‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 53 sur 75 · EXEMPLES ET TÉMOIGNAGES DU NOUVEAU-TESTAMENT · texte numérisé non relu

EXEMPLES ET TÉMOIGNAGES DU NOUVEAU-TESTAMENT

[Base de tout]. — Toute la loi du Fils de Dieu, toutes les maximes de la religion qu'il a établie, ne sont pour ainsi dire que des conséquences de cette vérité, qu'il y a une autre vie et que. nos âmes sont immortelles. La résurrection si éclatante et si avérée du Sauveur, ses apparitions fréquentes à ses disciples, ses discours sur le royaume du ciel, les promesses d'un bonheur éternel, les menaces d'une éternité de supplices, les vertus dont il nous a donné l'exemple, les morts qu'il a ressuscites, les préceptes qu'il a donnés aux hommes, le motif et la cause de sa venue au monde et de la mort qu'il a soufferte pour nous, ne sont-ce pas autant de preuves de cette vérité, dont nul chrétien ne peut douter ?

[Paraboles]. — L'histoire ou parabole du mauvais riche nous instruit en

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particulier du bonheur des justes dans l'autre vie, et du malheur des réprouvés : ce qui serait une pure fable si l'âme ne survivait au corps et si elle n'était pas immortelle. -— La parabole du fermier qui avait dissipé le bien de son maître, et qui se fit des amis des biens qu'il avait volés, ne donne-t-elle pas sujet au Fils de Dieu de dire qu'il faut faire des amis du trésor d'iniquité, c'est-à-dire des richesses acquises par des voies injustes, afin qu'après la mort ils nous reçoivent dans les tabernacles éternels? Que'signifierait cela, si l'âme et le corps étaient ensevelis dans le même tombeau?

[Les Apôtres], — Les Apôtres et les disciples du Fils de Dieu étaient bien persuadés de cette même vérité, puisque c'est pour procurer le salut des âmes qu'ils ont porté l'Evangile à toutes les nations : et S. Paul, en particulier, ne témoigna-t-il pas le désir ardent qu'il avait d'être délivré des liens de son corps pour vivre avec Jésus-Christ? et ne le demande-t-il pas avec instance : Quis me Uberabit de corpore mortis hujus ? marquant par-là qu'il vivra d'une vie bienheureuse et exempte des misères de ce monde.

APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE

Lucralus eris fralrem tuum. Désirer le salut de son âme et de celle de son prochain sont deux choses qui ont entre elles une telle liaison, qu'elles semblent inséparables , et procurer le salut d'autrui est un moyen presqu'infaillible d'assurer le sien. Car si Jonathas autrefois, condamné à mourir par sentence du roi son père pour avoir touché du bout d'une baguette un rayon de miel en poursuivant la victoire contre les Philistins, fut délivré par les instances du peuple, qui, ayant été sauvé par la valeur de ce jeune prince, obligea le roi à révoquer un si rigoureux arrêt, il est certain que, quelque faute que puisse avoir commise un pécheur, quelque arrêt que Dieu veuille prononcer contre lui, s'il est assez heureux pour avoir contribué au salut des âmes, elles se présenteront au tribunal du Tout-Puissant pour implorer sa miséricorde; il est certain qu'elles crieront à haute voix, comme le peuple sauvé par Jonathas, qu'il n'est pas juste de faire mourir celui qui en a sauvé tant d'autres.

Reddet animampro anima (Deuter. 19.) Dans l'ancienne loi, on demandait l'âme d'un homme pour celle de son frère, c'est-à-dire qu'on ôtait la vie à celui qui l'avait ravie à son prochain : ce qui se pratique encore aujourd'hui dans la justice humaine. Mais on peut dire, en un sens d'application, que la justice de Dieu demandera encore plus véritablement âme pour âme, c'est-à-dire que, si quelqu'un vient à causer la perte de l'âme de son frère, par le scandale qu'il lui donne, par sa négligence, faute de le secourir dans le besoin et quand il le peut , selon le précepte

de la charité : Unicuique mandavii Deus deproximo suo ; on ne peut douter que nous ne répondions de son âme sur la nôtre propre, et que cette âme perdue par notre faute ou par notre mauvais exemple n'attire notre damnation éternelle. Reddet an imam pro anima.

Da mihi animas, cœlera toile tibi (Gènes. 14. ) C'est ce que disait le roi de Sodome à Abraham. Il ne demandait que les hommes, et ne se mettait nullement en peine du reste. Mais on peut mettre ces paroles tantôt en la bouche du Fils de Dieu, qui de tous les biens de ce monde n'est venu chercher que les âmes et qui a méprisé tout le reste, et tantôt en la bouche du démon même, qui cherche tous les moyens de perdre les âmes. Et l'on peut se représenter que ce malin esprit s'adresse aux ecclésiastiques, que Dieu a chargés du soin des âmes, et qu'il leur dit : Da mihi animas, coûtera toile tibi. Il leur abandonne volontiers les gros revenus de leurs bénéfices, les dignités, les honneurs ; il les laisse jouir paisiblement de tout cela, pourvu qu'ils lui abandonnent les âmes, qu'il demande uniquement : Da mihi animas, cœtera toile tibi.

Erue à frameâ, Deus, animam meam, et de manu canis unicam meam (Ps. 21). C'est cette âme qui est notre unique, c'est-à-dire notre uuique bien que nous devons conserver, ou bien notre unique et notre premierné, que nous devons chérir et regarder comme l'unique chose que nous avons à ménager en ce monde. Mais il arrive tout le contraire : la chose du monde qu'on néglige le plus, qu'on abandonne au hasard, qu'on expose à tous les dangers, c'est son âme, sans faire réflexion qu'on n'en a pas une autre pour mettre en sa place quand on l'a une fois perdue. C'est la réponse que fit autrefois un souverain-pontife à l'ambassadeur d'un grand roi qui le sollicitait de lui accorder quelque chose que ce pape jugeait être contre sa conscience : « Si j'avais deux âmes, lui dit-il, j'en exposerais une. volontiers pour le service de votre maître ; mais, n'en ayant qu'une seule, il ne doit pas trouver mauvais que je tâche de ne la pas perdre. »

Habemus thesaurum istum in vasis fetilibus (II Cor. iv). Les uns appliquent ce passage à la grâce de Dieu, qui est fragile et exposée à de continuels dangers pendant que nous sommes en cette vie, et les autres aux vertus les plus délicates et les plus faciles à perdre. Mais je ne crois pas qu'on en puisse faire une application plus juste qu'à notre âme, qui, étant en effet dans un corps de boue, en ressent toutes les faiblesses ; et pendant qu'elle y demeure, elle est comme un trésor renfermé dans un vase d'argile, de manière qu'il la faut conserver avec tout le soin possible, comme une chose précieuse et fragile tout à la fois.

Anima mea in manibus meis semper. (Ps. 118). Animam meam porto in manibus meis (Job. 13). S. Thomas, sur ces paroles du Prophète royal,

dit que c'est pour faire voir combien notre âme nous doit être chère, et la crainte que nous devons avoir de la perdre. Comme une chose de grand prix , que nous appréhendons qu'on ne nous ravisse ou qui ne nous échappe, nous la tenons toujours entre nos mains, et nous croyons alors qu'elle est en sûreté, ainsi nous devons garder notre âme, l'avoir toujours entre nos mains, de peur de la laisser aller au gré de ses passions, ou que le commerce du monde ne la souille et ne la corrompe. Anima mea m manibus meis semper.

Quis ex vobis homo qui habel cenlum oves ? Et si perdiderit unam ex illis, nonne dhnillit non a g in la - novem in deserlo, et vadit ad illam quœ perierat donec inventât eam? (Luc. XV). Sur ces paroles, Tertullien dit que tout le troupeau n'est pas plus cher à ce Pasteur qu'une seule de ses brebis : Grex nnâ oviculâ charior non erat. Il la cherche, et croit dans sa perte avoir perdu toutes les autres. Et S. Chrysostome, sur l'Épître aux Galates, fait cette consolante réflexion, que Dieu chérit l'âme de chacun en particulier comme s'il n'y avait qu'elle seule au monde: en sorte qu'un seul homme lui est aussi cher que l'univers tout entier. D'où vient qu'à son exemple, ajoute ce Père, nous devons avoir le même soin de notre âme, comme si le salut de tout le genre humain était attaché au sien, et comme si de notre avancement dans la vertu dépendait la perfection et la sainteté de tous les hommes. Ce que S. Ambroise confirme par ces belles paroles : « Chrislus pro omnibus quidem mortuus est, hoc est quantum in ipso est, ejus momenti est, wnius eu jus momenti est omnium perditio : Le Fils de Dieu étant mort pour tous les hommes, la perte d'un seul lui est aussi considérable que le serait la perte de tous. »

Empli eslis pretio magno (I Cor. vi). Sur quoi, dit S. Augustin, Dieu nous a appris, par la grandeur du prix dont il a racheté notre âme, combien l'homme lui est cher. Mais c'est aussi afin que nous concevions combien grands étaient les crimes qu'il lui a fallu expier pour cela, puisqu'il n'a pas envoyé un ange ni un archange pour exécuter ce grand dessein, mais son propre Fils, qui a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang. D'où vient qu'ayant coûté si cher à Dieu, et lui étant si précieux, nous devrions rougir et être confus de nous être si souvent livrés pour des choses de néant, et d'avoir vendu notre âme, qui est d'un si grand prix devant Dieu, pour des biens aussi peu considérables que sont toutes les choses de ce monde. C'est le langage de ce Père.

Verumtamen animam ejus serva (Job. 2). C'est ce que Dieu dit au démon quand il lui permit d'éprouver la vertu du saint homme Job. Il lui donna tout pouvoir sur ses biens, sur ses enfants, sur ses troupeaux, mais non pas d'attenter sur sa vie. C'est ce que signifie l'âme en cet endroit: Verumtamen animam ejus serva. Mais il n'est rien de plus naturel que de faire

l'application de ces paroles à notre âme, en disant que le corps n'est rien, les biens de cette vie peu considérables, notre vie même très-peu de chose; mais, pour notre âme, il la faut conserver et sauver, aux dépens même de tout le reste: Omvis homo in anima est, comme dit S. Ambroise; c'est en quoi consiste l'homme tout entier : si elle est perdue, tout le reste est entièrement perdu, et par conséquent il la faut conserver. Verumlamen animam illius serva.

Deum time et mandata ejus observa: hoc est enimomnis homo (Eccles. 12). Tout l'homme consiste à craindre Dieu, à garder sa loi et à s'assurer de la sorte le salut de son âme. « Ainsi, qui que vous soyez, reprend S. Ambroise, songez à vous: Attende tibi: à vous, dis-je, poursuit ce Père, et non point à vos revenus, ni à vos terres, ni à tous vos autres héritages : Tibi, inquam, non possessionibus luis ; à vous, et non point aux aises ni à la santé de votre corps: Tibi, inquam, non viribus corporis ; à vous, dis-je. (Ah! chrétiens, la grande parole ! ne l'oubliez jamais), à vous, à votre âme, à ce précieux talent que Dieu vous a confié ; à cette partie de vous-mêmes la plus noble, et par conséquent la plus digne de votre application : Tibi, inquam, hoc est animœ tuœ, in quâ te potiorem esse nôsti. » Vous rendrez compte de ce trésor à Dieu, qui vous l'a mis entre les mains pour le conserver. N'y épargnez rien : c'est une affaire personnelle pour vous, et dont Dieu même vous a tellement imposé le soin, qu'il n'y a que vous qui la puissiez faire réussir.

Pensées et passages des SS. Pères.

In vanum accipit animam qui sola Celui-là reçoit son Orne en vain qui ne prœsentia cogitât, et quœ sequuntur in pense qu'aux choses présentes, sans se perpetuum non attendit, et qui ejus vitam mettre en peine de celles qui doiveut ISegligit, et ei carnis curam anleponit. durer éternellement; qui néglige la vie de Nonautem aceipiunt ectm in vanum qui cette âme, qui lui préfère le soin de son ad ejus utilitaiem, intentione continua, corps : mais ceux-là savent en faire l'usage referunt quœcumque corporaliter ope- qu'ils doivent, lesquels rapportent tout rantur. Gregor. Moral, vu, 19. ce qu'ils font par le moyen du corps au

salut de leur âme.

Si magnœ mercedis est à morte eripere Si sauver une personne de la mort corcarnem, quamquàm morituram, quanti porelle mérite une ample récompense, est meriti a morte liberare animam in quoique cette personne doive nécessairecœlesti palriâ sine fine victuram ! Id. ment mourir un jour, quel est le mérite Homil. 26. Moral. et la récompense de celui qui sauve une

âme destinée à vivre éternellement dan* le ciel !

Sic conditi mirabiliter sumus, ut ratio animam, et anima possideat corpus.

Id.

Totum hominem animas circumfert, et qub vult transfert. Tertull. Ad martyres.

Quoi rnajus lucrum potest esse aut quod pretiosius, quant si humanam animamquis lucretur ? llierou. Epist. ad Tit.

Pretium unusquisque animœ suœ conscquilur, cùm concupiscentiœ satisfecerit. Cyprian. in Symb. Apostol.

Animus auctor culpœ, caro autem ministra. Ainbros. Offic 1.

Deus operis sui idoneusœ slimator. Id.

7 in Luc.

Anima hominis aut a Deo aut à diabolo regitur. August.

Animas mortuas multi in corpore vivo h ab eut. Id.

Animœ mortuœ sepulcrum est corpus.

Id.

Vis ut animœ tnœ caro tua serviat ?

Deo serviat anima tua ; debes régi ut possis regere. Id.

Vœ animœ aiidaci quœ speravit, si à te recessisset, se aliquid melius habituram ! Versa et reversa, in tergum et in latus ; et dura sunt omnia, et tu solus requies. Id. vi Confess.

Sicut Deus omnem creaturam, sic anima omnem creaturam naturœ dignitate prœcellit. Id. de Gènes, ad litter.

Omnis anima aut Christi sponsa, aut diaboli adultéra est. Id. ibid.

Quemadmodùm fatendum est animam non esse quod Deus est, ità presumendum nihil, inlrà omnia quœ creavit, ipsi Deo esse propinquius. Id. x Confess.

Cùm te Deum quœro, vitam beatam quœro. Quœram te, ut vivat anima mea : vivit enim corptis meum de anima mea, et vivit anima mea de te. Id.

ibid.

Ut vita camis anima est, ità vita beata hominis Deds est. Id. Epist. 56 ad Diosc.

Dieu a créé l'iiomme de telle sorte, que la raison doit régler et conduire l'âme, et l'âme être maîtresse du corps.

Tout l'bomnie est dans son esprit ; son esprit le porte où il veut.

Quel plus grand et plus précieux gain peut-on faire que de gagner une âme à Dieu?

Après qu'on a satisfait à la convoitise, on reconnaît qu'on a vendu son âme.

C'est l'âme qui commet le crime ; le corps n'en est que l'organe et le ministre.

Il n'y a que Dieu qui sache le prix de l'âme dont il est l'auteur (c'est l'ouvrier qui sait ce que vaut son ouvrage.)

L'âme est nécessairement soumise ou à Dieu qui la conduit, ou au démon qui en devient le maître.

Qu'il y a de personnes portant des âmes mortes dans un corps vivant!

Le corps est le tombeau d'une âme morte à la grâce.

Voulez-vous que votre corps soit soumis à votre âme? faites que votre âme soit la première soumise à Dieu : vous devez être gouverné et conduit, si vous voulez conduire et gouverner.

Malheur à l'âme qui est assez présomptueuse pour espérer que, vous quittant, Seigneur, elle trouvera mieux ailleurs, et sera plus heureuse qu'avec vous ! Tournez-vous de tous côtés et en toutes manières : tout vous sera dur, et vous ne pourrez trouver le repos, qui ne se peut trouver qu'en Dieu seul.

Comme Dieu, par la supériorité de son être, est au-dessus de toutes les créatures, l'âme les surpasse par la dignité de sa nature.

Toute âme est ou légitime épouse de Jésus-Christ ou adultère du démon.

Comme on est obligé d'avouer que l'âme n'est pas Dieu, il faut aussi être persuadé qu'entre tout ce que Dieu a créé, rien n'approche de plus près de Dieu que l'âme (qui est son principal ouvrage).

Lorsque je vous cherche, ô mon Dieu!

je cherche la vie bienheureuse : je vous chercherai donc, afin que mon âme puisse trouver cette vie: car, comme c'est par l'âme que le corps vit, l'âme de même ne vit que de vous et par vous.

Comme l'âme est la vie du corps, ainsi la vie bienheureuse de l'homme c'est Dieu.

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