chrétienne, de donner
ensuite un ample recueil des matières de morale propres à la chaire, et
accommodé à la manière dont on prêche aujourd'hui. Cet ouvrage doit
être d'autant mieux reçu des prédicateurs, que jusqu'à présent il n'en a
point paru qui fût comme une source générale où l'on pût puiser de
quoi remplir les sermons dont se doivent fournir ceux qui sont appliqués
à ce ministère, ou bien qui se disposent à y entrer. En effet, parmi
ceux qui s'engagent dans cette pénible carrière , il y en a qui ont du
zèle, mais qui, n'étant pas soutenus de la science nécessaire, ne
peuvent aller bien loin. D'autres ont reçu de la nature des talents
nécessaires pour y réussir; ils ont de l'esprit, du feu, de la voix; mais,
appliqués à d'autres fonctions, ils n'ont ni le temps ni le loisir de
préparer leurs discours , de lire les livres originaux , d'entendre les
prédicateurs célèbres , pour se former sur ces grands modèles. Hé 1 quel
génie assez heureux pour tirer de son fonds tout ce qui est nécessaire à
remplir de longs et de solides discours sur tant de différents sujets? Il y
(1) On se rappelle qu'Houdry écrivait au commencement du ivin» siècle.