‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 33 sur 75 · XLII IMITATION · texte numérisé non relu

XLII IMITATION

l'éloquence de la chaire n'a rien en cela de particulier. J'ai seulement à avertir ceux à qui la nature n'a pas donné, en ce point, tout l'avantage qu'ils pourraient souhaiter, qu'ils peuvent se récompenser d'ailleurs, ou du moins corriger leurs défauts, par l'étude et par l'imitation, et suppléer par d'autres bonnes qualités ce qui leur manque de ce côté-là.

Or, il y a particulièrement trois choses sur lesquelles doit réfléchir celui qui entend un prédicateur qu'il a pris dessein d'imiter : savoir, l'invention, la disposition et Vexpression. — L'invention regarde les sujets qu'il prend, les vérités qu'il traite et les desseins qu'il choisit: tellement que, pour l'imiter, il faut s'attacher aux grandes vérités, qui fournissent une ample matière de dire des choses touchantes et capables de fa:re rentier les auditeurs en eux-mêmes; prendre des desseins qui donnent occasion de pousser fortement quelque point important de morale, et qui intéressent ceux à qui l'on parle, et préférer toujours les sujets les plus utiles aux plus curieux et aux moins communs. — La disposition comprend le plan et l'ordre du discours, et tout ce qui s'appelle la manière de traiter un sujet. Celui donc qui s'est proposé d'imiter un prédicateur solide et méthodique doit faire attention à tout cela, afin de faire l'arrangement des preuve3 et des matières qu'il voudra mettre en œuvre.— Il doit enfin imiter le style, les expressions fortes et naturelles, les figures et les ornements propres à convaincre et à émouvoir l'auditeur, mais en se souvenant toujours que le style d'un prédicateur doit être éloigné de toute affectation, et de cette politesse trop recherchée qui énerve la force d'un discours et qui flatte plus l'oreille qu'elle ne touche le cœur. De manière qu'en écoutant bien prêcher on doit apprendre à parler en prédicateur, qui est un langage tout différent de celui des académies, des cercles et de l'école: un langage qui joint la pureté avec la force et la netteté, mais qui n'empêche point que l'auditeur ne donne son attention tout entière aux choses sans faire diversion sur la manière dont on les dit. En effet, ce n'est pas la dernière chose ni la moins nécessaire que l'on doive imiter, puisque c'était la première que les anciens orateurs avaient en vue; comme nous lisons de Démosthène, qui, pour attraper le style seirc et nerveux de Thucydide, avait écrit les Histoires de cet auteur jusqu'à sept fois de sa propre main.

III. — Voilà, selon mon avis, ce que l'on peut imiter dans les bons prédicateurs. Mais comme, avec tout cela, on peut imiter mal ce qui en soi est très-excellent et digne d'être proposé pour modèle à ceux qui veulent s'appliquer à ce saint ministère, je dis, en troisième lieu, qu'il y a aussi un art de bien imiter les prédicateurs, et que cet art contient bien des règles et des observations, dont la première est qu'il faut être persuadé que, comme savoir bien imiter est un moyen sûr de se rendre parfait et très-semblable à celui que l'on s'efforce d'exprimer, aussi la mauvaise imitation gâte ordinairement un orateur, et l'empêche d'arriver à la perfection où son propre génie l'eût pu conduire sans cet obstacle. Cequifaitdire communément, et l'expérience l'a fait voir, que les plus excellents prédicateurs en font souvent de très-mauvais, parce qu'on n'imite que leurs défauts, ou bien parce que ce qui est naturel aux uns est forcé dans ceux qui les imitent, par une affectation qui a toujours quelque chose de ridicule; et il n'y a rien contre quoi ceux qui nous ont laissé des préceptes d'éloquence se récrient plus souvent que contre la mauvaise imitation, qu'ils appellent Cacozélie. Pour l'éviter, voici, premièrement, les défauts dans lesquels on tombe assez ordinairement en celte matière, et puis nous marquerons plus en détail ce qu'il faut observer pour bien imiter.

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