‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 31 sur 75 · XL IMITATION · texte numérisé non relu

XL IMITATION

Pères latins. Leurs discours, à la vérité, ne sont pas si méthodiques ni si justes que ceux que font nos meilleurs prédicateurs aujourd'hui ; mais, à cela près, ils ont de la force et de la politesse ; les preuves en sont naturelles, bien prises, bien poussées, et tirées ordinairement de l'Écriture; et surtout ceux de S. Chrysostôme, dont nonseulement on peut prendre et imiter les pensées, mais encore le tour qu'il leur donne, la manière de traiter une vérité, morale et ri amplifier un sujet. Car quoique, dans les exhortations qu'il fait au peuple, après avoir expliqué l'Évangile il ne s'arrête pas toujours à une même vérité et qu'il n'observe pas si exactement l'unité d'un sujet qu'on le fait présentement, et même qu'il en traite souvent deux ou trois sans aucune liaison ingénieuse et recherchée, il prouve pourtant toujours ce qu'il avance par de solides raisons, les expose et les étend avec une admirable éloquence, qui peut encore servir de modèle aux prédicateurs.

Les Pères latins ont tous écrit dans un temps où l'éloquence était extrêmement déchue: c'est pourquoi il ne faut chercher dans leurs discours, qui ne sont presque que des homélies, ni la justesse, ni l'ordre, ni les ornements, qui sont du bel usage aujourd'hui. Il y a beaucoup moins d'art et de politesse que dans ceux des Pères grecs : ce qu'il faut attribuer aux différents génies des siècles , aux mœurs et aux goûts des hommes, qui ne sont pas toujours les mêmes. Ce qui n'empêche pas qu'on ne les doive imiter en bien des choses : dans leurs pensées, dont il y en a une infinité de très-belles et de très-solides dans S. Cyprien, dans S. Ambroise et dans S. Augustin ; dans les explications des passages de l'Écriture, dont ils faisaient une étude toute particulière, et qu'ils entendaient aussi bien mieux que nous ; dans les réflexions morales, en quoi S. Augustin et S. Bernard ont excellé; et même dans les peintures des malheurs et des désordres qui se commettaient de leur temps, comme Salvien, et S. Bernard en plusieurs endroits : quoi qu'on puisse dire en général que les sermons des SS. Pères latins ne sont pas les meilleurs de leurs ouvrages et où il y ait le plus à imiter.

Il nous reste donc à examiner ce qu'on peut tirer des orateurs profanes et des prédicateurs qui ont eu vogue dans les deux derniers siècles. Pour ce qui est des premiers, il est constant que, puisque l'éloquence de la chaire a beaucoup de choses communes avec celle du barreau et celle des académies , on peut aussi trouver de quoi imiter dans les auteurs qui ont excellé dans l'une et dans l'autre, et que la différence des sujets que l'on y traite n'empêche point que la manière d'écrire et de composer, aussi bien que de dire, ne puisse être semblable : ce qui ne se peut faire que par l'imitation. Or, entre les profanes, comme ce sont les plus anciens qui nonseulement nous ont donné les préceptes de l'éloquence, mais encore qui en ont été les plus parfaits modèles, ainsi qu'il est aisé déjuger par les pièces achevées que nous avons de leur façon, l'on y trouve aussi beaucoup à imiter; et l'on peut dire, à cette occasion, qu'il est permis et même glorieux de dépouiller l'Egypte pour faire part de ses richesses au peuple de Dieu. J'ai connu un homme d'esprit, et d'une capacité bien au-dessus de son âge, qui, pour se disposer au ministère de la prédication, étudiait dans Cicéron la manière de bien prouver une vérité, et de la mettra en son jour; et, lui ayant objecté que les sujets de la chaire n'avaient rien de commun avec ceux que traite cet excellent orateur : i II est vrai, me répondit-il; mais j'y remarque le bon sens qui y règne partout; comme il poursuit sa pointe, comme il trouve d'abord le point de la difficulté, comme il va au-devant de tout ce qu'on lui pourrait objecter; comme il étend et développe une raison, et la tourne en tant de manières différentes qu'enfin il la fait entrer dans l'esprit : et c'est ce

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