‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 46 sur 75 · VII · texte numérisé non relu

VII

A'o/i quœrere fleri judex, nisi valeas virturte irrumpere iniquitates. Eccli.

vu, 6.

Non adjicies exaltari ampliùs inmonte sanclomeo. Sophon. m, 11.

Quicumque voluerit inter vos major fieri sit vester minister. Matth. xx, 26.

Nescitis quid petatis : potestis libère calicem quem ego bibiturus stun ? Dicunt et : Possumus. lbid.

Scitis quia principes gentium dominante eorum, et qui majores sunt potestatem exercent in eos. Ibid.

Quod hominibus altum est abominatio est ante Deum. Luc. xvi, lo.

Charitas non est ambitiosa. I Cor.

XIII, lo.

Nec quisquam sumit sibi honorem, sed qui vocatur à Deo tanquam Âaron. Hebr.

Qui potestatem sibi sumit injuste odietur. Eccli. xx, 8.

Bilexerunt gloriam hominum magis quam gloriam Dei. Joan. xn, 43.

suspendu en l'air, vous m'avez laissé tomber et cruellement brisé.

Ne demandez point au Seigneur la cbarge de conduire les autres, ni au roi un siège d'bonneur.

Ne cherchez point à devenir juge, si vous n'avez assez de courage pour rompre en visière à l'iniquité.

Vous ne vous élèverez plus 1 l'avenir de ce que vous possédez ma montagne sainte. Que celui qui voudra être grand parmi vous soit votre serviteur.

Vous ne savez ce que vous demandez :

pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? Et ils lui répondirent : Nous le pouvons.

Vous savez que ceux qui sont princes parmi les nations les dominent, et que les grands les traitent avec empire. Ce qui est grand aux yeux des hommes est en abomination devant Dieu.

La charité n'est point ambitieuse.

Nul ne s'attribue à lui-même l'honneur ; mais il faut y être appelé de Dilu comme Aaron.

Celui qui s'attribue le pouvoir par des voies injustes se fera haïr.

Ils ont plus aimé la gloire des hommes que la gloire de Dieu.

EXEMPLES TIRÉS DE L.' ANCIEN-TESTAMENT

[L'ambition de nos premiers pères]. — On peut dire que ce désir déréglé d'élévation rendit nos premiers pères coupables avant qu'ils eussent violé la loi de Dieu : car, le démon leur ayant fait entendre que, s'ils mangeaient du fruit défendu, ils deviendraient comme des dieux ayant la connaissance du bien et du mal, l'espérance de cette fausse élévation et de cette divinité imaginaire, que l'esprit tentateur leur proposa, fut la cause de leur rébellion , et les précipita avec leur postérité dans cet abîme de malbeurs qui ne finiront qu'avec le monde. Or, quoi qu'il semble que l'ambition, qui était plus excusable dans l'bomme lorsqu'il était encore enricbides glorieux privilèges de l'état d'innocence, ne dût pas subsister après son crime, qui lui a attiré tant de misères bumiliantes : cependant ce vice s'est accru et fortifié par des mômes cboses qui doivent le détruire. L'bomme, en se rendant criminel, est devenu plus misérable, et en même temps plus ambitieux : cet amour de notre propre excellence, étant sorti des limites qne la sagesse de Dieu lui avait marquées, confondant son véritable objet avec mille fantômes de grandeur et d'élévation, remplit notre âme d'une soif insatiable de vaine gloire.

[Corc, Dallian et Abiron]. — .Goré, Datban>t Abiron furent ensevelis vivants

tlf, AMBITION.

dans la terre, pour s'être élevés, par une ambition déréglée, contre Moïse et Aaron, pour avoir voulu gouverner le peuple de Dieu en leur place, ou pour n'avoir pu souffrir de leur être soumis, parce que leur ambition ne pouvait souffrir de maître. « Sufficial vobis, disaient-ils, quia omnis mi'llitwJo sanclorum est, et in ipsis est Dominus (Xum. XVI). Qu'avons-nous affaire de maîtres et de conducteurs ? Dieu n'est-il pas avec tout ce peuple ? Pourquoi ceux-ci (en parlant de Moïse et d'Aaron) veulent-ils s'élever au-dessus des autres et s'en rendre les cbefs? » Ces paroles marquent assez l'esprit d'ambition qui les poussait à se soustraire au légitime pouvoir que Dieu avait donné à ces deux grands^ hommes, qu'il avait appelés à ce ministère.

[Absalon]. — Quel artifice Absalon ne mettait-il point en usage pour gagner l'esprit et s'insinuer dans l'affection du peuple, afin de parvenir par-là à la royauté, où son ambition le portait? Considérez comme, par de feintes caresses, il embrassait tous ceux qui venaient au palais pour des affaires, comme il se faisait instruire du sujet qui les amenait, comme il feignait d'entrer dans leurs intérêts, et d'appuyer leur bon droit en les assurant de son crédit et de sa faveur, afin de les attirer dans son parti, dans la révolte qu'il méditait contre son père : son ambition lui faisait employer l'artifice avant que d'en venir à la violence et à une rébellion ouverte.

[Aman]. — Le Saint-Esprit semble avoir pris plaisir à nous représenter, en la personne de l'infortuné Aman, le caractère de l'ambition, et les déplaisirs et les chagrins qui font qu'on ne trouve jamais le repos que l'on cherche dans lés grandeurs. Aman, parvenu au comble des honneurs où un homme pouvait monter, comptait pour rien ses charges, la faveur de son prince, le rang qu'il tenait à la cour, et tous les bienfaits du roi Assuérus, avec lequel il semblait partager le trône et la puissance royale, pendant qu'un inconnu, qu'il regardait comme un homme de néant, ne daignait pas le saluer quand il passait, ni se lever par honneur devant lui. N'avoua-t-il pas que ce mépris lui causait plus de trouble et de chagrin que tout ce qu'il possédait de biens et d'honneurs ne lui donnait de joie et de satisfaction? Xe perdit-il pas tout avec la vie pour s'en venger?

[Alexandre]. — Le Saint-Esprit, au livre des Machabées, semble insulter à tous les ambitieux en la personne d'Alesandre-le-Grand. Cet homme était né roi : c'était de quoi le rendre assez heureux, s'il n'eût pas voulu l'être trop. Il n'est pas content de cette fortune, il veut encore posséder toute la Grèce. Il s'en rend enfin le maître ; mais il n'est pas plus content. Il étend ses désirs inquiets sur la monarchie des Perses et des Mèdes; il s'en rend le souverain, après avoir défait cent effroyables armées : en est-il plus content après cela? Xon : les Indes, toutes vastes qu'elles sont, entrent toutes dans son cœur. Il les soumet ù son empire : et il n'est pas encore satisfait! 11 ne connaît plus de royaume à désirer ; il s'en figure du

PARAGRAPHE TROISIÈME. Il'

moins de nouveaux : mais, son cœur ne trouvant rien de réel qui, rassasie ses désirs, il meurt avec le chagrin de ne pouvoir contenter son ambition : El post hœc, decidit in leclum, et cognovit quia moreretur (I Machab. cap. i). Terrible spectacle, à toute la nature, du désordre que l'ambition cause dans le cœur de l'homme !

[Antres]. — Nous avons plusieurs autres exemples, dans l'Ecriture, des desseins, soit furieux soit extravagants, auxquels l'ambition porte les hommes, et des punitions éclatantes que Dieu a coutume d'en tirer. Les plus célèbres sont : — La cruelle ambition de Zambri, qui, ayant ôté la vie à son souverain pour se mettre en sa place, ne régna que sept jours : car, poursuivi par ses ennemis et ne pouvant échapper à leur vengeance, il s'enferma dans son palais, y mit le feu, et fut consumé par les flammes , avec toute la maison royale (III. Reg. 16). — Celle de Xabuchodonosor, qui ne se promettait pas moins que de soumettre toute la terre à son empire, comme il est rapporté au 2e chap. de Judith : Vocavil duces et bellatores suos, dixitque sibi cogitationem esse ut omnem terrain suo subjugaret imper io. — Celle d'Athalie, mère du roi Ochosias, laquelle, voyant son fils mort, eut une si furieuse passion de régner, qu'elle fît massacrer inhumainement tous ceux qui restaient du sang royal, à la réserve de Joas, qui fut soustrait à la fureur de cette ambitieuse, comme il e3t rapporté au IVe livre des Rois, chap. 11e.

EXEMPLES TIRÉS DU NOUVEAU-TESTAMENT

[Les deux fils de Zébédée]. — Il est rapporté, au chapitre XXe de S. Matthieu, que la mère des enfants de Zébédée s'approcha du Fils de Dieu et lui dit en l'adorant : Ordonnez que mes deux fils, que voici, soient assis dans votre royaume, l'un à votre droite, l'autre à votre gauche. Ces deux disciples, n'ayant pas apparemment osé prendre la liberté de faire eux-mêmes cette demande à leur Maître, la firent par l'entremise de leur mère. Comme ils ne connaissaient pas encore ce royaume spirituel dont le Sauveur leur avait souvent parlé , et qu'ils ne l'envisageaient que comme un royaume temporel, il est évident que l'ambition seule et le désir de s'élever au-dessus des autres les porta à lui faire faire cette demande. On sait assez comment ils furent reçus , et ce qui se passa dans une occasion si remarquable. Le Sauveur du monde, disent les Pères, en nous instruisant des désordres de l'ambition et de ces deux disciples, voulut nous faire comprendre la grandeur de la nôtre, afin que, leur faisant des leçons sur une matière aussi importante que celle-là, elles nous servissent de règle pour nous réduire à cette sainte humilité sans laquelle il n'y a point de salut.

[Les pharisiens]. — L'ambition est l'un des vices qui a davantage animé le zèle du Fils de Dieu contre les pharisiens, comme celui qui était le plus opposé au dessein qu'il avait de guérir notre orgueil et notre présomption

en nous donnant des exemples continuels d'humilité. Aussi, en toute rencontre il censurait leur ambition, la faisait remarquer jusque dans leurs actions les plus pieuses en apparence, et ne se lassait point d'invectiver contre un vice qui est un des plus grands obstacles au salut des hommes. C'est pourquoi, dans S. Luc, chap. XXe, il avertit ceux qu'il instruisait de se donner de garde d'imiter ces superbes et ambitieux docteurs de la loi , qui se plaisent à se promener avec de grandes robes et à être salués dans les places publiques, qui aiment les premières chaires dans les synagogues et les premières places dans les festins.

[Les Apôtres]. — C'est une chose surprenante, et qui fait bien voir combien ce vice est naturel et combien il est difficile de s'en défaire, de voir que les disciples du Sauveur même, élevés à l'école de l'humilité, qui avaient devant les yeux tant d'exemples de cette vertu et qui n'entendaient presque autre chose de la bouche de leur divin Maître, que ces disciples, dis-je, aient été susceptibles d'ambition jusqu'à contester et disputer entre eux lequel était le plus considérable et méritait la préférence sur les autres : Quis eorum major esset.

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