‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 39 sur 75 · AFFLICTION · texte numérisé non relu

AFFLICTION

SOUFFRANCES, CROIX, TRIBULATION ; Patience chrétienne, Adversité, etc.

AVERTISSEMENT

Sur ce sujet, qui se présente le premier, il faut remarque?' que les afflictions et les croix peuvent être considérées par rapport aux différents motifs qu'on ■peut avoir en les souffrant. Car celles que l'on endure ou qu'on se procure volontairement pour l'expiation de ses péchés s'appellent Pénitence; si c'est pour dompter son corps de crainte qu'il ne nous entraîne dans le désordre, c'est ce qu'on appelle Mortification ; et enfin, quand c'est Dieu qui nous les envoie, ou qu'elles nous arrivent par la malice et l'injustice des hommes, cl que nous les endurons avec soumission en les recevant de sa main, c'est ce que nous nommons Patience. Or, c'est en ce sens que nous prenons ici les adversités et les afflictions, de quelque côté qu'elles nous arrivent, et nous nous réservons de parler de la Pénitence et de la Mortification en leur propre lieu.

Il n'est pas aussi hors de propos d'avertir que ce sujet, ainsi limité et réduit à une espèce de souffrances, est encore trop ample et trop vaste, et que j'ai cru en devoir retrancher ce qui regarde les maladies, quoiqu'elles soient comprises sous les afflictions que Dieu nous envoie, parce que cette matière peut fournir de quoi remplir un litre séparé. Du reste , quoique ce sujet des afflictions soit commun, et qu'on en trouve des matériaux dans tous les livres spirituels et dans t. i. 4

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tous les sermonna ires, je n'ai pas cru devoir l'omettre; mais plutôt j'ai tâché de faire un choix de ce que j'ai trouvé et remarqué sur celte matière de plus propre à un discours chrétien, et de plus capable d'exciter les auditeurs à la patience, dont les occasions ne peuvent leur manquer.

Divers Desseins et Plans de discours sur cette matière.

I. — Nous devons regarder les afflictions et les disgrâces de cette vie comme de puissants moyens de nous sanctifier, parce que, comme la sainteté consiste dans le détachement des choses de la terre et dans l'attachement à Dieu, les adversités et les souffrances ont, à notre égard, l'un et l'autre effet, de la manière la plus infaillible et la plus efficace : ce qui peut faire le sujet et la division d'un discours.

La Pe Partie fournit une belle matière de morale, en faisant voir que l'affliction — nous éclaire l'esprit, comme dit l'Ecriture, et nous découvre la vanité et l'instabilité des choses de ce monde, auxquelles nous sommes si indignement attachés ; — nous désabuse de la fausse idée que nous nous étions formée de ses grandeurs et de ses plaisirs : ce qu'il est bien aisé de justifier par des exemples tirés de l'Ecriture, et par l'expérience, qui nous apprend que c'est presque par ce seul moyen que Dieu nous inspire du dégoût et ensuite qu'il détache notre cœur de l'affection que nous avons pour ces faux biens, puisque Dieu se sert de ce dégoût et de nos chagrins pour nous en retirer. — En troisième lieu, les souffrances et les adversités nous ôtent môme les moyens de commettre les crimes auxquels nous sommes le plus portés : car la perte de notre santé nous empêche de jouir des plaisirs criminels, la perte de nos biens et le renversement de notre fortune retranche notre luxe et nos folles dépenses; la perte de notre réputation, de notre crédit et de notre autorité, rabat notre orgueil, etc. : de manière que, ne trouvant plus d'appui dans les choses de ce monde, notre cœur s'attache à Dieu par une espèce de nécessité.

C'est le sujet de la IIe Partie : et les souffrances ont cet effet, de nous unir à Dieu et de nous attacher à son service, après avoir éprouvé l'infidélité de tous les autres maîtres : — 1° Parce que Dieu joint ordinairement ses grâces les plus fortes aux afùictions : et ainsi, en nous détachant des choses de ce monde, elles nous attachent à lui. — 2° Elles nous rapprochent de lui, autant que l'affection que nous avons pour les choses de la terre nous en éloigne : car il s'est souvent déclaré dans le texte sacré qu'il est avec les personnes aftligées : c'est alors qu'il les appelle et qu'il

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les reçoit plus favorablement.— 3° Elles nous y unissent plus étroitement : car c'est dans la croix qu'on trouve le Sauveur, qu'il partage nos souffrances, qu'il nous console; par-là enfin que nous acquérons plus de mérites et que nous nous élevons à une plus haute sainteté.

II. — Sur l'évangile du 3e Dim. ap. Pâques : Modicum, et videbitis me. Mundus (jaudebit, vos verô conlristabimini (Joan. XVI). Il semble que ces deux passages, pris du même évangile, n'aient aucune liaison ni même aucun rapport, le Sauveur ayant voulu par-là annoncer à ses Apôtres deux choses tout-à-fait différentes. L'accord cependant et l'union qu'on en peut faire fait aussi le plan et le dessein d'un juste discours, en faisant voir que tout ce que nous souffrons ou que nous pouvons souffrir en cette vie est toujours bien peu de chose, eu égard,

i° A ce que nous mériterions de souffrir pour expier les péchés que nous avons commis. Nous avions mérité l'enfer et une peine éternelle que Dieu, en nous pardonnant nos péchés, a seulement changée en une peine temporelle : c'est une grâce qu'il nous a faite, et une miséricorde dont il a usé à notre égard. Or, il est aisé de faire voir que tout ce que nous pouvons souffrir en cette vie pour satisfaire à la justice d'un Dieu si cruellement offensé sera toujours peu de chose comparé avec ce que nous avons mérité. Modicum.

2° C'est peu par rapport à ce qu'un Dieu a souffert pour nous, et à ce que nous devrions souhaiter de souffrir pour nous rendre semblables à lui : d'où vient qu'un chrétien doit toujours porter sa croix, et ne cesser de souffrir qu'en cessant de vivre. Les S3. Pères ont dit mille belles choses sur ce sujet, et c'est une ample matière que de s'étendre sur la ressemblance qu'un chrétien doit avoir en ce point avec le Fils de Dieu.

3° C'est encore peu par rapport à la gloire que nous attendons, et que nous pouvons mériter par nos souffrances. Momentaneum et levé iribulationis nos trœœlemum gloriœ pondus operatur in nobis. Il faut faire voir comment c'est un fond et une source de mérite pour nous, et ensuite une source de gloire, et comment nous pouvons profiter de tant d'occasions que nous avons d'acquérir le ciel, etc.

III. — Trois choses nous doivent inspirer des sentiments de confiance dans nos afflictions, et peuvent faire autant de parties d'un discours. 1° Dieu est le témoin de nos souffrances ; 2° Il en est l'auteur, car c'est lui qui nous les envoie ; 3° Il en est le rémunérateur.

1°. Comme témoin, il connaît que c'est pour son amour que nous souffrons, et souvent pour ses intérêts ; il voit la disposition de notre cœur ; il sait ce que nous endurons, et il nous tient compte de tout.

2°. Comme auteur qui nous envoie ces souffrances, il les modère, les proportionne à notre vertu , nous console , et nous fait connaître par-là qu'il nous aime.

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3°. Comme rémunérateur , pour une légère affliction il nous promet et nous prépare un poids de gloire immense, etc.

IV. — Les souffrances et les afflictions ont trois différents effets, par rapport à trois différentes sortes de personnes qui souffrent: ce qui peut faire les 3 points d'un discours.

1°. Elles sont un enfer anticipé pour les pécheurs qui n'en font pas un bon usage : car ces souffrances sont stériles, inutiles, et ne les acquittent point de ce qu'ils doivent à la justice de Dieu. Elles sont sans consolation du côté de Dieu, qui ne châtie pas alors les pécheurs comme des enfants qu'il veut corriger, mais comme des ennemis rebelles qu'il punit dès cette vie ; et , au lieu de faire par ce moyen leur paix avec lui, ils l'irritent par de nouveaux crimes. Et enfin, ils souffrent comme les réprouvés , avec impatience, avec rage et avec un furieux désespoir, etc.

2°. Elles sont un purgatoire avancé pour les pécheurs pénitents , qui expient par ce moyen les péchés qu'ils ont commis, et qui satisfont à peu de frais à la justice divine. On peut s'étendre sur ce que Dieu se contente de peu en cette vie, au lieu qu'il fait payer en rigueur et jusqu'au dernier denier dans l'autre.

3°. Elles sont enfin un paradis pour les justes, qui souffrent pour Dieu et qui sont résignés à sa divine volonté : par l'assurance morale qu'elles leur donnent de leur salut; par les consolations intérieures dont ils jouissent, et par les joies et les douceurs qu'ils trouvent dans leurs afflictions. Superabundo yaudio in omni (ribulatione nostrâ , comme disait saint Paul (n Cor. VIII).

V. — Les avantages que nous recevons de nos souffrances peuvent aussi faire la matière et la division d'un sermon.

1°. Elles nous font penser à notre salut, au lieu que, dans la prospérité et dans les joies, on y pense rarement et on est peu touché de cette pensée; mais l'affliction nous fait rentrer en nous-mêmes.

2°. Elles nous donnent le moyen de faire notre salut, en expiant par-là nos péchés et en acquérant des mérites pour le ciel.

3°. Elles nous donnent enfin une assurance morale de notre salut, puisque c'est une des plus grandes marques de prédestination que nous puissions avoir en cette vie. Les raisons en sont claires.

VI. — Voici d'autres avantages qui peuvent encore fournir de quoi remplir un sermon.

1°. Elles sont un puissant moyen de conserver l'innocence, en éloignant les occasions du péché, et en détachant notre cœur de l'affection qu'il a pour les choses de la terre.

2°. Elles sont encore d'un grand avantage pour la réparer, puisqu'elles peuvent être acceptées par un esprit de pénitence, etc.

PARAGRAPHE î"r. S3

VII. — Sur le mauvais usage que plusieurs font de leurs souffrances.

1°. Ceux qui n'en font pas un bon usage alourdissent leur croix, et la rendent plus rude et plus insupportable par leur impatience, leur chagrin, et parle dépit qu'ils en conçoivent.

2°. Ils souffrent seuls, sans mérite, sans consolation, sans adoucissement : au lieu que le Fils de Dieu aide aux justes à porter leur croix, et répand dessus l'onction de sa grâce : ce qui fait qu'ils ne voudraient pas être délivrés de leurs souffrances.

3°. Ils deviennent plus méchants et plus endurcis par leurs souffrances : comme ceux que les châtiments , bien loin de les corriger , ne font que rendre plus rebelles et plus opiniâtres, et qui prennent de-là occasion de blasphémer le nom du Seigneur, comme le mauvais larron.

VIII. — Les souffrances sont une des marques de prédestination les plus certaines qu'on puisse avoir en cette vie. — Pourdivision, on peut prendre ces paroles de S. Paul : Quos prœscivil, et prœdeslinavit conformes fieri imaginis Filii sui. Quos prœdeslinavit, hos et vocavil ; et quos vocavit, hos et justifxcavit ; quos autem justificavil, illos et glorificavit (Rom. VIII). — La lre chose que Dieu fait à l'égard de ceux qu'il a prédestinés, c'est de les appeler à son service; et c'est ce qu'il fait parle moyen des afflictions, qui nous rappellent de nos égarements et qui nous attachent au service de Dieu. — La 2e est de nous justifier et de nous sanctifier : ce qu'il fait d'une manière toute particulière par le moyen des souffrances, qui nous épurent et qui contribuent à notre perfection. — La 3e est de donner la gloire, laquelle sera grande à proportion de leurs souffrances pour Dieu en cette vie.

IX. — On peut prendre ces deux vérités, qui, étant bien développées, peuvent faire un très-bon et très-utile discours. — La première, que tous ceux qui veulent servir Dieu, et, comme parle l'Apôtre, qui veulent vivre dans la piété, doivent souffrir en cette vie des persécutions, des croix et des afflictions. Il est facile d'en trouver les raisons. — La seconde, les avantages que les justes retirent de ces persécutions et de ces souffrances :

1°. C'est par les afflictions que Dieu nous instruit, c'est-à-dire qu'il nous fait entendre et goûter les vérités célestes ; qu'il nous désabuse des fausses idées du monde et des maximes du siècle.

2°. C'est par ce moyen qu'il nous éprouve, et qu'il nous rend parfaits, en nous faisant pratiquer les plus excellentes vertus, la patience, l'humilité, la mortification, etc.

X. — Sur ces paroles de l'Évangile : Nonne hœc oporluit pâli Christian, et ità intrare in glanant suam? (Luc. XXIV.)

lre proposition : — La croix et les souffrances sont la voie la plus sûre pour arriver à la gloire, selon ces paroles du Fils de Dieu : Beali qui perseculionempaliuntur, quoniam ipsorum est regnum cœlorum. (.Uatth. V.)

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2e proposition : C'est la voie la plus courte, parce que c'est le moyen d'acquérir en peu de temps de grands mérites et une riche couronne, puisqu'on mérite plus en un jour de souffrances qu'en des années entières de paix et de repos.

3e proposition, ou plutôt troisième vérité : C'est la voie la plus commune, parce que c'est celle qu'ont tenue tous les saints après le Fils de Dieu même, et nous ne devons pas en chercher une autre.

XI. — 1°. Jamais Dieu ne nous marque plus d'amour que lorsqu'il permet qu'on nous afflige : c'est alors qu'il nous traite comme ses amis, ses enfants, ses favoris et ses prédestinés, et que nous sommes plus semblables à son Fils, qui fait l'objet de ses plus douces complaisances.

2°. Jamais nous ne témoignons, réciproquement , plus d'amour à Dieu qu'en souffrant pour lui et à son occasion.

XII. — L'homme de bien est content dans l'adversité et dans les afflictions.

1°. La Foi le soutient dans la vue d'un Dieu souffrant et mourant.

2°. L'Espérance le console dans ses souffrances, en lui mettant devant les yeux un bonheur éternel qu'il acquiert par ses souffrances.

3°. La Charité l'anime, parce que, quand on aime quelqu'un, on souffre volontiers pour son service.

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