‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 56 sur 75 · ML · texte numérisé non relu

ML

Passages, exemples et applications de l'Ecriture - Sainte.

Cave ne unquam cum habitatoribus terrœ illius jungas amicitias quœ sint tibi in ruina/m. Exod. xxxiv, 12.

Ditiges amicum tuum sicut teipsum.

Levit. xix, 18.

Impio prœbes auxilium, et his qui oderunt Dominum amicitiâ jungeris : et idcircb iram Domini merebaris. II Paraliponi. xix, 2.

Qui cum sapientibus graditur, sapiens erit ; amicus stultorum similis eflicietur. Prov. xii', 20.

Cum viro sancto assiduus esto, quemcumque cognoveris observantem timorem Dei. Eccli. xxxvn, 15.

Noli amicus esse homini iracundo, neque habitaveris cum viro furioso, ne forte discas vias ejus. Prov. xxu. 2*.

Omni tempore diligit qui amicus est.

Pmv. xvii, 17.

Fidem posside cum amico in pauper- Inte illius, ut et in bonis illius lœteris. Eccli xxu, 28.

In tempore tribulationis illius permane illi fidelis, ut et in hœredilaie illius cohœres sis, Ibid.

Amicus fidelis protectio fortis; qui autrui invenit illum invenit thesaurum.

td. vi, H.

Amico fideli nulla est eomparatio, et non est ponderatio digna auri et argenti contra bonitalem fidei illius. Ibid.

Amicus fidelis medicamentum vitœ et iiitmorlalitatis. Ibid.

Bonis amici consiliis anima dulcorarlur. Prov. xxvii, 9.

Beatus qui invenit amicum verum !

Eccl. xxv, 12.

Est amicus sccundùm tempus, et non permanebit in die tribulationis. Eccli.

vi, 8

Est autem amicus socius mensœ, et un h ji, rmanebil in die necessitatis. Ibid.

Qui timet Dei m, œquè habebit amicitiam bonam, quoniam secundùm illum erii amicus illius. Ibid.

Prenez garde de lier jamais avec les gens de cette terre une amitié qui ne servirait qu'à attirer votre ruine.

Vous aimerez votre ami comme vousmême.

Vous donnez du secours à un impie, et vous faites alliance avec ceux qui haïssent le Seigneur : vous vous étiez rendu digne par-là de la colère de Dieu.

Celui qui marche avec les sages deviendra sage; l'ami des insensés leur ressemblera.

Tenez-vous sans cesse auprès d'un homme saint, lorsque vous en aurez connu quelqu'un qui craigne véritablement Dieu.

Ne soyez point l'ami d'un homme colère, et ne vivez point avec un homme furieux, de peur qu'il ne vous apprenne à vivre comme lui.

Celui qui est ami aime en tout temps.

Gardez la fidélité à votre ami lorsqu'il est pauvre, afin que vous vous réjouissiez avec lui dans sou bonheur.

Demeu rez-lui toujours fidèle pendant le temps de son affliction , afin que vous ayez part av3c lui dans son héritage.

L'ami fidèle est une forte protection ; celui qui l'a trouvé a trouvé un trésor.

Rien n'est comparable à l'ami fidèle, et l'or et l'argent ne méritent pas d'être mis en balance avec la sincérité de sa foi.

L'ami fidèle est un remède qui donne la vie et Eimmortalité.

Les bons conseils d'un ami sont la douce consolation de l'âme.

Heureux qui trouve un véritable ami I

Il y a un ami qui ne l'est que pour un temps, et il cessera de l'être au jour de l'affliction.

Il y a un ami qui Pe3t pour la table, et qui ne le sera plus au jour de l'affliction.

Autant l'homme craint le Seigneur, autant il sera heureux en ami, parce que son ami lui sera semblable.

Non agnoscitur in bonis amicus, et nonabsconditur inrnalisinimicus. Eccli.

xn, 8.

Non derelinquas amicum antiquum :

novus enim non erit similis Mi. Id. ix, 14.

Corripe amicum, ne forte nonintelligat te, et dicat: Non feci; mit, si fecerit, ne iterùm addat facere. Id. xix, 13.

Amici divitum multi. Prov. xiv, 20.

Divitiœ addunt amicosplurimos;àpaupère autem et hiquos habuit separanlur.

Id. xix, 4.

Tir iniquus lactat amicum suum, et ducit eum per viam non bonam. Prov.

xvi, 29.

Ei qui révélât mysteria et ambulat fraudulenter, et dilatât labia sua, ne lommiscearis. Prov. xx, 19.

Quomodb dicis quoi amas me, cùm animus tuus non sit mecum ? Judic.

XVI, lo.

Si inimicus meus maledixissset mihi, sustinuissemuliquè: tuverb, homo unanimis, dux meus et notus meus! Ps. 54.

.Son est auxilium mihi in me; necessariiquoquemeirecesseruntame.iob.\i,io.

Multi colunt personam potentis et amici sunt dona tribuentis. Prov. xix, 6.

Fili ml, si te lactaverint peccatores, ne acquiesças eis..., ne ambules cum eis ; prohibe pedem tuum à semitis eorum.

Prov. i, 10.

Qui communicacerit superbo, induet superbiam. Eccli. xm, i

Amicum tuum et amicum patris tui ne dimiseris. Prov. xxvn, 10.

Yiramabilis ad societatem magïs amieus erit quàm (rater. Prov. xvm, 24.

Noli fieri, pro amico, inimicus proximo tuo. Eccli. vi, 1.

Causam tuam tracta cum amico tuo.

et secretum extraneo ne révèles. Prov.

xxv, 9,

Ne obliviscaris amici tui in animo tuo, et non immemor sis illius in opibus luis. Eccli. xxxvn, 6.

Qui conviciatur amico. dissolvit amicitiam. Eccli. xxn,25.

Denudare amici mysleria, desperatio est animœ infelicis. Id. xxvji, 24.

L'ami ne se connaît point pendant la prospérité, et l'ennemi ne peut se cacher dans l'adversité.

Ne quittez point votre ancien ami : car le nouveau ne le vaudra pas.

Reprenez votre ami , de peur qu'il ne vous comprenne pas et qu'il ne vous dise: Je ne l'ai point fait; ou s'il l'a fait, afin qu'il ne le fasse plus à l'avenir.

Les riches ont beaucoup d'amis.

Les richesses donnent beaucoup de nouveaux amis : ceux même qu'avait le pauvre se séparent de lui.

L'homme injuste attire son ami par ses flatteries, et il le conduit par une voie qui n'est pas la bonne.

Ne vous mêlez point avec un homme qui livre les secrets , qui use de déguisement, et dont la bouche est toujours ouverte.

Comment dites-vous que vous m'aimez, lorsque votre âme n'est point avec moi ?

Si celui qui était mon ennemi m'avait chargé de malédictions, je l'aurais souffert : mais vous qui viviez dans un même esprit avec moi , vous mon conseiller, mon ami?

Je ne trouve en moi aucun secours, et mes proches amis m'ont abandonné.

Beaucoup honorent la personne d'un homme puissant, et sont amis de celui qui donne.

Mon fils , si les pécheurs vous attirent par leurs caresses, ne vous laissez point séduire par eux; n'allez point avec eux ; empêchez que votre pied ne marche dans leurs sentiers.

Celui qui se joint au superbe deviendra superbe:

N'abandonnez point votre ami ni l'ami de votre père.

L'homme dont la société est agréable sera plus aimé qu'un frère.

Ne devenez pas, d'ami, l'ennemi de votre prochain.

Traitez de votre affaire avec votre ami, et ne découvrez point votre secret à un étranger.

Conservez dans votre cœur le souvenir de votre ami ; et ne l'oubliez pas lorsque vous serez devenu riche.

Celui qui dit des injures à son ami rompt l'amitié.

Celui qui est si malheureux que de découvrir les secrets de son ami , il ne lui reste aucune espérance de retour.

Amicus, si permanserit ftxus, erit tibi quasi coœqualis, et in domeslicis Luis fiducialiter aget. Ecdi. vi, 11.

Melius est esse duos simul quam unum : hobent enim emolumentum societatis suce. Si unus ceciderit, ab altero fulcietur Eccli. îv, 10.

Qui ambulat fraudulenter révélât arcana ; qui autem fidelis est amici celât commissum. Prov. xr, 13

Est amicus solonomine amicus. Eec'i.

>. txvjr, 1.

Occasiones quœrit qui vult recedere ab amico : omni tempore erit exprobrablis. Prov. xviii, l.

Multi pacifici sint tibi, et consiliarius Bit tibi unus de mille. Eccli. vi, 6.

Pondus super se tollet qui honestiori se communkat. Id. xm, 2.

Qui dénudât arcana amici fidem perdit, et non inveniet amicum ad animum suum. Id. xxvii, 17.

Dilige proximum, et conjungere fide eu m illo. Ibid.

Qui negligit damnum propter amicum justus est. Prov. xn, 26.

SodaLis amico conjucundatur in oblectationibus, et in tempore tribulationis udversarius erit. Eccli. xxvn, 4.

L'bi sunt duo vel très congregali in iimiiine meo , ibl sum in medio eorum.

Alatth. xviii, 20.

Vos dixi amicos, quia omnia quœcumque audivi a Paire meo nota feci vobis. Joan. xv, 15.

Vos estis qui permansistis mecum in tentationibus meis. Lucœ xxn, 28.

Amicitia hujus mundi inimica est Deo :

quicumque ergo voluerit esse amicus hujus sœculi, inimicus Dei constituitur.

Jacobi iv, 4,

Si votre ami demeure ferme et constant, il vivra avec vous comme votre égal, et il agira en toute liberté avec ceux de votre maison.

11 vaut mieux être deux ensemble que seul : car on tire de l'avantage de l'association. Si l'un vient à tomber, l'autre le soutiendra.

Le trompeur révélera les secrets; mais celui qui a la fidélité dans le cœur garde avec soin ce qui lui a été confié par sonami.

Il y a un ami qui n'est ami que de nom.

Celui qui veut quitter un ami en cherche les occasions, et celui-ci sera toujours exposé aux reproches.

Ayez beaucoup d'amis qui vivent en paix avec vous ; mais choisissez pour conseil un homme entre mille.

Celui qui se lie avec un plus grand que lui se charge d'un poids.

Celui qui découvre les secrets de son son ami perd toute créance, et il ne trouvera point d'ami selon son cœur.

Aimez votre prochain, et soyez-lui fidèle dans l'union que vous avez avec lui.

Celui qui pour son ami méprise une perte est un juste.

L'ami se divertit avec son ami dans la prospérité, et il deviendra un ennemi au temps de l'affliction.

Là où deux ou trois personnes se trouvent assemblées en mon nom, je m'y trouve au milieu d'elles.

Je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait savoir tout ce que j'ai appris de mon Père.

C'est vous qui êtes demeurés fermes dans mes tentations.

L'amour de ce monde est une inimitié contre Dieu : quiconque voudra être l'ami de ce monde se rend l'ennemi de Dieu.

EXEMPLES DE L'ANCIEN-TESTAMENT

[David et Jonathas]. — Le plus célèbre et le plus illustre exemple d'une constante amitié que nous voyions dans l'Ancien-Testament est celui de David et de Jonathas : modèle sans doute de deux parfaits amis, et préférable à tout ce que l'antiquité païenne nous vante sur ce sujet. « Jonathas, t ils de Sai'il, dit l'Ecriture, aima David, en sorte que son âme était comme collée à celle de David, tant elles étaient étroitement unies : Jonathas dilexit David nu a si animamsuam, quia anima Utiliserai conglutinata animœ David. «

Il lui donna ses propres habits et ses armes; il n'avait rien qui ne lui fût commun avec ce parfait ami. Ainsi, autant David était haï du père, qui ne cherchait qu'à le perdre, autant il était chéri du fils, qui employait tout son crédit et faisait tous ses efforts pour lui sauver la vie : et l'on peut dire que jamais il n'y eut d'amitié plus forte, plus fidèle et plus constante. Jonathas ne se contenta pas de paroles, de promesses et de protestations de services, qui ne sont que trop souvent stériles : il lui en donna des témoignages essentiels par les bons services qu'il lui rendit auprès du roi son père. Car, Saûl étant animé d'une secrète jalousie contre David et ayant résolu sa mort, le jeune prince entra dans l'esprit de son père et le gagna par ses assiduités , et, quand il se vit maître de son esprit , il fit entendre à Saûl que la victoire que David avait remportée sur Goliath, qui avait jeté la terreur dans toute l'armée d'Israël, était uniquement à l'avantage de sa couronne ; que du reste il n'avait point de serviteur ni plus fidèle ni plus attaché à son service que David, que ce serait une cruauté qui le pourrait rendre odieux à son peuple que de tremper ses mains dans le sang d'un si brave, d'un si bon et d'un si fidèle sujet. De manière que Saûl, persuadé et touché par ces paroles, s'engage par serment à conserver la vie à David : Quœ ciim audîsset Saûl, placatus voce Jonathw, juravit : Yivit Dominas quia non occidetur. David, de son côté, quelle douleur ne témoigna-t-il point de la mort de son cher Jonathas, dont il aima et considéra le fils après la mort du père ? Ainsi l'amitié de ces deux princes peut passer pour l'exemple de la plus fidèle amitié qui fut jamais.

[Chusaï]. — La fidélité de Chusaï envers David est encore mémorable, par le signalé service qu'il lui rendit dans l'extrémité de ses affaires. Ce fidèle ami, le voyant dans le danger évident de perdre le royaume et la vie par la révolte d'Absalon, s'avisa d'un stratagème inouï : car, prévoyant qu'Absalon viendrait facilement à bout de son dessein s'il se conduisait par les conseils d'Achitophel, qui avait abandonné David et s'était jeté, par une étrange perfidie , dans le parti de ce fils rebelle, ce sage et fidèle sujet fit semblant de quitter le roi comme avaient fait presque tous ses autres amis, afin de renverser les pernicieux conseils que donnerait Achitophel, et qui iraient sans doute à la ruine de David. Ce stratagème réussit, et Chusaï donna par-là une double preuve de sa fidélité : la première, qu'il demeura constant au service de son prince, que ses autres amis avaient abandonné ; et la seconde, qu'il détruisit les pernicieux conseils d'Achitophel, qui eussent tourné à la perte infaillible de David.

[Salomon]. — L'amitié de Salomon et du roi Hiram est encore marquée dans l'Écriture, et comme ils s'assistèrent mutuellement dans leurs besoins. Il fallait qu'un roi aussi sage que l'était Salomon eût remarqué de grandes qualités en ce prince son voisin pour entretenir avec lui non-seulement une si longue paix, mais encore une si constante amitié.

[Job]. — Si l'amitié s'éprouve et se fait connaître dans l'adversité et dans l'affliction , le saint homme Job, qui avait eu tant d'amis dans sa prospé-

rite, se vit abandonné de la plus grande partie, dans le pitoyable état où il fut réduit. Mais cet abandon ne fut pas général; il s'en trouva quelques-uns qui vinrent le visiter et le consoler dans sa misère, et même qui furent si touchés de compassion , en comparant l'état où ils le voyaient avec celui où ils l'avaient vu, qu'ils furent sept jours sans lui pouvoir parler que des yeux : marque certaine de leur extrême douleur.

EXEMPLES EU NOUVEAU-TESTAMENT

[N.-S, el S. Jean]. — Dans le Nouveau-Testament, l'amitié la plus sainte et la plus tendre qui ait jamais été est celle que le Fils de Dieu eut pour son disciple S. Jean, qui est appelé, dans l'Evangile, le bien-aimé de Jésus, Discipvius quem diligebal Jésus. La familiarité, la confidence, la communication des biens, c'est-à-dire des dons, des faveurs et des prérogatives qu'il lui accorda , en sont des preuves certaines. S. Jean de sa part y a apporté toute la correspondance et toute la sensibilité d'un cœur bien fait : aussi n'y a-t-il point de plus excellent modèle d'une sainte amitié.

[N.-S- et Lazare}. — Le même Sauveur du monde aima encore tendrement Lazare, frère de Marthe et de Madeleine. Il l'appelle lui-même son ami : Lazarus conicus noster dormit. Il pleura sur son tombeau ; ce qui donna sujet de dire à ceux qui étaient présents : Ecce quomodo arnabat eum ! Aussi usa-t-il de son pouvoir souverain pour lui rendre la vie. On peut croire que Lazare, prévenu de tant de bienfaits, et connaissant la dignité de celui qui l'honorait de son amitié, ne manqua pas de son côté d'avoir pour son Sauveur et son Dieu un ardent amour, qui dura toute sa vie.

[S. Paul]. — Les larmes qui versèrent les amis de S. Paul en le conduisant au vaisseau et lui disant adieu, lorsqu'il retourna d'Ephèse à Jérusalem, sont des témoignages d'une grande amitié'; aussi S. Paul leur avait-il rendu les plus importants services, en les instruisant dans la foi et en les mettant dans la voie de salut.

applications de quelques passages de l'écriture.

Atnicus fidelis medicamentwm vilœ el immorlalitalis (Eccli. vi, 16). L'amitié est un remède de vie et d'immortalité; elle fait dans la vie civile ce que l'arbre de vie dans le paradis terrestre eût fait pour la vie naturelle: car elle ne se contente pas de faire passer doucement le peu d'années que nous avons à vivre, par les commodités que nous en recevons; elle nous immortalise encore après la mort dans le souvenir de ce que nous avons de plus cher au monde.

Ecce confiais super bacuhm arundineum confractum islum...)cui si innixus

fuerit komo, intrabit in manum ejus, el perforabit eam (Isaï. xxxvi, 6).

aroles donnent lieu à quelques interprèles de faire voir le peu de

fond qu'un chrétien doit faire sur ses amis; mais qu'il doit mettre toute sa confiance en Dieu. Voyez sur quoi cet homme imprudent et aveugle -appuie: sur un roseau, qui est le symhole de la faiblesse et de la fragilité humaine. Encore ce roseau est-il rompu et brisé, pour exprimer que celui sur lequel on fonde ses espérances a besoin lui-môme d'être soutenu. D'où il arrivera que ce roseau aura assez de force pour blesser et pour percer la main de celui qui s'appuie dessus, mais non pas pour lui servir d'appui. Yoilà ce que font d'ordinaire les amis en qui l'on met sa confiance: ils sont capables de nous entraîner dans leur malheur, mais non de nous défendre et de nous garantir des insultes de nos ennemis.

Necessarii quoquemei recesserunt à me... Fratres mei prœterieruntme, sicut torrens qui raplim transit in convallibus (Job, vi, 13). Yoici encore une image assez naturelle de l'instabilité de l'amitié humaine, que le saint homme Job compare à un torrent qui passe et puis qui se dessèche entièrement. Car on peut connaître que ctte amitié est non-seulement de peu de durée, mais encore souvent inutile, et dont on ne tire aucun fruit, puisqu'il y a cette différence entre un torrent et un fleuve, qu'un fleuve a son cours ontinuel et réglé, qu'il a presque toujours la même abondance d'eau et coule avec la même rapidité, au lieu que le torrent ne fait que passer, et demeure le reste du temps à sec. Les torrents sont remplis et inondent les campagnes lorsqu'on n'a nul besoin de leurs eaux, parce que les pluies du ciel suffisent alors pour arroser les plantes, et ils n'en donnent point lorsqu'elles seraient le plus nécessaires.

S. Jean, dans son Apocalypse, vit des sauterelles qui sortaient de la fumée du puits de l'abîme, qui avaient des visag 's d'hommes et des queues de scorpions. C'est, disent quelques interprètes, une naïve figure des faux amis : car ces vilains insectes s'attachent aux épis de blé et aux herbe-, seulement pour les brouter et pour les ronger; et quand ils ont tout dévoré, ils cherchent ailleurs leur pâture. C'est ce que font ces amis de table, comme les appelle l'Ecriture, qui n'aiment que ceux qui les engraissent, et qui ont des queues de scorpions, parce qu'ils sont les premiers à piquer ceux qui les reçoivent, et à leur insulter quand ils n'en espèrent plus rien.

Tanquàm aurum in fornace probaviteos (Sap. m, 6). L'Ecriture dit que Dieu éprouve ses amis dans le feu des tribulations et des afuictions; mais elle nous apprend aussi que c'est là en général que les amis éprouvent la fidélité de leurs amis: et de savants interprètes remarquent que les amis faux et intéressés ressemblent au vif-argent, qui s'attache à l'or et qui ne peut s'en séparer; mais, si l'on met l'or dans le creuset, alors le vif argent e quitte aussitôt, et s'évapore en fumée.

Complet me justus in misericordid (Ps. 140). Nous devons compter

comme un des grands bienfaits de la miséricorde de Dieu à notre égard d'avoir trouvé un fidèle ami, qui nous reprenne de nos fautes et qui nous corrige de nos défauts; mais nous sommes indignes de ce bienfait si nous ne l'écoutons pas, et si nous ne profitons pas de ses charitables avis.

Nous n'oserions pas donner à Jésus-Christ la qualité d'ami des hommes, puisque les rois mêmes de la terre la croient au-dessous d'eux, s'il ne se l'était donnée lui-même en appelant les hommes ses amis. Et c'est pour cela qu'en parlant à ses Apôtres, il leur déclare qu'il ne les regarde plus comme des esclaves ou comme des serviteurs, mais comme ses véritables amis, auxquels il ouvre tout son cœur, pour ne leur cacher aucun des secrets que son Père lui a communiqués. Il appelle S. Jean l'ami de l'Epoux ; et pour nous donner à entendre qu'il n'honore pas seulement son précurseur ou ses Apôtres d'un titre aussi avantageux, il déclare qu'il compte parmi ses amis tous ceux qui gardent ses commandements : Vos amici mei estis, sifeceritisca quœ egoprœcipio vobis (Joan.xv, 14). Quedoit-on admirer davantage, ou de voir la condescendance d'un Dieu qui veut bien s'abaisser jusqu'à honorer les hommes de son amitié, ou de voir l'ingratitude de l'homme qui n'est pas sensible à un si grand honneur? Je mérite bien, mon Sauveur, que vous me traitiez comme votre ennemi, si je ne me rends pas digne, par ma correspondance, de l'honneur que vous me faites en voulant que je sois votre ami.

§ IV

Pensées et passages des SS. Pères et autres.

Nolite amare vitia amicorvm vestro- Si vous aimez vos amis, donnez-vous

rum , si amatis amicos vestros. August. bien de garde d'aimer leurs vices. Serm.

Non omnis qui partit amicus est, nec Ce n'est pas à dire que quiconque u^e

omnis qui verberat inimicus. Melius est d'indulgence doive être tenu pour ami,

cum severitate diligere quàm cum leni- ni pour ennemi celui qui châtie ou qui

taie decipere. Id. 9 Conf. frappe. Il vaut mieux aimer avec un peu

de sévérité que de tromper en usant de trop de douceur.

Amicitia in malo esse non pot- st. Id. 11 ne peut y avoir d'amitié dans le

Epist. ad Censorin. mal.

Amicilia paiiperum certior quàm di- L'amitié des pauvres est plus sûre et

vitum M. de Amicit. plus constante que celle des riches.

Solus est qui sine amko est. 1<1. vi, Celui-là est bien seul qui n'a point

Civil. Dki. d'ami.

imicUia vera non est nisi cùm tain 11 ne peut y avoir de véritable amitié

Deus agglutinât inter cohœrentes cum Mo. iv, Conf. 4.

providendum est non solum ut simus justi, sed ne cum peccaloribus moremur , quia hoc in peccati ac miseriœ partes ducit Propheta. Ilieron. Epist. 142.

Vera Ma amicitia est quam non Militas rei familiaris, non prœsentia corporum temtùm, non subdola et palpans adulatio, sed Dei timor et dirinarum Scripturarum conciliant studia. Id.

Epist. ad Paulinum.

Amicitia parcm aut facit aut accipit; ubi inœqualitas , et allerius eminentia, alterius subjectio, ibl non làrn amicitia quam adulatio est. Id. super Mich;

Eademvelle et eadem nolle, (Irma amicitia est. Id. Epist. ad Deinetr.

De amicitia omnis tollenda est suspicio, et sic cum amico quasi cum altero seipso est loquendum. Id. in Epist.

Amicus diu quœrilur, vix invcnitur, difficile servatur. Id. in 7 Mich.

Amicitia quœ desinere potuit , nunquàm fuit vera. Ambros. Offic.

Non potest homo hominis esse amicus qui Dko fuerit inimicus. Ibid. 1G.

Quid est amicus nisi consors amoris, ad quem animum adjungas atque applices , et ita misceas ut unus fiât ex tluobus, cui te lanquam alteri tibi commutas? Id. Offic. 5.

Non vectigalis amicitia, non qvœstus, quia non pecuniâ quœritur sed gratiâ:

non licitatione prœmiorum, aed benevolentiœ. Ibid.

Objurgel amicus amicum non jactanliœ studio, sed affectù charilatis. Id.

Offic 3.

En amicitia probabilis quœ Iwnrstatem luetur; prœferenda eut opibus, honoribus, potestatibus. Id. ni, i3.

Pietatis custos amicitia est. Ibid.

Solatium hujus vitœ est ut habeas cui palus aperias, cui arcana communices,

que celle que Diep lie entre les personnes gui sont fortement attachées à son service.

Il faut prendre garde non-seulement de ne pas vivre mal, mais encore de ne pas lier amitié avec ceux qui sont de mauvaise vie : car cela même, au sentiment du Prophète, est compté entre les péchés.

La véritable amitié est celle non que l'intérêt de famille ou la seule présence des personnes, l'assiduité et la flatteiie ont coutume d'entretenir, mais que la crainte de Died et l'étude des sainte?

lettres ont liée plus étroitement.

L'amitié ou se lie entre des égaux ou rend égaux ceux qu'elle lie : là où il y a de l'inégalité, de la supériorité d'un côté, et de l'autre de la soumission , ce' n'est pas tant un commerce d'amitié qu'une continuelle flatterie.

L'union des mêmes volontés qui conspirent à rechercher et à fuir les mêmes objets, c'est ce qui affermit l'amitié.

Il faut que la défiance soit entièrement bannie de l'amitié, et converser avec son ami comme avec un autre soi-même.

On cherche longtemps un véritable ami; on le rencontre rarement, et on a encore de la peine à le conserver après l'avoir trouvé.

L'amitié qui a pu se rompre n'a jamais été une véritable amitié.

Celui-là ne peut avoir un homme pour ami qui est ennemi de Dieu.

Qu'est-ce qu'un ami sinon celui à qui l'on fait part de son amour, celui auquel on se joint et se lie par une union si étroite, que des deux il ne s'en fait qu'un, à qui enfin on se donne comme à un autre soi-même?

L'amitié n'est pas un tribut qu'on puisse lever; ce n'est pas une matière d'intérêt ni de trafic , parce qu'elle ne s'acquiert point par argent, mais par le cœur : elle ne se met point à prix ni eu vente, mais se donne par une volonté libre.

11 faut qu'un ami reprenne quelquefois son ami, et lui fasse des reproches, non par esprit d'orgueil, mais par charité.

L'amitié louable est celle qui maintient la probité; elle esl préférable aux honneurs, aux richesses, au pouvoir dé commander.

L'amitié est gardienne de la piété.

La consolation , dans les malheurs de cette vie, c'est d'avoir à qui ouvrir sou

eut sécréta pectoris lui committas. Id.

m Offic.

Focilis vox et communis:« Totus tuus sum »; sed pancioris est effectûs. Ibid.

Amicitia et prospéras res dulciores facit, et adversas communione tempérât et leviores reddit. Id. ut De summo bono.

Cùm incautè malorum amiçitiis jungimur, corum culpis Uyamur. Greg.

Pastor.

Amicus animœ custos dicitur. Id. in Moral.

In prosperitale incerta est amicitia :

nescilur enim utrùm persona an félicitas diligatur. Id.

Nécessitas amicum probat. Cassiod. in quâd. Epist.

Amicitia tantb cerlior est quantb vetuslior. M.

Sine amicis, cogitatio est tœdium, omnis operatio labor, omnis terra peregrinatio, omnis vita tormentum , sine quorum solutio vivere esset mari. M.

Vera amicitia tantùm inter bonos oritur, inter bonos proficit, inter optimos consummatur. Id. in Ps.

Fidis nmlcii nil puta prœstanlius.

Greg. Naz. Carmin.

Illa est vera amicitia quœ nihil in rébus amici quœrit nisi solam benevolentiam, scilicet ut gratis amel amantem se. Bernard.

Habet vera amicitia nonnunquàm obiurgationem , adulationem nunquàm.

Id. in Epist.

Paupertas verum demonstrat amicum:

quod divitiis non paies scire paupertate Laurent. Justin. De Paupert. i.

Nullum fhm cerhnn est amicitiœ in~

'm atque non cbnnivere delinquen-

tibus frutribus. Chrysost. Serm. lS in

i Ephes.

/ sa '< /"'//m solem hune extinguijucun-

lims quhm minci consuetudim privari;

i. undius m tenebris agere quinn amicis

privari. Id. Homil. 2 m Tin

cœur et confier ce qu'on a de plus secret.

C'est un compliment assez ordinaire dans le monde : « Je suis tout à vous » ; mais que l'effet en est rare!

L'amitié rend la prospérité plus agréable, et l'adversité plus douce, plus aisée à supporter.

Lorsqu'imprudemment nous lions amitié avec les méchants, nous sommes liés à leurs crimes.

Un ami est considéré comme le gardien de l'âme.

Ou ne peut être assuré si on est aimé véritablement dans la prospérité : car ou ne sait si c'est la pei'sonne ou son bonheur que l'on aime.

C'est la nécessité qui fait connaître le véritable ami.

L'amitié est d'autant plus sûre et plus véritable qu'elle est plus ancienne.

Quand on est sans amis, l'ennui et le chagrin s'empare de notre esprit; tout ce que uous faisons nous fatigue; dans tous les lieux où l'on se trouve, il semble que nous soyons étrangers, la vie même nous paraît un supplice ; vivre c'est mourir.

La véritable amitié trouve sa naissance entre les gens de bien; avec eux elle grandit; mais elle n'est parfaite qu'entre les personnes d'une vertu eonsommée.

Il n'y a rien au monde de plus admirable et de plus excellent que des amis fidèles.

La véritable amitié est celle qui, de tout ce qui est dans son ami ou lui appartient, ne demande que sa bienveillance, c'està-dire qui aime sans rien prétendre autre chose.

La véritable amitié admet les reproches; la flatterie, jamais.

La pauvreté fait connaître l'ami véritable : ce que vous ne sauriez connaître au vrai dans l'opulence, vous le connaîtrez étant réduil à la pauvreté.

1! n'y a point de marque plus certaine d'une véritable amitié que de ne jamais conniver aux fautes de nos frères.

Il sen.it moins fâcheux de voir le soleil

perdre sa lumière 'pie d'être privé de la

présence d'un ami ; plus supportable de

demeurer dans les ténèbres que de se

eux qu'on aime,

Page 1