A.ME
Anima habet mortem suam cùm vitâ beatâ caret, quœ vera animas vita dicenda est. Id. xiv de Triait. 4.
Mors animœ fit cùm eam Deus deserit , sicut corporis mors cùm eam deserit anima. Ergb tolius hominis 77iors est, cùm anima à Deo déserta deserit corpus. Id. De Civit. 2.
Immortalis est anima tua, et vivificat mortalem camem tuam : immortalem dico animant tuam ad utrumque : si non crédit , immortalis est ad pœnam Id. m De Symb.
Quandb me intellexi Christi sanguine emptum, nolui ampliùs me exhibere venalem. Id.
Chris tus pependit in ligno vitœ : vide quanlb émit, et videbis quid émit. Id.
in Ps. 43.
Imago Dei, Dei capax et particeps :
capax per cognitionem, particeps per (imorem. Id. De Trinitate.
Magna res est anima quœ Christi sanguine redempta ; gravis animœ casus, quœ non nisi Christi cruce potuit reparari. Bernard. Epist. 54.
0 anima ! insignita Dei imagine, de corata similitudine, desponsata fide, redempta sanguine, deputata cum angelis, capax beatitudinis, rationis particeps, quid tibi cum carne, quâ haud aliud vilius sterquilinium invenisti ? Id. Méditât.
Ad imaginent Dei facta est anima rationalis; cœteris omnibus occupari potest, repleri omninb non potest : capacem enim Dei quidquid Deo minus est non implebit. Id. Serm. de Dedicat.
Totus quidem iste mundus ad unius animœ pretium œstimari non potest. Id.
Méditât.
Sublimius est animœ pretium, quœ vmi nisi sanguine Christi redimi potuit. Id. ibid.
L'âme, tout immortelle qu'elle est, meurt d'une mort qui lui est propre, lorsqu'elle est privée de la vie bienheureuse qu'on doit appeler la véritable vie de cette âme.
La mort de l'âme arrive lorsque Died se retire d'elle, de même qu'elle cause la mort du corps quand elle le quitte. Par conséquent, la mort de l'homme tout entier arrive lorsque l'âme délaissée de Dieu quitte son corps.
Votre âme est immortelle, et c'est elle qui donne la vie à votre corps mortel. Je dis immortelle de l'une des deux manières : immortelle pour la vie, si elle est fidèle; ou, si elle est infidèle, immortelle pour les supplices qu'elle aura mérités.
Lorsque j'ai bien compris que j'ai été racheté du sang de Jésus-Christ, je u'ai plus voulu me vendre à si vil prix que sont les biens et les plaisirs de cette vie.
Le Fils de Dieu a été attaché à la croix, qui est l'arbre dévie: faites réflexion sur le prix qu'il a donné, et vous connaîtrez pour quoi il l'a donné.
L'âme est l'image de Dieu, capable de posséder Dieu et de participer au bonheur de Dieu , par la connaissance et par l'amour.
L'âme est quelque chose de grand , puisqu'elle est rachetée du sang de Jésus- Christ : c'est une perte bien considérable que la sienne, puisqu'elle n'a pu être réparée que par la croix et la mort d'un Dieu.
Ame chrétienne , qui as l'avantage d'être créée à l'image de ton Dieu, honorée de sa ressemblance , qui lui es engagée par la foi, rachetée de son sang, destinée pour être avec les anges, capable d'un bonheur éternel, et qui as la raison pour apanage, pourquoi t'avilir par le soin excessif de ton corps, qui n'est qu'ordure et que fumier?
L'âme raisonnable, qui est créée à l'image de Dieu et qui en porte la ressemblance, peut bien s'occuper des choses créées, mais non pas en être pleinement satisfaite; étant capable de posséder Dieu, tout ce qui est moins que Dieu ne la remplira jamais.
Le monde entier ne peut entrer eu comparaison avec le prix d'une seule âme.
L'âme est d'une telle valeur et d'un si haut prix, qu'elle n'a pu être achetée que par le sang de Jésus-Christ.
Quid majus his tibi facere poluit quam ut ad similitudinem suam conderet Factor tuu s ? Attende igitur diligenter primœ conditionis tuœ excellentiam. Ici.
Serin. 67 De iuter. domo.
Dignissima compensât™ effusi sanguines Christi. Id. (Sic auimain vocat.)
Mira res anima, quœ Christi sanguine redempta est. Id. Epist. 54.
Damna animce totum penitùs secum auferunt, nec quicquam homo omnino habere potest qui se ipsum damno aniline pereuntis amittit. Salvian. 3 ad Ecoles. Catb.
Quis fur or viles à vobis animas haberi, quas etium diabolus putat esse pretiosas ? Id. ibid.
0 anima ! quid miraris siderum allitudines et profunditatem maris ? Aniini lui abyssum intra, ac mirare si potes.
Isidor. il De summo bono.
Salus creaturce lucrum est Creatoris.
Hieron.
Anima chara et arnica possessio Dei:
cujus causa formatum est cœlum et extensum est mare, fundala est terra, propter quam sol oritur et occumbit.
Aug. Serm. 223 De tenip.
Anima civitas Dei est de quâ tàm gloriosa dicta sunt, qu'od ad imaginem Dei facta est. Id. De spir. et anima.
Unusquisque anima/m suam diabolo vendit accepta, tanquàm pretio.dulcedine temporalis voluptatis. Id. in Epist. ad Rm.
0 anima ! érige te : tanti vales ! Id. id Ps. 102.
Si animam negligamus, nec corpus salvare poterimus : non enim anima pro corpore, sed corpus pro anima factum est. Chrysost. De récupérât, lapsi.
Vis scire quantum sit pretium animarum ? Redempturus eas, Unigenitus non mundum dédit, non hominem, non terram, non mare, sed suum pretiosum sanguinem : vidisli magnitudinem prêta '. Quandb ergo tuam tanti emptam perdideris, quomodb poteris eam deinceps emere? Id. in Ps. 4S.
Qu'est-ce que Dieu votre Créateur pouvait faire davantage en votre faveu/que de vous créer à sa ressemblance? Faites donc une particulière attention à l'excellence de votre première condition.
L'âme est le prix et la digne récompense du sang de Jésus-Christ, qui a été répandu pour elle.
Il faut que l'âme soit bien précieuse et bien admirable pour avoir été rachetée du sang de Jésus-Christ.
La perte de l'âme entraîne avec elle celle de l'homme tout entier; et celui-là est incapable de posséder aucun bien qui se perd entièrement en perdant son âme.
Quelle folie et quelle fureur de faire si peu de cas de votre âme, dont le démon lui-même fait tant d'état !
Ame qui portes la ressemblance de ton Dieu, pourquoi admirer la hauteur des astres et les abîmes de la mer? Entre dans l'abîme de ton âme, et contemplela si tu peux.
Le salut de la créature est le gain du Créateur (qui la regarde comme sa conquête).
L'âme est la plus chère possession de Dieu ; en sa faveur il a créé le ciel, étendu la mer; pour elle le soleil fait sa course journalicre.
L'âme est cette cité de Dieu dont on a dit tant de merveilles (ainsi que parle le Prophète), parce qu'elle est 'faite à l'image de Dieu.
Par un péché mortel, on vend son âme au démon, et on la lui livre pour être le prix d'un petit plaisir de peu de durée.
Ame chrétienne! prends de nobles sentiments de toi-même : tu vaux un si grand prix!
Si nous négligeons et abandonnons notre âme, nous ne pouvons pas même sauver notre corps : car l'âme n'est point faite pour le corps, mais le corps pour l'âme.
Voulez-vous savoir ce que valent nos âmes? Le Fils unique de Dieu, voulant les racheter, a donné pour cela, non un monde entier, ni la terre ni la mer avec tous les trésors qu'elles renferment, mais son précieux sang : d'où vous pouvez juger de la grandeur du prix. Si donc vous venez à perdre la vôtre après qu'elle a tant coûté, à quel prix la pourrez-vous racheter '?
Nihilestquod animœ possitœquiparari, ne universus quidem mundus. Itaquè, si immensas pecunias eroges pauperibus, plus tamen effeceris si unam converteris animam. Id. Ilomil. 3 in i Cor.
Pecuniam qui amisit, aliampro amissâ potest afferre ; similiter qui cèdes, qui servos, qui cœtera hujusmodi amisit :
animam verb si perdas, aliam pro eâ dare nunquàin poteris. Id. Hoinil. 56 in Matth.
Pretiosum depositum, quod sibi Christus sanguine proprio pretiosius judicavit ! Bernard. Serin. III de Tripl. Advent.
In hûc anima totuses, ô homo ! quia sine hâc nihil es, sed es terra, et in terrain resolveris. Ambr. 6 Hexam.
Nobilem vult esse vitam tuam qui tibi commisit imaginem suam. Euseb. Einissen. in Homil. 2 de Symb.
Quhm pretiosus sis, si Factori forte non credis, interroga Redemptorem. Id.
Ibid.
Thm copioso munere redemptio agitur, ut homo Deom valere videatur. Id. Homil. 6.
Transiisseipsum vides inpretium meum. Id. Homil. 6 de Pasch.
In trutinâ crucis, non aurum, vel argentum, sed semetipsum passus est auctor salutis appendi, ut homini naturœ suce dignitatem vel ipsa ostenderet prelii magnitudo. Id. de Symbol.
Ergbne majus erit suscitare carnem iterùm morituram quhm animam œtcrnum victuram ? Erg'one ma jus erit carnem revocare ad gaudia inundi quàm animœ restituere gaudia cœli ! 0 qualis dos, quanta dignitas, taie m gratiam à Deo accipere ! Richard, à S.-Vict. 1.
Benjam. min. 44,
Opinio immortalitatis animœ fundamentum religionis et honestatis : quam quis non crédit tollit spem alterius vilœ, et nihil restât nisi prostitutio virtulum. Guill. Paris. De immort, aiiiin.
fCùm optimus quisque posteritati ser* itat esse aliquid veri&imile est cujus is
Rien ne peut être comparé a notre âme, pas même le monde entier. C'est pourquoi, vous ferez davantage pour Dieu en convertissant une âme qu'en donnant par aumône une immense somme d'argent.
Celui qui a perdu son argent, sa maison, ses serviteurs, tout son bien, en peut recouvrer d'autres ; mais si vous venez à perdre votre âme, vous ne pouvez pas la racheter par une autre.
Précieux dépôt que celui que Dieu a estimé au-dessus de son propre sang !
C'est votre âme qui fait proprement que vous êtes homme; sans elle , vous n'êtes que poudre et vous retournerez en poudre.
Dieu, vous ayant donné une ressemblance de nature avec lui, veut que vous en acquériez une autre de mœurs, et que votre vie soit noble et toute sainte.
Pour savoir combien votre âme est chère et précieuse à Dieu, si vous n'en croyez pas celui qui l'a créée, interrogez celui qui l'a rachetée.
Le rachat de nos âmes s'est fait à de si grands frais, qu'on dirait que l'homme ait valu Dieu : ils ont été mis à même prix.
Dieu même a été employé pour racheter mon âme.
Dans la balance de la croix, ce n'est pas de l'or ou de l'argent que l'auteur de notre salut a voulu être pesé, mais luimême : et cela afin de donner à l'homme une haute idée de ce qu'il vaut, par la grandeur du prix dont il l'a payé.
Est-ce donc quelque chose de plus surprenant de rendre la vie à une chair qui doit mourir une seconde fois, que de ressusciter une âme qui doit vivre éternellement? Est-il plus étonnant de rappeler une chair morte aux joies de ce monde que de rendre à une âme les joies du ciel qu'elle avait perdues? Quel don , quelle prérogative d'avoir reçu de Dieu un tel bienfait!
La croyance à l'immortalité de Târne est le fondement de toute religion et de toute probité . Ne pas croire cette vérité, c'est perdre toute espérance d'une autre vie , et il ne restera plus rien qu'une corruption générale des mœurs.
[Comme tout homme de bien agit en vue de l'avenir et da la postérité, il est plus
pnst mortem sensnm sit habiturus. Cicero, Tuscul. quœst. 1, i.
Prœstantes viri nunquhm tanta conati essent, quœ ad posteritatis memoriam périmèrent ni animo vidissent posteritatem ad se pertinere posse. Id. in Cat. maj.
Animorum nulla in terris origo inveniri potest : nihil enim mixtum atque concretum, aut quod ex terra natum atque fictum esse videatur : nec invenietur unquam undè venire possint nisi a Deo. Id. i Tuscul. qusest.
Mihi quidem nunquam persuaderi potuit animos dùm in corporibus essent vivere, cum exiissent emori. Id. De Senect.
Hoc habet argumentum divinitatis suce, quod eam divina délectant. Senec.
i Natur. qusest. 1
que vraisemblable qu'il reste quelque cbose après la mort, dout celui qui meurt fera l'expérience.
Les grands hommes n'eussent jamais entrepris de si grandes choses pour laisser leur nom à la postérité, s'ils n'eussent prévu que le sentimeut que la postérité aurait d'eux les regardait, .comme un bien qui leur était propre.
Il ne faut point chercher sur la terre l'origine de nos âmes: car il n'y a rien de terrestre qui entre dans leur composition , et on ne peut s'imaginer qu'elles viennent d'ailleurs que de Dieu seul.
Jamais je n'ai pu être persuadé que nos esprits, vivants tandis qu'ils demeu-< rent dans leurs corps, cessent d'exister après qu'ils en sont séparés.
Preuve évidente que notre âme a quelque chose de divin: c'est qu'elle se plaît aux choses divines, à y penser, à en entendre parler].
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[Définition]. — S. Augustin définit l'âme « une substance créée, invisible, spirituelle et immortelle, qui porte en soi l'image dason Créateur. » D'où il conclut qu'après avoir vécu dans le temps, qui a des bornes prescrites, elle doit enfin, par le privilège de sa nature même, vivre dans l'éternité, qui n'en a point. Car, puisque Dieu est l'auteur de nos âmes et qu'il les a créées à son image, il est raisonnable qu'elles retournent enfin à lui ; de manière qu'étant la cause efficiente de l'bomme, nul autre que lui ne peut être l'objet de son bonbeur. D'où il s'ensuit, selon le même saint, qu'elles ne sauraient avoir de repos qu'elles ne soient retournées à lui.
[Dignité]. — Sa dignité doit être considérée par rapport ou à son origine, ou à sa nature, ou à sa fin, ou enfin au prix qui a été payé pour la racbeter. Ce sont les quatre cboses qui l'élèvent non-seulement au-dessus de celles de tous les autres animaux, mais encore au-dessus de toutes les pures créatures, et qui font que Dieu la considère lui-même comme le plus noble de ses ouvrages. Car c'est pour elle qu'il a créé le ciel et la terre, et sur elle il a imprimé les plus nobles caractères do sa ressemblance. De sorte que, cette âme s'étant perdue par le pécbé, il est venu
lui-même au monde, a donné sa vie et versé iout son sang pour la racheter. Ce qui nous oblige à l'estimer nous-mêmes, et à ne la pas avilir et dégrader par le péché, qui en efface les beaux traits, et la précipite ensuite dans un souverain malheur.
[Spiritualité]. — Le premier caractère de la Divinité que nous portons en notre âme, et qui est le fondement et le principe de son intelligence et de son immortalité, c'est qu'elle est spirituelle, c'est-à-dire indépendante de la matière à laquelle elle est unie et qui n'a rien contribué à sa production, cette âme étant infiniment élevée au-dessus du corps et d'un ordre supérieur à toutes les choses sensibles. J'avoue qu'il est difficile de reconnaître en nous-mêmes cette élévation de notre esprit, parce que notre âme est attachée au corps et ne connaît ordinairement que par ses organes, et parce qu'elle fait ses opérations au-dehors et a par-là quelque chose de commun avec les bêtes. C'est ce qui fait douter les esprits grossiers et les libertins de la dignité de notre âme : mais ils peuvent être facilement convaincus et par l'excellence des opérations de l'esprit, qui nous la découvrent entièrement, et par les instincts secrets et les sentiments intérieurs que nous expérimentons au-dedans de nous-mêmes, qui nous en font nonseulement connaître mais encore sentir la spiritualité. — De plus, s'il est vrai que notre entendement ait des actions indépendantes du corps, il est vrai aussi de dire qu'il en a de spirituelles, et conséquemment que luimême doit être spirituel, puisque toute action est proportionnée à son principe, et ne peut s'élever au-dessus de sa nature : selon la maxime de tous les philosophes, que l'opération suit l'être. Or, il est certain que notre entendement a des actions indépendantes du corps et spirituelles, puisqu'il connaît un Dieu et la nature des anges, qui sont des objets toutà-fait spirituels et qui ne peuvent être conçus que par une action spirituelle.
[Liberté]. — Le deuxième caractère de l'image de Dieu, que sa main toute-puissante a gravée dans notre âme, est la liberté. Et c'est par ce moyen que nous pouvons concilier deux opinions différentes des théologiens touchant l'image de Dieu dans notre âme. Les uns disent qu'elle consiste dans le domaine et dans l'empire que nous avons sur tout le monde ; les autres la mettent dans l'intelligence et dans la raison dont cette même âme est douée. Mais rien n'empêche d'accorder l'une et l'autre opinion, en disant que c'est par la raison et par la liberté que l'homme participe au domaine de Dieu, et qu'il a reçu une espèce d'empire et de souveraineté sur tous les objets du monde: car, par exemple, quand nous sentons des mouvements et des inclinations pour les choses sensuelles qui nous incitent à les suivre, nous pouvons consentir à la passion ou résister à sa violence. Or, je demande d'où vient cette indifférence. Nous pouvons répondre avec assurance qu'elle vient de la liberté que l'âme a reçue de Dieu, et de cette indépendance et cette noble élévation qui la distingue de la matière, laquelle de sa nature est déterminée.
[Immortalité]. — Le troisième et dernier caractère de l'image de Dieu dans l'âme est l'immortalité, qui, comme dit S.'Chrysostôme, est le fondement de toute notre religion, parce que toutes les promesses, les prophéties, et toutes les menaces de l'Évangile, regardent cette éternité, sans laquelle notre croyance est vaine, puisque, si notre âme n'était pas immortelle, tout cela serait sans effet et de pures illusions. C'est pourquoi Dieu à allumé tant de flambeaux au-dedans et au-dehors de nous-mêmes, pour nous convaincre de cette vérité : toutes les lumières de la foi et de la raison conspirent à l'établir. On en peut voir les preuves plus étendues dans les théologiens, et dans les auteurs que nous avons cités, qui en ont fait des livres et des traités exprès : en voici quelques-unes des moins abstraites et des plus morales.
[Preuves métaphysiques]. — Tous ceux qui combattent l'immortalité de l'âme fondent leur erreur sur une autre erreur qui leur fait croire que l'âme est matérielle. Mais, comme on prouve invinciblement par ses opérations qu'elle est spirituelle, on prouve conséquemment qu'elle est immortelle. Tous les philosophes demeurent d'accord de cette conséquence, qu'on ne peut nier, vu que tout ce qui périt perd son être ou par son contraire, ou par le défaut de la cause qui le concerne, ou par la corruption de son sujet. Or, une substance spirituelle ne peut périr par aucune de ces trois façons. Elle ne peut périr par la première; car une substance spirituelle ne peut avoir de contraire qui la détruise : toutes les qualités qui sont reconnues pour contraires étant matérielles, l'âme qui est toute spirituelle, n'a rien dans sa nature qui redoute leur action. Elle ne peut périr non plus de la seconde manière, parce que Dieu, étant le créateur des esprits, en est aussi le conservateur, qui ne peut leur manquer que par sa volonté absolue : auquel cas toutes choses créées peuvent être anéanties. Elle ne peut enfin être détruite de la troisième façon, parce qu'il s'agit, encore une fois, d'une substance spirituelle, et qu'il n'y a que les accidents attachas à des sujets périssables qui cessent d'être, par la destruction de leur sujet. ^
Il n'y a personne qui ne sache que les facultés matérielles ne connaissent que les objets singuliers. Par exemple, la vue ne voit que la couleur particulière qui est dans un sujet, le goût ne sent que la saveur qui est en telle et telle viande, l'oreille n'entend qu'un certain son qui lui est porté. Ce qui se trouve aussi dans toutes les autres puissances matérielles, qui n'agissent jamais sur des objets universels. Or, l'entendement conçoit les choses universelles, et définit en général ce que les sens ne connaissent qu'en particulier : ce qui paraît par les sciences, qui n'ont point d'autre objet que ce qui est universel. Ainsi, la force de la raison nous oblige de conclure que l'entendement n'est pas une puissance matérielle. Outre qu'il connaît non-seulement l'objet de sa connaissance, mais sa connaissance même, sur laquelle il réfléchit à l'infini : au lieu qu'une puissance maté-
rielle no peut connaître son action : par exemple, l'œil ne voit pas l'action par laquelle il voit, mais seulement l'objet.
[Preuves morales]. — Les choses qui ont été tenues pour véritables et pour constantes, dans tous les siècles et par les esprits les plus sages et les plus sensés, doivent passer pour des vérités incontestables. C'est ce qu'enseigne Aristote en termes exprès, au commencement de ses Morales : car l'erreur qui ne procède que de l'ignorance de quelques-uns ne se trouve jamais en ce qui est universellement cru par les plus sages et les plus solides esprits. Or, pour raisonner sur ce principe, l'immortalité de l'âme doit passer pour constante, puisqu'elle a été reconnue dans tous les siècles et par toutes les nations de la terre, quoiqu'éloignées de climats, séparées de commerces, si différentes de religion, d'opinions, de sentiments et de coutumes. Hé ! d'où viendrait ce sentiment si ancien, si uniforme et si universel, sinon de l'Auteur de la nature, qui Ta imprimé dans le fond de notre être ? Que s'il s'est trouvé quelques esprits qui aient combattu cette opinion, outre qu'ils ont été en petit nombre, de peu de réputation et réfutés par tous les autres, même dans les ténèbres du paganisme, on a remarqué que le désordre et le dérèglement de leur vie leur inspirait ce sentiment, pour divertir leur pensée de l'appréhension des châtiments dus à leurs crimes: Malunt enim penitùs extingui quàm ad supplicia reservari, comme a dit Minutius Félix. — - Si l'homme n'avait point d'autre vie que celle qu'il passe en ce monde, les méchants qui se plongent dans les voluptés criminelles auraient un grand avantage sur les bons ; et tous seraient bien fondés à établir leur souveraine félicité en la jouissance des douceurs •lu siècle, et à faire passer les vices pour vertus, puisque, cette vie étant leur dernière fin, tout ce qui pourrait la prolonger devrait avec raison leur tenir lieu de vertu. Cette raison morale a tant de force, qu'elle donne lieu à S. Chrysostôme de dire que nier l'immortalité de l'âme et nier l'existence d'un Dieu c'est la même chose, parce que ce serait mettre de l'injustice en Dieu, qui laisserait les bons sans récompense pour s'être privés des plaisirs de cette vie, et les méchants sans punition pour s'être souillés de toutes sortes de crimes. Or, mettre de l'injustice dans la Divinité, c'est la détruire.
[Preuve intrinsèque]. — S'il est vrai qu'il n'y a rien au monde qui n'aspire et qui ne tende à une dernière fin , qui est son bien et son repos , et qui ne la puisse acquérir, comme l'exemple du feu qui tend en haut, et de la pierre qui descend en bas, le justifient, l'âme ne doit -elle pas aussi aspirer à un bien qui soit capable de la contenter et de la rendre heureuse? Or, la lumière naturelle nous apprend qu'un bien, pour produire cet effet, doit avoir deux conditions : la première, qu'il contienne tous les biens que l'âme peut désirer, et la seconde, qu'il les possède sûrement, sans être sujet à les perdre. Or, entre tous les biens créés, il n'y en a point qui ait ces deux conditions, puisqu'aucun ne possède la perfection des autres, ni même éternellement celles qui lui sont propres et parti-
culières; et par conséquent le repos et la félicite de ramené peut dépendre de la possession d'aucun bien créé. Il faut donc avoir recours à un bien incréé, qui est Dieu seul. Mais, parce qu'on ne le peut pas posséder, en cette vie, de la manière qu'il faut pour être beureux, il faut de nécessité que l'âme trouve ce bonbeur dans une autre vie, où elle possède Dieu parfaitement, lui qui est son souverain bien, et qu'elle le possède éternellement : ce qui ne peut être si notre âme n'est immortelle. — De plus, nous voyons que la nature a inspiré à tous les bommes le désir de l'immortalité : d'où vient qu'il n'y a point d'bomme qui naturellement n'apprébende la mort, et qui ne soubaite de toujours vivre. L'âme sent ce désir violent, et, ne pouvant toujours demeurer sur la terre, tâcbe du moins de vivre dans la mémoire des hommes et de s'éterniser si elle le peut : les uns prétendent le faire par leurs belles actions, les autres par leur science et par des ouvrages d'esprit. De-là vient que l'ambitieux veut toujours s'élever plus baut, l'avare amasser des trésors pour l'avenir. Peu de personnes s'aperçoivent de la cause de ces mouvements, qui n'est autre que ce désir violent qui porte notre âme à vouloir être partout et en tout temps, et qui marque, par cette activité et ces recberebes inquiètes, qu'elle ne doit point finir avec le temps, et qu'elle tend à une fin qui n'ait point de fin, comme parle S. Augustin. Ce désir donc, si violent et si universel, ne peut être vain, non plus que l'instinct que l'Auteur de la nature a donné à tous les animaux, et l'inclination qu'il a imprimée à tous les êtres de tendre à leur fin.
[Article de foi]. — H y a bien d'autres raisons et d'autres preuves de l'immortalité de notre âme, soit physiques soit morales , que les théologiens traitent plus au long, comme ils répondent aux instances que les libertins peuvent faire, et aux raisonnements qu'ils peuvent opposer. Et quoique chacune n'ait pas toute l'évidence de la métaphysique ou des démonstrations mathématiques, toutes ensemble sont si fortes, qu'elles ont été capables de convaincre les païens mêmes, et d'obliger à se rendre tout esprit qui ne sera point obscurci par une ignorance grossière ou par une aveugle opiniâtreté. Et pour ce qui regarde les chrétiens, outre les passages de l'Ecriture que nous avons rapportés, il n'y en a point qui ne doive savoir que c'est un article de notre foi et de notre symbole , et que cette vérité a été définie par l'Eglise universelle, au vie concile général, et confirmée depuis par le concile de Latran. De manière que d'en douter c'est renoncer en même temps à la qualité d'bomme raisonnable et à celle de chrétien.
[Doctrine de S. Paul]. — Il faut savoir que, dans la doctrine de S. Paul, il y a en chacun de nous comme deux hommes, l'homme, intérieur et l'homme extérieur, et ce sont le corps et l'âme. Ainsi, comme ils causent en nous deux sortes de vies, nous sommes sujets à deux sortes de morts
Nous avons la vie corporelle, qui nous est commune avec les bêtes : nous avons la vie de l'âme, qui nous rend semblables aux anges. Celle-ci est une vie spirituelle, pure, sainte, dégagée de tout ce qui est terrestre et charnel. Le principe de la vie du corps c'est l'âme ; le principe de la vie de l'âme c'est Dieu, qui, habitant dans l'âme par la grâce, la vie fait vivre d'une vie surnaturelle et divine, comme l'âme fait vivre le corps d'une vie naturelle. Et de même que le corps est mort dès que l'âme en est séparée, ainsi l'âme meurt du moment que Dieu l'abandonne et se sépare d'elle. Or, comme l'âme est incomparablement plus noble que le corps, et Dieu infiniment élevé au-dessus de l'âme, lorsque Dieu abandonne une âme et s'en sépare, cette mort de l'âme causée par l'éloignement de Dieu est sans doute plus funeste et plus déplorable que celle du corps, qui arrive lorsque l'âme s'en sépare.
S'il y a quelque chose au monde qui nous doive faire détester le péché comme le plus grand de tous les maux, c'est particulièrement qu'il donne la mort à notre âme en nous ôtant la vie de la grâce, et qu'il nous fait perdre Dieu, qui est le souverain bien et le seul capable de nous rendre à jamais heureux ; qu'ensuite il nous dépouille de tous les mérites que nous pouvions avoir acquis, durant notre vie, par l'exercice des vertus: ce qu'il a de commun avec la mort corporelle, qui prive l'homme de tous ses biens et de toutes ses richesses.
[Distinction]. — II faut remarquer que, dans les principes de la religion, notre âme a deux êtres, l'un naturel et l'autre surnaturel, et que, selon son être surnaturel, elle n'est pas immortelle, comme dit S. Jérôme, parce qu'elle peut perdre la grâce, qui est sa vie surnaturelle; mais elle est immortelle selon son être naturel, par l'état de sa nature et par l'incorruptibilité de sa substance. Il n'y a aucun principe en elle et hors d'elle qui soit capable de la détruire ; il n'y a que Dieu qui puisse l'anéantir. Elle n'a point en elle de principe de corruption : son essence est une forme simple ; et il n'y a point de cause extérieure qui la puisse détruire, parce qu'elle est spirituelle, et que les choses matérielles ne peuvent agir contre les spirituelles; et comme ses propriétés sont d'être simple, indivisible et incorruptible, ou ne peut douter qu'elle ne soit immortelle.
§ vi.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Excellence de l'âme]. — S. Grégoire de Nysse dit que, comme les yeux, qui voient tous les autres objets, ne peuvent se voir eux-mêmes que dans la glace d'un miroir, ainsi l'âme, qui connaît tout, ne se connaît jamais ellemême que dans le miroir des Ecritures, qui parlent de sa création. C'est là qu'elle apprend qu'elle a été faite de la main de Dieu, qui a animé le corps humain de son souffle; c'est là qu'elle voit que Dieu, qui dans la création des autres ouvrages de l'univers use de commandement, fait l'homme par voie de délibération et de conseil; mais c'est aussi par ce moyen qu'elle voit l'image de Dieu gravée dans elle-même, et qu'elle reconnaît qu'elle est consacrée par les caractères de sa grandeur : Faciamus hominem ad imaginent nostram. (Biroat).
[Estime de l'âme]. — Est-il possible, dit S. Bernard, qu'une âme qui a tant de ponnaissanee des choses du monde puisse ignorer comment et pourquoi elle a été faite? Ou, si elle en a la connaissance, sachant qu'elle est faite à l'image de son Dieu et destinée pour le posséder éternellement, pourra-t-elle se priver d'un tel avantage pour suivre la corruption de la chair? De plus, si le sang d'un Dieu est le prix de notre rédemption, et si la raison veut que nous estimions la chose qui est rachetée par la valeur de son prix, pouvons - nous mépriser le salut de nos âmes sans mépriser le propre sang du Fils de Dieu, sachant qu'il a voulu mourir pour la faire vivre? Serions-nous assez barbares nous-mêmes pour ne pas conduire nos âmes en sorte qu'elles puissent conserver la vie qui leur a été acquise par une si précieuse mort?
S'il est vrai que, comme l'âme est la vie du corps, ainsi Dieu est celle de nos âmes, pourra-t-elle vouloir se séparer de celui qui est non-seulement sa vie, mais le bonheur de sa vie? Principalement si elle considère qu'elle ne saurait se laisser aller au péché sans commettre un meurtre plus cruel que celui qui sépare les âmes de leurs corps; meurtre qui donne lieu à S. Bernard de s'écrier : « Pouvez-vous bien vous vanter d'avoir quelque sentiment de charité chrétienne, si, pleurant et vous attendrissant sur un corps dont l'âme s'est retirée, vous ne pleurez pas une âme qui s'est séparée de Dieu? » Si nous ne pouvons voir sans larmes la mort d'un de nos amis, auquel nos pleurs sont inutiles, pourrons-nous souffrir d'un œil sec celle de notre âme? Pleurerons-nous les morts que nous ne pouvons ressusciter, sans pleurer la mort de nos âmes, à qui nous pouvons rendre la vie par les larmes de la pénitence? (Richelieu, Delà perfec'ùv du chrétien).