S2 AME
[Bien vivre]. — Quelle doit être la dignité de nos âmes, puisqu'elles portent l'image de Dieu, de sa spiritualité, de son intelligence, de son immortalité! L'estime que nous en devons faire ne doit pas être simplement de spéculation, mais encore de pratique, qui nous oblige à traiter notre âme conformément à sa dignité, et à nous dire à nous-mêmes ce que le Fils de Dieu disait aux Juifs : Cujus est imago hœc ? * Ah! mon âme! dismoi, quelle est cette image que tu portes? Puisqu'elle est de Dieu, rendslui la gloire que tu lui dois : Nobilem vult esse vitam tuam qui tibi commisit imaginent suant. ÏÏ veut que tu mènes une vie noble, divine, digne de Dieu, puisqu'il t'a donné cette image pour en prendre soin, pour la lui conserver.
Il faut bien que Dieu ait jugé cette âme bien précieuse en elle-même ou bien importante pour sa gloire, puisqu'il a pris tant de peine pour la laver de ses pécbés. Comme si je voyais un peintre donner tout son bien pour avoir un tableau qu'il aurait fait, quoiqu'il fût couvert de boue et à demi effacé, je conclurais de ce qu'il ferait qu'il juge cet ouvrage bien excellent, et qu'il découvre quelque ebose de grand à travers ces ombres, puisqu'il l'acbète si cber. Ainsi, quand je vois ce grand Dieu, qui va retirer une âme jusque dans la boue et dans l'ordure du pécbé quia défiguré cette image, et qu'il la eberebe avec tant de soin, qu'il souffre tant de peines, tant de travaux, qu'il donne sa vie pour la racbeter : ah! je dis en moimême: Il faut bien qu'elle soit excellente et précieuse, puisqu'étant à demi effacée elle mérite tant de soins et qu'elle est rachetée avec tant de peine ! Je conclus avec S. Bernard : Mira dignatio Dei quœrentis, sed mira dîgnitas hominisquœsili /Oh! que la bonté de Dieu est grande, de rechercher l'homme avec tant de charité: mais que la dignité des âmes est grande, d'être ainsi recherchées!
C'est par ce motif que les Apôtres ont eu un zèle si ardent pour le salut des âmes, et qu'ils ont pu dire avec S. Paul : Ego autemlibentissimè impendam, et super impendar ipse, pro animabus vestris : Je m'emploie et je me suremploie pour vos âmes. Allez, Apôtres, allez traverser les mers, allez parcourir les provinces, sous l'espérance que vous avez que vous sauverez quelque âme. Vous êtes bien récompensés, puisqu'elle porte l'image de Dieu comme créateur, qu'elle participe à ses avantages comme rédempteur, et que, par cette rédemption, il la destine à être éternellement glorieuse dans le ciel comme gloriiicateur. (Biroat, Carême).
[Le salut], — Sachez de quelle importance est le salut, et connaissez quelle est la dignité d'une âme. Si vous considérez son origine, elle est sortie de la main de Dieu; elle a reçu de lui tout ce qu'elle est : il l'a faite, non pas pour être une faible trace de son pouvoir, comme sont les créatures sans raison, mais pour être une vive représentation de sa connaissance et de sa sagesse. Si vous considérez sa nature, c'est une substance invisible, spirituelle, immortelle, qui porte en soi l'image de s>on Créateur, et qui,
par le privilège mÊme de son état, après avoir vécu dans le temps, qui a des bornes prescrites, doit vivre dans l'éternité, qui n'en a point. Si vous regardez sa fin, elle est destinée à glorifier et à adorer Dieu éternellement. Aussi, tout ce qui n'est pas Dieu peut l'amuser, mais Dieu seul est capable de la remplir; et, quelque tranquille qu'elle paraisse, elle n'aura jamais de véritable repos qu'elle ne soit rejointe à son principe. Si vous considérez enfin le prix qui a été donné pour sa rançon, vous trouverez qu'elle est le fruit des souffrances de Jésus-Christ, le prix de son sang, et comme une créature nouvelle du monde nouveau dont il est le Créateur et le Rédempteur. (Fléchier, lra Exhortation p. la bourse cléricale).
Notre âme est l'ouvrage de Dieu: jugez de l'effet par sa cause. Elle est l'image de Dieu : jugez de ce qu'elle est par ce qu'elle représente. Elle est faite pour aimer Dieu : jugez de sa dignité par son emploi. Elle est le prix du sang et de la mort d'un Dieu : jugez de ce qu'elle vaut par ce qu'elle coûte. Rien n'est plus noble, et rien pourtant n'est plus négligé, que les devoirs à l'égard des âmes. On les séduit par les erreurs, on les empoisonne par la flatterie, on les blesse par les scandales, on les tue tantôt par de mauvais conseils, tantôt par de mauvais exemples; on les livre à leurs fantaisies, on les entretient dans leur malice, on les abandonne à leur
ignorance : on croit être bien cbaritable quand on a pleuré sur les corps dont l'âme s'est retirée, et on ne pleure pas sur une âme qui s'est séparée de Dieu.
Combien d'âmes, faméliques et languissantes dans la disette de la parole de Dieu, demandent du pain, et il ne se trouve personne qui leur en coupe ! Combien d'aveugles qui, sur les pas d'un conducteur éclairé, auraient marché sûrement dans les voies de Dieu, tombent dans le précipice, avec un aveugle qui les conduit ! Combien de brebis errantes et dispersées qu'un pasteur soigneux et vigilant, avec une douceur salutaire ou une discrète sévérité, aurait ramenées dans le bercail, loin de tout secours sont enfin malheureusement dévorées! Combien de paralytiques languissants et mourants sur les bords de la piscine, faute d'un homme qui les y jette, lorsque l'ange du Seigneur remue les consciences ! Une âme rachetée du sang de Jésus-Christ est^plus précieuse que mille mondes : quel compte rendrez-vous donc de tant d'âmes qui périssent peutêtre par votre faute? {Le même).
[Sauver les âmes]. — Cherchez tant qu'il vous plaira des raisons de l'incarnation du Yerbe : elles se réduisent toutes à celle du salut de vos âmes. Il est venu au monde pourquoi? pour retirer vos âmes du péché et d.j l'esclavage du démon, pour leur découvrir les vrais moyens de leur sanctification, pour les mettre dans un état où elles persévèrent dans la grâce qu'il leur a méritée. Oh ! que vous auriez de gloire si vous pouviez contribuer en quelque chose au salut des âmes qu'il est venu sauver, si par vos secours spirituels et temporels, vous les pouviez retirer du péché ! Tous
ifU AME.
les secrets de notre religion sont grands et admirables ; mais je dirai hardiment qu'il n'y en a point de plus utile et de plus divin que de contribuer au salut des âmes : Di vino mm omnium divinissimum, comme l'appelle S. Denys.
C'est une pieuse réflexion de S. Augustin, qui s'étonne comment l'âme, qui connaît tout ce qu'elle n'est pas, ne sait pas souvent ni ce qu'elle est ni ce qu'elle vaut, et que même elle se soucie très-peu de le savoir : Qualis est isla quœ tàm mullct cognoscit, seipsam nesciens ? Cette âme voit, tout ce qui est au-dehors d'elle, et elle ne voit pas ce qui est en elle! Il n'y a rien ni dans le ciel ni dans la terre, ni au haut de l'empirée ni au fond des abîmes, qu'elle ne veuille découvrir : et, l'aveugle qu'elle est, se répandant sur toutes sortes d'objets, s'oublie et se méconnaît ellemême ! Qualis es isla?... Mais, quand elle ne connaîtra pas sa nature, saitelle bien ce qu'elle vaut, et combien grands sont les avantages de sa création?
Qu'est-ce que l'âme de l'homme? demande Tertullien : « C'est, répondil, un souffle émané et sorti du sein de Dieu, qui se termine à la production d'un être spirituel, libre et immortel. » Dieu est spirituel dans sa nature ; mon âme l'est de même par privilège et par l'infusion de son esprit. Dieu est libre dans ses opérations : mon âme a de même été créée libre dans les siennes. Dieu est immortel dans sa durée : mon âme de même est immortelle ; et quoiqu'elle ait commencé dans le temps , à la différence de Dieu qui est de toute éternité, elle subsistera néanmoins, comme Dieu, pendant toute l'éternité. 0 souffle de Dieu, que vous êtes puissant ! ô âme vivifiée par ce souffle divin , que tu es grande !
Pourquoi pensez-vous que Dieu se servit d'un souffle et non pas de sa voix pour former l'homme ? Ce fut, dit S. Grégoire, pour marquer l'amour qu'il lui portait et l'estime qu'il en faisait. Il ne la traita pas comme un ouvrage commun ou de rebut; il la regarda comme son chef-d'œuvre. Il ne la tira pas du néant, comme les autres créatures, par une voix d'empire, mais par un amoureux soupir : Non per vocem jussionis faclus, sed respira tione creatus. Il s'était contenté de porter les yeux sur tout ce qu'il avait fait, et de leur donner son approbation : Vidit cuncla quœ feceral, et erant valdè bona ; mais il a d'autres égards pour l'âme de l'homme : c'est son souffle, c'est son soupir, c'est l'épanchement de ses tendresses.
Permettez-moi de m'écrier ici avec S. Chrysologue : Quarè tibi tàm vilis es, qui tàm prcliosus es Deo ? O homme , pourquoi t'estimes tu si peu, ou plutôt, pourquoi parais-tu à tes yeux si vil et si méprisable, toi qui es si cher et si précieux à ton Dieu? Quarè, sic honoratus à Di.o, teipsvm taliter inhonoras ? pourquoi, ayant tant reçu d'honneur et d'avantages de Dieu, te déshonores- tu toi-même avec tant d'infamie et d'outrage ? Quarè quœrts mdè faclus sis, et ad quid faclus sis non requiris ? Pourquoi te mets-tu quelquefois tant en peine de savoir de quoi tu as été créé, et que tu te soucies si peu pour qui et à quelle fin tu l'as été?
Que vaut une âme? Je ne le demande point à cet ambitieux qui a vendu
la sienne pour une fumée d'honneur : il ne sait pas ce qu'elle -vaut, et il peut bien dire, quand il l'a rendue esclave d'un maudit point d'honneur dont il était entêté, ce que disait S. Paul : Ignorons feci : je ne savais pas ce que je faisais. Je ne le demande point non plus à cet avare qui a donné la sienne pour une pièce d'argent : il a bien montré qu'il était aveugle, de donner une chose d'un prix infini pour une valeur si modique. Pour juger de son mérite et de son excellence, je ne m'adresse pas non plus à ce voluptueux : il y a longtemps que j'ai appris du Saint-Esprit que l'homme animal ne connaît [pas ce qui est de Dieu, ce qui vient de Dieu, ce qui doitretourner àDisu : Animalis îiomo nonpercipitea quœ Dmsunt (I Cor. n). A qui donc m'adresserai-je pour savoir ce que vaut une âme? C'est à vous, Sagesse incréée , qui nous avez fait connaître son prix par votre Apôtre : Non corrv/plibilibus, auro vel argenlo, redempti estis, sed pretioso sanguine quasi Agni immaculali (I Petr. v).' Oubliez donc ce que vous êtes par les droits de votre naissance dans le monde : ce souvenir n'est capable que denourrir votre orgueil et d'entretenir votre vanité ; oubliez ce que vous êtes par votre esprit et par votre industrie ; cette pensée ne produit souvent qu'une vaine et criminelle complaisance pour vous-mêmes ,* oubliez tous vos talents, ou naturels ou acquis : mais sachez une seule chose, qui ne doit jamais sortir de votre mémoire, qui est que vos âmes ont été rachetées, non par des matières aussi viles et aussi méprisables qu'est l'or ou l'argent, mais par un prix aussi grand, aussi excessif, aussi inestimable, qu'est le sang de Jésus-Christ. Apprenez que vos âmes, au jugement même de ce Sauveur, lui ont paru aussi chères que son propre sang, puisque c'est ce sang adorable qu'il a répandu pour les racheter.
Un seul de vos regards, ô mon Dieu ! un seul de vos soupirs, un seul de vos pas, un seul de vos mouvements, une seule parole de votre bouche, pouvait opérer la rédemption de tous les hommes : cependant, vous ave?: conçu une si haute idée de la dignité de nos âmes, que vous avez cru ne pas trop donner en versant pour leur rachat jusqu'à la dernière goutte de votre sang ; et, n'y eût-il eu qu'une seule âme à racheter dans tout le. monde, vous n'auriez pas balancé de donner ce prix sans prix pour la sauver (Joly, Sermons),
[Les grâces regardent l'âme]. — Ce sont nos âmes qui sont proprement capables de la gloire et créées pour elle. La prédestination, la vocatfon, la justification, la glorification/sont directement pour nos âmes. Ce sont elles que Dieu prédestine pour être conformes à l'image de Jésus-Christ son Fils; c'est dans elles que sont reçues les grâces actuelles et habituelles; ce sont elles qni connaîtront Dieu, qui le verront, qui l'aimeront; ce son! elles qui soupirent après lui, qui le cherchent, et qui ne seront jamais satisfaites que par leur intime union à cet objet de leur béatitude; c'est à erles, comme à ses amies, que Dieu annonce qu'il doit être leur possession et qu'elles peuvent s'élever jusqu'à lui. (Le même),
[L'âme esclave]. — lien est des connaissances de l'àmeen cette vie comme du feu sacré des Israélites durant leur voyage de Babylone. Ces Israélites, avant leur départ, le cachèrent dans un puits, et à leur retour ils ne trouvèrent que de la boue. Dieu a mis en nous la raison, comme un feu sacré, pour nous servir à des usages propres à sa gloire et avantageux à notre salut : il recherche ce feu, et il ne trouve que de la fange, c'est-à-dire des sentiments terrestres. Quelle honte pour cette âme d'être la maîtresse absolue de tous les corps qui sont hors d'elle, et d'être l'esclave du corps particulier auquel elle est attachée ! n n'y a point de corps dont l'âme de l'homme ne devienne la maîtresse par la raison: elle arrête les corps fluides, elle soulève les plus pesants, elle sépare les plus solides, elle ramollit les plus durs, elle dompte les plus rebelles : mais, maîtresse de ce qui est éloigné d'elle, elle devient l'esclave malheureuse de ce qui l'approche de plus près; elle est sujette à la loi du péché. (Le P. Simon de la Vierge, rdig. Canné).
[Soin de l'âme], — Vous voyez, quand on est malade, combien on prend de soins, combien on se donne de peines, combien on fait de dépenses, pour tâcher de guérir le corps : on ne refuse rien 'à l'espérance, qu'on a de recouvrer la santé. Pourquoi donc notre âme sera-t-elle négligée ? Ne mérite-t-elle point qu'on lui applique de remède et qu'on travaille à sa guérison? Et si l'on donne tant de secours au corps, il n'est pas juste que l'âme demeure comme oubliée et abandonnée, qu'elle vieillisse dans ses maladies, par la négligence qu'on a à son égard. Il n'y a nulle égalité et nulle proportion entre ces deux parties, puisque la chair est inclinée à toutes sortes de vices, et qu'elle nous rappelle toujours à la terre comme à sa première origine : au lieu que l'âme, venant du Père des lumières, doit tendre au ciel par sa nature. C'est cette âme qui met en nous l'image de Dieu ; elle est le plus précieux don que nous ayons reçu de sa puissance et de sa bonté; c'est par elle principalement que nous sommes un objet de son amour, et un sujet capable de recevoir tous ses bienfaits et toutes ses grâces. C'est conserver le dépôt que Dieu nous a mis entre les mains, et dont il nous demandera compte, que de conserver cette âme et de la tenir dans les bornes et dans les règles qu'elle doit garder.
tjue sert à l'homme d'acquérir tout le monde, s'il souffre la perte de son âme ? Il n'y a donc certainement nulle considération d'intérêt et d'utilité qui puisse jamais subsister lorsqu'il s'agit infailliblement de la perte de son âme; tous les gains et tous les avantages du monde sont moins que rien quand on souffre un dommage qui regarde le salut : car comment pourrat-on recevoir un profit et un gain, de quelque manière que ce soit, lorsque l'âme ne sera plus en état de le sentir? La vie présente ne nous doit point faire oublier la vie de l'éternité, puisqu'elle ne nous est donnée qu'afin de nous y faire penser incessamment, qu'afin de nous y préparer dans tous les moments de ;on cours, qu'alla de nous la faire mériter et de nous la
faire acquérir. Il ne faut donc pas souffrir que cette vie, qui finit d'instant en instant, s'oppose à la vie qui ne finira jamais, et que, nous étant un passage, elle nous devienne un fâcheux obstacle. (S. Eucher, 2e lettre) .
[Ames el corps]. — En voyant cette étroite et inévitable dépendance que l'âme a du corps et des organes, et la contagion qui monte même jusqu'à la plus haute région et aux opérations de l'esprit ; qu'elle s'éveille et se dénoue à mesure que le corps croît et que le tempérament se fortifie; que le sommeil, assoupissant les sens, lie la raison et enchaîne en quelque fa.jon cette faculté que nous appelons divine; que les fumées du vin, que les vapeurs de l'hypocoudre, que l'ardeur de la fièvre, qu'une blessure à la tête, confondent son discours et dérèglent sa conduite; qu'il semble que fàge l'use et la mine avec les organes, et qu'elle tombe avec la décadence du corps et avec la ruine du tempérament: voyant, dis-je, ce ravage, et ayant continuellement ce spectacle présent à sa vue, cela fait pencher quelques-uns vers cette croyance; que l'âme est de la condition des autres formes. Mais, d'un autre côté, quand on vient à considérer l'empire que la raison a sur le tempérament, et la transformation qu'elle fait des mœurs nonobstant sa résistance, ces hautes et divines pensées qui élèvent l'homme au-dessus des objets des sens et au-delà de toute l'étendue de la nature, ce désir d'être heureux qui le transporte naturellement et qui lui fait chercher partout la félicité, sans même qu'il pense en elle; ce désir, dis-je, que toute la terre ne saurait remplir ni tout ce qu'il y a au-dessous du ciel ; il faut nécessairement présumer qu'il y a quelque chose de divin et d'immortel, qui est d'un ordre supérieur au corps et à la matière.
La démonstration morale se forme d'un amas de divers motifs et raisonnements, dont chacun conclut bien ce qu'elle prétend, mais non pas avec évidence. L'entendement prend et assemble de tous côtés tout ce qui le peut aider à éclaircir le sujet qu'il veut connaître : il appelle à son secours toutes sortes de forces, il combat avec toutes sortes d'armes, et fait jouer plusieurs machines différentes pour parvenir à la victoire et obtenir l'effet qu'il s'est proposé : il joint une raison à l'autre, et fait soutenir la raison par l'autorité; il considère l'opinion qu'il veut établir, il pèse les inconvénients de la contraire. Le fort donc et le vrai de la démonstration morale, touchant l'immortalité de l'âme, ne consiste pas au premier examen que l'entendement fait des raisons et des motifs qui concluent cette vérité, ni au premier essai qu'il fait séparément de leur force ; mais en une réflexion particulière qu'il fait sur toutes ces preuves ramassées en un corps, et en un raisonnement postérieur qu'il tire de tout ce gros. En cette sorte, il n'y a point d'apparence que tant de motifs et d'arguments si différents conspirassent à établir une opinion qui fût fausse, etc. (Sillhon, Trait'- del'immortalitê de l'âme).
[Prix de l'âme]. — Les choses sacrées n'ont point de prix. Gomme on nç
les peut profaner sans impiété, on ne les peut aussi vendre ni acheter sans simonie, à moins que d'en donner un prix aussi considérable que Dieu même. Or, qu'y a-t-il qui soit consacré à Dieu par autant de titres que notre âme? C'est son trône, son temple, son héritage et son trésor, où il a mis son cœur et ses délices. Que vaut donc une âme? Si vous en voulez savoir le juste prix, voyez ce qn'elle a coûté au Sauveur. Certes, il faut bien dire qu'une âme est un grand trésor et un riche dépôt, puisque la Sagesse éternelle, qui ne se peut tromper, l'a jugé plus précieux que son propre sang, dit S. Bernard : Pretiosum déposition, quocl sibi Chrislus proprio sanguine dedicavit. (Le P. Nouet, Méditations).
Adorable Sauveur! ne permettez pas que nous tombions dans un aveuglement aussi déplorable qu'est celui de préférer les biens du monde à notre âme, les fausses richesses du temps aux véritables trésors de l'éternité. Ah! que n'avez-vous pas fait pour sauver notre âme, cette âme qui vous a tant coûté, cette âme pour laquelle vous avez répandu tout votre sang ! Quel malheur donc, ou plutôt quelle fureur, si nous la perdons pour si peu de chose ! Car hélas ! qu'y a-t-il dans le monde qui la vaille ou qui puisse être donné pour elle en échange? Quamdabit homo commutationem pro anima suâ ? dit le Fils de Dieu lui-même. Estimons-la par conséquent plus que toute autre chose ; abandonnons tout le reste pour la sauver et pour lui procurer les véritables et solides richesses (Bretteville, Essais de Sermons).
Oserai-je vous demander, mon cher auditeur, si vous entrez dans les sentiments d'un Dieu sur le prix de votre âme? l'estimez- vous autant qu'il l'estime? Si cela était, vous hasarderiez - vous tous les jours à la perdre pour si peu de chose? diriez-vous au démon, comme Judas : « Quid ndtis mihi dare , et ego vobis eam tradam? Que me voulez-vous donner, et je vous la livrerai? Ce plaisir, cet honneur, cet intérêt, donnez-le moi, et mon âme est à vous.» Si vous n'estimez pas votre âme autant que Dieu l'estime, estimez-la du moins autant que l'estime le démon. Pourquoi la considérez-vous si peu, pendant qu'il la regarde comme quelque chose de précieux? Il fait tout, il donne tout, il promet tout, et n'épargne rien pour l'avoir : et vous, vous ne voulez rien faire, rien souffrir, rien donner pour la sauver! Avez-vous moins d'intérêt au salut de votre âme que le démon n'en a à sa perte? (Le P. Nepveu, Réflexions).
Vous voyez combien Dieu estime l'âme, puisqu'il la préfère à toutes les choses qu'il a créées, et qu'il a jugées lui-même très-bonnes 'et très-parfaites, chacune en leur genre. Le démon l'avait bien compris, quand il voulait donner tous les royaumes de la terre pour recevoir la soumission et l'adoration de la plus excellente de toutes les âmes : Hœc omnia libidaho, si cadens adoraveris me. Mais que fais-je, de mettre cette âme en parallèle avec les choses corruptibles de ce monde? Disons que Dieu l'estime plus, en quelque manière, que ces intelligences si nobles et dégagées des sens et de la matière, puisqu'elles sont destinées pour être les gardiens de cette
âme: Omnes sunt administratorii spirilus (Hébr. 1). Car, comme les gouverneurs des princes ne sont pas d'un même rang qu'eux, de même les anges, destinés à être gardiens et gouverneurs des âmes, leur sont en ce point inférieurs. Quelle est donc la dignité de cette âme, d'avoir un prince de la cour céleste à ses côtés, pour la conduire et pour la gouverner!
Quelques SS. Pères poussent cette pensée plus loin, puisqu'ils n'ont point cru en dire trop que d'égaler le prix de cette âme en quelque manière à Dieu même : Tàm copioso munere redemptio agitur, ut anima Deum valere videatur, dit Eusèbe d'Emesse. On sait bien qu'il n'y a point de proportion entre Dieu et la créature, le souverain et l'esclave; mais, à en juger par le prix dont Dieu a voulu la racheter, nous trouverons qu'on en peut faire quelque comparaison. Car, quand je me représente les douleurs et l'agonie d'un Dieu, et tout ce qu'il a souffert pour sauver l'homme de la servitude du démon, que chacun se fasse justice et que dans cette vue il tombe d'accord qu'il faut que son âme vaille beaucoup, puisque Dieu l'estime jusqu'à ce point que de l'avoir voulu racheter du sang de son propre Fils. Mais quel aveuglement et quelle honte de la plupart des hommes, d'estimer si peu leurs âmes qui ont tant coûté à Dieu, et qui lui sont si chères, qu'il se tient bien récompensé de ses sueurs et de ses travaux par la possession d'une seule! Mais, en vendant, pour ainsi dire, notre âme pour des choses de néant, que ne demandons-nous du moins des choses que la valent? Pourquoi sommes-nous si prodigues d'un bien siprécieux, et si mauvais marchands que de la vendre pour des choses si viles et de si peu de valeur? (Anonyme).
Arrêtons-nous à ce que Dieu a fait pour nous dans le temps : nous y trouverons assez de matière pour apprendre l'estime qu'il a faite de nos âmes. « Venez tous, dit le Prophète, et je vous apprendrai les prodiges que Dieu a faits en faveur de mon âme : Venile et videte, etnarrabo mirabilia quœ fecit Deus animœ meœ (Ps. 9). Si le A7erbe éternel est descendu du ciel et s'est incarné, c'est pour l'intérêt de mon âme; s'il a bien voulu naître dans une étable et parmi de vils animaux, c'est le poids de l'amour qu'il a eu pour mon âme qui l'a obligé à abaisser de la sorte toutes ses grandeurs. Sa première pensée, en venant au monde, a été de sauver notre âme. Sans doute on aime beaucoup l'objet auquel on donne sa première pensée : avouez-le, vous qui profanez votre cœur pour l'amour d'une malheureuse créature. Mais cette première pensée qu'a eue le Fils de Dieu de sauver nos âmes, il ne l'a jamais quittée, il l'a portée (partout et ne l'a point abandonnée. Or, dans cette vue, permettez-moi de vous adresser ces paroles du grand Apôtre : Hoc ergo sentite in vobis quod et in Chrislo Jesu (Philipp. n). Rapportez au salut de votre âme toutes vos actions, consacrez vos premières pensées à cet unique et important objet. Est-ce là votre conduite ? lo salut de vos âmes est-il la première pensée de votre cœur? (Le P. Nepveu).
Fili, serva animam luam, et cla Mi honorent secundùmdebilum hmm : Ah mon fils I considérez la dignité de votre âme, que Dieu a tant estimée (Jérem. 12) . Plus nous avons d'estime pour une personne, plus nous avons regret de la perdre. Dieu se plaint de la perte d'une âme d'une manière à faire fendre le cœur le plus endurci : Dedil dilectam meam in manu inimicorum ejus ! dit-il par un prophète : vous m'enlevez mon héritage ; on m'a obligé de l'abandonner ! Ergô in vacuum laboravi : c'est donc en vain que j'ai travaillé pour la posséder (Isaïe, 49)! je vois tous mes travaux inutilement employés, je vois mes forces inutilement épuisées, et toutes les tendresses démon amour frustrées. Ah! laissez-moi vous toucher, chrétiens, aux plaintes qu'un Dieu fait à votre occasion et pour votre propre intérêt! Miserere animas tuœ pla cens Deo (Eccles. 3). (Le même).
[La grâce]. — Il est certain que cette âme est si excellente, qu'elle surpasse toutes les créatures, puisqu'elle a été créée à l'image de Dieu, et qu'elle est sortie de son sein avec tant de perfections que dans l'ordre du monde elle tient le premier rang , et il semble que toutes les autres n'ont été faites que pour elle, et comme des ombrages pour relever l'éclat de sa beauté. Mais ce qui fait sa plus grande perfection, c'est la grâce. C'est ce qui la fait vivre, c'est ce qui lui donne une beauté capable d'attirer les regards et de gagner le cœur de Dieu; jusque-là que Ste Catherine de Sienne, à qui Dieu en avait découvert la beauté, avait coutume de dire qu'elle ne se s'étonnait plus qu'il se fût fait homme pour la racheter, et qu'il eût voulu verser son sang pour la laver.
Cette âme, étant une participation de la divinité, n'est pas seulement, comme dit Tertullien, une ombre de la Divinité, vehit umbra Divmilatis; mais elle en est l'image , elle représente l'unité de la nature divine par l'unité de sa substance: elle exprime les trois personnes par ses trois facultés, par sa mémoire, par son entendement et par sa volonté (1). Après cela, ne vous étonnez point si l'on vous dit que les anges s'empressent pour lui rendre service, s'ils font gloire de la protéger et de la défendre contre ses ennemis. D'où vient cela? c'est parce qu'elle porte sur son front l'image de la Divinité : c'est cet illustre caractère qui la rend considérable à Dieu même; c'est cette belle copie qui attire les regards de sa miséricorde. (Le P. Nepveu).
[Liberté de l'âme]. — Dieu, en créant l'homme, lui donne la liberté , qui lui est essentielle et le premier apanage de sa nature, qui le distingue des
(1) On met plus ordinairement l'amour à la place de la mémoire. Trois facultés principales dans l'âme : l'intelligence, la sensibilité, la volonté ; et on peut dire que la première répond à la foi, la troisième à l'espérance, la seconde à la charité : de même que la foi, l'espérance et la charité répondent aux trois personnes de la sainte Trinité -. la foi s'appuie sur Dieu le Père révélateur, l'espérance sur Dieu le Fils rédempteur, la charité sur le Saint-Esprit sanctificateur. (Edit.^
bêtes brutes : Deus ah initio constituit hominem, et reliquat illvm in manu eonsilii sut (Eccli. 14, lo). Aussitôt qu'il fut créé, Dieu lui donna, dit Tertullien, une souveraine puissance et le rendit maître absolu de ses volontés : Adscripta est ïlli potestas et libertas arbitrii. C'est le privilège dont les hommes sont le plus jaloux : et cependant il s'est trouvé des hommes assez ennemis de leurs propres avantages pour disputer à l'âme cette prérogative sur les autres animaux : car quelques anciens philosophes ont cru qu'il y avait une fatalité qn'on net pouvait surmonter, et qu'il n'y avait personne qui pût rien faire contre les lois de cette impérieuse nécessité. On sait encore qu'il y a des hérétiques qui ne peuvent accorder la liberté de l'homme avec la force et lajpuissance de la grâce. Mais il est constant que rien ne se fait mieux sentir que cette liberté; et je douterais plutôt si j'ai deux yeux ou un cœur que de douter si je suis libre de faire les choses qui dépendent uniquement de moi, comme de parler ou de me taire. Cette liberté qu'a l'âme sur les actes de sa volonté est si absolue, qu'il n'y a rien dans le monde qui la puisse forcer. Les tyrans peuvent bien charger le corps de chaînes, ils le peuvent mettre dans les cachots et le peuvent retenir dans la captivité ; mais ils ne peuvent étendre leur puissance et leur cruauté jusque sur les âmes ; on ne les peut forcer, on ne les peut avoir par contrainte ; de quelques tourments qu'on afflige leur corps, elles conservent leur liberté. C'est ce que les martyrs ont fait voir au milieu de leurs tourments. (Le P. Nepveu).
[L'àme esclave]. — Il est rapporté, dans le livre des Juges, que Samson s'étant endormi dans le sein de Dalila, à qui il avait déclaré que sa force consistait dans ses cheveux, cette perfide les lui coupa, et ensuite le livra à ses ennemis, qui lui crevèrent les yeux, le chargèrent de chaînes, et ensuite le firent mourir. C'est une figure qui nous représente que, lorsque l'âme s'endort dans le sein de la volupté et dans les plaisirs de la chair, cotte infidèle lui ôte toutes les pensées qu'elle avait de Dieu et de son salut, des jugements de Dieu et de la gloire éternelle : car c'est ce que les Pères nous assurent être représenté par les cheveux. Ensuite elle la livre à ses ennemis, c'est-à-dire à ses passions, qui l'enchaînent et qui la mettent en captivité, et enfin la font mourir de la mort du péché, qui est la plus honteuse et la plus funeste.
Ah, chrétien créé pour être éternellement heureux dans le ciel, prenez du moins ce sentiment d'un païen : Major sum, et ad majora natus, quàni ut mancipium corporis mei fiam ( Sénèque j. Ah! mon âme a été créée pour Dieu, pour commander à mon corps, et non pour en être l'esclave; elle est faite pour le ciel, et non pour la terre; elle est faite pour Dieu, et non pour les créatures. Cette âme est immortelle par sa nature : il faut qu'elle soit encore immortelle par la grâce, parce que, si elle ne l'est que par son être naturel, cette immortalité lui sera désavantageuse et funeste; elle ne sera immortelle que pour souffrir des tourments éternels; elle ne sera
immortelle que pour se voir ronger et déchirer par les regrets éternels qu'elle aura d'être privée de son Dieu. Et ainsi ayez pitié de votre âme, ne l'abandonnez pas à vos passions : Miserere animœ tuœ placens Deo! Si vous avez été assez malheureux que d'être tombés dans le péché, ah! délivrez votre âme de cet horrible esclavage. Cette belle image de Dieu a été défigurée, elle a été effacée; mais voulez- vous la réformer? voulez-vous lui rendre sa beauté? ayez recours à la pénitence. (Le P. Nepveu).
[L'âme immortelle]. — H n'y a Tien de plus étroitement lié que ces deux vérités importantes : qu'il y a un Dieu et que notre âme ne périt point. Vous ne sauriez établir l'immortalité de l'âme sans lui donner pour principe un Dieu immortel, et vous ne pouvez reconnaître l'existence d'un Dieu qui a tout fait par sa sagesse, et qui subsiste éternellement, sans regarder cette âme comme un rayon éternel de cette Divinité, lequel ne saurait périr que par la volonté de son Créateur, parce qu'il ne sub-isfn que par sa volonté. C'est pourquoi je me suis mille fois étonné qu'il y ait un si grand nombre d'incrédules qui, reconnaissant l'existence de Dieu, ne laissent pas de nier l'immortalité de l'âme, puisqu'il n'y a rien de si inséparables que ces deux principes.
Il est aisé de faire voir qu'il y a dans notre âme des sentiments naturels qui l'instruisent de sa durée éternelle, aussi bien que de son origine céleste. On peut montrer qu'elle n'a point de désirs inutiles, et qu'elle désire naturellement une vie éternelle; on peut montrer que les remords de notre conscience ne peuvent nous tromper, parce que ce sont des sentiments naturels qui ne sont sujets à aucune illusion; et on peut enfin faire voir que ces remords nous assurent de notre immortalité, et nous font craindre la mort au-delà de la mort même (Anonyme).
[j(j], — Adorable bonté d'un Dieu! est-il donc possible que vous fassiez tant d'état de l'homme, que de l'avoir élevé à un si haut degré de gloire ? Domine, quid est liomo quôd memor es e jus, aut films hominis quoniam visitas eum ? Qu'est-ce que cet homme, dont vous daignez ainsi vous souvenir pour le combler de tant de faveurs? Non, il ne faut plus dire: Minuisti eum paulô minas ab angelis, Vous ne l'avez abaissé que d'un seul degré au-dessous des anges; puisqu'il n'est point dit que les anges portent votre image, ni qu'ils soient de fidèles copies ou de vives expressions de votre essence divine. Disons plutôt, selon une autre version: Minuisti eum paulo minus ab eo. Vous l'avez, Seigneur, tellement élevé, cet homme, qu'il est seulement un peu au-dessous de celui qui est l'Homme par excellence, le Rédempteur et le modèle de tous les hommes; qui, en tant que Dieu, est l'image de votre substance, comme dit S. Paul, et en tant qu'Homme ne diffère en rien des autres hommes. Mais voici ce qui en fait la différence et en même temps le juste parallèle: votre Fils est l'expression de votre essence par nature, et l'homme par grâce; votre Fils est la
première copie, et nous en sommes les extraits. Vous produisez une personne égale en tout à vous-même par la génération éternelle de votre Fils, et vous nous faites vos semblables en exprimant en nous les traits de vos divines perfections. Ainsi, comme vous n'êtes que pour votre Fils, et votre Fils que pour vous, et que toute l'éternité sera employée dans cette adorable réciprocité d'amour, de même avec quelque proportion l'bomme, à qui vous vous êtes donné tout entier, l'bomme en qui vous avez imprimé tous les caractères de votre ressemblance , l'bomme, dis-je, se doit rendre, tout entier et dans toute l'étendue de son être, semblable à vous qui en êtes l'auteur ; et, loin de s'élever et de s'enorgueillir, comme fit le premier ange, dans la vue des perfections qu'il a reçues de vous, il doit, comme un fleuve sorti de l'océan de vos grandeurs, y retourner par amour et s'y perdre beureusement. (Anonyme).
[Dégradation par le péché]. — Dieu, qui ne peut renoncer au domaine qu'il
a sur toutes les créatures , semble en quelque façon s'en dépouiller pour
céder au démon le droit et la possession d'une âme qui lui appartenait
avant son pécbé : Voca nomen ejus, non populus meus, disait-il autrefois de
son peuple qui l'avait offensé : c'est un peuple qui ne m'appartient plus,
et que j'ai abandonné à sa propre conduite ; il n'est plus à moi ; mon
ennemi s'en est emparé, et je lui en laisse la possession tout entière. Oui,
cette âme, que je chérissais comme faite à ma ressemblance, ne porte plus
les livrées qui distinguent ceux qui m'appartiennent ; elle ne m'a point
voulu reconnaître pour son maître, et elle a préféré l'esclavage du démon.
Quelle humiliation, quel sujet de honte et de confusion ! Ah ! Usquequô pec-
calores gloriabunlur ? (Ps. 93). Jusqu'à quand les pécheurs aimeront-ils
la gloire, ayant au milieu d'eux-mêmes un si juste sujet de se confondre ?
Car, quoique cette servitude et cette possession du démon soient invisibles, et
que ceux qui en sont le plus dominés par leurs passions se croient les plus
libres et les maîtres des autres, c'est souvent en cela qu'ils sont esclaves,
et qu'ils souffrent une plus cruelle servitude, dont ils ne peuvent sortir
que par un miracle de la main de Dieu, qui rompt les chaînes de leurs
habitudes invétérées (Sermons sur tous les sujets de la morale).
[Le scandale]. — Hélas! qui peut se promettre de n'avoir jamais été la cause de la perte de quelque âme ? Qui vous assurera que, sur l'exemple de -votre relâchement dans la piété, quelqu'une ne s'est point premièrement relâchée dans l'exercice de la vertu, et ensuite engagée dans un libertinage secret, où elle s'est enfin malheureusement perdue? Ah, quelle perte! quel malheur! 0 damnum! ôjacluram! s'écrie un saint Père sur ce sujet. Mais ce qui rend ce malheur plus déplorable, c'est qu'il est sans ressource : car enfin pourrez-vous retirer cette âme de l'enfer où vous l'avez précipitée ? Vous avez beau prier pour elle, vous attendrir sur cette perte et verser des larmes : c'est en vain que vous sollicitez la divine misé- I. i. 13
}9i AME.
ricorde en sa faveur, après que l'arrêt de sa condamnation est porté. Quel reproche ne devez-vous point attendre de la part d'un Dieu à qui vous avez ravi ce qu'il avait au monde de plus cher et de plus précieux? Vous l'avez frustré du fruit de son sang, qui avait été versé pour elle; vous avez rendu sa mort et tous ses travaux inutiles : vous l'avez par conséquent outragé en ce qui lui tenait le plus au cœur. Mais que faire, après cela, pour l'apaiser? Y aura-t-il pour vous quelque espérance de miséricorde ? Et la perte de cette àme, dout vous avez été la cause, n'attirera-telle point réciproquement celle de la vùtre? Ah! qu'il y a à craindre 1 II ne faut pas cependant se désespérer pour cela, puisque le mal n'est pas sans quelque sorte de remède. Quel est-il ? C'est de dédommager le Sauveur de cette perte, qui lui est infiniment sensible, en s'efforçant de lui gagner d'autres âmes, qui sont d'une égale valeur; d'en attirer autant à son service par vos soins, par votre exemple, par le secours que vous leur donnerez pour cet effet , que vous en avez détourné ou retiré par le scandale de votre vie ou par vos sollicitations. (Le même).
[L'âme sacrifice]. — Il y a d'étranges lois dans le commerce des hommes du monde : mais disons qu'il s'en trouve de plus funestes dans le commerce des chrétiens. Notre âme, hélas ! entre dans nos marchés, elle fait partie de nos pactes. S'il faut avoir une charge, s'il faut acquérir un bénéfice, que fait -on ? Si nous ne les pouvons pas avoir par d'autres voies, on donne son âme. S'il faut jouir d'un plaisir, et qu'il n'y ait point d'autre moyen d'en venir à bout, on donne son âme au démon : « qu'il la prenne, pourvu que nous en jouissions » : c'est le langage que les mondains tiennent de cœur , s'ils ne le tiennent de bouche. Mais, malheureux ! si vous aviez envie de quelque chose et qu'on vous demandât pour cela tout votre bien, voudriez- vous le donner? Et, pour ce plaisir d'un moment, vous donnez votre âme, qui est tout votre trésor? Tous avez donné, ô mon Dieu ! tout votre sang pour l'amour d'une seule âme : et ce malheureux la vend pour un rien, sans considérer qu'il la perd pour toute une éternité, qu'il la livre pour être éternellement malheureuse! (Biroat, Sermon du 1e-' jeudi de carême).
[Hommes charnels]. — S. Paul faisait ce sanglant reproche aux Corinthiens : Xonne camales eslis, et secundùm hominem ambulatis ? X'êtes-vous pas des gens purement charnels? Et votre fa<;on d'agir ne fait-elle pas bien connaître qu'il n'y a rien de spirituel en vous, que tout y e^t humain, que vous n'avez que des vues et des considérations humaines ! Et ne pourraiton pas aussi vous faire le même reproche : Nonne car /taies estis? Rentrez en vous-mêmes; examinez votre âme; interrogez-en les pensées et les désirs : les élevez-vous au ciel ? les appliquez-vous à Dieu ? pensez-vous à ce qui est de votre salut? Que si, au lieu de vous élever du côté du ciel vous vous abaissez sans cesse du côté de la terre ; si, au lieu de vous occu-
per de Dieu , vous ne vous remplissez que du souvenir des créatures ; si, au lieu de penser à votre salut, vous ne pensez qu'à satisfaire vos sens, qu'à contenter vos passions : Nonne carnales eslis? N'ètes-vous pas des personnes tout-à-fait chamelles ? Y a-t-il rien de spirituel en vous? Y a-t-ilrien de divin? et n'effacez- vous pas les traits les plus éclatants et les caractères les plus glorieux de la ressemblance que vous avez avec Dieu ? Et, après avoir effacé ces caractères, que vous reste-t-il, sinon la ressemblance d'un homme qui boit, qui mange et qui vit, sans savoir pourquoi ni comment?
Le corps, dit Tertullien, a été donné à l'âme comme un instrument dont elle doit se servir dans les différentes fonctions de la vie : Caro addita anima' ut swpellex, ut instrumentum in officinâ vitee. Mais, par un étrange renversement, on fait que l'âme devient la servante, et qu'elle sert à tout ce que désire le corps. Si les yeux ont de mauvais regards, l'âme est obligée de les éclairer; si les mains font quelque rapine ou quelque meurtre, l'âme est obligée de concourir à leur activité ; si la langue fait quelque médisance ou si les oreilles l'entendent, l'âme est obligée de les animer ; si la bouche commet des excès dans le manger, il faut que l'âme y contribue : en sorte , comme dit Philon , que tous les sens deviennent les satellites de l'âme, qui l'entraînent à toutes sortes de dérèglements, et qui par son moyen la rendent esclave du vice : Satellites sunt animœ visus, auditus, gustus, et tota sensmim cohors.
Que vous serviront tous les biens de cette vie, s'ils vous font perdre votre âme? Quid inane quœrimus lucrum pretiosœ animœ delrimenlum'î Emporterez-vous votre or et votre argent? Vos maisons et vos terres vous suivront- elles? Toutes les créatures auxquelles vous avez été si indignement attaché vous tiendront-elles compagnie ? Votre âme paraîtra toute seule au tribunal de Dieu après votre mort. C'est donc elle seule dont il faut prendre soin durant votre vie; elle seule doit faire tout votre attachement: j'entends que vous devez vous occuper uniquement de l'affaire de son salut, et prendre tous les moyens de la faire réussir. Car enfin, tout le reste sans cela est inutile ; rien ne peut être comparé à votre âme : Porro wn/wm est necessarium. (Houdry).
- [Aimons notre âme]. — Aimons donc véritablement notre âme, et témoignons l'amour que nous avons pour elle en lui procurant le plus grand bien dont elle est capable, qui est son salut: Salva animam tuam (Gènes. 19). Sauvez votre âme, à quelque prix que ce soit et quoiqu'il vous en puisse coûter. Qu'il arrive ce qu'il pourra de tout le reste, il n'importe ; que vos biens se perdent, que vos richesses se dissipent, pourvu que vous sauviez votre âme. Que les autres choses aient un bon ou un mauvais succès, que la fortune vous soit ou contraire ou favorable ; que vous ayez des biens ou que vous n'en ayez point, ce sont des choses dont vous ne devez pas vous mettre beaucoup en peine : mais celle qui vous doit être unique, et à la-
i m AME.
quelle vous devez travailler avec toute l'application de votre esprit, c'est de sauver votre âme : Salva animma tuam. (Houdry).
Il s'agit ici de sauver votre âme, cette âme unique, cette âme immortelle, créée pour être éternellement bienheureuse : Miserere animœ tuœ placens Deo. (Ezech. 3). Ayez donc pitié de votre âme, qui est l'image de Dieu, et qui a été faite pour l'aimer et le posséder éternellement ; ayez pitié de cette âme pour laquelle Jésus-Christ en a eu ; de cette âme qui fait compassion à tous ceux qui connaissent bien les périls où votre négligence l'expose : Miserere animœ tuœ. Encore une fois, ayez pitié de cette âme qui ne peut être malheureuse qu'elle ne le soit pour toujours. C'est, dit l'éloquent Salvien, Dieu même qui vous fait pour elle cette prière, lui qui en connaît le prix, lui qui sait ce que vous perdez en la perdant. Il vous la demande, cette âme qu'il a créée et qui lui a coûté la vie, qu'il a lavée en son sang, cette âme qu'il aime avec des tendresses, avec des transports incroyables. Je sais que vous en faites peu d'état; mais c'est pour cela même que vous ne devez pas la refuser à son Rédempteur. Il vous prie d'avoir compassion de vous-même, et il vous trouve insensible ; il plaide votre cause auprès de vous, et vous êtes inexorable. (Le P. de la Colombière, Sermon xlvi9).
S. Augustin dit une parole bien capable de nous donner une haute estime de notre âme : Inlelligamus, dit-il, totam spem salutis nostne esse zelum Dei. Il veut que nous fondions toutes nos espérances sur le zèle que Dieu a pour notre âme C'est-à-dire, suivant ce Père, que Dieu en est tellement jaloux, qu'il n'y a rien qu'il n'ait fait pour la gagner et pour l'attirer à son service. Quel avantage pour nous de voir que Dieu, pour ainsi dire, en soit jaloux, et que son zèle se termine à elle seule, comme s'il n'aimait qu'une seule chose au-dehors de lui, et qu'il ne pût souffrir qu'aucune créature lui en disputât la possession ou la partageât avec lui. Il la regarde comme le centre de ses faveurs et la fin de tous ses ouvrages audehors : ce qui a fait dire à S. Thomas qu'il semble que l'homme soit le Dieu de Dieu. Car il n'a rien fait au-dehors de lui, que pour son service; jusque-là qu'il s'est voulu mettre lui-même entre ses ouvrages en se faisant homme, pour être tout sacrifié pour elle. Son cœur est pour elle, puisqu'elle est la seule créature de ce bas monde à laquelle il impose ce grand précepte de l'amour qui lui demande tout son cœur, et à laquelle il veut aussi donner tout le sien. Qu'heureuse donc serait l'âme si elle savait connaître son bonheur! Cette seule considération ne serait-elle pas capable d'enlever les cœurs de tous les hommes? (Le P. d'Argentan, capucin, Conférences sur les grandeurs de Dieu, xxvir9.)
[L'ànie unie à Dieu]. — 0 Ciel! quelle joie a une âme de savoir qu'elle mérite d'être aimée de Dieu, et que c'est Dieu même qui lui donne ce mérite exprès pour l'aimer ! Mais quelle gloire pour elle de voir que Dieu l'aime jusqu'à la jalousie, ne voulant pas souffrir qu'aucun autre que lui la possède, comme ne jugeaul pas qu'aucun amant soit digne d'elle si ce
n'est Dieu seul ! Est-il donc vrai, mon âme, que vous possédiez ce bonheur? Est-il vrai que vous ayez le bonheur d'être aimée de Dieu avec tant de passion, qu'il ne peut souffrir qu'un autre que lui seul vous possède ? Le comprenez-vous, ce grand bonheur? Goûtez-vous cette grande vérité? Oh ! si elle était une fois entrée bien avant dans notre esprit, si nous en étions bien pénétrés, pourrions-nous avoir des yeux ou la moindre affection pour quelque autre chose que pour cette Majesté infinie, si jalouse de la beauté de notre âme ? Ne devrions-nous pas dire, à toutes les créatures qui tâcheraient de la gagner et de l'attirer par leurs charmes et par leurs promesses, ce que Ste Agnès disait à ceux qui se montraient passionnés de sa beauté : « Discede à me, pabulum morlis, quia jàm ab alio amalore prœvenla mm ? Retirez-vous d'ici: un amant immortel me possède, il y a longtemps, et me possédera lui seul éternellement. »
De quelle nature est donc cette âme, ô mon Dieu 1 que vous daigniez la traiter de la sorte? N'est-elle pas sortie du même néant dont vous avez tiré le reste des êtres ? N'est-elle pas toujours dans une distance infiniment éloignée de vous, encore qu'elle soit le plus noble des êtres créés ? N'est-il pas toujours vrai qu'étant venue de rien, elle n'est capable de rien par ellemême? Quel privilège étonnant est donc ceci, que, de rien qu'elle était, vous l'avez faite si noble et si excellente, que toute votre puissance ne peut rien produire de capable de la remplir I Elle se sent capable et elle est avide de la possession d'un bien infini. Oui, vous-même, mon Dieu, vousmême vous voulez bien vous donner à elle, pour être son bien et sa possession durant une éternité. O âme séduite par les enchantements du monde , jusques où t'abaisses-tu quand tu recherches quelque chose moindre que Dieu? Ne devrais-tu pas encore être plus jalouse de Dieu, si tu le pouvais être, que Dieu ne l'est de toi? (Le P. d'Argentan).
Comme César redemande son image, Dieu vous redemande aussi la sienne, dit S. Augustin; et, en vous redemandant son image, il vous redemande votre âme, qui porte les traits de sa ressemblance, et, en redemandant votre âme, il vous redemande tout entier, parce que tout l'homme est l'image de Dieu. Et Jésus-Christ nous redemande cette image par unedouble obligation : premièrement, parce que, nous ayant créés à son image, il a droit de nous redemander ce qu'il nous a donné; secondement, parce que, ayant perdu cette première dignité par le péché du premier homme et les autres péchés que nous y avons ajoutés de nous-mêmes, il a retracé dans nous, par son sang et par son esprit, cette première image que le péché avait entièrement effacée... Mais on voit des personnes dans le monde qui semblent rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et porter son image dans leur âme; elles font beaucoup d'actions de piété, elles aiment le culte extérieur de la religion : mais qu'on voie le dedans, qu'on pénètre le fond de leur âme : on y trouvera des attachements prodigieux au monde, nue ambition étrange de s'avancer, nul soin de leur salut, et de grands eins de sacrifier tout à leur vanité. (Anonyme).
[L'âme dégradée par les vices]. — L'âme, par le péché et par ses vices, est dégradée, et l'homme réduit à la condition des bêtes, comme dit le Prophète royal : Homo, cùm in honore esset, non intellexit : comparalus est jumenlis insipientibus : L'homme, qui avait l'honneur d'être semblable aux anges et à Dieu même, n'a pas considéré la noblesso et l'excellence de son être ; il s'est abandonné à ses vices, et alors il est devenu semblable aux bêtes. Erubesce, anima mm, dit S.Bernard: Ah I mon âme, tu dois rougir de honte, tu dois être accablée de confusion. Pourquoi cela? Divinam in pecorinam mutasse naturam : pour avoir changé l'image de Dieu en la figure d'une bête. Quand cetto âme était animée et revêtue de la grâce, elle avait le caractère de la beauté de Dieu ; mais, pour s'être abandonnée à ses passions, elle a pris le caractère du démon et la forme de la bête. (Le P. Giroust).
AMITIÉ CHRÉTIENNE; CHOIX DES AMIS; Liaison avec les gens de bien ; vrais et faux amis, etc.
AVERTISSEMENT
Il n'y a pas longtemps qu'on parle dans les chaires de l'Amitié chrétienne : les anciens prédicateurs ou n'en ont rien dit, ou ils l'ont confondue avec la charité du prochain, comme en effet elle en est une partie, quoique ce ne soit pas tout-à-fait la même chose. Les philosophes anciens l'ont envisagée comme un des principaux sujets de leur morale, cl les prédicateurs l'ont enfin adoptée comme l'une des plus utiles matières pour régler la vie et les mœurs des chrétiens: parce que, comme tout est commun entre les amis, et qu'ils se communiquent réciproquement leurs vertus et leurs vices, l'expérience fait voir que la bonne et la mauvaise vie des chrétiens est comme attachée au bon ou au mauvais choix des amis : et c'est sur ce pied-là qu'on en juge assez communément.
Il faut pourtant avouer que ce sujet parait un peu stérile: car, quoiqu'il n g en ait point sur lequel les auteurs profanes aient donné tant et de si beaux préceptes, et qu'ils en aient fait, pour ainsi dire, leur vertu favorite, il est ici
question d'en faire une vertu chrétienne, dont très-peu d'auteurs ont parlé. Il s'en trouve un livre parmi les ouvrages de S. Augustin, mais qu'on ne croit pas être de lui, et il n'en a parlé qu'en passant dans les autres. S. Chrysoslôme en a fait une exhortation assez concise, encore la confond-il avec la charité ; et S. Ambroise, qui en a te plus dit de choses dans ses Offices, ne la regarde presque que comme une vertu purement morale.
Ce qu'il y a plus particulièrement à observer en traitant ce sujet, c'est de n'emprunter de la charité du prochain,1 qui est un autre sujet assez ample et assez abondant, que ce qui peut servir à élever l'amitié à la qualité de vertu chrétienne ; et je suis persuadé que l'on peut faire v/n très-utile sermon sur l'Amitié, en y faisant entrer le bon choix qu'on doit faire des amis, les devoirs réciproques qu'exige l'amitié sans blesser la conscience, les motifs qui nous doivent engager à nous lier avec telles personnes, les défauts qni peuvent se glisser dans celte amitié, et les avantages que l'on en peut tirer pour le salut.
Plans et desseins.
I. — Los trois sortes de biens dont on peut jouir en cette vie sont renfermés dans l'Amitié chrétienne aussi bien que dans l'amitié civile : savoir, le bien ■utile, le bien honnête et le bien délectable. — 1°. Rien de plus utile par rapport au salut, auquel toutes les choses de ce monde doivent se rapporter : et c'est auquel nous devons mesurer toute leur utilité. — 2°. Rien de plus conforme aux règles de l'honnêteté et de la raison qu'une sainte et vertueuse amitié. — 3°. Rien de plus doux, point de plaisir plus agréable que celui que goûtent les amis dans leur conversation mutuelle, quand elle tend à s'animer réciproquement à la vertu. (Ce peut être le partage d'un juste discours).
Premièrement, elle est d'un merveilleux secours pour assurer le salut, parce que, en se liant d'amitié avec des personnes saintes et vertueuses, on évite celle des méchants, qui est un des premiers et des plus dangereux écueils de la vie. On est à couvert du mauvais exemple, qui entraîne les s dans le dérèglement: et l'on sait tous les malheurs où l'amitié avec des personnes vicieuses a coutume ne nous précipiter. Au contraire, quels moyens de nous sanctifier ne nous fournit point une amitié sainte avec une personne de vertu? Les bons discours, les bons exemples, les réprimandes qu'elle nous fait sur nos défauts, les conseils salutaires, et les bons avis qu'elle nous donne pour régler notre conduite, ne sont-ce pas autant de secours pour faire notre salut avec avantage? Et l'on peut dire
sans crainte qu'une des marques les plus visibles de notre prédestination, et l'un des grands bienfaits dont nous serons éternellement redevables à la divine Providence, est le choix que nous ferons d'un ami fidèle et vertueux.
Secondement, le bien honnête et honorable se trouve dans une sainte amitié. Il faut établir ce principe, reconnu des païens même qui nous ont donné des préceptes sur la morale: que rien n'est digne d'honneur et ne mérite notre estime que la vertu, qui est proprement le bien honnête : ce qui n'est pas moins constant dans la morale chrétienne, qui a pour objet une vertu surnaturelle. Or, l'amitié chrétienne est non-seulement une vertu aussi bien que l'amitié civile, fondée sur quelque motif naturel, honnête, mais une vertu plus noble, qui fait partie la charité envers le prochain; et, outre cela, elle est un moyen d'acquérir les autres vertus, de les conserver, et de s'y animer mutuellement par une sainte émulation, puisque, tous les biens devenant communs entre les amis, les vertus, qui sont les plus excellents de tous les biens, le deviennent aussi par une conséquence infaillible. De-là vient que l'amitié chrétienne peut être appelée un saint commerce de vertus: ce qui nous est infiniment honorable devant les hommes, et encore plus devant Dieu, et qui fait de cette amitié un moyen de gagner celle de Dieu même, et d'y faire tous les jours de nouveaux progrès.
Troisièmement, pour ce qui est du bien délectable, notre propre expérience nous apprend que l'amitié est le plus doux et le plus solide plaisir de la vie. On sait les sensibles consolations que nous recevons de nos amis dans nos afflictions, la joie que nous ressentons dans nos bons succès eh voyant qu'ils y prennent part : il ne faut que voir ce que S. Augustin dit de la douceur et de la joie qu'il recevait de son cher ami Alypius, et le plaisir tout céleste que goûtaient S. Basile et S. Grégoire de Nazianze dans leur sainte et mutuelle amitié. Et tant s'en faut que la religion chrétienne, qui déclare la guerre à tous les plaisirs, blâme celui-ci, qu'elle l'approuve, le loue, et en fait une partie de la récompense de la vertu, quand cette amitié est spirituelle ; quoiqu'elle réprouve les amitiés sensuelles, qui ne sont fondées que sur les plaisirs des sens. C'est donc à nous d'élever nos amitiés, et de les rendre chrétiennes et saintes, de morales qu'elles sont ordinairement, afin d'en faire un moyen de salut.
II. — L'amitié que nous contractons avec lea personnes vicieuses nous est plus préjudiciable et plus pernicieuse que ne nous peut être la haine la plus envenimée de nos ennemis les plus déclarés. C'est le sujet d'un discours sur la mauvaise amitié, c'est-à-dire sur celle qu'on place si mal. La preuve de cette vérité se peut prendre de trois sortes de biens dont un ennemi tâche de priver celui contre lequel il a conçu une haine implacable. — 1°. Il tâche de le ruiner en le dépouillant des biens de la fortune, tantôt par des voie» sourdes, en lui suscitant des procès, tantôt par des violences
ouvertes et des injustices criantes, et par tous les moyens que la haine lui peut suggérer. Mais, dans ces amitiés criminelles, on risque l'innocence, la grâce, la vertu, qui sont les véritables biens que nous perdons bientôt. — 2°. Cette amitié ruine l'honneur. Un ennemi ne songe qu'à vous décrier, et on ne l'en croit pas toujours; mais le commerce des méchants fait sûrement perdre à ceux qui se lient avec eux toute la bonne réputation qu'ils pouvaient avoir, parce qu'on est persuadé qu'on est tel que sont ceux avec qui on a contracté amitié; et, si l'on n'est pas vicieux d'abord, on le devient bientôt, et l'on perd toute l'estime qu'on avait. — 3°. Un ennemi ne peut pousser sa haine plus loin que d'attenter à la vie de celui qu'il hait; mais cette criminelle amitié nous conduit à une mort éternelle.
III. — Il y a trois sortes d'amitiés qui se trouvent parmi les hommes, que l'on peut et qu'il faut tâcher d'élever à la qualité d'amitiés chrétiennes: ce qui peut faire le sujet et le partage d'un sermon. — Les premières sont les amitiés naturelles, qui se trouvent souvent entre les pères et les enfants, et ensuite entre les frères, comme étant fondée sur la communication d'un même sang. Ces amitiés sont justes, honnêtes et légitimes; mais elles ne sont point toujours bien réglées, parce que l'amour des parents envers leurs enfants est souvent contraire à celui qu'ils doivent à Dieu, et les enfants ne s'acquittent pas toujours de tous les devoirs qu'ils sont obligés de rendre à leurs parents. Le moyen d'élever et de sanctifier cette amitié naturelle, c'est de s'entre-aimer pour Dieu, de considérer Dieu en la personne des uns, et de former et d'élever les autres dans la crainte et dans le service de Dieu. — Les secondes sont les amitiés humaines et raisonnables, fondées sur la ressemblance d'emplois, d'humeurs, de profession, d'études, d'inclinations. Or, quoique ces amitiés puissent être honnêtes et louables, elles ne sont pas toutefois toujours chrétiennes, à moins que cette union n'ait une fin surnaturelle, et que ceux qui sont unis de la sorte ne se portent mutuellement et ne s'excitent à devenir plus vertueux et plus saints : ce que l'amitié facilite beaucoup et dont elle fournit de puissants moyens. — Les troisièmes sont les amitiés civiles, telles qu'elles sont entre les citoyens d'une même ville, les associés aux mêmes emplois, entre les voisins, etc. Et l'on peut sanctifier cette amitié par la charité chrétienne, en entretenant l'union, et en se rendant réciproquement tous les services que demande la charité.
IV. — Du bon choix que nous faisons de nos amis dépend le bonheur de cette vie, puisqu'il est constant que c'est l'amitié qui en fait le plus grand bien. Mais un ami fidèle, agréable, qui ait toutes les qualités nécessa ires pour lier une véritable amitié, est rare; il le faut choisir entre mille, et le Saint-Esprit même appelle heureux celui qui l'a eafin reucuutré. — Il faut montrer, dans le 1er point, combien il est im-
portant de faire ce bon choix, le moyen de le faire, où il faut chercher un ami de ce caractère, et comment il le faut cultiver. — Dans le 2Q point, comme de ce même choix dépend encore assez ordinairement notre bonheur éternel, il faut faire voir par quel motif on doit être guidé pour le faire, et les vues que l'on doit avoir en contractant cette amitié; ensuite comment on doit continuer de faire de cette amitié, qu'on dirait d'abord n'être qu'une vertu morale, une vertu vraiment chrétienne: c'est-à-dire comment il faut agir toujours par charité, dans tous les devoirs que nous rendons à nos amis, et non pas par la seule inclination, ou par espérance de retour, ou par quelque autre motif purement humain.
V. — Tout ce qui regarde l'Amitié, et tout ce qui nous fait lier les uns avec les autres, se rapporte à l'un de ces trois chefs: — Le premier, la conformité de sentiments et d'inclinations, qui est le principe de l'amitié; — le second, la confidence mutuelle des plus secrètes pensées, qui en est comme l'essence; — le troisième, le dévouement réciproque qu'on a l'un pour l'autre dans les occasions de se rendre service, qui en est comme la consommation. Or, il faut montrer que, dès-lors qu'on lie commerce avec des personnes qui n'ont ni vertu ni conscience, on court risque d'entrer, par ces deux chemins, dans les voies d'iniquité et de se perdre sans ressource.
VI. — Trois choses nous peuvent porter à converser et lier amitié avec les personnes qui sont dans le désordre et que nous savons mener une vie déréglée: — 1°. L'inclination, ou le plaisir quenous y cherchons; — 2°. la nécessité, qui nous y engage indispensablement, parce qu'on ne peut souvent se séparer de ses proches, de ses frères, de ses parents, ni une femme de son mari, quoique ces personnes souvent ne soient pas fort gens de bien ; — 3°. la charité enfin nous y oblige assez souvent. Or, voici trois devoirs auxquels cette liaison et cette société nous engage. — Premièrement, si c'est notre inclination qui nous y porte, ou notre plaisir que nous y recherchons, il faut fuir ces sortes de personnes, au lieu de former avec elles aucune liaison, et la rompre aussitôt qu'on s'y est engagé sans les bien connaître. — Secondement, si c'est la nécessité qui nous obligea vivre avec ces sortes de gens, et qui ne nous permet pas de nous en séparer, il faut les souffrir, se contentant d'en être séparé de mœurs et de manière de vie, et tâcher d'en tirer du profit par la patience qu'ils nous donnent sujet d'exercer. — Si c'est enfvn le zèle et la charité qui nous font lier commerce avec eux, il faut s'efforcer de les rendre meilleurs et de les retirer de leurs désordres, sans s'exposer à être perverti par leur mauvais exemple.
VII. — 1er point d'un Sermon : — les avantages que nous retirons, pour le salut, de l'amitié que nous contractons avec les personnes vertueuses : nous devenons bientôt semblables à elles, nous évitons les dangers de tomber
dans le crime; nous faisons de grands progrès dans la vertu, animés par leurs exemples, etc.
Second point : — les dangers presque inévitables auxquels nous expose l'amitié et l'étroite liaison avec les méchants.
VIII. — 1°. L'amitié qu'on lie avec les gens de bien est un moyen sûr d'acquérir et de conserver l'amitié de Dieu, parce qu'on ne peut pas donner une marque plus certaine du désir qu'on a de servir Dieu et d'être entièrement à lui que de se joindre avec ses amis qui sont fidèles à son service : on témoigne par-là qu'on veut les imiter, suivre leurs conseils et leurs exemples, etc. — 2° Contracter amitié avec les méchants, c'est se mettre en péril évident de perdre l'amitié de Dieu, qui est la chose du monde la plus précieuse, et même en danger de ne la recouvrer jamais, parce qu'on ne peut lui déclarer une guerre plus ouverte que de se ranger du côté de ses ennemis, et de conspirer avec eux pour l'offenser, l'amitié avec les méchants ne pouvant manquer de nous porter au crime et de nous entretenir dans nos désordres.
IX. — On peut encore prendre pour sujet d'un discours sur l'Amitié : Premièrement t de faire voir de quelle importance il est de faire un bon choix de ceux avec qui l'on veut contracter une étroite amitié; Secondement, de montrer jusqu'où doit aller cet engagement, pour ne renoncer pas à l'amitié de Dieu, et quels sont les véritables devoirs des amis.
L'importance de ce choix est grande, puisque nous devenons ordinairement semblables à ceux que nous fréquentons et avec qui nous avons un commerce plus particulier : c'est une vérité qui est connue et reçue de tout le monde. H est important pour toute la suite de notre vie : car, si l'on choisit mal, on s'autorise dans ses désordres, sous prétexte de l'amitié même, parce que, pour changer de vie, il faudrait rompre avec ses meilleurs amis ; et enfin il y va évidemment de notre salut, etc.
Pour les devoirs de l'amitié, ils se réduisent à ces trois : — A la fidélité, qui ne peut être trop généreuse ni trop constante, mais qui doit avoir ses bornes et être réglée par la religion et par la conscience; — Au zèle et à la charité pour reprendre un ami de ses défauts et pour l'aider à s'en corriger; — A la complaisance, qui doit être éloignée de la flatterie et de la servilité.
X. — On peut faire un discours sur l'Amitié seule avec ks méchants, et montrer, — dans le 1er point, de quels moyens elle nous prive : savoir, de l'amitié de Dieu, de sa protection spéciale, de ses faveurs particulières.
Dans le second, quels malheurs elle nous attire en cette vie et en l'autre.
XI. — K Il faut, en expliquant la nature de l'Amitié, empêcher qu'on y soit trompé.
2°. Il faut, en montrant les avantages qu'on retire d'une sainte amitié, engager à la rechercher.
3°. Il faut, en proposant ses devoirs, exciter à les remplir.
XII. — On peut réduire les devoirs de l'Amitié à ces deux principaux : — Le premier, de s'opposer aux passions de son ami quand il est dans la prospérité; — Le second, d'aider et secourir son ami dans tous ses besoins, quand il est dans l'adversité. C'est par ces deux importants services que l'on contribue à son salut.
XIII. — Sur l'usage de l'amitié. — 1°. Il faut converser avec ses amis sans abuser de leur familiarité. Expliquer en quoi peut être cet abus.
2°. Il faut conserver ses amis sans avoir une lâche complaisance pour leurs vices ou pour leurs défauts.
3°. Il faut défendre ou protéger ses amis sans favoriser leurs crimes.
XIV. — Voici trois marques d'une véritable amitié, qui peuvent servir à la rendre toute sainte.
Première : Etre reconnaissant des bienfaits qu'on reçoit de ses amis.
Seconde : Etre sincère dans les conseils que l'on demande et que l'on donne à ses amis.
Troisième : Etre fidèle dans les secrets qu'on nous confie, et ne jamais abuser de la confiance qu'on nous témoigne.
XV. — i°. Combien l'Amitié est avantageuse aux amis quand leurs affections mutuelles sont saintes.
2°. Comment elle est pernicieuse quand un ami oblige l'autre à violer les lois de la justice et de la piété.
Sur l'amitié que les méchants lient entre eux pour le crime, bu portés à cela par la seule conformité d'humeur, on peut faire voir : — 1°. Que de se lier ainsi c'est vouloir achever de se pervertir, par la contagion réciproque qu'un ami vicieux communique plus aisément à son semblable.
2°. Que c'est s'attirer double châtiment et double péril, le fardeau croissant à mesure qu'outre ses désordres particuliers et personnels on coopère encore à ceux d'autrui. Rien ne rend plus hardi à faire le mal que de se sentir ainsi soutenu ; et tout crime auquel vous prêtez le moindre secours» la moindre faveur, vous le faites. Prenez une vraie résolution de changer de mœurs : et alors les bons pourront vous souffrir, et comme leur société, seul remède qui puisse vous servir de frein, ne saurait vous exposer à tant de malheurs que celle de ces hommes à qui leur propre infamie, leur propre perte, ne coûte rien, elle vous paraîtra bientôt mille fois plus douce.
PAKAGRAPHE DEUXÎÈME. 20S
Les Sources et les Auteurs.
[Les SS. Pères], — S. Jérôme : E pitre II à Nêpotien, parle des marques et des dangers de la trop grande familiarité.
IV Sur le septième d'haïe, montre combien il y a peu d'amitié dans le monde, même entre les proches.
Liv. IIe sur le 9e chap. de Jérémie, montre combien il y a peu de véritables amis.
Liv. IIe sur le chap. 79 de Michêe, fait un assez long discours pour montrer combien la véritable amitié est rare.
Epître 32, adressée à Abigaûs prêtre , montre comment il faut lier amitié avec les personnes de lettres.
Exposition du chap. 4e de l'Ecclésiaste, parle de l'Amitié.
S. Ambroise : liv. I des Offices, ch&j>. 32», parle des devoirs de l'Amitié.
Liv. III, chap. 15, montre jusqu'où doit aller cette amitié.
S. Augustin a un livre entier sur l'Amitié , où il instruit des qualités des véritables amis et des conditions de l'Amitié. On ne croit pas cependant qu'il soit l'auteur de ce livre. Au chapitre 3 il parle des différentes sortes d'amitiés. Au chap. 12, il traite des degrés de l'amitié. Au chap. 18, des qualités que doivent avoir les amis.
Liv. des Homélies, Hom. 38, rapporte encore les différentes espèces d'amitiés humaines.
Liv. IV9 des ses Confessions, chap. 8 et 9, traite des moyens d'entretenir l'amitié.
Epître 121 adProbam, montre que, sans un fidèle ami, rien en ce monde ne nous peut être agréable.
Liv. XIX de la Cité de Dieu, prouve que, dans les amitiés humaines, il y a plus d'amertume que de douceur. Et au chap. 18 du même livre, il fait voir quelle inquiétude l'amitié a coutume de produire.
Liv. des 83 Questions, quest. 71, et au Sermon 21 De ver bis Apostoi, montre comment il faut éprouver les amitiés.
S. Chrysostôme, liv. IIe du Sacerdoce, rapporte l'exemple de S. Basile pour montrer le choix qu'il faut faire d'un ami.
Sur le 18e chap. de S. Matthieu, a une exhortation sur les amitiés chrétiennes , et montre combien elles sont rares, et combien elles doivent être désintéressées.
L'Homél. 2' sur la lr* ThessaL, vers la fin, dit beaucoup de choses sur l'Amitié.
S. Laurent Justinien, liv. de la Discipline et de la perfection de la
conversation monastique, cliap. 12% parle fortement contre les amitiés dangereuses.
S. François de Sales, dans l'Introduction à la vie dévote, chap. 17, traite cette matière à fond.
[Les Livres spirituels]. — Rodriguez, 1" partie, traité IV, chap. 13, rapporte toutes les espèces d'amités vicieuses.
Le P. Caussin, dans la Cour Sainte, au traité des Passions, a deux ou trois chapitres sur ce sujet.
Le P. Croiset, Réflexions chrétiennes, parle des amitiés particulières.
Rossignolus, De disciplina christianœ perfectionis, IV, 27.
[Les Prédicateurs]. — Le P. Cheminais, Sermon sur le choix qu'un chrétien doit faire de ses amis.
Le P. d'Orléans, Sermon sur les liaisons.
L'Auteur des Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne, en a un sur l'amitié chrétienne, pour le mardi de la 3e semaine du carême.
Le même dit beaucoup de choses sur l'Amitié, dans le sermon sur S. Jeanl'Evangéliste.
Le même a un sermon sur la conversation avec les méchants, et sur l'amitié qu'on lie avec eux , dans la Domin. tome I.
Ceux qui ont fait des panégyriques sur S. Jean-1'Evangéliste.
[Autenrs]. — L'Abbé de Monmorel a fait un traité particulier de l'Amitié.
Àristote, dans ses Morales.
Cic'ron, au livre de l'Amitié, intitulé Lœlius.
Plutarque a fait un livre sur l'Amitié , et sur la différence d'un ami et d'un flatteur.
Themistius a une Oraison sur ce sujet. Pétrarque, 1. 1, Dialogo S0 et seqq.
Erasme a aussi fait un traité du flatteur et de l'ami. Le P. Théophile Raynaud, liv. IV Des vertus et des vices, section 2% chap. 1er.
Ribadeneira, liv. II, c. 30, du Prince chrétien. Le P. Senault dans le livre De l'usage des passions. La Mothele Vayer en a un long traité.
DeSacy a fait un beau traité de l'Amitié, divisé en trois livres. Le P. Louis de Grenade, dans ses Lieux communs. Rusée, in Viridario, lit. Amicitia.
Le même, in Panario, tilul. Familiaritas et Societas. Labatha, in Thesauro morali j ^^ Amicitia
Lohner, in Bibliothcca manv.ali. )