DES BONS MODELES. XXXIX
Ce n'est pas cependant des seuls prédicateurs que l'on peut apprendre à bien prêcher : TÉcriture-Sainte, la lecture des Fères, et même le commerce qu'on a avec les anciens orateurs profanes, sont d'une utilité merveilleuse. Il y a, premièrement dans VÉcriture, de grands sentiments de Dieu et de ses divines perfections ; il y a du sublime dans le style, nonobstant la simplicité ; il y a des peintures vives et des images éclatantes des vertus et des vices répandues presque partout, et particulièrement dans les Prophètes, et l'on ne peut donner un meilleur maître aux prédicateurs qui veulent être éloquents que le Saint-Esprit même, qui parle dans les Livres Sacrés. De sorte que ces saints Livres sont, une source inépuisable de 1 ichesses pour tous les différents caractères de discours. Isaïe est propre à élever l'esprit ; Jérémie va d'abord au cœur, par un air touchant et animé ; Ézéchiel jette la terreur dans les esprits; Daniel inspire la tendresse et la dévotion j et tous les prophètes généralement ont de la force, de la grandeur et une éloquence naturelle que les orateurs profanes n'ont point. Où trouverez-vous déplus pieux sentiments que dans les Psaumes de David? une morale plus noble et plus développée que dans Salomon? de plus solides raisonnements que dans les Épîtres de S. Paul, sans parler du reste du Nouveau-Testament, qui est le fondement de notre religion, et qui contient tout ce que l'on doit prêcher aux peuples? En un mot, rÈcriture doit être proprement le livre d'un prédicateur; c'est là qu'il doit prendre les armes pour combattre les vices et tous les ennemis de Dieu; c'est la livre qu'il doit méditer, afin de le posséder plutôt que de l'imiter. Plus il y puise, mieux il prêche, parce que c'est proprement la parole de Dieu qu'il doit annoncer à ses auditeurs; et il y a longtemps que j'ai ouï dire que, pour être un prédicateur pathétique et éloquent tout à la fois, il fallait avoir en main les Prophètes, les Psaumes de David, les Épitres de S. Paul, et savoir les employer à propos.
Pour ce qui est des SS. Pères, je sais avec quel respect on doit parler de ces grands hommes, qui ont été les oracles de leur temps, qui ont soutenu la religion et cultivé la vigne du Seigneur par le moyen de la parole de Dieu. 11 semble donc qu'on no peut mieux faire que de les imiter et de marcher sur leurs traces. A Dieu ne plaise que je prétende rien diminuer de leur gloire en ce genre, ou m'inscrire en faux contre de si justes éloges I Mais aussi il s'en faut bien que l'on doive faire le même jugement des sermons qu'ils nous ont laissés que de leur vie et de leurs mœurs. Non qu'on ne les doive imiter en bien des choses : car je suis de l'avis d'un des plus judicieux et des plus polis écrivains de ce temps {La Bruyère), qui porte ce témoignage de leurs écrits : qu'on y voit « plus de tour et de délicatesse, plus de » politesse et d'esprit, plus de force et de raisonnement, des traits plus vifs et des » grâces plus naturelles, que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce » temps qui sont lus avec goût et qui donnent du nom et de la vanité à leurs » auteurs. » Mais cependant, si nous en jugeons par rapport à nos manières, en verra aussitôt qu'ils ne sont pas tous à imiter, ni en toutes choses. 11 y en a qui ont vécu en des siècles peu polis, et même fort grossiers ; et, comme ils se sont accommodés au génie de leur temps, ils ne soutiendraient pas maintenant la réputation qu'ils avaient alors, s'ils ne changeaient de méthode et de manière de penser. Il faut donc faire un choix exact de ceux qu'on veut imiter.
Entre les Pères grec», S. Basile, S. Grégoire de Nazianze et S. Chrysostôme, sont d'une éloquence admirable : en quoi l'on ne peut nier qu'ils n'aient surpassé les
sermons. Quant à Massillon, il n'avait pas encore pris sa haute situation à l'époque où écrivait le I'. Houdry. (Edit.)