‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 38 sur 75 · DES BONS MODELES. XLVII · texte numérisé non relu

DES BONS MODELES. XLVII

cours, est bien différente du larcin. Car le larcin ravit l'honneur avec le bien de celui dont on s'attribue l'ouvrage, sans y rien mêler du nôtre, comme le poète Virgile le reprocha agréablement à celui qui s'était attribué des vers que cet admirable poëte avait composés : au lieu que l'imitation fait honneur à celui qu'on imite, parce qu'enfin l'on ne peut marquer davantage l'estime que l'on fait de sou ouvrage que de le vouloir imiter : et, quoique ce ne soit pas la coutume de citer en cette occasion, quand le premier auteur s'aperçoit que c'est lui que l'on copie de la sorte, il doit en savoir bon gré.

La troisième est qu'il faut toujours se souvenir que l'imitation est une ressemblance, et non pas une usurpation, et qu'ainsi imiter n'est pas prendre impunément ou s'approprier une partie de l'ouvrage d'autrui, mais tâcher d'en faire un qui l'égale, ce qui s'appelle émulation, qu'on ne peut blâmer ; ou, si l'on adopte l'ouvrage entier, comme a fait M. Ménage en faisant imprimer le livre d'un de ses amis parmi les siens, auquel il a donné le nom de Liber adoptions, il faut, comme a fait ce savant auteur, déclarer qui en est le père.

Enfin, dernière réflexion que je prie de faire ceux qui écoutent les prédicateurs, c'est de ne point trouver étrange s'ils entendent dire à l'un quelque chose qu'ils ont déjà entendu de la bouche de l'autre, et de se souvenir que, les mêmes sujets ayant été rebattus tant de fois, il est difficile qu'on ne se rencontre en quelque chose, tt que les mêmes pensées et les mêmes preuves, quand elles sont propres et naturelles, ayant été mises en œuvre par les premiers qui en ont parlé, ceux qui viennent après n'auraient souvent plus rien à dire s'ils ne se servaient du même droit que ceux que l'on en croit être les premiers inventeurs, lesquels ont aussi imité les autres qui ont traité les mêmes sujets avant eux.

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