‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 32 sur 75 · DES BONS MODELES. ILI · texte numérisé non relu

DES BONS MODELES. ILI

que je veux imiter, et ce qui me sera plus utile que le langage pompeux des autres, qui s'imaginent que toute l'éloquence consiste en cela. »

Je reviens enfin aux prédicateurs, tant anciens que modernes, pour savoir ceux qu'il est le plus à propos d'imiter. Par ce nom d'anciens, j'entends ceux qui ont fleuri depuis deux ou trois cents ans, jusque vers le milieu du siècle passé. Il est vrai que, dans tout le reste, la prévention est toujours en faveur de l'antiquité ; mais, en matière d'éloquence, il en doit sans doute aller tout autrement , puisque nous avons une infinité de vieux Sermonnaires, gens même qui ont eu la vogue et fait du bruit en leur temps, qu'à peine daignerait-on lire maintenant, et à qui toute la grâce que nous pouvons faire est de croire que, s'ils avaient vécu en ce temps- ci, ils auraient changé de méthode, de langage et de manière de penser, puisque nous voyons si peu d'art dans les discours qu'ils ont laissés, et même si peu de bon sens dans la plupart, des choses si triviales et si grossièrement exprimées qu'on peut apporter leurs écrits pour exemple combien les esprits se sont perfectionnés depuis ce temps-là. Et quand nous entendons parler des grands fruits qu'ils ont faits par le ministère de la prédication, il faut croire que leur zèle et l'ardeur dont ils animaient leurs paroles, et surtout l'opinion que l'on avait de leur sainteté, leur attiraient cette foule d'auditeurs; ou bien que l'Esprit de Dieu, qui se sert souvent des plus faibles instruments pour les effets les plus merveilleux, donnait de la force et de la vertu à leurs discours. Ensuite, à mesure que les esprits se sont polis, l'éloquence s'est aussi perfectionnée ; et nous voyons dans Grenade, dans Osorius, et dans quelques autres du siècle passé, des tours, des raisonnements poussés, des vérités développées, et en un mot des discours d'un très-bon caractère. Mais» comme il y a encore bien des choses à réformer pour être proposés comme des modèles achevés, on a encore raffiné sur eux, et on a enfin acquis ces airs d'éloquence que nous admirons encore maintenant dans ces grands orateurs de l'antiquité. Mais, à raison des sujets qui sont la matière des sermons, je ne craindrai point de dire que les excellents prédicateurs de notre temps sont encore plus propres à en former d'autres que les anciens orateurs dont nous avons les écrits dans une langue si différente de la nôtre, et qui perdent la moitié de leur grâce et de leur force dans la traduction que nous en faisons.

Ceux qui vont au sermon non-seulement pour s'instruire de leurs devoirs, mais encore pour se rendre capables d'instruire les autres à leur tour, doivent remarquer ce qui les touche, étudier la manière d'entrer dans les cœurs, voir comme les choses sont préparées et amenées afin d'inspirer aux auditeurs ce qu'ils sentent en eux-mêmes. Ils ne doivent pas même se contenter d'écouter les prédicateurs vivants, ils doivent encore former leur style, leurs desseins et le plan de leurs discours, sur ceux des morts ou sur ceux qui ne prêchent que par leurs écrits : car, quoiqu'ils ne fassent pas une impression si vive que ceux qui sont prononcés, en récompense on y fait des réflexions plus à loisir; on fait plus d'attention à la force des preuves et des raisons, et on retient enfin avec plus de facilité ce qui agrée, pour s'en servir dans l'occasion.

Que si vous me demandez ce qu'il faut plus particulièrement imiter, soit en lisant soit en écoutant les plus excellents prédicateurs, je ne vous dirai rien du geste, ni de l'action, ni de tout l'extérieur d'un prédicateur, quoique tout cela contribue infiniment à l'éloquence, parce que cette partie de l'orateur, que Démosthène autrefois a jugée la plus considérable, est un présent de la nature, qui s'appelle talent, et que l'art a aussi coutume de perfectionner; outre que je n'ai rien à ajouter aux préceptes que les maîtres de la rhétorique nous prescrivent sur ce chapitre, puisque

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